29 avril 2015

70 ans, déjà?

Ca y est, nous avons les 70 ans qui s'approchent. Sept décennies de changements scientifiques, politiques et culturels tels qu'on peut se demander "mais comment diable faisaient-ils avant l'iphone?!". Question légitime au plus haut point, puisqu'il n'existe plus de salut sans la bricole électronique envahissante qui vous leste la poche intérieure comme on lestait les cadavres de plomb au bon vieux temps qui est mort et dont tout le monde se fout. Hé oui: il y a 70 ans, un brun moustachu s'envoyait du cyanure puis se faisait éclater la tête, il y a 70 ans commençait le décompte macabre des recordmen du génocide, il y a 70 ans on disait "vive la fin de la guerre chaude aux bombes incendiaires, vive le début de celle bien froide où les idiots à étoiles se préparent à s'entretuer".

Le souvenir, ah cette madeleine de Proust qui est sans arrêt remise sur la table, ce met fade et nauséabond que chacun assaisonne à sa sauce aigre puante. Depuis les sémites revanchards, en passant par les nostalgiques d'un temps révolu, jusqu'aux arthritiques qui beuglent "que c'était mieux avant tas de jeunes cons!", tout le monde y va de sa chansonnette sur la fin d'un régime spartiate qui a été remplacé par un régime trop gras et arrosé de ketchup. Ainsi, mes frères, nous avons donc décrété que l'hostie était trop immangeable, c'est le burger qui a pris le relai! Mais quel relai… Celui du consumérisme frénétique où l'on arrive dorénavant à vous faire croire qu'une montre se doit de ne plus avoir l'heure mais de vous compter les pas pour vous faire perdre 70 ans de surconsommation, Celui de la conversion du "j'ai besoin" en "J'en ai jamais assez"? Ou bien celui, plus glauque encore, où les bras tendus d'hier sont grimés pour laisser supposer qu'un fascisme modéré serait la solution à tous les maux?

Ne me croyez pas nostalgique des hymnes martiaux, du pas de l'oie ou des envolées lyriques d'un guide hystérique dont l'accoutrement brun terre de sienne est à lui seul une insulte au bon goût. J'ai même peine à croire qu'on puisse, au détour d'une suspicion quelconque, envisager un seul instant que mon esprit puisse s'accommoder des massacres de masse, de la propagande poussée jusqu'à l'absurde, ou le refus de pans entiers de la culture sous prétexte qu'ils ne sont pas issus de gens dont les yeux bleus harpic et la blondeur l'Oréal seraient des signes de reconnaissance. Je n'éprouve aucun désir de voir un tel système reprendre place dans les urnes… D'ailleurs, je n'ai encore rien vu, comme le dirait mon géniteur qui, lui, a eu tout le loisir de connaître le bruit des bottes ferrées, mais c'est un autre sujet. L'essentiel est que le souvenir, cette nécessité absolue de ne rien oublier, c'est dorénavant un outil fort utile pour vous faire immédiatement passer du côté des chemises brunes, tandis que les autres sont en chemises à cols blancs.

La moralité d'une cause n'a pas à être défendue par une instrumentalisation du souvenir ou du devoir de mémoire. C'est beau comme maxime ça, mais cela sous-entend alors qu'on ne se doit d'écouter un discours que lorsqu'il a le mérite de ne pas comparer le présent au passé. Difficile, surtout si l'on envisage d'apprendre des erreurs de nos aïeux… Et pourtant, quoi de plus naturel? Celui qui vous jette à la gueule que le souvenir des actions de nos ancêtres doivent suffire à nous faire taire est le pire des menteurs, car lui-même salit la mémoire de ceux, justement, qui mériteraient qu'on se souvienne d'eux. Le ridicule ne tue pas, mais on devrait envisager de se substituer à la Mort en guise de service public palliatif. Comme je le martèle depuis des années, je n'ai pas défilé avec les porteurs de mort en masse, je n'ai pas poussé dans l'urne de quoi défriser la bonne conscience collective, et encore moins estimé qu'il était plus sain d'avoir un monde où la sélection darwinienne se ferait au butane (ou au zyklon, mais là je m'égare). Pour autant que je sache, les témoins de cette période commencent à se compter sur les doigts des manchots, et à terme il ne restera d'eux que des plaques, des photographies, ou quelques vidéos terribles que même un amateur de film de genre abreuvé de sang et de tripe n'arrive pas à regarder sans avoir un frisson dans le dos.

Donc, toi qui penses me faire la leçon en me braillant que je n'aime pas le juif parce que je défends mon droit à penser qu'il peut avoir tort, toi l'imbécile qui a eu l'idée de faire passer pour un bourreau par héritage génétique et non par les actes, tu défends les mêmes thèses dégueulasses, parce que tu revendiques tout aussi stupidement la supériorité de l'un au détriment de la culpabilité supposée de l'autre. Tu ne me crois pas? Ca te paraît si insensé comme miroir? Pourtant, observons donc! Le brassard noir prenait pour responsable de ses problèmes tout ce qui était différent de lui, et disait donc que c'était d'une responsabilité autre que la sienne s'il y avait des problèmes. Remplaçons donc "brassard noir" par juif et voyons si, d'une part, je me fais censurer ou insulter, et d'autre part si je ne suis pas dans le vrai. L'œil vif de l'observateur sera à l'affût de la réponse, l'œil torve du quidam s'en moquera, et l'œil acéré de l'extrémiste viendra me tancer en disant que je tiens des propos intolérables. Soit, c'est méchant et très résumé, simplifié et même exagéré. Cependant, si l'on y songe… qui a construit des colonies? Qui s'est bâti un mur paranoïaque? Qui estime qu'il faut laisser à l'âge de pierre ses voisins parce qu'il est plus facile de contrôler des gens quand ils n'ont que des pierres pour se défendre?

70 ans plus tard, le débat n'est pas clos, il y a encore cette puanteur des chambres, cette odeur de putréfaction des fosses communes, mais cela non parce que les corps n'ont pas eu le temps de refroidir, mais parce qu'il y a encore trop de gens qui entretiennent le sujet pour s'en servir. Pourquoi oublie-t-on les autres victimes? Pourquoi ne parle-t-on pas des premières victimes, à savoir les Allemands eux-mêmes? Historiquement, je ne vais pas tenir un propos disgracieux comme ceux balancés à la foule par le grassouillet borgne à gueule de bulldog, par contre je vais simplement dire "le malheur, ce n'est pas la chose à utiliser pour défendre ses actes". Il m'est insupportable de bouffer du "vous avez fait ceci". Désolé: es-tu français? Oui? Alors TU es tout aussi responsable, non? Ah non, zut, j'oubliais, tu as le droit de t'extraire du débat parce que "tu" (enfin des ancêtres) a souffert. Et les slaves gazés et réduits en esclavage? Et les pédés à qui l'on collait une étiquette pour être mieux vu des gardes chiourmes à la gâchette facile? Combien de temps cette madeleine continuera à souiller mes meubles, mes journaux, ma télévision de ses miettes grasses et puantes?

Aujourd'hui, on tente de faire dériver la question vers d'autres ennemis. Celui qui avait la kippa devient celui qui porte la djellaba. L'endimanché à chapeau noir devient l'endimanché tout en blanc qui va prier. Quelle différence? L'ennemi est identifié? Pas le moins du monde. L'ennemi, c'est celui qui croit penser, alors qu'il ne fait qu'ânonner. La religion n'est pas une référence absolue pour identifier le salaud, pas plus que la couleur de peau ne devrait être un critère pour quiconque ayant un peu d'humanisme dans son attirail mental. Cependant, bien que la science ait démontré qu'en tant que seule arbitre froide de nos débats stériles sur la commodité d'anéantir "un peuple sous prétexte de protéger le sien, qu'il n'y avait pas de race supérieure, nous en sommes encore à vouloir dire "nous leur sommes supérieurs car nous, nous ne fonctionnons pas comme eux". Raté: chaque culture, chaque religion, chaque personne a le droit et même le devoir de se faire une opinion personnelle. Malheureusement, la majorité des moutons aime à suivre le pâtre à travers les champs (de mine), ceci en bêlant à tue-tête des hymnes guerriers.

N'en avez-vous donc pas assez? N'avez-vous donc pas retenu les leçons de l'Histoire? Les commémorations vont-elle être sereines, légitimes en ne parlant "que" de tout le monde, ou bien cela va-t-il virer à l'absurde pantalonnade où l'on ne parlera que d'un type de victimes, où l'on occultera le rôle et les souffrances des autres? M'est avis qu'il y a aura un mélange des deux, saupoudré de quelques discours ambigus afin que chacun y trouve son bonheur. La politique, seul baromètre réel de nos véritables postures morales, sera alors mise à l'épreuve pour voir si l'on joue encore du "c'est ma faute, ma très grande faute" en se lamentant comme à Jérusalem… Ah merde, l'image est dangereuse, car elle ramène à une pratique religieuse connue!

Ce que j'en dirais moi, si j'étais le président dont nul ne voudrait parce qu'il dit ce qu'il pense même quand il ne faut surtout pas le faire?

Il y a 70 ans se terminait enfin l'un des plus grands carnage de notre temps. La seconde guerre mondiale s'est terminée sur un bilan terrible où des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont morts au nom d'idées xénophobes, au nom d'un mythe monstrueux et criminel, ou au nom d'une puissance militaire assassine. Le monde a vu la création des premières usines de mort, le massacre élevé au rang de production industrielle, et la déshumanisation de celles et ceux qui en subirent les conséquences. Aujourd'hui, 70 ans après, nous ne devons pas oublier ces victimes, nous ne devons pas permettre que de telles atrocités puissent un jour se reproduire.
La seconde guerre mondiale s'est terminée non sur une note d'espoir, mais sur un accord imparfait et dissonant où chacun a tenté d'y trouver son compte. On a écartelé des pays, créé de nouveaux empires, et d'une agression physique on est passé à une menace tacite avec la bombe atomique. La leçon ne fut pas totalement retenue, car au lieu de se massacrer mutuellement, on est allé déporter les combats dans d'autres pays, sur d'autres contrées éloignées, avec le sentiment de bien agir quand il aurait fallu s'abstenir. On en paye encore le prix aujourd'hui, avec une haine tenace envers les héritiers de cet historique que trop lourd à porter.

Le souvenir des horreurs de la guerre doit être préservé. Nous devons tous retenir que la guerre n'est jamais une solution, qu'elle n'apporte que malheur et dévastation. Ceux qui font les guerres n'en portent jamais le fardeau, et ce sont les enfants, les descendants des bourreaux qui doivent trouver le courage de regarder en arrière sans complaisance pour comprendre et ne pas reproduire les erreurs commises. Pourtant, cette action ne doit pas s'accompagner d'un reproche ou d'autoflagellation. Ne demandons pas aux enfants de porter le poids des responsabilités de leurs parents. Un homme se doit d'être jugé sur ses actes, et non sur ceux de ses aïeux. Un homme doit être estimé pour ce qu'il est réellement, pas pour ce qu'il peut représenter. La lumière doit venir du génie de l'homme, de sa capacité à aller vers le progrès, et non éclairer le visage de quelqu'un sous prétexte que ses traits sont trop proches d'un assassin mort et enterré.

J'espère que le futur saura démontrer qu'une unité peut se créer, fondée sur l'humanisme, la cohésion morale, et pas prouver que le monde ne peut être qu'une anarchie sanglante. J'espère, du plus profond de mon cœur, qu'on saura trouver la patience et la curiosité nécessaires à la vie ensemble, avec nos différences, nos désaccords, nos conflits même, mais sans haïr l'autre pour ce qu'il diffère de soi. J'espère enfin que nous tirerons au quotidien les leçons de ce passé terrible, afin d'éviter qu'un jour puisse émerger à nouveau un régime génocidaire et dépourvu d'humanité. Je rêve d'une école qui n'enseignera jamais à nos enfants que la haine est une façon saine de penser, je rêve d'un monde où l'obédience ne sera plus un critère de tri, et où chacun pourra prier sans que l'autre ne se sente en danger ou insulté. Je rêve enfin d'un monde où l'homme aura enfin pris conscience que sa multiplicité lui permet de bâtir un avenir, quand une uniformisation le condamne à répéter ses erreurs les plus terribles.

24 avril 2015

Réflexions sur la propagande indirecte

Je m'interroge beaucoup sur le net ces derniers temps, et c'est ce qui me pousse d'ailleurs à ne plus vraiment écrire sur mon blog. En effet, j'ai l'impression que de ne pas entrer dans une logique systématique de critique non constructive de l'état, ou encore de mettre en permanence en exergue les contradictions des fameux "leaders d'opinion" font de vous une cible privilégiée, conspuée, parce qu'il y a un phénomène de "mouton" indéniable. Je ne parle pas de moi, je n'ai pas l'aura requise pour que je puisse être "agressé" par des détracteurs, mais je parle au sens large où toute contradiction est lissée ou insultée, sous prétexte du "il a raison et toi tu as tort". De ce fait, je mets déjà une contradiction majeure en avant: comment peut-on parler de droit à l'expression quand soi-même l'on censure et/ou conspue celui qui n'est pas d'accord avec soi?

La toile est en soi un miroir de notre société. Contrairement à l'idée généralement reçue du "tout libre", la toile n'est en rien plus propre ou plus libre que nos sociétés réelles. La seule et unique chose qu'on se doit d'admettre, c'est que la toile est rédigée par des gens, des entités intelligentes dont les opinions et les objectifs peuvent y être plus aisément mis en valeur pour le plus grand nombre. Le droit de s'exprimer accordé à tous ou presque n'amène qu'une seule chose: la multiplication des contenus, et certainement pas son amélioration. Qu'on arrête sur le champ de se faire les chantres d'un monde idéalisé, la toile est ce qu'on en fait, et non l'inverse. Ce n'est pas parce qu'on a une quantité astronomique d'informations que celles-ci sont pertinentes, ou tout simplement vraies. D'ailleurs, les billets d'humeur comme les miens n'ont en rien une validité morale ou intellectuelle, ils sont uniquement l'expression de choix personnels et rien d'autre. Contrairement à un travail de journaliste où l'on se doit (en principe) d'offrir une analyse et une mise en perspective, les blogs et autres Shaarli n'offrent aucune garantie de qualité ou de validité. La toile est ce qu'on en fait, et actuellement c'est un gigantesque fourre-tout où chacun peut amonceler à peu près n'importe quoi.

De là, je suis particulièrement hilare en lisant mes petites brèves prises çà et là, parce qu'elles démontrent sans l'ombre d'un doute que "l'information" lâchée sous la forme d'opinion ne fait qu'amener deux choses: soit une réaction de soutien sous la forme d'une meute de "moutons" prenant par défaut que "les journaleux sont corrompus, lui/elle au moins est sincère", ou "je suis d'accord parce que de toute façon je n'irai pas fouiner pour savoir si il/elle se trompe". Une analyse scientifique est une chose, en faire le support d'une opinion politique en est une autre. La démonstration par l'absurde est le fatras idéologique qui est mêlé par les écolos convaincus dans des chiffres qui pourtant pourraient être intéressants. Quand on parle de pollution automobile, c'est pour revendiquer le vélo; quand on parle nucléaire, c'est pour pousser à la roue concernant les autres énergies. C'est beau sur le papier, c'est même superbe, mais encore et encore la teinte politique se cache derrière, puisqu'on exclue d'autres faits, soit parce qu'ils dérangent, soit parce qu'ils vont jusqu'à contredire les différentes affirmations. Poussons un peu: la voiture pollue, ça c'est une évidence. Il y a une quantité délirante d'égoïstes qui pourraient réduire leurs déplacements inutiles en remplaçant la voiture par autre chose. Mais est-ce pour autant aussi simple? Je suis fatigué par les intégristes de la petite reine qui ont trois luxes: celui de vivre à proximité de leur emploi, qui peuvent se permettre de se passer de leur voiture parce qu'ils vivent dans une agglomération, et qui plus est qui ont les moyens de vivre ainsi. Ce n'est pas du tout le schéma valide pour tous, loin de là. Paradoxalement, ces mêmes harpies omettent de songer que la seule solution pour permettre ceci serait donc de regrouper encore un peu plus les populations, donc de voir les banlieues des grandes villes se remplir encore un peu plus, car oui c'est la ville qui attire la majorité des employés, et non la rase campagne. Mais ça… bizarrement, ça ne touche pas le bourgeois qui vit fort bien et qui n'a pas pour impératif de vivre loin des villes, faute d'avoir les revenus en regard des loyers. De la même manière, pourquoi ne pas annoncer la part réelle de la pollution automobile? Parce qu'elle représente 20% de la pollution atmosphérique… mais où sont les 80% restants? Qu'on m'explique pourquoi pointer du doigt un pollueur, quand 4 sur 5 sont ailleurs?! De qui se moque-t-on?

Se faire le chantre d'une opinion politique ne doit pas passer par de la propagande déguisée. On taxe les industriels d'être des sagouins et des escrocs… Fort bien, mais agir de la sorte ne vaut guère mieux. On se fait l'écho de discours, de chiffres, de statistiques, tout en agissant comme le camp d'en face, à savoir en éludant le débat, en tronquant les valeurs, et pardessus le marché en se disant innocent d'une telle attitude sous prétexte d'être propre puisque "pas à la solde d'autre chose que d'une conscience personnelle". FAUX. Un parti politique, un régime quel qu'il soit passe par un soutien plus ou moins conséquent, par des petites mains qui agissent plus ou moins discrètement. Il n'existe pas d'innocence quand on donne dans l'idéologie. Ce que je trouve au surplus insupportable, c'est que ce foutoir moral farci à la bonne conscience contient en plus des attaques directes contre les dirigeants (ce qui est souvent légitime), tout en déclarant que le vote ne sert à rien, tout comme l'adhésion à un parti ou à un syndicat. Dites, les aveugles, un petit rappel: les pays que vous montrez comme étant plus propres, plus stables, mieux lotis socialement et/ou économiquement sont ceux où l'abstention est la plus faible, et où le taux de salariés syndiqués est le plus fort. L'implication personnelle joue sur le fonctionnement global d'un état, et se dire "tous des pourris" ne fait en rien avancer les choses, bien au contraire.

Continuons un peu le massacre, histoire de bien "rire". Les migrants qui périssent par centaines en méditerranée. Certains vont du commentaire "Rien de nouveau", d'autres s'en offusquent, les derniers parlent de social et de morale pour aider les migrants. Tous à côté de la plaque, nous sommes TOUS responsables. Oui, chacun de nous EST responsable de l'image que nous trimballons chaque jour de manière ostensible. On parle d'espoir, de faim, de soif, tout en étant soi-même un consommateur qui se fout volontairement de ce qu'il fait, parce qu'au fond unitairement on ne se sent pas réellement mis en cause dans la misère humaine mondiale. Seulement voilà, c'est un refuge intellectuel, une sécurité personnelle, parce que parmi nous PAS UN ne cèdera ses petits avantages, son confort, ses objets superfétatoires pour que d'autres n'aient plus à subir un quotidien dégueulasse. Méchant? Est-ce que je m'exclue de cette immoralité? Dans les deux cas, la réponse est non: c'est un constat, et je ne vaux pas mieux que les autres. Redescendez sur terre et arrêtez de faire la leçon aux autres, car vous ne valez pas mieux qu'eux.
Où se situe la vérité? Notre mode de vie est celle qui plairait à n'importe qui dans le tiers-monde. Ne parlez ni de racisme ni de violence, vous ignorez, tout comme moi, ce que représente la peur de mourir sous prétexte que vous n'êtes pas de la bonne ethnie. Vous ignorez ce que peut représenter le déchirement de devoir se déraciner pour survivre. On ne parle pas de "vie idéale" là, mais bien de survie pure et simple. C'est aisé de dire qu'on devrait faire des efforts, trouver des solutions… Mais faites un effort et proposez quelque-chose en échange au lieu de conspuer vos politiques. On fait quoi? On accueille tout le monde? On refoule au contraire tous les clandestins? Un peu? Un pourcentage précis? Quels sont vos quotas, vos chiffres, avec quels financements, où les met-on? On les parque dans des camps de fortune en attendant mieux? Allez, soyez plus forts, soyez force de proposition, au lieu de vous contenter de pester les fesses bien vissées sur votre chaise.

Nous sommes les propagandistes volontaires et involontaires d'un mode de vie auquel aspirerait n'importe qui. Nous avons le confort, la possibilité de mourir à cause de nos excès de nourriture quand d'autres considèrent l'eau courante comme un luxe, et l'eau potable comme un miracle. Dans quel monde vivent les candides qui font la leçon? Où sont les moralisateurs? Ce n'est que confronté à la réalité qu'on se doit de réfléchir à notre mode de vie, or personne ou presque n'est prêt à le sacrifier, même partiellement, pour que d'autres puissent espérer mieux. La morale n'est pas la seule solution, il faut aller jusqu'à l'acte, jusqu'au déterminisme ferme et résolu… Or, la vérité est là, tant qu'il s'agit de se plaindre bien au chaud, les barricades ne nous semblent pas utiles ou même envisageables. Ce n'est qu'aculée au désespoir que la foule agit, et ce de la pire des manières, à savoir en légitimant les extrêmes, en alimentant les moulins des fascismes les plus toxiques pour nos libertés individuelles.

Arrêtons de réfléchir pour les autres avec notre mode occidental de pensées. Nous ne pouvons ni comprendre ni même appréhender comment le reste du monde fonctionne, d'autant plus que nous tentons, en agissant ainsi, d'imposer le modèle philosophique et éthique qui nous correspond, et qui n'est en rien une référence. Le drame est là: en croyant qu'en exportant notre modèle nous allons améliorer le monde, nous nous comportons comme des conquérants, des colons et des évangélisateurs qui confondent bienfait et propagande. Non, le modèle européen ne saurait correspondre à des pays du Maghreb. Non, notre philosophie et notre moralité n'est pas universelle. Non, notre abord à la place de la religion dans la société n'est pas à imposer dans le monde entier. C'est en cela que nous attirons la haine, l'envie et la frustration, parce que nous faisons la leçon où bien souvent nous serions avisés d'apprendre. L'échange ne peut pas être unilatéral, et il est que trop facile de dire "vous avez tort", tout en omettant de prendre en compte l'existence des gens en face.

La liberté… quelle liberté?! Est-ce que les internautes qui pensent être raisonnables et intelligents sont-ils conscients qu'ils se trompent totalement de combat? Comment peut-on à la fois déclarer "je veux la démocratie et la liberté", tout en braillant à qui veut l'entendre que le système est pourri et que les élections ne servent à rien? Il y a là un aveu d'impuissance, ou bien un désistement caché? J'ai en horreur cette souplesse intellectuelle qui permet non seulement de ne pas avoir à assumer quoi que ce soit, et au surplus de venir critiquer celles et ceux qui se sont présentés aux urnes pour accomplir un devoir citoyen. La liberté commence quand on en fait usage. Or, le premier des droits pour lesquels les gens se sont battus, c'est justement d'avoir le droit d'exprimer une opinion par les urnes. Plus on a de confort, moins les urnes sont sollicitées. Pourquoi? Par peur du changement, par flemme, par irrespect pour les institutions? Ce droit qui semble évident ne l'est que pour nous, pas pour toutes les nations. Cela me conforte dans l'idée qu'on ne sait ce qui nous manque, que le jour où l'on l'a perdu.

Arrêtons donc de raconter ce qui nous arrange, d'être les chantres d'un mode de vie, d'opinions basées sur nos seules expériences, et regardons au-delà des évidences. Nous n'avons en rien le droit de nous prendre pour des politiques, faute de savoir ce que cela signifie de devoir mettre d'accord des millions de personnes. Vous pensez avoir les épaules pour mieux faire? Alors faites ce qu'il me semblerait logique de faire, à savoir vous présenter, aller dans des partis politiques, agir au niveau local et national, bref avoir une vie active de militant… et pas d'action virtuelle. Agir sur la toile est chose, mener des projets concrets en dehors de l'écran en est une autre. Contrairement à la majorité des commentateurs zélés dont la toile dégouline à longueur de journées, je ne me vois pas faire la leçon aux politiques, car j'ai déjà cette action en VOTANT. On sanctionne des élus, on les choisit… mais si l'on n'a pas cette démarche première, on ferme sa gueule et on assume le fait de ne pas avoir voté, et donc de ne pas avoir décidé. L'inaction est une action en soi. L'absence d'opinion exprimée est une opinion en soi. Le déterminisme politique commence par l'urne, et peut finir dans la rue. Mais ce n'est sûrement pas en laissant à des gens plus déterminés que soi l'avenir de son pays qu'on peut ensuite s'en plaindre. Ouvrez les yeux! Si un pays ne vote pas en masse, il laisse son sort entre les mains de ceux qui votent… et donc généralement d'une élite motivée, ou des plus radicaux. En effet, où se situe l'abstention? Dans ceux qui se supposent intelligents! Les véritables intellectuels votent parce qu'ils savent ce que cela représente, et les radicaux votent parce qu'ils savent que chaque voix compte. Dans ces conditions, cela sous-entend que les deux extrêmes de la société pèsent plus que la majorité bêlante incapable de saisir l'importance de chaque bulletin dans l'urne.

On critique allègrement le FN parce qu'il tient lieu d'épouvantail. Encore une fois, en le mettant en exergue vous en faites la propagande! On ne s'attaque pas au populisme par du populisme, on s'attaque à la thématique radicale en présentant des faits, en démontrant par A+B que le discours ne tient pas. Encore une fois, ce n'est pas en disant à un fasciste qu'il est con que cela remet en doute ses opinions. C'est en lui prouvant posément que ses idées sont dangereuses qu'on peut envisager de le faire changer. Prenons l'électorat du FN: il n'est plus cette masse de déçus de la démocratie, de revanchards mettant tout sur l'ennemi extérieur (L'UE ou les immigrés), il est aujourd'hui celui qui veut redonner du lustre à ce beau pays, il est dorénavant celui qui veut défendre des belles valeurs face à l'effondrement des partis classiques. Le vote FN est un vote devenu séduisant, parce qu'il a réussi à devenir un vote nationaliste et non plus quasi-fasciste. Et que font les médias? Que font les "moralisateurs" de la toile? Plutôt que de poser les vraies questions que peuvent lever les partis des extrêmes, ils cherchent à diaboliser le FN. Erreur! Absurdité! C'est en agitant un épouvantail qu'on lui donne du poids. Quel fut le discours de Sarkozy pour être élu président? La sécurité! Quel fut celui de Hollande? La transition hors de la sécurité. Quel sera celui du prochain vainqueur? La transition hors de la politique Hollande, mâtinée de sécurité après l'attentat contre Charlie. Hé oui: l'histoire donne raison à ceux qui voulaient plus de sécurité, même si ce discours se révèle dangereux pour chacun de nous!

On ne peut plus revendiquer une politique libertaire, car celle-ci n'a plus de sens. La liberté, c'est avant tout de saisir que celle-ci n'existe qu'à un prix, celui d'être forcément jugé voire détesté par ceux qui n'ont pas le même mode de pensée. Notre avenir se joue déjà quant à la place que nous voulons donner à la France dans le monde. Quand j'entends les gens se plaindre de l'intervention de la France à l'étranger, en omettant que ce sont les pays en question qui ont demandé une aide, je revendique haut et fort que ces critiques sont donc des égoïstes qui n'ont rien à dire sur la politique intérieure de la nation. J'ajoute au surplus qu'espérer une paix intérieure alors qu'on est tous des intolérants… Comment? Par quel truchement intellectuel arrivent-ils à concilier l'inconciliable?! Comment un type qui parle de liberté de culte, de liberté de la presse peut dans le même temps parler de Charlie avec amour (sans y être abonné ou même en être lecteur), et déclarer qu'il ne veut pas plus de mosquées en France? Comment peut-il, ce moralisateur, vilipender dans la foulée Dieudonné qui, mine de rien, balance de manière satirique et parfois outrancière plein de choses que la foule pense tout bas? Mais j'oubliais: tant que Charlie ne fera pas une "une" outrée sur les juifs, le journal ne sera pas attaquable. Mais quid du jour où le journal critiquera Israël? Va-t-on leur faire le même procès d'intentions qu'à Dieudonné, ou bien le journal a acquis un statut de martyre intouchable?

Ce monde est hallucinant. Il est incroyable parce que chacun se pense suffisamment important pour peser et véhiculer des idées. Ce n'est pas le cas. Nous avons chacun des opinions, des différences, je revendique les miennes au même titre qu'un autre. Par contre, se croire investi d'un rôle messianique ne peut mener qu'au désastre car nul n'a cette science suffisamment infuse pour être un guide, sauf à risquer d'être crucifié. Etrange retour de manivelle, des gens critiquant les radicalisés obtus qui tiennent des discours tout aussi radicaux et obtus… Comme quoi, l'homme est encore ce qu'il sera toujours… un imbécile qui se croit supérieurement intelligent. "On se trouve toujours suffisamment intelligent, puisque c'est à l'aune de cette intelligence que l'on se juge". Je devrais en faire des t-shirts dites donc…

06 février 2015

Soutien et entourage

Je remercie Seb Sauvage d'avoir fait suivre ce message que je vous invite à lire.
Lisez attentivement...

Suite à la lecture de ce message, je ne peux que confirmer deux choses essentielles. La première est qu'on doit parler, s'ouvrir quand on le peut aux gens qu'on aime. Je sais que ce n'est ni simple ni forcément un réflexe, mais toujours est-il que l'amitié et l'amour de nos proches ne se ressent que lorsqu'on en a vraiment besoin. Comme l'a dit un de mes potes "Ce n'est que dans la merde que tu vois qui veut encore te tendre la main", et le bonhomme sait de quoi il parle (je passe sur le pourquoi de cette dernière remarque). La seconde... qu'on est parfois heureux de trouver quelqu'un de proche pour se libérer du poids de l'existence.

Ne soyez jamais isolé. Ne soyez jamais convaincu que "je l'emmerde si je vais lui parler de mes galères". Vivre, c'est tout d'abord subir de plein fouet les horreurs de l'existence. Vivre, c'est avant tout se préparer à l'inéluctable rencontre avec la mort, qu'elle soit celle chez nos proches, que la nôtre en particulier. Faire abstraction des problèmes de la vie est impossible, car ils nous rattrapent toujours, tôt ou tard. Et, comme je l'ai déjà dit plus haut, être seul, c'est souffrir encore plus quand on plonge.

Certains diront que poster un tel message est exhibitionniste. D'autres diront qu'ils s'en foutent, ou au mieux qu'ils sont émus. Pour ma part, je dis simplement qu'il y a là un acte assez salvateur, car son rédacteur a pu se soulager le coeur d'un poids qui n'a rien de négligeable. J'ai eu dans mon entourage une jeune femme qui a connu quelque-chose de proche, et finissant en drame terrible. Sans aller dans le détail, j'ai vu à quel point elle a été marquée par cet évènement, et à quel point ça a pu lui peser au cours de sa vie. Sa solitude, le manque de soutien de son entourage ont été déterminants dans ses décisions ultérieures, comme celle de s'isoler de ses proches, voire même de couper les ponts avec certains d'entre-eux. De ce fait, je suis content d'avoir lu que l'auteur a pris le temps de se rapprocher, et d'être soulagé de voir qu'il avait des gens sur qui se reposer. Cela compte énormément, au quotidien, comme pour le futur, de pouvoir avoir des mains secourables et des gens vers qui se tourner.

J'ai un ami, probablement le meilleur et le plus fidèle qu'on puisse envisager. C'est le genre de type qui ne demande rien à personne, qui vit en marge, qui vit pratiquement en ermite, et qui pour autant est toujours disponible pour les siens. Je sais que je peux lui demander n'importe quel service, qu'il a toujours été entier, direct, franc, parce qu'on est comme deux frangins, deux cabochards qui se comprennent mutuellement. J'espère que vous tous, lecteurs, et toi auteur si tu viens me lire, vous avez quelqu'un comme cela près de vous. Ce sont des gens comme ça qui seront là, dans l'adversité et dans la joie, dans la peine et dans le bonheur.

J'espère de tout coeur que vous franchirez le cap de cette terrible difficulté. Je ne suis pas médecin; je ne suis pas plus de bon conseil. Tout ce que je peux vous souhaiter, c'est que cela aille mieux, que vous ayez un avenir plus radieux que cette terrible nouvelle à gérer. Je ne saurais vous dire comment vous devrez gérer s'il y a une interruption de grossesse, ou au contraire de devoir continuer coûte que coûte la grossesse, avec les risques et conséquences que cela implique.

14 janvier 2015

Transparence d'état... je suis sidéré

Pour une fois, je ne vais pas râler contre les mesures discrétionnaires que peut prendre l'état pour enterrer des magouilles et autres malversations si communément étalées en première page de nos feuilles de choux préférées. Là, non, l'idée c'est de jouer la transparence avec les petits "cadeaux" dont bénéficient certains personnels de santé. Je n'ai qu'un conseil, c'est d'être prudent à la lecture des données présentes dans le listing, car elles peuvent être interprétées n'importe comment. Je m'en explique ci-dessous avec deux cas assez communs.
Une société X invite des médecins à une présentation d'un nouveau médicament. Qu'il soit bon ou pas n'est pas la question. En revanche, pourquoi le médecin, curieux et intéressé (de par sa fonction) devrait être de sa poche pour le repas ou bien le déplacement parce que le colloque est à l'autre bout de la France?
La même société X organise ce même colloque dans les Maldives, et étrangement n'invite que des responsables achat dans des cliniques/hôpitaux; ce qui représente des sommes non négligeables lors des réapprovisionnements… Là on n'est plus dans le petit avantage bénin, mais très clairement dans le cadeau déguisé. D'ailleurs, un colloque, ce n'est pas faire du ski nautique ou bien s'enivrer à l'open-bar de l'hôtel de luxe.

Pour les aspects légaux et techniques: le site est une référence du gouvernement (gouv.fr) ce qui donne donc deux choses: une validité des données dans leur ensemble, et surtout peu de risques de malversations vis-à-vis de ces données.
Notez également que la source est les déclarations d'impôts de nos chers professionnels de santé. Cela impose donc aussi une certaine prudence, puisque certains se garderont bien de tout déclarer, avec les risques que cela comprend, mais également l'absence d'autres formes d'avantages plus discrets, si ce n'est indétectables en direct (dons de matériel, de produits de consommation courante...)

A la lecture de ces faits, soyez prudents, n'allez pas démolir de suite votre toubib parce que son nom y apparaît. D'ailleurs, je suis particulièrement content d'avoir fait la lecture de ce listing, et par curiosité d'y avoir cherché des noms que je connais… et de ne les avoir pas trouvés dedans. Rassurant me concernant (honnêteté intellectuelle et morale), et signe que des méthodes malhonnêtes de commerce ne sont pas la règle.


PS: j'ai trouvé le lien chez sebsauvage
La transparence médicale, sur le site officiel transparence santé

09 janvier 2015

Liberté d'opinion et d'expression

Ce message sera, je l'espère, le dernier à ce propos.

Je veux qu'on se souvienne d'une seule et unique chose: la liberté d'opinion, c'est permettre à autrui de s'exprimer, d'avoir des idées, et surtout de pouvoir s'en ouvrir sans craindre la censure, la prison, ou pire encore. Ce n'est pas, et cela ne sera jamais de devoir soutenir des thèses avec lesquelles on n'est pas d'accord, sous prétexte qu'il faut soutenir la liberté de les exprimer. Je ne suis et ne serai jamais d'accord avec les caricatures, non parce qu'elles me choquent (je m'en fous), mais parce qu'elles blessent gratuitement des gens qui peuvent en être offusqués. Je soutiens et soutiendrai toujours le droit qu'avait Charlie de les faire, de les publier, et d'être également tenus de s'en excuser parce que la loi est la seule chose qui doit traiter les désaccords de ce genre, pas le fusil.

France, quand tu récupères le drame pour te l'approprier

Je ne saurais dire ce que je trouve le plus dur: le carnage de Charlie, ou bien devoir tolérer la masse bêlante de gens qui va instrumentaliser cette horreur pour en faire un étendard. Je ne parle évidemment pas de ceux qui sont moralement proches des victimes, qui vont tout à fait honnêtement soutenir la liberté d'expression, ou ceux qui participeront aux différentes manifestations prévues à travers le pays. Non: je parle bien de celles et ceux qui, tout à coup, se découvrent une conscience morale/politique, et qui vont aller faire la démarche d'acheter le Charlie hebdo qui sera tiré à un million d'exemplaires, parce "qu'il faut être dans le mouvement", ou bien s'afficher dans le métro avec l'exemplaire épitaphe.

Qu'est-ce qui me révolte? C'est que Charlie tirait à 60.000 exemplaires, et que là le million sera probablement épuisé, tout cela pour une question de mode, de "soutien", en bref parce que le symbole papier sera repris par la masse. Dans le lot, qui sera honnête? Qui pourra revendiquer avoir déjà lu le journal en question, qui pourra dire "j'en connais le contenu, je les soutiendrai"? C'est une démarche qui me pose problème, car il n'y a pas de bonne posture. Me concernant, je n'achèterai pas le journal, parce que je n'appréciais pas son contenu, il ne me correspondait pas. Je ne l'achèterai pas plus pour marquer mon soutien aux victimes, parce que le seul soutien que je leur donne est éthique et moral. Maintenant, trier la foule pour trouver qui est sincère et qui n'agit que par pur besoin d'identité, cela sera pour ainsi dire impossible. Un message de sympathie est, pour moi-même, la seule chose que je puisse faire.
Nota important: un tirage ne représente pas du tout la quantité réellement vendue. En presse, le tirage correspond uniquement à la quantité éditée, et non celle qui finit réellement entre les mains des lecteurs. Concrètement: un journal peut tirer à 100.000 et voir en fin de période de vente devoir détruire, à ses frais, les invendus! Donc, quand on parle d'un tirage de 60.000 pour Charlie, j'ignore la part d'invendus, même si je l'espère ridicule en volume…

On va me dire "tu es dégueulasse, il faut que Charlie survive comme symbole". Pardon?! Non: la question n'existe pas le moins du monde. Un journal vit ou disparaît au gré de ses lecteurs, et non parce qu'on le met en avant pour des questions symboliques ou politiques. Il est terrible de se dire que le journal risque probablement de dépérir après ce massacre, mais ce n'est pas pour autant qu'on doit le faire perdurer n'importe comment. Si un journal doit perdurer, c'est parce qu'il aura trouvé un lectorat, pas parce qu'on l'aura mis sous perfusion "parce que le nom de Charlie est important". Charlie, c'est une rédaction, des dessinateurs, pas un bout de papier, un ton, une ligne éditoriale. Ce qu'il faut mettre en avant, ce sont les noms des victimes, les gens, leurs idées. On regroupe cela sous l'étiquette "Je suis Charlie"? Pourquoi pas, mais cela n'impose aucunement l'acte moral d'acheter le journal. Ca ne met pas en doute une bonne volonté que de voir le titre continuer après l'atroce massacre de son cœur de fonctionnement, mais certainement pas au nom d'un principe qui me semble hors de propos. Vous voulez un Charlie ayant perdu son essence pour que son nom perdure dans les rayonnages des kiosques? Non? D'ailleurs, la question est-elle seulement compréhensible pour les millions de citoyens qui connaissent à peine ledit journal? Interrogez-vous un peu de ce que vous voulez comme destin pour ce journal satirique.

Je vais me faire des ennemis en affirmant cela. Je le sais, je l'assume, mais je le revendique bien haut. Mon obligation morale est fondamentale: on ne doit jamais bâillonner la presse. On ne doit jamais céder face aux menaces à la liberté d'expression. On ne doit jamais accepter un massacre. Pour autant, cela n'imposera jamais à quiconque d'être d'accord avec des thèmes, des écrits… Donc dans le fond à cautionner le contenu d'un journal. J'estime que la liberté d'expression est sacrée, ce qui sous-entend donc "je pense ce que je veux, c'est mon droit le plus strict" et non "Parce que tu es une victime de l'intolérance, je dois me mettre à penser comme toi". C'est tout aussi valide concernant Charlie hebdo (le journal), que pour les victimes d'antisémitisme par exemple. Je m'explique: je suis outré qu'on puisse agresser quiconque pour sa foi, mais cela ne m'imposera jamais de soutenir des thèses liées à la foi en question. Suis-je un salopard si je dis "Non aux agressions contre les juifs parce qu'ils sont juifs", tout en disant dans la foulée "non à la construction de colonies en Palestine"?

Il en va de même avec nos politiques. Quand on parle de marche républicaine, on parle de la nation, et non des partis politiques. Je suis outré qu'on puisse faire des tris, des "eux? Ah non, on ne s'affichera pas avec ces gens-là". Un seul mot? Abrutis. La république est constituée de divers courants de pensée, et faire de l'exclusion, c'est cautionner ce que veulent justement faire les terroristes que l'on traque, à savoir créer de la différence, distinguer les "qui pense comme nous", des "connards qu'on doit descendre parce qu'ils ont des idées différentes". Le FN dérange, il me déplaît, je n'apprécie pas son fonds de commerce, mais je ne demande pas, j'exige qu'on mette de côté les divergences politiques pour qu'on regarde les manifestations de l'œil du citoyen, pas du militant. Si l'on doit manifester, c'est à titre personnel, moral, et non politique.

Si je continue dans la même démarche, on critique actuellement Apple sur la toile, parce que le site officiel de la marque annonce "Je suis Charlie". Le fond de la critique provient des censures qu'opère régulièrement la firme sur ses sites de diffusion de contenu (livres, films, musique…). Dites, rappelez-vous un fondamental: Apple est une énorme société qui diffuse du contenu, et qu'elle est tenue par la loi de censurer ce qui peut être mis en défaut d'un point de vue légal. Au-delà de ça, si Apple s'affiche avec le "Je suis Charlie", on les critique comme étant des pourris récupérant le malheur des autres, si la société ne met rien on l'aurait critiquée en la taxant de "firme de salopards insensibles à l'horreur", ou encore "de boite qui se fout de la liberté d'expression". Quel bon choix? Pourquoi les salariés d'Apple n'auraient pas le droit d'être affectés comme le quidam moyen? A ceux qui critiquent le "Je suis Charlie" des sociétés: vous n'avez en rien le monopole de la tristesse et de la colère contre le terrorisme.

Je suis furieux. Furieux qu'on instrumentalise un drame pour s'en servir pour régler des comptes; furieux qu'on s'approprie une douleur en décrétant que les autres n'ont pas le droit de partager cette peine; furieux enfin contre cette attitude méprisante des bien-pensants qui se supposent au-dessus des autres parce que "je suis mieux que vous, j'ai le droit d'être triste et pas vous". Ma tristesse va pour des gens qui se battaient pour le droit de s'exprimer, quitte à être outrancier, quitte à aller trop loin dans le discours. Charlie hebdo n'a pas payé le prix du sang pour ses opinions, mais uniquement parce que le journal refusait de "fermer sa gueule". C'est une différence fondamentale à laquelle je tiens tout particulièrement. Je veux que les voix discordantes aient le droit de s'exprimer, que les caricaturistes outranciers ne soient pas menacés parce qu'ils provoquent, et ce même si je suis complètement à l'opposé de leurs opinions.

Je complète le propos suite à une discussion: j'ai eu le droit à un son de cloche qui dit "les politiques n'ont pas à se présenter aussi tôt sur les lieux d'un drame comme les prises d'otages". Je soutiens l'idée sur le fond, car nombre desdits politiques sont venus pour se montrer, pour être filmés et donc apparaître "au plus près de l'actualité". Par contre, je ne suis pas d'accord sur le principe, car d'une manière ou d'une autre, il est du devoir de nos politiques d'être présents, et non de déléguer à outrance, surtout dans de telles situations. S'ils viennent, on dit "ils se pavanent", et s'ils ne viennent pas "ils nous laissent seuls dans notre merde". Quel est le bon choix? Un délai? Une déclaration par les médias? STOP: nous demandons à nos politiques d'être responsables, soyons-le aussi, nous ne pouvons pas dire que nous les voulons actifs et au plus près des affaires (surtout quand on parle de terrorisme) tout en disant qu'ils n'ont rien à faire sur place.

Au final: nulle personne, que ce soit moi, le quidam moyen ou le politique n'a à s'approprier la douleur d'autrui. Nous devons être solidaires, soutenir les victimes, sans pour autant être tenus d'être d'accord avec elles. De la même manière, arrêtons les leçons de morale faciles, les critiques aisées, élevons le débat à la hauteur des enjeux de notre futur. Liberté d'expression chérie, que ne dit-on pas en ton nom! Triste France où l'on fait des filtres idéologiques, alors qu'il faudrait justement s'en abstenir!

08 janvier 2015

Ce que les gens pensent de l'islam en Europe

Comme souvent, je rebondis sur une brève de ce cher Timo (le hollandais volant).
la source chez Timo (le hollandais volant)
Ce que pensent les européens de l'islam, sur Forbes (en anglais)

Pour ceux qui seraient anglophobes, le graphique de chez Forbes présente le "ressenti favorable" de différents pays européens à l'égard des musulmans. Timo rebondit dessus en disant qu'il en est (je le cite)
Oh, c’est surprenant. Bien, mais surprenant.
Comme quoi, ce qu’on voit dans les médias est trompeur :o

En fait, en réfléchissant à l'historique de ces pays, ainsi qu'aux problématiques migratoires actuelles, je ne vois rien de surprenant. Bien entendu, quand on voit ces résultats après le carnage de chez Charlie, on peut être un rien rassuré, voire même "surpris", alors qu'au final, j'estime qu'il n'y a absolument rien d'étonnant.

Prenons ces différents pays et réfléchissons sur les uns et les autres, ceci en partant du plus bas, pour remonter vers les plus "favorables".
Italie
L'Italie n'était pas, initialement, ni un pays puissant d'un point de vue colonial, ni même une destination première pour de l'immigration. Entre une langue relativement peu parlée dans le monde, et le peu de présence de populations immigrées, force est de constater que l'islam n'a pas eu une implantation aussi importante qu'ailleurs. Il est également essentiel de se souvenir que le pays a un fort potentiel politique nationaliste (ligue du nord par exemple), ce qui amplifie, bien entendu, le sentiment de rejet à l'égard de cultures et de religions différentes. N'oublions pas enfin que l'Italie, c'est également le Vatican, ce qui ne fait qu'accentuer une forme de rejet, ou du moins de méfiance à l'égard des autres religions. Là, nous ne sommes pas dans le racisme ou la xénophobie, mais plus dans une forme de conservatisme craintif, où les populations locales voient les flux migratoires plus comme des invasions, que comme de potentiels enrichissements humains et culturels.
Il faut aussi noter le fait que l'Italie, de par ses lois plutôt laxistes, s'est vu devenir la porte involontaire aux migrants illégaux. Les dernières affaires de bateaux abandonnés, les centres de rétention saturés ne font qu'accentuer ce sentiment général que "l'islam ne sera pas bon pour nous".
La Pologne
Catholicisme conservateur, pays peu propice à l'immigration (économie relativement faible, potentiel salarial faible…), la Pologne n'est pas un pays qui pourrait accepter aisément une présence étrangère. Il y a également un historique fort de rejet des populations dites "différentes", ne serait-ce que par les mouvements migratoires de roms sur leur territoire. En conséquence, la Pologne, de par son histoire et sa situation, ne sera pas un pays favorable et conciliant avec l'islam.
La Grèce
Quand on est en conflit depuis des décennies avec un pays à majorité musulmane (Turquie) pour des questions territoriales, difficile de considérer que la Grèce pourrait être favorable aux musulmans… Cela se suffit à elle-même comme explication.
L'Espagne
Outre l'histoire (occupation longue du territoire par l'empire ottoman),
Correction (merci à celui qui a commenté mon article)
Historiquement, l'Espagne a connu une présence de l'islam sur son sol suite à plusieurs invasions(je vous invite à fouiner de ce côté, chose que je fais en ce moment même pour corriger nombre de mes convictions visiblement fausses), ce qui a laissé un "souvenir" fort (culturel et architectural). Cela aurait pu inciter à une plus forte tolérance (métissage historique), mais l'actualité, à travers les problèmes de migrations illégales (passage de Gibraltar par des clandestins), l'exploitation de salariés immigrés à bas coût, et des régions à fort potentiel identitaire (Pays Basque), rendent difficile de considérer que l'Espagne sera favorable à l'islam. Ajoutons également que l'attentat de Madrid en 2004 n'a rien arrangé. De ce fait, le ressentiment à l'égard de l'islam est bien ancré dans les cœurs, et n'est pas prêt à s'améliorer pour le moment.
L'Allemagne
Le pays a une forte identité nationale. Toutefois, la statistique serait à pondérer par une distinction entre la RFA et la RDA. Cette dichotomie serait utile à deux titres: la RFA a une population immigrée Turque non négligeable, tandis que la RDA a encore une forme d'exclusion qui tend à disparaître (héritage des années 70/70). De ce fait, il s'agit selon moi d'une moyenne qui serait à rectifier selon les régions. Il est à noter que des lands d'ex Allemagne de l'est restent assez sensibles aux partis politiques de droite "dure", pour ne pas dire extrême-droite, ce qui a une très probable influence sur les chiffres.
Il est également important de se souvenir que l'Allemagne n'est pas non plus un pays spécifiquement représentatif d'une nation permettant "facilement" une intégration étrangère. Il s'agit d'une problématique d'image, mais également de nationalisme assez fort, induisant nécessairement un résultat moins bon que la France.
La Grande-Bretagne
Pays dont l'histoire est clairement coloniale, avec un historique de migrations diverses et très variées, c'est un pays qui a été également très choqué par des attentats, et secoué par les problèmes liés à sa présence sur plusieurs théâtres d'opérations militaires (Irak, Afghanistan). Dorénavant, la population sera être quelque peu plus méfiante à l'égard de l'islam, avec le durcissement des règles d'immigration, l'émergence de partis conservateurs, mais aussi et surtout une baisse conséquente de la tolérance religieuse sur leur territoire. La tolérance du passé n'est donc plus autant d'actualité, et qui plus est ce n'est pas la situation mondiale qui va les inciter à reprendre une attitude conciliante. J'ajoute au surplus que la politique de "suiveur" de la Grande-Bretagne avec les USA ne peut que les pousser à se replier et à cautionner un durcissement dans leurs relations avec le monde musulman.
La France
Ah, la France… les gens oublient pas mal de choses finalement. Les médias montrent avec complaisance un côté raciste, voire même xénophobe, parce qu'il choque, parce qu'il stimule les oppositions, et surtout parce que la France a un potentiel xénophobe certain. Cependant, c'est occulter quelques faits simples: l'immigration musulmane n'est pas récente, et que l'islam, avec son statut de seconde religion de France, ne peut plus être nié et ce depuis au moins trois décennies. De plus, le "racisme" si souvent mis en exergue existe bien, mais il est plus lié non à l'islam, mais à l'image des jeunes de cité qui sont malheureusement pour majorité issus des minorités ethniques et religieuses. La conséquence est directe: une mauvaise intégration/assimilation peut mener à une radicalisation morale voire religieuse. Le creuset des extrémismes en France est systématiquement lié à une situation socio-économique gravement défavorable (chômage, exclusion, vie en HLM, faibles revenus, trafics pour subvenir à ses besoins, isolement…).

La France n'est pas à majorité raciste, mais elle est très identitaire. L'identité de la France a énormément changé en cinq décennies. Depuis le paysan qui voyait l'arabe comme un envahisseur, au citoyen d'aujourd'hui qui croise le même arabe sans s'en rendre compte, il y a eu énormément de changements. Du progrès? En quelque sorte, même si des clichés restent tenaces. La société française a changé, parce qu'elle est tenue d'affronter un quotidien surprenant: faire cohabiter des gens radicalement différents, avec des conceptions sociales, morales et culturelles très distinctes. Cela pose énormément de problèmes directs et indirects : enseignement de la langue, intégration dans les processus scolaires, isolement local avec un sentiment identitaire réveillé par des propos radicaux, volonté manifeste de retrouver des racines culturelles… Dans ces conditions, il y a énormément de défis à relever, comme ne serait-ce que de permettre à tous d'accéder au travail, d'en finir avec le rejet par la différence ethnique, et se débarrasser de ceux qui revendiquent une attitude radicalisée.
L'islam, comme n'importe quelle religion, n'est pas à traiter ni avec condescendance, ni avec méfiance. C'est ce qu'on en fait qui est la source première du problème. Le respect est essentiel, la tolérance pour les us et coutumes également, mais cela implique alors un comportement symétrique, à savoir accepter les coutumes et la culture locale, et surtout ne pas essayer d'imposer sa différence. Je vais prendre un exemple délicat et qui fait souvent bondir: je n'accepterai jamais le voile dans les administrations, car celles-ci sont laïques. De la même manière, je n'accepterai pas qu'une touriste refuse d'être voilée dans un pays musulman, sous prétexte qu'elle refuse de plier à cette coutume religieuse et culturelle. C'est de la symétrie de respect: on n'impose pas ce qu'on est, on apprend de l'autre et l'on s'adapte.

Dans ces conditions, je ne suis donc pas du tout surpris par les statistiques présentées par Forbes, je le suis plus par les gens qui réagissent avec étonnement. Chaque pays a son histoire, son passif, et il est naturel que chaque nation réagisse différemment. On peut évidemment rêver d'un 100% pour tous, or ceci est impossible, parce que l'islam a été politisé par quelques-uns, que l'islam a servi de prétexte et d'étendard pour quelques radicaux/manipulateurs d'opinion, et qu'au final on ne retient qu'une chose dans les médias poubelle: c'est l'islam qui est la cause, alors que ce sont les hommes qui tiennent l'arme dans la main. Je n'ai jamais lu quoi que ce soit pouvant m'inciter à dire que telle ou telle religion est mauvaise, en revanche les analyses faites par les hommes sont les vraies sources du danger et du rejet.

Pour finir, la France a des défis gigantesques à relever, tant parce que son histoire séculaire et sa politique de laïcité posent problème. Le premier défi, c'est de trouver un équilibre entre acceptation de la présence de l'islam, et le refus de voir cette religion s'imposer. Je vais simplifier le raisonnement: on ne finance techniquement plus l'église (si l'on omet les lois d'exception en alsace et en lorraine), mais l'on assure l'entretien de nombreux bâtiments religieux, parce qu'ils sont un pan de notre histoire que l'on se doit de préserver. A ce jour, la question est alors de tolérer ou non la présence d'édifices religieux comme des mosquées, et de voir à terme si l'état doit se mêler, ou non, de leur préservation. Ce débat, tant d'idée que de politique, sera à trancher de manière définitive, sous peine de voir perdurer les problèmes tels que les mosquées "des caves", où le radicalisme religieux peut être enseigné à des jeunes influençables.
Le second défi est de déterminer dans quelle mesure l'on peut avoir un double discours, à savoir une tolérance culturelle forte (France terre d'accueil), tout en continuant à maintenir des attitudes étranges en politique extérieure. Lybie, Iran, Irak, Qatar, Afghanistan, ces pays sont concernés par notre présence soit militaire, soit par notre implication politique à l'ONU. Le poids de la France pèse lourd dans les décisions, et agir avec ambiguïté ne fait que compliquer les choses… et je n'aborde même pas le silence gêné des gouvernements successifs face à l'attitude d'Israël à l'encontre de la Palestine.
Le troisième défi sera de voir sur le long terme. L'augmentation de la part de la population pratiquant l'islam, face à une baisse significative des pratiquants des autres religions "historiques" ne pourra que radicaliser les membres de ces dernières. Le signal a été très fort lors des manifestations contre le mariage gay, et je crains que ces regroupements ne réapparaissent dans la rue contre l'islam. Je prends un exemple: imaginons une demande de construction d'une mosquée, et que l'on donne le permis de construire. M'est avis que de telles manifestations sont susceptibles d'apparaître, avec des conservateurs battant le pavé et dénonçant l'islam comme un envahisseur, et non pas comme une religion établie et respectée. Cela pourrait transformer des débats difficiles en rixes, si ce n'est plus encore. J'ai une méfiance terrible pour tout ce qui se radicalise, qu'il ait une croix ou un croissant de lune sur son oriflamme.
Le dernier défi sera, selon moi, l'attitude des politiques. Il est notoire que la continuité de politique n'est pas le jeu naturel de la démocratie à la française. Nous aimons faire basculer la balance, en jouant soit sur l'alternance aux présidentielles, soit en provoquant sciemment des situations de cohabitation forcée. Les trois décennies précédentes peuvent être décrites par: des élections présidentielles posées sur des personnages (Mitterrand, Chirac), de l'alternance pour ces deux présidents (avec pour côté ironique le fait que le second ait été premier ministre du précédent), puis des choix radicalisés suite à des situations politiques propices (FN au second tour, la chute du PS via Jospin et l'élection de Sarkozy), puis enfin une volonté d'alternance par dépit plus que par déterminisme (élection de Hollande pour refuser Sarkozy). Nous ne votons plus pour quelqu'un, mais contre son bilan/image. Si Hollande avait dissous l'assemblée, m'est avis que celle-ci aurait penchée de l'autre côté. Vous pensez que j'exagère? Alors observez qui est député européen (présence du FN), et qui est à la tête du sénat (UMP), tandis que l'assemblée est majoritairement de gauche. Nous n'avons donc pas de continuité, de stabilité politique longue permettant d'envisager des raisonnements au-delà des échéances présidentielles et législatives. C'est un tort terrible, car au lieu de penser sur des décennies, nos élus pensent sur des durées de mandat. La conséquence? L'incohérence des politiques sur l'immigration, l'absence de planification/réflexion pour gérer les cités, la scolarisation des enfants issus de l'immigration et j'en passe. Chaque élu qui passe ne fait que coller quelques briques de plus sur une cocotte-minute qui surchauffe, laissant le plat bouillant à son successeur, avec l'espoir que celui-ci ait le malheur d'ouvrir le tout.

La gestion de l'islam, sa compréhension et son acceptation ne sont pas des boites de pandore. Ce qui l'est, c'est de poser dans une autre boite tous les problèmes, puis d'en fermer le couvercle en espérant que rien n'explose. Ce n'est malheureusement pas une attitude acceptable. Nous ne pouvons fermer les yeux ni sur une jeunesse désœuvrée qui se tourne vers les extrêmes, ni pour autant considérer tous les membres d'une seule communauté comme étant tous représentés par quelques-uns. Il y a une urgence immédiate qui est de faire comprendre à tous qu'un pays, ce sont des droits et des devoirs: le droit d'opinion et de pratique religieuse, mais le devoir de tolérance et de civisme. Nous ne pouvons décemment pas tenir un discours ambigu, et encore moins faire preuve de laxisme tant sur un et l'autre de ces sujets. Il n'est en rien acceptable qu'une mosquée soit dégradée, pas plus qu'il soit acceptable qu'une mosquée puisse héberger des gens prônant la haine d'autrui. Ce propos est tout aussi valide si l'on remplace mosquée par tout autre lieu de culte ou de réunion.

La France est bâtie sur des fondations historiques anciennes que l'on se doit de préserver. Elle a choisi la voie la plus intelligente, celle de la laïcité afin que l'intégration de populations étrangère soit la plus simple et la plus tolérante possible. Nous ne faisons pas jurer sur une bible comme aux USA. Nous ne demandons pas la religion dans un CV. Nous considérons que chacun est libre de vivre et s'exprimer dans le respect d'autrui. La France d'aujourd'hui est une France complexe, riche de par ses différences, de par ses progrès sociaux et moraux. Je ne demande pas, j'exige que chaque Français soit à la hauteur des défis à venir: être un citoyen, ce n'est pas être un nationaliste. Etre un citoyen, c'est être patriote, et le patriotisme passe donc par la tolérance et le respect des institutions.
L'état se doit de réagir, mais d'une seule manière: en rappelant que les lois de la république ne peuvent ni être mises en doute, ni manipulées au bénéfice de quiconque. La France doit agir avec la fermeté et la dignité nécessaires pour lutter contre l'intolérance, le racisme, mais également contre la violence et le terrorisme. Il ne s'agira pas de créer un état policier sous prétexte de protéger les biens et les personnes, mais avant tout de remettre en avant que des lois existent, que celles-ci sont là pour protéger chaque citoyen, et qu'il sera tout mis en œuvre pour ne pas céder sur ces fondamentaux.

Enfin, je tiens à notifier à chaque personne pensant que la liberté d'expression permet de tout dire et tout faire que celle-ci est strictement encadrée, et est supposée protéger chacun de nous. Le racisme et la xénophobie n'ont pas être propagées sous le prétexte de droit d'exprimer une opinion. Charlie hebdo a été attaqué pour avoir osé critiquer, provoquer, voire même blessé et insulté. La seule voie acceptable était celle juridique, et j'aurais été fier de dire aux gens blessés moralement "vous avez choisi la voie légale, vous avez fait le bon choix". Ceux qui font le choix des armes ne se sont pas attaqués qu'au journal, ils se sont attaqués à toute une nation. Le pays a communié dans la tristesse, les réunions spontanées ont prouvé au monde entier que la France est un pays de tolérance, d'unité dans l'adversité, et force culturelle et morale. Oubliez les propos haineux de certains, oubliez celles et ceux qui ont tenu des discours comme "Ils l'ont cherché". Qu'ont-ils cherchés? A provoquer? A assumer un discours dérangeant? Je ne saurais cautionner ni les caricatures blessantes, ni l'usage de la force pour s'en venger. Un dessin ne tue pas, il vexe. Une balle de fusil, elle, ne porte aucune mention morale ou culturelle. Elle tue, point final.

07 janvier 2015

En berne

Comme vous l'aurez remarqué, le site est passé en noir et blanc. Il ne s'agit pas d'une lubie pour trouver un nouvel essor visuel, mais d'une mise en berne morale de ce blog.

La raison? Elle est terriblement simple: le massacre de Charlie Hebdo. Je m'étais lancé dans un écrit argumentant, expliquant, cherchant à comprendre le pourquoi du comment... Mais en définitive, je ne peux pas le publier.

Je ne peux pas cautionner, je ne peux ni expliquer ni même argumenter sur cette horreur. Tout ce que je peux dire ce sont mes condoléances aux familles, et bonne chasse à ceux cherchant à traduire en justice ces deux assassins. Tout le reste ne sera que fadaises, rhétorique et débats d'idées. Ce n'est ni le moment ni le lieu pour lancer un quelconque débat.

Je pense donc que j'ai tout dit sur le sujet.

Votre obligé

PS:
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Jefaispeuralafoule/Frédéric