30 juin 2008

Putaing Cong !

Ah Marseille !

Si l’on m’avait raconté ce que j’ai vécu à Marseille, je me serais gaussé du conteur en le taxant vertement d’exagérer la vérité, et plus encore de caricaturer ses habitants. Ville cosmopolite s’il en est, Marseille me semblait être croquée avec passion mais avec un rien d’épice en trop qui font les bonnes comédies. Je me suis lourdement trompé sur le compte des marseillais, car oui ils sont des clichés ambulants, des Pagnol, des Raimu en puissance, avec ce goût pour la répartie et la « taille » (comprendre par là asticoter verbalement son interlocuteur) qui font d’eux non pas des spécimens comiques, mais au contraire donnent une existence unique à la cité phocéenne. Pour une fois que je ris des frasques des gens avec tendresse au lieu de râler de leur bêtise, je dois bien admettre que cela valait bien un retour en fanfare !

Imaginez donc : l’image de la terrasse ombragée en pleine vieille ville… ce n’est pas un cliché, c’est authentique ! Cette peau dorée et cet accent incroyablement chantant, c’est du vrai, du sérieux, du respectable ! Etre marseillais, c’est le sens du rythme qui se doit d’être lent quand il fait chaud, mouvant quand la nuit tombe, et insaisissable entre les deux. Comment les décrire ? Comment raconter ces petits instants jubilatoires où les phrases tombent telles des bombes à rire au milieu de la chaleur estivale ? Tenez, un exemple symptomatique. Accueilli par un couple d’amis que j’adore, nous étions tous trois assis à la dite terrasse, sirotant des boissons fraîches en attendant d’aller déjeuner. Voilà qu’un jeune arrive sur une moto d’un autre âge, le genre années 80 qui se refusent à mourir mais qui pourrissent lentement dans le fond de votre placard. La peau bronzée, la tenue légère, le voici qui répond à un ami débarquant lui dans une rutilante voiture neuve. Imaginez les se regardant à travers des lunettes de soleil, le sourire aux lèvres, et préparant la phrase qui saura désarçonner l’autre… (avec l'accent s'il vous plaît)
- Oh ! Tu l’as encore cette moto dis ? Tu devrais la faire recycler !
- Même pas en rêve ! Elle déchire tout ma mobylette !
- 'Tain ! Même le tonnerre mécanique ?
- Le tonnerre mécanique, je le fume tous les jours si je veux avec ma moto !
- Elle devrait finir au musée Grévin plutôt !
- Comme la plus belle des machines !
Et les voilà partant dans un grand éclat de rire. Les deux personnages s’en vont, nous, sirotant un autre verre, voyons revenir le motard qui met son « terrible » engin sur la béquille quand la voiture de son comparse apparaît dans la ruelle, la fenêtre ouverte à travers laquelle hurle alors l’homme à pleins poumons « Tonnerre mécanique ! »… Et oui, c’est ça Marseille : ça parle fort, ça taquine, ça « chambre », ça aime discuter et vivre au rythme du temps et non au rythme du travail.

Et ça continue tous les jours, les histoires de filles rencontrées et draguées depuis les voitures, de coups payés au comptoir à tour de rôle, de plage où déambulent les hommes en quête d’une rencontre, de réponses sèches mais drôles de ces mêmes femmes se moquant des séducteurs incompétents, et puis ces voix qui semblent toutes tirées d’un enregistrement réactualisées d’un Fanny ou bien de la fille du puisatier. Quelque soit l’heure, la ville bouge, vit et respire et va s’abandonner dans la méditerranée pour oublier les tracas du quotidien : l’emploi qui manque, les barres des cités déprimantes, le clanisme prononcé des communautés qui cohabitent sans pourtant s’apprécier.

Je croyais avoir vu des banlieues glauques, des immeubles sinistres et des coins où l’envie de vivre meurt avec l’apparition des habitations. Là-bas ? Les immeubles sont des zoos verticaux où les fenêtres ont des barreaux, où des appartements sont murés pour que personne n’y revienne, où le seul progrès tient en une maison de quartier que fréquentent, hélas, que ceux que la commune souhaiterait affronter. Les musulmans étant très présents (ne dit-on pas à raison que Marseille est la porte de l’orient ?), ces enclaves sont des terrains fertiles pour un communautarisme que renient les vieux et qui séduit les jeunes. Trouver son équilibre culturel à Marseille, c’est comme jongler entre terre de vie et cœur de naissance. Pourtant, tous semblent s’accorder sur le fait qu’il faut savoir vivre en paix pour pouvoir y progresser malgré tout. Durant les émeutes qui ont secouées la banlieue parisienne, Marseille s’est tenue tranquille non du fait d’un déploiement de force mais simplement du fait que les jeunes se sont demandées s’il y avait lieu d’en faire autant.

Comme l’a dit Aznavour :

Vers les docks où le poids et l'ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits les bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant un parfum poivré
De pays inconnus
Et d'éternels étés
Où l'on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n'ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J'aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d'amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M'enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L'amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu'au matin
Debout sur le port

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerai dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
A mes rêves d'enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n'est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m'a t'on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil...

3 commentaires:

Thoraval a dit…

Vé! Ca t'a plu l'histoire de la moto. Tu crains degun maintenant, te manque plus que Thérèse, Dany, Gérard, Carine pour te trouver d'autres arépades ou des cagoles et des mia à croquer.Fatche de con! Au moins, tu pourras pas dire que t'as fini le cul-cousu avec nous.
J'espère que les photos compromettantes arriveront par mail.
Bref, content de voir que tu as aimer radasser avec nous.

Carine a dit…

Sourire..
Merci pour ce concentré de Sud sur ta toile.
Quand je pense que certains disent qu'on exagère...Alors que cette caricature n'est que le pâle reflet du tableau "Original"...!!

Et enfin merci pour ta venue.

daniel a dit…

bonjour,
c est egalement avec grande impatience que ma compagne,Frédérique et moi même attendons de nous rendre dans cette même cité chez les mêmes personnes,
cité qui m est inconnue, moi le petit belge, mais personnes charmantes que j ai déjà eu la joie de rencontrer, qui se reconnaîtront en lisant ce commentaire,