30 juin 2008

Putaing Cong !

Ah Marseille !

Si l’on m’avait raconté ce que j’ai vécu à Marseille, je me serais gaussé du conteur en le taxant vertement d’exagérer la vérité, et plus encore de caricaturer ses habitants. Ville cosmopolite s’il en est, Marseille me semblait être croquée avec passion mais avec un rien d’épice en trop qui font les bonnes comédies. Je me suis lourdement trompé sur le compte des marseillais, car oui ils sont des clichés ambulants, des Pagnol, des Raimu en puissance, avec ce goût pour la répartie et la « taille » (comprendre par là asticoter verbalement son interlocuteur) qui font d’eux non pas des spécimens comiques, mais au contraire donnent une existence unique à la cité phocéenne. Pour une fois que je ris des frasques des gens avec tendresse au lieu de râler de leur bêtise, je dois bien admettre que cela valait bien un retour en fanfare !

Imaginez donc : l’image de la terrasse ombragée en pleine vieille ville… ce n’est pas un cliché, c’est authentique ! Cette peau dorée et cet accent incroyablement chantant, c’est du vrai, du sérieux, du respectable ! Etre marseillais, c’est le sens du rythme qui se doit d’être lent quand il fait chaud, mouvant quand la nuit tombe, et insaisissable entre les deux. Comment les décrire ? Comment raconter ces petits instants jubilatoires où les phrases tombent telles des bombes à rire au milieu de la chaleur estivale ? Tenez, un exemple symptomatique. Accueilli par un couple d’amis que j’adore, nous étions tous trois assis à la dite terrasse, sirotant des boissons fraîches en attendant d’aller déjeuner. Voilà qu’un jeune arrive sur une moto d’un autre âge, le genre années 80 qui se refusent à mourir mais qui pourrissent lentement dans le fond de votre placard. La peau bronzée, la tenue légère, le voici qui répond à un ami débarquant lui dans une rutilante voiture neuve. Imaginez les se regardant à travers des lunettes de soleil, le sourire aux lèvres, et préparant la phrase qui saura désarçonner l’autre… (avec l'accent s'il vous plaît)
- Oh ! Tu l’as encore cette moto dis ? Tu devrais la faire recycler !
- Même pas en rêve ! Elle déchire tout ma mobylette !
- 'Tain ! Même le tonnerre mécanique ?
- Le tonnerre mécanique, je le fume tous les jours si je veux avec ma moto !
- Elle devrait finir au musée Grévin plutôt !
- Comme la plus belle des machines !
Et les voilà partant dans un grand éclat de rire. Les deux personnages s’en vont, nous, sirotant un autre verre, voyons revenir le motard qui met son « terrible » engin sur la béquille quand la voiture de son comparse apparaît dans la ruelle, la fenêtre ouverte à travers laquelle hurle alors l’homme à pleins poumons « Tonnerre mécanique ! »… Et oui, c’est ça Marseille : ça parle fort, ça taquine, ça « chambre », ça aime discuter et vivre au rythme du temps et non au rythme du travail.

Et ça continue tous les jours, les histoires de filles rencontrées et draguées depuis les voitures, de coups payés au comptoir à tour de rôle, de plage où déambulent les hommes en quête d’une rencontre, de réponses sèches mais drôles de ces mêmes femmes se moquant des séducteurs incompétents, et puis ces voix qui semblent toutes tirées d’un enregistrement réactualisées d’un Fanny ou bien de la fille du puisatier. Quelque soit l’heure, la ville bouge, vit et respire et va s’abandonner dans la méditerranée pour oublier les tracas du quotidien : l’emploi qui manque, les barres des cités déprimantes, le clanisme prononcé des communautés qui cohabitent sans pourtant s’apprécier.

Je croyais avoir vu des banlieues glauques, des immeubles sinistres et des coins où l’envie de vivre meurt avec l’apparition des habitations. Là-bas ? Les immeubles sont des zoos verticaux où les fenêtres ont des barreaux, où des appartements sont murés pour que personne n’y revienne, où le seul progrès tient en une maison de quartier que fréquentent, hélas, que ceux que la commune souhaiterait affronter. Les musulmans étant très présents (ne dit-on pas à raison que Marseille est la porte de l’orient ?), ces enclaves sont des terrains fertiles pour un communautarisme que renient les vieux et qui séduit les jeunes. Trouver son équilibre culturel à Marseille, c’est comme jongler entre terre de vie et cœur de naissance. Pourtant, tous semblent s’accorder sur le fait qu’il faut savoir vivre en paix pour pouvoir y progresser malgré tout. Durant les émeutes qui ont secouées la banlieue parisienne, Marseille s’est tenue tranquille non du fait d’un déploiement de force mais simplement du fait que les jeunes se sont demandées s’il y avait lieu d’en faire autant.

Comme l’a dit Aznavour :

Vers les docks où le poids et l'ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits les bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant un parfum poivré
De pays inconnus
Et d'éternels étés
Où l'on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n'ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J'aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d'amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M'enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L'amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu'au matin
Debout sur le port

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerai dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
A mes rêves d'enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n'est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m'a t'on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil...

20 juin 2008

Maussade

Tiens, ce soir pas d'article... et oui il m'arrive de me reposer la plume et de décréter un silence et donc la défection de mes lecteurs les moins fidèles.
Pour information je ne serai pas présent ici même toute la semaine à venir (oui j'ai des vacances, étonnant non?) et vous n'aurez probablement pas le loisir de voir apparaître des chroniques.
Donc... au plaisir!
JeFaisPeurALaFoule / Frédéric

19 juin 2008

Je revendique d’apprécier les choses débiles

Contrairement à la croyance populaire qui prétend que je ne suis intéressé que par les sujets sérieux voire rébarbatifs, il m’arrive comme tout le monde d’aimer les thèmes légers, drôles et même profondément stupides. Ah, la douce libération de l’esprit quand celui-ci se laisse porter par l’humour sans finesse d’un film au scénario indigent et aux scènes ridicules ! Que je suis amusé par ces personnages improbables dont l’existence même est un défi aux règles de l’évolution ! Il est de notoriété publique que le rire soigne bien des maux et qu’il sait faciliter les soins au cœur… alors passons donc à quelques produits que j’estime avoir la capacité de vous donner un rire franc et sonore, le tout bien arrosé d’une débilité sans fond !

Commençons donc par la lecture… quoi pourquoi y a-t-il déjà une partie de l’auditoire qui s’est fait la malle ? Bon, pour ceux qui restent, je conseille vivement certaines bandes dessinées comme par exemple ce cher Gaston Lagaffe. Roi du non sens, maître des technologies de l’absurde, cet homme vaut à lui seul la palme de l’imbécile heureux qu’on aimerait connaître pour rire avec lui, mais que l’on détesterait côtoyer au travail. Pour ceux qui ne connaissent pas l’olibrius, Gaston est un jeune homme dégingandé travaillant dans un bureau des éditions Dupuis et qui a pour particularité de n’apprécier que peu de choses : le sommeil et inventer des choses inutiles. Homme de toutes les situations, mais jamais de celles que l’on attend, il a en vrac créé un instrument de musique apte à détruire des bâtiments, mis au point un chariot de transport du courrier allant à des vitesses inavouables, ou bien découvert une lessive capable de dissoudre les vêtements. Ca laisse rêveur, non ?

Côté cinéma il y a de quoi faire et je n’ai aucun doute sur vos compétences pour trouver un échantillon redoutable d’humour potache et très terre à terre. Quoi qu’il en soit, certaines œuvres françaises valent largement le détour comme par exemple la trilogie des « La septième compagnie ». Voilà des personnages comme on les aime : pas très futés, pas spécifiquement méchants mais pas complètement ingénu pour autant, ils ont le don de se fourrer dans des situations où seule la chance (et une bonne dose d’idées incongrues) leur permettent de se tirer des ennuis sans une égratignure. Oui bon, d’un point de vue historique c’est d’une nullité absolue, on pourra également râler sur l’aspect stupide des dialogues, mais si ce n’est pas le plaisir de regarder un « nanar » à la française, alors quel est l’intérêt ? Notons de plus qu’il y a dedans une bonne partie des acteurs de série Z qui ont fait la gloire (hum…) des salles obscures des années 70 et 80, la bande des Charlots exceptée. Dans un autre registre on pourra penser à des films bien plus fins mais à l’humour linguistique inusable comme les Tontons flingueurs ou bien les barbouzes.
Je proscris de cette sélection les films américains comme les Scary Movies qui ne sont qu’une vague évocation de films connus et où la parodie n’a même pas le mérite de faire rire. Oubliez également les films pour adolescents qui n’ont quelque chose à offrir qu’aux gamins obèses aux USA. Ici les clichés employés ne pourront que nous mener à l’ennui et aux bâillements. C’est d’autant plus dommage que des comédies légères existent bel et bien comme les films de Jerry Lewis qui, sans pour autant être des œuvres inévitables nous distraient fort bien et s’acquittent avec brio de leur rôle, nous faire rire de plaisanteries grasses sans excès.

Question télévision là je suis déjà plus réservé. Il paraît que certaines séries ont un véritable don pour faire rire : les « H » de Canal+, les « Kamelott » semblent être de bonnes références dans le domaine, mais hélas n’étant amateur ni de l’une ni de l’autre (sans en avoir vu suffisamment toutefois pour leur trouver des défauts), je ne saurais trop vous conseiller d’en voir quelques uns et de vous faire une idée par vous-même. Qui sait, si cela se trouve je rate quelque chose de fondamental dans la culture télévisuelle ! J’avoue par contre une certaine tendresse pour le rire second degré qu’on peut distiller en regardant les séries datées, ces fameuses références de notre enfance qui aujourd’hui nous font hurler de rire aux dépends du « jeu » des acteurs (quand je dis jouer c’est par charité…) et des effets spéciaux. Prenons les standards, que dis-je les tubes du genre : l’agence tout risque avec ses méchants qui ne se font jamais tuer, Supercopter avec ses scènes de combats où le même missile frappe la même colline à longueur d’épisodes, et puis le fin du fin, le nec plus ultra, je veux parler de K2000 ! Oui ! La voiture qui parle, fait de la philosophie, avec un conducteur à la chemise ouverte et à la coupe Saint Maclou ! Le grand David chose au sourire figé par le botox et aux interventions si ridicules qu’on en vient à trouver la voiture plus humaine que le faire valoir qui la conduit. C’est ça l’humour bête : rire de quelque chose qui n’est pas prévu pour agacer les zygomatiques.

Enfin, soyons sympathiques avec tous les médias : il existe énormément de références qu’il me serait trop difficile d’énumérer : les publications en kiosque (avec et sans ironie puisqu’on peut aussi bien rire d’un fluide glacial que se moquer du sérieux d’une Marianne en pleine déconfiture éditoriale), les émissions de télévision (ah, le grand moment des jeux débiles faits pour la ménagère lobotomisée), le cinéma (avec le énième ersatz de film d’action de quatre sous) et enfin la littérature qui recèle de bouquins forts drôles. A chacun de se construire un univers fait de rires, pour ma part je me marre en regardant certaines séries japonaises… dommage que ces références soient et resteront probablement obscures ici !

18 juin 2008

Qu’ils sont pénibles !

Toujours à maugréer, à couiner pour n’importe quoi, à faire de quelques difficultés ou contrariétés des choses insurmontables. Un lacet qui casse et c’est la retraite de Russie, un bus de raté et c’est déjà l’enfer de Dante… Mais pourquoi serions-nous tenus de supporter les plaintes suggestives de larves à peine capables de se prendre en main ? Méchanceté mise à part, avons-nous l’obligation morale de laisser nos tympans subir cette agression sonore qu’est le discours geignard d’un emmerdeur indécis ?

C’est qu’il y en a partout des malheureux qui trouvent leur sort peu enviable et qui s’en font toute une couverture bariolée à exhiber aux passants ! Je pense que ce phénomène existe depuis que l’Homme a découvert qu’il avait conscience de son existence, et qu’à ce moment précis de l’évolution, il a par la même occasion compris son ridicule et sa petitesse dans le monde qui l’environne. J’imagine bien le « plus intelligent » (toute proportion gardée) dans sa grotte ou sous sa hutte se lamenter sur l’épine qui s’est fichée dans sa voûte plantaire… Là, franchement l’image prêterait à rire non ? Et pourtant nous ne rions pas de l’homme moderne qui lui se sentira frustré de ne pas avoir réussi à enfoncer sa carte bleue dans le distributeur, ou pire encore quand celui-ci rétorquera à notre malheureux de service que son compte est débiteur. Attention ! Dans ce genre de cas le seigneur des lamentations viendra vous taper de cinquante sacs en versant d’immenses torrents de larmes et de douleurs sur votre complet marine (ou votre robe neuve, c’est selon) , avec à l’appui le larmoyant témoignage de sa foi en votre indéfectible amitié. Fuyez ! Vite ! C’est un piège aussi grossier que le trou béant au milieu de la route… Quoique, il existera toujours une population prête à plonger, se faire avoir, puis remettre le couvert à la moindre occasion.

« A tout malheur quelque chose est bon », c’est le genre de slogan qui n’entre jamais entre les oreilles du couineur professionnel. Pour lui, s’il est au chômage c’est de la faute aux immigrés, s’il a des difficultés avec sa femme c’est la faute aux médias et à la pollution, et surtout s’il est con c’est parce qu’il n’a pas appris à « causer meilleur ». Pensez-vous que cet animal tenterait de se sortir de sa propre misère intellectuelle ? Sûrement pas, il est tellement plus simple de se plaindre que d’agir ! Bien entendu, on pourra me taxer de méchanceté gratuite tant certaines situations ne permettent vraiment pas de s’en sortir, mais de là à tout avaler et tout pardonner, désolé mais la pilule ne passe que difficilement. Moi qui vous parle, je tolère très aisément les larmoiements et la promiscuité avec un chialeur, une plaintive, mais si ce n’est pas tant par simple amitié teintée de charité, j’avoue que je coupe volontiers court avec celles et ceux qui espèrent faire commerce de leurs malheurs. Gentil d’accord, idiot non. A ces inactifs irritants je réponds souvent « Charité ordonnée commence par soi-même », chose qui a tendance à irriter celui qui désirait devenir un assisté au lieu d’être une personne autonome.

Et puis il y a cette population qui détruit ces clichés, ces gens qui résistent à tout, qui ne montrent que peu leurs douleurs et dilemmes intérieurs. Ils sont là, près de vous, silencieux et souriants alors qu’ils ont de quoi vous faire pâlir de honte et de souffrance. Pourquoi ne les remarque-t-on pas ? La dignité n’a plus de sens quand le ventre réclame, la fierté est facile à faire taire si la vie d’un enfant est en jeu, et de toute façon l’orgueil est plus souvent un mauvais conseiller qu’un guide raisonnable. Vous en voulez du concret dans ce genre ?

Le site coverit

Pourquoi ce site ? Flânez dessus, observez la qualité de présentation, d’idées et de concepts bien agencés. Et bien… C’est l’œuvre d’un ami, un vrai grand ami qui me fait la leçon à chaque seconde qui passe. Tétraplégie haute… cherchez donc sur le réseau les implications que cela représente et vous vous ferez une idée du travail et de la patience nécessaire pour réaliser quelque chose de ce niveau sans avoir l’usage de ses bras.

A tous les plaintifs sans raison, faites vous une idée d’une vie sans mouvement… mais une vie remplie tout de même ! Merci mon pote...

17 juin 2008

Décidément... pauvre presse!

Apparemment d’un côté on annonce une réfection et donc une réduction des budgets militaires, et voilà que de l’autre on annonce strictement le contraire… je suis curieux de savoir où se situe la vérité.

Un article du nouvel OBS sur le même "livre blanc"

Enfin bon passons.

Une des choses des plus pénibles actuellement est l’orgie de brèves sans vérification qui pullulent presque autant que les boutons sur le faciès d’un adolescent acnéique. La comparaison n’est pas innocente : cela apparaît, gonfle, enfle jusqu’à être la seule chose visible puis tout à coup cela éclate pour ensuite retourner au néant, non sans laisser quelques traces visibles pour un bon moment. C’est pénible : d’un côté on vous dit « ça sera de cette manière », puis aussitôt un démenti ou strictement l’inverse sera annoncé. Merci pour la cohérence et l’art de noyer l’information au milieu d’un fatras de torchons toujours plus empressés pour véhiculer les paroles divinatoires plus que les informations indispensables à notre compréhension. A ce rythme les journaux finiront bien par s’empresser d’imprimer les unes avant la fin d’un match en annonçant la victoi… ah pardon, c’est déjà arrivé bien avant l’apparition de l’Internet. Je ne sais pas pourquoi mais les gars des rotatives n’ont probablement pas rigolés, et encore moins les rédacteurs de ces première de couverture bien foireuses.

L’information est une chose qui se doit d’être vérifiée, expliquée de bout en bout et ce si possible de manière non partisane. Là, en prenant d’un côté l’article de la veille et celui qui est en lien dans cette chronique on peut constater deux manières très radicalement différentes de présenter la même chose. Quoi ? C’est si difficile de dire franchement que l’état veut rénover son armée et d’en annoncer le prix ? On favorise l’effet de manchette déclarant la réduction des effectifs dans l’un, réduction quasiment passée sous silence au profit du coût des réformes dans l’autre. Qu’on ne soit pas d’accord j’en conviens, qu’on soit même gavé de voir ce que cela va coûter au contribuable passe encore, mais de là à n’informer qu’à moitié franchement c’est à peine digne d’un journaleux et non d’un journaliste compétent et surtout honnête ! Oh, certains me parleront d’attitudes partisanes, d’autres déclareront sans ambiguïté que certains taisent facilement ce qui est gênant pour le gouvernement, mais jusque là j’aurais pourtant pensé que les deux publications étaient du genre sérieuses et surtout bien informées. Hélas, je m’étais fourvoyé apparemment, mais peu importe l’erreur est humaine, voilà une occasion d’apprendre qu’il y a des demies vérités partout.

Si j’exclue les organes de presse franchement de gauche (non pas communistes, de gauche j’ai dit !) comme Marianne, reconnaissez qu’il y a de quoi rire :

Article "Mon oeil" Dans Marianne

Quel foutoir, rien que le sous-titre laisse rêveur : on mélange les grèves, le pouvoir d’achat, on saupoudre de football pour finir sur Carla Bruni et sur l’épouse du sélectionneur R.Domenech. Mais merde ! C’est du journalisme ça ? Bientôt on va dire quoi pour faire vendre de l’anti Sarkozy de comptoir ? Et ça ose se dire presse intellectuelle ? C’est du pince sans rire ? Non même pas ? Alors c’est pathétique, d’autant plus qu’il s’agit là de la « vitrine » du PS et des mouvances affiliées, et franchement toute personne un tant soit peu rationnelle aurait de quoi être effrayée en lisant une pareille accumulation d’inepties mâtinées d’un racolage ostensible. Oui, ça plaira à celles et ceux intéressés par le « football people », à qui a le désespérant désir d’analyser chaque propos lâché à l’antenne au lieu de se soucier des résultats… Et puis, d’y mêler (surtout) la politique pour se dire « anti Sarko », merci mais c’est de la merde ! Quel est le rapport entre les résultats de l’équipe de France avec la politique sociale en France ??? si quelqu’un voit un lien qu’il me fasse signe parce que là, soit je suis un vrai imbécile grand teint soit ce « truc » osant s’appeler journal se fout de nous. Ecrire du papier pour avoir des pages noircies je n’en vois vraiment pas l’utilité.

Bonne lecture, allez voir, ça vaut le coup d’œil (d’ailleurs la « chose » s’appelle « Mon œil »)

PAUVRE PRESSE !

16 juin 2008

La grande muette

Actuellement tout tourne autour du pouvoir d’achat : et que les prix à la pompe sont trop élevés, et que la marque X revendique d’être la plus économique, et que le gouvernement clame à tue tête qu’il veut réduire les dépenses… Certes, savoir combien les ménages peuvent dépenser est un critère essentiel de la santé économique d’une nation, toutefois j’aimerais que les gens restent prudents concernant les économies qui sont effectivement à réaliser. Contrairement à ce que peuvent penser énormément de personnes n’ayant pour vue que leur fiche d’impôt, une nation ne fonctionne absolument pas comme le budget d’une famille et encore moins comme une entreprise. Dans les faits on pourrait alors dire (à tort) que tous les services dits administratifs seraient des improductifs puisque ne dégageant techniquement pas de chiffre d’affaires. Observer un état ce n’est donc pas analyser la santé d’une société… loin de là.

Là où ma réflexion intervient c’est sur la publication d’un « livre blanc » décrivant les coupes à faire dans les budgets de la défense avec à la clé 54.000 postes qui seraient supprimés à l’horizon 2015. Dans le détail on notera donc des réductions dans tous les corps d’armée, dans les structures dépendant des budgets militaires (DGA et SGA), sans pour autant spécifier si ces budgets seront réalloués ou dépensés sous une autre forme. Si le document précise bien des pistes intéressantes (comme par exemple des dispositifs de surveillance par satellite, le renforcement du pouvoir de l’assemblée dans les choix de maintien ou non des forces armées sur les terrains opérationnels…), il n’édicte pour autant pas une vraie politique de défense à moyen terme. Identifier ses « ennemis » c’est bien, savoir lutter contre eux c’est mieux.

Commençons par les fondamentaux. Il est évident que les troupes mobilisées en masse sans formation militaire suffisante fait partie du passé et qu’aujourd’hui le métier de faire la guerre appartient à une expertise tant technique que physique. Difficile en effet de demander à un conscrit à peine instruit d’utiliser les équipements modernes de communication ou bien d’user avec bon sens des appareils de géo localisation. De là un constat s’impose de lui-même : les nations « modernes » ont donc besoin de forces aisément projetables (c'est-à-dire facilement déplaçables à travers le monde en un temps réduit, avec le suivi logistique nécessaire), faites d’experts dans divers domaines, et surtout adaptables à tous les climats et environnements que ces forces seront amenées à rencontrer. A l’heure actuelle, en dehors des troupes de type commando, voire quelques corps plus ou moins bien préparés, il est difficile et même pour ainsi dire impossible d’envoyer au feu une bonne partie de notre armée, simplement parce qu’elle manque de préparation. Relativisons : toutes les forces armées du monde ont ce problème de professionnalisation et surtout ce besoin d’expertise qui n’est pas facile à dispenser. La menace n’étant plus à nos portes, les interventions de l’armée française seront donc faites à l’étranger, en territoire probablement hostile (civils défavorables à la présence de troupes étrangères dans l’immense majorité des cas), et avec bien des difficultés incompressibles de maintenance et d’approvisionnement. Si cet aspect me semble essentiel, c’est surtout pour se demander si réduire les troupes effectivement en poste a un sens, et surtout quelles sont les troupes qui seront impactées. Depuis la disparition du service obligatoire nombre de casernes sont inutilisées et les hommes servant à l’encadrement reclassés voire simplement mis à la retraite. Qui va-t-on alors dégraisser ? L’indispensable logistique, les administrations qui somme toute font un travail vital de renseignement et de suivi, ou bien sur les comptes de « crapahuteurs » ce qui fera de l’armée une « armée mexicaine » faite de généraux sans soldats ?

Second point non négligeable et plutôt inquiétant : l’intendance. Chaque année la France et les chefs d’états successifs se gargarisent avec les avions modernes, les hélicoptères impressionnants, les chars fabuleux et les missiles infaillibles. Soit. C’est joli, ça en jette, mais qui se rend compte que nombre de ces équipements sont inutilisables faute de pièces, ou même de budget pour s’offrir les réparations nécessaires ? Sait-on que les blindés ne tirent à obus réels qu’à de rares occasions par souci d’économie des munitions ? Nous n’avons pas une mauvaise armée, nous avons une armée à qui il arrive d’avoir des manques flagrants de budgets pour des postes vitaux… à quoi bon avoir des dizaines d’hélicoptères de combat si les deux tiers sont cloués au sol pour réparation ? En temps de paix aucune nation n’apprécie de s’offrir le luxe d’une armée prête à combattre, d’autant plus si les voisins sont pacifiques, cependant il faut alors se poser le choix cornélien qui est soit de réduire son influence internationale en réduisant son armée, soit de plomber les budgets en maintenant une armée solide en ordre de marche. On ne fait pas défiler des décors de carton pâte une fois en opération… loin de là.

Ce qui me chagrine c’est qu’à force de vouloir faire dans l’exclusivité et le « cocorico » pathétique, nous en sommes à assumer le budget d’un porte-avion comportant des tares inacceptables, des chasseurs (Rafale en tête) qu’on arrive à peine à vendre et qui coûtent autrement plus chers que ceux mis à disposition par la concurrence, ou des blindés certes incroyablement efficaces mais trop chers à déployer. Historiquement les allemands avaient parmi les meilleurs blindés du monde, mais c’est la masse qui a valu la victoire à l’URSS, et l’on ne retient rien de cette leçon élémentaire de guerre dite moderne. En tout état de cause nous préparons (d’après le livre blanc) la guerre de l’information, nous voulons des satellites espions, mais pour autant savoir sans pouvoir réagir, à quoi bon ? Je ne vois pas réellement l’intérêt de se doter d’une nasse à infos sans pouvoir d’exploitation…

Dernier point et non des moindres, le livre blanc propose que l’assemblée nationale soit partie prenante dans les décisions de prolongation ou de maintien des actions de l’armée française.

Je cite :
« Parmi les autres points forts, on retiendra qu'après la révision constitutionnelle, le Parlement sera informé des interventions à l'étranger au plus tard dans les trois jours suivant le déploiement des forces. Ce qui laisse de la marge, car le Livre blanc ne dit pas s'il s'agit du début ou de la fin du déploiement, parfois très long. Et surtout, toute prolongation au-delà de quatre mois devra faire l'objet d'une autorisation par les assemblées parlementaires. En toute logique, les opérations en cours au Liban, en Côte d'Ivoire, au Kosovo et en Afghanistan devraient donc faire l'objet d'un débat si la révision de la Constitution est adoptée. »
Là j’ai énormément de mal à cautionner. Pourquoi ? Depuis quand les politiques seront de bon sens concernant les stratégies militaires, et ce qui plus est en sachant qu’ils voudront concilier défense et économies ? On ne peut décemment pas demander à des troupes de faire des miracles, et encore moins leur dire « rentrez à la maison parce que vous coûtez trop chers ». A quand des tableaux de statistiques opérationnelles pour démontrer à l’opinion publique que « Oui ! Nous, l’état, nous pensons que ça marche parce que 100% des civils que nous protégeons sont satisfaits de nous voir tirer sur l’ennemi ». Ridicule, et surtout dangereux en cas de guerre réelle.

De fait, je ne suis pas fermement contre la réduction des budgets militaires, mais je suis pour que la réflexion soit menée dans un ensemble cohérent, pas dans un esprit de propagande permettant à chacun de se rassurer en se disant que la grande muette coûtera moins cher.

Lien vers l'article du journal le point


13 juin 2008

Marins

M’étant jeté corps et âme dans la lecture d’un roman parlant de marins bretons (Pierre Loti : pêcheurs d’Islande), j’ai trouvé dans cette œuvre une des choses qui malgré ma misanthropie me fait aimer une partie de l’humanité : le courage simple. Loin de tous les clichés usés et ressassés concernant la profession de marin, j’y ai découvert une population d’hommes et de femmes dignes, honnêtes, droites et qui plus est courageuses malgré les difficultés du quotidien. Bien que la période décrite soit aujourd’hui pour une bonne part révolue (pêche à la voile), il s’avère que nombre de ces qualités ne sont pas pour autant perdues dans le néant de l’industrialisation à marche forcée. Ecoutons le chant de la mer qui vit au gré du vent, laissons nous bercer par les cris déchirants de ces mouettes qui parlent des naufragés et des disparus.

Je ne suis pas un homme de mer. Je ne suis pas plus attiré par l’immensité bleue que je ne le suis pas la foule anarchique qui s’y jette chaque été, et encore moins par cette population de rôtis humains qui se laissent griller sur le sable ou les galets. Non, je suis attiré par la rude honnêteté de ton et de comportement que peuvent avoir les gens de la mer, ces personnes qui comme personne d’autres dépendent totalement du sort et de la volonté des éléments conjugués. Qui parmi nous connaît l’âpreté et la crainte d’être perdu par une tempête subite ? Qui sait la valeur d’un compagnon de quart qui vous saisit juste au bon moment ? Et puis qui sait la saveur de revoir les siens après une longue et périlleuse campagne de pêche ? Humains ils sont, plus humains que moi ils resteront. On les as trouvés rustres, difficiles à cerner, peu éduqués, mais pourtant ils méritent l’admiration du terrien qui n’a d’autre crainte à avoir que celle d’être saisi d’un rhume. Le pêcheur voue sa vie à se saisir de celle d’animaux cachés dans un gigantesque vivier invisible, celui des profondeurs où même la lumière du soleil arrive à peine à percer.

Aujourd’hui prendre le bateau revient souvent à monter à bord d’une immense machine métallique, un de ces engins sans âme qui n’a pour seul bruit que celui de ses machines puissantes et décidées. Est-ce qu’un cargo à l’équipage disparate a la même âme qu’un de ces bateaux en bois qui emmenait les marins au large, le tout sous la poussée d’une brise fraîche ? Je doute qu’on puisse comparer la moderne sécurité à la belle incertitude du gréement. Et pourtant, toi pêcheur breton parti pour des campagnes dans les mers froides du grand nord, toi qui t’es réfugié dans les fjords, as-tu seulement reçu médaille et félicitation pour ta volonté farouche de mener à bien ton travail ? La terre de Bretagne est constellée de chapelles grises portant plaques et gravures aux noms d’hommes disparus là-bas, loin de la bêtise des hommes, dans les bras de cette maîtresse exigeante et cruelle qu’est la mer. Rien qu’y songer me fait sentir ma pauvre lâcheté d’homme des villes, désespérément en quête de cette force de cœur que peu ont à offrir à présent.

Et toi, femme de marin, femme d’infortune et d’amour, toi qui t’es donnée à ces rudes ouvriers des mers, qui daigne se souvenir de ton prénom ? Pourquoi oublier toute la dignité de ta robe noire, celle du deuil d’un époux parti trop tôt ? Qui se rappelle encore de tes pas lourds dans le village, remontant vers les falaises, sentant le vent mauvais fouetter ta coiffe et ta taille fluette ? Le cœur saigne quand on songe à ces mères qui ont perdues tant de fils dans ces campagnes ingrates et gourmandes en vies, l’âme pleure à la mémoire de générations entières sacrifiées sur l’autel de la pêche. Et toi, grand-mère, tu pleures ton époux, tes deux fils, puis à présent tes petits-fils, tous emportés loin de tes bras et pour qui les tombes demeureront à jamais vides de corps. Chéries soient les mémoires de ces dames droites qui ont supportées tant et trop ! Comment peut-on les oublier, ces femmes sacrifiant jeunesse et beauté pour l’amour inconditionnel d’un homme partant au loin des mois durant ? Elles méritent autels et chants respectueux tant elles ont portées à bout de bras ce monde, cette terre, cette vie qui jamais ne cesse.

Et moi, je tombe amoureux de ce monde, passionné par le courage inébranlable de celui qui s’en remet à la petite vierge en porcelaine fixée dans l’unique cabine. J’envie cette camaraderie qui fait de chacun d’eux un membre d’une seule et même famille. Vous tous qui êtes des gens honnêtes, vous tous qui pensez que le courage se mesure en actes héroïques, demandez vous quel courage il fallait pour lever des lignes dans les mers glacées d’Islande, pour vivre à bord d’un navire en bois dénué de moteur, pour survivre aux caprices de ce qu’on appelle aujourd’hui la météo, et enfin pour se donner corps et âme à une seule et unique passion : la mer. Je vous envie marins, j’envie même votre façon de vivre, cette façon d’être, brut, droit, fier, sincère… Merci à vous d’avoir existé, et en espérant que vos descendants soient toujours ainsi, fiers d’être des marins.

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12 juin 2008

La page blanche

Pour une fois je vis, enfin je subis le syndrome de la page blanche. « Quoi leur raconter ? » me dis-je en me triturant les neurones par l’intermédiaire d’un crayon frottant sommairement sa gomme contre ma tempe. Allons bon ! Le trou ! Le néant de l’écrivain (disons plutôt du râleur) qui se saisit de sa plume, l’étreint jusqu’à l’étouffer et refiler à l’auteur de ces lapalissades une abominable migraine.

Et pourtant, j’en ai des sujets faciles : la guerre, la mort, la faim dans le monde, le pétrole devenant aussi cher que du Chanel, bref, toutes les misères du monde pourraient faire l’objet de mes quolibets les plus sordides… mais là non. Rien qui ne mérite d’être vilipendé, juste l’envie de ne rien dire ! Quoique, en voyant ce que j’ai déjà mis pour vous expliquer que je ne mettrais rien sous vos yeux avides et injectés de sang j’ai de quoi m’inquiéter concernant ma santé mentale. Somme toute je vous souhaite donc à tous une bonne soirée et j’espère pouvoir trouver un terrain favorable à mes élucubrations.

Pour paraphraser deux génies du mal fort incompris :
- Qu’est-ce qu’on fait demain soir Cortex ?
- La même chose que chaque soir Minus : tenter d’écrire quelque chose sur le monde !

11 juin 2008

Santé

En voilà un domaine qui est devenu en l’espace d’une décade une véritable obsession dans les pays riches ! Plus qu’aucun autre domaine (si l’on excepte les cosmétiques et la lutte contre le vieillissement visible), la santé s’avère être un marché plus que rentable, qui plus est qui touche toutes les couches sociales. Tant par son côté inquiétant que son aspect quotidien, elle est donc indiscutablement plus importante que toute chose ; ne dit-on pas « tant qu’on a la santé... »

Après la seconde guerre mondiale, suite à la découverte du macabre traitement des déportés (génocide et expérimentation humaine), la question de santé publique a commencé à devenir un sujet sensible. Jusque là, il était difficile de dire que les états prêtaient réellement une attention soutenue aux pandémies, et ce malgré la grippe espagnole des années 20 ou bien les graves effets des maladies vénériennes. Somme toute, il semblait bien évident que c’était au tout à chacun de prendre soin de soi, quitte à laisser entendre que le pauvre n’ayant pas les moyens d’accéder aux soins était fatalement condamné à errer de dispensaire en dispensaire, de devoir prendre sur lui de financer ses traitements. La « découverte » du cancer, ses premiers traitements (radiothérapie et chimiothérapie) furent déjà une alerte sur l’obligation d’être concret pour les états, d’autant plus que la menace ne se contente pas de cibler une population à risque, mais au contraire susceptible de toucher chacun d’entre nous. De fait, l’aspect social (avec la création d’organismes gérant les remboursements, la prise en charge des médicaments/interventions chirurgicales/hospitalisations) fut mis en place afin que tous ou presque nous soyons sous une tutelle supérieure, une organisation apte à nous fournir une médecine enfin abordable.
Nous savons tous ce qu’il est advenu de ces systèmes : faillite dans certains pays (Suède en tête qui a renfloué celui-ci via des ponctions énormes sur les revenus), endettement abyssal (la France), système privatisé au maximum (USA) ou bien système réduit au minimum, invitant tacitement à s’adresser aux caisses privées (Grande Bretagne).

De là, tout un marché du médicament s’est développé à une vitesse ahurissante. En quelques années les brevets plurent et les laboratoires devinrent rapidement les détenteurs de la santé publique. Donc, de patient nous sommes devenus esclaves tacites de sociétés dont le but premier n’est pas le bienfait de l’humanité mais le profit. Bon, soyons honnêtes, toute société d’un système capitaliste doit faire acte de bénéfices, ou du moins de couvrir ses frais pour survivre, mais de là à instaurer un racket des patients... Sans cibler qui que ce soit, remarquons tout de même que nombre de laboratoires produisent les mêmes molécules, et ce même avant le passage de la dite molécule dans le domaine public (le délai actuel est de 20 ans). La poursuite du bénéfice rapide afin d’amortir les études mène donc à la publicité, au démarchage des médecins, à l’incitation à la consommation et enfin à la revente des produits aux concurrents de sorte que tout le monde y gagne. Et au bout des 20 années, le médicament devient libre de droits, les industriels produisent alors des « génériques » vendus 50% moins chers que le produit originel. En conséquence, tant le prix du médicament que son apparition dans le paysage médiatique et publicitaire deviennent inévitables.

Dans cette logique de course aux bénéfices nous sommes devenus des cibles marketings avant d’être des patients à sauver. Dans cette optique il n’est pas anormal (d’un point de vue économique s’entend) de constater des médecins acceptent des « pots de vin » des laboratoires, ceux-ci prenant la forme d’avantages en nature comme des voyages, des séminaires bidonnés ou bien des billets d’avion (la liste est longue). Comment procèdent-ils ? Merci à la sécurité sociale de leur fournir les statistiques aisément analysables : tout médecin fournit une ordonnance donnant lieu à la délivrance de médicaments. Si le médecin « favorise » une marque, alors le chiffre d’affaires sera plus important pour ce labo le concernant... Cercle vicieux, ce modèle mène donc non à un choix raisonné des traitements mais à une analyse financière de ceux-ci. Je ne dis pas que tous les médecins sont ainsi, loin de moi toute généralisation, d’autant plus qu’il existe encore une part non négligeable d’entres eux qui ont la fibre médicale, celle qui parle de serment d’Hippocrate et de respect de la personne humaine. Toutefois, songez-y lors de votre prochaine consultation : vous pourriez être surpris de voir le même et unique laboratoire sur chacune des boîtes de votre traitement.

Là où la santé devient vraiment un enjeu économique c’est aussi sur les « médicaments » (qui n’en sont pas tous) vendus en libre service ou presque, ces fameux produits sans ordonnance que le tout à chacun a en stock démesuré dans un placard : aspirine, paracétamol, crèmes diverses et variées, sans compter le petit sirop pour la toux ou la pastille qui soulage quand on a abusé de la bonne chère. Mine de rien, n’est-on pas bombardés par ces références ? C’est dingue, des termes tirés de marques deviennent des noms communs ou presque... Je vous en cite quelques uns pour la bonne bouche : VOXPAX, ASPRO, DOLIPRANE, STREPSIL, ALKA-SELTZER, ASPEGIC, DAFALGAN, HUMEX FOURNIER... la liste serait trop longue pour la décliner ici ! Aussi peu sinistre que cela puisse paraître de prime abord, nous vivons dons dans la crainte permanente de la maladie, avec la possibilité d’automédication. De produit de soin le médicament est donc devenu produit de consommation courante. Je suis terrifié rien qu’à l’idée de songer à une personne hypocondriaque et à son budget annuel.

Maintenant que les problèmes de santé deviennent mondiaux, les états sont tenus de se mobiliser. De part notre mobilité est devenue mondiale (en moins de 48 heures vous pouvez aller de l’autre côté du globe), ainsi que par la capacité d’être « porteur sain » (malade non déclaré mais contaminant ses petits congénères), on en arrive donc à des désastres sans commune mesure avec les autres pandémies. La peste fut une horreur, que dire du SIDA ? Maladie pernicieuse car ne se déclarant pas immédiatement (voire jamais pour certains), cette bombe à retardement s’est chargée d’envahir le monde et de mettre les gens dans la terreur des toxicomanes, des homosexuels (merci les clichés !) pour finalement trembler à l’idée que n’importe qui peut être porteur de la maladie (séropositif comme on dit). La fin du siècle précédent (donc le vingtième pour ceux qui sont largués question dates) fut aussi le théâtre d’une petite révolution sanitaire : prion (la vache folle pouvant nous contaminer par la nourriture), sa sœur chez le mouton (la tremblante), la grippe aviaire (H5N1 ou Influenza virus A sous-type H5N1), la nourriture est donc devenue, elle aussi, le terrain de chasse des laboratoires. Je tiens juste à rappeler une petite particularité intéressante : aucun virus n’est détruit par les médicaments ! Et oui, un virus est éliminé par l’organisme soit par le processus de vaccination (qui consiste à nous coller un peu de la souche virale dans la paillasse pour le corps réagisse et se protège contre), ou en faisant en sorte de soulager la machine en traitant les conséquences (on soigne la grippe en faisant baisser la fièvre en gros...). Poussons à l’extrême le raisonnement final : si l’état instaure des vaccinations (ou les rembourse intégralement ce qui revient au même), les laboratoires se gaveront sur le dos de qui ? De l’état, donc le nôtre, enfin celui de ceux qui cotisent ! Magnifique détournement de fonds, non ? Une étude de juillet 2006 annonce une dépense annuelle de 284 Euros par habitant ! Dites, qui dépense la part de mes parents qui ne consomment jamais rien ???

Dernier point : la France est une dévoreuse de médicaments, dont énormément de pilules du « bonheur ». Et oui : anxiolytiques, antidépresseurs, calmants, somnifères... la France se gave littéralement de produits chimiques pour moins s’angoisser du lendemain, mieux dormir malgré le stress, pouvoir rester calme au jour le jour, et finalement le tout avec la bienveillance d’un dealer envers ses toxicomanes. Non content d’avoir des influences sur le comportement, ces médicaments créent une forte dépendance au moins aussi terrible que celle à la morphine par exemple. Qu’on m’explique s’il s’agit d’une solution que de faire des gens des légumes au lieu de les faire communiquer. Bien que je ne sois pas totalement convaincu par l’empirisme des médecines de l’esprit (psychologie et psychiatrie), je leur concède des résultats probants quand le praticien est compétent et surtout conscient de l’impact de ses propos. Pourquoi le généraliste se substitue-t-il souvent à ces méthodes ? Raisonnablement je crains qu’il est plus simple d’inhiber que de soigner, et qu’à terme nous fassions de ces personnes des zombies accrocs et non pas des personnes « saines ». Le client parfait du laboratoire ? Possible...

A lire avec attention... (rapport des services de santé de notre pays)
Ventes d'antidépresseurs entre 1980 et 2001

10 juin 2008

Invasion

Lors d’une récente discussion avec un ami, nous sommes tombés d’accord sur un point essentiel du comportement général des êtres humains, et plus particulièrement sur l’usage de l’invasif (entendre par là l’acte de devenir envahissant) pour nous faire admettre autant l’inacceptable que le superflu. En se penchant sur la question, nous avons constatés que d’une part nous subissons tous l’assaut incessant tant de technologies que d’idéologie, et ce par tous les procédés possibles et imaginables. Concrètement, on pourrait même établir un classement des plus grands envahisseurs des temps modernes. Observons donc ces champions de la prise de position forcée dans la vie de chacun. Partons sur le TOP 3...

Tout d’abord, il y a évidemment les technologies de l’information. Jusqu’à il y a encore quelques années, le tout venant n’était pas tenu d’être joignable où qu’il soit, pas plus qu’il ne se devait de s’être immatriculé sur le réseau via une adresse de messagerie. A présent, je mets au défi qui que ce soit d’accéder aux annonces d’emploi récentes sans se connecter à l’incontournable toile Internet. D’aucun me répondront qu’il s’agit là d’un progrès phénoménal, qu’il offre des perspectives jamais vues, et qui plus que le Web accélère énormément les procédures de recherches. J’en conviens, mais en y réfléchissant de plus près ce « progrès » n’implique-t-il pas implicitement l’obligation de s’équiper ? Oh, je sais, le coût peut s’amortir s’il permet à terme de décrocher l’embauche si attendue, mais pour autant se mettre « à la page » ne garantit en rien l’obtention d’un poste ! De là, une question plus insidieuse sort du néant : s’équiper, oui, mais avec quels revenus ? Soyons logiques : pour pouvoir accéder à Internet il faut payer, et ceci tous les mois, tout comme il faut déjà disposer d’un ordinateur permettant la dite connexion. Une fois ce raisonnement fait on peut donc en conclure que les foyers trop modestes se voient immanquablement exclus de cette évolution de nos mœurs, et qu’ils tentent alors, en s’endettant, de suivre le mouvement. Si l’on prend le même type de raisonnement avec le téléphone portable, on constate le même problème qui devient encore plus aigu : le (futur) salarié devra répondre dans un délai le plus prompt possible à son (futur) employeur afin de se présenter au plus vite sur le lieu de travail. Quid de l’intimité ? Quid de la liberté de mouvement ? A force de vouloir rester connectés nous nous créons des barrières et des camisoles invisibles sous la forme de cartes à puces et d’écrans plats. Pour moi, il est donc évident que l’industrie de l’information est la championne du matraquage, de l’invasion de nos foyers sous la forme du « Si vous ne nous avez pas, vous êtes largués ».

La médiatisation d’un sujet au détriment d’un autre est tout aussi invasif, et ce avec des buts aussi avouables que le besoin d’alimenter la passion des fans, autant que l’inavouable plaisir à enterrer les questions gênantes. Fatalement, quand on prend les deux tiers d’un journal du soir pour y placer des résultats, commentaires et autres interviews de matchs (voir la coupe actuellement en cours), il y a de quoi se demander si le monde s’est assoupi pour la compétition ! Autant le revendiquer tout de suite : quand un championnat s’accorde l’essentiel du temps d’antenne je souffre énormément vu que je n’en suis que les résultats et ce de manière très lointaine. Tout au plus je trouve refuge sur les réseaux câblés qui eux, faute de moyens, ne retransmettent pas les matchs mais se rattrapent sous la forme de rétrospective et autres analyses fumeuses des scores et actions cruciales (d’après eux). Là où cela devient ahurissant c’est que le merchandising s’ajoute par-dessus, comme une couche supplémentaire d’une tarte déjà indigeste. Allez, regardez les rues et avenues : le temps d’une compétition elles deviennent le lieu d’un défilé revendicatif d’une identité nationale (sans limite de frontière, les origines étrangères réapparaissant alors sous la forme d’un maillot, d’un fanion ou bien d’un drapeau placé dans la voiture). Numéro deux donc, le sport dans son ensemble qui me pourrit l’existence non par sa propre essence, mais par l’invasion des médias (et accessoirement de mes temps de repos). J’oublierais presque les conversations d’experts vous déblatérant des analyses d’un niveau d’intelligence proche de celui du cloporte, mais là je diverge.

En troisième position enfin, l’écologie se pose là comme sujet et thème inévitable de ces dernières années. Bien qu’il soit indispensable de gérer notre avenir avec raison, est-il pour autant nécessaire de me faire bouffer des slogans abrutissants, des affiches aussi ridicules qu’obscures que des émissions m’accusant moi de la dernière marée noire. Désolé de vous décevoir les écolos, je suis conscient de la nécessité, mais à ce que je sache les ménages peuvent faire des efforts, mais c’est avant tout aux industries d’adapter leurs produits aux problématiques de demain. Qu’est-ce que je peux y faire, moi, si ces crétins pensent que trois fois plus d’emballage est mieux pour l’image de marque d’une pizza congelée ? En quoi suis-je responsable si la machine à café use et abuse de gobelets non recyclables ? Et puis pourquoi vient-on me dire que les produits pétroliers sont de plus en plus chers ? Les grands groupes maintiennent leurs marges, se gavent sur l’augmentation du tarif du brut (qui lui dépend non du volume mais de la spéculation faite sur celui-ci) et qu’au final, bon gré mal gré nous sommes tenus d’utiliser du pétrole. A ce titre j’objecterais également que c’est essentiellement aux industriels de se poser des questions sur leur façon de consommer : dans un pays capitaliste les gens prennent ce qu’on leur offre, et si l’offre est la même partout les gens prennent la moins chère. C’est ainsi, moins cher signifie souvent plus polluant. Tant que des normes ne seront pas instaurées je ne serai pas ouvert au matraquage du « Economisez de l’énergie » qui tacitement dit « … à place des grandes industries qu’il ne faut surtout pas emmerder ».