05 février 2008

Coup de vieux

Bordel de bordel, pourquoi utiliser un vocabulaire étendu au-delà des 300 mots semble être aujourd’hui considéré comme du passéisme et pire encore comme une tare ? A quoi dois-je le regard oblique des « jeunes » quand j’emploie une conjugaison correcte ou quand j’épargne à mes oreilles le supplice de l’ordurier qu’ils osent classer dans la même catégorie que l’argot de Michel Audiard ? Je serais donc devenu un vieux con, par opposition au jeune con que j’aurais eu le malheur de devoir supporter au détour d’une rencontre improbable ?

Pourtant, je n’ai guère la sensation d’être figé dans une linguistique digne d’un XIXème siècle oublié, et encore moins dans une période quelconque située entre la création des congés payés et la chute du mur de Berlin ! Ca taille large là, mais merde je n’ai rien d’un nostalgique des ronds de jambes hypocrites ou du baise-main utilisé avec la fausse bienséance de circonstance. Alors, serait-ce plutôt l’aspect trop enluminé de ma prose qui traumatise le « téléphage » moyen ? Ca y est, je me mets aux néologismes… Ce n’est vraiment pas bon signe ! En tout état de cause, placer un verbe précis, un terme exact et non une circonlocution malheureuse pour réussir à se faire comprendre est à présent une marque d’irrespect pour son interlocuteur, du moins c’est ce qu’on nous vend à tour de bras sur tous les supports.

Restons calme… Inspirer, expirer… Et fais suer ! Ca me rend franchement irritable de sentir l’incompréhension dans le regard bovin d’un adolescent rendu inapte à la vie en société, ça m’agresse la boîte à gamberge de faire des translations « Français dépotoir » et inversement, tout cela parce qu’à un moment quelconque de son existence le dit morveux n’a pas eu le support nécessaire ou la volonté de s’y intéresser, et que personne n’a daigné sanctionner cette lacune. J’enrage : bientôt il me faudra remballer plume et encrier au profit du petit dico en conneries courantes. Pardonnez mon refus discourtois, mais il m’est insupportable de fléchir face à un tel joug !

Pour les illettrés qui auraient eu le malheur de tomber sur cette page, voici quelques points : un joug est une dictatu… et non encore une fois merde il faudra ensuite que je continue sur dictature, puis sur gouvernement, puis encore sur démocratie... ça ne va pas finir avant que je sois déjà atteint par des rhumatismes galopants dans mes articulations noueuses. Je crois que je vais simplement remballer ma charité et la classer parmi les choses accessoires. A chacun se de bouger le séant et d’aller piocher au cœur de la littérature pour y trouver des perles, aborder la langue avec félicité (non, ce n’est pas qu’un prénom féminin ! Suivez !!!) et enfin avoir la sensation agréable de se coucher moins con que la veille.

Ceci étant, certains font l’effort salutaire de ne pas céder au marasme ambiant, à cette espèce de consensus accordant largesse et aisances à toute personne ayant besoin de s’identifier. Aujourd’hui il est flagrant que l’on peut affirmer : « Si tu as envie d’être reconnu, ouvre la avec ta propre langue ». Mouais, je ne suis pas spécialement convaincu par le procédé, surtout quand on peut y trouver quelques imbécillités qui ne dénoteraient pas dans un bestiaire à la gloire de la connerie humaine. Regardons nous : on offre un spectacle affligeant d’irrespect pour la Femme, les adolescents y trouvent des modèles pour le moins dangereux et qui plus est, lorsque l’indigence intellectuelle se perçoit ceux-ci se rabattent sur le fondamentalisme, qu’il soit religieux ou identitaire. La jeunesse de banlieue… quelle belle ineptie ! Un jeune reste un jeune, avec son bagage de lacunes morales, ses désirs qui pour certains resteront inassouvis, et surtout ce besoin d’identité au milieu de la foule. En quoi un immeuble ou une ferme diffère tant dans l’éducation ? Sûrement parce qu’un con grande gueule a plus de facilité à se faire entendre dans une tour qu’au milieu d’un champ je suppose…

Reste donc pour moi l’espoir que les librairies resteront des sanctuaires, des lieux où la culture sera préservée de l’incurie et que nos contemporains sauront rire de nos faiblesses. Rien n’est moins sûr : nous avons écrit une quantité astronomique de livres, et il s’avère que le XXème représente la même quantité d’ouvrages que celle écrite depuis l’apparition de l’écriture jusqu’au XXème… ça laisse rêveur tout de même étant donné que les classiques, les fondamentaux de la philosophie sont aujourd’hui encore des titres remontant à l’antiquité. Faiblesse de l’invention ? Nécessité de la référence ? Incapacité à remettre en cause les écrits de nos prédécesseurs ? Je crains surtout que nos seuls vrais ouvrages « modernes » soient majoritairement des essais dédiés à l’éducation des masses comme le petit livre rouge, le manifeste du parti communiste ou bien encore Mein… hélas oui, celui-là aussi reste parmi les écrits responsables de massacres gigantesques, tout comme le fut la bible ou le coran.

A quand une réforme de l’éducation pour qu’enfin la langue, l’écrit et le vocabulaire soient des matières reconnues ? Quelqu’un connaît un emploi où savoir lire n’est pas nécessaire ? N’y voyons pas de dénigrement de quelque profession que ce soit, bien au contraire. Le paradoxe est que la formation industrielle, par exemple restreint énormément la portée du français dans l’obtention du diplôme. Alors qu’on m’explique comment fera le futur salarié pour déchiffrer les notices des produits qu’il manipule ou comment communiquera-t-il simplement avec sa hiérarchie sans avoir honte de ses courriers ? N’allons pas croire qu’Internet sera salvateur sur ce point précis, chacun sait que le réseau est comme toute chose : obligation de vérifier… donc d’apprendre.

Par pitié les mioches, parlez-moi en français, j’en ai ras les noisettes de faire le Champollion oral pour piger vos déclamations hésitant entre le râle du bouc en extase et le hululement de la chouette effrayée…

2 commentaires:

Thoraval a dit…

Il est vrai que, désormais, parler un français correct (Je ne parle pas de celui qui demande une exégèse sémantique) devient presqu'un acte élitiste. C'est en tout cas le reproche que certains bipèdes ineptes nous ont fait dernièrement à ma compagne et moi-même. Nonobstant, je tiens à rappeler à cette jeune génération qu'eux aussi sont favorables à l'élitisme. Ils veulent un vrai chirurgien, non un boucher. Un vrai mécanicien, non un bricoleux.De vrais spécialistes pour assouvir leur envies ou répondre à leurs besoins. Et non, des incapables. Bref, ils veulent de l'élitisme, sauf qu'ils ne veulent pas fournir, eux, l'effort qu'exige l'excellence. Je parle, il va de soi, d'une généralité de la jeunesse actuelle. Mais, à leur décharge, ils ne sont pas seuls responsables. Un pays a la jeunesse qu'il mérite. Ce pays est-il méritant?

JeFaisPeurALaFoule a dit…

Il a le mérite d'avoir réussi en quelques années à réduire à néant des efforts séculaires d'amélioration de l'éducation et de la culture, et a même obtenu le prodigieux miracle de transformer l'invention en dépravation. On ne sait que trop bien que la qualité est souvent l'ennemie de la quantité, et malheureusement ce fait est aujourd'hui devenue une règle.
J'ajoute au surplus (comme si cela ne suffisait pas...) que je confirme un fait: la jeunesse a été invitée à devenir fainéante, molle et peu cognitive. Musique sans ampleur, opinions sans chaleur, amours sans ambition, relations sans respect, bref rien que des mots à coller telles des étiquettes avilissant alors le sublime en lui donnant un prix soldé.
Sur le podium des cons on aura donc non seulement le jeune sans curiosité mais aussi celles et ceux qui en ont fait un légume indigeste.