06 novembre 2009

Souvenir souvenir!

J'adore !

Bonne audition !

Ordre de marche

L’exercice de créer un texte servant d’harangue pour la foule, pour la motiver à agir est souvent délicat. En effet, s’il doit contenir des thématiques précises et même spécifier des actions, il ne doit néanmoins pas oublier sa part incitative et fédératrice. Ainsi, cumulant propagande, volontarisme, et stratégies, ce genre d’appel doit avoir un impact fort, du moins suffisamment pour qu’il reste gravé dans les esprits comme une prière. L’usage de tels messages doit donc éviter les écueils de l’excès technique et surtout du populisme exagéré. Rendre trop simple un texte, c’est alors lui faire perdre toute force d’intention. Maîtrisé, cet art peut emmener tout un peuple au combat, tout comme le mener à agir pacifiquement contre un occupant ou un oppresseur.

M’étant déjà essayé à cet exercice, je me suis dit qu’une seconde tentative serait intéressante, ne serait-ce que pour éclairer la progression de ma plume et d’en identifier les éventuelles lacunes. Sur ce, bonne lecture à tous et merci de votre attention.

Vous êtes tous là, debout dans les ruines de nos villes, à pelleter les cendres de nos maisons. Nous subissons, chaque jour et chaque nuit, les bombardements continuels de nos ennemis, et nous avons toutes les peines du monde à enterrer dignement nos morts. Nos larmes sont vaines, elles sont aujourd’hui impossible à verser tant elles ont coulées par le passé. Ce qui est utile, camarades, c’est le combat. Se lamenter, pleurer sur notre sort, c’est déjà accepter notre défaite. Nous devons, tous, ensemble, d’un seul pas décidé, affronter l’envahisseur et lui montrer notre détermination. Les villes se reconstruisent, les toitures se réparent, mais la liberté d’être ne saurait souffrir d’être entravée ou limitée. C’est notre nation que l’ennemi foule de son pied infâmant, c’est notre pain qu’il dévore et qu’il nous vole. Nous ne pouvons pas accepter la reddition.

En ces heures sombres où le canon tonne, où les avions vrombissent sans cesse au-dessus de nos têtes, nous n’avons plus le droit de baisser les bras. Ils brûlent notre passé, détruisent notre présent, et avilissent notre futur. Ne leur offrons pas notre destin, disputons leur notre identité et notre indépendance. Que chacun soit libre de faire son choix, que chacun prenne la responsabilité individuelle de se battre. Prendre les armes, c’est en accepter l’importance et le quotidien, et très certainement le destin de mourir pour son peuple et sa patrie. Je n’imposerai pas qu’on mobilise d’office, je refuserai toute personne ayant été forcée à se battre à mes côtés. Je veux que chacun soit assuré que ce choix sera à faire individuellement. Si nous sommes une armée, je la veux populaire. Je ne suis pas un chef, je me fais porte voix pour tous ceux qui sont au combat pour notre patrie. Elle est en danger, aidez nous.

Si j’ai peur ? J’ai aussi peur que celles et ceux qui se battent, à chaque instant, avec moi. J’ai choisi les armes. D’autres ne savent ou n’osent pas tenir le fusil ? Alors que chacun devienne force d’aide pour nos milices, que chacun permette à tout combattant de se savoir soutenu par la population qu’il chérit et honore par ses actes. Offre z leur gîte et couvert, ne les abandonnez pas à l’ennemi. Votre avenir doit vous appartenir, pas à un occupant indigne. Ne cautionnez pas les actes de l’ennemi en assistant passivement, ne leur accordez ni aide ni soutien de quelque manière que ce soit.

La résistance peut être aussi active que passive. Rendez le système inefficace, grippez en le moindre rouage. Ne déblayez pas les routes susceptibles d’être utilisées pour acheminer l’occupant sur le front, abattez des arbres pour l’entraver dans son avance, sabotez ses communications dans la mesure du possible. Ne leur vendez rien, détruisez si nécessaire les réserves qu’il pourrait saisir chez vous. Ne le nourrissez pas, assoiffez le par tous les moyens possibles. L’ennemi doit craindre notre action, il doit hésiter en tirant l’eau d’un puit, fuir notre nourriture et s’inquiéter dès la nuit tombée. Agissez, même à petite échelle, pour que les mécanismes de l’état soumis soient incapables de fonctionner. Ces actions, si modestes soient-elles, seront toujours utiles pour démoraliser notre oppresseur.

Si vous avez des spécialités, que vous pensez pouvoir nous offrir votre aide de quelque manière que ce soit, présentez vous dès que possible à un groupe combattant. Chacun a pour consigne d’orienter et former tout candidat à la résistance armée, et d’assurer avec certitude de votre détermination.

Agissons.

Message de révolte

05 novembre 2009

Rêve et tendresse

J’ai rêvé. Les yeux embrumés de sommeil, j’avais encore ces images délicates qui naviguaient en moi, hésitant entre l’évaporation et la persistance. Le plafond blanc s’étale alors, les murs ne sont que de vagues frontières, et le lit semble être une plage, ou une berge herbeuse d’un lac inconnu. La torpeur d’une chaleur dispensée par le chauffage est encore présente, si douce, si présente, que j’hésite à m’extirper de ce cocon paisible. Il fait bon, il fait encore nuit, la pluie tambourine doucement sur les volets, et je n’ai pas envie de me lever.

On rêve tous. Certains se souviennent de tout, d’autres perdent systématiquement ces moments au réveil, mais tous nous laissons notre esprit divaguer et s’emmêler avec l’imaginaire. Si pratiques, si pragmatiques au quotidien, nous vivons une seconde vie, inconsciente et étrange. Elle sourit quand elle dort, il se met en position fœtale quand il s’assoupit, et ils se rapprochent pour finir par s’éveiller intimement enlacés. Il fait bon vivre quand on est dans le monde des songes, quand les frontières se brisent et que la seule limite est notre imagination. Marcher sur les nuages, voler, être heureux, déambuler dans le monde paisible d’un printemps bariolé. On ressent, on vit nos sensations, la chaleur du soleil, l’humidité de l’océan, ou encore la saveur des lèvres de l’être qu’on enlace qu’en songes. Et pourtant, on est heureux.

Les rêves n’ont pas besoin d’être complexes ou prétentieux. Ils n’ont pas besoin d’être bâtis sur des fantasmes ou des désirs inassouvis. Le rêve, c’est juste une liberté intérieure, une porte ouverte vers un monde que l’on voudrait réel. Il rêve d’être libre, de dormir sur un matelas. Elle rêve que son fils ne sera pas soldat, elle rêve que son époux sera sincère et tendre, et pas une de ces brutes sans éducation qui traînent sur la place de son village. Ils rêvent de pouvoir voir Noël ailleurs que dans des ruines. Ecoutez cette respiration apaisée, ce souffle régulier qui va et qui vient, alimentant l’esprit fécond de l’être que vous aimez, et vous comprendrez alors tout le bonheur que c’est de rêver. Je rêve, j’imagine, je décris des choses qui n’existent pas. J’ai la plume qui danse, elle virevolte sans même se soucier des conventions ou des règles, et tout cela parce que je peux rêver, je peux voir intérieurement des mondes et des choses qui ne sont pas.

A quoi je pourrais rêver ? J’imagine la lancinante sensation des pieds mouillés au bord de ce lac que j’aimerais voir un jour en vrai, du pantalon remonté jusqu’aux chevilles, et puis la caresse de la brise d’une fin d’été cherchant à se poser sur ma chevelure courte et raide. Au loin, les arbres naviguent sur l’eau bleutée, toutes proches, ce sont les mélodies de la nature qui se font fanfare étrange. Le grillon, la cigale, les abeilles, le bruissement des feuillages, l’ondulation des hautes herbes, et les roseaux qui fléchissent sont des compagnons de bonheur. J’ai les mains posées sur le sol, je m’incline et réchauffe ma peau un peu tannée aux doux rayons du soleil. Nous sommes deux, tu as la tête sur mon épaule, et je soupire sans me soucier d’autre chose que d’être bien. N’est-ce pas là l’essence même du rêve ? Je n’ai pas besoin de trésor, je n’ai pas même besoin d’y croire, j’ai juste le désir de laisser le temps filer ensemble, juste parce qu’elle est là, avec moi.

Et puis le monde tourne. La lune se faufile, elle nous éclaire de son large sourire blafard, on s’enlace, se resserrent, on vit tranquillement notre passion réciproque. L’eau devient un peu plus fraîche, elle frémit à sa surface quand une libellule se perd dessus, et, dessous, des bulles inconnues remontent des lèvres d’un poisson joueur. Symphonie de couleurs simples, d’aplats ordinaires qui me rendent heureux. Au loin, la montagne, digne et solide, se dresse sans mot dire. Elle est, elle existe, tout simplement. Etres temporaires dans un monde éternel ou presque, on construit, pas à pas. Je n’ai pas besoin de parler, pas plus que tu ne prononces un mot. On marche, on quitte notre lac, puis l’on entre dans ce chalet, on ferme la lourde porte de bois, et, à la lueur des flammes qui dansent dans l’âtre, on s’embrasse et l’on ferme les yeux. Puis, le sommeil nous saisit, sans prévenir, juste léger et silencieux.

Et je me réveille en me disant qu’un tel rêve est autrement plus délicieux que tous les désirs humains, que toutes les envies de possession personnelle. Pas de haine ni de crainte, juste être soi, partager, vieillir ensemble, et s’aimer comme d’autres aimeraient le faire. Ce sont mes rêves, mes envies, je les lui offrirai quand elle voudra. Qu’importe si elle ne peut pas répondre à cette offre, je la ferai sans détour ni hésitation. Rêver, c’est aussi ça au fond : construire avec espoir même si cela s’avère vain.

Alors, si vous rêvez de dire « je t’aime », dites le sans trembler.

04 novembre 2009

Automne

Il ne fait pas si gris finalement. Il a plu, le ciel s’est légèrement ouvert, et les nuages qui défilent paisiblement se teintent d’un rose pâle peu coutumier de l’automne. La fraîcheur et l’humidité se font plus pressantes, et pourtant, assis au bord d’un de ces lacs urbains qu’on voudrait voir plus « naturels », je ne peux m’empêcher de sourire et soupirer d’aise. Emmitouflé dans un blouson de cuir, le mégot au lèvres, l’air se condense en buée quand j’expire, et les volutes bleutées viennent disputer aux odeurs de la cité le droit de faire palpiter mes sens. Pourquoi poser le regard sur le béton amer et sur les gens fuyant le vent et les perles de pluie ? Parce qu’ils sont ce que je ne suis pas, pressé ou oppressé, tendus, comme s’ils avaient l’avenir d’un monde dont je me moque chaque jour un peu plus.

Et pourtant, ce n’est guère le soleil déclinant vite, ou encore les bourrasques levant les feuilles de bouleaux qui se font accueillantes, c’est peut-être justement parce que l’automne n’est pas chaleureux qu’il n’en est que plus beau. La Vie décline, l’été se meurt, et la neige naît de l’alchimie du froid et des grands vents. Pour le moment, seules les flaques éclaboussent sous mes semelles, pour l’instant, seules les migrations tardives embellissent l’espace aérien. Et bientôt l’on n’entendra que peu le chants des oiseaux, les derniers entêtés cherchant plutôt à se réchauffer loin du gel et de la neige cotonneuse. L’automne est-il laid ? Il est rougeoyant, peignant les branches de taches pastel et sombres, il se fait aussi bleu terne sur les rivières et les fleuves, et il enflamme les joues des femmes qu’on aime quand la bise vient caresser leur peau. Les écharpes ressortent des placards, les parapluies poussent tels des nénuphars synthétiques.

Mélancolique, l’automne se fait ami des souvenirs devenus moins douloureux avec le temps. On pardonne, on se pardonne, et l’on écoute le cœur qui se souvient paisiblement d’avant-hier, d’il y a une éternité. On se plait à rêver que l’être aimé est assis près de soi, se blottissant pour ne pas avoir froid, et riant de concert pour se moquer de la pluie qui nous accompagne. La pluie n’est pas faite que de larmes de tristesse, elles sont aussi larmes de joie, de rire quand elles clapotent dans les mares temporaires sur le bitume. Qu’importe le pourquoi et le comment, mais on laisse l’enchantement des senteurs de bois humide nous saisir, on se saoule les sens alors que d’autres se ferment aux sensations. Quelle tristesse ils portent en eux, alors que la tristesse peut devenir tendre mélancolie. Oui, on peut encore regretter, hésiter à rappeler la personne avec qui l’on s’est disputé, mais l’essentiel est de savoir ce que l’on est, ce que l’on aime, et qui l’on aime vraiment.

La nuit extirpe la lumière du monde, et les forêts de lampadaires s’illuminent. On se dépêche, on s’éclaire, et individuellement on rentre chez soi. Les balais d’essuie glace tanguent langoureusement sur le pare brise, et l’on est comme empêtré dans la torpeur du chauffage qu’on a mal réglé. La radio peut alors crachoter n’importe quoi, un tube ridicule et sans devenir, ou bien encore un classique élimé, mais l’on se sent bien, juste apaisé et calmé de la frénésie du quotidien. Les murs et les façades se font fantomatiques, les pas des passants pressants et saccadés, et aux carrefours s’amoncellent ces êtres qui ne se connaissent pas, et qui rêvent pourtant que d’une simple rencontre décisive. Je ne porte pas de portrait contre mon cœur, je ne porte pas de prénom gravé sur ma peau, mais de l’intérieur je suis tatoué à jamais des visages des gens que j’aime. La toussaint passée, on songe à celles et ceux qui sont partis trop tôt, et l’on pense à ceux qui ont failli partir. On les aime, même si l’on ne peut plus leur parler, et c’est sans tristesse ni apitoiement qu’on songe à eux.

L’automne refroidit le monde, mais il réchauffe les sentiments. Autant les épaisseurs de vêtements augmentent, autant la distance entre les amoureux diminue. On s’enlace, on s’embrasse, on pense à Noël qui arrive vite, et parfois aux layettes qu’on envisage d’acheter pour la première née. Tel un lutin facétieux, je compte les disputes vaines et amusantes de ces jeunes couples qui se découvrent, de ces deux amoureux qui ne savent pas encore comment fonctionne l’autre. Ils se rabibocheront vite, se pardonneront les mots qu’on ne pense jamais, et s’offriront l’un à l’autre en gage de paix. Le vent souffle, je n’ai plus vraiment froid. Je sais bien qu’il y a quelqu’un qui préserve ce que je ressens en m’enlaçant de ses mots et des envies, et même si, parfois, je suis frustré de ne pouvoir la saisir, j’accepte cette existence.

Certains se résignent, d’autres luttent. Moi ? Je vis, et c’est déjà pas si mal. Douce mélancolie d’une nuit qui tombe sur mon automne intérieur, j’écoute mes arbres souvenirs frémir au vent des évènements du passé. Vivre sans regret, c’est déjà vivre un peu mieux qu’en se détruisant avec du remord inutile. Alors demain, si je pouvais changer le passé, je ne sais plus vraiment si j’irais le modifier pour le rendre moins douloureux. Parce que si j’ai vécu des douleurs intenses d’avoir eu des sentiments, j’ai néanmoins, en échange, pu ressentir la renaissance de l’âme et du cœur. L’homme change, il progresse chaque jour, reste à lui trouver une route qui se finit sur une note de douceur et d’amour.

J’ai changé, enfin… je l’espère.

03 novembre 2009

Obscurité

Les couleurs de la révolte sont souvent le rouge et le noir. Le rouge pour le sang, le noir pour le deuil. On couvre souvent d’un drap blanc, signe de paix, les cercueils de ceux fauchés par l’oppresseur, et l’on pose celui de la « nation » sur celui des soldats défendant l’ordre établi. Qu’il est triste, cet étalage de coloris, qu’il est dramatique ce florilège de ferraille qu’on épingle au revers des disparus ! Qu’on soit de ceux qui se battent pour la liberté, ou au contraire pour le maintien d’une dictature, on se doit tôt ou tard de mourir. Le destin est le même, identique, cynique et froid.

Nous visons la tranquillité avant même de viser l’idéal. On se veut en paix, on se veut « libres » de nos choix, mais ceci sans pour autant se poser de questions existentielles sur ce que sont ces choix. Nul ne s’offusque quand le liberticide devient une arme courante, personne ne semble prêt à se redresser contre quoi que ce soit, excepté quand cela touche nos petits intérêts personnels. Petit, tel est le mot le plus important de la phrase, car nous sommes petits, veules et lâches, et surtout sourds aux cris désespérés des autres. Jusqu’au jour où ces cris deviennent nôtres, et que nul n’est plus présent pour les entendre.

Dans l’obscurité des geôles dans le monde, c’est avant tout l’obligation de silence qui règne en maîtresse impitoyable. Mitard, sanction morale ou physique, suppression de « privilèges », l’arsenal des gardiens est large et efficace. On ne regarde pas ce que sont les prisons, car qui dit prison dit culpabilité. « C’est bien connu, tous les détenus sont innocents ! » répondra un matricule anonyme dans la cour de promenade. Et il aura raison : qu’est-ce que l’innocence ? Quels sont les critères qui définissent la culpabilité d’un détenu ? Nous pensons, du moins nous espérons que cela soit établi sur la base d’une morale, d’une réflexion juridique et judiciaire menant à exclure de la société les gens dangereux. Dangereux pour qui ? Pour nous tous, les piétons sans but qui craignent l’agression au coin d’une rue, nous tous, la mère solitaire poussant une poussette sur un passage piéton, nous tous, la grand-mère qui sort de la banque avec sa maigre retraite. Seulement, derrière les murs des prisons, ce n’est pas que le « criminel » qui croupit, c’est aussi le penseur, le libertaire, le déviant politique qui refuse le formatage étatique, ou encore le chanteur qui a tourné en dérision le pouvoir en place.

C’est, les yeux fermés, les oreilles bouchées, que nous signons chaque jour des contrats juteux avec des bourreaux. C’est, à chaque instant, que nous cautionnons par notre silence, la détention de journalistes s’étant élevé contre le traitement inhumain des femmes, ou encore contre les méthodes barbares employées par la pseudo police. Notre silence tue, il torture, il emprisonne et il autorise tous les excès. Nous tolérons, nous tergiversons, et quand une organisation quelconque prouve, avec forces preuves à l’appui, que nous négocions avec des tortionnaires, les voix murmurent dans les coulisses, et en public on se fait consensuel. Est-on tenu de cirer les chaussures des monstres pour en obtenir le meilleur profit ? Cette lâcheté est criminelle, indigne d’une nation qui arbore une devise telle que « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Ce qui est encore plus effrayant, pour ne pas dire tout simplement terrible, c’est que nous aussi, nous agissons avec une égale brutalité. Sous couvert de réduire à néant des dictatures, nous autorisons d’affamer des populations entières par des embargos iniques, nous leur refusons les soins médicaux élémentaires en rendant inabordables les médicaments, et nous allons même jusqu’à acheter en sous main la production de ces mêmes dictatures qu’on abhorre en public. L’obscurité est la règle en diplomatie, elle est nécessaire même car nul ne saurait être un bon donneur de leçons. Quelques exemples ? La France peut-elle parler de respect des droits de l’homme quand ses propres prisons sont insalubres ? Peut-elle donner des leçons de démocratie quand des lois de censure et de contrôle des masses se voient votées à l’assemblée ? La Suisse a-t-elle le droit de parole quand elle brasse les capitaux issus des saisies faites pendant la seconde guerre mondiale ? Peut-elle parler des droits de l’homme quand elle « efface » l’ardoise du fils Kadhafi quand celui-ci torture son personnel de maison ? Les USA peuvent-ils parler d’humanité quand ils bombardent impunément des civils, ont usés de l’agent orange au Vietnam, ou encore brassé les pétrodollars des dictatures du golfe Persique ? Nul n’est propre en politique, nul n’a de virginité morale, ce qui rend le tout obscur et malsain.

Le détenu pour délit d’opinion regarde par la meurtrière qui lui sert de fenêtre sur cour. Il vit, enfin survit dans des conditions inhumaines. Sale, malade, affaibli, il continue tout de même à résister à la pression de ses matons. Pourquoi ? Parce qu’il a quelque chose que l’Homme devrait porter en lui : le respect de lui-même. Nous avons vendu notre âme au Diable, nous la vendons quotidiennement, et ce sans vergogne, parce que ce marché nous coûte moins cher qu’être droits et honnêtes. Le détenu, ne possède plus rien, il n’a plus de vêtements à lui, il n’a plus sa maison, sa femme, ses enfants, pas même sa liberté. Mais il possède ce que nul ne peut posséder, ce que nul ne peut enfermer : la droiture d’opinion. Soyons comme lui, regardons notre monde avec courage, ne fuyons pas l’analyse et la contradiction sous prétexte que cela dérange nos habitudes ! Le silence cautionne tout, il autorise tout et rend inerte les sociétés. Nous sommes silencieux quand l’horreur frappe à notre porte, nous le sommes tout autant quand la mort frappe à quelques mètres de nous. Sous l’obscurité des ponts, des gens meurent, des gens luttent, des gens désespèrent. De quoi désespèrent-ils ? D’eux-mêmes, et de nous tous, car nous tous nous les oublions, nous éteignons la lumière, tirons le rideau sur la fenêtre, et nous espérons que l’inconnu en haillons ira s’échouer ailleurs.

Par respect pour ceux qui connaissent le sens du mot souffrance, et pour ceux qui luttent sans prendre une autre arme que la parole, ouvrez votre cœur, agissez avec dignité. Pensez, pensez encore et toujours, soyez critiques et constructifs, réfléchissez, partagez vos connaissances, soyez pourvoyeur de culture. N’acceptez ni censure ni même la démagogie, offrez vos idées à la critique, et critiquez en retour celles des autres. Le monde change, il se mondialise, les réseaux s’interconnectent toujours plus. Donnez, recevez, mêlez, bâtissez les colonnes du temple dédié à la connaissance universelle, au savoir, à l’Homme. Ne créez pas d’idoles, doutez, hésitez, comparez. Ceux qui vivent dans l’obscurité, ceux qui périssent dans les cachots méritent qu’on fasse la démarche pour que leur souvenir ne soit jamais effacé. Internet n’est pas qu’un outil, c’est un lieu de partage, une nouvelle forme de liberté.

Arborez un seul et unique slogan : « La Liberté de penser ne doit ni fléchir ni être encadrée. La liberté d’être soi-même ne doit pas être soumise à des choix arbitraires. Etre libre, c’est vivre. »

02 novembre 2009

Tout a vingt ans


J'apporte une correction tardive grâce à mon ami Thoraval. Tout le détail qu'il y a en commentaires (que je vous recommande de lire) est précis et circonstancié. Merci à lui.

Donc, c'est bien le 9 Novembre 1989 qu'est tombé le mur de la honte.

Bonne lecture.

Vingt ans, le bel âge. Vingt ans, deux décennies qui emportent vite les souvenirs et les sensations. Vingt ans, le moment des premiers émois. Vingt ans, une éternité pour l’être humain. Le 9 Novembre1989 tombait le mur maudit, le « mur de la honte », celui que les adolescents ne connaissent que sur des photos et des vidéos aujourd’hui datées. Le mur de Berlin. Quelle révolution se fut quand ce bloc de béton fut anéanti sous les coups de masses, de pioches et de piolets des habitants des deux Berlin ! Qui aurait cru que cette division inepte d’une capital en deux blocs finirait par tomber ainsi, sans violence ni coup de feu ? Quel jeune de moins de vingt ans peut comprendre tout ce que cela pouvait représenter ?

Aujourd’hui, l’étoile rouge semble oubliée. La mémoire flanche, la foule apparaît incrédule quand on explique qu’une capitale puisse être scindée en deux par un bout de béton armé, et que tenter de le traverser pouvait coûter la vie. Fait unique dans l’histoire, Berlin fut partagé par les grandes puissances au sortir de la deuxième guerre mondiale. Non contente d’avoir subie le feu de la colère Soviétique, la capitale Allemande fut alors balafrée en son sein, tout cela pour imposer le partage des territoires. Les partageurs de monde s’octroyèrent chacun une part du gâteau : à l’ouest, l’alliance de la bannière étoilée, à l’est le marteau et la faucille. Et dire que les Soviétiques bâtirent le mur de la honte pour empêcher la fuite des habitants vers l’ouest, vers ce qu’ils pensaient être la liberté et la paix !

Avoir vingt ans aujourd’hui, c’est croire que le système est pourri, mais qu’il n’existe pas d’autre ennemi que les terroristes à barbe épaisse avec le Coran sous l’aisselle. Avoir vingt ans, c’est se désespérer de s’insérer dans la vie active, et c’est aussi admettre que son diplôme n’a de valeur que pour soi, et rarement pour les employeurs. A l’époque, avoir vingt ans, c’était craindre le feu nucléaire, c’était apprendre que Tchernobyl avait explosé, que l’URSS faisait peser sa chape de plomb sur les pays du pacte de Varsovie, et que la démocratie en Europe ne valait que pour quelques pays. Le rideau de fer avait un sens, il était là, inévitable dernier rempart entre le communisme et l’économie de marché. Combien sont passés en fraude, combien furent abattus pour un espoir, un idéal ? Cela semble à présent incroyable, et pourtant, cela a existé. Les images, les photographies semblent dorénavant irréelles. Le noir et blanc s’est étalé sur les clichés, des personnages sont devenus emblématiques de la lutte pour la liberté : depuis ce soldat passant en courant les barbelés, jusqu’à ceux qui ont creusés un tunnel sous le mur, tous sont aujourd’hui des souvenirs, des symboles pour une génération sacrifiée.

Qu’est-ce qu’un jeune peut saisir de l’Histoire ? Nous ne sommes pas égaux devant les évènements, ceci ne serait-ce que chaque nation a sa trajectoire. On explique aisément les relations entre pays, on trace avec facilité et décontraction les anciennes frontières, mais qui peut réaliser ce que cela pouvait être ? Fut une époque, Berlin était le cœur, le centre même de la guerre froide, haut lieu pour les échanges d’espions, les actions souterraines, l’intoxication de la propagande, et parfois aussi l’emblème de la folie humaine. Qui connaît la STASI ? Qui a une idée de ce qu’elle fut pour les Berlinois ? Certaines statistiques mentionnent qu’un quart de la population travaillait directement ou presque avec cet organe équivalent au KGB Soviétique. Donc, un quart des habitants surveillait les trois autres, et les dénonciations étaient légion. A qui faire confiance ? A qui confier ses sentiments, ses craintes ou ses désirs ? Berlin Est était une prison à ciel ouvert, une ville cachot où penser était interdit. Et dire que le mur est tombé par hasard, et que nul soldat ne fit acte contre la révolte populaire ! Le miracle d’un peuple qui se lève contre l’oppression, d’une population dont l’âme est exsangue, dont le cœur a été déchiré pendant un demi siècle, une nation coupée en deux.

J’ai une sorte de mélancolie en me souvenant des avenues de Zagreb. Etant gosse, les avenues de ma capitale étaient teintes en rouge, l’étoile maudite estampillée jusque sur les immatriculations. Le Berlinois de l’est, lui, ne connaissait pas les voitures construites à l’ouest, il n’avait le droit qu’à l’immuable Trabant, aux salaires fixés par l’état, et aux magasins désespérément alimentés par les entreprises collectivisées. Quand j’en parle avec mes parents, c’est un sourire désabusé qui se fixe sur leurs lèvres. Liberté ? C’était une envie, une idée, pas une réalité comme je la vis au quotidien. Gorbatchev, dernier chef d’état de l’URSS, est présenté comme un « héros de la démocratie ». C’est oublier qu’il a subi, comme tous les autres, la révolution sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Par bonheur, ce fut un homme de bon sens, d’honnêteté politique qui reconnût la fin d’une ère. La fin d’une époque, la mort du communisme Soviétique, l’éclatement de 80 ans d’histoire. Comment percevront les prochaines générations ces réalités d’un autre monde ? Comment pourront-ils saisir qu’il y eut Hitler, qu’il y eut en face Staline, que les vautours mondiaux se partagèrent le monde à la faucille, et qu’un jour un pays reprit ses droits de ses propres mains ?

Aujourd’hui il y a une seule Allemagne, unie par les lois, unie par le drapeau et l’hymne. Sont-ils réellement unis ? Le fossé creusé entre l’est et l’ouest existe encore, et ce n’est que maintenant que le peuple commence à se reconnaître comme étant une seule entité. J’imagine le vieux soldat, celui qui a porté l’uniforme de la Wehrmacht, pendant la seconde guerre mondiale, qui a vu la fin de sa capitale, et qui a connu le joug communiste. Je le vois assis près de la porte de Brandebourg, sur un banc public, réajustant un vieux chapeau mou, et manipulant une canne de bois. Il regarde sa ville qui a changée, son Berlin où il versa son sang avec ses camarades, et où ses amis connurent l’oppression Soviétique, les prisons politiques, et même la mort. Sous ses yeux où la peau s’est détendue et qui s’est mouchetée avec l’âge, il y a une mâchoire qui ne sait plus vraiment choisir entre le sourire et la tristesse. Est-ce le Berlin qu’il a aimé ? Est-ce la ville de ses premiers amours, ou bien celle des grandes peines ? Quand lui, survivant d’un passé douloureux, s’en ira à jamais, ses petits-enfants ne comprendront probablement pas ce qu’il a vu et subi. Ils n’auront que le souvenir d’un grand-père souvent mélancolique et silencieux, d’un homme taciturne mais pourtant aimant et sincère. C’est ainsi, nous oublions, nos enfants oublient, et un jour, tout sera oublié comme si cela n’avait jamais été.

A toi, le Berlinois, l’Allemand à qui l’on a imposé par deux fois l’horreur et les larmes, à toi je dédie ces lignes. Qu’elles soient gravées pour que jamais l’on oublie tes souffrances, que jamais l’on fasse disparaître la mémoire de ce courage d’avoir été droit dans la victoire et la défaite, d’avoir été simplement toi. Allemand. Homme avant tout, humain après tout. Tu es revenu de l’infamie de tuer, de la faim et du froid, des larmes qui ne coulent plus. A toi, je dis que je n’oublierai pas, que je n’effacerai pas ma fierté de croire que tu es un frère, un camarade, et que, moi jeune sans combat et sans guerre, je te souhaite d’être honoré. Tes vingt ans furent fêtés dans les ruines de ta capitale, tes quarante derrière les barbelés et le béton armé, tes soixante dans une ville devenue étrangère… et peut-être as-tu fêté tes quatre-vingt avec, à nouveau, un seul et même drapeau pour tous les Allemands.

Mein Bruder, Danke Schön.




30 octobre 2009

Roi déchu

J’étais le roi. Nous étions une nation, un groupe solide, à la hiérarchie claire et aux obligations identifiées. Le pouvoir, je ne l’avais pas obtenu par ma filiation mais par ma force personnelle. J’avais pris ma place en montrant mon courage et ma détermination, en vainquant mon prédécesseur. Cette couronne, je la devais donc à moi-même et non à un quelconque héritage. Et tout cela, tous le respectait. Je pouvais ainsi marcher tête haute, sans craindre les quolibets ou le moindre reproche sur ce point. La harde était dévouée, fière, marchant la tête haute dans les contrées qui étaient notre royaume.

Je n’ai jamais vu la terre comme ma possession. Nous la partagions, nous étions tous ses enfants, et la nature, Mère suprême, nous offrait gîte et pitance. Quand venait l’hiver, nous nous soumettions tous à la disette, aux devoirs de la chasse et du rationnement. Nos enfants, notre avenir se devait d’être protégée et nourrie convenablement. A la limite, les mères avaient presque plus de pouvoir que j’en eus réellement, mais je leur cédai de bonne grâce cette tâche difficile de faire des petits de futurs membres de notre clan. Nous respections notre place, et seule la force personnelle pouvait éventuellement changer notre statut. Ainsi, je fus défié, j’ai vaincu, mais je n’ai pas tué mes adversaires. La morsure de la défaite leur suffisait à tous pour admettre ma supériorité, et je n’eus jamais de ressentiment pour nos membres. Sans eux, moi comme les autres j’aurais été affamé, seul, roi dans un royaume vide et dénué de sens.

Quand, au printemps, Mère nature rendait à la contrée ses couleurs, nous profitions alors du temps, de refuges douillets, d’une nourriture abondante et du chant du vent caressant les arbres. J’aimais ce temps, j’aimais ces balades interminables à suivre les ruisseaux, à écouter le trépignement de l’eau contre les cailloux. Le soleil se levait, se couchait, il dansait derrière l’horizon, et le sommeil était un instant partagé de tous. Nul adversaire n’osait nous défier, plutôt par respect pour notre cohésion que par peur de nos représailles. C’était ainsi : le monde était fait pour être partagé, et la Vie primait sur toute autre considération. Tuer ne fut jamais pour le plaisir, ce fut pour se nourrir, sans haine ou provocation. La loi du plus fort ? Non. Nous savions que nous étions condamnées, tôt ou tard, à retourner à la terre. Nombre de mes enfants périrent de maladie, de froid, tués lors de la chasse, mais tous vécurent ce que Mère nature leur avait accordé comme temps d’existence. Ai-je pleuré ? Oui, comme leur mère, comme nos frères, leurs cousins, et tout le clan. Mais c’était ainsi. Vie s’en vient et s’en va au rythme du destin.

Puis le monde changea. La fumée apparut au loin, des nuages sombres et étranges naissant au sol et s’envolant très haut pour cacher le soleil. On nous pourchassa, on nous extermina même, et d’autres clans amis furent décimés sans pitié. La forêt, ultime refuge, commença elle aussi à se clairsemer. Peu à peu, notre harde se clairsema au gré des combats perdus d’avance. Des frères et des sœurs moururent en nous suppliant de fuir. Certains se jetèrent même sur cet ennemi inconnu, au prix de leur existence. Sauver le clan à tout prix, sauver ce qu’il restait de notre royaume à tous. Nous n’eûmes bientôt plus le temps de pleurer nos morts, nous dûmes nous déplacer sans cesse, abandonner ce qui fut notre terre. Et pourtant l’ennemi ne s’arrêta pas là, il nous traqua encore et encore, espérant ainsi nous voir disparaître à jamais de ce monde qui fut le nôtre.

A présent que je suis vieux et fatigué, je regarde mon pelage élimé, cette fourrure qui fut protectrice s’est étiolée. Moi, le plus vieux, le roi des loups, moi, le seigneur de ces fiers guerriers, je les regarde avec douleur et amertume. Les ai-je sauvés, ou bien n’ai-je fait que repousser notre trépas à tous ? Nul ne me fait de reproche, nul ne déverse sur moi les regrets légitimes qui nous rongent tous. Les familles ne sont plus, nous n’avons même plus l’occasion de pouvoir avoir des enfants. Les pauvres, comment survivraient-ils à cette vie d’errance perpétuelle et de crainte continuelle ? Roi à couronne d’épines, roi à titre sans valeur, je suis sûrement le dernier. Nul n’envie plus ma place, plus aucun jeune ne me disputera mon trône tant il est devenu vain.

Quand je mourrai, la Mère nature me reprendra, elle emportera ma toison à tout jamais, et plus personne ne se souviendra de mon nom. Je n’aurai pas de tombeau comme les hommes en ont, nul ne me mettra en terre. J’offrirai donc, à mon tour, le sang nourricier de mes veines pour qu’un autre y puise sa force. Ainsi va la vie, ainsi va le monde. Merci au soleil de me réchauffer, il fait froid, ou alors peut-être suis-je le seul à grelotter. Je baille, m’étire péniblement, et prends la route, comme les autres, dans les derniers morceaux notre si belle forêt. J’emporterai ces souvenirs, ces odeurs de pin, d’humidité, de mousse, cette tendresse de la brise, cette morsure de la neige, et la saveur de nos repas partagés. Ainsi s’en ira le dernier des rois des loups, le Roi Déchu.

29 octobre 2009

Deux petites choses

La première, c'est que le message précédent est le 666ème (comme le nombre de la Bête). Bon, ça, vous vous en foutez royalement, et je l'admets, moi aussi. C'est juste que je l'ai remarqué et que cela m'a fait sourire, notamment du fait que j'avais rendu bavard Satan ces derniers jours.

La seconde, c'est que je suis tombé un peu par hasard sur un site tenu par une Française mariée à un Japonais et qui, vidéos à l'appui, vous aident à cuisiner des plats typiques du Japon. Rigolote, enjouée, la demoiselle s'éclate visiblement et je ne saurais trop l'inciter à continuer sur cette voie.

Profitez en, sortez les baguettes, et "Itadakimasu" (merci pour ce repas en Japonais, équivalent du "bon appétit")

A vos baguettes!

Donner une âme

C’est un des plus vieux fantasmes de l’humanité : associer une âme à des objets inertes, ou encore « créer » la vie en fabriquant de toute pièce. Aussi saugrenue que puissent apparaître ces idées, il n’en demeure néanmoins pas irréaliste de croire que l’homme puisse parvenir un jour à un résultat. Entre manipulations génétiques menant au clonage, et l’apparition de technologies miniaturisées pour le remplacement d’organes (avec, à terme, l’idée de pouvoir avoir une réserve d’organes de synthèse), il ne me semble pas si incohérent que cela de « réparer » la vie, voire même créer une nouvelle espèce humaine intégralement de synthèse, où le corps serait un réceptacle. Qu’est-ce qui définit l’être humain ? Son physique ou son « âme » ? La métaphysique est alors une partie intégrante du débat, avec tous les doutes et les problèmes éthiques qui s’en suivent. Alors, laissez moi vous conter une petite histoire, une de celles que j’aime à écrire quand l’actualité me semble inintéressante.

Tout a commencé quand j’ai eu mon accident. J’avais fait une mauvaise chute en bricolant, et m’étais fracturé le bras. Jusque là, rien de bien dramatique, si ce n’est qu’en arrivant à l’hôpital, il s’est avéré que la fracture était complexe et qu’elle nécessitait une chirurgie. Je m’étais dit que tout cela était maîtrisé et connu, et qu’en quelques semaines je pourrais retourner travailler. Ce fut effectivement une réussite, avec une jolie cicatrice et un pansement. Seulement, réfractaire aux soins et pressé de reprendre mon métier, je n’ai pas été prudent, et rapidement ce qui aurait dû être une formalité devint un calvaire : infection, médicaments, surinfection, retour sur la table, et finalement apparition d’une gangrène. Ce fut douloureux et long, et le staphylocoque doré s’en était mêlé. Résultat des courses : amputation probable. Le drame ! J’allais perdre l’avant bras à cause de mon manque de patience et mes bêtises.

On m’annonça qu’il y avait une solution toute récente et incroyable consistant en la reconstruction par prothèse. Je me voyais déjà avec un bras de mannequin de supermarché, et des doigts inutilisables. Ce fut tout le contraire. On me présenta des équipements ultra modernes, utilisant les derniers progrès des technologies, et le tout utilisant de la peau de culture. C’était bluffant. Qu’avais-je donc à perdre ? On allait me couper l’avant bras de toute manière, alors autant tenter le coup ! Ce fut alors le cirque des papiers, des explications techniques, des rendez-vous avec le psy pour me préparer au changement. J’en eus rapidement assez de me faire explorer la tête par crainte des toubibs que je fasse un rejet de la prothèse. Ce n’était pas eux qui allaient y laisser la main !

La chirurgie dura quasiment dix heures. Je dormis comme un loir, et l’on ôta mon avant-bras pour poser le nouveau. Au réveil, je me sentis nauséeux et me souviens juste m’être frotté les yeux … avec mes deux mains. Ce fut incroyable. La seule chose qui me fit remarquer que j’avais été opéré fut le pansement noué à hauteur de la jonction entre la prothèse et mon corps naturel. Très rapidement je m’appropriai le membre, et les spécialistes ne procédèrent qu’à quelques réglages anodins. J’étais câblé, réparé, et tout ceci me semblait être un miracle.

Je ne fus pas exposé comme un animal de cirque. C’était devenu si commun que je sortis de l’hôpital au bout de deux semaines, et repris le boulot au bout d’un mois. La cicatrice s’estompa tellement qu’il me fallut être attentif et minutieux pour la retrouver sur ma peau. J’étais sauvé ! Quel miracle ! Seulement voilà, à moi on donna une nouvelle chance, à d’autres on augmenta la puissance et l’efficacité : membres plus efficaces, vision améliorée, audition filtrée et même pouvant être désactivée pour les environnements bruyants. « Les augmentés » apparurent en masse, et ce fut alors un débat sans fin entre l’humanité ordinaire et l’humanité trafiquée. Les premiers à être réellement poussés à l’extrême furent des troupes d’élite, puis ensuite des ouvriers pour les zones radioactives. Ainsi, le chantier de Tchernobyl put enfin être envisagé grâce à des « hommes » mécanisés.

Nombre de scandales éclatèrent. Des entreprises exigeant de leurs employés de se « booster », des métiers inaccessibles sans augmentation technologique, ce fut sans fin et les tribunaux croulèrent sous les dossiers. C’est le jour où un type riche, après un grave accident de voiture, se fit intégralement reconstruire qu’a éclaté le vrai débat : homme ou machine ? La justice ne pouvait décemment pas trancher, pas plus que les médecins qui, eux, appliquaient Hippocrate dans l’idée de sauver des vies. Seulement, les salles d’opération devenaient rentables avec ces méthodes, suffisamment en tout cas pour que l’industrie de l’augmentation physique soit plus rentable que la chirurgie esthétique. Quelle était la nouvelle limite ? Dans l’absolu, si le corps devenait totalement remplaçable, la notion de vieillesse n’avait plus cours, pas plus que l’idée même de la mort. Quel avenir ? Quel destin pour les gens ordinaires, soit trop pauvres soit trop respectueux de l’essence même du corps ?

La question ne se pose plus vraiment à présent. Après la grande guerre, et les champs de bataille cybernétiques, l’humanité s’est repliée sur elle-même avec la résurgence des religions, et les discours réfractaires aux technologies redevinrent courants. Je suis obligé de cacher que j’ai été réparé mécaniquement. Certains états ont même imposé le recours aux listes des hôpitaux pour « revenir aux fondamentaux », euphémisme utilisé pour le démontage systématique des prothèses. Ces nations autorisent quand même l’usage de la reconstruction biologique, c'est-à-dire de « faire pousser », si possible, les parties endommagées. Ce n’est pas aussi concluant que cela, mais les gens se sentent plus en sécurité avec des gens de chair et d’os, qu’avec des « hommes » dont seul et la moelle épinière sont naturels, et dont les membres peuvent sans difficulté permettre de soulever une voiture ou détruire un mur d’un coup de poing.

28 octobre 2009

Jeunisme de mes...

S’il est une chose qui se perd aujourd’hui, c’est bien le rôle que doit tenir les parents. Je dis bien tenir, car si j’avais usé du verbe « jouer », mon propos n’aurait pas eu le même poids. En effet, quoi de plus ridicule que de placer ce mot dans ma phrase ? Les parents ne doivent pas jouer la comédie, ils doivent tenir et même camper leur position d’éducateur, de formateur, voire de censeur. Donc jouer serait assimilable à « faire semblant », ce qui, pourtant, apparaît être dorénavant la norme chez bien des adultes.

Vous autres, lâches géniteurs d’une marmaille analphabète et inculte, vous, parents indignes qui se préoccupent plus de la diagonale de votre télévision que de l’avenir de vos rejetons, vous tous je vous conchie, je vous maudis ! Grâce à vous, ces geignards exigeants trouvent à présent le moyen d’exiger du respect et envisagent bien souvent de se présenter comme une sorte d’autorité, ceci bien entendu par la force. Que j’abhorre la présence et surtout la conversation de ces demeurés. Leur but ? Je cite (j’en ai encore les oreilles qui sifflent) : « Foutre le bordel ». Hein ? Parce que c’est un but en soi, de « foutre le bordel ? » Ah ! Mais le service militaire finirait presque par me manquer, avec ce côté austère, cet aspect tortionnaire du sergent s’imposant en dieu vivant à une cohorte d’anciens chevelus fraîchement tondus ! A la trique et au pas de l’oie les mouflets, ça nous en ferait une bonne génération de bidasses prêts à se donner corps et âme (corps surtout, vu la prolifération des mines anti-personnel).

Je suis méchant avec les jeunes ? Vous trouvez ? Pourtant, qu’est-ce que le jeune a d’attrayant ? N’est-il pas le symbole de la déchéance physique de ces prédécesseurs ? N’est-il pas aussi l’éclatante et dramatique démonstration de notre incurie ? Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je n’ai rien contre les gosses, c’est le contraire même. Qui sera là pour payer ma retraite si l’on ne se reproduit pas ? C’est contre ceux qui les modèlent que j’ai une dent affûtée. J’ai en horreur la théorie de l’enfant roi, je la hais de tout mon être. C’est une des plus belles stupidité de l’histoire de l’éducation des enfants. En quoi un moutard encore morveux peut-il prendre de bonnes décisions pour lui-même ? Déjà qu’il est infoutu de se décider entre deux paires de baskets sous prétexte que les deux sont déjà la propriété de ses petits camarades, et qu’il n’arrive donc plus à savoir laquelle est à la mode… Non. Le gosse n’est pas forcément à blâmer, c’est ces imbéciles qui supposent que « jeunesse doit se faire » qui méritent l’usage de la trique !

Jusqu’à une époque pas si lointaine, l’enfant se devait d’être respectueux envers tout un tas de choses : les parents, les adultes, les personnes âgées, bref l’autorité au sens large. Maintenant, avec le principe de l’autonomie élargie, l’adolescent boutonneux à la voix de fausset se croit en position d’être intellectuellement capable de trouver quelque chose à redire à n’importe quoi, et surtout à n’importe qui. Et ça se demande alors pourquoi les baffes peuvent venir valser sur leur acné ! Je rappelle que l’autonomie intellectuelle dépend avant tout de l’expérience au sens large. On ne s’instaure pas expert de la vie, on la subit, et toi mon idiot en t-shirt estampillé « rebel generation », tu vas t’en taper de la vache enragée, comme tout le monde avant toi.

Je suis franchement énervé quand le jeunisme devient un principe de communication. « Les jeunes » par ci, « les jeunes » par là, mais quels jeunes ? Ceux des banlieues livrées à leur sort, ou ceux des milieux aisés qui sont récupérés à la sortie de l’école par le chauffeur en livrée ? Et puis, ces mêmes brasseurs de vent et d’inutile, ne sont-ils pas les mêmes qui critiquent ouvertement (et sans véritable fondement) la présence de personnages plus jeunes qu’eux ? Tenez, le fils de notre président, n’a-t-il pas été accusé d’avoir profité des bons auspices de son père ? Alors quoi ? Trop jeune, inexpérimenté ? Colossal, surtout quand ses accusateurs se vantaient juste avant d’avoir des équipes jeunes et dynamiques. Ce pseudo jeunisme est d’autant plus pathétique quand il en arrive à tout justifier, surtout des analyses contradictoires ; Dans mon métier par exemple, c’en est devenu illisible. Où se situe la marge entre le « débutant inexpérimenté » et le « trop vieux et trop cher parce que avec de l’expérience » ? Les recruteurs ont beau jeu de dire « nous voulons du jeune ! » tout en évitant bien entendu de recruter des profils juste sortis des écoles.

Alors comment le « jeune » peut-il avoir de bons repères ? Mal dégrossi, peu éduqué, au parcours familial au mieux bancal, à la scolarité inadaptée, puis pardessus le marché sans emploi parce que « trop jeune » justement, que doit-il voir concernant notre société ? La même chose que moi je suppose : un vaste bordel ambiant où les ambiguïtés sont la norme, alors que la normalité est devenue l’exception. Déprimant pour lui, sujet à railleries cyniques pour moi. Allez les jeunes, du courage ! Avec un peu de chance, on pourra compter sur l’émergence d’états totalitaires, sur la peur du terrorisme, et potentiellement sur de bonnes petites guerres économiquement rentables et humainement utiles pour renouveler le sang de la nation !