01 mars 2016

Quand le feu du ciel tombera sur la terre

L'apocalypse. Ce mot terrifiant, cette idée même de l'anéantissement de toute vie, nous lui avons trouvé un nom, une définition, et par conséquent une possibilité d'exister. Aussi loin que les écrits nous permettent de remonter, nous trouvons des traces concrètes de cette peur de la disparition totale de l'humanité, que ce soit de la main d'un dieu, ou bien d'un monde susceptible de nous détruire intégralement. Nos ancêtres ont pu admirer les pires cauchemars naturels que sont les volcans, les tsunamis, ou encore les météorites percutant la terre. Mes parents ont connu la peur du nucléaire, d'une fin du monde provoquée par la main de l'homme, et aujourd'hui encore le règne de la terreur de l'atome n'est pas sorti des discussions. On ne s'interroge pour ainsi dire plus sur le "si on s'autodétruit", mais sur le "quand on le fera".

Que doit-on penser en observant le flux de l'Histoire? Est-on encore enclin à supposer, comme les anciennes civilisations, que le courroux d'un dieu quelconque nous fera payer notre inconscience et notre incapacité à ne pas transgresser les règles fondamentales de l'existence? La réponse semble simple de prime abord, et les plus athées me rétorqueront que sans dieu, point d'enfer, de paradis, et plus encore de sanction divine. Et pourtant… Nous nous prenons pour Dieu, nous nous prenons pour les maîtres d'un monde sur lequel nous n'avons aucune emprise. Observez donc l'histoire sur les cent dernières années, et comptez les victimes des cataclysmes naturels et artificiels: Tchernobyl, les tsunamis, Fukushima, les deux conflits mondiaux, l'usage des gaz de combat, Hiroshima et Nagasaki… la liste est longue, pléthorique, et je nous trouve encore chanceux d'être sortis vivants de tout ceci. Au surplus, n'a-t-on pas ouvert énormément de boites de Pandore? Depuis l'atome, en passant par la génétique, jusqu'à la conception de produits chimiques et biologiques capables de nous anéantir, nous nous armons plus que nous nous soignons. Nous trouvons plus de budget pour construire des bombes, que nous n'en dépensons pour soigner des maladies telles que la lèpre!

Quel est ce monde incapable de prendre soin de lui-même? Quelle est cette humanité si tordue qu'elle trouve préférable la mort de milliers d'innocents pour enrichir quelques personnes? Où est cette supposée âme dont les philosophes nous rebattent constamment les oreilles? Nous sommes tous en droit de se demander si nous ne sommes pas finalement dépourvus de l'élémentaire conscience individuelle, à l'exception cynique de celle de notre égocentrisme. On ne se sent bien que parce que nous faisons en sorte de ne pas souffrir, d'avoir ce qu'il nous faut personnellement, et le sort de l'humanité, hé bien, nous partons du principe que nous élisons des gens pour en tenir compte, le tout dans un aveuglement aussi malhonnête que volontaire. Qu'on n'aille pas me dire que l'on regarde au détail ce que feront nos politiques, parce que dans le fond, la masse se fout de savoir ce qu'ils feront, tout du moins tant que cela ne nous concerne pas directement.

Ce monde ne peut qu'aller vers le néant, parce qu'il a choisi la voie la plus directe, la moins "humaine". A l'instar d'une locomotive poussée à ses limites, notre société n'est pas régie ni gérée, elle se contente de sa propre inertie, le tout dans un désordre aussi flagrant qu'inévitable. Certains pensent, à tort, que le tout est piloté par des complots, par des entreprises si puissantes qu'elles défient les états. Rien n'est plus faux, rien n'est plus absurde que de s'en convaincre. Il est si confortable de croire qu'il y a un "état supérieur"… La vérité est bien plus terre à terre, sinistrement ordinaire, à savoir que chaque structure, qu'elle soit sociale, économique ou même religieuse, se préoccupe avant tout de sa pérennité. L'importance des interactions n'est jamais prise en compte, pour la simple et élémentaire raison que cela serait admettre qu'il existe d'autres solutions, d'autres opportunités aussi bien économiques que morales. Demandez à un religieux fervent de renier sa foi… Demandez à un capitaliste de renier les fondements même de son système, et vous verrez à quel point on vous haïra. Il n'y a pas d'ordre, mais un ensemble d'anarchies qui semblent tenter de s'équilibrer. A vrai dire, je dirais même que c'est la Nature, et elle seule, qui joue les arbitres. Quand des entreprises se déchirent et s'anéantissent mutuellement, elles ne font qu'appliquer les principes de la prédation. Quand une entreprise meurt seule, c'est globalement par manque d'adaptation, tout comme un animal ne pouvant pas se faire à son environnement. L'humanité en va de même: nous jonglons individuellement au milieu d'une piste de cirque, et chacun tente, à son niveau, de faire tomber le moins de balles possible.

L'ironie là-dedans, c'est que cette anarchie a des conséquences inattendues, et ce même pour les plus attentifs observateurs de ce monde. Quand un pays s'effondre, on pense avoir réussi à tout anticiper, à tout prévoir. Or, rien n'est moins vrai. On peut par exemple s'interroger sur les radicalisations religieuses,, sur les tentatives désespérées de certains peuples à aspirer à "autre chose", et plus que tout sur les conséquences larges qu'ont l'apparition de sociétés privées capables de rivaliser en terme de poids financier, politique et social avec les états. Seront-elles encore là dans deux décennies? Survivront-elles à leurs nouveaux concurrents? Difficile voire impossible à dire car s'il est un fait avéré, c'est que l'économie mondiale n'est jamais stable, pas plus qu'elle a pour faculté à préserver les sociétés. Il y a un siècle, on avait une liste d'entreprises qui menaient le monde. Cette liste n'est pour ainsi dire plus du tout la même. Quand je regarde ces masses financières, ces sociétés, j'ai plus l'impression s'observer une boite de pétri qu'un annuaire de la finance mondiale. A l'instar des bactéries et virus, elles se dévorent les unes les autres, elles vivent au détriment d'un hôte (la nature ou bien l'homme), et ce à tel point jusqu'à le tuer.

Soyons-en convaincus, on peut se mener à la catastrophe aussi bien de manière financière, technologique qu'idéologique. Prenons quelques cas évidents pour bien saisir l'importance du désastre à venir. Pour ce qui est de l'économie, la crise de 29 a poussé le nazisme sur le devant de la scène en Allemagne. Sans crise, Weimar aurait peut-être survécu à l'humiliant diktat de Versailles. Pour l'aspect technologique, Bhopal Tchernobyl et Fukushima sont des avertissements que nous ne semblons pas vouloir entendre; et pour l'aspect idéologique, les poussées extrémistes sont si nombreuses qu'on peut s'interroger sur le devenir de bien des nations. Ce dernier point, un peu moins évident, mérite que je m'étende un peu dessus.

Certains voient de prime abord que la montée de l'islam radical, du terrorisme qui lui s'y accroche, ainsi que l'apparition de guérillas se s'adossant à cette idéologie religieuse. Il n'en est rien, et cela est que trop passé sous silence. On ne veut surtout pas admettre que les chrétiens se radicalisent tout autant, et que les urnes de demain pourraient bien se remplir non plus d'un vote par réaction, mais bel et bien d'un vote en quête d'action. Les cinq dernières années sont une preuve manifeste de cette idée: manifestations "morales" contre le mariage gay, discours de plus en plus chargés de moralisation dans tous les débats (la famille au centre, l'adoption, la structure sociale…), bref on veut recréer une identité nationale par une identité religieuse, ceci afin de s'opposer à l'identité extranationale que nous présentent tant les migrants que l'islam de l'intérieur. Qu'on se le dise: quand un président se voit presque imposer sa présence dans une église, c'est qu'il y a des errements graves dans la façon de concevoir la laïcité. Notez au surplus que bien des conflits actuels et passés (Ex-Yougoslavie pour le plus proche de nous tant géographiquement que temporellement) se sont servis de la religion comme terreau pour faire germer les graines de la haine ethnique.

Qu'en est-il de l'apocalypse? Elle ne peut que se préparer, ceci avec l'aide monstrueuse que nous lui donnons en ne se préoccupant pas de faire fonctionner autrement notre monde. Le chantage fait aux pauvres n'est plus possible, parce que ce sont à présent les pauvres qui produisent pour les riches, et qui détiennent la machine. La Chine n'est plus une nation esclave, elle est une nation dominante qui nous toise et nous maîtrise par la finance et l'industrie. Il est fini le temps où l'on pouvait se contenter d'écraser les petits sous notre botte, et il n'est pas loin celui où celui que nous avons maltraité va nous mordre en représailles. Pourquoi s'attaque-t-on frontalement aux vieilles nations européennes? Parce qu'elles sont le symbole d'une culture ex-coloniale haïe, parce que nous avons vécu aux crochets des autres, et qu'à présent les autres veulent nous montrer en retour qu'ils ont un autre mode de pensées. Est-ce qu'ils ont tort? L'idéologie est une chose subjective, et ce n'est pas nous qui sommes en position de déterminer qui est a raison. Est-ce que celui qui croit en un Dieu unique a plus raison que celui qui croit en un parterre de Dieux? De quel droit? Nous payons dorénavant notre tentative d'imposer des codes sociaux et moraux, et ceci par la force de notre armée ou de notre argent.

La seule chose qui nous préserve pour le moment d'une violence plus extrême c'est que les hommes qui prennent le pouvoir sur une nation sont confrontés aux impératifs de vivre avec des voisins, de faire circuler l'argent, et par conséquent de composer avec un monde qu'il déteste. Cela nous évite, pour quelques temps encore, que le terrorisme devienne une action d'état, que des gouvernements décident d'aller au-delà du financement de groupuscules plus ou moins identifiés. Le jour où l'économie telle que nous la connaissons connaîtra une vraie crise, alors bien des pays profiteront de l'occasion pour revenir à des guerres de territoire, à des politiques expansionnistes, et bien des conflits pour l'eau, l'énergie et le pétrole vont se déclencher. Par contrecoup, bien des pays riches en paieront violemment les frais. En voulant nous mêler de ces guerres devenues inévitables, nous aurons des représailles soit économiques, soit carrément terroristes et/ou militaire. Pourquoi avons-nous hésité en Syrie? Parce que les Russes nous ont avertis que nous allions droit à l'échec. Pourquoi la Lybie est un échec? Parce que nous n'avions pas voulu, à l'époque, entendre ce même avertissement. Pourquoi notre politique africaine est un naufrage? Parce que nous avons financé des guérillas, armé des despotes sanglants. Pourquoi sommes-nous dorénavant face à l'intégrisme religieux de notre jeunesse? Parce que nous n'avons pas eu le courage d'admettre que nous financions ceux qui les radicalisent… pour peser dans la balance politique régionale. Une anarchie bien menée, parce que chacun tirait la couverture à lui, en espérant que cela ne prêterait pas à conséquence… La Corée du nord en est le plus bel exemple, en sachant qu'elle s'est dotée de la bombe atomique, et qu'elle pourrait à terme être la première nation à en faire usage dans un cadre offensif direct. Cela pourrait déterminer le sort de la région, mais aussi présenter ce à quoi nous allons malheureusement avoir le droit, à savoir des nations de petite taille, surarmées grâce à l'atome, et capables de nous menacer avec aplomb. Qui va aller défier les Coréens aujourd'hui? Plus personne, sachant qu'une bombe atomique peut réduire en cendres Séoul en un instant, voire même Tokyo, ou toute autre ville à portée de tir. Nihiliste? Assurément, mais au même titre que notre bêtise à vouloir croire que nous resterions à jamais les maîtres du monde.

L'apocalypse est possible, et même à envisager, parce que nous n'arrivons pas à admettre que l'homme est ainsi fait qu'il ambitionne de dominer, de régir son prochain, et que cette attitude souvent hautaine, toujours dangereuse, ne peut que mener à la guerre. Nous nous sommes déjà affrontés à un nombre atroce de fois, et avec pour seul résultat des charniers, des carnages, des changements ponctuels de régimes qui, comme tous les autres avant eux, ont fini par s'écrouler. Prenez la France sur deux siècles. L'alternance démocratie-dictature s'est systématiquement jouée sur l'échec d'un gouvernant, ou sur l'émergence de quelques personnages charismatiques poussant à la mort l'ancien régime. Napoléon a poussé l'ancienne royauté dans les limbes le temps d'un intermède; Les républiques se sont vues anéanties par leur incapacité à tenir le pays; les républiques sont mortes de la main même de ceux qui la géraient; En définitive, la vie et la mort des états est dépendante non pas d'une volonté de progrès, mais bien d'une volonté de diriger. Quand le rôle du président de la république a été révisé, est-ce que cela l'a été dans un sens démocratique ou bien républicain? Interrogez-vous sur l'opportunité de mettre un roi par élection au pouvoir, sans possibilité de le démettre durant son mandat; demandez-vous également pourquoi ce même roi élu a le pouvoir d'être le chef des armées, et vous saisirez ce que cela représente que d'élire notre président de la république. "Celui qui ambitionne d'avoir le pouvoir doit à tout prix en être éloigné le plus possible". Douglas Adams, sur le ton de la plaisanterie, a résumé ce que l'ambition humaine peut provoquer: la fin de notre temps, celui de l'homme, celui d'une humanité qui n'a toujours pas trouvé de moyen de s'affranchir de ses propres démons.

07 février 2016

Rétromobile 2016

De quoi se faire plaisir avec des vieilles ferrailles comme je les aime!

Notez que j'aurais aimé filmer le démarrage de la bête de Turin... je n'ai pu qu'en faire de belles photos, mais ci-dessous voici quelques images qui vont vous donner des frissons!


13 janvier 2016

Si Bowie m'était conté

Je hais les nécrologies. Je hais totalement cet exercice de rendre hommage à quelqu'un, qu'on l'aime ou non. J'ai l'impression qu'on aime à martyriser les cadavres des gens dont on parle, et plus encore qu'on veut se valoriser face à l'être qui s'en est allé. Là, je n'ai rien à revendiquer, et encore moins à prétendre face à l'immense artiste qu'est David Bowie. Je parle effectivement au présent, car il est présent et le sera encore très longtemps tant il a su marquer son temps et ses auditeurs. A la différence de la soupe déjà digérée des morceaux formatés pour le grand public, Bowie a marqué chaque auditeur, non parce qu'il était différent, mais simplement parce qu'il savait autant étonner qu'émouvoir, et ça, ce n'est pas à la portée de tout le monde.

Ziggy s'en est allé pour la seconde et dernière fois. Il a quitté la scène après avoir laissé une épitaphe musicale sous la forme d'un dernier album, et aujourd'hui les masses pleurent un artiste improbable. A 69 ans, il s'envole rejoindre l'espace, il disparaît des écrans radar, mais sa musique, elle, va continuer à résonner dans les oreilles. On va longtemps entendre sa différence, et son immense influence continuera à apparaître, çà et là, comme s'il était encore des nôtres sur terre. Et pourtant, était-il humain? Etait-il de cette espèce ou bien était-il un extraterrestre ayant occupé une place à part dans le monde?


David Bowie a exploré tout ce qu'il pouvait, depuis la musique, en passant par la danse, le mime, le cinéma, l'esthétisation à outrance, et ce dans une quête complexe et à mon sens mal comprise d'absolu artistique. Quand un artiste se devait d'être esthétiquement sobre, il se mettait en scène et se créait un personnage. Quand d'autres se sont entêtés à rester décalés par l'apparence, il a recréé son univers et remis en cause tout ce qui avait pourtant fait sa renommée. Quand enfin il a anéanti l'apparence au profit du contenu, les autres n'ont pu que lui embrayer le pas. Toujours en avance, toujours "décalé", comme s'il courait après le temps, comme s'il y avait un empressement à créer et à diffuser ses sensations à travers sa musique. Ce n'est qu'une impression personnelle, mais il me fait encore l'effet de l'alchimiste qui cherche sa pierre philosophale. Il a cherché à tout mêler, tout mélanger, ceci pour révéler au monde la formule secrète de l'or auditif. Il a alors démontré qu'il n'y a pas qu'une école, qu'il n'y a pas qu'une seule mouvance. Il a fondé sa propre université artistique, l'école Bowie, unique, souvent inspiratrice, parfois imitée, mais jamais surpassée dans son style. Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit: il y a cette même créativité qui distingue d'autres artistes, dans des domaines très différents, avec un abord personnel à leur art. Ca ne rend pas Bowie supérieur, juste différent, comme chaque artiste est différent (du moins en théorie…).


J'ai découvert Bowie de la manière la plus étrange qui soit, c'est-à-dire par le jeu vidéo. Oui, vous lisez bien, par le jeu vidéo. J'avais déjà apprécié de nombreux titres, mais la révélation fut totale lorsqu'un magazine m'a vendu du rêve en 1998 à travers le jeu Nomad Soul. Le journaliste avait réussi à me faire ingurgiter que le jeu serait "fantastique", et ce parce que sa bande son serait créée par David Bowie. Intrigué par les images, accroché par le concept, j'ai fini par acheter le jeu en question (que j'ai adoré), et au surplus je me suis rué chez mon disquaire pour me saisir de l'album "Hours". Cet album m'a alors enivré, tant par la créativité de la chose, que par le côté totalement improbable de sa musique. Je n'avais rien écouté de tel ailleurs, et encore moins songé qu'il était possible de manipuler la voix et les sons de cette manière.


C'en était fait, j'étais fou de tout ce disque. Il est devenu, cette année-là, "mon" disque, celui qui m'a accompagné partout, dans la voiture, en voyage, et il était devenu hors de question que cet album ne soit pas à proximité pour m'en remettre un passage de temps en temps.
Pour le jeu lui-même, je vous mets ci-dessous deux choses d'une créativité folle, à savoir son introduction, ainsi qu'une expérience (encore une!), c'est-à-dire un concert virtuel de Bowie DANS le jeu! Qui aurait songé à se servir du média numérique de la sorte avant lui? L'idée fut reprise quelques fois, mais il a inauguré une convergence magique entre la présence de l'artiste et sa musique. La plupart du temps, ce sont des personnages du jeu, désincarnés, qui se font porteurs de la musique. Là, il a été un personnage à part entière dans le jeu… Si ce n'est pas toucher à tout, je ne sais pas ce que c'est!


Sa vie privée? Je m'en fous. Ce qu'il a pu faire en bien et en mal? Il s'est drogué, on l'a insulté pour s'être présenté en androgyne, pour des questions de bisexualité… Mais je m'en contrefous totalement! Qui sont les juges? Ceux qui, s'ils se montraient tels qu'ils sont, seraient crucifiés en place publique pour leurs excès? De ce point de vue, laissons l'art à l'art, laissons la vie privée à celui qui l'a vécue, et rien d'autre.


Pour finir, s'il a inspiré énormément de monde, c'est parce qu'il était un vrai créateur, un véritable curieux là où d'autres se reposent sur des fondamentaux. Ecouter plusieurs albums de Bowie, c'est sans cesse redécouvrir un artiste particulier. Qu'il vous plaise ou non, j'aime ce qu'il a créé, et ça me suffit comme satisfaction.


Merci à vous Monsieur David Bowie.

20 décembre 2015

De la musique qui me remue systématiquement les tripes

Des musiques qui vous remuent, vous arrachent l'âme et qui vous font regarder le monde différemment...

Merci Pink Floyd


Et la version originale...



Toutes les réalités se mêlent aujourd'hui. Qu'on aille regarder autour de soi, ou à l'intérieur des pixels froids d'une lucarne virtuelle, les choses s'entrecroisent et sont intimement liées qu'on en vient parfois à se dire que la frontière entre le numérique et réel se fait plus ténue que jamais auparavant. Et pourtant, nous clamons haut et fort qu'il n'en est rien, que l'information n'est qu'une variable, que l'informatique qu'un outil, et que notre degré de connexion n'est là que pour consolider les relations humaines. Est-ce vrai? Est-ce exact d'affirmer ainsi que nous progressions vers une cohésion, vers une solidification et une amélioration perpétuelle de notre société? En quoi l'outil électronique apporterait-il donc un semblant de progrès, surtout dans un monde où le regard d'autrui devient toujours plus pesant et difficile à supporter?

Les sociétés humaines se sont développées parce que la culture a permis d'engendrer des échanges inconnus parmi les autres animaux de notre environnement. Le développement du langage, puis de l'écrit, des concepts tels que l'économie ou encore la politique ont autorisé la construction sociale, et donc en cela le net et nos capacités de distribution de l'information semblent effectivement tendre vers un progrès, d'autant plus que la culture, et donc le niveau moyen de connaissance de chaque individu devrait permettre cette tendance... Mais si l'on est lucide et honnête, il n'en est rien, d'autant plus que l'excès d'information ne mène plus à l'avidité et au désir de connaître, mais plus à l'orgie et à l'ingestion goulue sans saveur de données qui sitôt englouties sont aussitôt oubliées.

Le dicton veut que l'on doit apprendre de nos erreurs. Le raisonnement est tout particulièrement valide sur la toile, car celle-ci, au milieu de la marée de données où se mêlent exactitude et propagande, il est devenu au mieux difficile de surnager, au pire impossible de patauger tant le bourbier est gigantesque. A l'instar d'une bibliothèque désordonnée faute de volonté commune, le net devient peu à peu non plus le moteur de la connaissance, mais celui de l'exhibition personnelle. Dans cette volonté manifeste du voyeurisme et du paraître, il y a alors deux tendances: celle du "posséder la connaissance", et celle du "posséder l'objet". Cette avidité, c'est donc le consumérisme intellectuel ou physique, où les leaders d'opinion autoproclamés feront tout pour mélanger les deux dans une soupe indigeste.

Nous connecter les uns aux autres? Se déclarer "amis"? Apprécier un contenu pour ce qu'il est... ou bien être dans la mouvance de sorte à ne pas s'exclure de soi-même? La peur de la solitude, la peur de détonner avec les autres, c'est cela qu'amène le net. Il apporte non seulement le bienfait d'accéder à tout et n'importe quoi, mais également le malheur d'être seul derrière l'écran, et au final de nous pousser à s'insérer dans des communautés toujours plus radicales, tant dans les idées que dans le propos. La bipolarité intellectuelle est désormais une norme, une règle tacite où toute déviance est sanctionnée par l'autocensure, l'insulte comme mode de communication, et en définitive la mise au ban la solution à tous les conflits. Pour un environnement supposé permettre l'échange des idées, il est tout de même paradoxal et même honteux de se dire que l'on doit se taire afin de ne pas finir seul.

Ce monde est à présent le reflet tacite de notre technologie de l'information: clinquant, lancé dans un mouvement trop rapide pour être appréhendé, et où tout évènement, si grave qu'il soit, ne marque son temps que quelques instants. Le durcissement des lignes de conduite, l'autosatisfaction, la barbarie des images se voient tolérées et même revendiquées, parce que le monde se veut vif, excitant, loin de toute notion d'humanisme ou d'émotion. La froideur de l'écran est maintenant celle de la donnée, celle où l'on peut regarder un carnage par la lucarne sans frémir, celle où l'on peut sans s'émouvoir ou même réagir accepter n'importe quelle contrevérité, parce qu'elle est juste confortable et qu'elle ne bouleversera pas notre quotidien.

La donnée est brute. L'information, l'histoire, la culture, ce sont des concepts, des choses malléables avec lesquelles chacun devrait jouer, pétrir et modeler l'avenir... Mais dans un environnement où l'on devient de simples spectateurs, ce sont des briques qui montent des murs d'incompréhension, de sectarisme, et où l'on substitue aux déités des idoles. Tout comme furent sanctionnés le peuple juif pour le veau d'or, notre société se sanctionne d'elle-même en ayant refusée de voir dans quel monde elle évolue. L'humanité n'est ni tendre ni charitable, l'Homme a toujours eu de l'ambition, qu'elle soit dévorante pour les despotes, ou égocentriques pour ses sous-fifres. Nous ne pouvons pas refuser l'opinion d'autrui sous prétexte qu'elle nous dérange. Nous ne pouvons pas vomir notre haine de l'autre parce qu'il a le malheur de ne pas être conforme à notre idée du citoyen. Ce monde, comme celui virtuel, a des codes qui sont de notre fait et non du fait de puissants occultes comme trop voudraient le croire. La paranoïa ambiante n'est pas issue d'une réalité, mais bel et bien née de la mélasse qui nous sert de piscine à idées. Le virtuel ne reflète que nos idées, nos actes, et certainement pas d'une manipulation ou de complots absurdes.

Nous voudrions croire que nous contrôlons les choses. Notre esprit est par trop étriqué pour qu'il puisse aussi bien admettre l'immensité de l'univers, que l'immensité de notre méconnaissance de notre propre monde. Par analogie, c'est du même acabit que d'admettre qu'on connaît mieux la surface de la lune, que les fonds de nos océans. Cela semble ridicule, mais c'est bel et bien le cas: nous ne savons rien des autres, parce que nous nous contentons donc de ne gratter qu'en surface, nous supposons que trois lignes sur un écran suffisent à déterminer ce que l'autre peut être ou peut représenter. Toute société humaine a eu cette idée qu'on peut réduire un peuple, ou même une personne à quelques mots simples. La xénophobie naît de la méconnaissance et de la peur d'autrui, et la toile s'en fait l'écho le plus flagrant. Tu n'es pas avec nous parce que tu es contre nous, tu es l'ennemi parce que n'acceptes pas d'entrer dans nos codes, tu es l'adversaire parce que tu défends une autre vision du monde que celle qui convient à nous.

Dans cette attitude général, il y a une constante, à savoir l'apparent rejet dans le discours de toute forme d'élitisme. Et pourtant, c'est bien ce même élitisme culturel et moral qui renaît de ses cendres. Tout comme la noblesse dénigrant le bas peuple, les "élites" de la toile se font fortes de revendiquer une différence de connaissance et de niveau avec le tout à chacun. Le "tu n'y connais rien" est aujourd'hui une charge classique, et la matraque du "tu ne sais rien" ou encore "tu crois que tu sais?" sont des phrases qui servent d'armes. Est-ce cela votre vision de l'équité? Est-ce cela votre aperçu d'une société totalement interconnectée? En quoi ce monde serait-il meilleur que celui qui interdisait aux masses de se cultiver? En quoi diffère-t-il finalement des dictatures où l'on enfonçait dans les crânes malléables des enfants des mensonges éhontés?

Le propagandisme couvert par la morale et la bonne conscience sont des violences faites au libre arbitre. Quand le "être bien vu" est considéré comme une obligation, quand l'objet possédé devient le vecteur d'une existence sociale, il y a de quoi se demander si l'on a pas là strictement les mêmes déviances ayant réduites à néant des empires comme celui de Rome. L'analogie semble hors de propos, mais elle est d'une actualité terrifiante. Suivez le raisonnement. Quand Rome a atteint son apogée, son obsession pour la sophistication, son acharnement à perpétuer un système de caste sociale a poussé l'empire non plus à s'étendre, mais se replier sur lui-même. Les arts se sont enrichis, les plume se sont déchaînées, mais en contrepartie les dirigeants se sont mis à payer les barbares pour se préserver des guerres, et les luttes internes de pouvoir ont fini par créer une forme d'anarchie flottante, une sorte de sable mouvant où chaque despote succédait au précédent sans même avoir eu le temps de régner. Ainsi Rome fut mis à sac. Ainsi l'empire se disloqua, ainsi la nation unique vola en éclats, et ainsi les barbares purent envahir, contrôler, se développer, se sédentariser... puis se diluer pour disparaître dans les méandres du temps. De la même manière, nous avons financés la barbarie terroriste, de la même manière nous payons notre confort, et de la même manière nous tentons de sauver les apparences lorsque notre monde est pillé et mis à sac.

Notre cohésion ne vaut rien si elle n'est pas physique et morale. Notre unité affichée après les attentats est déjà brûlée et foulée du pied. Quand quelqu'un se dit patriote, on l'insulte et on le traite de nationaliste. Quand une personne se détermine par les urnes pour un parti radical, on ne taxe de fasciste. Qui est fasciste? Celui qui censure l'autre il me semble. Je ne crois pas aux idées d'une extrême droite drapée du drapeau tricolore pour se donner une consistance, mais ce n'est pas pour autant que je qualifie le vote FN comme étant immoral. L'immoralité, c'est ceux qui l'agitent en tant qu'épouvantail qui sont immoraux. Pourquoi avoir des opinions est désormais une menace, ou pire encore une cause d'injures? Moi qui croyais que les gens qui gueulaient "Internet lieu de liberté d'expression" étaient sincères!

Le monstre numérique est là. Il s'est implanté dans chaque demeure, dans chaque appareil connecté, et il diffuse des choses si radicalement différentes que l'indigestion est perpétuelle. Quand un peuple a faim de libertés, il consomme chaque chose, s'en imprègne, et les plus beaux esprits se développent. Comme la fleur poussant sur le fumier, l'intellect pousse parce qu'il est stimulé par le besoin. En revanche, l'obésité naît quand on croit se nourrir, alors qu'on se gave. Nous ne prenons plus le temps, parce que le temps file, parce que l'information se doit d'être instantanée, rapide, et qu'en définitive on ne retiendra que des fulgurances, comme le flash brûlant d'une bombe, l'éclair brutal d'une rafale de mitraillette, sans même tenir compte du contexte ou de l'histoire qui se cache derrière. Pas même un an est passé que déjà les attentats de Janvier sont passés à la trappe. D'ici quelques mois, les victimes de Novembre seront un jalon parmi d'autres, et le "détail" de notre histoire moderne sera oublié au profit de n'importe quelle autre nouvelle choquante.

Le net offre une tribune, un support idéal et facile à manipuler pour quiconque tient à se voir diffusé à outrance. On est bel et bien seul derrière son écran. On est bel et bien seul face à la donnée, et c'est à chacun de la prendre en main, de ne surtout pas accepter qu'on vous la présente d'une manière ou d'une autre. Il y a une très belle analogie qui fera comprendre mon raisonnement, c'est celle de la pièce de monnaie. Trois personnes observent la même pièce que l'une d'elle tient entre deux doigts. Le premier voit une des faces: ronde, il y a une silhouette dessus, et des mots gravés sur le pourtour. Le second ne voit que la tranche de la pièce: c'est un parallélépipède rectangle strié, d'une couleur bronze. Le dernier, lui, a conscience qu'il s'agit d'une pièce car il aperçoit la pièce de biais. Il tente d'expliquer aux deux premiers qu'il s'agit d'une pièce, d'un cylindre de métal... mais les deux autres se moqueront de lui parce qu'ils sont convaincus de détenir "la" vérité, la seule acceptable. La toile est faite de cette même absurdité: en refusant d'écouter toute autre voix parce qu'elle semble dissonante, nous nous isolons donc au lieu d'échanger. Un échange, est avant tout écouter et non s'écouter. Un lieu de partage, c'est autant donner que recevoir.

Quand nous ferons évoluer notre modèle de communication vers un autre niveau, alors peut-être qu'on pourra parler de culture et non d'inculture. Le net est bien notre image, ni déformée ni malade, sauf si l'on accepte le fait que notre société est malade. Elle est malade de ne plus se donner les moyens de réfléchir, elle est malade de sa propre obésité, car savourer une chose ce n'est pas l'avaler d'une traite puis de pousser un rot sonore. Nous sommes encore dans les premiers instants d'une vie complètement indissociable d'une existence numérique, mais tôt ou tard nous serons amenés à accepter que chaque geste, chaque pensée, chaque idée sera transportée par devers nous dans le réseau. Et ce jour là, que ferons nous? Serons-nous plus tolérants, fiers d'échanger sans entrave, ou serons-nous terrifiées d'avoir de nous-mêmes construits des murailles numériques propres à nous protéger de nous-mêmes?

Enfin, je ne sais pas si je dois espérer ou être terrifié. Les indices laissés par le monde me font penser que nous n'aurons de cesse que de nous embarquer dans un 1984 volontaire, là où des rêveurs espéraient un monde sans frontière. Malheureusement, la frontière est toujours la même, tangible et ordinaire, celle de notre humanité. Chacun de nous a ses tares, ses peurs, sa xénophobie. Nous sommes tous des racistes ordinaires. Qu'on ne vienne surtout pas me tancer d'un "moi je ne suis pas raciste", parce qu'il s'agit là d'un mensonge éhonté, et d'une prétention narcissique. Le racisme, qu'il soit religieux, culturel ou ethnique fait partie de notre attitude, parce que nous cherchons et chercherons toujours des causes à notre malheur, alors que nous l'avons sous nos yeux. Notre intelligence est notre malheur, notre mémoire notre faiblesse, et notre incapacité à raisonner autrement que par réaction notre ennemi le plus intime. Comme n'importe qui, je peux être intolérant, sectaire, brutal, vindicatif même, et c'est en l'admettant que je tente d'être moins pire qu'autrui. Le progrès passera donc non par le numérique, mais bien par soi-même. N'oublions jamais que le numérique devrait être un moyen et non une finalité en soi. Bien trop de gens soucient de l'image qu'ils sont sur la toile, et chaque jour ce phénomène s'amplifie. A croire qu'on n'a pas encore compris que l'outil est ce que nous en faisons, tout comme notre monde est ce que ne nous en avons fait. Se réfugier derrière des phrases comme "c'est la faute des autres" ou "c'est la faute des politiques", c'est une lâcheté, un confort de plus, une sorte de cocon confortable où l'on peut se cacher et jouer la pureté des idées et des sentiments. Il est plus qu'urgent de se mettre en défaut et d'admettre, bien que cela soit douloureux, que tous nous faisons notre monde, et pas uniquement quelques signatures sur un bout de papier. Nos politiciens, les dictateurs ne se font jamais seuls. Ils ont des soutiens, on les aide car oui chacun participe à un système. Celui qui se croit hors du circuit est celui qui le favorise le plus, puisqu'il n'agira jamais contre.

Ne l'oubliez jamais: nous sommes tous citoyens du monde, et pas des entités numériques anonymes. Nous sommes tous membres de cette même humanité, et c'est l'inaction individuelle qui offre le meilleur terreau au despotisme.

09 décembre 2015

Si simple, si chouette

Juste une vidéo parce que je l'ai trouvée drôle, touchante, intelligente, et d'une simplicité absolue.





26 novembre 2015

En réponse à un commentaire

Je réagis en réponse à une critique argumentée qui nécessite visiblement une mise au point. Remettons les choses en place un instant. Je me contrefous de chercher des responsables quand il est temps de s'interroger sur ce qu'il faut faire dans l'immédiat.

Ce discours de "pourquoi" est tellement confortable! Brasser du vent en disant "untel est responsable, accusons le de tous nos maux" ne suffit absolument pas à résoudre quoi que ce soit. Par analogie, ça me fait penser à un type qui cherche vainement le clou qui a crevé son pneu, au lieu de le remplacer PUIS de s'interroger concernant la crevaison. Il serait temps que les palabres soient remplacées par du réalisme, et plus encore par une action concertée, d'autant plus quand on apprend avec tristesse que les criminels étaient pour majorité connus de nos services de renseignement. Qu'est-ce qui a cloché? Où est le point de rupture? Il se situe précisément là où notre république est éprouvée, à savoir quand elle essaye de concilier les droits vus par les rêveurs, et la réalité du terrain où chacun tire la couverture à lui. Qu'on cesse enfin de croire que chaque citoyen est responsable, pleinement conscient de ses actes, et acceptons également que nombreux sont ceux qui usent et abusent des failles, des laxismes pour en profiter contre chacun de nous.

Ce qui est intolérable, c'est qu'on aille mettre notre façon de vivre en regard de celles d'autres nations. On reproche à la Turquie, au Pakistan et à d'autres nations de ne pas être totalement démocratiques, ou en tout cas pas démocratiques de la même manière que la nôtre. Pour ce qui est des "démocraties" et "dictatures", la bonne question n'est pas de dire "c'est une dictature puisqu'ils sont plus liberticides que nous, alors elle mérite son sort", mais peut-être de se souvenir qu'aussi bien au Pakistan qu'en Turquie, les dirigeants sont des ELUS, et n'en déplaise aux gens qui mettent cela en doute, si la situation ne nous convient pas, c'est peut-être aussi parce que nous n'avons pas la même culture (politique, religieuse...). Les Français aiment faire la leçon, tout en perdant de vue que chaque nation traite sa politique comme cela lui convient. Après tout, chaque Français vomit ses critiques sur les USA, tout en refusant notoirement que les USA nous fassent la leçon. C'est ce qu'on appelle quelque-part le nationalisme il me semble. Dans ces conditions, demandons-nous ce que nous pouvons accepter et ce que nous nous devons de préserver. Est-il acceptable qu'un calife autoproclamé mène une guerre d'invasion sur la région? Non. Est-il légitime de refuser notre aide à des populations parce que cela pourrait déranger certains? Non. Est-on alors en droit de dire que nous devons agir avant que la situation n'empire réellement? Je laisse la réponse à qui veut bien oser le faire.

J'ajoute quelque-chose de fondamental: ce n'est pas en clamant que la balancier oscillant entre laxisme et dictature ira trop loin vers le despotisme qu'il ne faut pas le laisser reprendre une position légitime. Si la pointe est sur une situation par trop laxiste, doit-on refuser de lui refaire prendre une situation "normale"? Je l'ai dit et il me semblait que c'était clair, qu'il faut évidemment un contrôle strict et un cadre légal tout aussi strict afin de ne pas laisser ce fameux balancier aller tout à l'opposé. Ce qui est tout de même "drôle" (ironie), c'est que ce point n'est ni considéré dans le propos, ni même pris en compte dans la critique faite sur le côté "démagogique" qu'on me reproche. Arrêtons de nous réfugier derrière NOS intérêts personnels pour enfin raisonner à une échelle nationale. Le laxisme tant critiqué est pour une énorme part (je le redis, dès fois que cela ne soit pas maîtrisé) NOTRE faute. Oui: la faute du citoyen qui ne voulait plus de policiers dans les rues, le citoyen qui ne voulait pas qu'on le stigmatise parce qu'il est musulman, le citoyen qui a fermé les yeux sur ce qu'il se passait sous son nez. Les urnes sont là pour ça, et les fameuses remontrances nous doivent être faites, puisque NOUS les avons mis en place. Ne sont-ils pas des élus justement?

Complétons le raisonnement. Il n'y a pas d'amalgame, il n'y a pas même nécessité de le faire car dans l'ensemble de la population, qu'elle soit ou non musulmane, qu'elle soit ou non étrangère: fermer les yeux sur les problèmes comme la délinquance, fermer les yeux sur la radicalisation de ceux qui nous entourent, et pardessus le marché refuser d'agir sous prétexte des libertés individuelles, c'est irresponsable et c'en est devenu criminel. Un blogger (dont je ne mettrai pas la vidéo devenue célèbre) a, avec ses mots de banlieusard, a lancé "non, balancer ces "fils de ..." c'est pas être une balance!". Je confirme: à ceux qui hurlent contre la délation, est-ce un choix que de fermer les yeux? Je le martèlerai encore et encore, le citoyen n'a pas que des droits, il a également des devoirs. Et là, bizarrement, j'ai l'impression que la plupart se foutaient littéralement de cet aspect de responsabilité individuelle et collective. Il n'est nul besoin d'instaurer une Gestapo de sinistre mémoire ou une Stasi tout aussi atroce pour que la nation puisse faire des progrès. C'est toute une population qui doit se prendre en main. L'idée est dans les faits de ne pas s'arrêter à des "je ne dénoncerai pas, je ne suis pas un collabo de Vichy" est insultante, tant pour les résistants qui sont morts pour notre liberté, que pour les victimes actuelles des attentats. On parle bel et bien d'agir contre le terrorisme, à une échelle inconnue jusqu'alors. Se réfugier derrière des grands mots pour ne pas avoir à décider ou agir est par trop confortable et lâche.

Petite digression de circonstance. J'entends certains hurler "à mort", avec pour sous-entendu "rétablissons la peine de mort". Fort bien. Allez, admettons, puisqu'il faut savoir écouter toutes les voix. A ceux-ci je pose une seule question: êtes-vous capable d'être le juré qui donnera sa voix pour l'exécution d'un condamné? Ou mieux encore, serez-vous le bourreau? Quand on se sert d'une horreur absolue comme levier pour faire revenir de telles questions, j'en reviens encore et encore à l'idée de responsabilité, car il faut assumer chacun de ses propos, et ce pas uniquement par écrit, mais également dans les actes. Certains envisagent maintenant des milices dans les quartiers... mais où va-t-on aller dans la folie dépourvue de pragmatisme, de bon sens et surtout d'intelligence? Quand on parle de changer des lois, il faut que le citoyen prenne conscience qu'il ne s'agit pas d'en faire des jougs, mais des outils contre ceux qui pensent pouvoir nous imposer le règne de la terreur. Scléroser la société en lui collant une dictature sur le dos est tout aussi criminel que l'inaction, ou bien la prise d'actions comme les milices. Dans les trois cas, c'est le règne de la peur, à savoir la peur de l'état, la peur des représailles d'autrui, ou la peur d'être la cible des autres citoyens en colère. On ne résout pas une crise mondiale avec des pics et des fourches. On ne gère pas le monde à coups de révoltes paysannes.

Liberticide. Ce mot est lâché à longueurs d'articles pour mettre en doute, voire accuser de fascisme latent l'état Français. Qu'est-ce qu'être liberticide? Tout état, par essence, EST liberticide, puisqu'il y a des lois, donc des RESTRICTIONS des libertés. Quand on a des opinions, que l'on prend des décisions, il faut bien entendu (et je me répète, faute de pouvoir enfoncer cette idée dans les crânes) ASSUMER ses responsabilités. C'est si simple de brailler "c'est la faute à X", puis de ne rien faire sous couvert de "je ne veux pas qu'on m'emmerde, alors maintenons le statu quo". Je prends une analogie qui parlera à ceux vivant comme moi le quotidien de se déplacer sur et dans Paris. Des alertes sécurité sont quotidiennes dans les transports. Des trains sont bloqués, des lignes fermées, et cela fait circuler des milliers de personnes dans des trains ensuite bondés. On en entendait plein qui grognaient que "font chier avec vigipirate", ou encore "quels cons à la RATP"... Sauf que là, maintenant, chacun prend conscience que peut-être une seule alerte bien gérée pourrait avoir sauvé la vie à des dizaines, si ce n'est des centaines de personnes. C'est ça aussi, la vie en société, assumer que la sécurité ne passe pas uniquement par les lois, mais par l'action de chacun. Malheureusement, la plupart ne veulent surtout pas être responsables de quoi que ce soit.

Qu'est-ce qui est malsain et malhonnête? C'est que notre peuple se lamente sur nos morts, mais que les plus de 200 russes, eux, n'ont eu que quelques minutes dans une brève dans le JT, que les victimes au Mali n'ont été mises en avant que pour le show en direct, puis silence radio une fois l'assaut terminé, et qu'enfin on se foute ouvertement de Beyrouth et de ses dizaines de morts durant le dernier attentat. Quels sont les quotas de morts pour se décider à agir de concert? Combien faudra-t-il de victimes en France pour qu'enfin il y ait une véritable interrogation sur notre capacité à réfléchir ensemble, et donc à agir en conséquence face à ce terrorisme désormais international et national?

Désolé: la modération est indispensable en politique uniquement si celui face à vous s'est assis à votre table pour discuter. Quand la personne face à vous n'envisage rien d'autre que l'appel aux armes, je ne serai pas celui qui attendra béatement de tendre l'autre joue, et dans le cas présent d'être volatilisé ou mitraillé parce que "je suis pas comme lui".

Je pense que le pacifisme est une belle utopie, indispensable pour contrebalancer l'hypertrophie de certains qui ne pensent que par la violence, mais en tout état cause pas une nation ne peut prétendre avoir résolu tous ses problèmes internes à travers du pacifisme idéalisé. Gandhi a laissé une belle idée, mais son pays est toujours sclérosé dans un fonctionnement par castes sociales, une situation pour la femme indigne, et j'en passe et des pires. Les autres pays pouvant revendiquer une révolution pacifique l'ont faite... de manière pragmatique! J'invite chacun à aller regarder qui fait fonctionner ces nations, qui est aux commandes, qui a retourné sa veste, et surtout comment chacun a fait preuve de réalisme.

Se croire à l'abri de tout grâce à des idées, c'est oublier que pour qu'elles soient effectives, certains se sont battus pour elles. Les libertés fondamentales en France ne sont pas apparues par pure bonté d'âme, et chacune des révoltes, guerres (civiles ou non), ont forgées la France. Se souvenir de ces évènements permettrait à chacun de prendre la mesure que rien n'est acquis, et que c'est au prix du sang que nombre de nos "évidences" sont apparues.

Pour ce qui est de la sécurité, est-ce parce qu'il est irréaliste de tout contrôler que pour autant il faudrait aucun contrôle? Quel est ce raisonnement binaire où faute d'avoir une dictature on devrait tout laisser passer? Je crois comprendre: JE veux vivre tranquillement sans que JE sois emmerdé par quoi que ce soit. C'est ça l'idée? Egocentrisme? Egoïsme? Allons, un peu de lucidité, on ne peut et je ne veux pas qu'on ait un oeil sur chacun, mais ça ne me dispensera pour autant d'espérer qu'il y ait un oeil protecteur. Après tout, le Français veut un état paternaliste, mais uniquement quand ça l'arrange. "Je veux bien que l'état m'aide, me donne des avantages, mais je ne veux surtout pas qu'il se mêle de mes affaires, même si elles se révèlent plus que limites!" Qui est faux-cul là? Nous ou l'état? Qui se moque ouvertement d'un fonctionnement en société? Nous ou l'état qui applique ce que nous désirons?

La responsabilité est une chose qu'on semble ne jamais vouloir prendre ici bas. L'abstention est un refus d'intervenir dans la vie de sa communauté. Le vote blanc, c'est offrir aux autres qui se déterminent un poids unitaire supérieure lors du vote; fermer les yeux sur le monde qui nous entoure, c'est refuser d'admettre qu'il n'est pas, et ne sera jamais idéal.

24 novembre 2015

Rabibochés

Si les évènements actuels prêtent à pleurer, il est clair qu'il faut les regarder d'un œil critique pour y apercevoir une autre mutation intéressante en termes de communication. Autant les gens se préoccupent avant tout de ne plus avoir aussi peur grâce à la présence des forces de l'ordre, autant celles-ci bénéficient d'une action de communication aussi intéressante que bien construite. On pourrait me taxer de cynique, mais le fait est là, l'armée, tout comme la police communique désormais bien plus correctement sur tous les médias, et ce à plusieurs niveaux distincts.

Jusqu'à récemment, le kaki était une couleur considérée comme débilitante, et plus encore comme le concentré de tout ce qui peut être détestable dans un état: force potentiellement dictatoriale, recyclage de volontaires peu éduqués ou dépourvus d'intelligence, bref l'uniforme faisait dire "encore un crétin en kaki". Or, après les avoir conspués et même haïs, les citoyens retrouvent un peu de clémence pour les femmes et les hommes qui les protègent au quotidien. De ce point de vue, je me félicite, parce que cela rappelle à tout citoyen qu'un monde idéal serait un monde sans armée, et que notre monde est tout sauf idéal. Cet électrochoc n'est pas anodin, notamment dans la jeunesse qui afflue à nouveau pour s'engager, avec l'espoir louable d'agir pour la nation. Patriotisme? On peut voir cela de cette manière. Je vois ce nouvel engagement plus comme la renaissance d'une confiance envers l'armée, et les retrouvailles entre un peuple et des troupes présentes avant tout pour en défendre la sécurité et les intérêts. De fait, cela change notoirement le comportement des civils face à ceux en uniforme, surtout dans les lieux où leur présence est dorénavant non seulement utile, mais plus encore désirée par la foule qui se sent menacée.

Cependant, allons plus loin. Derrière l'imagerie protectrice de nos soldats se révèle aussi deux pôles fondamentaux de la communication: la puissance militaire et l'aspect commercial. Dans un premier temps, faire se mouvoir des milliers de soldats en tenues de combat, mais également arborer un porte-avions en combat, c'est une manière très efficace de faire passer le message "l'armée n'est pas morte, elle est équipée, entraînée, efficace, et elle se fera fort de le montrer sur le terrain". Dans les faits, la population va donc avoir sous les yeux des soldats "idéaux", fiers d'arborer le drapeau, avec en perspective le civil qui sentira cette puissance armée à proximité. On décriait énormément la présence de soldats dans les rues et les lieux publics, aujourd'hui celle-ci n'est pas qu'ordinaire, elle est dorénavant exigée par une population terrifiée à l'idée d'être la cible du terrorisme. Dans ces conditions, cela ne peut que redorer un blason terni par des décennies de désamour et de moqueries illégitimes.

Au-delà de ce premier volet, le second est encore plus flagrant. Quoi de mieux qu'une véritable opération militaire pour rappeler au monde la force de notre nation, mais aussi de représenter à qui cela intéresse la gamme de nous outils guerriers? Si les médias affichent ostensiblement les modèles d'avions utilisés, c'est tant pour dire aux contribuables que nos Rafale sont en action et pas uniquement en démonstration, mais aussi aux acheteurs potentiels de faire la preuve que nos bombes, nos roquettes et nos machines de guerre fonctionnent hors d'un bureau d'études. On peut se dire que j'exagère, mais lisez bien les images, analysez les par le filtre du commerce et non celui de la propagande guerrière, et vous verrez le discours sous-jacent. Quand on filme une bombe percuter une cible au sol, nous voyons un ennemi prendre des représailles. Le militaire, lui, va pouvoir analyser la force d'impact, la précision réelle, le degré de destruction supposé, ainsi que la capacité, ou non, à voir l'ogive être interceptée par l'adversaire. Dans le cas des bombes guidées au laser, on a donc une grande mise en exergue de la redoutable efficacité opérationnelle, la capacité d'emport des bombardiers, et au final des images choisies donnant des précisions "indirectes" sur la possibilité d'utiliser ces armes dans des conditions de sécurité relative pour les pilotes.

Ce show est donc mené avec précision, et il s'adresse donc à trois cibles: les médias pour qu'ils mettent en avant notre puissance de feu (et donc que nos adversaires en voient l'étendue), la population pour qu'elle ait ce sentiment de puissance et de protection tant réclamé, et enfin des nations étrangères qui, finalement, auront une mise à disposition de dépliants publicitaires sans que cela ne coûte un cent de plus que nécessaire. Jusqu'à présent, les fabricants d'armes et l'état se devaient de créer des mises en scène, de faire sauter des cibles, et donc de dépenser en pure perte des sommes pharaoniques pour convaincre. Aujourd'hui, autant que ces explosions soient mises à profit pour frapper de vraies cibles, qu'elles soient dépensées avec un véritable objectif, et ne plus faire de cartons sur des carcasses mille fois mitraillées, pilonnées et trouées par nos soldats.

Cynique? Pas tant que cela. Les réalités politiques, économiques, stratégiques et sociales se mêlent intimement. Le peuple Français a besoin de se rassurer, parce qu'il ne veut pas avoir peur, parce qu'il veut que le kaki retrouve non pas des lettres de noblesse, mais bien un rôle dans la défense du territoire. Avoir une place dans le cœur des citoyens, c'est aussi à cela que servent cette médiatisation. Pendant plus de trois décennies, l'armée française se gardait bien d'afficher au grand jour ses actions, ou tout au plus de mettre quelques images et photos anodines, ceci afin que le citoyen lambda n'ait pas à reprocher à nos troupes "de trop en faire". Les frontières entre apologie militariste, démonstration de force, et propagande malsaine sont souvent difficiles à dessiner tant chaque domaine empiète sur l'autre. Dans le cas présent, l'action militaire se révèle indispensable, et le peuple entend dorénavant plus aisément certaines explications pourtant fondamentales. Pendant les premières heures de l'action de l'armée au Mali, bien des voix se sont élevées contre cette projection de forces dans un pays "dont tout le monde se foutait". Aujourd'hui le drame de l'hôtel de Bamako rappelle à l'ordre ces critiques, en leur expliquant clairement "le Mali a demandé notre aide. Nous avons lutté contre ces terroristes. Aujourd'hui, ils remettent cela et notre présence fait partie des rares garanties de préservation de l'état légitime Malien".

On peut évidemment être critique, estimer que la surmédiatisation ne fait qu'intensifier la haine que nous vouent ces groupes extrémistes. Soit. Le discours se tient, à un seul bémol fondamental près, à savoir l'interrogation première qui est "Doit-on alors se faire tout petit, refuser l'aide militaire réclamée par les républiques légitimes menacées par ces mêmes terroristes?". On ne peut pas dire tout et son contraire, à savoir vouloir un rayonnement diplomatique fort dans le monde, tout en jouant la carte de l'attentisme. A titre d'exemple flagrant, la Chine évitait le sujet au titre du choix de la non-ingérence. Ce discours, logique et pragmatique, était tenu de par la politique très rigide dans le territoire (censure, justice expéditive…), mais également de par la volonté de faire du business avant de faire de la politique. Désormais, la Chine change, parce qu'elle doit réagir face à la mort de ses citoyens, mais également parce que l'état Chinois craint pour une expansion de ces radicalisations sur son propre territoire. On parle de 21 millions de musulmans. A l'échelle de la Chine, c'est "peu", à l'échelle d'une possible diffusion d'idées dangereuses, cela représente beaucoup trop pour que le pays puisse fermer les yeux. C'est la réaction de ce pays qui va être intéressante, que ce soit sur la communication diplomatique, que sur les actions qui seront forcément menées en interne.
Cependant, le fait est que notre armée retrouve enfin un peu de compassion et même d'amour de la part de nos concitoyens. Est-ce une bonne nouvelle? A mon sens, si l'on s'en tient à voir les relations entre le civil et le serviteur en kaki, c'est une excellente chose. En revanche, est-ce pour les bonnes raisons? C'est un autre débat qui n'est pas le but de ce texte.

Enfin, cette guerre raconte aussi une autre vérité moins glorieuse, mais bien plus importante, à savoir celle d'une diplomatie dépassée par les évènements, et qui finit par changer de cap. Tout comme pour Cuba où les Américains se sont enfin décidés à lâcher le mors et laisser l'île se développer, la gestion des nations du golfe, des pays de confession musulmane change enfin d'une relation "dominant dominé, à une relation d'égal à égal. Si le choix de normaliser les relations du monde avec l'Iran a été mis en avant, c'est probablement pour avoir un partenaire stable pour du commerce de pétrole, mais également un allié potentiel contre les groupes guerriers que ce pays affronte depuis pas mal de temps. C'est ainsi: le cynisme et le pragmatisme reprennent leurs droits, et l'ennemi d'hier, diabolisé et mis en avant, se révèle à présent être un partenaire de choix.

19 novembre 2015

Proclamation


Comme tous les Français, j'ai été touché par les évènements du 13 novembre. J'ai pris le temps de la réflexion, de la pondération avant de réagir... et voici mes opinions.

Le sang a coulé. Le monde entier a vu l'horreur dans notre capitale. J'ai été sur place au mauvais moment, j'ai vu le défilé infernal des véhicules de secours, la peur dans les regards, et le silence terrifiant des rues se vidant des badauds. Je me suis demandé si tout ceci n'était pas un cauchemar, une situation surréaliste fantasmée par mon esprit. Malheureusement, il s'est révélé que c'était au-delà de toute proportion, au-delà de mes pires appréhensions. Que dire? Je ne suis pas un rescapé, je suis un badaud parmi les autres, qui n'était pas précisément sur place, je n'ai pas eu le malheur d'avoir des proches touchés par ces attentats. Je ne me considère pas même comme un témoin, mon regard ayant été obnubilé par le désir de fuir, de trouver refuge loin de ces carnages. Pour celles et ceux ayant été réellement touchés, j'ai une pensée amère, la gorge étreinte par la frustration et la colère, et le cœur serré à l'idée même d'avoir lâchement fui. Qu'aurais-je pu faire? Pas plus qu'un autre je présume, je n'aurais été qu'un encombrement supplémentaire, un inutile parmi les gens formés, et une gêne plus qu'une aide précieuse.

Nous nous devons tous, en tant que citoyens du monde, résidents de France, d'avoir une pensée et une larme pour nos victimes. Je dis nos victimes, car ce n'est ni la nationalité, ni le lieu de résidence qui détermine qui l'on doit ou non pleurer. Il y a au nombre des victimes des touristes, des immigrés, des passants de toutes les confessions, des gens dits ordinaires, et qui sont à mon sens toutes des personnes extraordinaires. Qu'on se souvienne de leurs noms, qu'on se souvienne de qui ils étaient, afin que la mémoire ne s'étiole pas, afin qu'ils soient honorés à jamais. Quand je vois un visage en larmes, un parent effondré, je me moque de savoir d'où il vient, je me préoccupe uniquement de sa peine et de sa douleur. Soyons unis dans le partage de ce deuil, soyons dignes de nos idéaux et de nos convictions. La peur est l'arme du lâche, ne leur offrons pas cette victoire. Chacun de nous doit aujourd'hui être ferme, résolu et déterminer à être fier de ce qu'il est, d'arborer avec fierté une attitude digne, et de défendre haut et fort tant les trois couleurs, que ce qu'elles signifient pour chacun de nous.

Des années durant, l'attitude générale a été de mettre en doute la nécessité de la sécurité tant à l'international qu'à l'intérieur de nos frontières; Des années durant, nous avons amalgamé nos services de sécurité avec des réflexions menant à les dénigrer et les prendre pour des imbéciles. Etrangement, ces mêmes forces sont encensées par la foule, on les montre en exemple, peut-être parce que nous réalisons enfin qu'il y a malheureusement autre chose qu'un idiot sous le képi, et que celui en kaki n'est pas là pour avoir l'air arrogant avec son fusil à la main. Nous pouvons disserter et tergiverser concernant les choix politiques menés tant par la France que par nos alliés, mais cela ne doit pas exclure le fait que notre sécurité passe également par l'acceptation des réalités de ce monde. L'idéal serait que les libertés individuelles ne soient pas mises en doute, le rêve serait que nous n'ayons pas besoin que nos forces de police soient armées pour se défendre. Malheureusement, la réalité nous rattrape avec une brutalité sans précédent. Il y a un temps pour préserver nos acquis, un autre pour s'interroger aussi sur le fait que d'autres en usent et abusent contre nous.

L'abomination du terrorisme n'est pas tournée contre nos politiques. L'atrocité de ces actes n'est pas une charge virulente contre les actions de la France à l'international. Ces actes sont perpétrés pour signifier à toute personne sur le territoire qu'ils peuvent agir où ils veulent, et qu'ils désirent étendre leur influence partout où ils le pourront. Nous ne sommes pas face à une armée au sens conventionnel du terme, mais bien face à une structure menant une guérilla culturelle, au même titre que les croisades de sinistre mémoire. L'esprit de cette guerre n'est pas de lutter contre une idéologie, mais bien d'en imposer une partout, et de soumettre ceux qui osent s'y opposer. Toutes les nations en guerre contre ces groupes se battent non pas pour défendre un système politique, mais bel et bien pour tenter de survivre face à ce qu'il convient d'appeler une colonisation par le sang. Ce modèle idéologique est en train de s'exporter, et ceux qui sont réceptifs à cette façon de penser agissent à présent sur leur propre territoire. Il faut que la France admette qu'on ne peut plus parler de violence importée, d'assassins venant d'ailleurs. France, ce sont tes propres enfants qui dispersent ton sang.

Le défi à venir est de savoir ce que nous désirons pour notre nation. Cette interrogation semblait jusqu'à présent diffuse, voire même inexistante parce que chacun de nous pensait pouvoir se reposer sur des acquis confortables, sur des certitudes immuables, et au final nul n'avait à l'esprit la possibilité de voir toutes ces évidences détruites dans la violence. En massacrant ainsi des civils, la France a été mise face à une décision impossible: se venger? Faire payer le prix du sang? Changer fondamentalement notre attitude tant dans et hors de nos frontières? Nombre de réactions ont été de prétendre tempérer, de ne pas faire d'amalgame, et d'insister sur le fait de refuser des lois plus strictes, et même liberticides. On se trompe de sujet, et cette candeur n'est plus de circonstance. Il est dorénavant indispensable d'agir, de se donner des moyens en regard de la menace, car celle-ci n'est plus extérieure, mais bien intérieure. Est-ce un résultat d'un laxisme, ou d'une volonté politique décalée avec la réalité? Non. Nous ne pouvons décemment pas incriminer quiconque à ce propos, car la violence aveugle est impossible à anticiper, et il y aura toujours des personnes capables de se radicaliser, d'agir avec barbarie, le tout si discrètement que leur apparition semblera toujours spontanée et imprévisible. Cependant, cela doit également nous inciter à oser se regarder en face, s'interroger sur ce que nous devons ou non tolérer, à cesser toute lâcheté sous couvert de bienséance morale.

La défense absolue des libertés individuelles ne doit en aucun cas passer par une forme de laxisme, d'autant plus quand celui-ci devient alors un terreau fertile pour les radicalisations. Le laisser-faire n'est pas une posture envisageable, d'autant plus quand elle permet, sur le territoire national, de pousser des citoyens à devenir des criminels fanatisés. On ne peut plus parler de tolérance et de droit quand en face la méthode est de traumatiser durablement la société. La plume est plus forte que l'épée uniquement si celui qui la tient peut s'en servir pour signer une sanction. Face à une arme à feu, le citoyen est démuni, et il compte donc sur les services de sécurité pour le protéger des menaces, qu'elles soient intérieures ou extérieures. De ce fait, il m'est incompréhensible d'entendre des voix s'élever contre des lois d'exception, d'autant plus quand celles-ci sont proposées dans le cadre d'une situation d'exception, pour une durée restreinte et encadrée. Pourquoi refuser de voir la vérité en face? A ceux qui clament que la sécurité et son renforcement ne servent à rien, je vous invite à vous tenir au courant sur les réalités de ce qu'est gérer la sûreté, de ce que représente comme travail de traquer le terrorisme sur le sol français, et surtout d'aller dire aux victimes qu'il n'y a nul besoin de se lancer dans une cabale contre ces groupes terroristes dorénavant implantés et actifs en France.

La réponse d'un état tout entier face à l'horreur se doit d'être non pas mesurée, mais à la hauteur du défi lancé. Dans tous les cas, la France devra porter le deuil de nos victimes, mais également se faire fort de ne pas se laisser abattre. Refuser d'intervenir, refuser d'agir, ce serait là avouer une défaite face à l'obscurantisme, et cela, je ne pourrai pas le tolérer. Nombre de personnes s'offusquent de voir les bombardiers français frapper le sol syrien, tout comme ils s'offusquent également que l'on puisse envisager de durcir certaines lois. A ces personnes j'ai envie de poser plusieurs questions directes.
Première question: peut-on, sous couvert de tolérance religieuse et culturelle, laisser des gens menacer ouvertement la sécurité des citoyens? Peut-on décemment se réfugier derrière une paix sociale achetée à prix d'or pour prétendre ne pas voir la montée des extrémismes?
Seconde question: quelles sont les limites entre droit à l'expression, et nécessité absolue d'intervenir? Il est que trop facile de brandir la menace de l'état totalitaire, tout en refusant obstinément de prendre des mesures qui s'imposent à nous. On veut circuler en sécurité sans avoir à se méfier du passant, mais sans pour autant se doter des outils indispensables à cette même sécurité. J'ajoute également que ces mêmes chroniqueurs n'ont aucune idée de ce que peut représenter le travail de fond des services de renseignement, pas plus qu'ils ne se rendent compte de ce que peut être une enquête approfondie, ni même du coût financier et humain pour la mener à son terme.
Troisième question: quelle posture allez-vous prendre? Celle de ne pas riposter, et donc tacitement accepter que des criminels aient pris l'ascendant sur votre nation, ou bien exiger une riposte ferme et directe? Tendre l'autre joue? Pour ensuite donc voir la France être un fief pour les radicalisés, devoir se taire et supporter la montée des extrémismes sous notre nez? La réponse me concernant est simple, hors de question.
Quatrième question: si vous pensez qu'il faut sanctionner, qu'est-ce qui vous semble adapté? J'invite ces "penseurs" à nous faire des propositions concrètes et potentiellement efficaces, afin que chacun puisse juger de l'aveuglement chronique qui touche une part de la population.

Il ne s'agit pas de cautionner une dictature, mais bel et bien de donner la traque à ceux qui menacent notre sécurité à tous, et également de faire en sorte de neutraliser définitivement toute possibilité de résurgence de ces menaces. La constitution n'est plus adaptée, car celle-ci a été rédigée dans un cadre très différent, où la notion de terrorisme n'avait pas de véritable consistance. Aujourd'hui, il est vital pour notre pays que nous ayons à disposition des outils forts, le tout très encadré afin que le président seul ne soit pas détenteur d'un pouvoir absolu et définitif. Sur le fond, je refuse tout autant la dictature policière que n'importe quel citoyen, mais je ne vois pas en chaque policier un messager du despotisme. Il est maintenant clair qu'il n'est plus tolérable de voir nos policiers comme des idiots, des benêts enivrés, comme trente ans de "comique" ont su imposer à l'esprit des masses.

Je me félicite, et ce malgré mes grandes divergences d'opinions avec lui, que notre président ait eu la posture convenant à la suite des attentats. Certains veulent aller trop loin en envisageant clairement de faire rouler les blindés sur les banlieues, et je suis de ceux qui s'interrogent fortement sur les actions à mener. L'expulsion des imams aux discours radicaux ne me suffit pas. J'estime qu'ils sont tout aussi coupables que les terroristes, si ce n'est plus car c'est par eux que passent le recrutement, la formation intellectuelle et la logistique, et donc je les vois comme les cerveaux de ces horreurs. A ce titre, je considère donc qu'une détention en isolement serait la meilleure méthode, notamment parce que faire sortir quelqu'un d'un pays ne suffira pas à le faire taire, et encore moins à s'assurer qu'il ne revienne pas. On va entendre des voix brailler contre les perquisitions, contre l'action policière, les fouilles, mais encore une fois je pose encore la même question, brutale et cruelle: est-il normal que ces perquisitions aient autant tardées? Et surtout, est-ce normal de trouver de véritables arsenaux, comme des explosifs, voire même un lance-roquette? Arrêtons de s'accrocher à l'image d'une France unie, dépourvue de danger, les attentats nous rappellent à l'ordre, alors soyons dignes de nos victimes!

Enfin, la France ne doit en aucun cas céder à la panique. Tout citoyen doit se montrer digne, fier, et chacun de nous doit aider son prochain à supporter le deuil et la douleur. Que nos morts ne soient jamais oubliés, qu'on ne pardonne jamais à ceux qui ont fait couler le sang, et qu'on grave dans les esprits que toute agression à l'encontre de notre société sera suivie de représailles, dans les proportions requises. On va parler de violence inutile, de loi du talion, et qu'on ne saurait régler le conflit de la sorte. Alors, qu'on me suggère quoi faire. Doit-on alors accepter l'idée de vivre dans la terreur, trembler en se disant qu'on n'aura rien fait pour contrer la menace? Chers proches, amis, citoyens du monde, je refuse fermement cette éventualité. Je refuse de vivre dans la peur. Je refuse de vivre dans le soupçon. Je veux que nous ayons la main ferme, capable de rendre coup pour coup, pour que chacun sache qu'on ne se laissera jamais battre, que jamais nous ne cèderons sur nos fondamentaux.

Que vive la France, unie, indivisible, derrière l'étendard tricolore, que nos pas soient un seul, et que notre pied écrase la menace. Montrons leur que nous sommes fiers et courageux, et que chaque coup reçu sera rendu au centuple.

Vive la République, vive la France.

30 septembre 2015

Et une réponse une!


Je vais faire plus simple, puisqu'il me semble que j'ai laissé ouverts les commentaires, je trouve cavalier de faire la critique d'un texte sans même daigner en alerter l'auteur.

En l'occurence, sans Sebsauvage, je n'aurais pas même eu connaissance ce que qui va suivre. L'attitude est cavalière de s'octroyer un droit de réponse, sans pour autant offrir à celui qu'on critique la possibilité de se défendre. Enfin bon passons, j'y reviendrai plus tard dans ma réponse.
Mais il est que j'oublie toujours LA chose fondamentale: le droit de réponse sur le net semble être réservé à celui qui se croit doté d'une conscience et/ou d'une compétence supérieure...

la critique initiale

Décortiquons:
Je mets en italique et en gras la phrase de l'auteur sans la moindre modification. Je place le lien ci-dessous pour vous permettre de le vérifier.
Mes réponses seront donc écrites "naturellement".

Commencer par citer du Jean Sevilla, soit. Disons que ça donne le ton.
Et? Ce jugement de valeur est inacceptable. Jean Sevilla n'est peut-être pas un homme pour qui je voue un culte, et encore moins à qui je donnerais un soutien moral, mais son ouvrage décrit et surtout décrie très exactement cette vindicte du "Si tu n'es pas de mon bord, tu es l'ennemi".
N'en déplaise à ses détracteurs, si l'on sort cette idée fondamentale, cela remet bien en place un fait qui est que le net se plait à colporter l'idée que le monde est bipôlaire. Non: il n'est pas bipôlaire et le droit à l'opinion et à l'expression n'est pas réservée à une élite. Ce mode de fonctionnement n'existe que dans les systèmes politiques tels que les dictatures où une "élite" domine les débats sans droit de réponse.
Et ça vois-tu, il en est hors de question

Le reste de l'article n'ayant donc rien d'étonnant, avec un gros côté Salomon, qui présuppose les deux partis d'une controverse équitablement coupable sans prendre en compte le moindre contexte.
Allons bon, parce que défendre la liberté d'expression et estimer que se faire violence soi-même est contraire à tout progrès est un suicide social est idiot? Qui de nous deux est le plus condescendant?

Le deuxième élément, lié au premier, est l'absence totale de vision des mécaniques d'oppression et de privilèges à l'œuvre, couplé à une recherche de la "vérité" plutôt qu'à une recherche de justice. Ainsi donc un homophobe et un défenseur des droits des couples de même sexe sont posés sur un pied d'égalité dès le départ, par le simple fait de s'envoyer des noms d'oiseaux tous les deux. Cet aveuglement sur le contexte est une condition de perpétuation des oppressions.
La seule justice est basée sur l'équité et non sur celui qui gueulera le plus fort. L'oppression débute par le refus même d'écouter ou de tenir compte des idées d'autrui. La preuve en est, en cherchant à rabaisser mes idées, tu te fais le chantre même du despotisme intellectuel. Désolé, tu ne vaux guère mieux que ceux que je dénonce, parce que justement tu ne débats pas, tu dénigres, et c'est un tout autre mode de penser.

Dire "les deux partis ont tous les deux torts", c'est pas de la justice, c'est pas de la vérité, c'est se voiler la face pour ne pas se remettre en question. Parce que les remises en question, ça pique.

Appliquons ce raisonnement à d'autres situations :

Et pourtant, décortiquons tes exemples! Allez, rigolons un peu de ces clichés, prenons les pour ce qu'ils sont, à savoir de la provocation facile.

- un SDF qui donne des coups à des flics qui le maltraitent : les deux ont donc tort équitablement ;
Non: il s'agit de légitime défense et certainement d'une intention de se rendre justice soi-même. Il ne s'agit certainement pas de la même problématique. Personne ne dit, pas moi en tout cas, que celui qui se fait frapper n'a pas le droit de répondre. Ce que je dis, c'est qu'il est absurde d'espérer se faire justice, sauf à croire dans le mouvement vigilante à l'américaine où les gens deviennent paranoïaques et portent une arme sur soi par peur de l'agression.
- une femme qui frappe son conjoint qui la roue de coups fréquemment : les deux ont donc tort équitablement
Encore une fois mauvais exemple: Légitime défense lors de l'agression, avec la question également fondamentale de savoir où est son entourage pour lui accorder gîte et sécurité, ainsi que les institutions pour sanctionner sévèrement l'époux violent. En quoi la défense de sa propre vie a un quelconque rapport avec l'idée de défendre ses idées, ainsi que le droit de les exprimer?! Remets les pieds sur terre et parlons des choses dont JE parlais.
- un maghrébin qui démonte son agresseur dans la rue qui voulait le tabasser en hurlant "retourne chez toi" : les deux ont donc tort équitablement ;Alors là, le cliché confortable. Pour ton information, je suis fils d'immigré, et pour avoir mangé des commentaires racistes sur l'accent de mes parents, sur le prénom de mon père et j'en passe, ce que tu cites est à hurler de rire (ironiquement). Non: que le type se défende et rende les coups est une chose, qu'il en vienne à devenir raciste dans ses propos en est une autre.
En quoi tenir un propos raciste est lié à la situation? Ca n'est ni excusable ni justifiable. C'est si facile de se réfugier derrière la fausse morale du "je rends les coups". Encore une fois non et je le soutiendrai mordicus: on ne peut pas tout excuser sous prétexte qu'on se doit de se protéger.
- une femme qui donne une gifle à son patron après 6 mois de harcèlement moral au travail : les deux ont donc tort équitablement ;
Oui C'est une "conne" finie. Il y a trois choses. Un, lui coller la tarte dès la première fois. Deux, si la baffe ne vient pas porter plainte, et trois démissionner. Et surtout remballe-moi les "Elle ne peut pas elle a un crédit" ou "elle a des gosses à nourrir". A un moment ou à un autre, la baffe ne changera rien... si ce n'est qu'elle sera virée sans rien, qu'elle sera responsable de sa déchéance, et au final qu'elle n'aura le droit qu'à un jugement de valeur de la société, à savoir qu'elle a été violente en réponse de l'agression d'un pourri. La justice expéditive, je la laisse à celles et ceux qui pensent que sortir le fusil et descendre un cambrioleur est une bonne façon de fonctionner. Je laisse à chacun le soin de méditer sur l'idée suivante: oui c'était un voleur, mais méritait-il la peine capitale pour autant? C'est ce monde que tu désires? Je te le laisse volontiers.

On a une chose de formidable dans l'existence, c'est de pouvoir faire des choix. Chaque choix nous mène à l'échéance suivante, chaque décision crée de nouvelles voies. Prétendre que la violence, le dénigrement ou le harcèlement peuvent être tolérés parce qu'on se pense "mieux placés pour comprendre", c'est du fascisme et rien d'autre.

- etc.
Prenons des "etc" pour te répondre:
- Ton pays bombarde le mien, ton gouvernement a fait brûler des villages chez moi. Je me dois donc de plastiquer un bus et de t'y voir partir en morceaux en représailles. Après tout, tes civils valent bien les miens non?
- Tu es banquier. A cause de tes magouilles dans mes placements alors que je te faisais confiance, je suis ruiné et j'ai perdu ma maison. En conséquence, je me dois de te bousiller pour te faire comprendre quel effet ça fait de tout perdre.
- Tu n'es pas d'accord avec mes idées, tu manifestes dans la rue en gueulant des slogans. Je suis en opposition, j'ai donc le droit de faire usage de la matraque pour te faire taire.

Ce sont des exemples aussi caricaturaux que stupides, parce que la loi du thalion, tout comme l'idée saugrenue que de juger les autres coupables d'avoir des idées différentes me sont intolérables.

Par quelle magie les relations de causalité disparaissent-elles dès lors qu'il s'agit d'oppression ? Dans quel monde les rapports sont-ils miraculeusement aplanis à partir du moment où on s'envoie des fions ?
Correction: débattre n'est pas agresser celui avec qui l'on est pas d'accord. Si tu me dis une chose sur laquelle je suis en opposition me donne, selon tes mécaniques, le droit de t'insulter et même de te passer à tabac? Où est l'orifice où je peux te carrer ma matraque histoire de voir si ton raisonnement te convient?

Il n'est pas et n'a jamais été question de savoir qui détient une quelconque "Vérité" ou de "convertir" qui que ce soit. Mais si répondre pied à pied par des arguments c'est se fourvoyer, alors, oui, on est mal barré.
Réponse pied à pied, ce n'est pas se croire supérieur, ce n'est pas traiter les autres de haut en les jugeant inaptes à comprendre quoi que ce soit, c'est justement discuter, faire preuve de discernement.
Tu te fourvoies effectivement en posant sur autrui ton regard supérieur, parce que ce regard te rend justement intolérant, dogmatique et par conséquent aussi mauvais que celui à qui tu reproches d'être dans le faux.
Etre dans le vrai, ce n'est pas dire que les autres ont tort.
Ce n'est pas parce qu'une majorité dit une chose que c'est pour autant la vérité.

Après, j'ai peut-être mal vu les propos publiques (les seuls que je peux voir), mais il me semble qu'il y a eu pléthore d'arguments, et que les "insultes et attaques" sont marginales (mais inévitables, on va pas démouler un cake pour ça). Et on devrait se concentrer sur ces dernières. Parce que heu... Ah oui, c'est plus confortable.
En effet, "nous nous fourvoyons".
Relis les bien en effet: quand on en arrive à une vision où l'on taxe l'autre de "con" parce qu'il ne pense pas à l'identique, c'est effectivement une errance dramatique pour la liberté d'expression.

Pour ma phrase sur ce qu'est Internet, etc. vous pouvez la retrouver dans la vidéo "Apprendre à débattre" disponible là.
Nous en sommes donc à des cours à présent? Si vous voulez les liens, allez sur le site initial, je ne me ferai pas le chantre de ces "apprenez donc à vous exprimer, au lieu de le faire par vous-même bande d'incapables".

Désolé: Je me devais de répondre, car comme je l'ai dit dès le départ, il est particulièrement "amusant" d'avoir le droit à un jugement et des critiques qui me sont destinées, sans pour autant daigner m'en informer. N'y-a-t-il donc pas dès le départ un contresens monstrueux, et une hypocrisie puante?

Bon vent, je sais où je n'irai pas pêcher mes lectures ni mes discussions.

C'est relativement fondamental. Il me semble. C'est un tout petit peu oublié dans ce lien. Il me semble.
Tout comme respecter les opinions d'autrui dans le tien. Et ça aussi, étonnamment, ça me semble fondamental.

Le terrorisme intellectuel

J'en reviens toujours à ce titre, à cet ouvrage de Jean Sevilla. Qu'on n'aime ou pas sa ligne politique, l'ouvrage éponyme résume bien ce qu'il se passe dorénavant sur la toile: avoir une opinion, ce n'est plus seulement l'exprimer, c'est risquer d'être lynché sous le prétexte de la divergence d'idée. Vous trouvez le propos très fort quand je dis lyncher? Quand vous êtes agressé verbalement, qu'on vous insulte plus ou moins directement, qu'on tente de rabaisser vos compétences avec comme seul argument "Tu es mauvais tu n'y connais rien", n'est-ce pas là une lapidation en place publique? A mon sens, c'est du même niveau de violence, parce qu'à force d'être insulté, étiqueté, on finit par se sentir petit, mauvais, alors qu'au départ l'on ne voulait qu'une chose: partager des idées.

Avoir des idées aujourd'hui, c'est quelque-part une chose utopique. Dans un monde où la bienséance et le propre sur soi font office de lois tacites, impossible de s'exprimer sans passer pour un déviant, un danger pour les autres, et donc d'être immédiatement agressé. Notez une chose: les gens pensent en lisant ce propos qu'il s'agit uniquement des discours nationalistes, racistes, xénophobes ou sectaires, mais il n'en est rien! Se dire alter mondialiste, c'est aujourd'hui être propre sur soi; revendiquer un petit côté anar ou écolo, c'est être smart; affirmer sans rougir voter Mélenchon, c'est prendre part à la mouvance bien-pensante. Désolé, mais il n'est pas moins malsain de revendiquer une idéologie en injuriant ceux qui pensent différemment sous prétexte qu'elle n'est pas à droite. Dans tous les cas, refuser la différence d'idée, s'en servir comme support à l'agression verbale et/ou physique, cela demeure du fascisme.

Le mot est lâché. Il ne s'agit pas d'atteindre un point Godwin, mais bien d'en prendre la mesure: Quand on censure, quand on se sert du délit d'opinion comme arme de communication, ce sont des méthodes dictatoriales, et ce n'est pas parce que cela se cantonne à un écran que cela en devient moins violent. Je ne suis pas sensible à ce genre d'insulte, parce que je suis peut-être plus dur ou simplement plus méchant que la moyenne. D'autres subissent en revanche de plein fouet cette violence par l'écrit, parce que leur candeur et leur générosité les empêche de voir l'humain comme je le vois moi, à savoir un animal égocentrique, prétentieux et mégalomane qui reproche constamment à ses congénères de ne pas penser comme lui il pense.

Ce que je lis souvent sur la toile, c'est "on veut la liberté d'expression", ou encore "le web est un univers libre"… Libre, vaste blague hypocrite, d'autant plus quand la même vox populi se met en branle pour lyncher quelqu'un qui n'entre pas dans le moule du mouvement. En quoi se dire révolutionnaire est quelque-chose de crédible, quand le propos est tenu par un nanti qui jamais n'osera lever le poing en dehors de son salon? En quoi s'estimer mieux informé que son voisin fait de soi une référence? Comme s'il n'y avait qu'une seule voie, qu'une seule idée, une seule solution à divers problèmes.

La plus grande insulte que font les internautes à la liberté, c'est de s'en servir comme étendard, tout en ayant une attitude de despote. NON: insulter un inconnu qui n'a pas vos idées n'est pas remettre en cause ses idées. Quand quelqu'un tient des propos inacceptables, ce n'est pas en tenant soi-même des propos symétriques qu'on en devient meilleur! C'est l'argumentaire, l'explication, ce que j'appelle tout simplement l'éducation et le partage de l'information qui donnent un droit de s'exprimer. Quand un raciste est insulté par un soi-disant non raciste, je ne vois que deux personnes tout aussi bornées qui se jettent au visage des insultes, et rien d'autre. A partir de là, je ne vois plus le fond mais que la forme… Et ça, c'est si commun sur la toile que c'en est pathétique.

Le monde n'est ni binaire, ni même à cheminement unique. Le progrès ne passe pas par la dictature intellectuelle, pas plus qu'il ne passe par l'annihilation les déviances selon une grille de critères. Il est aujourd'hui en principe normal de considérer l'homosexualité comme une sexualité "normale", mais cela n'empêche pas que lorsqu'il y a un débat sur la question de l'adoption par un couple homosexuel que chacun brandit les fourches et menace le camp d'en face des pires sévices. Qui a raison? Qui a tort? LES DEUX! Celui qui ne sait pas poser le débat contradictoire, celui qui légitime l'injure en lieu et place de l'argument mérite tout autant le bûcher que celui à qui il voue ce sort funeste. Etre pour ou contre n'a plus de sens, puisque la vision n'est plus que monolithique et dogmatique.

Les sujets de discorde sont aussi nombreux qu'il y a de gens dans le monde. La religion, l'économie, la politique, la philosophie, tout est bon pour se disputer, voire même se tirer dessus au fusil. Il est devenu de bon ton d'être méprisant avec les religieux, parce qu'ils tiennent des discours qui semblent rétrogrades et plus en phase avec leur temps. Est-ce indispensable de mépriser, alors qu'il faut ouvrir au contraire le dialogue pour faire en sorte que chacun trouve sa place dans le monde? "Aimez-vous les uns les autres", c'est rétrograde et pas moderne? "La famille, c'est important", c'est stupide et suranné? Il ne s'agit donc pas de dire "ils ont des mauvaises idées", mais bel et bien de dire "ce sont des cons parce que je ne suis pas d'accord avec eux". Et c'est ça, votre internet de tolérance et d'équité? C'est ça, ce monde virtuel où chacun a le droit de s'exprimer sans crainte d'être agressé pour ça? Votre monde, vous pouvez alors vous le garder et vous y enfermer joyeusement.

Le réseau ne se résume pas à une mouvance, à une seule ligne de conduite ou d'opinion. Quand je vois "Facebook", je vois "réseau asocial" et non "réseau social". Pourquoi? Parce que c'est le lieu de prédilection pour se sentir appartenir à un groupe aussi contrefait qu'inexistant. Avoir des idées, ce n'est pas forcément devoir les voir critiquées et mêle insultées. Avoir des idées, c'est simplement être en vie, exister, et ne pas se contenter de copier et singer les idées du plus grand nombre. Et tout le paradoxe de la toile est là, juste sous notre nez: on revendique le droit de s'exprimer, mais avec un "Oui mais" non écrit complètement accepté et tacite, une obligation d'autocensure sous peine d'être pris pour cible. A ces censeurs, ces critiques bas de plafond je dis joyeusement "MERDE" comme je l'ai toujours fait.

Oui, le mot vulgaire : "MERDE". Sans fard, sans réflexion autre que "MERDE". Je vous emmerde profondément, vous autres qui vous pensez être les détenteurs de la Vérité. La Vérité ne s'impose pas par les armes ou par la violence, elle s'impose d'elle-même dans les esprits. C'est toute la différence entre conversion religieuse à marche forcée, et éducation morale et spirituelle. Dès lors que la notion de choix n'a plus de raison d'être, c'est que nous nous fourvoyons.

Ce billet de colère retenez ceci: je suis un intolérant notoire, parce que je me contrefous des idées des autres. "Oui… t'es un sale con quoi" me répondra le critique acerbe. Non abruti: je suis un sale con parce que je sais me défendre, parce que je ne me laisserai pas bâillonner, et parce que je mordrai tout aussi brutalement que celui qui essaiera de me mordre. En revanche, je n'irai pas mordre parce que je ne suis pas d'accord avec quelqu'un, c'est là ce qui nous différencie, c'est là toute la nuance entre celui qui croit détenir la vérité, et celui qui veut la connaître. Je ne suis ni omniscient ni parfait, mais en retour vous ne pouvez pas non plus prétendre l'être de quelque manière que ce soit. Notre imperfection est supposée faire de nous des êtres meilleurs à chaque fois que nous apprenons de nos erreurs. Or, aujourd'hui, l'orgueil démesuré de l'Homme, lié à la sécurité d'être derrière un écran fait de nous des êtres vils, petits, auto satisfaits, jouissant littéralement à l'idée d'attaquer de front quelqu'un sur le réseau.

Un lot de petites phrases à retenir selon moi:
"Ils hurlent et se prennent pour des loups parce qu'ils pensent en avoir le devoir. Pourtant, après avoir hurlé, seul le mâle alpha saura pourquoi il a poussé son hurlement, les autres n'ayant fait que l'imiter. Et quand l'alpha disparaîtra, la meute continuera à hurler vainement sans même s'interroger sur la raison les ayant fait hurler dans la nuit".

PS: Timo... n'en démords pas, ce sera une victoire à chaque nouveau message, même quand je serai totalement à l'opposé de tes opinions!