14 février 2008

Japon mystique

Suite au cadeau d’une amie proche j’ai pu savourer la musique d’un artiste nommé Frédérick Rousseau. Je n’ai hélas que peu d’informations sur lui et de plus Radioblogclub étant actuellement en pleine refonte, il m’est donc difficile de vous mettre un extrait de son œuvre. Toutefois ce que j’ai en ce moment même dans les oreilles est une musique au style très japonais et d’une douceur incroyable, et en compensation je vous mets la vidéo d’une composition totalement japonaise.

"Kibitaki Forest" par Liu Fang et Yoshio Kurahashi jouant respectivement du shakuhachi et du guzheng (cliquez sur les noms des instruments pour en savoir plus)


Ce qu’elle m’inspire ? Je ne sais pas si je dois cela aux clichés énumérés dans les films parlant de l’empire du soleil levant ou bien au fait que j’écoute avec délice ce style de mélodies, mais je dois dire que j’ai l’imagination qui travaille énormément. Vous, que vous fait-elle, provoque-t-elle l’apparition d’images, de situations ou de lieux ? J’aime assez écrire accompagné par une musique à laquelle je prends l’essence pour en tirer une histoire qui saurait se marier avec les harmonies. Ce mariage est vital pour moi car la Vie est faite de sons et non pas seulement d’images et j’ai la chance de ne pas être sourd… Alors savourons ensemble ce plat offert par la tradition des instruments de l’Asie et par ces accords si peu usuels dans la culture occidentale.

Historiquement il faut savoir que, sous des dehors de traditions et d’une stabilité maintenue par la fermeté d’une hiérarchie précise de la société, le pays fut longtemps secoué par des guerres et des changements de pouvoirs de par sa structure même de division en territoires en lutte pour le pouvoir territorial. On peut assimiler les seigneurs japonais aux seigneurs du moyen age européen et français notamment avec des régions protégées par une armée privée à la solde d’une noblesse militaire. C’est ici qu’intervient le légendaire samouraï, noblesse d’épée et soldat obéissant à un seigneur. Pour simplifier un samouraï prêtait serment d’allégeance et devait à son maître respect et d’utiliser son sabre pour le protéger. La voie du sabre, la philosophie mélangeant mysticisme religieux et art de la guerre est le point d’orgue de cette caste à part où l’art de vivre et de mourir et même de tuer sont ritualisés et précisés. Depuis les maîtres légendaires (Musashi Miyamoto décrit dans les ouvrages "La pierre et le sabre" puis "La parfaite lumière" de Eiji Yoshikawa) jusqu’aux récits épiques de combats entre des armées gigantesques pour l’époque, toute cette période est fascinante de richesses artistiques : peintures, dessins, céramiques diverses, intégration du zen dans la vie de chacun, bref un développement très intérieur puisque l’époque voulut que le Japon se referma sur lui-même jusqu’au milieu du XIXème siècle. C’est l’avènement de l’arme à feu ainsi que la fin du droit de porter le sabre qui mit fin au mode de vie féodal du Japon… dans le sang. Plutôt que de vous faire un résumé imparfait, mal documenté de cette riche histoire, je vous suggère plutôt de lire des ouvrages sur le sujet.

L’art du sabre, l’art de manier une arme et d’en faire aussi une philosophie de vie. C’est étrange comme la lame d’une arme a toujours fasciné les hommes. Considérée comme une arme noble le sabre fut immédiatement interdit aux paysans (tout comme toutes les armes d’ailleurs) et réservé à une élite combattante. Améliorée au fil des siècles (certains parlent en millénaires !), l’art du sabre est devenu plus qu’une technique combattante, le samouraï estimant que son âme est dans son arme. De ce fait, perdre ou détruire son sabre était un grand déshonneur, tout comme perdre son allégeance auprès d’un seigneur ou du Shogun. Sans maître, le samouraï devenait Rônin, homme souvent associé aux bandits de grands chemins et personnage peu recommandable parmi les hommes d’épée.
Je disais plus haut que les paysans n’avaient pas le droit à l’usage d’une arme, celle-ci étant réservée aux nobles. C’est à cause de cette restriction impériale que les paysans usèrent de leurs équipements (fléau à riz par exemple) et mirent au point l’art du combat sans pour autant enfreindre la loi. De ces « soldats » dérivèrent le fameux ninja, mythe cinématographique n’ayant qu’un lointain rapport avec la réalité. La majorité des ninjas étaient des tueurs à gage ou des gardes du corps qui majoritairement se fondaient dans la masse déguisés en jardiniers, paysans, serviteurs pour effectuer leurs basses besognes. Disposant d’un équipement très particulier dédié au meurtre, ils terrifièrent les chefs de guerre de part leur maîtrise du combat rapproché et des infiltrations nocturnes que par l’absence de possibilité d’identifier un ninja avant qu’il frappe.

Je n'ai pas suffisamment de connaissances sur tout ceci pour me permettre d'ajouter des images de peintures et autres oeuvres d'art, surtout de peur de mettre des clichés impropres à exprimer ce que put être le Japon médiéval et pré moderne... toutefois cherchez sur internet, le réseau n'est pas avare en belles photographies à ce sujet (notamment pour ce qui est de l'architecture ainsi que de l'art des jardins à la japonaise).

Maintenant… réécoutez le morceau, et laissez vous aller à imaginer ces hommes et ces femmes vêtues de manière traditionnelle, vivant dans les rues et avenues du futur Tokyo…et rêvez.

13 février 2008

Ephéméride

Certains se sont probablement posés la question de savoir si j’ai une connaissance pointue de bien des évènements historiques ou si je piochais quelque part les dates et descriptions placées ici même. En toute honnêteté je me dois de rendre hommage à un site qui est une éphéméride somme toute fort complet. De fait, j’ai observé celui du jour de manière à revenir sur quelques moments historiques qui me semblent intéressants. (Pour le lien vers le site voir en bas de cette brève)

J’ai assez peu abordé la question du cinéma du fait que d’une part je ne suis pas un grand friand des salles obscures, et d’autre part parce que j’ai du mal avec les comédies ébouriffées qui sont devenues la tambouille classique des grands écrans. Bien entendu je serais de mauvaise foi en reniant les qualités de certains films récents, notamment en ce qui concerne l’esthétique, toutefois je reste circonspect concernant l’intérêt et la valeur ajoutée de ces comédies pour adolescents où les frasques de la jeunesses sont décrites sans finesse et où le côté triste et sombre de l’ado découvrant sexualité, amour et les premières larmes sentimentales sont mises de côté. Enfin bon, tout cela pour dire que l’on peut retenir le 13 Février comme date importante du cinéma car c’est le 13 Février 1895 que le brevet du cinématographe fut déposé par les frères Lumière. Dire que sans ces deux types là on n’aurait jamais eu la possibilité de voir les images de la grande guerre, les films de Chaplin ou les aventures des Charlots (quoique, cette dernière référence prêtant à caution chez les amateurs…). Toujours est-il que merci messieurs Lumière, vous nous avez offert le grand support de la propagande, l’image animée.

Anecdote intéressante s’il en est, c’est ce même 13 Février (qui semble maudit) qu’en 1917 Mata Hari fut inculpée et arrêtée pour espionnage. Ex danseuse exotique, Margaretha Geertruida (Grietje) Zelle de son vrai nom fut une figure emblématique de l’espionnage Allemand en France pendant la grande guerre. Ambiguë, belle et précieuse, elle fut tour à tour une vedette de l’espionnage français puis brûlée sur l’autel de la haine anti allemande. En effet, elle fut déclarée coupable d’être un agent double à la solde du Kaiser, chose qui semble plus ou moins avérée par des aveux prêtant à caution mais aussi par des déclarations de membres avérés de l’espionnage Germanique. Dans les faits, elle demeure aussi le personnage emblématique de la femme au service de l’état ainsi que de la capacité d’une femme à user de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut. Souvent rejetée et adulée en même temps par les féministes (les unes lui reprochant d’avoir justement utilisée le charme et les autres la glorifiant pour la même raison), elle reste néanmoins la preuve que l’espion n’est pas le mâle anglais de James Bond ni le dangereux personnage qu’on peut imaginer arme au poing silencieux au canon. Un espion n’a pas de sexe, il a une fonction. Quoi qu’elle ait pu faire pour ou contre l’état, elle est à mes yeux un symbole utile dans l’évolution dans le féminisme et sa reconnaissance.

Moins héroïque, bien moins reluisant que le rôle d’espion, le 13 Février 1945 porta malheur aux habitants de Dresde. Dresde, symbole douloureux de l’action de propagande a ville fut bombardée par les alliés avec une violence inconnue jusqu’alors, tout en sachant qu’elle n’était pas intéressante pour eux. Dans les faits on doit également noter que la stratégie Allemande était de créer des citadelles, c'est-à-dire des villes fortifiées ayant pour but de concentrer des troupes et ainsi résister à l’avancée Soviétique. Bien des hypothèses furent donnée : les alliés pratiquant la terre brûlée face à l’avancée communiste, les mêmes alliés donnant un avantage à Staline pour lui offrir une victoire symbolique et même le fameux impact psychologique du rouleau compresseur. Le bilan est difficile à établir tant l’époque était trouble : depuis 250.000 morts avancés par les uns, jusqu'à 50.000 énoncés par les autres, il est toutefois clair que ce bombardement fut avant tout un coup brutal pour démontrer l’omnipotence de l’aviation alliée. Pourtant, rien en cet acte permit de raccourcir la guerre, bien au contraire elle offrit à la propagande nazie le prétexte rêvé pour traiter les ennemis en bourreaux d’enfants et confirmer ainsi le peuple dans un fanatisme innommable.

1960… la France pourra remercier à jamais le territoire du désert du Sahara pour avoir été le siège de l’explosion de la première bombe atomique tricolore. Quoi qu’on puisse penser de l’arme atomique, surtout laissée entre les mains de paralytiques et de grabataires fanatiques comme ce fut le cas pendant la guerre froide, elle demeure la seule arme permettant de faire suffisamment peur sans faire de morts. Aussi surprenant que cela puisse paraître notre peur justifiée de la bombe atomique est un paradoxe au titre que c’est l’arme la moins meurtrière… puisque utilisée que par deux fois dans l’histoire. Comme quoi, l’horreur de la première fois suffit à sceller la terreur en arme primaire.

Plus récemment les autres dates me semblent plus comiques qu’autre chose… enfin bon citons en quelques unes pour rire :
- 1972 : Le groupe Led Zeppelin annule un concert à Singapour : le pays ne les autorise pas à descendre de l'avion car ... ils ont les cheveux trop longs !
- 1999 : Trois hommes armés font irruption chez une fleuriste de Villeneuve la Garenne, Haut de Seine, France. Sous la menace de leurs armes ils se font remettre 3 roses d'une valeur de 84 Francs ! Braquer une boutique pour 84 Francs...
- 2002 : Michel Gouailhardou, incarcéré pour 15 ans de prison pour des braquages a déjà essayé de s'évader en 1997. Aujourd'hui, parce que sa mère est malade, il obtient la permission de se rendre à son chevet, escorté de deux gardiens en civil. A l'heure du déjeuner, ses gardiens le laissent seul pour aller manger. A leur retour, ils s'étonnent que leur prisonnier se soit fait la malle… pathétique.

Pour avoir une vue sur toutes les dates du calendrier, voici le lien:
366 jours!

12 février 2008

Deux chevaux !

Tout d’abord je tiens à saluer mes lecteurs pour avoir pris la peine de me lire hier soir, ce fut pour moi une réussite que d’obtenir des réactions de surprise et un rien d’agacement dans la conviction naissante que j’aurais changé de bord ou que, pire encore, je me sois moqué de vous durant ces presque deux années d’existence. Ceux qui au contraire ont ri de ma boutade se voient remerciés avec chaleur, ceci prouvant également que le second degré et la dérision sont des choses qui sont appréciés ici bas. Dans tous les cas cela n’a pas laissé indifférent et je m’en félicite.

Revenons au thème du jour. J’avais un temps envisagé d’aborder une question délicate qui est celle du « héros » désabusé et usé par ses convictions et voilà que l’histoire automobile me rattrape avec l’anniversaire de la 2CV ! 60 ans l’ancêtre tout de même ! C’est hallucinant que ce… bon là c’est fou mais j’en vois déjà plein qui ont décroché et qui se disent « il va nous gonfler avec ses vieilles bagnoles… allez on se prend un pot ? », mais sombres personnages que vous êtes, la dite bagnole en question a un historique tout à fait intéressant et qui plus est représente le meilleur de ce que l’homme peut avoir au fond de lui. Vous ne me croyez pas, misérables cloportes satisfaits de ces machines sans relief que sont devenues les automobiles ? Et bien lisez donc ce qui suit.

Tout d’abord il s’agit de savoir pourquoi et comment fut conçue la deux pattes : un engin polyvalent, pas cher et surtout facile à fabriquer. L’étude fut lancée dans les années trente sous le code TPV (très petite voiture) avec pour objectif de motoriser la France des prolétaires (front populaire oblige) et ce rapidement. Tout d’abord minimaliste avec un seul feu, un essuie-glace manuel et pas même un chauffage, l’engin dût se cacher pendant l’occupation Allemande. Théoriquement, si les bureaux d’études de Citroën avaient obéis à l’occupant, les prototypes et les plans de la TPV auraient dû rejoindre Berlin et ainsi être mis à contribution dans l’étude de la VolksWagen. Evidemment, franchouillards que nous étions à l’époque, les dits ingénieurs s’échinèrent à traîner les pieds, cacher les maquettes et même envoyer une caisse lestée de pièces usagées pour tout prototype de conception. De là, si ce n’est pas de la résistance passive qu’est ce que c’est ? Ces hommes et ces femmes, déterminés à conserver l’idée et désirant aboutir à quelque chose de concret, la TPV fut donc un secret en interne, une espèce de Graal à produire pour pouvoir relancer la machine au sortir du conflit.

Une fois la grande lessive terminée, l’étude reprit de plus belle pour déboucher sur le modèle d’exposition de 1948 qui fut en soi la première « vraie » 2CV : peu puissante (d’où son nom pour sa puissance fiscale), la voiture n’en était pas moins une voiture d’ingénieur. D’ailleurs, petit aparté : les voitures Citroën, du moins jusqu’au rachat par Peugeot furent souvent nommées voitures d’ingénieur de part des conceptions innovantes, mais aussi la nécessité d’être ingénieur pour en comprendre les subtilités. C’est ainsi que la 2CV fut équipée de suspensions à pots inédites, de dispositifs à clips pour la carrosserie, ainsi que d’un moteur bicylindre à plat à refroidissement à air. D’abord boudée pour son style bizarre, elle fut rapidement le symbole du retour à la prospérité. Voiture de monsieur tout le monde, depuis le paysan jusqu’au docteur, engin de madame comme second véhicule, le concept n’évolua pas des masses jusqu’à la fin de sa production en 1990. Et oui, 42 ans de productions messieurs dames, un record du genre, ainsi que plus de 5 millions de voitures vendues (toute finition et dérivés confondus, dont environ 1,2 millions de version utilitaire).

Ce qui est important dans la 2CV ce n’est pas tant sa conception particulière et minimaliste (voir l’intérieur d’une 2CV c’est voir des fauteuils de camping fixés sur un plateau de tôle nue), c’est aussi le symbole même du côté récréatif de la voiture : facile à vivre et à entretenir, pour ainsi dire indestructible, dure au mal au point d’avoir été maltraitées de partout, elle a fait preuve de sa bravoure sur tous les continents. Aujourd’hui encore c’est un emblème de la France au point que le cinéma étranger n’hésite pas à en placer une comme cliché des rues parisiennes, malgré sa disparition progressive de nos routes.

La 2CV, inadaptée aujourd’hui ? Pourquoi donc ? Polluante ? Plus suffisamment sûre ? Techniquement il y a probablement du potentiel pour nous pondre la 2CV du futur, j’entends par là une voiture avec une vraie bouille, pas un œuf sur quatre roues, et de plus aussi peu chère avec l’essentiel : quatre places, quatre portes, un moteur et un volant. Le reste pouvant être relégué au rang d’options, je suis convaincu qu’on pourrait avoir une forte demande d’étudiants, de salariés peu fortunés et de personnes cherchant une voiture de ville pour pas cher, tous fédérés derrière l’idée que l’automobile ça peut être pas cher et un plaisir à la fois. Si les constructeurs me lisent, qu’ils songent au succès de la 2CV, de la Fiat 500, de la Coccinelle ou de la Mini… urbaines, mignonnes, décalées ensuite et rustiques. Des bagnoles quoi.

11 février 2008

Méchanceté gratuite

Qu’on me permette de procéder à une mise au point ce soir. Oui, il m’arrive en effet d’écorcher les visages les plus affichés de France et parfois même du monde, et parfois même de tenter par ce procédé de me faire la réputation d’un chroniqueur compétent et acéré. Pourtant, je me sens obligé de préciser qu’il ne s’agit absolument pas d’une tentative désespérée de faire réagir la masse alanguie devant son téléviseur ni de la faire tressaillir d’inquiétude face aux soubresauts politiques ayant des relents de fascisme, non c’est juste que, en fait…je suis méchant par nature. Et oui, tout comme l’homme est un loup pour l’homme (c’est pas moi qui l’ait dit le premier !) je suis un râleur obnubilé par ma propre cruauté gratuite envers les grands de ce monde que je jalouse. C’est honteux, petit et bas, mais que voulez-vous, j’adore avoir l’air important en ouvrant plus facilement ma gueule qu’une bigote ouvre sa bourse le dimanche matin pendant la première messe.

Quand je dis qu’un président n’a pas à vendre ses miches pour avoir l’air utile à la nation, c’est juste que je suis dépité de ne pas me voir étalé en pleine page sur les couvertures imbéciles des magazines sans contenu. C’est déprimant, l’anonymat. J’ai un mal de chien à me résoudre qu’au lieu d’avoir une audience de quelques millions d’abrutis sans opinion je n’ai guère qu’une cinquantaine d’illuminés amusés et peut-être courroucés par ma prose surfaite. En tout état de cause, je suis donc foncièrement jaloux de cette réussite qui offre à des génies comme BHL, Poivre d’Arvor ou Arthur des tribunes toutes acquises à leurs envies les plus facétieuses. C’est séduisant, le pouvoir des mots ! C’est si vrai que j’en viendrais presque à supplier séance tenante le plus petit des rédacteurs de TF1 de m’offrir un poste de gratte papier au fin fond d’une rédaction poussiéreuse et glauque.

Méchant ! C’est si simple de l’être après tout ! Le moindre relief de personnalité qui s’offre à ma verve cruelle suffit amplement à broder une diatribe qui me tient lieu d’opinion. Quand j’ai eu envie de saluer avec chaleur les compétences des dictatures européennes, ce n’est certes pas par antisémitisme ou par acquisition à des opinions qu’on pourrait un peu hâtivement taxer de nazisme, non c’est juste qu’il est de bon ton quand on a une grande gueule méchante de faire partie des minorités aux idées déviantes de manière à s’assurer l’opprobre du plus grand nombre et ainsi jouer les intellectuels incompris. N’allez pas penser qu’il y a une difficulté à tenir des propos intenables, à défendre des thèses aussi sordides soient-elles… Au contraire, il suffit justement de dire une saloperie pour devenir une véritable vedette ! Prenons Le Pen (avec des pincettes) : c’est l’exemple même du type qui est méchant parce que ça rapporte. Grâce à ses enseignements je suis aujourd’hui capable de m’attirer en trois lignes la haine éternelle de tous les organes de presse et de défense « de la veuve et de l’orphelin ».

Oh il est vrai qu’il existe des zones et des thèmes où la méchanceté est accueillie avec une certaine froideur. C’est en effet avec circonspection qu’on écoute celui qui, au détour d’un propos et d’une analyse amusée trouve le moyen d’ironiser sur le sort de certains enfants. Ca, les gosses, il ne faut pas toucher sous peine d’être immédiatement étiqueté pourriture. Quoique, ce classement vaut bien quelques sacrifices car dans la méchanceté celle gratuite est probablement la plus payante. Quand j’affirme qu’un chien a plus d’espérance de vie en Europe qu’un nourrisson en Afrique, suis-je loin de la réalité, ou est-ce le contrepoint entre un corniaud et un marmot qui dérange ? Je veux bien reconnaître une certaine cruauté mais les chiffres sont éloquents à ce propos. Enfin bon, cela a le mérite de faire remuer les lèvres des plus muets et de pousser à revendiquer un humanisme de défroqué aux autres.

J’enjoins rarement les gens à prendre fait et cause pour moi car cela serait alors pris pour une revendication et pour du militantisme. Grossière erreur ! J’estime au contraire être parmi les moins engagés qui soit. Ce qui se passe ailleurs ? Je m’en cogne totalement tant il est vrai qu’une bombe à Jérusalem ne bousillera pas mes fenêtres et qu’une mine posée dans le jardin d’un Irakien ne me causera pas la moindre blessure. Touriste politique, je vadrouille alors entre les opinions comme un parasite d’un clebs à un autre (tiens encore des chiens…)

Maintenant petit jeu : relisez le texte en inversant le sens de toutes les phrases me concernant.

08 février 2008

Y en a qui sont pas doués

C’est un euphémisme pour parler du pied qui se prend dans le tapis, ou le contraire puisque somme toute le dit tapis peut se révéler être un piège mortel. En effet, il arrive plus d’une fois que l’on provoque l’hilarité à nos dépends ou qu’une situation devienne incongrue par l’ajout d’imprévus cocasses et parfois même ridicules. Se regarder avec moins de sérieux est une véritable thérapie tant rire de nous-même s’avère être capable de donner le sourire et le moral.

Qui n’a jamais ri suite à une chute ? Qui n’a pas trouvé comique le petit dernier se barbouillant le visage suite à un échec du passage de la nourriture depuis la cuillère à la bouche ? Les choses simples nous font sourire, les évènements du quotidien parviennent à nous faire rire. A ce titre certains amateurs sont devenus des inconditionnels d’émissions se revendiquant pour attraction première la diffusion de gags enchaînés et agrémentés de musiques ou de commentaires à vocation rigolotes. Bon, sur ce point je suis plus que dubitatif tant les moments dits drôles me semblent plus tenir de l’accident stupide que de la véritable rigolade bon enfant, et ce n’est pas un rire en boîte qui saurait me convaincre du contraire.

Pour revenir au sujet les gens sont souvent pas très doués il faut malheureusement le reconnaître. Pour ma part, j’ai orienté mon rire sur des terrains plus subtils que le con tombant de son escabeau ou sur la ménagère se mixant le chignon avec son nouveau robot à tout faire. J’aime à plaisanter de tout et surtout de n’importe qui, le tapis (encore lui) glissant, mal placé ou plissé juste comme il ne faut pas est à lui seul le monument… et là je prends la chose comme une métaphore. Je m’explique : nul besoin de se prendre une porte en pleine poire pour être drôle, autant dire une connerie en public et surtout faire croire avec aplomb qu’on en est convaincu. Ce journaliste qui divise ou multiplie par dix, cent ou mille le cumul des morts dans une guerre et ce sans percuter qu’un million de morts dans un pays n’en comptant pas la moitié me fait franchement sourire, et cet écrivain convaincu jusqu’au dernier instant qu’il était l’incarnation du génie littéraire, n’est-il pas hilarant ? Je sais, on va me dire que je suis un aigri vu que le personnage est resté dans l’histoire, mais à tout choisir je préfère l’anonymat où je suis debout que la célébrité de m’être vautré en pleine remise d’un prix quelconque. D’ailleurs, je ne suis pas un de ces jambons Herta emmailloté dans une robe et harnaché d’un ruban arborant le nom de ma région. Bref, celui qui s’expose finit toujours par être drôle… quoique, Pinochet n’a jamais rien eu de comique. Enfin passons…

Revenons au quotidien, à la morne déclinaison des accidents domestiques plus stupides les uns que les autres, listons donc ces phénomènes de foire qui, au détour d’un balcon trempé, d’une sortie de douche trop humide ou d’une voiture au frein à main oublié finissent dans les nécrologies de quartier ou bien, suprême honneur, au Soir 3 régional. « Un homme est tombé de son toit en le déneigeant », « un enfant passe par la fenêtre du troisième en jouant à saute matelas », « Un conducteur prend l’autoroute à contresens ». Si ces exemples ne sont pas des odes à l’humanité sans cervelle je ne sais pas ce que c’est ! Evidemment là s’offusqueront les gens de ma cruauté envers les enfants, et c’est moi qui m’offusquerai en retour. Tas d’ignares gavés de bons sentiments et morveux concernant votre propre laxisme, si le dit gosse a fait le saut de l’ange (pas forcément fatal en plus) c’est que quelqu’un a oublié de lui mentionner qu’un lit n’est pas un trampoline. Pour les autres étrangement vous riez plus facilement, comme si l’adulte méritait moins de considérations et plus de sarcasmes.

J’eusse pu prétendre à décerner des palmes des abrutis, et envisager alors un couronnement du « Con de l’année 2008 dans la catégorie automobile : l’homme qui a décidé de conduire les yeux bandés ». On pourrait alors penser à diffuser le tout, tels les oscars avec des classements permettant de renouveler le genre. Tenez, par exemple : « Meilleure cascade non voulue », « Plus belle chute par une fenêtre », « plus belle électrocution »… et j’en passe. Ca serait cruel mais si drôle à la fois ! Nous, les Hommes, pouvons donc nous faire rire et notre répertoire comique est donc illimité !

Enfin, pour revenir à mes favoris, ce sont ceux qui font encore et toujours ces lapsus souvent révélateurs, ces coquilles d’impression plus ou moins voulues, et puis ces menteurs qui vous font tout un discours en pensant le contraire. « Nous sommes actuellement dans une phase de progrès »… je me marre ! « L’avenir nous parait radieux » plutôt irradié que radieux, non ? et le splendide mais toujours d’actualité « La France se doit de respecter ses institutions et les devises qui font d’elle un beau pays ». Voilà un conseil que le personnage serait bien avisé d’appliquer en premier.

C'est bizarre mais là je semble être le seul à rigoler. Les gars, hé ho revenez, y en a encore plein en stock des conneries comme celles-là!

07 février 2008

Esthétique

Parmi ceux qui ont le loisir de me suivre depuis mes débuts, certains auront remarqués que j’ai enrichi peu à peu le contenu des annexes comme les livres à lire et aujourd’hui les liens vers d’autres sites que j’apprécie. Bien évidemment, ceci a un coût en terme de temps et de réflexion ce qui parfois pour conséquence ma relative indisposition à rédiger un article. Tenez, là par exemple, après avoir bataillé avec un logiciel de dessin pour que les boutons soient jolis, bien à la bonne taille, puis avec le code pour que tout fonctionne selon les ... de navigateurs qui bien entendu ne respectent aucun standard, et bien j’ai le trou, la plume sans encre et l’esprit un rien mollasson.

On pourrait me dire que j’ai un sujet tout trouvé puisque je me suis engagé à effectuer une chronique sur le roi du caleçon... mais non, après mûre réflexion (et une conversation avec une violette, et pour vous répondre NON je ne me drogue pas !) je vais m’en abstenir. Pourquoi ? Parce que d’une part ça serait marcher sur les pas d’un autre ayant déjà mis en accusation le triste sire, et parce que finalement l’homme en question m’est trop sympathique malgré la froideur avec laquelle j’accueille son talent de musicien. De toute façon repiquer les bonnes idées pour se les approprier ensuite et aller jusqu’à prétendre en être l’instigateur, c’est petit mais alors petit !

Restons alors sur le terrain de l’ingrate perte d’ambition expiatoire, pleurons sur le manque d’inspiration qui me frappe, là, le nez sur un écran dont la blancheur disputerait presque la palme mortuaire à la pâleur de nos sénateurs. C’est navrant mais je n’ai rien à dire là, rien qui soit autre que « hooo ils sont jolis mignons mes boutons ! Whaaa ils défilent et s’arrêtent quand on passe la souris dessus ! », et de sentir le regard amusé des blasés technologiques dont les habitudes de nouveauté sont autrement plus ambitieuses qu’un simple défilement d’images. Oui je sais, il existe d’autres façons de faire, des méthodes élégantes et qui plus est, modernes, mais foutez moi donc la paix je fais avec les moyens du bord et puis si quelqu’un est volontaire pour me le faire qu’il se montre !

Bon Je respire à défaut d’inspirer quelque chose dans l’encrier de mes idées noires. Je plaisantais concernant le fait de trouver un nègre pour effectuer mes manipulations techniques, je tiens à les faire moi-même, quitte à me ridiculiser face à un pré pubère me lançant à la face « Hé t’es naze, suffit d’faire comme ça pour qu’ça marche ! ». Ta gueule morpion et fais moi plaisir reviens ici quand tu auras appris les bases du français ! Sans déconner, encore un peu et ça vous donnerait des conseils ces mioches gavés de glace et de télévision poubelle ! Ca y est je m’emporte à nouveau et ce n’est pas compatible avec mon état cardiaque. Non, je ne suis pas à l’article de la mort, mais il paraîtrait de source non confirmée que se mettre en rogne c’est perdre quelques heures d’espérance de vie. Bien sûr qu’il faut se ménager mais certains me reprocheraient alors de fermer ma gueule pour éviter de fermer trop tôt mon caveau. Au diable l’avarice, ça me gonfle de n’avoir rien à dire d’autre que « Les liens sur le côté gauche... vous les voyez ? Cliquez dessus ! »

Avec raison et patience j’essaie d’ajouter du contenu à cette chose qui me sert de carnet de route intellectuel, notamment en tentant tant bien que mal d’y mettre un contenu culturel au-delà des clips vomitifs et stroboscopiques qu’on nous jette en pâture un peu partout dans la petite boîte à images. Essayez donc d’aller sur un site quel qu’il soit et de ne pas tomber sur le dernier « Machin hôtel » qu’on rigole ! Bon... certes il y a des refuges, des lieux de contemplation où il reste encore un rien de contenu (non je ne pensais pas à moi, ce serait orgueilleux de ma part... quoique, c’est bon l’orgueil de temps en temps).

Alors finalement, voici quelques mots jetés en cinq minutes, histoire de boucher les trous comme l’aurait fait le chauffeur de salle en attendant la vedette qui est en retard, mais hélas pour vous ici à part moi il n’y a manifestement personne d’autre... Et si je mets un nez rouge ça vous plait ? Non ? Et des godasses pointure 92 ? Non plus ?

Pas facile le métier de saltimbanque...

06 février 2008

Si le tribunal revenait à ses fondamentaux…

Je songe par cette suggestion non à la restauration de la guillotine ou de la corde (honnie dans les théâtres) mais plus à la remise en route d’une grande émission radiophonique où toute vedette du moment pouvait subir les frasques intellectuelles et verbales d’un procureur déjanté en la personne de feu Pierre Desproges. Je sais, c’est une fois de plus la référence que je mets en avant pour trouver à bon compte une inspiration teintée de cynisme et colorée d’un lyrisme parfois superfétatoire, mais dans l’absolu, qui a remplacé le tribunal des flagrants délires ? Personne. Alors, ce soir, je me suis mis en tête de faire venir à la barre notre président à tous, M. Nicolas Sarkozy.

Je préviens par avance les âmes sensibles, les assis à la droite du diable et ceux qui estiment que cette place proche du borgne enflammé est encore trop molle que mes propos m’appartiennent et que par conséquent si ce texte ne vous convient pas, il existe toute une « littérature » plus proche de ce qui vous tient lieu d’opinion sur Internet. A bon entendeur…

Monsieur Nicolas, si vous êtes dans le box des accusés c’est pour avoir exercé votre pouvoir de président depuis les dernières élections présidentielles, et qu’il m’est apparu comme nécessaire d’en sanctionner les égarements et autres incommodités m’offrant tout le matériel nécessaire à un réquisitoire. En qualité de président vous êtes bien entendu hors d’atteinte de la justice des hommes, alors permettez-moi de vous mettre à portée de la justice de mon ironie.

L’homme que vous avez devant vous, mesdames et messieurs les jurés a toujours été un ambitieux. En effet, depuis la communale jusqu’au fauteuil de ministre de la STASI, pardon de la GESTA… et merde de l’intérieur, ce personnage a su s’élever au-delà de la concurrence et ce sans l’aide de talonnettes qui, il faut bien l’admettre, auraient pu au moins lui sauver la dégaine. Regardez donc cet œil animal, animé par le désir assoiffé de détenir tous les pouvoirs, sentez la pesanteur du poids de son jugement… C’est non pas un simple requin édenté que nous jugeons aujourd’hui mais carrément l’exemple même de la personnalité retorse qu’il nous faut placer sous votre regard inquisiteur. Parvenu au faite du gouvernement, M. Sarkozy a démontré toute l’ampleur de son savoir faire concernant son déterminisme allant jusqu’au-delà de toute proportion.

N’allez pas croire qu’il s’agisse là d’une galanterie ou d’une flatterie car non mesdames messieurs je ne flatte pas l’ego de ce tortionnaire médiatique. Il détient la télévision, il s’est approprié les unes des journaux et ceci non dans le but de nous abreuver de fausses bonnes nouvelles comme aux temps glorieux de la propagande pétainiste, mais simplement pour nous montrer qu’il peut, lui aussi, profiter du climat agréable d’une balade sur un yacht au prix indécent. Certains pourraient déceler là une jalousie de fonctionnaire sous payé soucieux des dépenses de l’état et je vous répondrais alors que non, il s’agit simplement d’une morale bien française qui dit qu’il ne faut pas vexer le petit peuple en lui montrant sa différence avec ostentation. Monsieur le président des français, vous êtes accusé de représenter le pire de ce que la médiatisation à outrance peut nous offrir. Encore que je sois déçu par votre manque de sens commercial : qu’attendez-vous pour porter des maillots bariolés de sponsors ? Certains sportifs prêtent leur image à la publicité, passez le pas en vantant les mérites de … je ne sais pas… la classe affaire de Air France par exemple ! Là on serait dans le vif du sujet !

C’est fou comme le désir d’être fort peut être intense chez les « petits » par la taille. Doit-on pour autant trouver en cela une circonstance atténuante ? Votre envie de déclencher des conflits pour ensuite vous targuer d’avoir réussi à éteindre les brasiers tient plus du plaisir pyromane que de l’acte politique raisonné. Vous, jury, retenez bien la leçon qui dit que le lanceur de cocktail Molotov social doit également savoir servir les chips de l’apaisement pour les buveurs de bière que sont les téléspectateurs. Rien qu’en songeant au prix de ces vociférations gaspillant notre temps et sans que ce soit accessoire nos deniers, l’accusé a outrageusement revendiqué la fermeté pour l’assouplir loin des caméras.

De ces deux accusations de monopolisation des médias et d’agissements inconscients avec l’opinion publique, je voudrais, mesdames et messieurs, ajouter l’incroyable front dont le triste sire que voici fait preuve quand il s’adresse au peuple. On ne prend pas les vessies pour des lanternes ici ! On ne dit pas que tout va bien et que l’argent ne manquera pas ! On ne crée pas des mesures bâties sur des sables mouvants, surtout dans le but de les voir démontées une fois la mandature passée. On mit au pilori vos prédécesseurs, on cloua aux portes de Matignon des poulets égorgés pour marque le désaccord de l’opinion avec bien des réformes mal conçues et pire encore totalement impossibles à mettre en œuvre et bizarrement l’accusé lui, garde encore une part d’opinions favorables. A croire que les gens soient des agneaux attendant l’exécution capitale en bêlant aussi bêtement qu’ils broutent à la gamelle minimaliste d’une compréhension réduite de ce qu’est réellement un état.

Votre avocat a déclaré auparavant que l’exercice du pouvoir nécessite de communiquer et d’apparaître proche des administrés. Certes, mais à ce compte il pourrait alors imposer son portrait dans les maisons, ce qui n’est pas si loin d’être le cas vu son omniprésence. Allumez la télévision et essayez donc de l’éviter ce parasite des ondes ! Et là, votre épouse, l’ex mannequin, l’ex chanteuse sans voix, qu’est ce que cela peut nous faire qu’elle ait réussi à vous mettre le grappin dessus… ou réciproquement ? Mais on s’en fout, en tout cas moi je m’en fous !

Mesdames et messieurs les jurés, je vous laisse donc seuls juges pour estimer de la sanction applicable à un président de la république en exercice. Pour ma part je propose le fouet en place publique avec supplice diffusé sur toutes les chaînes publiques : quitte à payer la redevance au prix fort, autant que le spectacle en vaille la peine. De plus, en envisageant le DVD avec les scènes coupées telles que la montée des marches, les soins après flagellation, on pourrait renflouer un peu les caisses de l’état à bon compte. Pour ma part je m’en vais requérir dans un autre jugement, celui d’un ancien joueur de tennis reconverti dans l’humanitaire et la soupe musicale. Rien que le fait de l’avoir vu s’étaler dans Paris en caleçon mérite le peloton !

05 février 2008

Coup de vieux

Bordel de bordel, pourquoi utiliser un vocabulaire étendu au-delà des 300 mots semble être aujourd’hui considéré comme du passéisme et pire encore comme une tare ? A quoi dois-je le regard oblique des « jeunes » quand j’emploie une conjugaison correcte ou quand j’épargne à mes oreilles le supplice de l’ordurier qu’ils osent classer dans la même catégorie que l’argot de Michel Audiard ? Je serais donc devenu un vieux con, par opposition au jeune con que j’aurais eu le malheur de devoir supporter au détour d’une rencontre improbable ?

Pourtant, je n’ai guère la sensation d’être figé dans une linguistique digne d’un XIXème siècle oublié, et encore moins dans une période quelconque située entre la création des congés payés et la chute du mur de Berlin ! Ca taille large là, mais merde je n’ai rien d’un nostalgique des ronds de jambes hypocrites ou du baise-main utilisé avec la fausse bienséance de circonstance. Alors, serait-ce plutôt l’aspect trop enluminé de ma prose qui traumatise le « téléphage » moyen ? Ca y est, je me mets aux néologismes… Ce n’est vraiment pas bon signe ! En tout état de cause, placer un verbe précis, un terme exact et non une circonlocution malheureuse pour réussir à se faire comprendre est à présent une marque d’irrespect pour son interlocuteur, du moins c’est ce qu’on nous vend à tour de bras sur tous les supports.

Restons calme… Inspirer, expirer… Et fais suer ! Ca me rend franchement irritable de sentir l’incompréhension dans le regard bovin d’un adolescent rendu inapte à la vie en société, ça m’agresse la boîte à gamberge de faire des translations « Français dépotoir » et inversement, tout cela parce qu’à un moment quelconque de son existence le dit morveux n’a pas eu le support nécessaire ou la volonté de s’y intéresser, et que personne n’a daigné sanctionner cette lacune. J’enrage : bientôt il me faudra remballer plume et encrier au profit du petit dico en conneries courantes. Pardonnez mon refus discourtois, mais il m’est insupportable de fléchir face à un tel joug !

Pour les illettrés qui auraient eu le malheur de tomber sur cette page, voici quelques points : un joug est une dictatu… et non encore une fois merde il faudra ensuite que je continue sur dictature, puis sur gouvernement, puis encore sur démocratie... ça ne va pas finir avant que je sois déjà atteint par des rhumatismes galopants dans mes articulations noueuses. Je crois que je vais simplement remballer ma charité et la classer parmi les choses accessoires. A chacun se de bouger le séant et d’aller piocher au cœur de la littérature pour y trouver des perles, aborder la langue avec félicité (non, ce n’est pas qu’un prénom féminin ! Suivez !!!) et enfin avoir la sensation agréable de se coucher moins con que la veille.

Ceci étant, certains font l’effort salutaire de ne pas céder au marasme ambiant, à cette espèce de consensus accordant largesse et aisances à toute personne ayant besoin de s’identifier. Aujourd’hui il est flagrant que l’on peut affirmer : « Si tu as envie d’être reconnu, ouvre la avec ta propre langue ». Mouais, je ne suis pas spécialement convaincu par le procédé, surtout quand on peut y trouver quelques imbécillités qui ne dénoteraient pas dans un bestiaire à la gloire de la connerie humaine. Regardons nous : on offre un spectacle affligeant d’irrespect pour la Femme, les adolescents y trouvent des modèles pour le moins dangereux et qui plus est, lorsque l’indigence intellectuelle se perçoit ceux-ci se rabattent sur le fondamentalisme, qu’il soit religieux ou identitaire. La jeunesse de banlieue… quelle belle ineptie ! Un jeune reste un jeune, avec son bagage de lacunes morales, ses désirs qui pour certains resteront inassouvis, et surtout ce besoin d’identité au milieu de la foule. En quoi un immeuble ou une ferme diffère tant dans l’éducation ? Sûrement parce qu’un con grande gueule a plus de facilité à se faire entendre dans une tour qu’au milieu d’un champ je suppose…

Reste donc pour moi l’espoir que les librairies resteront des sanctuaires, des lieux où la culture sera préservée de l’incurie et que nos contemporains sauront rire de nos faiblesses. Rien n’est moins sûr : nous avons écrit une quantité astronomique de livres, et il s’avère que le XXème représente la même quantité d’ouvrages que celle écrite depuis l’apparition de l’écriture jusqu’au XXème… ça laisse rêveur tout de même étant donné que les classiques, les fondamentaux de la philosophie sont aujourd’hui encore des titres remontant à l’antiquité. Faiblesse de l’invention ? Nécessité de la référence ? Incapacité à remettre en cause les écrits de nos prédécesseurs ? Je crains surtout que nos seuls vrais ouvrages « modernes » soient majoritairement des essais dédiés à l’éducation des masses comme le petit livre rouge, le manifeste du parti communiste ou bien encore Mein… hélas oui, celui-là aussi reste parmi les écrits responsables de massacres gigantesques, tout comme le fut la bible ou le coran.

A quand une réforme de l’éducation pour qu’enfin la langue, l’écrit et le vocabulaire soient des matières reconnues ? Quelqu’un connaît un emploi où savoir lire n’est pas nécessaire ? N’y voyons pas de dénigrement de quelque profession que ce soit, bien au contraire. Le paradoxe est que la formation industrielle, par exemple restreint énormément la portée du français dans l’obtention du diplôme. Alors qu’on m’explique comment fera le futur salarié pour déchiffrer les notices des produits qu’il manipule ou comment communiquera-t-il simplement avec sa hiérarchie sans avoir honte de ses courriers ? N’allons pas croire qu’Internet sera salvateur sur ce point précis, chacun sait que le réseau est comme toute chose : obligation de vérifier… donc d’apprendre.

Par pitié les mioches, parlez-moi en français, j’en ai ras les noisettes de faire le Champollion oral pour piger vos déclamations hésitant entre le râle du bouc en extase et le hululement de la chouette effrayée…

04 février 2008

Raisonnements « militaires »

Aussi étrange que cela puisse paraître aux détracteurs de la grande muette, il arrive en effet régulièrement à des militaires de faire preuve de jugeote et même d’initiative, chose qui pourtant est antinomique avec le concept de hiérarchie. Certes, il n’est pas courant de pouvoir mettre en exergue les qualités d’improvisations des chefs car bien souvent ceux-ci sont hélas engoncés entre le sacro-saint manuel d’une part, et l’obligation d’obéissance d’autre part. Là où tout devient plus « drôle » quand on est observateur extérieur, c’est quand la situation se dégrade et que le bon sens n’est plus mis en avant pour sauver la situation d’un naufrage dramatique.

Pour autant qu’on sache l’Histoire se complait à relater des évènements aussi dramatiques que significatifs, comme s’il fallait à tout prix répéter sans arrêt aux contemporains que « Attention, faire le con avec les règles élémentaires de la guerre mène souvent à la défaite ». En soi c’est un conseil valide pour toute chose et quand on s’échine à enfoncer dans la caboche d’un mouflet que poser ses paluches sur un fournil c’est une idée à la con, c’est généralement par sécurité et non par cruauté. Pourtant, le général semble supposer (à tort) qu’il peut infléchir le cours du conflit par son audace que moi j’appelle plus précisément « connerie ». Custer, aussi convaincu qu’il était de sa force et de ses armes fut écrasé par les indiens. Comme quoi, être mieux armé ne veut pas dire être plus compétent…

Dans bien des récits le drame prête facilement à rire avec ironie une fois que l’on transpose le schéma sur un ton plus comique. Lorsque les français attendirent l’assaut allemand dans la ligne Maginot, m’est avis que, ni les bidasses, ni les généraux n’envisageaient que les troupes ennemies passeraient par la Belgique. En résumant, on pourrait alors dire « Si si ! Ils peuvent passer par là aussi ! ». Bien entendu, être ensuite pris à revers par un ennemi qui jamais ne se présentera de face a quelque chose de frustrant et même d’agaçant mais somme toute, la première des règles est de ne jamais s’enterrer sur une position et d’être capable de faire mouvement à tout moment. Demandez aux poilus (enfin… au dernier qui soit encore en vie du haut de ses 110 ans) s’ils n’auraient pas préférés le mouvement à l’enlisement. Dans le même ordre d’idée reconnaissons que le courage n’est pas pris en défaut lors des situations absurdes : c’est là qu’on perçoit la volonté inébranlable de survie malgré la bêtise pathologique des faiseurs de guerre. Nivelle lui-même a remercié ses troupes de s’être fait hacher menu par l’artillerie et les mitrailleuses, et ce en pure perte. Un tel acte donne alors l’adage qui dit « Faites des pertes monstrueuses vous serez décoré, ne tuez pas votre ennemi vous serez fusillé ».

Les volontés molles tout comme les décisions inflexibles savent également se faire erreurs dramatiques : L’Irak a quelque chose d’invraisemblable puisque d’une part la première guerre fut une action trop limitée, et d’autre part la seconde une action trop étendue. Entre ensablement et désillusions des troufions, sans compter le rejet de l’opinion publique, je me demande sincèrement si ce nouveau Vietnam n’est pas là juste pour nous répéter qu’il existe et existera toujours des abrutis pour décider qu’ils ont la vérité pure et que le voisin est un imbécile. Evidemment, les intérêts économiques ne sont pas à négliger, surtout quand on parle du confort d’une nation, mais de là à dilapider l’économie sous prétexte de la faire fructifier… il y a comme un non-sens. Fut une époque le conflit en pleine jungle se justifiait sur le terrain politique, une sorte de pied posé en Asie qui était alors sous la domination rouge. Quelque part il est donc raisonnable de penser que les présidents changent, mais les conneries restent…

Après, on peut aussi regarder l’ambition qui dévore le bon sens. Napoléon, en se gelant les pieds dans la neige Russe, n’a-t-il pas pesté contre sa propre incurie ? Pour un génie qui savait gérer, régner et diriger une nation sans faiblir, il m’est inconcevable de croire qu’il ait pu se fourvoyer à ce point. Quoique : quand on devient trop gourmand, on en paie tôt ou tard le prix et là je résumerai à « L’aigle n’apprécie pas des masses la steppe ». Les troupes nazies réitérèrent le même trajet avec la même infortune, et probablement les mêmes raisons. Les deux hommes étaient « petits » physiquement, les deux avaient une vision hégémonique du monde, et les deux finirent sur le bûcher des vanités. Encore que, le premier eut la chance de ne connaître que l’exil et non l’obligation de faire de la publicité pour une marque de carburant.

L’Histoire retiendra de toute manière une chose : l’Homme quand il se croit malin se prend systématiquement les pieds dans le tapis, et pardessus le marché il ne se plantera jamais seul. C’est une façon de dire poliment que la hiérarchie, c’est comme les nuages : dès qu’on en a vraiment besoin ceux-ci se font bizarrement la malle pour des contrées moins hostiles. Allez savoir si le général n’est finalement pas fait d'hydrogène: léger, prompt à s'enflammer, mais finalement peu utile au quotidien...

01 février 2008

C'est au printemps que les arbres fleurissent

Nous sommes enlacés sur un banc, éperdus du désir de nous aimer dans un baiser langoureux, en savourant la chaleur de l’autre. Nous fermons nos paupières, et la dernière image que je vois est celle de tes jolis yeux à peine soulignés d’un trait de crayon sombre... Un soupir… un moment de pur plaisir…

Tout à coup un bourdonnement sourd. Comme une ruche en pleine ébullition, le son s’approche en rebondissant sur les façades. J’ouvre les yeux, tu n’es plus là, je suis seul, avachi contre les planches vertes de ce banc d’une avenue devenue parc de quartier. Les gens courent dans les travées en hurlant des messages effrayés invitant les passants à fuir aussi vite que leurs jambes le permettent. Je me redresse alors et d’une tenue moderne me voilà affublé d’un pull brun, d’un pantalon de velours et de godillots en cuir grossier. Que font ces drapeaux pendus aux fenêtres ? Pourquoi je comprends le tchèque ? Pourquoi je sens la révolte me serrer l’estomac ?

Je prends aussitôt le chemin des grandes avenues. C’est à mon sens le seul moyen d’en savoir plus. Je croise la foule qui elle rebrousse chemin avec terreur et mes demandes de renseignements semblent se perdre dans le néant. Personne ne me répond, les enfants pleurent dans les landaus et les mères versent des larmes. J’accélère alors le pas, je longe des boutiques dont les stores métalliques coulissent avec fracas pour protéger les vitrines pourtant dégarnies. Les colonnes arborent des affiches diverses que je ne prends pas le temps de regarder, la seule chose qui me semble incroyable c’est qu’on puisse courir sans raison visible. Le bourdonnement est de plus en plus intense, je sens que j’arrive au but… Je croise des policiers, des militaires et tous suivent la masse errante comme si, eux aussi, étaient perdus dans cette grande ville. Certains organisent en braillant des ordres diffus, des « par ici » ou « pas par là » que la foule écoute et suit sans même y réfléchir. En agissant à contresens je suis insulté par ceux que je heurte au passage tout en m’excusant… en tchèque. Mais où diable ai-je appris cette langue !?

Le pavé de l’avenue est comme labouré, les blocs de pierre se faisant mottes rocheuses arrachées par carrés entiers. Les lampadaires dansent en rythme de la vibration devenue insoutenable, je m’avance dans une bravade totale de l’inconnu, comme si savoir ce qui se passe pourrait me rendre la mémoire du lieu et de la raison de ma présence. Il fait beau, on doit être au printemps. Au loin il y a comme une fumée âcre, une odeur de carburant brûlé par des moteurs terriblement puissants. Des nuages s’élèvent, obscurs et sales entre les façades ouvragées. Quelques détonations résonnent, cela doit être quelques coups de fusils épars, des menaces plus que des fusillades apparemment. Pas question de rester là, à mi-chemin entre la fuite et le dénouement. Je m’empare de mon courage, m’accroche à mes convictions et reprends ma marche vers le destin qui semble se trouver au bout de ce maudit boulevard dont je n’ai même pas pris la peine de lire le nom. A chaque carrefour des voitures abandonnées gisent là, portes ouvertes mais intactes, des monceaux de détritus souillent la route. C’est un mélange étrange de tracts déchirés, de bouteilles brisées et de journaux répandus comme après avoir été mâché des heures durant.

Ils apparaissent enfin, ces chars qui font ce bruit venant de l’enfer. Alignés comme à la parade, canons orgueilleux d’une peinture de guerre sans équivoque, certains traînent leur masse métallique et déchirent le passé, d’autres attendent simplement, moteur allumé à mi-régime avec un homme sortant de la tourelle, casqué et armé de jumelles observant les alentours. Ils sont tous frappés de l’étoile rouge, les fantassins hors des véhicules sont vêtus d’uniformes soviétiques. Le soleil est haut dans le ciel et ses rayons rebondissent sur les fenêtres, ceci éclairant étrangement d’une lueur trop vive la place où se sont regroupés les envahisseurs.

Là, au coin, un homme est debout sur une caisse. Il harangue la foule, l’invite à résister passivement, à couper la route aux blindés, à ne pas baisser la tête face à l’invasion. De ci de là, on l’écoute, on obéit même mais la répression ne se fait pas attendre. On arrête, on pousse à coups de crosses dans les côtes. Je demande où nous sommes… on me répond place Venceslas à Prague. Je verse une larme en voyant les étudiants se liguer contre les baïonnettes. Je vois l’un d’entres eux observer, poings fermés par la fureur, ce que l’armée fait de son pays. Pour lui, fini la croyance d’un communisme honnête, d’une fratrie slave avec le monstre URSS, c’en est fini de l’éducation et la formation politique des adolescents. Je m’approche de lui, l’écoute murmurer sentencieusement qu’ils vont payer, qu’ils vont devoir payer le prix de la fin de la liberté. Derrière moi des pas, une douleur à la nuque… je m’effondre, mes yeux ne voient plus que cet uniforme au-dessus de moi…

Je m’éveille. Tu es à nouveau dans mes bras, ce baiser se termine et je lève les yeux au ciel. Il fait froid, c’est l’hiver, il commence même à pleuvoir. Tout à coup je vois la vitrine d’une librairie. Elle est juste derrière nous et en son sein trône un livre parlant de Prague, de ce Prague de 1968 tombé sous la dictature se réclamant du communisme. Sur la couverture… un portrait : son portrait ! Il s’appelle Jan Palach, né le 11 août 1948, mort le 19 Janvier 1969. Il s’est immolé par le feu pour protester contre le joug de l’armée soviétique, contre cette invasion ignoble qui fit perdre tout autonomie à sa nation. Quarante années se sont écoulées depuis le printemps de Prague (qui s’est déroulé réellement entre le 5 Janvier 1968 pour se terminer le 20 août de cette même année). Le printemps de Prague a été une période de tentative de libéralisation du pays malgré le grand frère rouge en observateur. Crise politique et économique aidant, le gouvernement et le comité central se lancèrent dans une phase de retour à la « normale » démocratique : abolition de la censure, élargissement des prisonniers politiques, retour à la liberté de culte… mais l’URSS, ulcérée par la révolte de ce satellite décida de rouler sur Prague et d’y remettre un pantin. Début 1969, épuisé de ne pas pouvoir agir, Palach décida de faire le don de sa vie pour montrer sa révolte.

Mourir debout plutôt que vivre à genoux... Ce slogan déjà vrai il y a quarante ans est encore vrai aujourd'hui. On peut tout dire sur son geste, qu'il est désespéré, inutile, ridicule, indispensable...

Jan Palach 1948-1969
Le printemps de Prague sur Wikipedia
Jan Palach sur Wikipedia