16 avril 2014

Comique et vrai à la fois...

A méditer!

20 mars 2014

Obscurité

"Donne-moi la Lumière", dit l'homme en ouvrant les yeux. Dans l'obscurité qui le cernait, il cherchait à discerner si quoi ce soit pouvait lui préciser quoi que ce soit qui lui serait utile. Le silence était si pesant que le seul son qu'il pouvait entendre était sa propre voix qui semblait mourir qu'à quelques pas de lui. Il avait la sensation étrange d'être enveloppé dans une sorte de gangue souple, collante, adhérant à tout son corps avec une telle précision qu'il n'aurait pu s'en défaire même en se mutilant pour cela. Il n'avait ni froid, ni chaud, ni faim, ni soif. La seule et unique perception qui lui restait était l'ouïe, alerte et traumatisée par la pesanteur de son environnement.

Incapable de bouger, il sentait pourtant tout son corps avec une surprenante efficacité. Chaque muscle semblait prêt à agir, mais rien n'obéissait à ses ordres intérieurs. Ses paupières daignèrent enfin réagir à ses sollicitations, mais cela ne changea en rien le constat qu'il avait fait précédemment: noir, silence, absence de quoi que ce soit de tangible. Se repliant sur lui-même, il chercha mentalement la solution pour se libérer de cette cellule imperceptible. En vain. Après divers efforts mentaux, après avoir vainement cherché comment il avait pu finir là, sa frustration se changea en rage, l'amenant à pousser des hurlements jusqu'à se briser la voix. Il appela, encore et encore, braillant des "pourquoi?", hurlant des "Aidez moi!", sans la moindre réponse en retour. Après une attente apparemment sans fin, il se décida à cesser ses cris, pour sangloter intérieurement. Il ne sentit pas si des larmes coulaient, ou non, sur ses joues.

Il ferma les yeux. Il se dit à lui-même une sorte de prière, puis il finit par s'assoupir ainsi, sans vraiment comprendre comment il pourrait avoir le moindre sommeil, alors qu'il ignorait même s'il était allongé, ou bien debout.

Son réveil fut atroce. Il fut tiré de sa torpeur par ses propres songes, cauchemar brutal où il perdait pied, où il se perdait dans l'obscurité. Au moment de s'éveiller, tout son corps chercha à se redresser, à bouger, comme pour sauter hors d'un lit confortable. En vain. Il était paralysé, figé, prisonnier de ce monde incolore et sans vie. Ses yeux s'ouvrirent brusquement sur l'obscurité, ses yeux roulèrent dans leurs orbites, et, haletant, il chercha à retrouver son souffle. Il crût étouffer; il sentit une oppression sur sa poitrine. Quand, après d'interminables instants indéfinis, il put retrouver son calme, il s'aperçut avec une sorte de bonheur démesuré qu'il s'entendait respirer! Alors, cela voulait probablement dire qu'il n'était pas totalement bloqué dans cette situation, qu'il y avait encore cette ouïe qui lui donnait une réponse à peu près potable. Il se mit à réfléchir posément, pour constater avec effroi sa propre erreur: comment n'avait-il pas fait le rapprochement? S'il s'était entendu hurler, alors il devait s'entendre respirer... et potentiellement entendre ce qu'il se passait autour de lui. Les yeux clos, il fit se tendre toutes ses pensées vers cette seule perception. Il fallait qu'il saisisse ce dehors inconnu, qu'il en appréhende les codes qu'il avait peut-être négligés jusque là...

Après d'innombrables cycles de sommeil, d'éveil, de concentration extrêmement épuisante pour l'esprit, il put faire une sorte de bilan. Il n'avait pas décompté les siestes, ce qu'il aurait dû faire pour identifier la durée de son emprisonnement; il savait à présent qu'il y avait des bruits très lointains, quasi inaudibles, mais bien là, quelque-part. Il avait du mal à en définir l'origine, et encore plus la source, mais quoi que fussent ces sons, ils étaient bien présents! Avec d'autres efforts, qui sait, il parviendrait à en comprendre le sens, et de là pouvoir y répondre.

A chaque éveil, il cumula un décompte. Il se força à rester éveillé aussi longtemps que possible, jusqu'à l'épuisement total de l'esprit. Pas question de céder, impossible de baisser les bras. Un, dix, trente... Le compte s'accumulait, infernal, dément, mais cela ne le frustra pas outre mesure. Il n'avait pas ressenti la faim ou la soif, pas plus que de la chaleur ou du froid. L'essentiel était qu'il tenait bon, qu'il ne devenait pas fou à force d'être frustré. Plutôt que de laisser vagabonder son esprit vers des pensées nostalgiques ou bien joyeuses, il s'entêta à analyser son environnement sonore. Il distingua d'abord une sorte de séquence, un claquement long, comme une cliquetis régulier, lent, où à chaque apparition celui-ci se distordait dans le temps et l'espace. Le rythme était bel et bien régulier, comme le tictac d'une horloge dont on aurait fait cliqueter les secondes sur une durée bien plus longue. Ensuite, il put savourer l'étrange sensation d'avoir quelque-chose à viser, car il s'aperçut que d'autres tonalités lui parvenaient. D'abord lointaines, elles finissaient par se rapprocher. Elles n'avaient ni rythme ni régularité, mais qu'importe, elles s'amplifiaient de plus en plus. Il lui avait même semblé reconnaître des mots, incompréhensibles dans un premier temps, puis finalement des bribes de conversations émergeaient de ces distorsions. Mais de là à y associer un sens quelconque...

Puis, après une infinité de sommeils, après une infinité de cycles de réflexions, d'analyses, il sentit une énorme différence. Les sons! Ils étaient là, bien plus rapides, bien plus vifs, et de nouveau complètement analysables. Euphorique, il sentit ses idées chercher à le faire bouger, réflexe conditionné qu'il avait jusqu'ici réprimé, faute d'utilité. Mais... il avait ... bougé! Oui, il sentait une réaction, ridicule, minuscule, mais bien réelle. Ses doigts pouvaient bouger, et il le sentait! C'était incroyable! Il en fut si ému qu'il versa une larme involontaire, qu'il perçut perler sur sa joue! "Je peux entendre, je peux sentir... donnez-moi de la lumière", se dit-il comme une incantation. Dans un effort absolument monstrueux, il fit bouger ses paupières, qui s'ouvrirent sans peine. Et là, une clarté brutale, froide, blanche et brûlante vint lui torturer les yeux. Il voulut pousser un cri de ravissement, mais ce cri resta comme étouffé dans une gorge obstruée, dont la trachée aurait été totalement desséchée.

Il chercha à bouger de plus en plus. L'effort lui fit ressentir une affreuse douleur, une torture globale, où tout son corps était la source même de sa souffrance. Le son rythmique, lent et caverneux s'était changé en une série de bips stridents, de plus en plus rapides, de plus en plus audibles. Ils se suivaient, ils perçaient son ouïe devenue hyper sensible. Pourtant, c'était concret, les sons n'étaient plus étouffés! Il chercha à prendre une grande inspiration, mais il sentit qu'il était comme empêché par quelque-chose d'extérieur à lui-même. Il se soumit à ce rythme imposé, ne comprenant pas comment il avait pu haleter auparavant. Ses yeux s'habituèrent peu à peu à la lumière glacée, sa peau lui fit saisir qu'il était couvert d'un drap, et qu'il était alité.

"Le numéro trois est sorti du coma!" dit une voix féminine visiblement troublée et stimulée à la fois. Une autre voix, masculine cette fois, rétorqua "Vous êtes sûre?!"

Il entendit ces pas, sans vraiment les comprendre. Il vit le visage d'un médecin en blouse qui se penchait vers lui. Il vit aussi le tuyau du respirateur qui lui faisait comme une trompe sous le menton. Il vit enfin qu'il était à l'hôpital... et qu'il venait sûrement de sortir d'un coma très profond.

18 mars 2014

Vigilance

C'est en lisant rapidement quelques informations sur la toile - histoire de ne pas trop perdre le fil de l'actualité - que je suis tombé sur un article édifiant concernant la "sécurité" des citoyens.

Je vous invite à le lire, puis à revenir à cette page pour avoir une idée claire de mes réflexions.
Quand les viligantes viennent dans le métro Lillois, sur yahoo.fr
Ca y est? Vous avez pu lire cette énormité? J'en vois déjà qui se félicitent ouvertement que des mouvements de jeunes puissent agir pour la sécurité des citoyens, brandissant fièrement la thématique de la protection d'autrui, ceci suite, je cite, à "l'inaction d'un état défaillant". Fort bien... Vous revendiquez donc l'idée qu'il faut en passer là afin de ne plus avoir de peur dans le métro? Vous êtes donc prêts à voir déambuler ces types dans les wagons, agir sous votre nez, le tout avec une bienveillance mutuelle? Je serais curieux de voir l'argumentaire permettant de légitimer cette volonté, parce que côté arguments contre cette folie, j'ai de quoi faire! Je vous expose donc ma liste de critères permettant de rejeter brutalement et définitivement cette action de type "vigilante".

Restons concrets, et excluons d'emblée toute idée politique du débat. Il ne s'agit pas là de décrier le mouvement parce qu'il est affilié à l'extrême-droite, il s'agit clairement et simplement de refuser toute forme de milice (publique ou privée)! En effet, qu'est-ce d'autre qu'une milice? En quoi pourrait-être classée autrement? Que la milice soit de gauche, de droite, de n'importe où d'ailleurs, une brigade formée de volontaires, prête à en découdre avec ceux classés comme "indésirables", cela reste bel et bien une milice. Le monde a connu, et connaît encore, ce genre de fonctionnement: milices de communistes révolutionnaires en Russie, milices des chemises brunes en Allemagne, milices dans les pays sud-américains, milices en Afrique... Le constat est toujours le même: vous pensez différemment d'eux, vous ne correspondez pas à "leurs" critères, et vous devenez la cible. En quoi est-ce sécurisant? En quoi peut-on seulement croire que ce genre d'action va ramener le calme où que ce soit?

Prenons le second aspect. A partir de quel critère légal peut-on considérer leur action comme légitime? Il s'agit là de gens sans formation, sans assermentation, ce qui sous-entend les points suivants:
  • Sans mandat de la société de gestion des transports urbains, ils n'ont pas le moindre droit d'expulser qui que ce soit, même si c'est un contrevenant.
  • Sans assermentation, aucun contrôle de police, ni même le moindre droit d'agir physiquement contre d'autres usagers
  • Sans ces droits précédents, aucune arme, qu'elle létale ou non, est bien entendu prohibé.
  • Toute action violente sera évidemment considérée non comme un acte salutaire, mais comme une agression pure et simple.
Qui peut avoir la bêtise de croire que cela fonctionnera? Il est fondamental de constater qu'il s'agit là de prendre des droits et pouvoirs auxquels ces personnes n'ont théoriquement pas accès! Un geste citoyen? Ca?! Depuis quand menacer verbalement et/ou physiquement est un acte civique? Souvenez-vous bien de ceci: ce n'est pas en créant la peur qu'on crée la sécurité, bien au contraire.

Le troisième aspect et non des moindres va apparaître sur les critères de "sélection" de "la racaille". C'est quoi, une racaille? Un type basané? Mal habillé? Qui resquille? Des resquilleurs en costume, blond, ça existe! C'est quoi, une personne qui crée de l'insécurité? Un type agressif parce qu'il est ivre, une ado virulente? Où sont les critères là-dedans? Je n'arrive réellement pas à saisir comment certains peuvent soutenir l'idée qu'il puisse y avoir la moindre efficacité à faire déambuler des types prêts à en découdre. Je crois qu'ils créent eux-mêmes les conditions d'une nouvelle forme d'insécurité... D'ailleurs, je les mets au défi de venir me contrôler, juste histoire que la chose soit bien amusante. Pourquoi?
  • 0Que vont-ils contrôler? Mes papiers? Mon titre de transport? La réponse sera simple et sans équivoque: tu n'es ni flic ni contrôleur. Dégage.
  • Ils vont me dire de dégager du train? Sans mandat, hors de question. Dégage à nouveau.
  • Ils essayent par la force? Premier commissariat et plainte pour agression tant verbale que physique.
Hors de question de céder face à ce genre de milice, et encore moins de plier l'échine sous prétexte qu'ils veulent "sécuriser" les transports en commun.

Dernier point: qui vont-ils affronter? Le cliché racaille? Pas uniquement. Tous ceux qui ne seront pas "avec eux", seront automatiquement "contre eux". J'ai dans l'idée que nombre de groupes se feront une joie de les provoquer:
  • soit pour les discréditer
  • soit pour le seul loisir de créer des bagarres.
Je n'ai qu'une énorme crainte, qui est qu'une bavure grave arrive. A quand le premier passé à tabac? A quand le premier à mourir "par accident", balancé sous les roues d'un métro? A quand la première victime vraiment innocente, dont le seul tort aura été de refuser de se soumettre à une pseudo autorité aussi illégitime qu'illégale?

Ce monde est dingue. Ce n'est pas parce qu'il y a des problèmes d'insécurité, que pour autant je pourrai tolérer que des milices arpentent les rues sous prétexte de "me" protéger. Je ne leur ai accordé aucun droit, pas plus que je ne leur accorderai le moindre crédit. Faire de la sécurité, c'est un métier, c'est tout sauf une bande de types qui se disent "gardiens". Désolé, je n'ai pas besoin d'une telle garde, parce que la seule chose qu'elle arrive à m'évoquer, ce sont les groupes de communistes en Russie pendant et après la révolution de 1917, les chemises brunes de sinistre mémoire, les groupes armés partout en Afrique, ou encore les miliciens ratissant les grandes villes durant les révolutions des années 60 et 70.

Un conseil: ne laissez jamais ce genre de milice se former près de chez vous. La sécurité ne passera jamais par des citoyens prêts à tout pour revendiquer une sorte de "sécurisation". Toutes les milices finissent par dériver, se radicaliser, et user de la force pour se faire entendre. Ne leur offrez surtout pas un mandat personnel, même si cela vous semble sécurisant. Un type qui porte un brassard, ce n'est pas un policier, un gendarme. Non, c'est un type qui revendique une idéologie, d'où qu'elle vienne, et qui veut l'imposer par la force. Le prétexte de la sécurité n'est là que pour légitimer des actions violentes et surtout visibles. Ne cédez pas à cette sirène malsaine, sous peine d'en être vous-même un jour la victime.

10 mars 2014

Je me demande

C'est au passage d'une lecture d'une brève journalistique que j'ai tiqué, et que je me suis mis à réfléchir à la problématique de la religion et du terrorisme. En effet, il y a cette affaire de jeunes embrigadés pour aller se battre en Syrie... Au premier abord, il s'agit là d'un effet médiatique, un étendard pour nous dire "Faites attention bon Français, il y a des arabes qu'on convainc d'aller se battre au nom de la guerre Sainte!". Dans le genre résumé, raccourci haineux à peine voilé par une once de "protégeons notre nation contre le terrorisme", ça se pose là. Et pourtant, sur le fond, il y a de quoi être alarmé, voire même très inquiets concernant la jeunesse en France, et surtout pour ce qu'elle a comme idéaux. Ne nous leurrons pas: les condamner au titre du terrorisme, leur dire haut et fort "Non, aller à l'étranger ne vous donne pas le droit de devenir des assassins, des djihadistes peut se comprendre, mais de là à en faire quelque-chose de légitime, je deviens déjà plus méfiant.

Pour commencer, sachons une chose fondamentale: le recrutement de gens pour des thèses terroristes, nihilistes, ou simplement religieuses passe toujours par trois phases. La première est l'analyse de la solitude de celui qu'on recrute. On lui présente la communauté, on lui fait admettre sa propre solitude morale, et qu'au fond, vivre en communauté, avec des règles identiques pour tous, cela offre bien plus de perspectives et de liens sociaux. La seconde phase est la mise en exergue de la différence, à savoir celle qu'on ressent avec d'autres communautés: manque de repères, absence de guide, moralité déclinante voire inexistante... On insiste alors fortement sur les côtés impurs d'autrui, sur les faiblesses des incroyants, jusqu'à les rendre haïssables. La troisième et dernière phase, la plus délicate, est de faire se révolter celui qu'on recrute: on lui donne la possibilité de considérer l'autre comme un ennemi, tant pour soi-même, que pour la communauté. Une fois cette étape atteinte, on peut inculquer des méthodes pour lutter. Certains pratiqueront la résistance passive (contre un oppresseur réel ou supposé), d'autres useront de la violence, du terrorisme, et donc de choses que, selon nos critères, nous estimons comme inacceptables. Qu'on s'entende bien: il ne s'agit pas là de légitimer la violence, le terrorisme, ou tout autre acte visant à tuer. Je ne fais que présenter la chose telle qu'elle est: entre celui qui prône la non-violence comme arme morale (Gandhi par exemple) et celui qui, pour des raisons assez proches comme l'indépendance territoriale (voir tous les mouvements indépendantistes dans le monde), il y a essentiellement une problématique de méthodes, et non d'idées. De fait: l'embrigadement de "jeunes" est quelque-chose de très formaté, avec des procédés particulièrement bien exploités.

A quoi s'adossent les recruteurs? En France? A l'absence d'identité, ou plutôt de reconnaissance de celle-ci. C'est, selon moi, un phénomène assez élémentaire où l'individualisme crée immanquablement un besoin de se reconnaître en quelque-chose. C'est là, toute la difficulté que nous sommes condamnés à affronter dans les prochaines années. Comment parler d'intégration ou d'assimilation des populations immigrées quand on ne leur donne ni une visibilité médiatique (hors des "ils mettent le feu à des voitures"), qu'on met leur Foi en avant comme étant source de violence, de criminalité ou de comportements rétrogrades, ni même le respect fondamental quand on parle d'eux? Je crois qu'il y a là de quo s'inquiéter: socialement mal intégrés, pétris par des clichés que s'empressent de colporter les corbeaux les plus sales, j'ai la conviction que l'appartenance ethnique, morale, religieuse et même politique deviennent des solutions pour que ces jeunes aient quelque-chose à quoi s'identifier.
Regardons attentivement les mouvements radicalisés: extrême-droite, groupes religieux aux dogmes durs, orthodoxie radicale des pratiquants, ce sont les mêmes causes qui mènent aux mêmes conséquences. L'émergence de mouvements xénophobes tient également à ce besoin d'identité, à cette nécessité de s'identifier dans un groupe. On parle bien de "jeunesse identitaire", et non pas de "fascistes en devenir".

Pour ma part, je me demande ce qu'il y a lieu de faire en cas de dérive. Ces jeunes condamnés, ne fait-on pas fausse route en les mettant en prison? Ne devrait-on pas leur offrir une vision différente de celle qu'un recruteur zélé a réussi à leur inculquer? En prison, rien n'empêchera qu'ils deviennent, eux aussi, des recruteurs efficaces, des porte-voix déterminés à faire entendre "leur" vision du monde. C'est plus le recruteur, celui qui a organisé leur embrigadement qui serait à traquer et à enfermer, et non pas ceux qui sont des victimes. Quand on traque une secte, est-ce qu'on traque l'adepte manipulé, ou bien le manipulateur? Je me demande sincèrement si, en condamnant les victimes, on ne les pousse pas à durcir encore un peu plus leurs discours radicaux et haineux.

Trop de personnes se contentent d'étiqueter la haine, notamment en classant les "bons" et les "méchants". C'est si simple, une jolie case bien formatée, ça évite de s'interroger et surtout de craindre pour l'avenir. Reprenons le chemin des campagnes, des agglomérations sinistrées par le chômage. L'extrême-droite fait recette; le discours "maniéré" du FN trouve audience, et pourrait faire bouger la carte politique pendant les municipales; mais pourquoi? Parce qu'il y a une jeunesse, qu'elle soit blanche, basanée, native de France, ou native d'ailleurs, qui a besoin qu'on lui redonne non seulement de l'espoir, mais surtout des repères. Qu'offre-t-on à nos jeunes? L'image d'un chômage galopant, des diplômes ne garantissant en rien de trouver un emploi, des riches toujours plus riches, des pauvres toujours plus pauvres, et un monde où l'escroc se révèle plus protégé que l'honnête homme. Est-ce une bonne façon de faire que de parler des revenus du trafic de stupéfiants? C'est en soi une attitude criminelle, car aussi incitative qu'incomplète dans sa description. En effet, on parle du "dealer du coin de rue qui se fait un SMIC par jour ou presque", sans préciser que dans trois ans, il prendra de la prison, qu'il sera ruiné, que rien ne l'attendra dehors si ce n'est la cité, l'ennui, le chômage... et qu'il fera cela jusqu'à être usé et brisé par la spirale du crime, pour finir fauché ou presque, désespérément prisonnier du béton de la banlieue. C'est ça, le message des médias? Et on s'étonne que des jeunes cherchent d'autres voies? La Foi, l'engagement politique, ou dans des associations (musique, art...), ce sont des choix créés par l'absence fondamentale de perspectives, et encore plus d'impression que la société se construit avec notre jeunesse, et non pas sans en tenir compte.

07 mars 2014

Réflexions sur l'Ukraine et la Russie

Porter un regard clair, précis et sans erreur sur la situation en Ukraine est, selon moi, une chose particulièrement difficile à faire. En effet, entre les effets de manches des journalistes, la réalité du terrain, la déformation de la réalité par les politiques, il y a clairement de quoi être perdu, surtout quand on ne connaît rien de l'Ukraine et de la Russie. Alors, à quelle version médiatique doit-on porter du crédit? A celle, officielle, voyant les Russes (et Poutine en tête) en envahisseurs potentiels, ou bien à quelque-chose de plus modulé, de plus précis, et potentiellement bien moins compréhensible pour le quidam?

Raisonnons d'abord de manière historique. Ukraine? Russie? La génération des 18/30 ans voient ces deux nations comme deux pays distincts, indépendants, dont les relations tendues sont liées à une histoire dont ils n'ont globalement pas la moindre idée ou presque. Pour ceux qui, comme moi, ont connu le pacte de Varsovie, ou encore la carte du monde avec l'URSS en bloc "rouge", c'est une chose autrement moins claire. Remontons à cette époque du marteau et de la faucille... L'URSS, c'était 15 républiques unies sous un même drapeau, ceci depuis 1922 jusqu'au 26 décembre 1991. C'était donc une fédération dont l'actuelle Russie, la Géorgie, l'Ukraine... étaient membres, le tout sous l'autorité suprême de Moscou. Pourquoi est-ce essentiel de s'en souvenir? Pour deux aspects: cette unification était un héritage de l'empire du Tsar Nicolas II, mais également d'une volonté politique de maintenir sous contrôle lesdites républiques. L'Ukraine, parmi tant d'autres, rêvaient d'indépendance, et par conséquent paya à plusieurs reprises la volonté populaire d'avoir enfin un état libre. Quelques époques clés sont à retenir:
- Sous Staline: entre 1931 et 1933, l'URSS est frappée par de terribles famines. On parle de 2.6 à 5 millions de morts. Staline est soupçonné d'avoir provoqué ladite famine en Ukraine, sachant que cette république était nommée le "grenier de la Russie" (de part sa production massive de céréales). Cette première étape a évidemment poussé le peuple à avoir une terrible rancoeur contre le gouvernement central.
- Sous Staline, de 1937 à 1939: le "petit père des peuples", paranoïaque et autocrate, décréta qu'il était indispensable de purger l'URSS des traitres, des faibles et des nationalistes. Cela donna lieu à des déportations massives, des exécutions, ainsi qu'à de lourdes sanctions pour toute personne pratiquant un culte (le régime de Moscou prônant l'athéisme comme seul dogme acceptable). On parle encore de plusieurs millions de victimes de cette oppression de masse.
- Durant la seconde guerre mondiale: lors de l'invasion des armées d'Hitler (été 1941), on estime à plus de 200.000 le nombre de volontaires Ukrainiens ralliant la cause du Reich, ceci pour faire tomber le joug Soviétique. Cependant, le racisme antislave du régime nazi a mené cette allégeance de circonstance à être traitée comme une trahison, et de nombreux mouvements de résistants se formèrent pour autant résister aux nazis qu'aux soldats de l'armée rouge; sans succès.
- Jusqu'à l'indépendance: le régime, centralisé par Moscou, fit tout pour étouffer toute velléité de nationalisme ou même de libéralisme. Ce n'est qu'à l'indépendance définitive que le peuple put enfin s'exprimer par la voie des urnes.

En lisant ces différentes étapes, on ne peut que constater un historique très lourd, trop lourd pour être oublié ou même pardonné. Ainsi, l'idée que le peuple puisse prôner une union à l'Europe, surtout face à la Russie bien encombrante, n'a plus rien de bien surprenant. Au surplus, souvenons-nous également qu'il y a là une détermination à s'extraire tant que faire se peut du marché économique constitué des anciennes républiques de l'URSS. En effet, à quoi bon être indépendant, si c'est pour rester dans les jupes de son ancien tuteur? En conséquence, cette mobilisation anarchique tient plus, en terme de critère fédérateur, en ces mots "tout sauf la Russie!".

Maintenant, allons jeter un oeil du côté politique. Bien que le pays ait pris son indépendance, force est de constater que, malheureusement pour l'Ukraine, le régime mis en place s'est révélé être autocrate, et à la solde -ou presque- de Moscou. Mais quoi de surprenant en cela? Entre une énergie fournie par le voisin Russe, des exportations à destination de ce même voisin, et pardessus cela des dettes accumulées au fil des années, difficile de ne pas chercher à flatter l'ego du président Poutine. Dans ces conditions, la politique intérieure de l'Ukraine s'est effondrée, tant par des dettes devenues énormes, que par l'impossibilité de se sortir d'une tutelle économique venant tout droit de Russie. Quand le choix entre se rapprocher de l'Europe, ou bien d'être aidé par la Russie, le président a choisi l'est, tandis que le peuple rêvait de l'ouest. L'attitude autocratique du président a donc permis aux différents mouvements "à l'ouest" d'émerger, de fédérer, et donc d'arriver à l'affrontement menant la présidence à sa chute. Est-ce un acte politique acceptable, voire même louable? Tout dépend. Oui, clairement, tout dépend le point de vue qu'on a sur la situation.
Est-ce légitime que le président ait été chassé de son poste? Pour des principes moraux, de démocratie, de liberté, oui, il est évident qu'on devrait soutenir toute révolution permettant la chute d'un dictateur. Quand l'armée tire sur sa propre population, il est naturel de songer qu'il faut destituer le despote, et le traduire en justice. Cela s'appelle une révolution, et elle se révèle parfois nécessaire pour faire chuter les régimes inacceptables. Si l'on regarde alors de ce point de vue, c'est une excellente chose d'agir de la sorte.
Maintenant, est-ce réellement légitime de soutenir ainsi une révolution? Prenons les choses dans l'ordre: est-ce pour déposer le président que les rues se sont transformées en barricades, ou est-ce uniquement pour soutenir un rapprochement vers l'ouest? Si c'est la seconde réflexion, c'est alors une erreur monumentale, car quoi qu'il arrive, tout rapprochement vers l'ouest sera compliqué, voire infaisable. C'est le volet économique qu'on va observer dans le prochain paragraphe. De plus, sans plan politique clair, sans objectifs précis et décrits, un coup d'état ne peut généralement mener qu'à une prise de pouvoir de celui qui saura s'imposer comme "guide". C'est alors remplacer un despote par un autre. Un cas concret? La chute de Kadhafi. Un autre? La fin de la tyrannie du shah d'Iran, pour la remplacer par celle des mollahs.... Et la liste est longue! De fait: j'estime qu'il est terriblement présomptueux de soutenir une telle révolution, surtout en aveugle total. Je me demande qui tirera profit d'un tel coup d'état.

Le volet économique est assez intéressant en soi. L'Ukraine est totalement tributaire du gaz Russe, du pétrole de la même provenance, et l'aide du Kremlin est très utile pour tout un tas d'autres aspects (nucléaire notamment). De fait: l'Ukraine doit d'énormes sommes à Gazprom (distributeur de gaz), alors que le tarif négocié est encore bien inférieur à celui du cours normal de cette matière première. Ce bras de levier est monstrueux, et les Polonais l'ont découverts à leurs dépends: Coupures nettes de la fourniture, et ce en plein hiver, exigence de Gazprom de payer les dettes, ainsi que le tarif "réel" du produit... bref une prise d'otage pure et simple des consommateurs locaux. Dans ces conditions, comment l'Ukraine pourrait-elle résister à quelque chantage que ce soit? Là, le lecteur ordinaire va dire que c'est un procédé honteux, inacceptable... Mais relisons bien la chose telle qu'elle est: du temps de l'URSS, l'Ukraine disposait de l'alimentation en gaz, au titre de l'union des républiques. Ensuite, un tarif préférentiel était appliqué, bien inférieur au marché. Quand il y a eu l'indépendance, l'opérateur public fut privatisé, et donc se mit à vendre le produit au prix "du marché". Et là, l'Ukraine, comme les autres clients, se sont mis à vouloir croire qu'ils pourraient toujours bénéficier de ces tarifs. Pourquoi? L'indépendance, cela sous-entend également la prise en compte de l'économie de marché, avec ses avantages... et ses inconvénients. Quoi que puissent dire les défenseurs de l'Ukraine, c'est un pan du dossier où les Russes sont non seulement dans leur droit le plus strict de faire du commerce, et que bien des entreprises Françaises ou étrangères agiraient de même, voire même de manière encore plus radicale encore.
Continuons: la crise a touché l'Ukraine, et la république a demandé de l'aide à l'international. L'Europe a répondu 800 millions, Moscou a répondu 15 milliards... Pourquoi? Pour se conserver un allié, pour lui donner non pas une chance, mais plus pour affirmer sa présence de manière économique. Il est indéniable que cet acte, vu au premier degré, pourrait paraître comme généreux, mais il n'en est rien: Moscou a pleinement conscience du dilemme, surtout pour redresser la barre d'une économie pourrie par un historique de gestion "soviétique" (entendre par là sclérosée par des petits chefs, vérolée par la corruption, et disloquée par une gouvernance aussi incompétente que rapace avec l'argent). Cependant, que faire? Accepter l'argent Russe, et se fermer la porte de l'Europe, ou bien repousser l'offre Russe et son marché représentant 60% des entrées de capitaux en Ukraine? Choisir l'Europe, c'est croire que l'union pourrait sauvegarder l'économie, et offrir des solutions de repli pour s'affranchir de la Russie... Mais c'est inepte: les matières premières seraient alors vendues au tarif du marché, les exportations à notre destination ne pourraient pas compenser celles perdues avec la Russie, et l'état Ukrainien se retrouverait rapidement ruiné, faute de débouchés. C'est une prise d'otage... Mais surtout une incongruité de croire que le pays pourra se libérer de cette prise d'otage sans dommage.
Parcourons encore un peu le volet économique: L'Europe peine déjà à sauvegarder ses propres membres, comment envisager de dégager des capitaux pour entamer une quelconque réforme économique en Ukraine? Et L'Ukraine acceptera-t-elle une tutelle de Bruxelles sur son économie intérieure? Passer de Moscou à Bruxelles, est-ce un vrai changement? Contrairement à l'image d'Epinal, Bruxelles a imposé des politiques drastiques en Espagne, en Grèce, bref a poussé ces pays à entrer dans des cycles de rigueur tels que les populations locales sont amenées à manifester (voir les grèves à répétitions), voire même à adhérer à des partis extrémistes (aube dorée en Grèce pour en citer un). Donc: si Moscou propose quelque-chose, est-ce si différent de ce que peut proposer l'Europe? M'est avis qu'un manque chronique de vision pèse sur les Ukrainiens. Le discours "tout sauf Moscou" pourrait bien les mener à une faillite de l'état... et donc un naufrage social digne de 1929.

Le volet militaire, pour finir, se révèle le plus délicat à observer. Qu'en est-il précisément. La Crimée, plage de luxe des anciens dirigeants de l'ex-URSS, est aujourd'hui majoritairement russophone. De plus, la région est aussi dotée d'une base essentielle dans la stratégie militaire Russe. C'est en effet l'accès majeur à la mer noire, et donc à toute la partie ouest de l'Europe! En effet, c'est la porte sur la Méditerranée, et donc directement sur l'Atlantique, mais également sur le golfe persique à travers le canal de Suez... Comment Moscou pourrait laisser se perdre une telle base, ainsi qu'un territoire majoritairement peuplé de "Russes"? Politiquement, impossible; stratégiquement, pas plus; et surtout c'est infaisable, car cela serait considéré comme un abandon par les habitants de la région. N'oublions pas que la Crimée n'a absolument pas été incluse dans le processus de l'effondrement du gouvernement, et je dirais même que les habitants, sur place, ne voient absolument pas d'un bon oeil cette révolution. La présence de l'armée Russe en Crimée peut être analysée de deux manières:
- Une tentative de prise de pouvoir (et donc une invasion potentielle) par Moscou
- Une protection temporaire de la région en attendant une vraie gouvernance en Ukraine.
Dans les deux cas, Moscou n'a pas tort. Elle ne peut pas agir autrement, car il y a d'un côté la protection de ses intérêts (ce qu'on fait les Français en intervenant pendant la crise de Suez en Egypte par exemple), que la protection contre d'éventuels mouvements nationalistes Ukrainiens. On n'en parle pas, ou très peu, mais ne perdons pas de vue la rancoeur très tenace des Ukrainiens contre l'état Russe. Cela pourrait fort bien dégénérer en conflit armé, conflit où Moscou ne pourrait pas fuir ses responsabilités, et donc intervenir par la force.

On taxe V.Poutine d'agir en provocateur, d'aller à l'encontre des intérêts de la démocratie en Ukraine. Réfléchissons un instant: pourquoi irait-il soutenir une révolution qui, d'une part, lui ferait perdre un allié économique fort, et encore plus pourquoi soutiendrait-il une situation où il n'y a carrément plus d'état? L'intervention de Poutine concernant son soutien à l'autodétermination de la Crimée est complètement logique, bien que soi-disant choquante pour le reste du monde. Parce que le statu quo entre la Grèce et la Turquie concernant Chypre est acceptable? Parce que l'attitude internationale lors de la partition de la Yougoslavie fut plus propre et honnête? Parce que l'inaction internationale en Israël est tolérable? J'ai du mal à suivre là, surtout quand la présence de la troupe Russe évite, justement, toute tentative d'actions violentes sur le territoire de Crimée. Oui, c'est potentiellement une occupation, mais je me demande si, justement, Moscou ne serait pas en train de faire le nécessaire pour éviter que cela dégénère réellement.

D'ailleurs, deux interrogations se posent:
- Quel est l'intérêt des USA, de l'Europe, en soutenant l'Ukraine? Légitimer la révolution, ou bien contrer la Russie qui a toujours du poids dans le monde (voir l'inaction totale de l'ONU, suite au refus catégorique de la Russie d'intervenir)? Il me paraît clair que les "sanctions" (que je qualifie de mesures symboliques histoire de marquer le coup) n'iront guère plus loin. La Russie n'a pas besoin de l'Europe, pas plus des USA... contrairement à l'Europe actuelle qui, pour ses nations de l'est en tout cas, dépendent énormément de la Russie pour bien des aspects économiques.
- Qui dirige, concrètement, l'Ukraine? On parle d'élections anticipées, de présidentielles... Mais qui tient la barre tant au parlement, à la présidence, que dans l'armée? C'est cette dernière qui m'inquiète le plus: entre de potentiels mouvements nationalistes, et des généraux nostalgiques de la "mère patrie", j'ai quelques inquiétudes, surtout vu le potentiel d'armes dont dispose le pays.

Pour terminer: ne nous posons surtout pas en arbitres, nous serions vite dépassés par les évènements. Je crains une escalade des actions stupides de l'ouest, rien que pour le principe de provoquer la Russie. On croyait la Russie morte avec la fin du communisme; on pensait pouvoir piloter l'économie Russe (tutelle calamiteuse du FMI sous Eltsine notamment); tout cela sans succès. Les Russes ont élu un homme très fort, dur, strict, intraitable, et qui ne cèdera face à aucune menace. Nous sommes en train de préparer une nouvelle guerre froide, mais nous serions bien capables de nous rater de manière dramatique, car derrière la Russie... il y a la Chine. Pour le moment, l'empire du milieu reste silencieux. Agacez trop les Chinois, touchez un peu trop à leurs intérêts, et nous pourrions le regretter... amèrement.

Petit PS: je parlais du FMI en Russie. Saviez-vous que l'apparition de la mafia, de la corruption de masse, du naufrage économique de la Russie après l'indépendance, tout ceci est lié à la gestion absolument scandaleuse et ridicule du FMI en Russie? Je vous invite à lire quelques ouvrages sur le sujet, donc celui-ci:
La grande désillusion
Une fois cet ouvrage lu... vous saisirez mieux mon idée du "Ukraine sans Russie? Fumisterie. Russie avec l'ouest? Absurdité".

05 mars 2014

Devoirs

Sentez-vous ce vent qui glisse sur vos joues? Sentez-vous la chaleur du soleil qui caresse votre peau? Sentez-vous l'air qui passe à l'intérieur de votre corps? Sentez-vous la lente balade de la goutte de pluie perlant sur votre tempe? Sentez-vous donc toutes ces choses, si ordinaires, et pourtant si extraordinaires? Avez-vous une attention pour ces miracles quotidiens, daignez-vous simplement en tenir compte pour remercier l'Existence pour chaque nouvelle aurore? L'immense majorité des gens s'en moquent... et pourtant, nous ne devrions pas oublier ce que nous sommes, et encore moins ce que nous ressentons.

Dès l'aube, nous devrions saisir l'instant présent, savourer le monde qui s'offre à nous, dans sa splendeur, dans toute sa dure honnêteté, car depuis les pôles, jusqu'aux déserts les plus brûlants, nous pouvons être, vivre, subsister, avancer pas à pas, tel que tout être devrait pouvoir le faire. Mais, parce que nous sommes égoïstes, parce que nous sommes lâches, veules, ridicules et faibles, nous nous contentons de hausser les épaules, en prenant pour acquis chaque jour qui passe. Quoi de plus fragile et court que l'instant où le soleil ruisselle de ses rayons sur les collines? Cela ne dure qu'un instant, un souffle de Vie, une renaissance perpétuelle, et nous observons cela, blasés et incultes, parce que nous ne prêtons attention qu'aux choses futiles, en les supposant vitales. Ce soleil, c'est notre existence, temporaire, et éternelle à la fois, car nous nous souvenons, au crépuscule, de tous les moments passés à aimer ces matins, à en apprécier la beauté simple et indescriptible.

Quand le soleil est au zénith, nous courons, tels des animaux lancés dans une course sans but, tentant lamentablement d'attraper un hameçon que jamais nous ne saisirons. A trop chercher l'absolu, nous oublions alors que tout est relatif. Qui est le pauvre? Qui est le riche? Celui qui a l'argent, ou celui qui a le bonheur? Est-ce plus agréable de vivre seul, déconnecté des joies élémentaires, ou bien d'être entouré d'amour, de passion, de sentiments, quitte à ce qu'ils soient parfois cruels? Le midi de notre Vie, c'est ce zénith chaleureux, c'est l'été qu'on oublie si vite qu'il en devient anecdote, alors que jamais il ne reviendra tel qu'il fut. La saveur des choses ordinaires peut s'oublier, parce qu'on les a sans difficulté: le goût d'une orange sous un arbre, le parfum des champs après la moisson, ou encore la douce torpeur d'un moment de quiétude sous l'ombrelle, on la laisse de côté, partant du principe que l'été prochain, tout recommencera. Mais pourquoi devrait-on croire à ce recommencement perpétuel? Tout est si fragile, diaphane espoir qui s'évapore au moindre incident, feuille de papier de riz qui fond à la moindre larme versée dessus. C'est notre vie, nous ne la gaspillons pas, nous oublions de la vivre, de la goûter pour ce qu'elle est, qu'elle soit amère ou bien sucrée comme la joue d'un enfant qui rit.

Et puis, parfois, l'on tente de goûter, de s'attarder sur les choses. Faibles que nous sommes, nous ne le faisons bien souvent que trop tard, ou avec une économie ridicule, parce qu'on croit savoir, parce qu'on suppose, parce qu'on vit par certitudes, et non par convictions. La certitude des uns, c'est la douleur des autres; la vérité des uns, c'est le supplice des autres; et, par bêtise, on omet alors de pardonner, de donner la rédemption, de pouvoir revenir sur le passé, parce qu'il est plus simple de haïr que d'aimer, parce que le pardon est une douleur, quand il devrait être, pour soi-même, un soulagement. Pardonne aux autres comme eux devront te pardonner, est-ce si difficile? Peut-on passer outre nos certitudes? Peut-on simplement franchir le pas, et ouvrir sa table du goûter aux autres? Il serait tellement plus vrai, authentique, amour et fraternité d'ouvrir sa porte, alors qu'au contraire nous bâtissons des murs de conformisme, nous créons des citadelles d'incompréhension et de méfiance, et nous scellons nos opinions dans le mortier de nos peurs. Tremble face à la différence, ou bien vis parce que tu es différent, c'est là toute la complexité d'être, de vivre, de ressentir. Celui qui vit par la peur craindra toute sa vie, alors que celui qui vit par amour aimera et acceptera ses propres peurs. Ne tremble pas, ne fléchis pas, montre à autrui qu'il y a une autre voie que la haine et la crainte, prouve lui qu'il peut être meilleur, non pour les autres, mais pour lui-même.

Au dîner de l'existence, on s'installe, on prend le temps, on lève nos verres à la santé de ceux qui sont là, mais aussi de ceux qui sont déjà partis. Pourtant, nous ne trinquons jamais à ceux que nous avons volontairement perdus, pas plus qu'à ceux qui se sont égarés dans les chemins de l'existence. Sont-ils meilleurs, ou sont-ils pires que nous? Méritent-ils l'oubli, nos ressentiments perpétuels sans une chance de pardon? Au goûter, on a évité de les inviter, parce qu'ils n'avaient pas à venir, parce qu'on a eu la conviction qu'ils n'étaient plus des nôtres. Et au dîner, dernier affront aux bons souvenirs, on leur refuse ce verre levé. Pourquoi être aussi égoïstes? Pourquoi ne pas comprendre que, nous aussi, nous nous trompons, nous partons dans des directions incompréhensibles pour les autres? Est-ce si difficile de laisser une place vide pour le convive qui ne viendra peut-être pas? Est-ce si compliqué de rompre le pain pour le partager avec celui qui pourrait arriver à l'improviste? Nous pensons aimer, chérir et même adorer notre prochain, quand on ne fait que s'aimer soi-même, et donner un peu aux autres de soi parce qu'il faut bien se céder soi-même. Où est la véritable charité? Où est la véritable amitié? Est-elle perdue au milieu des méandres de notre coeur, ou tout simplement égarée entre l'aurore et notre crépuscule? Quels sont ces routes qui nous font perdre de vue ces visages dont on ne retrouve que trop tard le profil?

Et ce n'est qu'au crépuscule, quand toute chose se tait, quand le soleil s'est alité, quand notre respiration se fait plus lourde, empesée par l'âge et la fatigue, qu'on se tourne et qu'on voit avec un mélange de nostalgie et de tristesse, que bien des visages auraient pu rester avec nous. Il ne fait pas froid, pas plus qu'il ne fait chaud, il n'y a plus cette sensation étrange qu'est la Vie, cette chaleur intérieure qui se consume chaque jour, irrémédiablement, comme un brasier dont on n'aurait eu qu'un temps pour l'apprécier avant qu'il ne s'éteigne. Assis d'abord, on observe par la fenêtre des souvenirs tous ces instants de grâce où, avec la magie du souvenir, on fait revenir le premier je t'aime, la première étreinte, ou encore les larmes pour celui ou celle qui part, puis, finalement, les dernières larmes pour soi, puisqu'on est là, prêts à partir à notre tour. On s'allonge, on soupire, et on s'interroge profondément, en se disant qu'on aurait pu mieux faire, qu'on aurait peut-être pu rendre les choses plus douces pour ceux qu'on aime. Il n'y a plus de lendemain, car c'est la dernière aurore qui se prépare, l'ascension finale de l'être qui s'en va à jamais. On est là, le plafond étoilé nous attend, et l'on comprend que trop tard à quel point nous avons refusés les choses simples. Ce n'est ni un regret ni un remord, ce n'est pas une douleur, c'est la Vie, pleine de non-sens, d'inexactitudes, d'imperfections liées à ce que nous sommes: fragiles, lâches, irresponsables, et pourtant si beaux dans notre volonté d'avancer, vaille que vaille.

Puis les yeux se ferment. Il fait nuit. Personne ne sait ce qu'il y a derrière ce ciel d'encre, nul ne peut prétendre en décrire l'exacte composition. Tout ce que nous en savons, c'est ce que nous laissons aux autres, en bien et en mal. Les deux se cumulent, ils ne se distinguent pas. La Vie est aigre et douce à la fois, miel et vinaigre qui se mêlent, froid et chaleur qui se battent pour prendre la place, désir et rejet qui s'entrechoquent à tout jamais. On aime, on déteste, on repousse les choses, parce que nous Sommes, parce que nous vivons, parce que nous partons tous un jour. Opiniâtres, entêtés, nous avons vécus, nous disparaissons, mais nous continuons une certaine forme d'existence à travers la mémoire des autres. C'est par le souvenir que se prolonge la Vie, c'est par ce souvenir qu'on apprend à être meilleurs; C'est donc ce souvenir que nous devons bâtir, jour après jour, par de petits gestes qui semblent anodins, par ces petits riens qui font le grand tout de l'existence. On aime, on a été aimé, on aimera, et c'est là, par ce seul mot, ce seul sentiment, que nous ferons de chacun de nous des êtres meilleurs, même si nous resterons toujours perfectibles et enclins à la peur et à l'errance. Ne crains pas la mort, parce qu'elle est la fin logique de la vie. Ne crains pas demain, car c'est aujourd'hui que tu existes. N'aie pas de ressentiment pour autrui, car cette haine n'est que temporaire, car à la fin, à la toute fin, nous rejoignons quoi qu'il arrive un grand tout, mêlant ceux qu'on aime, ceux qu'on a aimés, et ceux qu'on a eu la bêtise de détester.

Ainsi va la Vie, comme la course du soleil, depuis l'aurore jusqu'à la nuit noire...

20 février 2014

Un concert...

03 février 2014

Et un dernier!

Attention... humour absurde en vue! (âmes sensibles et sans humour s'abstenir)

Mr Antoine Daniel, sur Youtube

C'est tout simplement une sorte de zapping de l'absurde sur le net, un concentré de la bêtise humaine dans toute sa splendeur. C'est con, oui vraiment très con, mais bon sang, que c'est drôle parfois!

Un exemple? Un melting pot des vidéos "Russes"... avec tout ce qu'elles ont d'absurde, drôles, pathétiques...

Guerre d'immondes

C'est un grand fracas. On entend les déchirantes plaintes des structures qui s'écroulent. Les flammes chantent une cantate sinistre, et leurs crépitements semblent hanter l'espace devenu silencieux des hommes. Malgré la chaleur des braises fumantes, malgré le soleil qui perce à travers les nuages sombres des incendies, il fait un froid atroce, si dur, si mordant, qu'on pourrait se demander si c'est l'hiver, ou bien les bombes, qui ont fait disparaître les sons liés à la vie. Tout est mort, l'existence même d'une humanité n'est plus perceptible que sous la forme de déchets calcinés, ou souillés par les pluies des jours précédents. Ca et là traînent des livres, des poupées démembrées, on voit dans un coin un restant de meuble, et les assiettes sont redevenues poussière. Il n'y a plus rien, en dehors des gravats, des poutres tordues, des toitures éventrées, et des ruines de voitures détruites sous les décombres.

On aurait pu espérer que la vie reprenne ses droits, que les survivants seraient là, hagards, à sortir des caves pour tenter de trouver des survivants. On aurait même pu envisager d'entendre le cri strident des sirènes des services d'urgence... Rien de tout cela. Il n'y a plus personne. Tout est abandonné. La ville n'est plus habitée, elle est dorénavant hantée par son passé, parce que l'homme a décidé de s'anéantir, parce qu'un clan a décidé de réduire au silence un autre. Où sont les lampadaires? Qu'est devenu le parc aux chênes centenaires? Tout a brûlé. Tout est tordu, et les choses les plus belles sont maintenant tordues, dans des attitudes grotesques, dans des positions que seul le hasard peut avoir créées. De la ville d'hier, seul le souvenir persiste. Une ville n'existe que par la vie de ses habitants, et là, c'est la mort qui a pris ses quartiers.

Alors, on voudrait croire qu'ils ont fui, que ces gens se sont réfugiés ailleurs, qu'il y a l'espoir de revenir, et ce malgré la disparition des maisons, des immeubles, et même des rues. Mais il n'y a personne. Il n'y a pas de survivant. Ils sont tous partis avec la ville elle-même. De résidence, l'endroit est devenu charnier, cimetière atroce où ce sont les blocs de béton qui font les monuments funéraires. Partout où le regard peut se poser, ce n'est que poussière grise, sale, collante, qui va jusqu'à momifier les rares corps encore identifiables. Les morts sont là, tapis sous les débris, ou simplement allongés, inertes, silencieux à tout jamais. Le carnage a bien eu lieu, certains ont tenté de fuir, mais rien ne leur a permis de se réfugier. La vie s'est envolée, comme s'envolent les dernières gouttes de buée d'une vitre recevant les premiers rayons du soleil.

Se déplacer au milieu de ce monde silencieux, c'est errer au milieu d'un monde surnaturel. Le seul bruit qui résonne, c'est celui des pas qui viennent troubler les cendres, ou qui viennent buter contre un bout de bois, ou un reste de fenêtre consumé. Le vent glisse et se faufile, âpre et brutal, par là où il y a quelques heures encore se tenaient de grands bâtiments. Les immeubles se sont effondrés, et les plus tenaces branlent, penchés, décomposés, avec leurs façades grêlés d'impacts. Certaines bâtisses présentent des faciès tordus, immondes, comme si l'on avait pratiqué les pires tortures sur eux. Sous peu, ils cèderont sous leur propre poids, ou sous l'action des dernières flammes encore vivantes en eux. Et chaque rafale de vent lève une vague de poussière, puante, collante, s'infiltrant partout, adhérant à chaque vêtement, à chaque espace de peau non couvert. Dans cette poussière, il y a tant du béton concassé, que certainement les restes des victimes de cette vision d'horreur.

On se prend à espérer un bruit, n'importe quoi, que ce soit l'aboiement d'un chien errant, ou le cri désagréable d'un corbeau. Et puis rien. Encore ce silence, obsédant, glauque, cruel, qui vous fait souffrir tant par l'absence de son, que par la pesanteur du silence sur l'esprit. On entend sa propre respiration, courte, haletante, saccadée, qui vous tranche la gorge, qui vous abîme les poumons, et qui vous tire des larmes tant de douleur que de rage. Le génocide a eu lieu, là, et la seule chose à blâmer, c'est nous-mêmes. Nous sommes tous responsables, et ce reproche, aussi douloureux qu'évident, ajoute encore à la culpabilité d'être là, en observateur. On se voudrait victime, pour ne pas avoir à porter l'écrasante responsabilité qui découle du carnage. L'heure n'est plus à pleurer, car pour pleurer, il faut des survivants. L'heure est à l'introspection, violence contre soi d'un regard lucide qui vous fait comprendre qu'il y avait peut-être une autre voie, une autre solution que d'anéantir la vie dans son ensemble. Hier encore, les magasins étaient pleins. Aujourd'hui, il n'y a plus personne pour se distribuer les derniers produits rationnés. Et demain, qui se souviendra de ce qu'il s'est passé ici? On s'en veut alors d'être un témoin, on se reproche d'avoir pu éviter, pour soi uniquement, d'être pris dans les flammes.

Et au final, où était cet enfer sur terre? Où sont ces victimes? Qui sont ces gens, fauchés par la main de l'homme? Dresde, Hiroshima, Reims, Bagdad, Sarajevo, Alep... il n'y a pas besoin d'un drapeau, pas besoin d'une adresse pour signifier que toutes ces villes ont subi ce même sort morbide... Et la pire des infamies, c'est qu'on oublie. A chaque nouvelle guerre, nous oublions la précédente. A chaque nouveau combat, on revoit les mêmes scènes, se répétant encore et encore. Les brasiers naissent de nos mains, comme sont nées, un jour, ces structures monumentales de verre et de béton. La guerre est une chose immonde, et pourtant, nous la recommençons, encore et encore, avec le vain espoir qu'elle sera la dernière... jusqu'à la prochaine fois.

N'oubliez jamais. Souvenez-vous, et apprenons.

Avis aux amateurs

Attention... texte fleuve!

Je m'interroge encore et encore sur la critique qui est faite sur les idées concernant aussi bien le travail, que la possibilité de financer le non-travail d'une manière ou d'une autre. Cette réflexion, qui, d'un point de vue moral, semble assez légitime, nous apparaît dorénavant plus que complexe à traiter tant la société dans laquelle nous vivons est bâtie sur des paradoxes: économie adossée au travail de l'argent, dévalorisation de la production au profit d'une délocalisation à bas coût, financements divers et variés de l'inactivité souvent associés au concept de "l'oisiveté aux frais de l'état"... De quoi se demander où est la "bonne" solution, si tant est qu'il puisse en exister une.

Déjà, observons un peu le raisonnement tenu aujourd'hui : il est devenu autrement plus rentable de faire travailler l'argent (par le truchement de la spéculation, des investissements à rendements, bref tout produit financier susceptible de générer du bénéfice sans avoir soi-même produit quoi que ce soit), que par la production "pure" de richesses. Qu'est-ce que cela sous-entend? Tout simplement que quiconque ayant des richesses peut se permettre d'investir, et donc potentiellement de s'enrichir, et que tous les autres, dépourvus de ce pouvoir, sont tenus à rester à la marge, à l'exception près de quelques entrepreneurs aventureux qui, finalement, arrivent à prendre une position rejoignant les "riches investisseurs". Doit-on blâmer ceux qui placent de l'argent? Dans l'absolu, en fantasmant une société équitable, on pourrait espérer que cet argent soit injecté dans l'économie globale, qu'il serve à développer des biens et des services... Or, force est de constater qu'il ne fait que pousser à la roue pour celles et ceux qui veulent voir des nombres grossir sur un compte, et pas voir des entreprises croître. Après tout, un trader voit un matricule pour une action, pas ce qu'elle fait ou si peu. Dans ces conditions, difficile de légitimer un tel fonctionnement, au titre qu'il ne peut pas inciter à travailler, puisque cela sera en pure perte en terme de rendement économique.
En allant au-delà, cela implique alors trois choses. En premier lieu, l'entreprenariat, étouffé face au coût qu'engendre un fonctionnement en indépendant, va pousser soit à s'effondrer, soit à travailler sans tout déclarer. En étranglant ceux qui veulent entreprendre, on ne peut qu'y perdre, notamment dans le domaine du service. Au surplus, comment le client final peut-il accepter de voir la note se saler, surtout quand il s'agit de surcoûts liés aux taxes ou au coût du travail? On fait alors appel à la délocalisation, ou carrément à la main-d'œuvre bon marché (cas des ouvriers Polonais en France par exemple). Dans un second temps, quand on s'offre une politique défavorable au travail, on ne peut que pousser certains à "profiter" du système, en récupérant tous les dispositifs supposés aider ceux mis à l'écart par le système, et non pas financer l'inactivité professionnelle. Quand on en arrive à prendre sa calculatrice pour savoir, si oui ou non, il est rentable de travailler, c'est qu'il y a un énorme problème dans les mécanismes de protection sociale. Enfin, le troisième point, et non des moindres, découle directement des deux précédents: pourquoi espérer trouver un emploi, puisque les entreprises vont chercher à réduire les coûts, tant afin de prendre des marchés, que par souci d'augmenter les marges? Clairement, le suicide économique est tout à fait flagrant, car l'équation de la banqueroute est sous notre nez. Taxez plus ceux qui travaillent (au sens large), c'est les inciter à ne plus embaucher (patronat), à ne plus travailler (salariés), et à dénigrer clairement le travail local au profit d'un travail moins cher... Avec pour effet pervers de perdre toute une compétence, avec toutes les conséquence que cela peut avoir.

Alors quoi faire? Déjà, s'interroger avec force sur quelques règles fondamentales: l'aspect social d'une société ne doit en rien venir contredire les aspects économique fondamentaux. On ne peut et surtout on ne doit pas rendre le travail, l'activité professionnelle inutile, ou insuffisamment rentable pour l'employé. De plus, il est notoirement dangereux d'inciter à jouer avec l'argent, au lieu de s'en servir avec bon sens. Je ne comprends toujours pas comment l'on omet de dire qu'il existe bien trop de portes de sorties juridiques pour les "riches", là où les classes moyennes et basses n'ont pour seule issue que de se taire et payer. De plus, je ne vois toujours pas de loi permettant de mettre un terme aux actions aussi irraisonnées qu'intolérables des spéculateurs purs. Comment peut-on considérer comme logique d'essorer des sociétés qui produisent, là où l'on tolère des marges délirantes, sous prétexte que les dites marges ne passent pas par l'économie réelle? Il y a un énorme problème à ce niveau.
Certains abordent cette catastrophe à travers des taxes, comme par exemple celle nommée "Tobin", dont le but fondamental est de taxer les transactions boursières. Admettons. L'idée est plaisante, mais elle reste, selon moi, complètement insuffisante car globalement incitatrice à exiler les capitaux, et non à les faire rester localement. Je crois qu'il y a, avant toute chose, un besoin de réfléchir à des mécanismes encore plus globaux, non pas en imposant des quotas/taxes et autres solutions "communisantes", mais à mon sens sur des stratégies d'incitation à injecter les capitaux dans de l'économie réelle. Certains croient, à tort, qu'il est aisé de créer de l'emploi en réduisant les taxes et les charges. C'est en soi une énorme bévue que d'y croire, car l'embauche se fait non à la vue de taxes réduites (voire effacées, comme cela existe pour certaines embauches spécifiques), mais en regard d'un gain de production nécessaire ou potentiel. Embaucher, c'est un investissement sur une personne, une forme de placement à risque où le rendement doit être trouvé... sous peine de devoir licencier le salarié, faute de gain. Dans ces conditions, j'ai la conviction que la solution première est de rendre l'investissement concret fiscalement plus intéressant que l'investissement boursier. Reste à voir comment articuler des lois de finance en ce sens.
Un autre point critique est à passer, à savoir le fantasme d'une société totalement sociale, équitable. Encore une fois, pour donner à quelqu'un, il faut avoir pris l'argent en question quelque-part, sauf à vouloir s'endetter. A ce jour, la question reste entière: où prendre l'argent, alors que nous sommes déjà dans une situation financière sensible? Peut-on encore croire à un financement massif de l'état? A mon sens, ce n'est pas en créant des niches d'inactivité "maîtrisée" qu'on obtient tant une paix sociale, qu'une vie potable pour celles et ceux rabaissés par les mécaniques actuelles. Le chômage devient une fatalité, voire un mode de vie, quand il n'y a pas l'espoir de "mieux vivre" en travaillant. La stimulation de l'emploi doit, selon moi, partir d'un constat élémentaire: il ne faut pas que l'emploi soit une source de perte de prestations, et encore moins que l'emploi devienne un esclavage. Quand on est confronté au choix du "travailler ou glander, même résultat financier", difficile de blâmer celui qui va choisir de ne pas se lever, puisqu'en fin de mois, les deux seront équivalents ou presque. Comment faire travailler les gens alors? Déjà, il est selon moi indispensable de revoir complètement la politique de taxation du travail, non pas en faisant des mesures radicales, mais en traitant le cas des bas salaires en priorité. Aujourd'hui, ce qui pousse nombre de sociétés à délocaliser, c'est l'idée (souvent ridicule), qu'il n'est plus possible de produire en France, parce que l'emploi des bas salaires reste non compétitif. Charge à la politique fiscale de trouver une façon de rendre à nouveau séduisant l'emploi localisé. Il peut tout à fait y avoir un mécanisme de vase communiquant, entre une réduction drastique des coûts sur les petits revenus (avantages fiscaux, détaxe...), et la taxation compensatoire sur les gains faits en bourse par exemple; Là, on aurait déjà un premier retour vers un équilibre entre travail et capitalisme boursier.

bien au-delà de ces petites idées, j'imagine également que certains rêvent encore de voir une société plus juste, équitable... Comment l'obtenir? Quels sont les moyens qu'on doit se donner pour permettre à chacun d'avoir une vie meilleure? Je considère le travail comme une vertu, comme un enrichissement personnel. Cependant, il est évident que cela ne vaut que parce que j'exerce un emploi qui m'enrichit intellectuellement, et qu'il est difficile de demander une telle appréciation pour celui qui n'a pas un emploi stimulant. C'est là qu'il y a un énorme progrès à faire, mais d'un point de vue moral et éthique. Qu'on cesse de dévaloriser les emplois non qualifiés, qu'on arrête de pousser les enfants vers des études à rallonge. A mon sens, il faudra absolument trouver une méthode de communication rappelant que chacun peut se trouver une place, et que l'ouvrier à la chaîne n'a pas moins de valeur que l'ingénieur qui a conçu la machine sur laquelle le premier travaille. Nous ne pouvons, ni ne devons pas considérer le diplôme comme une finalité, mais comme une référence. Il n'est pas acceptable qu'on aille constamment s'adosser à des discours tels que "trop diplômé", ou "insuffisamment diplômé" lors de l'embauche. Déjà, l'expérience, la détermination doivent entrer en ligne de compte. De plus, traiter chaque salarié à égale valeur ne peut qu'améliorer le climat social. Et pardessus tout, faire se sentir "valorisé" par son employeur ne peut qu'amener à une meilleure considération de sa tâche par l'ouvrier. Comme dirait l'autre "J'aime mon métier parce que je suis respecté pour ce que je fais".

Comment faire changer les choses? En créant des "revenus minimum d'aide" comme le RSA? L'étendre à ces classes d'âges actuellement non prises en compte (18-26 ans par exemple)? En traitant le problème par l'assistanat, ou en pratiquant des politiques incitatives? Les ajustement fiscaux ne sont que des manipulations de chiffres, alors qu'une bonne pratique est, avant tout, de pousser à consommer ce que nous produisons, et en consommant les produits des autres. Il ne s'agit pas seulement de protéger ce qui peut l'être, mais aussi et avant tout de faire revenir un savoir-faire dilapidé au gré des délocalisations, de la perte de rentabilité de certaines activités, ou encore plus cruellement par la destruction d'un patrimoine industriel, détruit par des choix stratégiques honteux (entreprises en faillite non par manque de compétitivité, mais à cause d'investissements hasardeux), ou pillé (vendu à l'étranger, puis démantelé, cela pour satisfaire l'actionnaire et pas la production). On m'a déjà argumenté que les entreprises meurent aussi faute de clients. Cela existe. Mais quand une entreprise meurt, alors que son portefeuille client est encore tout à fait crédible, c'est que les dits clients vont forcément se reporter sur un autre fournisseur. Dans ces conditions, soit nous laissons mourir les concurrents pour privilégier des ploutocraties (voir la situation monolithique vécue dans l'informatique avec Google/Microsoft, ou dans l'industrier avec Mittal), soit nous sauvons l'emploi, ceci à travers une vraie politique économique et industrielle. Il n'est plus temps de se gargariser avec le TGV et le Concorde, il est plus que temps d'espérer revoir de tels projets émerger au milieu du marasme actuel.

J'entends plein de gens me parler de surconsommation, d'orgie, de gâchis. Nous ne surconsommons pas selon moi. Nous consommons n'importe comment, sans raison ni besoin. Il est tout à fait envisageable de revoir nos modèles de consommation, ceci afin que l'argent dépensé le soit intelligemment. Il y a tant à faire: économies d'énergie, politique écologique dans les domiciles, renouvellement des véhicules pour tendre vers des villes plus propres, réflexions sur nos équipements électroniques et électriques afin de moins consommer, modernisation des réseaux de l'information et du maillage hors des grandes villes... Nous pouvons fort bien mettre un terme à la spirale du chômage, car nous avons des possibilités de progrès, de la main-d'oeuvre qui sera aisée à motiver à travers de vrais gains, et qui plus est de pouvoir recréer une situation de crédibilité industrielle à l'international. Admettons une chose fort simple, et pourtant prise en défaut voire même tournée en ridicule, à savoir la modernisation de nos équipements électriques. La majorité consomment énormément, sont peu recyclables en bout de chaîne, et entre les deux surconsommés car sans cesse rendus obsolètes par les industriels (plus de maintenance, voire impossible à maintenir= déchet quasi systématique). Cela me paraît parfaitement crédible d'imposer des systèmes modulaires de taxes comme "produit vert produit localement=TVA réduite" par exemple. Il y a énormément d'axes de réflexions, de solutions, alors ne laissons pas les choses sombres dicter notre attitude.

Enfin, pour moi, travailler n'a rien de honteux ni de dégradant. Ce qui l'est, c'est de résumer le travail à une corvée, et non à une fonction sociale majeure. Travailler, ce n'est pas s'avilir à une machine, c'est en prendre le contrôle. La juste répartition des gains ne peut se faire qu'en rendant à nouveau le travail attrayant, tant socialement que financièrement. Tant que les exemples de réussite seront ceux issus de gens manipulant l'argent, au lieu de manipuler des entreprises, force est de constater que notre modèle social sera bancal... Si bancal qu'il pourrait, à terme, inciter des mouvements anticapitalistes à se radicaliser, ou tout du moins obtenir une oreille de plus en plus attentive de la population. Et pourtant, ce n'est pas tant le capitalisme qui ne fonctionne pas, c'est l'idée même que le capitalisme se résume à manipuler des capitaux... Alors que les dits capitaux devraient être générés non pas par de l'artificiel, mais du concret. Quand on voit que la première source de revenus de certaines structures se révèlent être la publicité, ou les feintes fiscales, j'ai dans l'idée que nous faisons gravement fausse route. Quand on spécule, à terme, on ne peut qu'aller à la banqueroute, car augmenter artificiellement la valeur de quoi que ce soit pousse, tôt ou tard, à rendre le prix du produit complètement hors de proportion. Un exemple: admettons un bien immobilier d'un prix X. On voit son prix augmenter jour après jour au moment de la vente par le jeu de l'offre et de la demande.... jusqu'au jour où le dit prix ne correspond plus à sa valeur, et les ventes s'effondrent. En bourse? Même combat... et 1929 en ligne de mire. A quoi bon mener à sa propre perte alors? Faisons en sorte de rendre le marché logique, sain, car indexé sur la capacité de chacun à profiter du système, et non d'en être complètement tributaire. Croyons en nous, et non en les chiffres. Croyons en notre capacité à partager, produire, améliorer le quotidien, au lieu de se contenter de suivre des courbes absurdes, des statistiques aussi vaines que muettes sur les réalités.

Pour le progrès, pour l'avenir; pour chacun de nous un potentiel de vivre mieux, plus équitablement.