19 décembre 2014

Taikos, ces percusions incroyables

Elles viennent du Japon, elles sont spectaculaires, pénétrantes... A écouter!


12 décembre 2014

Et un autre tout aussi incroyable...

Merci au génie de Wagner...


Un morceau incroyable...

Que dire... sublime, envoûtant, terrifiant, c'est un classique des classiques! Rien d'étonnant qu'il ait été recyclé dans je ne sais combien de films ou de publicités...

11 décembre 2014

Odeur de sang

J'avais souvent entendu les adultes affirmer que le sang versé a l'odeur de l'âme de celui qui meurt. Pour ma part, j'eus rapidement la conviction que le sang ne sentait pas différemment d'un être à un autre, et que cela n'était qu'une façon de se rassurer sur les actes commis. Pourtant, c'était effectivement une idée confortable que de se rassurer en revendiquant que le sang de l'ennemi terrassé sentait mauvais. Là, après ces batailles, j'appris à mes dépends que le sang est une matière épaisse, visqueuse, qui vous colle à la peau et au cœur sans la moindre pitié pour votre âme. J'avais négligé un aspect essentiel de l'entretien de ma tenue et de mon armement, à savoir m'empresser de tout nettoyer aussi méticuleusement que possible, et ce malgré les conseils de mes camarades. Je n'avais absolument pas saisi en quoi une telle obsession de la propreté avait la moindre importance. Ironiquement, ce fut la nature qui se chargea de se rappeler à moi, mais dans les pires conditions qui soient.

Nous avions évacué le corps de l'assassin, et reprit notre route avec une certaine morosité. J'éprouvai une forme bizarre de lassitude, comme si tout ceci n'avait que peu d'intérêt. Non que je ne me sentisse pas impliqué, mais j'avais une sensation étrange m'avertissant de ne surtout pas être trop proche des grands maîtres de cette guerre. De ce fait, renfrogné et songeur, j'eus plusieurs jours de voyage sans conversation ou presque, jusqu'au moment où Seiji vint me reprocher ce mutisme. Nous nous écartâmes du convoi, et j'eus alors l'occasion de tenter de mettre des mots sur des sensations anormales. "Je ne sais pas si nous ne nous fourvoyons pas mon ami", lui dis-je en substance. "C'est difficile de croire que nous agissons pour le mieux, alors que nous tuons, purement et simplement". Le samouraï me jaugea, et contrairement à ma crainte, il ne se renfrogna pas et me répondit d'une seule tirade qui me laissa coi sur le chemin. "Mon ami, si tu crois que j'ai attaché mon sort à celui de ce daimyo pour une question d'honneur, c'est que tu n'as pas saisi mon but. Lui ou un autre, nul doute qu'il est tout aussi tyrannique, tout aussi veule et dangereux que les autres. La seule différence est que je lui suis redevable, et que je m'acquitte de cette dette par mon arme. Ne perds pas non plus de vue qu'ici, la loi est à celui qui dispose des juges, et que la justice est une convention malléable entre les doigts des politiciens. Alors, agis en conséquence. Je veux faire payer à ceux qui m'ont trahi, et il s'avère qu'ils soutiennent l'autre camp. Toi, à toi de choisir si tu poursuis la justice, ou si tu accompagnes ma vengeance. Dans un cas comme dans l'autre, tu te trompes peut-être de cause… je ne saurais te le dire, c'est à toi, et à toi seul d'en décider". Une fois ces mots lâchés, il donna un coup de talon à son cheval, et rejoignit l'avant de la troupe.

Alors mon ami, lui aussi, n'arborait sa présence que par pure obligation? Qu'en était-il des autres? Etaient-ils déterminés à vaincre, ou bien faisaient-ils mine de participer par pure obligation? Dans un monde d'apparences qu'est celui de la cour d'un chef, dans une philosophie de devoir, difficile de savoir qui était sincère ou bien tenu par une servitude. Pour ma part, j'en étais quitte d'une réponse cinglante mais on ne peut plus exacte: je devais m'attacher à défendre une cause, car il n'y avait plus de neutralité. J'avais tué pour un étendard, et seule la victoire m'épargnerait le sort des vaincus.
J'en étais là de mes réflexions quand j'entendis un son étrange venant de la droite du chemin. En avançant, ce bruit se fit cacophonie, un mélange strident semblant être créé par des centaines d'oiseaux surexcités. Pourtant, par-delà le talus herbeux, je ne pus rien apercevoir, et il me fallut remonter à hauteur de mes camarades pour les avertir. D'un cri, on fit stopper le mouvement, et des éclaireurs eurent pour mission de passer la crête pour s'informer du pourquoi de ce bruit. Ils revinrent, et tous arboraient une mine livide, visiblement écoeurés par un spectacle inattendu. Tous les officiers et moi-même mirent pieds à terre, et les rejoignirent pour comprendre de quoi il en retournait. J'eus un peu de peine à gravir ce surplomb d'herbe, puis finalement je pus poser mon regard sur une plaine presque nue, aux rares touffes jaunies. Je crus d'abord ne rien voir, comme si nos éclaireurs avaient croisé un fantôme. Malheureusement, cela ne dura pas du tout…

J'eus un haut le cœur quand mon nez fut étrillé par une piqûre acide, amère et tenace. Je reconnus immédiatement quelque-chose que je connaissais bien, à savoir le parfum du sang versé. Là, il n'était pas frais, il n'avait plus cette onctuosité si caractéristique d'une mort récente. Non, là, ce fut littéralement un mélange entre puanteur fétide de pourriture, et l'âpreté d'un fruit qui aurait fermenté au sol. Je faillis vomir, et ce n'est qu'au prix de longs efforts que je pus me contenir, et enfin identifier d'où provenait cette horreur. Là, sous nos yeux, je pus distinguer une sorte de fosse, un trou creusé en plein milieu, avec en son sein des corps alignés, et souvent étêtés. Les mouches, nombreuses, sales, vermine bourdonnante, avaient couvert les corps, d'où mon incompréhension initiale. De plaine, il s'agissait en fait des restes carbonisés d'un village de paysans, et tout ce qui avait été en vie avait fini dans le trou. Hommes, femmes, enfants, vieillards, animaux, on avait jeté en vrac les corps dedans, sans même daigner les recouvrir. Ce n'était pas une sépulture, c'était un avertissement pour les autres villages alentours.
Le maître d'armes fit immédiatement reboucher le trou, et nos hommes eurent toutes les peines du monde à œuvrer pour en finir avec cette vision de cauchemar. Seiji ne dit mot de la journée, pas plus qu'il ne mangea. Je vis ses traits contractés, mais surtout la pression de ses doigts sur le manche de son sabre. Je pense qu'il eut toutes les peines du monde à contenir sa fureur, et qu'il dût, au prix d'efforts monstrueux, se refuser à pourchasser les barbares qui s'étaient permis un tel acte. Lentement, on vit disparaître les têtes séparées, ainsi que ces regards évidés des pupilles dévorées par les insectes. Lentement, je pus ressentir un apaisement de ne plus être épié par ces victimes qui me disaient en silence "Pourquoi tout ceci? Pourquoi mourir?". Je fis comme Seiji ce jour-là. Je ne pus que jeûner, et m'interroger sur le sens profond d'un tel massacre… Et je n'en vis aucun, si ce n'est la nécessité morale de faire peur à l'ennemi, et de contenir les éventuelles rébellions paysannes; Mais, à mes yeux, cela n'avait aucun sens.

Au petit jour, on fit prononcer quelques prières, purifier la fosse commune, et nous reprîmes notre chemin. Dès que je fus en selle, Seiji s'approcha de moi et me murmura "Tu devrais laver cette armure". Je le fixai, incrédule, ne comprenant pas le sens de sa remarque. Ensuite, il s'éloigna. A l'heure de la pause, il refit la même remarque, puis me lança enfin "Si tu tiens à sentir comme ces morts, alors reste ainsi… Mais pour moi, sentir la mort n'apporte rien si ce n'est la mort elle-même". Je sentis mes manches, mes avant-bras, et je compris alors quelque-chose de terrifiant et de triste: je m'étais habitué à cette puanteur. Je m'étais accommodé de l'odeur du sang séché, de cette senteur infecte, et au fond, j'avais laissé ces traces comme des souvenirs de mes victimes. J'avais tué, et chacun des morts avait sa trace sur mon armure, sur ma peau, en moi et sur moi. Je m'étais donc révélé tout aussi cruel et insensible au sort des autres que l'était le chien errant dévorant les restes puants d'un relief de repas abandonné.
J'avais la peau et le cœur sale, l'âme souillée et cette armure portait des taches indélébiles, celles des cœurs ayant cessés de battre, des coulures venant se figer sur le vernis soigné de ma tenue. Dès que je compris la remarque, je demandai à trouver un puits, une rivière, n'importe quoi pourvu que je puisse me laver aussi rapidement que possible. Un éclaireur me signifia qu'il y avait en avant de la route un cours d'eau assez paisible qui ferait l'affaire. Je me mis immédiatement en selle, et Seiji, ainsi que deux soldats m'emboîtèrent le pas

Je suis resté assis dans l'eau pendant un long moment. Malgré le froid, malgré le fait que je grelottais et que mes doigts bleuissaient, je ne voulais pas me redresser. Je sentais l'eau glisser, se faufiler, lécher l'armure, ma chair, mes cheveux, je n'avais pas l'impression d'être propre. Seiji pénétra dans l'eau, et me tira lentement de mon assise. Il me fit m'asseoir sur la berge et me tendit des lés de tissu pour me sécher. Ensuite, il s'assit à côté de moi tandis que je tremblais et bredouillais n'importe quoi. J'avais perdu l'esprit, ou bien j'étais perdu dans cette folie qu'est la guerre. "Ne crois jamais que l'eau lavera ton âme, mais crois bien que laver ton armure t'évitera de sentir la salissure de ton cœur. Sois propre au combat, pour que tu puisses partir sans avoir eu la honte de puer la mort des autres". Ensuite, il me tapa sur l'épaule, m'aida à me remettre en selle, et fit embarquer les autres morceaux de mon armure.
Je mis de nombreux jours à me décider à remettre les pièces pourtant propres de mon équipement. Dès que j'en approchais les doigts, j'avais la sensation de me brûler les extrémités, comme si la colère de mes victimes venait me dévorer la peau. C'est le maître d'armes qui me fit comprendre qu'il me fallait passer outre. "Tu tues, tu peux être tué. C'est le principe de la guerre, de la vie. Et porter une armure, c'est essayer de survivre. Ce n'est pas l'armure qui est propre ou sale, c'est son porteur qui est propre ou sale à l'intérieur. A toi de choisir". Et, lentement, j'ai choisi, j'ai remis l'équipement, soigneusement, sentencieusement, comme un moine prenant soin de bénir chaque morceau de sa tenue durant un rituel très particulier. Je devais continuer ma route, et ma salissure intérieure n'était ni pire ni moindre que celle des autres que j'affronterais encore sur le champ de bataille. La seule différence serait alors de savoir qui a la "meilleure cause", et qui vaincra.

28 novembre 2014

Ouvre les yeux

Il fait encore nuit, la pluie clapote au dehors dans les flaques qui se sont formées autour de la maison. Il y a un peu de vent, les branches dansent en rythme, et la lune n'est pas de sortie avec les étoiles. Pourtant, l'instant est agréable, délicieux même. Je vois des gens qui accourent pour se mettre à l'abri, des voitures anonymes repoussent l'eau dans les caniveaux, et moi, pourtant, je laisse la pluie perler sur ma peau. J'arbore un sourire aussi large qu'il est possible de l'être, et mon cœur bat lentement, paisiblement, comme si rien ne pouvait être plus agréable que cette pluie d'automne.

Je remonte un trottoir, les mains dans les poches, la tête couverte par une capuche qui ne sert pour ainsi dire à rien du tout. Je sens l'eau glacée suivre mon échine, mes vêtements me coller à la peau, et cependant je continue, j'avance, j'ai toujours le sourire, je suis ravi même. Au loin, quelque part, le soleil doit s'apprêter à prendre sa place au milieu de la grisaille. La circulation se fait de plus en plus dense, monotone litanie de véhicules tous plus gris les uns que les autres. Mais de là où je suis, tout brille, tout resplendit. Les arbres ont la rougeur de la saison, les trottoirs arborent des mosaïques de feuilles mortes, et mes chaussures passent dessus comme l'on passerait sur l'imposant carrelage d'une cathédrale. Ici, ce sont les nuages qui font les nefs, les arbres les colonnes, et je suis au cœur même d'un endroit béni.

Encore de quoi marcher, comme si une obsession martelait mon esprit, comme s'il y avait un but à atteindre. La pluie ne ralentit pas, on entend même un grondement étrange, ni désagréable ni menaçant, juste un bourdonnement, celui d'une nature qui vit, tout simplement. Je suis bien, ma chaleur intérieure continue à faire frémir mon âme, et je regarde les autres avec douceur et charité. Peut-être suis-je comme eux, au petit matin, quand il s'agit d'aller travailler, quand il s'agit d'oublier ses rêves au profit d'une vie pragmatique, bien rangée, somme toute ordinaire. Peut-être sommes-nous tous fous de courir après la temporelle et inutile carrière qui prendra tôt ou tard fin? Peut-être suis-je au contraire fou de m'en moquer ce matin précis, sous cette pluie devenue battante, les doigts de pied à moitié gelés par le froid qui commence à mordre ma peau?

Qu'importe, je suis presque arrive à mon but. Sans hâter le pas, sans même être énervé ou même inquiet, je continue ma route, à mon rythme, faisant abstraction de ce que les autres prennent pour des désagréments. Moi, je suis bien comme cela, arrosé vivement par la nature, trempé par l'eau du ciel, heureux de vivre, d'exister, de pouvoir ressentir les choses avec profondeur et sincérité. Ce petit matin, très tôt, très froid, très humide, il est sûrement l'un des plus beaux que l'on puisse m'offrir à tout jamais. Il pleut? Et alors? Est-ce qu'il ne pleut pas souvent ici? Est-ce que le monde est plus laid quand il pleut? Non, le monde est tel qu'on veut bien le voir, beau quand il pleut, laid sur les plages ensoleillées, magnifique quand il fait nuit, hideux quand tout le monde se croit ravi d'avoir un rayon sur la peau. Je m'en moque complètement, il ne me reste plus que quelques pas à faire, et je serai arrivé.

Je monte des escaliers, encore des marches, encore des couloirs, je remonte un flot de gens que je ne connais pas. Ils ont tous les âges, toutes les couleurs que le monde daigner créer sur les hommes, et enfin j'arrive à un panonceau. Je suis les indications, je ne cours pas, je ne m'énerve pas face à la litanie des questions qu'on peut me poser. J'écoute, je réponds, j'ai le sourire, un sourire impossible à briser. Il faut que j'avance, je suis là, à deux pas seulement, il faut franchir les derniers barrages, les dernières interrogations et recommandations; Et là, je franchis le seuil de la porte…

… Et elle est là, la tenant dans ses bras, la mère sourit, la fille dort. Je suis attendri, abasourdi même. Qu'il est magnifique ce matin orageux où, pour la première fois de son existence, ce petit bout de vie voit enfin la lumière. Ce sont les premiers moments d'une existence, un moment oublié par elle, inoubliable pour d'autres. Il pleut? Et alors, ce sont mes yeux qui se vident, il pleut sur mes joues à grosses gouttes… Et ta maman te dit alors "Ouvre les yeux ma puce, c'est papa!".

27 novembre 2014

What the cut

Je tiens tout d'abord à vous prévenir: le propos est souvent vulgaire... mais tellement drôle! Antoine Daniel, réalisateur de cette "émission" de zapping des pires vidéos sur Internet, les regroupe et les commente avec humour. Donc, accrochez-vous, cela peut être véritablement débile, voire immonde, mais honnêtement je ris à chaque fois.

Rendez-vous sur son accueil Youtube!

La chaîne Youtube de Antoine Daniel

Croyance, candeur et réalité

Après avoir lu ce long et intéressant billet d'humeur (voir le lien ci-dessous), je me rends compte qu'il y a un vrai problème de compréhension de la part des gens concernant le monde qui les entoure. Bien souvent, j'ai la désagréable sensation que mes congénères sont soit candides, soit volontairement aveugles et sourds… Et que ce n'est pas nouveau, loin s'en faut! Aussi troublant et désagréable que cela puisse être, le fait d'affirmer que le monde est "de la merde" n'est en rien novateur, pas plus qu'il n'est véhiculé par une quelconque conspiration des médias/industriels/politiques (ajoutez des mentions si cela vous chante). Non: l'homme a toujours été insatisfait, déçu par les autres hommes, et pardessus le marché son propre ennemi.
Le Blog de Mitsu, j'ai perdu confiance

Je tiens à être clair dans un premier temps: l'état du monde est tel que nous le faisons, et non comme d'autres voudraient qu'ils soient pour nous. Cette évacuation de notre responsabilité collective est autant inacceptable que bien trop facile! Je vois bien la gymnastique intellectuelle: c'est de la faute aux autres, donc je n'ai pas à me sentir coupable… Tout en se refusant à agir de manière aussi simple que concrète en allant aux urnes par exemple. Je le martèle depuis des années, parce que je suis particulièrement horripilé par le discours contradictoire qui revendique "je ne vote pas, parce qu'ils sont tous pourris", et dans le même temps "fumiers, c'est le merdier, qu'ils fassent quelque-chose". On ne peut pas tout dire et son contraire: soit l'on s'engage, même à très petite échelle, soit l'on accepte la situation telle qu'elle est, puisqu'on n'en est finalement absolument pas acteur.

Second point que je tiens à évacuer en urgence: nous vampirisons tous, autant que nous sommes, le monde qui nous entoure. A une échelle plus ou moins importante, nous profitons de ce monde avec plus ou moins de bon sens. Tout le problème est de trouver un équilibre précaire entre confort et civisme. Après tout, l'acte citoyen peut aller à l'encontre de notre existence! Quand je lis "je suis gêné d'acheter des fringues moins chères produites par des gosses", c'est oublier de mentionner le fait qu'il y a aussi une constante qui est celle du portefeuille. Tout le monde n'a pas les moyens de se vêtir chez un fabricant local, et encore moins d'envisager de la fripe de luxe. Immoral? Facile? Non, juste méchamment honnête: nous "profitons" du système, faute d'y trouver une alternative viable. Et, qu'il soit dit franchement, l'immense majorité des gens cautionnent volontairement ce système en regardant ailleurs qu'en face. La vérité ne dérange que si elle se révèle visible… et comme le tiers-monde c'est loin…

Dernier aspect, et non des moindres: la paranoïa ambiante multipliant les propos plus que limites concernant nombre de politiques/sociétés/états m'apparaissent de plus en plus fatigants, pour ne pas carrément dire débiles. Autant l'on peut confirmer qu'il y a un fond de "propagande" (à prendre avec des pincettes!), autant j'estime particulièrement ridicule de croire qu'il y a une vaste manipulation. Nous nous manipulons seuls, nous n'avons pas besoin d'être sous l'emprise d'une structure pour faire de nous-mêmes des moutons dociles. Un Romain a affirmé un jour "du pain et des jeux". Que croyez-vous qu'il y ait d'autre en ce monde? Un stade rempli à ras-bord, une victoire en coupe du monde et nous voilà tous oublieux du quotidien. Ne mange-t-on pas très majoritairement à notre faim en occident? Si? L'homme de la rue se fout des considérations autres que son propre confort, et ne s'inquiète que de sa propre sécurité (et surtout celle de ses biens). Aussi malheureux que ce soit, c'est une grande vérité: l'homme est fondamentalement nombriliste.

Alors oui, si l'on a un regard portant au-delà de son petit pré carré, on ne peut qu'avoir la nausée, voire même être révolté. Ce n'est pas la bonne façon de voir les choses, loin s'en faut! Il faut avant toute chose se regarder en face, et s'interroger sur ce qu'on peut, et surtout ce qu'on doit faire. C'est par là que commence la remise en cause de notre façon de vivre. Jusqu'à preuve du contraire, l'immense majorité des gens ne dispose malheureusement pas de l'option de choisir sa vie. Entre des salaries insuffisants pour vivre autrement que dans un HLM, des frais comme les enfants, et enfin une existence de travail sans espoir de progression, il est difficile d'exiger de chacun les mêmes efforts. Cependant, cela n'impose pas pour autant d'être cynique et de se moquer de tout. Typiquement, favoriser le commerce local au détriment de la grande distribution (achat en direct des fruits et légumes par exemple) est un bon point de départ. Ensuite, l'adaptation est la grande qualité humaine: rien ne nous impose de disposer de la dernière génération de smartphone, pas plus qu'il est vital d'avoir la plus grande télévision possible. C'est un choix, et non une obligation. A partir de là, on peut faire pour le mieux à son propre niveau, sans pour autant devoir jouer les masochistes et espérer se sacrifier pour la majorité qui s'en moque. Le sacerdoce, la souffrance pour autrui est quelque-chose d'élégant, mais ce n'est pas une façon d'exister acceptable pour l'immense majorité.

Tout débute donc par une prise de conscience, et certainement pas par l'autoflagellation. La confiance, elle ne s'est jamais bâtie sur les instances, les commerçants, ou encore les médias. Ces trois grands pôles qui nous régissent sont interdépendants, et croire que c'est un phénomène nouveau est absurde. A chaque époque, les riches se sont donné des objectifs commerciaux et politiques. A chaque époque, les pauvres ont été la sueur et le sang au service des puissants. A chaque époque, l'usage des urnes a été détourné pour légitimer des despotes. Ceux qui pensent, à tort, que c'est pire aujourd'hui ne regardent pas en arrière. La vérité est autrement plus trouble malheureusement. Aujourd'hui, les urnes pèsent en France, parce qu'elles permettent un choix sans avoir une menace policière et/ou politique sur nos têtes. Pourtant, le citoyen semble s'en moquer, ou pire encore s'en plaindre! Il est évident que c'est justement parce que nous disposons d'un pouvoir de décision que nous n'en prenons pas la pleine mesure ni même la pleine responsabilité. Je me plais à répéter, encore et encore, que "nous avons des droits mais également des devoirs". Si une de ces deux choses est mise de côté, aucune chance qu'un quelconque progrès puisse émerger.

Soyons lucides, sans être sinistres. J'ai une confiance relative en nos dirigeants, non parce que j'ai foi en leurs convictions, mais parce que je sais que faire de la politique, c'est faire en sorte d'en décevoir le moins possible. L'expérience, même à petite échelle, montre qu'il y a en gros trois types de personnes: ceux qui s'en moquent, les impliqués, et les râleurs de principe. Les premiers laissent les deux autres se chamailler; le second va tenter de faire émerger une solution; le dernier, quoi qu'on lui propose, y sera systématiquement opposé, parce que moralement il ne pourra pas tolérer d'être d'accord avec quelqu'un d'autre que lui-même. En conséquence de quoi, nos politiques font ce qu'ils peuvent pour essayer d'en décevoir le moins possible. Dites-vous bien que l'exercice du pouvoir ne tient qu'en deux axes: louvoyer ou imposer. Dans le premier cas, nous sommes en "démocratie". Dans le second, en dictature. Choisissez: on tergiverse, on met en place de petites mesures pas forcément intelligentes ou bien conçues, ou bien on tape du poing sur la table, et l'on met en œuvre des lois potentiellement dangereuses?

Les médias ne peuvent pas être une matière amenant à la confiance absolue, parce qu'ils sont la voix d'un maître, qu'il soit une entreprise (médias privés), un état (médias publics), ou encore un "média indépendant" (qui est alors la voix d'un mouvement quelconque). La première chose à accepter, c'est qu'il faut creuser aussi bien dans les médias qu'on estime "tolérables", que ceux qui représentent, selon notre couleur politique, dans la fange des propagandistes. Je suis amusé par la critique cinglante contre la presse écrite ou internet, quand on les accuse d'être "pro ceci", ou encore "contre cela". Mais en quoi est-ce choquant? La grande difficulté du journalisme, c'est justement de se mettre dans un contexte, sans pour autant prendre une position. Or, s'imprégner de l'information, c'est nécessairement avoir un jugement de valeur dessus, ce qui automatiquement va être problématique. Prenons un exemple très simple: le président Chirac a refusé que la France soit impliquée dans la seconde guerre en Irak. Me concernant, j'ai trouvé la réaction légitime, aisément défendable, et je ne fus pas le seul à en penser le plus grand bien. Cependant, certains se sont levés contre cette décision, estimant que cela nous affaiblissait d'un point de vue diplomatique dans le monde (position de la France face aux USA). Interrogez-vous: étant de gauche ou de droite (ou autre… qu'importe), auriez-vous fait un papier élogieux au président, si vous étiez quelqu'un adhérant à des thèses de l'opposition? Et votre journal, aurait-il laissé passer un papier en ce sens? Il est tout à fait logique que les médias ne soient jamais plus ce qu'ils sont, à savoir une "voix", un "ton", et faire le tri, avoir la "bonne" information, cela ne peut passer que par le recoupement.

Je le dis, le redis, grogne, peste, voire même m'insurge contre la majorité des "bobos" qui ont le malheur de me vendre leur soupe moralisatrice. Les journaux qu'ils me mettent en avant sont tout aussi nauséabonds que la pire des feuilles de choux trouvée parmi les magazines traitant des faits divers. Ce n'est pas en se contentant d'une presse et une seule qu'on obtient l'exactitude, et encore moins qu'on peut traiter d'un sujet sans commettre d'impair. J'ai déjà posé un nombre non négligeable de colères concernant la Russie, ou encore la Syrie. Pourquoi? Dans le premier cas, on parle constamment de "Poutine despote", ou encore "Poutine mafieux". Ce qui est amusant pourtant, c'est qu'entre une France où notre président se fait laminer par l'opinion publique, et une Russie où la même opinion apprécie la fermeté de ton de leur président, il y a un monde. Pour le second, El Assad est un boucher… Mais est-ce pour autant une solution que de légitimer les opposants, parmi lesquels on va trouver de vrais démocrates, mais aussi et surtout des groupuscules armés qui ne cherchent que la domination par les armes? Choisissez donc votre camp, et préparez donc les linceuls pour les victimes de nos erreurs politiques.

Je crois fermement que le premier engagement à avoir est avant tout de commencer par prendre en main sa propre existence politique, à savoir en rendant aux urnes le pouvoir qui est le leur. Nos élus, nous pouvons les sanctionner par cette voie; nos élus, nous devons les choisir de manière logique, et non par simple dépit. Notre responsabilité collective est forcément en jeu, puisque nous devons, et ce sans hésitation, aller aux urnes pour choisir, et non subir. Je trouve invraisemblable de lire autant d'inepties sur la toile concernant le vote. NON: ce n'est pas une solution que de s'abstenir, puisque l'abstention soutient et légitime les extrêmes. NON: ce n'est pas plus une solution que de dire "tous pourris", puis de se plaindre des choix des autres; NON: il n'est pas acceptable de se croire impuissant, car l'impuissance n'existe que lorsqu'on l'accepte.

J'ai eu une phrase sur les lèvres, et je vous la répète pour le principe: "La défaite n'existe que lorsque l'ennemi est parvenu à vous faire croire que vous avez perdu". J'estime que ce propos est parfaitement d'actualité: ne cédez jamais face à ce que vous estimez comme inéluctable, pas que vous ne devrez céder face à la pression de la bienséance. Ce n'est pas parce que tout le monde vous dit "on ne peut rien y faire" que c'est exact. Seules vos décisions comptent, et votre conscience vous remerciera d'avoir agi avec sincérité, et non en suivant la foule qui, elle, se moquera qu'elle ait raison ou tort. Jamais la majorité ne garantit la Vérité, l'Histoire n'est pas avare en exemples. Alors, assumez-vous, entièrement, sincèrement, dans le doute ou la conviction, dans la réussite ou l'échec. Au moins, vous pourrez vous dire que vous avez agi, et non attendu que d'autres agissent à votre place.

10 novembre 2014

25 ans déjà

9 Novembre 1989… Les murs tombent, les choses changent, et pourtant, je regarde le monde et je ne vois pas de si grandes différences. Après tout, malgré l'effondrement du bloc Soviétique, après la fin du mur de Berlin, après l'apparition des démocraties dans les pays à l'étoile rouge, il reste encore et toujours des mécanismes politiques et économiques qui, selon moi, ne font que maintenir une forme d'esclavage moderne. Vous doutez de cette assertion? Vous mettez en doute le principe même que les équilibres mondiaux n'ont en rien évolués? Soyez honnêtes, comparez le monde du temps de Gorbatchev et d'aujourd'hui, mettez en perspective les Balkans d'hier et d'aujourd'hui, puis, enfin, dites-moi honnêtement si le monde a réellement été dans la bonne direction.

Prenons quelques thématiques assez simples. Commençons par l'armement qui, selon moi, est la première cause de terreur pour l'humanité. Hier encore, les grandes puissances se disputaient le pouvoir à coups de menaces via un parapluie nucléaire. Bien entendu, cette crainte latente et perpétuelle avait générée la fameuse guerre froide. Cependant, quoi qu'on en dise, cela maintenait des armes de destruction massive entre des mains précises, identifiées, ce qui en soi offrait tout de même une forme d'équilibre. Aujourd'hui? Avec la prolifération nucléaire (Inde, Pakistan, Israël…), et l'effondrement de l'URSS ayant probablement mené à la vente d'armes atomiques à dieu-sait-qui, force est de constater qu'au lieu d'avoir un ciel obscurci par des oiseaux de mauvais augure, nous avons à présent ces mêmes oiseaux, qui se font malmener par des nations comme l'Iran par exemple. Doit-on leur interdire le nucléaire pour autant? Le nucléaire est une source de production électrique pour le civil, et de mort pour le militaire. Comment choisir? Auparavant, le poids des deux blocs est et ouest offrait une forme de contrainte tacite sur les décisions des autres "petites" nations. Dorénavant, nous devrons compter avec des combats frontaliers, une Corée du nord disposant de missiles à longue portée, ou encore des pays dirigés par des extrémistes susceptibles d'utiliser la force nucléaire sans la moindre hésitation ou scrupule. Un progrès? Pour certaines nations, oui, pour d'autres, cela n'a fait qu'empirer les choses.

Allons au second point, et regardons avec sincérité le statut des pays issus de la fin du communisme soviétique. Que dire de ces pays, si ce n'est que d'esclaves satellites à l'URSS ils sont devenus ceux de l'UE ou des USA? Vous doutez? Réfléchissez-y: la production locale (agricole notamment) était destinée au grand frère rouge, maintenant il nous est expédié dans des conditions tout aussi malhonnêtes. Ce n'est pas pour rien que nos industriels produisent de la viande en Pologne, des cornichons en Roumanie… C'est pour les mêmes raisons que l'URSS avait ces mêmes pays sous sa coupe: la productivité. Nous nous sommes lancés dans une politique où les colonies d'aujourd'hui sont finalement plus proches et plus rentables que celles d'hier! Aussi absurde que cela paraisse, nous prétendons jouer une carte démocratique avec l'UE, alors qu'elle sert avant tout de levier économique pour procéder à un véritable chantage. Nul doute que la crise mondiale a enrayé le broyeur financier pour un temps, mais que ces nations n'émergeront pas grâce à nous. En effet, aucune chance que la Roumanie, la Bulgarie, ou même les républiques issues de la Yougoslavie s'enrichissent réellement grâce à nous. Pourquoi? Parce qu'il ne faut pas escompter de l'Europe qu'elle accepte de donner un essor à ces nations, si ce n'est sous la forme de potager ou de grange. Prenons Dacia: pourquoi produire là-bas, si ce n'est à bas coût, pour inonder le marché d'une voiture à faible marge, mais également à faible coût de production? Il n'y a pas là une démarche d'enrichissement local, mais d'enrichissement de la société mère! Donc, esclaves des rouges hier, esclaves des étoiles blanches aujourd'hui.

Continuons sur un troisième point tout aussi ahurissant: l'ennemi. Contrairement à l'idée reçue déclarant que l'ennemi a une barbe et psalmodie en arabe, le véritable ennemi est le mécanisme qui se cherche une cible à pointer du doigt en cas de problème. Quel est le problème? Ouvrons les yeux: les guerres contre le Moyen-Orient sont apparues dans la foulée de la fin de l'ère soviétique! Mais pourquoi? Parce que la présence de l'URSS, cliente avec le pacte de Varsovie, freinait nettement toute velléité de déstabilisation de la région. Une fois le spectre rouge envolé, les USA et l'UE se sont empressés de profiter de cette absence pour tenter un coup de force. L'attaque sur l'Irak avait pour but premier de rappeler à l'OPEP que ces deux groupes avaient les moyens de peser militairement sur la région, voire même de briser les reins à tout pays s'opposant à eux. De là, toutes les crises ultérieures se sont bâties sur des fondations coulées durant la guerre froide: faire s'écrouler l'état, voir une dictature s'installer, puis au final tenter de l'annihiler. Irak, Iran, Lybie… Les exemples sont assez parlants? Le problème est l'inconséquence crasse des décideurs: ils voyaient dans les despotes une seule voix pour les diriger tous, or ce fut strictement le contraire, car ce même despote ne voyait aucune raison de partager ni son pétrole, ni son pouvoir. C'est la même méthode qui a été tentée dans les pays sud-américains, soit avec des réussites honteuses (la mort d'Allende par exemple), ou des échecs cuisants (la persistance entêtée de Chavez face aux USA). On a vendu les "arabes" comme étant l'ennemi, alors que l'on s'est construit nous-mêmes les ennemis en question! A force de vouloir pressurer ces nations, à vouloir également les mettre en échec afin de les exploiter, les voix les plus radicales se sont retournées contre nous. Et l'on s'étonne du naufrage de la région?

Enfin, il y a une dernière chose tout aussi folle qu'inévitable: malgré notre crédulité, notre capacité à croire que la liberté et la démocratie progressent, nous avons bâtis et légitimés des prisons numériques. Hier, on nous espionnait. Aujourd'hui, nous livrons nos vies sur un plateau de bits et d'octets. Vous pensez que j'exagère? Regardons-nous dans le fond des pixels (comme dirait l'autre): nous sommes inconséquents, nous n'éprouvons pas de méfiance face aux tarentules du net… qui sont, finalement, les premiers à fournir nos vies aux gouvernants du monde entier. Liberté? Celle de se taire. Egalité? Face à quoi? Fraternité… On connaît la capacité de l'homme pour ce qui est de sa générosité et de son absence de xénophobie.

A bon entendeur… à dans 25 ans pour une nouvelle comparaison!

07 octobre 2014

Egalité? Quelle égalité?

Depuis que le débat complexe du mariage gay a été lancé, nous avons le droit à un battage nauséabond concernant tant la condition de la femme, que du traitement de la sexualité dans notre société. N'étant pas spécialement concerné par ces considérations, j'affirme sans frémir "je m'en cogne, foutez-leur la paix", et basta. En fait, ce qui me défrise, c'est la réaction épidermique que chaque camp revendique, à tel point que tous se décrédibilisent! C'est affligeant: entre les rétrogrades qui pensent que "ce que je ne vois pas n'existe pas". Raté: le raisonnement ne tient absolument pas la route! Ce que l'on refuse de voir finit tôt ou tard à vous sauter au visage, à tel point que cela sera encore plus douloureux à supporter.

Ce qui me fait sortir de mes gonds n'est en rien si extraordinaire que cela. Depuis pas mal de temps déjà, je fustige brutalement la bienséance, le "bien-pensant" où chacun s'offusque soit pour des propos supposés irrévérencieux, ou encore contre les prises de position se drapant de morale. Désolé: je HAIS qu'on me fasse la leçon, d'autant plus quand il s'agit de pseudo-problématiques d'éthique. Revenez sur terre les gens! L'éthique, la morale, ce sont des choses qui sont tributaires tant de l'éducation, que de la culture environnante. Ainsi, ce que "nous", les européens, considérons comme normal, est nécessairement malsain ou inacceptable ailleurs dans le monde. Dans ces conditions, j'exècre encore plus l'attitude moralisatrice des gens qui, sous couvert de défense d'opinions pourtant hautement louables, refusent toute forme de remise en question, ou pire que tout d'humour.

Tenez, je réagis face à ce message (pensez à aller voir le lien initial et la BD associée pour comprendre).
voilà l'image initiale:
Une BD fustigée pour son côté sexiste...
La réaction débile en question
La réaction du hollandais volant face à la critique

A l'imbécile obtus qui voit dans la bande dessinée une marque de sexisme: le sexisme, c'est penser qu'il faut un traitement différent entre l'homme et la femme. Or, ce qui est dénoncé par la BD, c'est justement que, quoi qu'on dise, on trouvera toujours un détracteur pour trouver le discours hors de propos, voire carrément sexiste. Non, encore une fois non! Refuser de rire de cela, c'est se priver d'une grande vérité qui est qu'il faut être capable d'ironie, de rire de soi-même et des autres, et surtout avec les autres. Ainsi, je ne vois rien de malsain dans la BD, bien au contraire même. Quiconque y voit un discours rétrograde n'y voit que ce qui l'arrange, et rien d'autre. J'ai en horreur cette façon étriquée de présenter les choses, parce qu'au fond, ce sont ces attitudes débiles qui mènent justement à la dichotomie homme-femme.
L'humour, c'est le seul refuge qui nous reste pour dédramatiser. J'estime que c'est l'humour qui peut nous donner une image juste et honnête de notre société. Le drame de la situation de la femme en France est multiple, car il comporte de nombreux volets plus durs les uns que les autres: violences conjugales, pressions sociales et religieuses, difficultés dans l'entreprise, sexisme… et j'en passe. Cependant, refuser de trouver un moyen d'en rire, c'est en faire de la normalité, et non de l'exception. Ce qui est dramatique et surtout complètement débile, c'est que les féministes obtuses et les machos rétrogrades se comportent de la même manière, et se jettent à la figure des argumentaires symétriques. Oui, les cons sont partout! Oui, il y a de tout et surtout du n'importe quoi dans la tête des gens. Alors, et si l'on faisait juste le pas en avant disant "allez, on s'en fout, on n'est pas identiques, mais on vit ensemble. Respectons-nous, et on trouvera un équilibre". C'est CA, vivre en société, et pour moi le salopard qui voit la femme comme un objet ne vaut pas mieux que la connasse qui voit tous les hommes comme des animaux décérébrés.

Elargissons le débat, et interrogeons-nous un peu sur les mutations de notre société. Cà et là j'entends des opinions divergentes sur la "manif pour tous". Personnellement, je m'en contrefous, parce qu'elle véhicule des idées qui ne sont pas les miennes, mais que cela ne me fait pas pour autant dire qu'on doit faire taire les détracteurs. Cependant, à quoi arrive-t-on? Non pas à un débat utile et légitime d'idées, mais bel et bien à des joutes n'ayant pour seul but que de se croire au-dessus de la masse, donc de se conforter dans ses propres idées. Ma seule opinion est justement de dire "ils ont tous raison, selon la façon dont on se place". Analysons un peu, et soyons francs:
En quoi le mariage gay est un souci? Je m'en fous! Qu'ils se marient, qu'ils vivent tranquilles. Après tout, ils le font déjà depuis toujours, et la seule chose qui n'était pas faite était de leur donner des droits… comme à tous les autres citoyens.
La procréation médicalement assistée est un problème? Bien entendu qu'elle est un problème de fond, car il sera toujours possible de trouver des situations où cette fameuse PMA sera à éviter à tout prix. Est-ce une problématique de sexe des parents? Non. C'est un problème de personne. Que je sache, la maltraitance des enfants n'est en rien liée à la sexualité des parents, mais uniquement à leur attitude. Donc, le tout devra être suivi par des psychologues, ceci pour confirmer que les parents sont bien aptes à gérer un enfant… Et non de se cantonner à un raisonnement stupide et rétrograde du genre "homos? Pas de PMA". Notez également une chose: si l'on y regarde bien, la monoparentalité existe, et celle-ci est tout aussi complexe dans la gestion des enfants. Pourtant, interdit-on à un père ou une mère célibataire de s'occuper de sa progéniture. Alors, pourquoi interdire à des couples stables, financièrement aptes à financer un enfant, d'avoir une descendance? Pour de pures considérations d'opinions?
La gestation pour autrui est faisable? Oui, et surtout nécessaire, en tout cas de légiférer dessus. Aujourd'hui, nous sommes dans une situation absurde où celle-ci est interdite, où les parents vont à l'étranger pour le faire, ce qui mène à des difficultés administratives ubuesques. Qu'on arrête de se regarder le nombril, et qu'on traite ce problème avec du bon sens. Au-delà de ça: je comprends l'argumentaire concernant la compétence, le respect du corps et j'en passe… surtout si l'on estime que le corps d'une femme n'est pas qu'une bête couveuse. Par contre, est-ce pour autant que cela devrait être interdit? Pourquoi doit-on me refuser de dire "ma femme ne peut pas avoir une gestation normale, en revanche nous pouvons avoir un ovule et du sperme… reste à trouver une manière de voir notre descendance naître dans de bonnes conditions"? Pour le fait qu'une femme accepte de nous aider dans cette démarche? Parce que cela contrarie une image datée de la façon de procréer? Parce que cela va à l'encontre d'une quelconque idée religieuse? La seule et unique chose que j'estime, c'est la VIE. Là où j'exige que l'état légifère clairement, c'est pour éviter que cette assistance devienne un commerce, et que le corps des femmes volontaires devient une couveuse en location pour une durée de neuf mois. Là, oui, je suis contre, totalement contre. En revanche, sans cadre légal, c'est ce qu'il se passera encore et encore à l'étranger.

Enfin, revenons un peu aux sources du problème, histoire de bien comprendre une chose fondamentale: on est tous le con de quelqu'un. Je sais pertinemment que si ce billet d'humeur se met à circuler que je serai brocardé d'une façon ou d'une autre. Je m'en fous! Assumez un peu la réalité: les choses doivent changer, on doit se RESPECTER, et se moquer complètement de la notion de sexe. Comme l'a dit un type dans un film "qu'on m'explique pourquoi une prostituée ferait un mauvais témoins dans un tribunal… Est-ce par son métier ou son statut de femme qu'elle aurait une moins bonne vue?". C'est précisément ça, le problème de fond: nul n'est intouchable, nul n'est parfait, et j'estime tout simplement indispensable d'accepter qu'autrui puisse penser, rire, se moquer de tout et de n'importe qui. Ce qui compte, c'est de respecter l'autre, car pour pouvoir se moquer correctement de l'autre, il faut le connaître. Or, à ce jour, je ne vois personne ironiser ou rire… Mais juste insulter gratuitement, en se cantonnant à des clichés, à des raccourcis puants, bref, à une forme de fascisme. Cela a un côté savoureux pour votre bavard de service… Des libertaires (voire libertins) qui, sous couvert de libération des mœurs et d'amélioration de la condition féminine, finissent par se comporter comme ceux qu'ils sont supposés haïr le plus. Ironique, non?

07 août 2014

Par le plomb

J'éprouverai toujours une forme de crainte instinctive en pénétrant dans tout lieu dépourvu de vie. En effet, après avoir frôlé la mort à maintes reprises avec Seiji, je ne conçois plus d'entrer dans une bâtisse qui se révèle inhabitée. Le temple à l'abandon était devenu un coupe-gorge, et je craignais qu'on n'y soit piégés à tout jamais. Qui aurait retrouvé nos dépouilles? Qui aurait cherché à identifier deux corps abandonnés aux éléments dans un endroit aussi reculé? De fait, je suggérai à mon ami de quitter au plus vite ce piège, et de surtout ne plus faire la moindre halte avant de rejoindre un village. Ses yeux trahirent la même méfiance vis-à-vis du temple, avec la peur en moins. Il nous savait en danger, mais de là à fuir, il y avait une étape qu'il n'accepterait jamais de franchir. Il prit donc son temps, mâcha une sorte de gâteau très sec fait de riz compressé, y ajouta un peu d'eau d'une outre en peau, puis se mit sur le pas de la porte. Il jaugea les alentours, s'attendant probablement à un assaut massif des malandrins qu'il recherchait. Pour ma part, je me saisis d'un lourd bâton, et me prépara à défendre ma vie et celle de mon camarade. Non que je fusse courageux, mais quitte à périr, autant que cela n'arrive pas dans le déshonneur d'une fuite aussi lâche que vaine.

Après une interminable scrutation, nous finîmes par lever le camp et retourner au croisement. S'ils étaient là à nous attendre, ce n'était pas à proximité du vieux bâtiment. Seiji déclara vouloir passer devant, et il se plaça quelques pas en amont de mon pas, comme s'il pressentait quelque-chose. Nous avancions à nouveau en direction de la crête, dans le bruit de nos sandales alourdies par la boue, et le bruissement des feuilles larguant leur excès de gouttelettes. A chaque instant, il me semblait entendre des pas, des craquements, voire même des voix, mais ce n'était que la Vie, la Nature, éveillée à l'effort par le retour d'une certaine chaleur. L'air restait tout de même humide, et j'avais l'étrange sensation d'être entouré par un essaim de gouttes, comme si la pluie s'était suspendue à hauteur d'homme. Mon corps entier frémissait, et je serrais fermement le bâton entre mes phalanges dans l'attente d'un assaut qui ne devait plus tarder. J'étais attentif, tendu comme jamais, et les jointures de mes doigts semblèrent blanchir sous l'effort. Seiji avançait, en silence, avec un simple mouvement léger de la tête allant de gauche à droite.

Le soleil avait déjà pris de la hauteur quand nous arrivâmes au point culminant du chemin. Là, la forêt s'était dégarnie pour laisser apparaître une clairière dont les hautes herbes étaient sûrement le refuge idéal pour nombre d'animaux et de prédateurs. S'y aventurer me sembla risqué, car souvent les serpents aimaient y traîner pour se saisir de rongeurs ou d'autres petits animaux. Au-dessus de nos têtes tournaient de nombreux oiseaux, dont plusieurs corbeaux qui fondaient sur un endroit éloigné dans la clairière, pour ensuite reprendre leur essor et se remettre à voler dans un ballet plus qu'étrange. Je me tournai vers leur point de chute, tentant de voir ce qu'il y avait de si important pour que ces charognards foncent ainsi vers le sol. "Soit un animal mort, soit un homme" dit Seiji en me tirant le bras. "Ne restons pas ici, nous sommes à découvert". N'ayant jamais eu à faire mes armes où que ce soit, je ne comprenais pas encore le vrai sens de cette idée du "découvert", et bien mal m'en prit quand les détonations des mousquets, et le sifflement très net des plombs vinrent à mes oreilles. Dans une poussée, le rônin me poussa au sol et fit écran de son corps. Notre refuge étant plus que précaire, nous rampâmes rapidement jusqu'à l'orée de la forêt, avec l'espoir de nous y mettre à l'abri. Malgré tout, plusieurs plombs firent exploser l'écorce au-dessus de nos têtes, et j'ignore encore par quel bonheur nous ne fûmes pas touchés par ces bordées.
Seiji se tendit, et j'entendis ses dents grincer. Il était furieux. "Les lâches!", maugréa-t-il en tirant son sabre. "Des mousquets! Les lâches…", puis, à ces mots, il se redressa et se mit à courir à travers les bois. Je pus à peine distinguer sa silhouette qui se faufilait entre les branches basses et les troncs. Tandis qu'il courait, je pus voir les balles frapper les premiers troncs, tous à proximité de lui, et à hauteur de torse ou de la tête. Pour ma part, n'étant armé que d'une branche ridicule, je ne pouvais rien envisager d'autre que de me cacher en attendant de voir la suite. Je fis quelques pas à reculons, et me heurtai à un corps assez massif pour me retenir. Je me retournai et aperçut un homme qui voulait se saisir de moi. D'un geste large et ferme, je fis partir mon arme de fortune, et lui fracassa le crâne sur l'instant. Son regard trahit alors la stupeur de ma réaction, et surtout celle de mourir de la main d'un homme sans la moindre compétence pour le combat. Sans perdre un instant, je me mis détaler à travers les bois, ceci dans la même direction que mon camarade.
J'entendis plusieurs hurlements, une suite de détonations, et l'odeur de la poudre me guida vers le lieu de l'affrontement. Durant ma course, je croisai plusieurs corps, dont un qui était étêté. Seiji n'avait visiblement pas hésité un seul instant à tuer ses opposants, et j'avais dès lors acquis la conviction qu'il ne laisserait aucun adversaire en vie, sauf au prix de la sienne. Je me ruai tout droit, haletant, convaincu qu'il me fallait être présent. Comme si je pouvais l'aider à se sortir de ce mauvais pas! Mes tempes battaient la mesure de mon cœur déchaîné, et mes yeux me brûlaient. Je traversai un nuage grisâtre de la consumation de la poudre, et arrivai face à une autre clairière, plus petite, où trois morts gisaient là, exsangues, tandis que Seiji faisait face à un autre homme armé d'un sabre. C'était le moine, mais cette-fois ci vêtu d'une toute autre manière. Il avait échangé sa bure voyante contre une sorte de veste de lin teinte en noir, des chaussons de la même teinte, et d'un pantalon tout aussi sombre. Seule sa corpulence et son crâne luisant me permirent de le rapprocher du menteur de la veille au soir. Ils ne bougeaient ni l'un, ni l'autre, et je me retrouvai donc être leur témoin.
Seiji ne semblait pas décidé à donner la charge. Cependant, ses mains s'étaient placées de sorte à permettre une frappe nette et décisive. En face, je remarquai que l'homme n'était pas aussi pataud ni aussi lourdaud qu'il m'était apparu la veille. Encore un expert du sabre, me dis-je en le jaugeant. Tous deux souriaient, tous deux s'étaient préparés à ce dernier échange par le fer. "Alors, ton maître est trop lâche pour venir m'affronter", lança le samouraï en relevant légèrement l'angle de sa lame. "Il ne s'occupe plus du menu fretin", répondit avec acidité son adversaire. L'homme était donc un serviteur dévoué, prêt à périr pour son maître. Ses yeux me frappèrent, car emplis autant d'une cruelle impatience dans l'attente de donner la mort, que d'une étrange détermination résignée. J'eus la sensation qu'il ne voulait tuer mon ami que par obligation morale, et non par nécessité de son cœur. "Es-tu prêt, rônin?", demanda le moine. "Et toi, assassin, es-tu prêt?". Ils se firent signe de la tête, et se mirent à charger dans un même élan.
Le premier échange fut bref mais intense. L'entrechoc des lames me fit sursauter, et je n'eus que peu de temps pour saisir toute la force mise dans ces deux attaques simultanées. Ils reculèrent d'un ou deux pas, et sans attendre, ils reprirent position pour se donner l'assaut. Cela recommença, encore et encore, et tous deux finirent par avoir du mal à reprendre leur souffle. Le moine souriait, visiblement ravi de cet échange. "Il avait dit que tu étais bon… Il était en dessous de la vérité. Cela ne m'empêchera pas de te tuer, rônin". "Tu es aussi bon que tu m'as semblé l'être hier soir, si ce n'est meilleur", répondit le samouraï. A ces mots, Seiji reprit appui, et d'un geste net et rapide, fit glisser la pointe de son arme sur le torse de son adversaire. Celui-ci s'affaissa, mortellement blessé, les vêtements déchirés par le tranchant impitoyable du sabre soigneusement affûté. Il tomba à genoux, lâcha son arme, et il fixa le rônin droit dans les yeux. "Achève-moi", dit-il en posant ses mains vides sur sa poitrine lacérée. "Pas avant que tu ne me dises où il est". Le blessé éclata de rire, et, tandis que ses lèvres se rougissaient, il fixa avec dureté mon camarade. "Jamais, et tu le sais très bien. Je ne suis pas un traître.". "Lui l'est. Et il paiera pour ses crimes" rétorqua mon ami. "Alors, fais moi la faveur de m'achever".

Seiji s'approcha de sa victime, hocha la tête, et brandit au-dessus de lui le sabre rougi par le sang des combats. Le moine présenta sa nuque à son bourreau, les poings fermés et posés sur ses genoux. D'un mouvement ample et précis, le samouraï décapita son adversaire, et la tête séparée du corps roula dans les hautes herbes. Il se saisit de la chose désormais inerte par la natte de cheveux, et la posa à côté du corps se vidant de son sang. Ensuite, lentement, il chercha s'il y avait des outils à proximité. Il ne trouva qu'une bêche rouillée, abandonnée là depuis fort longtemps. Il en estima le tranchant, puis il se mit à creuser. Coup après coup, il forma une sorte de fosse, et m'invita à l'aider. A l'aide de mon lourd bout de bois, je me mis à creuser, plantant la pointe pour séparer les mottes. Après un long labeur aussi pénible que harassant, nous finîmes par pouvoir faire rouler le corps sans tête dans la fosse peu profonde, puis nous recouvrâmes le tout avec la terre. Seiji prononça quelques prières, les yeux fermés, puis il se retourna et m'invita à quitter l'endroit.
Après avoir rejoint notre chemin initial, je m'enquis du pourquoi de cette sépulture. "Les autres étaient des voyous, des brutes sans scrupule et sans respect. Lui, il m'a affronté sans fléchir, et il n'a pas trahi son maître. Je ne lui aurais pas offert un tel repos s'il m'avait répondu". Mais, comment retrouver ce "maître", ce traître dont Seiji ne voulait me souffler mot? "Les autres sont en déroute, et il sera tôt ou tard informé de notre passage. Ne vous inquiétez pas mon ami, il nous retrouvera, il est bien assez puissant, riche, et surtout déterminé à ne pas me laisser en vie". A ces mots, il tira un flacon en terre cuite contenant du saké. Il fit perler quelques gouttes sur son sabre souillé, l'essuya, puis il en partagea le contenu avec moi. Bien qu'il garda l'apparence de la sérénité, j'ai aujourd'hui la certitude que ces coups de feu furent plus troublants qu'il ne voulut jamais l'admettre. Le meilleur des samouraïs ne peut pas affronter des billes de plombs avec une lame, et il le savait.

Ce n'est que le surlendemain, qu'enfin, nous pûmes prendre un peu de repos dans un tout petit village. Je dormis deux jours durant, épuisé, brisé par le mauvais temps et la peur. Mais où allions-nous? Seiji gardait le silence, et plus nous passions de temps ensemble, plus j'en tirais une certaine colère frustrée. Ne me faisait-il donc insuffisamment confiance? Qu'il taise les causes, je le comprenais. Qu'il ne me dise même pas notre destination, voilà qui m'agaçait. Et pourtant, je ne m'en ouvris jamais, estimant, à tort ou à raison, qu'il me fallait accepter ce destin d'errance, guidé par un maître d'armes, un samouraï déterminé à tuer, un inconnu dont la seule vue avait effrayé les pires voyous que j'eusse rencontré.