16 janvier 2012

Maman les petits bateaux

« Qui vont sur l’eau, ont-ils des jambes ? Mais non mon gros bêta, si c’est Costa, il coulera !» Oui bon, d’accord, elle est affreusement facile et cynique, d’autant plus qu’il y a des victimes et des disparus. Loin de moi l’idée de moquer celles et ceux qui ont eu à subir le naufrage du paquebot sur les côtes Italiennes, c’est surtout dans l’idée de réfléchir sur le pourquoi et le comment d’un tel désastre qu’il est intéressant de se pencher. Tenez, les informations relatent plein de choses terrifiantes, ou à minima inquiétantes concernant la sécurité globale de la marine pour les passagers. Sommes-nous donc du bétail pour nous traiter avec désinvolture, ou bien le profit justifie vraiment de pouvoir faire n’importe quoi ?

Concrètement, cet accident dramatique pointe du doigt énormément de choses différentes, les unes qui pourraient être cocasses si elles n’étaient pas devenues dramatiques, les autres affligeantes car mettant en relief les conditions réelles de travail dans la marine marchande mondiale. On s’interroge, on se regarde avec tristesse, et c’est aussi la colère légitime des passagers qui ressort à présent. A qui la faute ? Aurait-on pu éviter la mort des passagers ? Est-ce que tout fut mis en œuvre pour éviter tant que faire se peut l’accident ? Et surtout, qui doit-on désigner comme coupable, et ce sans chercher un lampiste pour porter le chapeau à la place de la chaîne de décisions ?

Un des premiers points affligeants est que, pour l’heure, on a identifié que le capitaine aurait quitté le navire bien avant que l’évacuation ait été terminée. Ce point, à lui seul, est déjà inacceptable, car il est du devoir du capitaine d’assumer tant ses décisions, que la sécurité de son équipage et de ses passagers. Lors d’un naufrage, il n’est juste pas concevable qu’on puisse voir le maître à bord prendre la fuite, et laisser ainsi sans direction des milliers de personnes ! On ne parle pas d’une barque, mais d’un navire de plus de 300m de long, jaugeant au-delà des 110.000 tonnes, et emportant des milliers de personnes ! Où est donc le sens de l’honneur, le sens des responsabilités ?! Et, suprême ironie, le dit capitaine a initialement été embauché… comme expert en sécurité. De quoi pousser quelques hurlements sur la véritable « expertise » du bonhomme, non ? Quoi qu’il en soit, responsable
direct ou pas, cette une attitude qui mérite à elle seule une sanction exemplaire.

Le second point qui m’a marqué est que l’équipage est à l’image des équipages qui sillonnent aujourd’hui les mers du globe : hétéroclite, monté à coups de nationalités diverses pour réduire les coûts, on ne peut pas douter du fait qu’un tel patchwork de langues et de nationalité n’ait pas, en soi, posé de nombreux problèmes, et ce rien que concernant la communication durant le naufrage. On parle (sans que je puisse le vérifier, donc je me contenterai de parler au conditionnel) d’une quarantaine de nationalités différentes, soit potentiellement plus d’une dizaine de langues ! Comment gérer cela, surtout à bord d’un navire ? Est-ce que l’anglais est suffisant pour que tout le monde se comprenne, et finalement, peut-on même espérer que tous les membres de l’équipage étaient suffisamment formés pour faire face à une crise ? Là, c’est la compagnie Costa qui est à pointer du doigt, d’autant qu’on ne
peut décemment pas admettre que le transport de passagers puisse être autant pris à la légère. Par analogie, l’insuffisance de compétence à bord d’un navire peut rapidement se révéler aussi dangereuse que d’espérer voir un soldat manipulant des explosifs au même titre qu’un démineur chevronné. Toutefois, je pondère cette dernière remarque avec l’éloge que font les rescapés, signalant avec chaleur le courage et l’abnégation des marins restés à bord pour l’évacuation. Comme quoi…

Le dernier point qui me fait bondir serait les conditions ayant menées à l’accident final. Parade du navire trop près des côtes ? Incompétence crasse des gens présents dans la timonerie ? Dans quel monde est-on pour arriver à ce qu’un capitaine fasse naviguer un navire si près des rochers, avec tous les risques que cela engendre ? La boîte noire est supposée nous donner des informations complémentaires, espérons qu’elle sera suffisamment claire pour faire toute la lumière, et ainsi définir l’ensemble du scénario… Mais je crains le pire, c'est-à-dire qu’on va alors voir que d’une le capitaine s’est comporté comme un imbécile inconscient, que de deux il n’a pas assumé ses propres erreurs, et de trois que son équipage proche n’a pas eu le bon sens d’alerter le capitaine concernant ses ordres. On n’exécute pas sans réticence ni réaction des ordres qui peuvent mettre en péril le navire !

Cet ensemble de problèmes me font dire une chose terrifiante : on solde la sécurité sur l’autel de l’argent. En effet, croire qu’un équipage hétéroclite, associé à un capitaine visiblement incompétent, cela ne peut mener qu’au drame. Par quel miracle a-t-on évité le drame jusqu’à présent ? En fait… non : l’histoire récente démontre que la marine marchande n’en est pas à son coup d’essai sur cet aspect… Surcharge chronique des bateaux, équipage laissant la timonerie vide pour regarder un mach de football, cartes marines périmées à bord, les exemples sont légion. Quoi en penser finalement ? Que je suis bien sur la terre ferme !

27 décembre 2011

Je ne sais pas quoi en penser...

Cette candeur, ce rêve partagé par des jeunes hommes convaincus de la bonne cause... A la lumière du destin, que penser de leur engagement?



Petite précision historique (pour ceux qui ne connaissent pas):
La 33e division de grenadiers blindés SS Charlemagne (en allemand : 33. Waffen-Grenadier-Division der SS „Charlemagne“ (französische Nr. 1)), dite Division Charlemagne, est l'une des 38 divisions de la Waffen-SS qui servent durant la Seconde Guerre mondiale. Destinée à combattre le bolchévisme, elle est constituée de Français volontairement engagés sous l'uniforme Waffen-SS.
La division Charlemagne, sur wikipedia.org

Difficile de les juger, de les comprendre. A celles et ceux qui auraient l'audace de leur dire qu'ils étaient partisans d'un monstre, souvenez vous d'une seule chose, qui est plus terrible que tout le reste: la valeur de l'engagement ne se mesure pas à la victoire à ou la défaite, mais à la souffrance endurée pendant les combats. Un combat, bon ou mauvais, est une chose terrible, atroce, et ces adolescents (15 ans, rendez-vous compte!) se sont battus jusqu'au bout pour un "idéal".

L'horreur est humaine, tout comme ses errances. Je ne vénèrerai pas des assassins, pas plus que l'idéologie atroce qui se cache derrière ses symboles. Par contre, j'aimerais avoir le dixième du courage de ces types:

Le dernier bataillon de cette division, connu sous le nom de Bataillon Charlemagne, sous le commandement du SS-Hauptsturmführer Henri Fenet, participe à la bataille de rues pour la bataille de Berlin au sein de la division Nordland. Il ne reste alors que 320 à 330 hommes à peine. Le 16 avril 1945 à Neuköln, aidés d'un char Königstiger et d'éléments des Jeunesses hitlériennes, ils auraient détruit une soixantaine de chars russes.

Le 27, ce qui reste des troupes se retranche dans le métro. Le 28, ils défendent la place Belle-Alliance qui protège l'accès du bunker d'Adolf Hitler. Parmi les derniers défenseurs du bunker figurent paradoxalement des volontaires français aux côtés de collaborationnistes de plusieurs pays d'Europe. Jusqu'au 2 mai, alors que Adolf Hitler s'est déjà suicidé, ils résistent à l'avancée des troupes russes, les derniers hommes, dont Henri Fenet, sont faits prisonniers à cette date. Les SS français auraient été les « derniers défenseurs » du bunker, le Bataillon Charlemagne ayant été la seule unité encore présente jusqu'au 2 mai, afin d'empêcher les Soviétiques de le prendre pour la fête du 1er mai.


C'est ce qu'on peut appeler de l'engagement je crois...

Actualité chargée

Je sais bien que le site est actuellement moribond, et, je vous rassure, ce n'est pas une volonté personnelle d'en interrompre la rédaction. Les impératifs tant privés que professionnels ont le don me rendre muet cet endroit, à tel point que j'ai presque honte de le regarder. On devrait toujours trouver du temps pour ses passions, surtout quand il s'agit d'exprimer ses opinions. Toutefois, notez quand même que j'ignore quand se tassera ce surplus de travail, et quand je pourrai éviter que les mises à jour soient aussi sporadiques.

Passons maintenant au cœur de l'actualité. Pour celles et ceux qui vivent au pôle nord et ne s'abreuvent d'informations qu'à mon écuelle rouillée, la Corée du nord a perdu son dictateur, La Syrie est en pleine implosion, le gouvernement Russe est sur la sellette, et les révolutions arabes semblent avoir remplacées un dictateur par un autre à l'apparence plus démocratique. C'est ainsi, quand on déboulonne un symbole, soit le nouveau squatteur du siège du président est pire que le précédent, soit la vacance du pouvoir donne l'occasion aux « démocrates » de se mettre joyeusement sur la tronche. S'il n'y avait pas tant de morts pour tenter le changement, nous pourrions alors rire et nous moquer cette attitude vorace qu'ont les ambitieux concernant la pitance que représente un gouvernement.

En parlant de pitance, quelle est la recette d'un gouvernement populaire (mais pas forcément démocratique) ? Une grosse louche de démagogie, salée par une belle pincée de nationalisme, assaisonnée de quelques piments au goût paranoïa, le tout cuit à feu vif pendant une révolte et quelques manifestations bien organisées. Aussi loin que mène la mémoire humaine, ces ingrédients furent toujours utilisés, mais avec des proportions plus ou moins différentes. Si votre nation aime les défis, on peut badigeonner le plat fétide avec de la xénophobie (apartheid, lois raciales…). Si votre peuple se considère comme « supérieur » et fier de ses origines, plantez quelques graines de haine d'un voisin quelconque, et, suprême ajout pour les plus fins gourmets, faites fondre une bonne poignée de communisme démagogique sur le tout pour vous assurer le soutien des classes les plus défavorisées. A servir chaud, bien entendu, et sans chichi ! En effet, inutile de dresser la table quand ceux qui dégusteront votre tambouille le feront sur le pavé, ceci face à la police ou l'armée. On n'est jamais mieux servi que par ses doigts, n'est-ce pas.

Ce que j'entrevois concernant les évènements cités précédemment ? Pour la Corée du nord, à moins d'une implosion miraculeuse du pouvoir totalitaire et absolu de la famille en place, je ne crois pas trop à un changement quelconque. Après tout, le fiston a été formé et formaté pour ne surtout rien changer aux
méthodes de ses aïeux… Quoi qu'il en soit, ce n'est pas pour tout de suite que la Corée du nord pourra s'asseoir à nouveau à la même table que sa sœur du sud. J'ajouterais même que la dite situation en arrange plus d'un : les Chinois, pour leur soutien historique, les Américains, parce qu'il faut bien un « vrai »
ennemi dans la région, et même l'Europe pour prétendre peser contre un « ennemi de la démocratie ». Pour les plus optimistes, une petite bricole : on ne râle contre une autre nation que quand celle-ci ne dispose d'aucun moyen de rétorsion. Tenez, la Turquie nous engueule à cause d'une loi punissant (je
cite) « La négation du génocide Arménien ». L'idée est plaisante sur le papier, mais bien moins dans les faits, car, même dans la majorité présidentielle, certains trouvent le moyen de prendre leurs distances avec ce vote ! Grandiose monsieur Juppé qui, quelque part, désavoue ses camarades !

Comme quoi : provoquer un allié politique et économique, ça ne se fait pas (même si cela pourrait se justifier aisément).

Pour la Russie, je suis déjà plus partagé : on insulte ouvertement Poutine, on le critique, et c'est en soi un bon pas vers une meilleure démocratie. Qui plus est, si cela pouvait permettre une véritable liberté de la presse et d'opinion… Cependant, j'aimerais bien qu'on me présente un candidat solide pour contrer le
couple Medvedev / Poutine, parce que celui que j'ai entrevu à la télévision semble être un excellent démagogue pour haranguer la foule, mais avec une teinte un peu trop rouge à mon goût. Que voulez-vous, je vois un bon gros communiste des familles vêtu du costume large et agréable du démocrate… Faites
que je me trompe, ou nous allons revoir apparaître, à terme, un joli bloc de l'est avec une guerre froide en toile de fond. Ce serait quand même un sacré retour en arrière, non ?

Et enfin, la Syrie, qu'en dire réellement ? Le massacre continue, toujours aussi médiatique et choquant, mais toujours aussi stérile du côté de nos élus. Personne pour se bouger et menacer les dirigeants, personne pour tenter de faire fléchir la dictature en place ; Pourquoi ? Probablement parce qu'après avoir déboulonné Kadhafi et ouvert la porte aux islamistes, nombreux sont celles et ceux qui se demandent si, finalement, une bonne dictature sans religion ne vaut pas mieux qu'une dictature avec. Dans le fond, on apprécie plus une Libye qu'un Iran islamique, non ? Et puis, un dictateur a une meilleure réaction qu'un illuminé, surtout quand on parle de concessions et d'argent. La preuve en est, nous avions rouvert la porte à Kadhafi pour son pétrole, mais nous gardons encore l'entrée interdite à Ahmadinejad…

Mais vive Noël, vive le nouvel an, puisqu'il faut bien fêter quelque chose !

08 décembre 2011

Ode aux harpies

Je doute qu’on puisse me faire passer pour un sectaire, d’autant plus que j’ai la fâcheuse tendance à rejeter tout système ayant pour but de me faire entrer dans un moule bien précis. Déjà, pour commencer, ma couenne n’aime pas prendre des formes qu’elle ne connaît pas, et j’ajoute également que, intellectuellement, il m’est strictement impossible d’avaler goulûment des thèses que je n’ai pas mises en doute au moins un millier de fois. Alors, évidemment, on peut retrouver des relents divers et variés dans mes textes : certains parleront de fascisme à peine déguisé, de misanthropie latente, ou encore de quelques soupçons d’admiration immodérée pour des dictateurs. Qu’il en soit ainsi ! Je ne suis pas là pour faire plaisir, je suis sur cette page pour ME faire plaisir. Aux esprits chagrins donc, je dis un grand MERDE.

Maintenant, concentrons-nous sur un sujet qui me fait à la fois sourire et bondir de colère. Je sais qu’il est difficile d’imaginer le balourd que je suis, bondissant et vociférant, tout en arborant un sourire de jeune premier mis à l’affiche d’une marque obscure de dentifrice. C’est bel et bien le cas pourtant. J’avais mis en accusation tous les sectarismes, toutes les dérives autoritaires qui plombent littéralement les sociétés se laissant happer par le démon de la dictature, et, il me semble, que je n’avais exclu aucun profil moral ou culturel à mes critiques. Cependant, jusqu’à il y a encore quelques jours, on mettait clairement le doigt sur le radicalisme religieux de nombre de groupes islamistes, sans même se rendre compte que le monstre du fascisme peut revêtir autant la tenue du musulman fanatisé, que celle du catholique embrigadé dans des idéaux sectaires. Nul n’est à l’abri de la folie du contrôle absolu, nul n’est à l’abri d’instrumentaliser des supposées insultes, d’autant plus qu’elles sont parfois plus risibles qu’elles sont nocives.

On peut évidemment admettre d’être offusqué par certains propos, par certaines déformations et autres raccourcis qui ont souvent cours dans les médias. A force de terrifier le monde avec le terrorisme de barbus atteints de nombreuses pathologies psychiatriques, difficile de ne pas craindre l’islam en bloc. Que voulez-vous : celui qui aura été mordu par un dogue allemand aura probablement peur du caniche nain… Mais pour autant, est-ce une réaction acceptable ? Jusqu’à preuve du contraire, la culture et l’intelligence, ce sont les deux vecteurs du progrès. La peur, la terrible peur de l’inconnu ou de la différence, c’est le plus puissant des moteurs contre l’humanité elle-même. Je crois qu’il faut savoir progresser, apprendre, savoir, enseigner, découvrir pour que nous ne soyons de simples rétrogrades nostalgiques cambrés sur des opinions surannées. Mais hélas, trois fois hélas, même les plus « modérés » semblent encore décidés à relever le défi de la plus grosse bêtise morale.

Tenez, un article apparemment anodin a attiré mon attention. Cela parle d’une pièce de théâtre qui, visiblement, fait polémique chez les Catholiques. Je vous passe les détails sur le contenu de la dite pièce, tout comme je ne commenterai pas sa qualité. Je n’ai pas eu le loisir de la voir, et donc d’en tirer quoi que ce soit de tangible d’un point de vue qualitatif (bien que l’auteur de l’information soit, en revanche, bel et bien emballé par la pièce). Non, ce qui m’a interpelé c’est surtout que la pièce est jouée dans un lieu hyper sécurisé, et que des extrémistes catholiques semblent décidés à en saboter la diffusion. De là à pousser le spectacle derrière des CRS pour préserver les acteurs, il n’y a qu’un pas tout de même très gênant, non ? Je ne comprends vraiment pas : pourquoi tenter de démanteler quoi que ce soit concernant la foi ? La foi, c’est quelque chose de totalement personnel, qui se doit de rester pour soi et chez soi, et non sur la place publique. Qu’on mette en cause les institutions, qu’on les critique, cela a un aspect totalement sain, car cela pousse la dite institution à progresser et évoluer. En revanche, menacer, voire saboter ou tuer au nom de la foi, c’est une démonstration claire et sans équivoque tant de bêtise, que de passéisme nauséabond.

Le mot inquiétude est sur toutes les lèvres. La peur est le maître mot, tant en société qu’en économie. Après tout, à force de parler de crise, de chômage, celle-ci est bel et bien arrivée, avec son lot de malheurs et de drames. Pourtant, n’est-ce pas là le meilleur moment pour se donner le droit de réfléchir, de revoir le fonctionnement de notre société, et, grâce à cette analyse, tout faire pour rebâtir un monde plus sain, ou tout du moins légèrement moins nauséabond ? Visiblement, non. On préfère inquiéter, accuser tout le monde d’être blasphématoire, de faire de chaque spectateur de la pièce un accusé potentiel d’une inquisition quelconque. Torquemada est mort depuis très longtemps, laissons son spectre dans sa boîte, et contentons nous de voir les œuvres comme ce qu’elles sont, à savoir le reflet d’une opinion, d’une idée, prêtant le flanc à la critique, mais ne méritant pas pour autant d’être menacées par le moindre fondamentaliste en manque de reconnaissance, ou bien trop obnubilé par son désir d’évangéliser les autres pour admettre que la différence d’opinion fait, façonne le monde tel que nous le connaissons. Fut un temps, nous forcions les tribus indigènes à se plier devant la croix. Les Japonais forcèrent les catholiques à piétiner les symboles de leur foi sous peine d’exécution sommaire… Faut-il en revenir à de telles méthodes pour comprendre que la liberté d’expression ne se solde pas ?

Je vous laisse un peu de lecture…
Rodrigo Garcia et sa pièce polémique, sur lemonde.fr
Tomás de Torquemada sur wikipedia.org

05 décembre 2011

Jamais le temps...

Métro boulot dodo... la routine qui tue! Donc, juste pour faire patienter, une vidéo incroyable... à regarder pour retrouver son âme de gosse (pour les garçons surtout).

21 novembre 2011

J’avoue, je suis en plein fou rire narquois

Faute de pouvoir sourire face à l’actualité toujours plus glauque et inquiétante, je n’arrive plus qu’à rire cyniquement face aux évènements. C’est dégueulasse (en tout cas, c’est ce qu’on pourrait me dire en guise de reproche), mais je n’arrive qu’à me gausser de tout ce foutoir mondial : guerres inutiles, crise économique née par la faute non d’une situation politique pourrie, mais d’une arrogance monstrueuse des spéculateurs, et surtout la multiplication des reportages anxiogènes prompts à remettre sur le tapis des thématiques bizarrement intéressantes pour les présidentiables de 2012. Il y a de quoi se moquer, non ? Je trouve ahurissant qu’on puisse, en l’espace de quelques mois, redécouvrir qu’être prétentieux peut mener à notre perte, tout comme je trouve risible l’attitude pour le moins « maladroite » des médias qui font leurs choux gras des pires atrocités que l’âme humaine est capable de créer.

Quoi de nouveau sous le soleil ? Pas grand-chose, car, dans le fond, les exemples du passé ne manquent pas pour rappeler aux fous que nous sommes que nous fonçons joyeusement dans le mur. La crise mondiale ? Et les emprunts Russes, n’est-ce pas là une sorte d’ancêtre des subprimes ? Et l’effondrement des systèmes financiers, ça ne vous rappelle pas 1929 avec sa spéculation à outrance ? Et les guerres pour les matières premières, n’est-ce pas ce qui a mené les grands empires à se déclarer la guerre dans le passé ? Et que dire des horreurs des petits et grands crimes qu’on nous envoie au visage à longueur de journée ? Petiot, Landru… ça ne parlera pas aux plus incultes, mais clairement le XXIème siècle n’a pas inventé le tueur en série, pas plus que le voleur ou le violeur. C’est juste qu’on nous en sert à tous les repas, histoire de nous faire peur. Et, visiblement, ça marche !

Ainsi, je ne retiens pas mon rire quand j’entends des grands patrons se plaindre de la conjoncture économique, pas plus que je ne me retiens quand j’entends celles et ceux qui, pendant que c’était l’embellie financière, profitaient du système et qui, maintenant, se plaignent d’être ruinés. C’est méchant, une vraie bassesse tant dans l’attitude que dans l’esprit, mais somme toute, pourquoi plaindre ceux qui jouaient avec le feu de s’être brûlés ? C’est ceux qui subissent les dégâts collatéraux que je plains, pas les autres ! Notez qu’en plus de poser de gros problèmes, la crise permet aux plus cyniques de légitimer des licenciements, des délocalisation, ou des coups d’arrêt dans les politiques salariales. Vous ne trouvez pas amusant qu’une société puisse réduire les salaires, virer des employés, ceci en prétextant un marché étriqué, alors qu’elle fait de beaux bénéfices ? Il y a comme un contresens, un mensonge éhonté qui sent clairement la manipulation. Quoi qu’il en soit, il vaut mieux en rire et se moquer des menteurs, que de pleurer et d’ajouter encore un peu plus à la grisaille ambiante.

Trop de choses sont dites et faites pour nous faire peur, et nous maintenir ainsi dans une confortable léthargie. Un peuple qui a peur, c’est un peuple docile et prompt à tout avaler, même les pires couleuvres. Malgré tous les mouvements contestataires, les grèves, les actions « coup de poing », les états ne retirent pas les politiques d’austérité, écorchant au passage les plus fragiles et les plus exposés à la crise. Il y a là une belle ironie : préservons un système instable, quitte à blesser ceux qu’on souhaite justement protéger. Ca n’a rien d’une lubie de quelqu’un de mauvaise foi, mais bien de faits. Taxons les biens de consommation, augmentons les taxes pour que les petites entreprises payent la note, et regardons les mourir de leur belle mort ! Je suis donc bien obligé de me moquer de ces rafistolages, encore plus de ceux qui les soutiennent en mentant de manière éhontée sur le résultat de ces mesures. C’est sûr que taxer les sodas va renflouer les dettes abyssales de l’état, tandis qu’on ne touche pas aux cadeaux fiscaux faits aux grandes sociétés et aux plus riches…

Bref, je regarde le monde avec détachement et cynisme, j’absorbe mon lot de couleuvres comme les autres, et j’appréhende le futur avec un rictus de circonstance. On ne sait pas vraiment ce qui nous attend, cependant, le passé me semble affirmer qu’il y a toutes les graines et le terreau fertile pour faire germer les idées nationalistes, protectionnistes, ainsi que pour stimuler la renaissance des pires mouvements à tendances fascistes. Effrayant ? Pas tant que cela, si l’on tient compte du fait que c’est hélas inévitable, et que ce n’est que le bon sens citoyen qui pourra nous préserver d’un basculement vers la dictature. Tout le bon sens politique provient uniquement du fait de se préoccuper non que de soi, mais de son entourage. Voir le monde, c’est se voir en lui.

C’est fou. Quand j’écoute Gilles Servat, je suis sidéré par sa clairvoyance. Tenez, lisez ce texte qui, mine de rien, a le mérite de nous en coller plein la figure :
En ce temps il était possible
D'aller dans la rue sans son flingue
Car il n'y avait que les dingues
Qui prenaient les passants pour cible

C'était encore peu répandu
Quand on descendait à sa cave
De trouver vingt surhommes très braves
En train d'violer une inconnue

On pouvait circuler en ville
Sans peur, sans fouille systématique
Sans recevoir des coups de trique
De la part d'un vigile viril

Je garde en moi le souvenir
En ce moi de mai 2010
De ces années soixante-dix
Où l'on sentait tout ça venir

Le couvre-feu n'existait pas
Les lumières brillaient dans la nuit
On sortait bien après minuit
Car l'énergie nous manquait pas

Y avait encore des rossignols
Qui chantaient par les nuits d'été
J'avais pas d'masque sur le nez
L'oiseau tombait pas en plein vol

Il existait des grands chemins
Que les bandits fréquentaient guère
Aujourd'hui on croirait la guerre
Les embuscades au petit matin

Je garde en moi le souvenir
En ce moi de mai 2010
De ces années soixante-dix
Où l'on sentait tout ça venir

On avait encore une adresse
Pas de loisirs obligatoires
Pas de télé obligatoire
Et pas de matricule aux fesses

On pouvait prendre pour confesseur
Sa femme, son enfant, sa soeur
Sans être sûr d'ouvrir son coeur
Au ministère de l'Intérieur

Et même se regarder en face
Sans s'demander si c'est un flic
Si c'est soi-même ou un indic
Dont on voit les yeux dans la glace

Je garde en moi le souvenir
En ce moi de mai 2010
De ces années soixante-dix
Où l'on sentait tout ça venir

Il restait les derniers pavés
Il n'y avait que les maisons
Les trains, les cars et les avions
Qui avaient l'air conditionné

On avait encore le droit d'grêve
Et le cerveau en liberté
Machin avait pas inventé
La machine à lire les rêves

Avant qu'le siècle ne s'achève
Nous avons vaincu le cancer
Mais on ne meurt pas moins qu'hier
Les suicides ont pris la relève

Je garde en moi le souvenir
En ce moi de mai 2010
De ces années soixante-dix
Où l'on sentait tout ça venir...

Cyclique

Pour les gens ayant des soucis de vue, j’ai bien mis CYCLIQUE et non CYCLISME en titre de ce message. Alors, non, je ne vais pas traiter de la petite reine, pas plus que de la capacité à avoir une urine phosphorescente lors des prélèvements faits sur les coureurs du tour de France ! Le but de cet article est de parler de la capacité qu’a l’histoire à tourner en rond, à reproduire les mêmes erreurs, ceci avec les mêmes causes, et malheureusement les mêmes conséquences désastreuses. Ceci dit, ce phénomène n’a rien de bien nouveau, et je ne suis certainement pas le premier à en parler ! De fait, c’est donc une remarque éculée, usée par le temps et la répétition qui vous attend dans la suite de ce texte.

Trêve de lamentations sur le fait de ne pas être le premier sur le sujet, parlons clairement ! L’histoire est une répétition perpétuelle, et le fait d’oublier le passé est en soi la cause des malheurs futurs. Qu’on soit convaincu qu’il y a un avenir radieux, ou au contraire que nous tendons vers la guerre totale, force est de constater que les étapes cycliques des civilisations sont toujours les mêmes : émergence, croissance, firmament, puis enfin déchéance. Hé oui : toutes les civilisations naissent sur un ou plusieurs évènements fondateurs, elles prennent de l’ampleur, puis sur une période arrivent à un zénith culturel, pour finalement s’effondrer et disparaître à tout jamais. Ces sociétés, nous les analysons ensuite, nous en admirons la sophistication, la richesse, tout en occultant presque totalement ce qui a bien pu les pousser dans les fosses communes de l’histoire. Pourtant, s’intéresser au pourquoi serait, à mon sens, salutaire pour notre destin.

Prenons les dites phases. L’émergence est élémentaire, car elle définit un instant crucial. Typiquement, on peut décréter que notre civilisation actuelle industrialisée s’appuie fermement sur l’apparition de la machine à vapeur, et donc à la révolution industrielle. De la même manière, l’empire romain est « né » à partir de la création de la république, et du pouvoir politique central associé. Dans la même optique de croissance (seconde étape), Rome a envahi ses voisins, tandis que nos nations industrialisées se sont lancées dans la colonisation et l’exploitation des dites colonies. Dans les deux cas, les progrès scientifiques (chimie, construction, métallurgie…) furent nombreux. D’une manière assez amusante, c’est l’âge de bronze et l’âge de l’acier qui marquent l’avancée technologique des deux « empires », tout comme l’avènement de grandes cités urbanisées (Rome et les villes annexes, et Londres ou Paris en contrepoint). De fait, nous avons donc les mêmes manières de progresser, parce que la croissance économique, l’extension des marchés et des débouchés fonctionnent de la même manière depuis toujours !

Et là, c’est l’étape la plus intéressante, du moins d’un point de vue culturel. Une fois l’expansion arrivée à ses limites, soit par l’incapacité à aller au-delà d’un horizon géographique (taille de l’empire, ou bien distance immense pour le transport jusqu’aux colonies), soit par la nécessité de stabiliser les empires (incapacité à gouverner au-delà d’un certain éloignement les territoires conquis, ou bien instabilité politique trop difficile à endiguer), nous en arrivons au zénith économique. Les empires sont riches, boursouflés de suffisance et de certitudes, et l’on tend alors non plus à l’expansion, mais à la sophistication culturelle. C’est dans ce genre de période qu’on améliore le système éducatif, ceci pour créer une nouvelle élite apte à diriger par la loi (et plus par le glaive), qu’on voit apparaître un nombre énorme d’ouvrages majeurs, ou encore qu’on tient de plus en plus compte de la culture dans les décisions politiques. C’est un véritable stade où le théâtre devient aussi important et majeur que l’est la gestion des armées, où l’on se soucie au moins autant de sa toilette que de la gestion des indigents. Et ce summum, ce plateau maximal incite à la consommation : posséder les derniers produits à la mode (animaux exotiques, épices, bijoux dans l’antiquité, produits manufacturés dans notre société actuelle), améliorer le confort du logis… Tout est bon pour se rassurer, car posséder, c’est exister socialement !

Malheureusement, la sophistication implique une dérive dangereuse et vicieuse : les gens se lassent de posséder, et se voient rapidement absorbés par tout ce qui peut paraître stimulant, quitte à ce que cela soit « déviant ». Rome a payé sa sophistication par l’apparition d’une intelligentsia incompétente, gavée de richesses, mais totalement incompétente pour gérer les guerres contre les tribus autrement moins férues de confort. L’empire, pour se préserver, en est même arrivé à payer en or sa tranquillité…. Pour finir par s’écrouler, gangrené de l’intérieur par les luttes intestines et les bricolages politiques hasardeux. Cela ne s’est pas fait en un jour, tout comme ne s’est pas bâti en une bataille, mais n’est-ce pas là la voie que nous suivons ? En un demi-siècle, le confort, l’accession au « luxe » a corrompu une société qui se voue maintenant non plus à produire, mais bel et bien à s’enrichir. Les crises financières en sont un symptôme flagrant, mais le consumérisme l’est bien plus encore, alors qu’on pourrait voir cela comme un progrès. Il n’est en effet plus possible de communiquer sans informatique, tout comme il est devenu presque indispensable de posséder des produits électroniques. Pourquoi ? Parce qu’il faut entrer dans un moule, il faut « suivre », quitte à y perdre sa propre capacité de réflexion. Tenez, Facebook et autres sites connus, ne sont-ils pas finalement le signe de notre désir de sophistication de nos relations ? Au lieu de parler aux gens, on les joint par le web, en perdant de vue qu’ils existent physiquement. C’est inquiétant, non ? Le plus signifiant, c’est surtout l’abord à la pornographie, à la sexualité « débridée ». Toutes les sociétés qui se laissèrent aller à une forme de libertinage assumé finirent rapidement par s’effondrer. Est-ce un éloge de la morale ? Pas du tout ! C’est simplement que si l’élite dirigeante se préoccupe plus de sexe que de politique, force est de constater que l’état est, dans la foulée, condamné à disparaître.

Hé oui ! Nous pourrions bel et bien être sur le déclin, condamnés par notre incurie, prêts à sombrer dans l’anarchie, simplement parce que nous préférons le confort à la réflexion. Le danger est bien réel, palpable, et le dévoiement de notre morale pourrait bien nous coûter autrement plus cher qu’un simple « Nous aurions pu faire plus attention ».

17 novembre 2011

Interrogations sur la Syrie

Après l’effondrement de nombre de gouvernements dans les pays musulmans, dont la Lybie dans le sang, la Syrie est à présent sur la sellette, et notamment son président Bachar al-Assad. Bien sûr, l’idée qu’une dictature puisse enfin s’effondrer, et ainsi donner au peuple le droit d’exprimer ses opinions par la voix de la presse, de médias libres, et surtout par les urnes a quelque chose qui, pour nous Européens, de plaisant, mais pour autant, est-ce que l’action tardive de la ligue arabe pour sanctionner Damas a encore un sens ? Nul doute que les sanctions ont été mûrement réfléchies, mais pour autant, que signifient-elles réellement ?

Il faut, à mon sens, s’interroger sur la portée médiatique de l’action de la ligue. En effet, derrière une action permettant de « punir » al-Assad concernant les violences contre les civils, il y a les états du monde qui sont avant tout des clients du pétrole. Sans pétrole, peu voire pas de devises, et donc des économies rapidement condamnées à la faillite. En ce sens, le poids même des USA et de l’Europe suffisent à inciter la ligue arabe à agir contre la Syrie, quitte à être désapprouvée par une partie des habitants de la région. Bien évidemment, il n’est pas tolérable de voir un chef d’état se maintenir en place par les armes, faute d’un soutien populaire. Mais ce n’est pas contre al-Assad que se tourne la sanction de la ligue, mais vers les investisseurs, ceci pour leur faire signe qu’ils ont un poids non négligeable dans la politique de la région.

Alors, si l’on admet que la ligue arabe s’est pliée aux « demandes » de la diplomatie internationale, nous devons nous interroger sur la véritable efficacité de la dite ligue, au point de remettre en doute son existence. Certes, regrouper les voix des nations arabes sous une seule autorité de tutelle a une importance, mais son poids est, dans une certaine mesure, pondéré par l’influence de l’économie mondiale. Pire encore : dans quelle proportion l’action de la ligue est-elle assujettie à des actions extérieures ? La temporisation de l’action provient, et ce de manière très flagrante, du choix Russe de refuser toute intervention de l’OTAN/ONU en Syrie (contrairement à la Lybie). Pourquoi ? Encore une fois, pour un clientélisme malsain, preuve supplémentaire que le pouvoir politique est soumis au pouvoir du dollar. C’est non seulement dangereux, mais avant tout très signifiant sur la faiblesse inavouée de la ligue arabe.

A partir de ces considérations, on peut pousser le raisonnement très loin, à tel point qu’on ne peut que s’inquiéter de l’effondrement du gouvernement de Damas. Le printemps arabe a, pour beaucoup, marqué un tournant dans la vie des pays arabes, avec en premier objectif une démocratisation de la région. Or, force est de constater que les dérives se font dorénavant pressantes : élections Tunisiennes gagnées par un parti religieux, gouvernance temporaire s’adossant à la charia en Lybie, ces deux signes forts démontrent que les états arabes sont loin de s’être affranchis du spectre fondamentaliste. On peut même craindre la naissance d’états calqués sur un modèle iranien, avec tout ce que cela représente comme danger potentiel pour la situation locale : religieux extrémistes au pouvoir, violences contre les opposants, censure, bref des situations pires que celles dénoncées par les opposants. Il faut noter, concernant l’Iran, que cet état n’en est pas membre, ce qui en fait donc une nation qui se moque totalement des sanctions potentielles de l’organisation. L’apparition de pays singeant l’Iran pourrait, à terme, sonner le glas de la ligue, ceci par la fuite des pays ayant choisi un système politique analogue. De fait, avec l’Iran en modèle, des pays agités par des révolutions, la ligue arabe est dans la tourmente, avec tout ce que cela peut représenter comme danger pour la région.

Telle la SDN, la ligue arabe semble révéler une stature de colosse aux pieds d’argile : faiblesse de l’assemblage face aux gouvernances radicales, incapacité à supporter des chocs tels que des révolutions, la structure pourrait perdre tout poids face à des nations qui choisiraient un modèle dictatorial. La latence observée entre le début des exactions en Syrie, et l’intervention politique signe ce constat dangereux de faiblesse… Et le pétrole n’en est pas la seule cause. On ne peut que s’interroger sur la légitimité d’un système qui choisit le silence plutôt que l’intervention, silence instauré afin de ne pas avoir à choisir entre la rue qui se révolte, et l’état qui se meurt. Damas pèse un poids considérable (de par ses capitaux et ses influences politiques), et il aurait été mal venu de dénoncer al-Assad avant d’avoir des certitudes concernant son naufrage. De là, c’est avec circonspection qu’on devra prendre les actions de la ligue arabe, tant de par sa faiblesse à présent évidente, que parce que les dites actions pourraient être téléguidées depuis Washington… ou Moscou.

La grande question qui reste est de savoir comment va se comporter le système économique de la région. En effet, tous les pays qui se sont effondrés récemment sont tombés suite au chancellement d’un modèle économique non viable. Le paradoxe est donc total : si l’économie de dictature va mal, on le fait tomber avec l’espoir d’un système plus « juste », et l’on met au pouvoir une dictature, parce que les réformes nécessitent une gouvernance énergique et déterminée. En conséquence, est-ce que Damas, si al-Assad tombe, va prendre le chemin de Téhéran ? C’est une interrogation très pénible, car elle pourrait sceller le sort de la ligue, mais également celui de la région. Des alliances entre nations « radicalisées » pourraient voir le jour, un peu comme un contre-pouvoir face à la ligue. Rien n’interdit l’idée d’une nouvelle ligue, mais avec cette fois dans ses statuts l’introduction de principes tirés de la charia, ou tout du moins des aspects idéologiques dangereux pour le reste de la région.

Enfin, je m’interroge, mais ce dans un futur plus lointain, concernant le sort d’Israël. Ce qui retenait bien des actions belliqueuses, c’était l’espèce d’assujettissement de la ligue et de nombre de pays arabes absents de la ligue, à la clientèle du pétrole. Là, Israël pourrait voir apparaître un adversaire plus gros, mieux armé, plus déterminé, dans un axe militaro-politique constitué des nouvelles dictatures nées du printemps arabe. On menace constamment Téhéran concernant son activité nucléaire, on soupçonne l’état iranien de financer la construction de la bombe atomique. Quoi de plus dangereux que l’idée que ce pays y parvienne, et en fasse profiter d’autres despotes illuminés ? Là, la notion de prolifération de l’arme atomique prendrait tout son sens le plus sinistre… En espérant que cela ne soit que le pire des scénarios, et pas celui qui se produira dans les faits.

15 novembre 2011

Les fantômes ne meurent jamais totalement

Contrairement à ce que peuvent penser les plus candides, ce n’est pas une arme qui est dangereuse, c’est l’idée portée par son utilisateur qui l’est. Une arme, ce n’est qu’un outil, tout comme peut l’être le tournevis pour l’électricien, ou le crayon pour le dessinateur. En l’espèce, l’idée, la « cause », c’est elle qui est la véritable source de danger. Or, autant il est possible de saisir, puis détruire, toute arme susceptible d’être une menace, autant une idée se révèle résistante à toutes les formes de tentatives d’annihilation : censure, répression, ou au contraire éducation et explication n’arrivent pas à faire disparaître les idées, si sordides qu’elles puissent être. L’idée, comme un fantôme, résiste au temps, aux changements culturels, moraux, et ce n’est généralement que la mort d’une civilisation qui parvient tant bien que mal à faire périr les pires idéologies.

Pour parler vrai et clair, il suffit de se souvenir d’un certain nombre de choses historiques élémentaires qui, pourtant, semblent ne pas être correctement enseignées à l’école. L’éducation des masses s’obstine à nous agiter des héros, qu’ils soient les poilus de la première guerre mondiale, ou bien les résistants et autres FFL de la seconde. Cependant, où sont les vérités telles que la France fut une des plus grandes pourvoyeuses de littérature antisémite à la fin du XIXème siècle, ou encore que le système colonial fut un désastre absolu, à force de corruption et de dénégation de l’égalité des peuples ? En conséquence, nombre de clichés perdurent, à tel point que des adultes continuent à croire en des chimères absolues. Le véritable désastre, c’est qu’en l’espèce, les gosses absorbent alors des absurdités, à savoir des raccourcis historiques confortables (à quand la question de l’Algérie ou de l’Indochine dans les livres d’histoire ?), ou, pire encore, à une censure quasi incitative.

D’une certaine manière, on a poussé les peuples d’Europe à l’auto-flagellation, notamment concernant la collaboration avec l’occupant nazi, et l’activité des camps de concentration. Comme je l’ai déjà exprimé à maintes reprises, je ne porte pas de culpabilité concernant les horreurs nazies. En revanche, je suis particulièrement surpris par le manque chronique de considération pour les étudiants à qui l’on n’explique pratiquement rien. Finalement, ils ignorent presque tous que le nazisme est arrivé par les urnes, qu’il a mis en place le système à travers des lois (et non pas une anarchie de pouvoirs épars comme trop le supposent), et que la propagande fut un outil maîtrisé par les premiers experts en ce domaine. A vouloir ne pas tout dire directement, on finit alors par créer un flou, un doute, une interrogation. Or, les systèmes totalitaires, les mouvements paramilitaires créent une véritable attraction, parce que l’ordre et la discipline sont des vertus, du moins en apparence. Alors, qu’est-ce qu’on obtient ? Un côté sulfureux, séduisant, attirant alors de potentiels sympathisants.

Les candides croient le nazisme mort et enterré. Les imbéciles croient qu’on a effacé l’idéologie en interdisant la propagation des idées par la censure d’un seul livre. Les inconscients se sont même crûs investis d’une mission divine, à savoir chasser les derniers nazis pour « en finir » avec le souvenir des atrocités des camps. Que d’erreurs ! La censure, cela a poussé à l’existence de publications sous le manteau de « Mein kampf » ; les actes racistes et xénophobes, étiquetés « nazis » pour une croix gammée peinte sur un mur ne font qu’inciter à croire que le nazisme est tout sauf mort ; la chasse aux derniers nazis ne fait que remuer la boue où l’on aurait dû faire le vide (Papon, Bousquet… pas besoin d’étirer la liste), au lieu d’attendre qu’ils soient d’âges canoniques. Bilan des courses, le nazisme est encore actif, bien qu’il ait souvent pris des formes très spécifiques, avec un dévoiement chronique des textes et autres icônes.

Le problème avec l’idée, c’est qu’elle est instrumentalisée à outrance. Prenons les croix gammées : les groupes xénophobes, les extrémistes aiment à utiliser ce symbole pas tant pour ce qu’ils sont réellement, mais pour l’horreur qu’il véhicule. Le symbole est atroce, choquant, il soulève le cœur, c’est donc qu’il est utile pour provoquer les bourgeois haïs ! De là, amalgamer la bêtise chronique, et les groupes réellement organisés est très dangereux. Pourquoi ? Parce qu’il n’est jamais bon de mêler des imbéciles utilisant la bombe à peinture, avec des terroristes potentiels qui, à l’occasion, pourraient user de méthodes autrement plus radicales. Il ne faut surtout pas se contenter de l’étiquette pour connaître ces mouvements, et encore moins les prendre pour des choses « peu dangereuses » parce que peu représentés ou visibles. Le néonazisme n’a rien d’une mouvance marginale, et encore moins d’une chose à traiter avec légèreté.

Les néonazis existent bel et bien. Ils sont parfois structurés, à tel point qu’on peut parler de véritables cellules potentiellement terroristes. Pire encore : il existerait (sans preuve, je me contenterai de parler par supposition) des structures plus grandes, capables d’organiser et guider ces cellules. Les prendre à la légère, c’est prendre le terrorisme à la légère, avec ce que cela représente comme danger. Le plus difficile à admettre dans cette situation, c’est notre impuissance à identifier les membres de ces mouvances. Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’il ne s’agit pas de s’afficher, et encore moins d’avoir une visibilité gênante. Non, les néonazis vivent dans nos souterrains moraux, ils se nourrissent des rancoeurs et des haines, et ils savent recruter parmi les jeunes les plus influençables. Cessons de croire que le nazisme est mort, il survit à travers des groupes souvent violents et donc très dangereux.

Ce qui freine ces mouvements, c’est le manque d’un personnage, d’un « guide » comme le fut Hitler. Par défaut, les idéologies radicales ont besoin d’un messie, de sorte à cristalliser tous les pouvoirs entre un nombre réduit de mains. Faute d’une voix forte au milieu des autres sympathisants, les idées sont incapables de résister à l’usure du temps. C’est pourquoi que le néonazisme est généralement porté par des jeunes (voire très jeunes), et que la plupart retournent à des idées d’extrême droite, sans pour autant continuer à brandir la menace de la violence systématique. Cependant, craignons avec inquiétude des situations comme celle de l’Allemagne. Le schéma n’est que trop ressemblant à celui de la fin des années 20 : chômage, crise, et populisme pour appâter les foules… La crise est le terreau fertile des dictatures, et nous pourrions regretter de ne pas avoir su lire les premiers signes d’une renaissance d’une intolérance générale.

Le terrorisme d’extrême droite en Allemagne, sur Courrier international

08 novembre 2011

Fenêtre ouverte sur le monde

Plus les gens ont de moyens différents pour communiquer, plus ils s’invectivent pour le plaisir de se donner une prestance. Aussi ridicule que soit ce constat, il est impressionnant de voir à quel point le droit à la parole se révèle être un véritable poison à tous les niveaux. Pourtant, on aurait pu espérer que, grâce aux avancées technologiques, que chacun se rende responsable de ce qu’il dit et fait, et qu’on puisse ainsi faire progresser la société dans le bon sens. Malheureusement, j’ai souvent l’impression qu’il n’en est rien, voire pire encore, que la facilité avec laquelle on peut laisser un commentaire dans le monde virtuel offre une tribune aux plus imbéciles… ou aux plus dangereux.

Je ne saurais dire si c’est un sentiment d’impunité (pseudonymes, anonymat) ou bien la possibilité d’être vu par le plus grand nombre qui tente les plus virulents. Derrière le phénomène du troll (c'est-à-dire « Je vais volontairement provoquer une situation intenable dans une discussion, ceci dans le seul but de la faire mourir faute de débat construit ») se cache souvent des comportements irresponsables. On pourrait supposer, à tort, qu’il y a dans ces discussions sabotées l’opportunité de stimuler la discussion, d’amener les propos sur un terrain différent, mais force est de constater que ce n’est rien d’autre que le plaisir de détruire (ou insulter autrui) qui guide la majorité des intervenants. Pire encore : « n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre » s’applique fort bien à ce terrain fertile aux débordements et autres dérives. Dans ces conditions, la seule attitude hélas efficace est finalement la censure, ce qui revient à dire « Plus on a le droit de s’exprimer, plus il faut avoir la capacité de censurer ». Le paradoxe est quand même désagréable à admettre.

Concrètement, les diverses opportunités d’expression sont diversement appréciables. Si l’on prend le côté média, on peut dorénavant réagir aux articles d’un journal, ou sur un reportage télévisé, ceci grâce à l’Internet. C’est louable, cela peut devenir passionnant grâce à des intervenants qui réagissent avec à propos et précision, mais cela offre également la malchance de devoir survoler des dizaines de messages haineux, racistes, sectaires, ou simplement hors contexte. Là, c’est devoir se poser la question sur la capacité de chacun à parler des choses nécessaires, utiles, ou tout du moins propices à faire avancer le débat. Hélas, trois fois hélas, l’acharnement qu’on peut avoir à défendre ses opinions ne mène finalement qu’à un dialogue de sourd, où chacun invective l’autre en l’accusant d’être sectaire et obtus. Tiens, ça fait presque « C’est celui qui le dit qui y est ! » de ma bonne vieille cour d’école, non ? De fait, les journaux en viennent alors à censurer les discussions houleuses, à supprimer sans avertissement les propos, ce qui revient alors, encore une fois, à de la prise de décision sans véritable contrôle. Peut-on leur reprocher ? Pas plus que cela… Sauf qu’il y a, comme toujours, un « mais » plutôt dérangeant.

Raisonnons un peu : peut-on laisser quelqu’un dire (et le démontrer) que le boulot qu’on fait est mauvais, inexact, ou même partisan ? Certes, le bon sens voudrait que la critique soit prise avec intelligence, à savoir avec l’idée initiale d’apprendre de ses erreurs. Or, chaque média a une ligne éditoriale, un fond de commerce à défendre. L’orientation politique, si simple et calme qu’elle fût, est un fondement qu’on se doit de défendre. Alors, force est de constater que toute contradiction, même étayée, est souvent menacée de censure, de rejet forcené tant des gestionnaires de commentaires, que du lectorat engagé qui viendrait à lire le dit commentaire. Résultat des courses : censure, voire même bannissement du site (comprendre une interdiction de poster quelque message que ce soit, ou, dans le pire des cas, impossibilité temporaire/définitive de se connecter au site en question). Comment est-ce qu’on appelle une telle attitude ? Du fascisme. La censure pour délit d’opinion n’est rien d’autre qu’un fascisme qui se refuse à l’admettre. Et n’allez pas croire que le phénomène soit présent que sur les pages des feuilles de choux alimentées par la xénophobie, tous les organes médiatiques sont plus ou moins touchés par ce principe.

J’ignore s’il existe une bonne façon de gérer la liberté d’expression. Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un soutien idéologique pour Charlie hebdo, mais je soutiens leur droit à s’exprimer (dans un cadre légal et raisonné, de sorte à ce que chaque rédacteur soit susceptible d’être pénalement condamné pour ses propos). En conséquence, censurer, c’est mettre un terme au droit de s’exprimer, si mauvaise que soit l’idéologie qui est véhiculée. Le net, fournisseur démesuré d’informations tronquées, erronées, manipulées à loisir, est donc la première victime de la part de ceux mêmes qui rêvent de liberté. Loin de moi l’acceptation de voir des gens bâillonnés parce qu’ils pensent différemment, mais je m’interroge sur les procédés pour empêcher les dérives les plus dangereuses. On parle souvent de la protection de l’enfance, de la censure face à l’antisémitisme, ou encore face aux idées raciales les plus sordides. Fort bien, j’en comprends le sens, mais où est donc l’idée de justice là-dedans ? La loi, c’est le meilleur et le pire en une seule phrase : « Censurer ce qui n’est pas tolérable ». Petit exemple concret… L’homosexualité était un crime il n’y a pas si longtemps que cela, donc tous les sites parlant de l’homosexualité auraient été censurés, et leurs auteurs mis en prison ? Cela paraît fou aujourd’hui, mais l’exemple est chronique. On ne peut que très difficilement se comporter en censeur sans prendre le risque de devenir un despote.

Et finalement, il y a cette masse gigantesque de personnes sans activité, sans idée, qui se foutent royalement des droits qu’ils ont. S’exprimer ? Aucun intérêt pour eux. Avoir une opinion ? Pas concerné, donc pas d’opinion. Et ainsi de suite. Cette majorité, ces inactifs de la réflexion, c’est par eux que passent les lois de censure sans jugement, c’est par eux que se légitiment les méthodes de surveillance les plus inquiétantes. Et c’est par eux, hélas, que le choix de nos gouvernants doit se faire. On va me parler de l’abstention… Petit rappel : s’abstenir, c’est modifier les résultats des votes, et augmenter la force non pas des gros, mais au contraire des petits partis. Je ne vais pas faire des chiffres pour éviter les maux de tête, mais schématiquement, moins il y a de votants, plus une voix pèse dans les pourcentages. Logique, non ? Alors, soyons actifs, ne laissons pas les fenêtres ouvertes sur le monde que sont nos écrans devenir des endroits glauques où seuls les plus acharnés diront ce qu’ils pensent. Penser, c’est un devoir, tout comme comprendre son monde, l’aimer, l’apprécier, et le préserver. Le premier devoir du citoyen devrait être de penser, et non pas de laisser les autres penser pour lui.

A bon entendeur…