21 mai 2015

Incongru

L'âme humaine, quelle belle chose! On la voit comme la clarté du jour, la seule chose qui persiste après la mort, et qui représente toute la différence entre un mangeur de burgers et un ruminant voué à l'abattoir. Elle est belle l'âme humaine, cette capacité à se flatter d'avoir de l'intelligence, à se regarder avec une fierté ostensible d'avoir de l'esprit et de l'humour! Et pourtant, en quoi est-elle si belle, cette âme, d'autant qu'on n'est pas foutus de savoir où on la place.

Depuis la nuit des temps (ou plutôt l'aurore, sachant qu'on ne parle de l'âme que tardivement "grâce" aux religions), on s'interroge sur la place exacte que tient l'homme, et donc son âme, sur l'échelle de l'évolution. Certaines cultures suggérèrent de la placer dans le cœur, d'autres dans divers endroits plus moins étranges. Par-delà les croyances, aucune science, aucun découpeur à vif de carcasses n'a pu être capable d'en pratiquer soit l'excision, soit simplement une identification sûre et définitive. Alors oui, aujourd'hui on parle de l'analyse de notre cerveau, et les plus mal intentionnés décrètent dorénavant que le siège de l'âme ne peut être que cette masse gélatineuse, ceci avant tout pour emmerder ceux qui ont la foi, que pour des considérations purement scientifiques. D'ailleurs, tenter d'ôter l'âme, cela sous-entend quoi? Oter les sentiments, faire mourir "l'humanité" d'un être, ou alors carrément transformer n'importe quel humain en golem, à savoir une bête amorale et soumise? Le doute m'habite, car cela n'est guère plus qu'une lobotomie latérale pratiquée à l'aiguille à tricoter, ou d'une trépanation opérée par un chirurgien à la main fébrile. Dans ces conditions, faire du "soi" un légume, il n'y pas la moindre atteinte à l'âme, puisqu'on n'est plus dans le sentiment mais dans le concret.

Prenez l'âme et demandez-vous ce qu'elle représente. Me concernant, c'est avant tout l'idée un peu surfaite que nous ne sommes ni périssables comme une merguez sous vide, ni même temporels comme notre organisme le laisse entendre. La destruction de l'âme humaine serait, en partant de cette conception immatérielle, parfaitement impossible. Alors, quoi en penser? Si l'âme est supposée s'envoler pour le paradis, on peut suggérer que le trépané voit son âme fuir son corps dès que la foreuse à neurones vient emboutir la masse cérébrale, et que toute tentative d'appropriation chirurgicale est impossible. "Par ma barbe, alors il n'y a pas de lien biologique entre l'âme et le corps!" va dire un émule de Freud en agaçant son bouc du bout des doigts. Sigmund, grand analyste devant l'éternel, serait alors satisfait de pouvoir se débarrasser de ses contemporains en distinguant le corps et l'esprit, et donc de s'approprier définitivement le domaine de la pensée, là où la science balbutie encore à en définir le fonctionnement chimique. L'immense curiosité intellectuelle serait alors de pousser le vice plus loin en disant "Bon. Si le corps se sépare de l'âme, collons un mourant dans un caisson, et mesurons tout écart de poids, de pression, d'humidité et de tout un tas d'autres paramètres afin de percevoir la fuite de l'âme au moment de la mort". Outre l'aspect éthique évident, va-t-on donc préciser la nature physique d'une chose supposée immatérielle? Et puis, allons au-delà du raisonnable et réfléchissons à la réaction mondiale qui s'en suivrait si l'on pouvait affirmer par A+B "Enfermez l'âme de votre belle-mère dans une bouteille en plastique, car l'âme est un gaz particulier qui est émis par le sphincter au moment du décès!". Gênant, surtout quand on songerait, dans cette éventualité, que le paradis ne serait rien d'autre qu'une sorte d'immense réservoir de méthane qui se dilue dans l'atmosphère. Décevant comme paradis, non?

Il y a tout de même une prétention plus qu'obscure à vouloir perdurer après le passage du SAMU, de l'embaumeur puis finalement des asticots. Notre façon de fonctionner prête à rire, car nous sommes bien nombreux à nous croire supérieurs, pour la simple et unique raison physique d'un pouce en opposition. Alors oui, je sais, il y a énormément de gens qui ne se laisseraient pas décrire comme simiesques, et encore moins comme étant au niveau d'un babouin, ceci parce que le babouin n'est pas enclin à s'asperger d'eau de Cologne, ou à s'épiler les pattes pour plaire aux mâles. Toujours est-il qu'il n'y a là qu'une vague capacité à se mettre en avant, alors qu'en réalité nous ne sommes guère plus que des mammifères, nombreux certes, relativement intelligents, mais désespérément entêtés et enclins à nous servir de la dite intelligence à nos dépends. Car oui, nous sommes les seuls êtres sur cette terre à user de notre propre capacité contre nous-même. C'est tout de même incongru de déclencher des guerres, de s'empoisonner sciemment, de chercher le conflit là où il n'y en a pas, tout cela parce que nous cherchons un bonheur terrestre à travers la possession et/ou la domination. On me reprochera, avec un argumentaire à l'appui, de ne pas tenir compte de la territorialité vue par les animaux, ou du comportement vorace de certaines espèces… Soit. Admettons. Mais jusqu'à preuve du contraire, ces comportements sont liés non à une ambition démesurée, mais bien à une nécessité de survie! Quand un pays A attaque son voisin, c'est uniquement par ambition. On ne peut pas déclarer "A a attaqué B, parce que A ne pouvait plus se nourrir". Ce n'est plus d'actualité (ou presque). Non, là l'homme, imbécile qu'il est, va se lancer dans une conquête parce que son voisin détient ce qu'il voudrait éviter de lui payer. Si ce n'était les millions de morts, cela pourrait être presque cocasse…

Et puis, nous avons inventé un moyen aussi incongru que malsain de nous maintenir "stables". L'argent. Ah, le Dieu fiduciaire, l'élément central de notre société, le nerf de la guerre pour chaque être humain! Nous ne fonctionnons plus en terme d'évolution morale, sociale ou même culturelle, mais en terme d'évolution de position économique. Quand une personne ambitionne un poste quelconque, elle sera inévitablement attentive au montant de la rémunération. De ce fait, chaque mécanisme social, chaque élément de vie quotidienne sera dicté par la loi des "petits bouts de papier vert" (D.Adams, auteur de "H2G2"). En quoi ce bonheur terrestre pourrait-il être tributaire de l'impression et de la distribution des bouts de papier vert? Parce qu'ils représentent bien plus qu'un simple morceau de pulpe de bois imprimé, car ils représentent physiquement toute l'obscénité et l'incongruité de notre système. Plus tu as de petits papiers, plus tu es respecté. Plus tu as de piles de papier en banque, plus tu pourras prétendre t'entourer de gens "de ta classe sociale". Et à l'extrême inverse "Moins tu as de petits bouts de papier, moins tu es visible. Et si tu n'en as pas tout court, le monde se moquera de ton devenir". C'est si vrai qu'on se dit que si le papier avait une âme, elle serait aussi noire que le pire cul de basse fosse qui soit. Si l'enfer a un ticket d'entrée, il doit probablement ressembler à un de nos billets de banque.

Le monde est incongru, parce que notre attitude est incongrue. Toi qui rêvais d'être un maître du monde, et qui a emmené des nations dans sa chute, toi qui pensais que la richesse passait par le portefeuille et non le cœur, toi l'imbécile qui se suppose plus puissant parce que ta carte bleue ne rechigne pas à payer le moindre de tes caprices, vous avez tous le même niveau d'estime venant de moi, à savoir celui qui est au pied de l'échelle. On ne décrète pas qu'un être est moins bon si la somme de ses biens est trop faible. On ne décide pas du devenir des gens en les voyant comme des marchandises échangeables contre des petits bouts de papier vert. L'indécence des gens n'a aucune limite. La bonne conscience distillée par les dons aux associations caritatives (pour se rabibocher avec sa conscience déjà bien amochée), l'étendue de l'hypocrisie du "Je ne savais pas" ou du "Je n'avais jamais vu ça avant" n'a aucune valeur. A l'ère de l'information à outrance, qui peut prétendre ne pas voir où va ce monde? La moralité n'est pas prise en défaut ici, car chacun s'adapte et fait "ce qu'il peut". Il ne s'agit pas d'avoir un comportement donnant des leçons, car chacun a ses défauts, chacun s'aveugle et de tait selon ses convictions ou sa position morale. Par contre, faire mine de ne pas savoir, de ne pas voir que l'égocentrisme de l'homme est une folie, c'est immanquablement se refuser toute possibilité de progrès.

L'Homme est parfaitement stupide, et il déploie des trésors d'ingéniosité pour le rester. La folie humaine est incroyable, car elle a autorisé la création d'armes de destruction absolues, la possibilité de manipuler ce monde comme l'on jouerait avec des lego, ainsi que d'accepter que ce sont des automatismes informatisés qui régissent le monde. Qu'on n'aille pas me dire que cette informatique peut être bénéfique: ce n'est pas l'outil qui est bénéfique ou maléfique, c'est l'usage qu'on en fait. On ne dit pas d'un couteau qu'il est cruel, c'est son porteur qui peut l'être. De fait, les programmes réalisés pour la finance, pour la gestion des gens, les projets "sociaux" de très grande échelle sont tous liés par un même raisonnement: le profit. Automatiser la Vie, c'est s'exclure, c'est se mettre en danger permanent. Oh bien sûr, le progrès passe, il donne des opportunités, mais il est aussi malsain et débile de s'y noyer aveuglément. Croire que le besoin est fort, que la nécessité fait loi n'a aucun sens. Nos ancêtres ne se voyaient pas conduire des voitures, aller sur la toile, ou encore devoir lire des livres sur un écran qui tient dans une poche. Ce n'est pas le progrès en soi qui ne va pas, c'est ce qu'on en fait au quotidien. Plus on est connectés… moins nous le sommes socialement. La vérité, c'est que notre humanité doit transcender les existences réelles et virtuelles. Trop de personnes dissocient, en bons schizophrènes, leur identité réelle et leur identité informatique. C'est inepte. Les deux sont intimement liées, et plus encore que l'on pourrait le supposer. Ecoutez donc les discussions, soyez attentifs aux échanges et rendez-vous compte à quel point cela a évolué. Hier, on disait "tu as vu untel?", alors qu'aujourd'hui on dit "j'ai vu machin poster sur face de bouc". Etrange, malsain me concernant… pour ne pas conclure par un "incongru".


13 mai 2015

Elégance d'un froufrou qui glisse

Par le regard séduit d'un homme ordinaire, il passe énormément de choses pour lesquelles les mots sont superflus. On peut les analyser comme retorses, pleines d'envies et de désirs charnels, ou plus simplement alanguis par l'envie d'aimer l'autre. Cette dernière proposition est forcément celle que nul ne prend en compte, car elle mettrait en défaut toute théorie associant le mâle à des sentiments plus nobles. On le voit prédateur, ambitieux et dépourvu d'émotion, alors qu'il est tout à fait probable que derrière ces deux prunelles scrutant une femme se cache un sentiment aussi intense qu'impossible à faire taire. Ah, cet amour qui s'épanche par la vue, qui se tait par les lèvres, et qui se noie dans les yeux de l'autre!

Bien sûr qu'on peut croire que l'homme amoureux a une vue malsaine. Bien évidemment, on lui fera porter le fardeau d'être un de ces millions d'autres hommes plus attirés par le péché que par le cœur. Il est encore plus entendu que s'il se déclare ouvertement, on le prendra pour un romantique ridicule, ou pire que tout pour un idiot candide qui n'a pas saisi que l'autre le repousse en lui tournant le dos. Alors, il se tait, il la voit passer, il lui sourit, il lui dit juste un bonjour gêné parce qu'il ignore tout d'elle, ou parce qu'il ne sait pas comment lui faire saisir que son cœur est prisonnier. L'amoureux, l'ordinaire et sincère pauvre type qui n'a ni talent de plume, ni le physique conquérant des gravures de mode temporaire, ce gars classique, pourquoi est-il rangé parmi les profils obscènes et stupides qu'on nous vend à la pelle? Monsieur Personne, monsieur rien du tout, monsieur toi ou moi en somme.

Et il la voit, radieuse en apparence, songeuse en réalité, possiblement pensive et égarée entre l'envie de ne plus être seule, de ne pas vouloir de mec fixe pour ne pas s'engager trop vite, le désir de vivre encore un peu non comme une mère poule mais comme un papillon libre et virevoltant… Que voit-il? Il ne sait ni lire ni décrire ce qu'il aperçoit. Elle est fermée à son observation, intouchable, belle comme une peinture derrière la vitre blindée d'un musée, telle une Joconde absolue qui aurait enfin du charme. Elle ne désire pas paraître ainsi, elle ne se voit pas comme une porte fermée, et d'ailleurs certains vont jusqu'à lui reprocher l'outrance de ses tenues ou de son attitude faussement délurée. Elle veut vivre, tranquille et heureuse, elle n'ambitionne rien d'autre que d'être aimée et respectée telle qu'elle est. Et lui, ce pauvre type, il est là, il s'interroge, il voudrait lui dire plein de choses, mais les mots ne viennent pas, ou ils semblent si ridicules et surannés qu'il se garde bien de dire quoi que ce soit.

Alors, penaud, un peu triste, juste ce qu'il faut de déception de sa propre lâcheté dans le cœur, il passe son chemin et fait mine de n'avoir rien à dire. Et elle, que fait-elle? Elle le remarque, mais elle se demande à son tour si c'est lui qui s'en va parce qu'elle ne l'intéresse pas. Elle se dit qu'il est peut-être celui qui conviendrait. Il n'est ni absolument beau, ni parfaitement laid, il apparaît avec ses défauts, son physique ni ingrat ni idéal, tel qu'il est, brut et ordinaire. Pourtant, il a ce petit truc qui semble indispensable à ses yeux, sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Mais lui a tourné les talons, elle a aimé sentir son regard sur elle, parce que pendant un instant trop fugace, elle a senti qu'il était caressant, tendre, pétri par les sentiments les plus nobles, et pas animal et dépourvu de tendresse. Elle voudrait bien qu'ils soient seuls, qu'ils parlent, qu'ils se présentent, qu'ils se découvrent, mais il a tourné les talons, il s'en va, et même s'il semble lamentable avec ses épaules qui tombent un peu, même s'il hausse les épaules comme s'il était dépité, il a quelque-chose qui lui accroche le regard. Mais comment l'aborder? Etre une femme, ça veut dire rester discrète, ne pas aborder brutalement les hommes, se garder d'être trop "facile", alors qu'elle voudrait bien se rapprocher, le saluer, lui dire qu'elle lui trouve un charme que les autres n'ont pas.

Et ils se croisent, s'écartent et se rapprochent, tanguent et refluent comme le font les algues qui viennent s'échouer sur la plage un lendemain de tempête. Ils se connaissent parce qu'on les a présentés, ils se parlent, se chamaillent, se taquinent, mais ils ne peuvent pas franchir ce pas, aller au-delà des convenances et des attentes des autres. On ne les juge pas compatibles, et quand l'un ou l'autre s'en ouvre à un proche, ce dernier trouve le moyen de s'en mêler et de poser un jugement lapidaire qui dit "non, pas lui", ou encore "elle ne te va pas". Ils ne sont ni méchants ni jaloux, juste aveugles et sourds aux sentiments. Ils se pensent experts, alors qu'eux-mêmes ont des regrets, eux aussi ont des souvenirs analogues, eux aussi errent en solitaire dans l'existence, tout en aimant quelqu'un en secret. Alors, ils se disent un peu sottement qu'ils ne veulent pas qu'un ami se blesse, ou qu'une copine finisse comme tant d'autres avec un égocentrique ou un salaud.

Puis, un jour, au hasard d'une discussion ordinaire, anodine même, il ou elle ose enfin. Ils débattent des amis, des copains, des proches, des anonymes, ils se mettent en perspective, et au final l'un des deux cède aux élans de son cœur. Cela sort tout seul sous la forme d'un "tu me plais", anodin, ordinaire, banal même, pour ne pas dire ridicule. Et pourtant, l'autre l'entend comme on entendrait la plus belle des déclarations au cinéma, comme la plus belle scène d'une pièce de théâtre, comme l'indispensable moment de grâce que toute personne attend de l'existence. Que fait l'autre? Il sourit, il rougit même, et répond à voix basse, les mots chevrotent dans la gorge et sortent sous la forme d'un délicieux "tu me plais aussi".

Les amours naissent parce qu'on les laisse vivre. Ils se déclarent, ils ondulent et se renouvellent au rythme de l'existence. On juge, on donne des critères et on censure allègrement toute tentative de tendresse… Et dire que les amours seraient si simples si on les assumait!

12 mai 2015

Dans la lumière d'une Femme

Dans un monde où la vision binaire des choses semble être la norme, il est dorénavant mal vu, pour ne pas carrément dire interdit et brocardé que d'avoir une opinion pondérée, ou tout du moins intermédiaire. Il y a presque trois décennies, Desproges fustigeait les gens concernant ce mode de fonctionnement binaire, que ce soit à une échelle personnelle qu'à l'échelle de toute une population. Son sketch "Que choisir" mettait en exergue un type un peu fumiste, un planqué ayant à choisir entre la résistance et la collaboration. Sous couvert d'humour très noir, il remettait à sa place toutes les personnes qui pensent qu'avoir une autre opinion est nécessairement un déviant et un dangereux salopard. Et pourtant, n'étant pas moi-même modéré ni même très charitable, on aurait pu m'accuser de fonctionner de la même manière… et pas nécessairement à tort. Cependant, si l'on y songe, pourquoi devrait-on se contenter du bien contre le mal, quand l'Homme, en grand imbécile imbu de sa supposée intelligence, se trouve justement à mi-chemin, oscillant lourdement entre deux extrêmes, et passant ainsi sa vie à s'interroger sur la bonne façon de faire ou de penser?

"La perfection est le vêtement de l'abruti qui se croit supérieur". C'est de moi, inutile de chercher où que ce soit cette réflexion lapidaire (surtout que certains pourraient s'amuser à le faire afin de démontrer, s'il en eut été nécessaire, que je suis un vil plagiaire dont chaque mot est volé à un tiers), mais elle définit clairement ce que je pense. La perfection morale, éthique, intellectuelle n'est là que pour avoir un objectif idéalisé, et non une véritable possibilité de l'atteindre. Que ce soit par la Foi, par l'éducation, l'information, ou encore par simple réflexe conditionné, nous tentons tout de même faire le "bien", selon nos critères hautement essentiels, à savoir les nôtres en propre! Prenons un exemple: une personne A défend son opinion, et la personne B, n'arrivant plus à argumenter pour prouver à A (oui comme le groupe de musique, les plus jeunes chercheront) qu'il a tort, finira par le taxer de fasciste. Qui, de celui taxe l'autre de fasciste, ou de celui qui est accusé de l'être, est réellement le fasciste? Ici, la réponse est simple: tant qu'on ne connaît pas le sujet débattu, les deux le sont tout autant. Et c'est là que le problème de fond apparaît: accuser l'autre de tous les maux n'est qu'une dérobade et pas un argument. Pourtant, la toile est le repaire des loups se voulant agneaux, des rois de la victimisation qui se sentent agressés dès qu'on ne les soutient pas de manière parfaitement inconditionnelle.

Sevilla a écrit un ouvrage fort intéressant (bien que très orienté politiquement) nommé "Terrorisme intellectuel". L'idée de fond est: si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi. Par cette dichotomie définitive, aucun débat ne peut être décemment enclenché. Prenons un cas concret en attrapant Martine, une féministe si convaincue qu'en la métamorphosant en homme on aurait le pire des phallocrates. Que nous braille cette harpie échevelée dont le fond de la pensée n'est pas plus glorieux que les idées rétrogrades des revanchards à balloches qu'elle affronte? Elle hurle au monde "Les hommes sont des salauds, tous des pourris, et dire le contraire c'est considérer les femmes comme des objets… donc cela fait de celui qui s'oppose à cette généralité est automatiquement une ordure". Raté Martine! Le féminisme devrait être l'amélioration de la condition de la femme, l'obtention de droits parfaitement légitimes comme celui d'être protégé des brutes qui les maltraitent, ou tout simplement d'avoir une vie professionnelle tout aussi normale que celle d'un homme. En revanche, cela ne donne en aucun cas le droit de traiter tous les hommes comme des pourritures potentielles. Ces hystériques qui ne voient en moi qu'un abruti de plus doté d'attributs que je n'ai pas choisi, est-ce qu'elles vont apprécier que je dise que toutes les femmes sont des salopes, parce que j'aurais eu le malheur d'en croiser une dans mon existence? Cette généralité est-elle acceptable? A vous de vous faire une opinion!

J'admire (ironie) cette attitude réductrice où celui d'en face est forcément un con parce qu'il a la couleur de peau, la religion, ou même le sexe qui ne convient pas. Ne pas soutenir n'importe quoi n'amène pas forcément qu'on accepte en retour son contraire le plus débile! Tous les hommes ne sont pas des salauds, et ça ne fait pas de ma sœur une salope pour autant que de dire le contraire. La masculinité, élevée au rang de comportement animal, est probablement une des pires catastrophes sociale qui soit. De par le monde, la philosophie machiste, religieuse étroite d'esprit, ou encore bêtement hors de toute éducation progressiste rend bien des hommes stupides et violents. On en fait des symboles même de l'autorité… tout en oubliant que ces mêmes hommes ont été torchés par leur mère! L'équité? Quelle équité? Il ne s'agit pas de parler d'équité ni d'égalité d'ailleurs, mais simplement de respect mutuel. Je suis incapable d'assumer ni d'assurer ce que bien des femmes font au quotidien. On en demande énormément aux femmes: elles doivent être belles, intelligentes (mais pas trop pour ne pas faire de l'ombre aux vrais phallocrates), sexy sans être vulgaire, capables de tenir une maison, de s'occuper des enfants, d'avoir une carrière professionnelle, le tout sans pour autant déranger le petit confort des mâles. Qu'est-ce qui manque? Le respect, ni plus, ni moins. Se comporter en brute mettant tous les hommes dans ce panier ne vaut pas mieux.

La Femme, le beau sexe, celui qui me plaît, m'emplit de désir, de plaisir, de joie quand je leur parle, de fierté quand j'ai le plaisir de vivre avec, de chaleur quand je ris en sa compagnie, cette Femme majuscule est celle que vous croisez au quotidien. Décomplexée, fière de ce qu'elle est et de ce qu'elle fait, vous lui devez autant de respect qu'à l'autre type qui se détruit la santé au boulot, qui rentre à des heures impossibles pour donner une vie décente à sa famille. La Femme, la belle Femme, celle que vous aimez de tout votre cœur, vous ne pouvez que la traiter avec égard, car elle vous complète, vous soutient, en supporte énormément plus que vous ne le pensez. C'est tellement facile de dire "elle est à la maison, c'est plus simple", tout en omettant ce que cela représente! Réduire la Femme au rang d'objet ne vaut pas mieux, car l'objet en question a une conscience, un cœur, des sentiments, et des désirs. Ne pas les écouter, c'est déjà tendre vers les modèles les plus intolérables.
De votre côté mesdames les hystériques, les brûleuses de soutien-gorge, les anarchistes du bas résille qui a filé, revenez un peu dans le monde et songez que nombre d'hommes vous aiment comme vous êtes, vous respectent et ne vous considèrent pas uniquement comme de la viande sur un étal. Je ne suis pas plus ravi de la compagnie d'un macho qui se prend pour un étalon, tout en étant en privé un ahuri solitaire et frustré, que d'avoir pour voisin de table une dingue qui me regarde avec l'œil torve et brutal d'une désœuvrée qui, sans me connaître, m'assimile à son ex qui, lui, était une ordure finie. Les deux m'incitent à vouloir les enfermer ensemble dans une pièce exiguë afin qu'ils s'entretuent, tout en prenant soin d'équilibrer les chances en leur donnant chacun des armes. Autant qu'ils évacuent le monde, et qu'ils légitiment ce que Darwin a énoncé comme loi sur l'évolution!

Ma Sœur, ma femme, mon amour, oublie donc que certains sont des connards, laisse-les pourrir dans les culs de basse fosse, et reviens donc dans la lumière. Etre extrême et binaire dans son attitude, c'est être un miroir des attitudes que vous voulez combattre. Soyez Femmes, soyez vous-même, et laissez aux imbéciles le loisir de s'entretuer. Après tout, la beauté n'est-elle pas d'être au-dessus de la fange?

06 mai 2015

04 mai 2015

le 30/04

Il est vouté, comme écrasé par une chose invisible et monstrueuse que lui seul doit subir. L'œil hagard, clairement terni par le manque de sommeil, c'est un petit bonhomme brun dont les dents semblent devoir tomber tant tout son corps est décrépi. Vieux avant l'âge, élimé, il est à l'image de son costume dont l'état est à l'image de son propre délabrement. Et là, assis dans un profond canapé de cuir, il paraît plus petit, presque minuscule et anodin. Ses mains et ses doigts jouent les uns avec les autres, et son agitation laisse penser à quelqu'un dont la fièvre ou la sénilité désagrège la coordination. Sous sa moustache bien entretenue, il bredouille des suites ininterrompues de mots incompréhensibles pour les autres. Pourtant, son apparence ne trahit une trace d'une folie ostensible, il n'a pas cette attitude d'être perdu ou complètement dément… juste celle d'un homme égaré dans ses pensées, broyé par des réalités qui lui sont supérieures.

Soudain, sans aucune raison apparente, il se met à vociférer, à invectiver celles et ceux qui l'entourent. Il est hors de lui, s'acharnant sur toute personne passant à proximité, les traitant de lâches, de traitres, et ajoutant à l'insulte les injures les plus grossières. Ce n'est plus cet homme flétri, sa voix tonne, résonne, ses hurlements profonds font vibrer les cœurs, et terrifient son entourage. Ses proches, ses fidèles scrutent son faciès avec incrédulité. De quoi parle-t-il? Il n'est pourtant pas aveugle ni sourd, il "sait" où il est et ce qu'il se passe. Malheureusement, il leur apparaît clair qu'il ne veut plus être dans la réalité, il est dans le songe, dans l'ivresse des rêves brisés et des fantasmes émasculés. Il avait espéré, cru jusqu'au dernier moment en son destin, et là, la réalité, déterminée par ses propres errements et par ce qu'il appelle "ses ennemis" revient à la charge. Il n'y aura pas de prochain noël pour lui, pas plus que pour celles et ceux qui se raccrochent encore à son image.

Ah, argumente-t-il avec emphase, ah ses amis du passé étaient autrement plus sûrs, plus fermes, plus efficaces que la clique de dégonflés et de profiteurs qui le cernent! Il les voit, lui, les traitres à sa cause, il les sent à présent quand la peur et la mort les menace! Ses gestes sont démesurément agités dans l'air, comme s'il espérait attraper un papillon de nuit qui n'existe pas. Les poches sous les yeux, il s'éteint aussi rapidement qu'il s'est enflammé, et ses bras retombent sur ses flancs dans un claquement de désespoir. C'en est assez se dit-il en maugréant contre la faiblesse des autres quand lui-même se donnait corps et âme à sa cause. Des années de lutte, de politique, tout ça pour finir dans un réduit, le corps brisé et l'âme en peine… De quoi faire déprimer, même les plus robustes et les plus insensibles.

Cependant, ce n'est pas pour les autres qu'il réfléchit à présent. Il considère que s'ils ont perdu, tout le monde devra en payer les conséquences. Il se moque du destin des autres, à tel point que cela ne lui fait aucun effet quand il doit décider du destin de ses collaborateurs. Il s'en fout. Il est las. Il est fatigué de réfléchir pour les autres. Il en a assez de devoir tout leur dire, tout leur expliquer, car pour lui ce qui relève du bon sens est inaccessible au commun des mortels. Des incapables, des mous, des faibles! Grogne-t-il en grignotant un repas ascétique. Tous se bâfrent, ont vécu aux crochets du système, et maintenant qu'il faut se battre pour le sauver, ils fuient, ils ont peur… des pourris!

Ratatiné comme un fruit confit, les yeux plus torves que pétillants, il s'est à nouveau avachi dans son canapé. Les observateurs qui l'ont vu aux dernières réunions l'ont écouté manipuler des équipes dissoutes, discourir sur des choses qui n'existent plus, et donner des ordres parfaitement irréalisables. De peur de le vexer, on s'écrase, on se ratatine, et on fait mine d'obéir. L'aveuglement n'a pas cours: il sait qu'ils font semblant, et eux savent qu'ils ne peuvent pas lui dire la vérité. Deux sourds qui cherchent à se parler de vive voix par téléphone en quelque sorte. Alors, il jette les cartes au sol, il balance les crayons en hurlant sa frustration, il maudit le jour où il a cru pouvoir faire quelque-chose de ce peuple qu'il accuse de s'être engraissé, de s'être perdu dans le luxe et le confort, et sa rage ne fait que croitre quand il songe à l'existence de certains de ses plus proches amis et serviteurs. Des gras, laids, obèses, fainéants et ivrognes ajoute-t-il avec colère et chaleur.

Puis, enfin, il se rend compte de ce qu'il est réellement. Il a été un chef craint, il est devenu un chef honni et traqué, et demain s'il ne fait rien, il sera exhibé comme un trophée par les vainqueurs. Il ne veut pas de ça, pas de procès, pas de lynchage en public! Il a vu un coreligionnaire être pendu et traité comme la pire des souillures, et ça, cette ultime humiliation, il en est hors de question. Alors, il organise son départ, fait en sorte de laisser une trace écrite, une des rares qu'il a daigné signer. L'oral suffisait, mais après la mort seuls les écrits perdurent! Se dit-il en paraphant le document tapé à la machine. Il le jauge, le soupèse, et il est convaincu que ce papier, ces quelques grammes de pulpe de bois seront non pas un testament, mais un mode d'emploi pour les générations futures. Il y croit; il est convaincu que son héritage va survivre par-delà la défaite et le déshonneur. Et il se prépare à partir, fier, orgueilleux, au nez et à la barbe de ses ennemis. Une ultime provocation, un pied de nez à l'histoire, qu'elle soit minuscule dans ce bunker de Berlin, ou majuscule parce qu'il ne sera jamais oublié.

Il se farcit de cyanure puis se fait sauter la cervelle dans la foulée. On brûle sa dépouille et celle de sa femme. On incinère, on ventile les restes pour qu'il n'y ait ni corps, ni même un trophée. D'une Histoire morbide où son obstination sadique a poussé un continent dans la guerre, jusqu'à sa légende absurde disant qu'il aurait fui les ruines, Hitler laisse au monde un héritage bien plus vaste qu'on ne peut décemment l'envisager. Sans cette guerre, les rapports de force est-ouest n'auraient pas atteint l'éventualité d'une guerre froide. Sans cette guerre, les frontières n'auraient pas été redessinées. Sans lui, nous n'aurions pas de nouveaux mots dans notre dictionnaire des atrocités. Sans lui, nous n'aurions jamais pu imaginer que l'on puisse organiser un état de la sorte, en jonglant tantôt avec un ordre glacé et inhumain, une propagande vantant le contraire, et des camps d'extermination génocides.

Hitler est mort il y a 70 ans. Ce fut pour beaucoup le plus beau jour de leur vie. Pour d'autres, ce fut l'heure d'un suicide rituel. Pour les derniers, l'espoir que le conflit s'arrête enfin. Pour moi, c'est une date parmi d'autres, car ce n'est pas un seul homme qui fait tout de ses mains, mais c'est un seul homme qui peut déterminer le sort de l'humanité toute entière.

29 avril 2015

70 ans, déjà?

Ca y est, nous avons les 70 ans qui s'approchent. Sept décennies de changements scientifiques, politiques et culturels tels qu'on peut se demander "mais comment diable faisaient-ils avant l'iphone?!". Question légitime au plus haut point, puisqu'il n'existe plus de salut sans la bricole électronique envahissante qui vous leste la poche intérieure comme on lestait les cadavres de plomb au bon vieux temps qui est mort et dont tout le monde se fout. Hé oui: il y a 70 ans, un brun moustachu s'envoyait du cyanure puis se faisait éclater la tête, il y a 70 ans commençait le décompte macabre des recordmen du génocide, il y a 70 ans on disait "vive la fin de la guerre chaude aux bombes incendiaires, vive le début de celle bien froide où les idiots à étoiles se préparent à s'entretuer".

Le souvenir, ah cette madeleine de Proust qui est sans arrêt remise sur la table, ce met fade et nauséabond que chacun assaisonne à sa sauce aigre puante. Depuis les sémites revanchards, en passant par les nostalgiques d'un temps révolu, jusqu'aux arthritiques qui beuglent "que c'était mieux avant tas de jeunes cons!", tout le monde y va de sa chansonnette sur la fin d'un régime spartiate qui a été remplacé par un régime trop gras et arrosé de ketchup. Ainsi, mes frères, nous avons donc décrété que l'hostie était trop immangeable, c'est le burger qui a pris le relai! Mais quel relai… Celui du consumérisme frénétique où l'on arrive dorénavant à vous faire croire qu'une montre se doit de ne plus avoir l'heure mais de vous compter les pas pour vous faire perdre 70 ans de surconsommation, Celui de la conversion du "j'ai besoin" en "J'en ai jamais assez"? Ou bien celui, plus glauque encore, où les bras tendus d'hier sont grimés pour laisser supposer qu'un fascisme modéré serait la solution à tous les maux?

Ne me croyez pas nostalgique des hymnes martiaux, du pas de l'oie ou des envolées lyriques d'un guide hystérique dont l'accoutrement brun terre de sienne est à lui seul une insulte au bon goût. J'ai même peine à croire qu'on puisse, au détour d'une suspicion quelconque, envisager un seul instant que mon esprit puisse s'accommoder des massacres de masse, de la propagande poussée jusqu'à l'absurde, ou le refus de pans entiers de la culture sous prétexte qu'ils ne sont pas issus de gens dont les yeux bleus harpic et la blondeur l'Oréal seraient des signes de reconnaissance. Je n'éprouve aucun désir de voir un tel système reprendre place dans les urnes… D'ailleurs, je n'ai encore rien vu, comme le dirait mon géniteur qui, lui, a eu tout le loisir de connaître le bruit des bottes ferrées, mais c'est un autre sujet. L'essentiel est que le souvenir, cette nécessité absolue de ne rien oublier, c'est dorénavant un outil fort utile pour vous faire immédiatement passer du côté des chemises brunes, tandis que les autres sont en chemises à cols blancs.

La moralité d'une cause n'a pas à être défendue par une instrumentalisation du souvenir ou du devoir de mémoire. C'est beau comme maxime ça, mais cela sous-entend alors qu'on ne se doit d'écouter un discours que lorsqu'il a le mérite de ne pas comparer le présent au passé. Difficile, surtout si l'on envisage d'apprendre des erreurs de nos aïeux… Et pourtant, quoi de plus naturel? Celui qui vous jette à la gueule que le souvenir des actions de nos ancêtres doivent suffire à nous faire taire est le pire des menteurs, car lui-même salit la mémoire de ceux, justement, qui mériteraient qu'on se souvienne d'eux. Le ridicule ne tue pas, mais on devrait envisager de se substituer à la Mort en guise de service public palliatif. Comme je le martèle depuis des années, je n'ai pas défilé avec les porteurs de mort en masse, je n'ai pas poussé dans l'urne de quoi défriser la bonne conscience collective, et encore moins estimé qu'il était plus sain d'avoir un monde où la sélection darwinienne se ferait au butane (ou au zyklon, mais là je m'égare). Pour autant que je sache, les témoins de cette période commencent à se compter sur les doigts des manchots, et à terme il ne restera d'eux que des plaques, des photographies, ou quelques vidéos terribles que même un amateur de film de genre abreuvé de sang et de tripe n'arrive pas à regarder sans avoir un frisson dans le dos.

Donc, toi qui penses me faire la leçon en me braillant que je n'aime pas le juif parce que je défends mon droit à penser qu'il peut avoir tort, toi l'imbécile qui a eu l'idée de faire passer pour un bourreau par héritage génétique et non par les actes, tu défends les mêmes thèses dégueulasses, parce que tu revendiques tout aussi stupidement la supériorité de l'un au détriment de la culpabilité supposée de l'autre. Tu ne me crois pas? Ca te paraît si insensé comme miroir? Pourtant, observons donc! Le brassard noir prenait pour responsable de ses problèmes tout ce qui était différent de lui, et disait donc que c'était d'une responsabilité autre que la sienne s'il y avait des problèmes. Remplaçons donc "brassard noir" par juif et voyons si, d'une part, je me fais censurer ou insulter, et d'autre part si je ne suis pas dans le vrai. L'œil vif de l'observateur sera à l'affût de la réponse, l'œil torve du quidam s'en moquera, et l'œil acéré de l'extrémiste viendra me tancer en disant que je tiens des propos intolérables. Soit, c'est méchant et très résumé, simplifié et même exagéré. Cependant, si l'on y songe… qui a construit des colonies? Qui s'est bâti un mur paranoïaque? Qui estime qu'il faut laisser à l'âge de pierre ses voisins parce qu'il est plus facile de contrôler des gens quand ils n'ont que des pierres pour se défendre?

70 ans plus tard, le débat n'est pas clos, il y a encore cette puanteur des chambres, cette odeur de putréfaction des fosses communes, mais cela non parce que les corps n'ont pas eu le temps de refroidir, mais parce qu'il y a encore trop de gens qui entretiennent le sujet pour s'en servir. Pourquoi oublie-t-on les autres victimes? Pourquoi ne parle-t-on pas des premières victimes, à savoir les Allemands eux-mêmes? Historiquement, je ne vais pas tenir un propos disgracieux comme ceux balancés à la foule par le grassouillet borgne à gueule de bulldog, par contre je vais simplement dire "le malheur, ce n'est pas la chose à utiliser pour défendre ses actes". Il m'est insupportable de bouffer du "vous avez fait ceci". Désolé: es-tu français? Oui? Alors TU es tout aussi responsable, non? Ah non, zut, j'oubliais, tu as le droit de t'extraire du débat parce que "tu" (enfin des ancêtres) a souffert. Et les slaves gazés et réduits en esclavage? Et les pédés à qui l'on collait une étiquette pour être mieux vu des gardes chiourmes à la gâchette facile? Combien de temps cette madeleine continuera à souiller mes meubles, mes journaux, ma télévision de ses miettes grasses et puantes?

Aujourd'hui, on tente de faire dériver la question vers d'autres ennemis. Celui qui avait la kippa devient celui qui porte la djellaba. L'endimanché à chapeau noir devient l'endimanché tout en blanc qui va prier. Quelle différence? L'ennemi est identifié? Pas le moins du monde. L'ennemi, c'est celui qui croit penser, alors qu'il ne fait qu'ânonner. La religion n'est pas une référence absolue pour identifier le salaud, pas plus que la couleur de peau ne devrait être un critère pour quiconque ayant un peu d'humanisme dans son attirail mental. Cependant, bien que la science ait démontré qu'en tant que seule arbitre froide de nos débats stériles sur la commodité d'anéantir "un peuple sous prétexte de protéger le sien, qu'il n'y avait pas de race supérieure, nous en sommes encore à vouloir dire "nous leur sommes supérieurs car nous, nous ne fonctionnons pas comme eux". Raté: chaque culture, chaque religion, chaque personne a le droit et même le devoir de se faire une opinion personnelle. Malheureusement, la majorité des moutons aime à suivre le pâtre à travers les champs (de mine), ceci en bêlant à tue-tête des hymnes guerriers.

N'en avez-vous donc pas assez? N'avez-vous donc pas retenu les leçons de l'Histoire? Les commémorations vont-elle être sereines, légitimes en ne parlant "que" de tout le monde, ou bien cela va-t-il virer à l'absurde pantalonnade où l'on ne parlera que d'un type de victimes, où l'on occultera le rôle et les souffrances des autres? M'est avis qu'il y a aura un mélange des deux, saupoudré de quelques discours ambigus afin que chacun y trouve son bonheur. La politique, seul baromètre réel de nos véritables postures morales, sera alors mise à l'épreuve pour voir si l'on joue encore du "c'est ma faute, ma très grande faute" en se lamentant comme à Jérusalem… Ah merde, l'image est dangereuse, car elle ramène à une pratique religieuse connue!

Ce que j'en dirais moi, si j'étais le président dont nul ne voudrait parce qu'il dit ce qu'il pense même quand il ne faut surtout pas le faire?

Il y a 70 ans se terminait enfin l'un des plus grands carnage de notre temps. La seconde guerre mondiale s'est terminée sur un bilan terrible où des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont morts au nom d'idées xénophobes, au nom d'un mythe monstrueux et criminel, ou au nom d'une puissance militaire assassine. Le monde a vu la création des premières usines de mort, le massacre élevé au rang de production industrielle, et la déshumanisation de celles et ceux qui en subirent les conséquences. Aujourd'hui, 70 ans après, nous ne devons pas oublier ces victimes, nous ne devons pas permettre que de telles atrocités puissent un jour se reproduire.
La seconde guerre mondiale s'est terminée non sur une note d'espoir, mais sur un accord imparfait et dissonant où chacun a tenté d'y trouver son compte. On a écartelé des pays, créé de nouveaux empires, et d'une agression physique on est passé à une menace tacite avec la bombe atomique. La leçon ne fut pas totalement retenue, car au lieu de se massacrer mutuellement, on est allé déporter les combats dans d'autres pays, sur d'autres contrées éloignées, avec le sentiment de bien agir quand il aurait fallu s'abstenir. On en paye encore le prix aujourd'hui, avec une haine tenace envers les héritiers de cet historique que trop lourd à porter.

Le souvenir des horreurs de la guerre doit être préservé. Nous devons tous retenir que la guerre n'est jamais une solution, qu'elle n'apporte que malheur et dévastation. Ceux qui font les guerres n'en portent jamais le fardeau, et ce sont les enfants, les descendants des bourreaux qui doivent trouver le courage de regarder en arrière sans complaisance pour comprendre et ne pas reproduire les erreurs commises. Pourtant, cette action ne doit pas s'accompagner d'un reproche ou d'autoflagellation. Ne demandons pas aux enfants de porter le poids des responsabilités de leurs parents. Un homme se doit d'être jugé sur ses actes, et non sur ceux de ses aïeux. Un homme doit être estimé pour ce qu'il est réellement, pas pour ce qu'il peut représenter. La lumière doit venir du génie de l'homme, de sa capacité à aller vers le progrès, et non éclairer le visage de quelqu'un sous prétexte que ses traits sont trop proches d'un assassin mort et enterré.

J'espère que le futur saura démontrer qu'une unité peut se créer, fondée sur l'humanisme, la cohésion morale, et pas prouver que le monde ne peut être qu'une anarchie sanglante. J'espère, du plus profond de mon cœur, qu'on saura trouver la patience et la curiosité nécessaires à la vie ensemble, avec nos différences, nos désaccords, nos conflits même, mais sans haïr l'autre pour ce qu'il diffère de soi. J'espère enfin que nous tirerons au quotidien les leçons de ce passé terrible, afin d'éviter qu'un jour puisse émerger à nouveau un régime génocidaire et dépourvu d'humanité. Je rêve d'une école qui n'enseignera jamais à nos enfants que la haine est une façon saine de penser, je rêve d'un monde où l'obédience ne sera plus un critère de tri, et où chacun pourra prier sans que l'autre ne se sente en danger ou insulté. Je rêve enfin d'un monde où l'homme aura enfin pris conscience que sa multiplicité lui permet de bâtir un avenir, quand une uniformisation le condamne à répéter ses erreurs les plus terribles.

24 avril 2015

Réflexions sur la propagande indirecte

Je m'interroge beaucoup sur le net ces derniers temps, et c'est ce qui me pousse d'ailleurs à ne plus vraiment écrire sur mon blog. En effet, j'ai l'impression que de ne pas entrer dans une logique systématique de critique non constructive de l'état, ou encore de mettre en permanence en exergue les contradictions des fameux "leaders d'opinion" font de vous une cible privilégiée, conspuée, parce qu'il y a un phénomène de "mouton" indéniable. Je ne parle pas de moi, je n'ai pas l'aura requise pour que je puisse être "agressé" par des détracteurs, mais je parle au sens large où toute contradiction est lissée ou insultée, sous prétexte du "il a raison et toi tu as tort". De ce fait, je mets déjà une contradiction majeure en avant: comment peut-on parler de droit à l'expression quand soi-même l'on censure et/ou conspue celui qui n'est pas d'accord avec soi?

La toile est en soi un miroir de notre société. Contrairement à l'idée généralement reçue du "tout libre", la toile n'est en rien plus propre ou plus libre que nos sociétés réelles. La seule et unique chose qu'on se doit d'admettre, c'est que la toile est rédigée par des gens, des entités intelligentes dont les opinions et les objectifs peuvent y être plus aisément mis en valeur pour le plus grand nombre. Le droit de s'exprimer accordé à tous ou presque n'amène qu'une seule chose: la multiplication des contenus, et certainement pas son amélioration. Qu'on arrête sur le champ de se faire les chantres d'un monde idéalisé, la toile est ce qu'on en fait, et non l'inverse. Ce n'est pas parce qu'on a une quantité astronomique d'informations que celles-ci sont pertinentes, ou tout simplement vraies. D'ailleurs, les billets d'humeur comme les miens n'ont en rien une validité morale ou intellectuelle, ils sont uniquement l'expression de choix personnels et rien d'autre. Contrairement à un travail de journaliste où l'on se doit (en principe) d'offrir une analyse et une mise en perspective, les blogs et autres Shaarli n'offrent aucune garantie de qualité ou de validité. La toile est ce qu'on en fait, et actuellement c'est un gigantesque fourre-tout où chacun peut amonceler à peu près n'importe quoi.

De là, je suis particulièrement hilare en lisant mes petites brèves prises çà et là, parce qu'elles démontrent sans l'ombre d'un doute que "l'information" lâchée sous la forme d'opinion ne fait qu'amener deux choses: soit une réaction de soutien sous la forme d'une meute de "moutons" prenant par défaut que "les journaleux sont corrompus, lui/elle au moins est sincère", ou "je suis d'accord parce que de toute façon je n'irai pas fouiner pour savoir si il/elle se trompe". Une analyse scientifique est une chose, en faire le support d'une opinion politique en est une autre. La démonstration par l'absurde est le fatras idéologique qui est mêlé par les écolos convaincus dans des chiffres qui pourtant pourraient être intéressants. Quand on parle de pollution automobile, c'est pour revendiquer le vélo; quand on parle nucléaire, c'est pour pousser à la roue concernant les autres énergies. C'est beau sur le papier, c'est même superbe, mais encore et encore la teinte politique se cache derrière, puisqu'on exclue d'autres faits, soit parce qu'ils dérangent, soit parce qu'ils vont jusqu'à contredire les différentes affirmations. Poussons un peu: la voiture pollue, ça c'est une évidence. Il y a une quantité délirante d'égoïstes qui pourraient réduire leurs déplacements inutiles en remplaçant la voiture par autre chose. Mais est-ce pour autant aussi simple? Je suis fatigué par les intégristes de la petite reine qui ont trois luxes: celui de vivre à proximité de leur emploi, qui peuvent se permettre de se passer de leur voiture parce qu'ils vivent dans une agglomération, et qui plus est qui ont les moyens de vivre ainsi. Ce n'est pas du tout le schéma valide pour tous, loin de là. Paradoxalement, ces mêmes harpies omettent de songer que la seule solution pour permettre ceci serait donc de regrouper encore un peu plus les populations, donc de voir les banlieues des grandes villes se remplir encore un peu plus, car oui c'est la ville qui attire la majorité des employés, et non la rase campagne. Mais ça… bizarrement, ça ne touche pas le bourgeois qui vit fort bien et qui n'a pas pour impératif de vivre loin des villes, faute d'avoir les revenus en regard des loyers. De la même manière, pourquoi ne pas annoncer la part réelle de la pollution automobile? Parce qu'elle représente 20% de la pollution atmosphérique… mais où sont les 80% restants? Qu'on m'explique pourquoi pointer du doigt un pollueur, quand 4 sur 5 sont ailleurs?! De qui se moque-t-on?

Se faire le chantre d'une opinion politique ne doit pas passer par de la propagande déguisée. On taxe les industriels d'être des sagouins et des escrocs… Fort bien, mais agir de la sorte ne vaut guère mieux. On se fait l'écho de discours, de chiffres, de statistiques, tout en agissant comme le camp d'en face, à savoir en éludant le débat, en tronquant les valeurs, et pardessus le marché en se disant innocent d'une telle attitude sous prétexte d'être propre puisque "pas à la solde d'autre chose que d'une conscience personnelle". FAUX. Un parti politique, un régime quel qu'il soit passe par un soutien plus ou moins conséquent, par des petites mains qui agissent plus ou moins discrètement. Il n'existe pas d'innocence quand on donne dans l'idéologie. Ce que je trouve au surplus insupportable, c'est que ce foutoir moral farci à la bonne conscience contient en plus des attaques directes contre les dirigeants (ce qui est souvent légitime), tout en déclarant que le vote ne sert à rien, tout comme l'adhésion à un parti ou à un syndicat. Dites, les aveugles, un petit rappel: les pays que vous montrez comme étant plus propres, plus stables, mieux lotis socialement et/ou économiquement sont ceux où l'abstention est la plus faible, et où le taux de salariés syndiqués est le plus fort. L'implication personnelle joue sur le fonctionnement global d'un état, et se dire "tous des pourris" ne fait en rien avancer les choses, bien au contraire.

Continuons un peu le massacre, histoire de bien "rire". Les migrants qui périssent par centaines en méditerranée. Certains vont du commentaire "Rien de nouveau", d'autres s'en offusquent, les derniers parlent de social et de morale pour aider les migrants. Tous à côté de la plaque, nous sommes TOUS responsables. Oui, chacun de nous EST responsable de l'image que nous trimballons chaque jour de manière ostensible. On parle d'espoir, de faim, de soif, tout en étant soi-même un consommateur qui se fout volontairement de ce qu'il fait, parce qu'au fond unitairement on ne se sent pas réellement mis en cause dans la misère humaine mondiale. Seulement voilà, c'est un refuge intellectuel, une sécurité personnelle, parce que parmi nous PAS UN ne cèdera ses petits avantages, son confort, ses objets superfétatoires pour que d'autres n'aient plus à subir un quotidien dégueulasse. Méchant? Est-ce que je m'exclue de cette immoralité? Dans les deux cas, la réponse est non: c'est un constat, et je ne vaux pas mieux que les autres. Redescendez sur terre et arrêtez de faire la leçon aux autres, car vous ne valez pas mieux qu'eux.
Où se situe la vérité? Notre mode de vie est celle qui plairait à n'importe qui dans le tiers-monde. Ne parlez ni de racisme ni de violence, vous ignorez, tout comme moi, ce que représente la peur de mourir sous prétexte que vous n'êtes pas de la bonne ethnie. Vous ignorez ce que peut représenter le déchirement de devoir se déraciner pour survivre. On ne parle pas de "vie idéale" là, mais bien de survie pure et simple. C'est aisé de dire qu'on devrait faire des efforts, trouver des solutions… Mais faites un effort et proposez quelque-chose en échange au lieu de conspuer vos politiques. On fait quoi? On accueille tout le monde? On refoule au contraire tous les clandestins? Un peu? Un pourcentage précis? Quels sont vos quotas, vos chiffres, avec quels financements, où les met-on? On les parque dans des camps de fortune en attendant mieux? Allez, soyez plus forts, soyez force de proposition, au lieu de vous contenter de pester les fesses bien vissées sur votre chaise.

Nous sommes les propagandistes volontaires et involontaires d'un mode de vie auquel aspirerait n'importe qui. Nous avons le confort, la possibilité de mourir à cause de nos excès de nourriture quand d'autres considèrent l'eau courante comme un luxe, et l'eau potable comme un miracle. Dans quel monde vivent les candides qui font la leçon? Où sont les moralisateurs? Ce n'est que confronté à la réalité qu'on se doit de réfléchir à notre mode de vie, or personne ou presque n'est prêt à le sacrifier, même partiellement, pour que d'autres puissent espérer mieux. La morale n'est pas la seule solution, il faut aller jusqu'à l'acte, jusqu'au déterminisme ferme et résolu… Or, la vérité est là, tant qu'il s'agit de se plaindre bien au chaud, les barricades ne nous semblent pas utiles ou même envisageables. Ce n'est qu'aculée au désespoir que la foule agit, et ce de la pire des manières, à savoir en légitimant les extrêmes, en alimentant les moulins des fascismes les plus toxiques pour nos libertés individuelles.

Arrêtons de réfléchir pour les autres avec notre mode occidental de pensées. Nous ne pouvons ni comprendre ni même appréhender comment le reste du monde fonctionne, d'autant plus que nous tentons, en agissant ainsi, d'imposer le modèle philosophique et éthique qui nous correspond, et qui n'est en rien une référence. Le drame est là: en croyant qu'en exportant notre modèle nous allons améliorer le monde, nous nous comportons comme des conquérants, des colons et des évangélisateurs qui confondent bienfait et propagande. Non, le modèle européen ne saurait correspondre à des pays du Maghreb. Non, notre philosophie et notre moralité n'est pas universelle. Non, notre abord à la place de la religion dans la société n'est pas à imposer dans le monde entier. C'est en cela que nous attirons la haine, l'envie et la frustration, parce que nous faisons la leçon où bien souvent nous serions avisés d'apprendre. L'échange ne peut pas être unilatéral, et il est que trop facile de dire "vous avez tort", tout en omettant de prendre en compte l'existence des gens en face.

La liberté… quelle liberté?! Est-ce que les internautes qui pensent être raisonnables et intelligents sont-ils conscients qu'ils se trompent totalement de combat? Comment peut-on à la fois déclarer "je veux la démocratie et la liberté", tout en braillant à qui veut l'entendre que le système est pourri et que les élections ne servent à rien? Il y a là un aveu d'impuissance, ou bien un désistement caché? J'ai en horreur cette souplesse intellectuelle qui permet non seulement de ne pas avoir à assumer quoi que ce soit, et au surplus de venir critiquer celles et ceux qui se sont présentés aux urnes pour accomplir un devoir citoyen. La liberté commence quand on en fait usage. Or, le premier des droits pour lesquels les gens se sont battus, c'est justement d'avoir le droit d'exprimer une opinion par les urnes. Plus on a de confort, moins les urnes sont sollicitées. Pourquoi? Par peur du changement, par flemme, par irrespect pour les institutions? Ce droit qui semble évident ne l'est que pour nous, pas pour toutes les nations. Cela me conforte dans l'idée qu'on ne sait ce qui nous manque, que le jour où l'on l'a perdu.

Arrêtons donc de raconter ce qui nous arrange, d'être les chantres d'un mode de vie, d'opinions basées sur nos seules expériences, et regardons au-delà des évidences. Nous n'avons en rien le droit de nous prendre pour des politiques, faute de savoir ce que cela signifie de devoir mettre d'accord des millions de personnes. Vous pensez avoir les épaules pour mieux faire? Alors faites ce qu'il me semblerait logique de faire, à savoir vous présenter, aller dans des partis politiques, agir au niveau local et national, bref avoir une vie active de militant… et pas d'action virtuelle. Agir sur la toile est chose, mener des projets concrets en dehors de l'écran en est une autre. Contrairement à la majorité des commentateurs zélés dont la toile dégouline à longueur de journées, je ne me vois pas faire la leçon aux politiques, car j'ai déjà cette action en VOTANT. On sanctionne des élus, on les choisit… mais si l'on n'a pas cette démarche première, on ferme sa gueule et on assume le fait de ne pas avoir voté, et donc de ne pas avoir décidé. L'inaction est une action en soi. L'absence d'opinion exprimée est une opinion en soi. Le déterminisme politique commence par l'urne, et peut finir dans la rue. Mais ce n'est sûrement pas en laissant à des gens plus déterminés que soi l'avenir de son pays qu'on peut ensuite s'en plaindre. Ouvrez les yeux! Si un pays ne vote pas en masse, il laisse son sort entre les mains de ceux qui votent… et donc généralement d'une élite motivée, ou des plus radicaux. En effet, où se situe l'abstention? Dans ceux qui se supposent intelligents! Les véritables intellectuels votent parce qu'ils savent ce que cela représente, et les radicaux votent parce qu'ils savent que chaque voix compte. Dans ces conditions, cela sous-entend que les deux extrêmes de la société pèsent plus que la majorité bêlante incapable de saisir l'importance de chaque bulletin dans l'urne.

On critique allègrement le FN parce qu'il tient lieu d'épouvantail. Encore une fois, en le mettant en exergue vous en faites la propagande! On ne s'attaque pas au populisme par du populisme, on s'attaque à la thématique radicale en présentant des faits, en démontrant par A+B que le discours ne tient pas. Encore une fois, ce n'est pas en disant à un fasciste qu'il est con que cela remet en doute ses opinions. C'est en lui prouvant posément que ses idées sont dangereuses qu'on peut envisager de le faire changer. Prenons l'électorat du FN: il n'est plus cette masse de déçus de la démocratie, de revanchards mettant tout sur l'ennemi extérieur (L'UE ou les immigrés), il est aujourd'hui celui qui veut redonner du lustre à ce beau pays, il est dorénavant celui qui veut défendre des belles valeurs face à l'effondrement des partis classiques. Le vote FN est un vote devenu séduisant, parce qu'il a réussi à devenir un vote nationaliste et non plus quasi-fasciste. Et que font les médias? Que font les "moralisateurs" de la toile? Plutôt que de poser les vraies questions que peuvent lever les partis des extrêmes, ils cherchent à diaboliser le FN. Erreur! Absurdité! C'est en agitant un épouvantail qu'on lui donne du poids. Quel fut le discours de Sarkozy pour être élu président? La sécurité! Quel fut celui de Hollande? La transition hors de la sécurité. Quel sera celui du prochain vainqueur? La transition hors de la politique Hollande, mâtinée de sécurité après l'attentat contre Charlie. Hé oui: l'histoire donne raison à ceux qui voulaient plus de sécurité, même si ce discours se révèle dangereux pour chacun de nous!

On ne peut plus revendiquer une politique libertaire, car celle-ci n'a plus de sens. La liberté, c'est avant tout de saisir que celle-ci n'existe qu'à un prix, celui d'être forcément jugé voire détesté par ceux qui n'ont pas le même mode de pensée. Notre avenir se joue déjà quant à la place que nous voulons donner à la France dans le monde. Quand j'entends les gens se plaindre de l'intervention de la France à l'étranger, en omettant que ce sont les pays en question qui ont demandé une aide, je revendique haut et fort que ces critiques sont donc des égoïstes qui n'ont rien à dire sur la politique intérieure de la nation. J'ajoute au surplus qu'espérer une paix intérieure alors qu'on est tous des intolérants… Comment? Par quel truchement intellectuel arrivent-ils à concilier l'inconciliable?! Comment un type qui parle de liberté de culte, de liberté de la presse peut dans le même temps parler de Charlie avec amour (sans y être abonné ou même en être lecteur), et déclarer qu'il ne veut pas plus de mosquées en France? Comment peut-il, ce moralisateur, vilipender dans la foulée Dieudonné qui, mine de rien, balance de manière satirique et parfois outrancière plein de choses que la foule pense tout bas? Mais j'oubliais: tant que Charlie ne fera pas une "une" outrée sur les juifs, le journal ne sera pas attaquable. Mais quid du jour où le journal critiquera Israël? Va-t-on leur faire le même procès d'intentions qu'à Dieudonné, ou bien le journal a acquis un statut de martyre intouchable?

Ce monde est hallucinant. Il est incroyable parce que chacun se pense suffisamment important pour peser et véhiculer des idées. Ce n'est pas le cas. Nous avons chacun des opinions, des différences, je revendique les miennes au même titre qu'un autre. Par contre, se croire investi d'un rôle messianique ne peut mener qu'au désastre car nul n'a cette science suffisamment infuse pour être un guide, sauf à risquer d'être crucifié. Etrange retour de manivelle, des gens critiquant les radicalisés obtus qui tiennent des discours tout aussi radicaux et obtus… Comme quoi, l'homme est encore ce qu'il sera toujours… un imbécile qui se croit supérieurement intelligent. "On se trouve toujours suffisamment intelligent, puisque c'est à l'aune de cette intelligence que l'on se juge". Je devrais en faire des t-shirts dites donc…

06 février 2015

Soutien et entourage

Je remercie Seb Sauvage d'avoir fait suivre ce message que je vous invite à lire.
Lisez attentivement...

Suite à la lecture de ce message, je ne peux que confirmer deux choses essentielles. La première est qu'on doit parler, s'ouvrir quand on le peut aux gens qu'on aime. Je sais que ce n'est ni simple ni forcément un réflexe, mais toujours est-il que l'amitié et l'amour de nos proches ne se ressent que lorsqu'on en a vraiment besoin. Comme l'a dit un de mes potes "Ce n'est que dans la merde que tu vois qui veut encore te tendre la main", et le bonhomme sait de quoi il parle (je passe sur le pourquoi de cette dernière remarque). La seconde... qu'on est parfois heureux de trouver quelqu'un de proche pour se libérer du poids de l'existence.

Ne soyez jamais isolé. Ne soyez jamais convaincu que "je l'emmerde si je vais lui parler de mes galères". Vivre, c'est tout d'abord subir de plein fouet les horreurs de l'existence. Vivre, c'est avant tout se préparer à l'inéluctable rencontre avec la mort, qu'elle soit celle chez nos proches, que la nôtre en particulier. Faire abstraction des problèmes de la vie est impossible, car ils nous rattrapent toujours, tôt ou tard. Et, comme je l'ai déjà dit plus haut, être seul, c'est souffrir encore plus quand on plonge.

Certains diront que poster un tel message est exhibitionniste. D'autres diront qu'ils s'en foutent, ou au mieux qu'ils sont émus. Pour ma part, je dis simplement qu'il y a là un acte assez salvateur, car son rédacteur a pu se soulager le coeur d'un poids qui n'a rien de négligeable. J'ai eu dans mon entourage une jeune femme qui a connu quelque-chose de proche, et finissant en drame terrible. Sans aller dans le détail, j'ai vu à quel point elle a été marquée par cet évènement, et à quel point ça a pu lui peser au cours de sa vie. Sa solitude, le manque de soutien de son entourage ont été déterminants dans ses décisions ultérieures, comme celle de s'isoler de ses proches, voire même de couper les ponts avec certains d'entre-eux. De ce fait, je suis content d'avoir lu que l'auteur a pris le temps de se rapprocher, et d'être soulagé de voir qu'il avait des gens sur qui se reposer. Cela compte énormément, au quotidien, comme pour le futur, de pouvoir avoir des mains secourables et des gens vers qui se tourner.

J'ai un ami, probablement le meilleur et le plus fidèle qu'on puisse envisager. C'est le genre de type qui ne demande rien à personne, qui vit en marge, qui vit pratiquement en ermite, et qui pour autant est toujours disponible pour les siens. Je sais que je peux lui demander n'importe quel service, qu'il a toujours été entier, direct, franc, parce qu'on est comme deux frangins, deux cabochards qui se comprennent mutuellement. J'espère que vous tous, lecteurs, et toi auteur si tu viens me lire, vous avez quelqu'un comme cela près de vous. Ce sont des gens comme ça qui seront là, dans l'adversité et dans la joie, dans la peine et dans le bonheur.

J'espère de tout coeur que vous franchirez le cap de cette terrible difficulté. Je ne suis pas médecin; je ne suis pas plus de bon conseil. Tout ce que je peux vous souhaiter, c'est que cela aille mieux, que vous ayez un avenir plus radieux que cette terrible nouvelle à gérer. Je ne saurais vous dire comment vous devrez gérer s'il y a une interruption de grossesse, ou au contraire de devoir continuer coûte que coûte la grossesse, avec les risques et conséquences que cela implique.

14 janvier 2015

Transparence d'état... je suis sidéré

Pour une fois, je ne vais pas râler contre les mesures discrétionnaires que peut prendre l'état pour enterrer des magouilles et autres malversations si communément étalées en première page de nos feuilles de choux préférées. Là, non, l'idée c'est de jouer la transparence avec les petits "cadeaux" dont bénéficient certains personnels de santé. Je n'ai qu'un conseil, c'est d'être prudent à la lecture des données présentes dans le listing, car elles peuvent être interprétées n'importe comment. Je m'en explique ci-dessous avec deux cas assez communs.
Une société X invite des médecins à une présentation d'un nouveau médicament. Qu'il soit bon ou pas n'est pas la question. En revanche, pourquoi le médecin, curieux et intéressé (de par sa fonction) devrait être de sa poche pour le repas ou bien le déplacement parce que le colloque est à l'autre bout de la France?
La même société X organise ce même colloque dans les Maldives, et étrangement n'invite que des responsables achat dans des cliniques/hôpitaux; ce qui représente des sommes non négligeables lors des réapprovisionnements… Là on n'est plus dans le petit avantage bénin, mais très clairement dans le cadeau déguisé. D'ailleurs, un colloque, ce n'est pas faire du ski nautique ou bien s'enivrer à l'open-bar de l'hôtel de luxe.

Pour les aspects légaux et techniques: le site est une référence du gouvernement (gouv.fr) ce qui donne donc deux choses: une validité des données dans leur ensemble, et surtout peu de risques de malversations vis-à-vis de ces données.
Notez également que la source est les déclarations d'impôts de nos chers professionnels de santé. Cela impose donc aussi une certaine prudence, puisque certains se garderont bien de tout déclarer, avec les risques que cela comprend, mais également l'absence d'autres formes d'avantages plus discrets, si ce n'est indétectables en direct (dons de matériel, de produits de consommation courante...)

A la lecture de ces faits, soyez prudents, n'allez pas démolir de suite votre toubib parce que son nom y apparaît. D'ailleurs, je suis particulièrement content d'avoir fait la lecture de ce listing, et par curiosité d'y avoir cherché des noms que je connais… et de ne les avoir pas trouvés dedans. Rassurant me concernant (honnêteté intellectuelle et morale), et signe que des méthodes malhonnêtes de commerce ne sont pas la règle.


PS: j'ai trouvé le lien chez sebsauvage
La transparence médicale, sur le site officiel transparence santé

12 janvier 2015