13 juin 2008

Marins

M’étant jeté corps et âme dans la lecture d’un roman parlant de marins bretons (Pierre Loti : pêcheurs d’Islande), j’ai trouvé dans cette œuvre une des choses qui malgré ma misanthropie me fait aimer une partie de l’humanité : le courage simple. Loin de tous les clichés usés et ressassés concernant la profession de marin, j’y ai découvert une population d’hommes et de femmes dignes, honnêtes, droites et qui plus est courageuses malgré les difficultés du quotidien. Bien que la période décrite soit aujourd’hui pour une bonne part révolue (pêche à la voile), il s’avère que nombre de ces qualités ne sont pas pour autant perdues dans le néant de l’industrialisation à marche forcée. Ecoutons le chant de la mer qui vit au gré du vent, laissons nous bercer par les cris déchirants de ces mouettes qui parlent des naufragés et des disparus.

Je ne suis pas un homme de mer. Je ne suis pas plus attiré par l’immensité bleue que je ne le suis pas la foule anarchique qui s’y jette chaque été, et encore moins par cette population de rôtis humains qui se laissent griller sur le sable ou les galets. Non, je suis attiré par la rude honnêteté de ton et de comportement que peuvent avoir les gens de la mer, ces personnes qui comme personne d’autres dépendent totalement du sort et de la volonté des éléments conjugués. Qui parmi nous connaît l’âpreté et la crainte d’être perdu par une tempête subite ? Qui sait la valeur d’un compagnon de quart qui vous saisit juste au bon moment ? Et puis qui sait la saveur de revoir les siens après une longue et périlleuse campagne de pêche ? Humains ils sont, plus humains que moi ils resteront. On les as trouvés rustres, difficiles à cerner, peu éduqués, mais pourtant ils méritent l’admiration du terrien qui n’a d’autre crainte à avoir que celle d’être saisi d’un rhume. Le pêcheur voue sa vie à se saisir de celle d’animaux cachés dans un gigantesque vivier invisible, celui des profondeurs où même la lumière du soleil arrive à peine à percer.

Aujourd’hui prendre le bateau revient souvent à monter à bord d’une immense machine métallique, un de ces engins sans âme qui n’a pour seul bruit que celui de ses machines puissantes et décidées. Est-ce qu’un cargo à l’équipage disparate a la même âme qu’un de ces bateaux en bois qui emmenait les marins au large, le tout sous la poussée d’une brise fraîche ? Je doute qu’on puisse comparer la moderne sécurité à la belle incertitude du gréement. Et pourtant, toi pêcheur breton parti pour des campagnes dans les mers froides du grand nord, toi qui t’es réfugié dans les fjords, as-tu seulement reçu médaille et félicitation pour ta volonté farouche de mener à bien ton travail ? La terre de Bretagne est constellée de chapelles grises portant plaques et gravures aux noms d’hommes disparus là-bas, loin de la bêtise des hommes, dans les bras de cette maîtresse exigeante et cruelle qu’est la mer. Rien qu’y songer me fait sentir ma pauvre lâcheté d’homme des villes, désespérément en quête de cette force de cœur que peu ont à offrir à présent.

Et toi, femme de marin, femme d’infortune et d’amour, toi qui t’es donnée à ces rudes ouvriers des mers, qui daigne se souvenir de ton prénom ? Pourquoi oublier toute la dignité de ta robe noire, celle du deuil d’un époux parti trop tôt ? Qui se rappelle encore de tes pas lourds dans le village, remontant vers les falaises, sentant le vent mauvais fouetter ta coiffe et ta taille fluette ? Le cœur saigne quand on songe à ces mères qui ont perdues tant de fils dans ces campagnes ingrates et gourmandes en vies, l’âme pleure à la mémoire de générations entières sacrifiées sur l’autel de la pêche. Et toi, grand-mère, tu pleures ton époux, tes deux fils, puis à présent tes petits-fils, tous emportés loin de tes bras et pour qui les tombes demeureront à jamais vides de corps. Chéries soient les mémoires de ces dames droites qui ont supportées tant et trop ! Comment peut-on les oublier, ces femmes sacrifiant jeunesse et beauté pour l’amour inconditionnel d’un homme partant au loin des mois durant ? Elles méritent autels et chants respectueux tant elles ont portées à bout de bras ce monde, cette terre, cette vie qui jamais ne cesse.

Et moi, je tombe amoureux de ce monde, passionné par le courage inébranlable de celui qui s’en remet à la petite vierge en porcelaine fixée dans l’unique cabine. J’envie cette camaraderie qui fait de chacun d’eux un membre d’une seule et même famille. Vous tous qui êtes des gens honnêtes, vous tous qui pensez que le courage se mesure en actes héroïques, demandez vous quel courage il fallait pour lever des lignes dans les mers glacées d’Islande, pour vivre à bord d’un navire en bois dénué de moteur, pour survivre aux caprices de ce qu’on appelle aujourd’hui la météo, et enfin pour se donner corps et âme à une seule et unique passion : la mer. Je vous envie marins, j’envie même votre façon de vivre, cette façon d’être, brut, droit, fier, sincère… Merci à vous d’avoir existé, et en espérant que vos descendants soient toujours ainsi, fiers d’être des marins.

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2 commentaires:

Anonyme a dit…

Savais tu que l'église de Saint Malo est la seule de France dont la girouette n'est pas un coq mais un thon?

Thoraval a dit…

Les hommes se diviseraient en trois catégories. «Il y a les vivants, il y a les morts et ceux qui vont en mer», disait Platon... Tout comme toi, j'aime bien ces Laboureurs des Mers...