19 septembre 2011

Un univers de paradoxes

Nous nous interrogeons constamment, et avec une sincère intensité, sur le devenir de l’humanité. Suite à des progrès techniques très rapides, et face à un monde interconnecté à outrance, la notion d’humanité semble quelque peu mise à mal, à tel point que le concept de « monde virtuel » n’est plus un fantasme d’auteur de SF. La majorité des idées conçues, il y a de cela des décennies, sont dorénavant réalités : visiophonie, informatique omnipotente et omniprésente, dématérialisation de la connaissance, et même la mise en numérique des relations humaines font partie de notre quotidien. Discuter avec des inconnus qu’on ne croisera jamais ailleurs que derrière un écran, ne plus se déplacer dans une boutique pour faire un achat, ces habitudes modernes étaient, il y a de cela une décennie, de la quasi science-fiction pour la majorité des citoyens du monde. Dorénavant, il n’y aura plus d’échappatoire : notre monde sera numérique, ou il ne sera pas.

Aussi enrichissante que puisse sembler être cette expérience de la fusion entre le réel et le virtuel, nous ne pouvons constater nombre de paradoxes liés à la nature même de l’être humain. Trop de connexion rend les gens tributaires d’objets et de technologies, à tel point que les en priver peut les rendre aigris, inquiets, tout du moins stressés. C’en est terrifiant : qui n’a pas remarqué l’acharnement compulsif des passants à observer à scruter des fils Facebook, ou ne serait-ce que jouer sur des équipements mobiles ? L’interaction entre le virtuel et notre monde est bien palpable, et nul ne peut plus nier les impacts d’un monde sur l’autre. Le virtuel sert dorénavant des causes politiques (communication lors de révolution, vidéos d’évènements majeurs…), et réciproquement le réel se voit influencé par des mouvances exploitant à fond les capacités du virtuel (création de réseaux sociaux, partage de l’information, distribution à grande échelle de documents…). Et pourtant, paradoxalement, le niveau de confiance qu’ont les gens dans le virtuel semble être en perte de vitesse : crainte du piratage, inquiétude face aux virus ou au vol d’informations personnelles, doutes sur la véracité des faits énoncés sur la toile… L’homme est donc de plus en plus connecté, et paradoxalement de moins en moins confiant dans la nébuleuse qui le tient comme étant un nœud parmi tant d’autres.

Au surplus, ce ne sont pas que les groupes de pensées qui sont impactés par ces changements. Les individualités, les personnalités subissent le même genre de mutations, avec les travers que cela engendre. L’addiction au numérique, révélée au monde dans les jeux vidéos, la fragilité des gens face aux agressions « virtuelles » (insultes, dénigrement, diffamation…), tout ceci révèle une extrême dangerosité des interactions de l’individu avec son monde virtuel. Jusqu’à il y a peu de temps, la toile était présentée comme un monde de liberté, de culture, d’informations sans frontière où chacun pouvait créer une culture participative, en lieu et place de la culture passive issue de la presse et de la télévision. Or, avec le temps, la démocratisation de l’informatique, liée aux campagnes médiatiques supposées nous intéresser à ce monde sans physique, créent à présent un retour quelque peu inquiétant vers des médias à sens unique. Les forums, tout comme les sites personnels, subissent, eux aussi, l’excès de libertés du passé, à tel point que rares sont les journaux qui laissent encore la parole à leurs lecteurs. Quoi en penser ? Que l’individu qui se réfugiait dans le virtuel se sent aujourd’hui scruté, traqué, revendu telle une marchandise. Un clic de souris fait de chacun de nous un consommateur potentiel, et, par le truchement des publicités affichées un peu partout, par l’adjonction de sondages, voire même par l’espionnage de nos données personnelles sur nos historiques de surf, nous sommes des valeurs commerciales. Le trafic de personnes se revend, le moindre espace en pixels se négocie, ce qui sous-entend donc que l’individu est encore plus ciblé, encore plus traqué. D’un monde libre et égalitaire, du moins dans le virtuel, nous sommes à présent dans un monde suspicion, où des lois supposées protéger des intérêts industriels et commerciaux autorisent la traque virtuelle de monsieur tout le monde. Pire encore, c’est une traque systématique, sans ciblage, telle une rafle mondiale menée avec l’assentiment des assemblées et autres créateurs de lois. Qu’est-ce que l’individu alors ? Un pion, pas une entité pensante, juste une adresse, un numéro de série, personne, un grain de sable dans un sablier gigantesque où seule la masse pèse, et où l’individu ne représente rien.

Certains se complaisent dans cette sécurité où des autorités supérieures font de notre monde virtuelle une prison encore plus étriquée que les pires dictatures réelles, où le droit de penser est soumis à un droit de regard inquisiteur, où la culture est soumise au copyright, où l’information est propriété de multinationales peu enclines à les partager avec le monde entier. De toile délocalisant l’intelligence à la périphérie (c’est-à-dire un réseau informatique pouvant se passer des gros serveurs), nous sommes encore à une structure centrée sur des services omniprésents, envahissants (comme Google qui détient des quantités astronomiques d’informations, et qui s’offre le luxe de s’imposer dans les machines via leur fameuse barre de recherche), et surtout dont nous sommes tributaires. J’ai une énorme inquiétude, c’est celle de voir un jour la toile devenir une sorte d’aquarium où nous autres, internautes, serions des poissons nourris d’informations et de données selon le bon vouloir de quelques magnats de l’information. Et c’est, quelque part, déjà le cas tant les groupes d’échelles mondiales détiennent déjà les cordons du réseau : opérateurs capables de nous espionner et de nous dénoncer à des autorités (au lieu d’avoir un rôle de neutralité absolue comme en téléphonie), sites et structures purement commerciales possédant notre vie virtuelle et réelle (Google via les mails, Facebook via le réseau social…), ces différentes structures pourraient donc dicter des lois terrifiantes, donner nos données à des états sans scrupule, voire même prêter assistance à ces dits dictatures pour aider à la traque virtuelle des opposants (et ce cas n’a rien de virtuel, comme en Chine par exemple, où yahoo a déjà été épinglé à plusieurs reprises pour sa participation complaisante à la chasse des dissidents).

Il faut absolument se demander dans quelle mesure nous pouvons accepter cela. Sommes-nous donc de ceux qui vont laisser la toile devenir un marché, au lieu d’un lieu de culture ? Va-t-on voir la toile devenir une tour de Babel qui, parce qu’elle aura osé chercher l’indépendance et l’omniscience, s’effondrera sur elle-même pour devenir un simple esclave des marchés ? Pourquoi laisser les gouvernants imposer des lois sans légitimité morale, pourquoi leur donner le pouvoir de faire de nous des « coupables potentiels », alors qu’un des fondamentaux de la loi est tout le contraire, à savoir « Innocent jusqu’à preuve du contraire ».
Il faut également ne pas se restreindre dans la réflexion vis-à-vis de notre vie virtuelle, à savoir ne regarder que le côté ludique de la chose. Les partis politiques, tous autant qu’ils sont, sont dorénavant visibles sur la toile, et n’hésitent pas, en outre, à se servir de ce média numérique. Alors pourquoi rares sont ceux qui parlent du virtuel dans leur programme ? Pourquoi ne regarde-t-on pas le réseau tel qu’il est, à savoir un extension riche et complexe de notre vie réelle ? La liberté d’expression est présente tant par la voix, que par l’écrit dans le monde virtuel, mais aucun parti ne semble vouloir s’inquiéter de ce fait, à tel point que rares sont les députés, élus locaux, ou encore sénateurs, qui comprennent tout l’enjeu que représente l’avenir de la toile pour tout le monde. A prendre la question à la légère, ou au contraire en faire une question éminemment politique (comme HADOPI ou LOPPSI), nous autres, citoyens, risquons d’y perdre bien plus qu’une simple connexion ADSL déconnectée pour de soi-disant faits de piratages.

La solution ? si vous êtes actifs en politique, si vous connaissez vos élus locaux, si vous les côtoyez, sensibilisez les sur l’importance d’être critique, constructif, et prudent concernant la toile. Laisser trop de libertés au législateur pour en faire un univers fermé et policé, c’est tolérer la censure, et par extension de permettre de bafouer les fondamentaux de la république. A nous tous d’agir, de faire circuler l’information, de ne pas laisser les gens dans l’ignorance crasse qui semble arranger les gouvernants. Il en va de leurs libertés individuelles. Faites circuler la culture, la réalité, étayez vos critiques, discutez en, ne vous laissez pas impressionner par le duel entre un David que nous sommes à titre individuel, et le Goliath, qu’il soit politique ou médiatique. La somme des individualités fait un peuple, et c’est par et pour le peuple qu’un gouvernement existe.

Votez, luttez, défendez vos idées. Qu’elles soient contraires aux miennes, qu’elles soient même dérangeantes selon mon échelle de valeurs, je préfère quelqu’un qui exprime ses idées à quelqu’un se contentant d’observer, dans la docile indolence d’un attentisme confortable. Défendez vos droits, sous peine de devoir ensuite vous battre pour les reprendre.

16 septembre 2011

Je ne peux pas commémorer

Tout d’abord, désolé de ne pas avoir été plus présent ces derniers temps, mes occupations professionnelles se sont liguées pour m’imposer un rythme de travail indécent m’interdisant toute tâche rédactionnelle. Ceci dit, j’espère pouvoir reprendre mes quotidiennes aussitôt que possible, et ainsi vilipender le monde qui m’entoure.

Maintenant, venons en au sujet qui m’intéresse aujourd’hui. Avec force insistance et présence dans les médias, on a tenté de nous vendre du chagrin et de la honte concernant les attentats du 11 Septembre, avec à la clé des commémorations, l’inauguration d’un mémorial, le tout enluminé de documentaires supposés nous donner des clés sur le pourquoi, le comment et le déroulement de cette journée de sinistre mémoire. Loin de moi l’idée de renier la nécessité de ne pas oublier ce carnage incroyable, et encore moins de salir la mémoire des victimes innocentes des attentats, car, me concernant, le terrorisme ne mène jamais à autre chose qu’à la douleur, à l’horreur, et à l’incompréhension d’autrui. On ne se fait pas entendre en posant des bombes, on ne fait que mener à la haine et à une guerre frontale d’anéantissement. Non, ce qui me dérange bien plus, c’est le côté « chagrin obligatoire » que les USA tentent de nous inculquer, un peu à l’instar du chagrin imposé concernant les crimes de guerre du nazisme. Je n’ai pas décidé de la politique Américaine au Moyen-orient, pas plus que je n’ai voté pour le NSDAP dans les années 30. Donc, me forcer à verser une larme m’indispose, à tel point que je trouve cette façon de faire indécente et malsaine.

En soi, le 11 Septembre, je ne peux pas le commémorer, parce qu’il s’agirait alors de choisir mon camp entre les terroristes et les USA. Je n’ai pas de camp, je ne suis pas de ceux qui devraient choisir entre le diktat économique Américain, et la voie religieuse extrême revendiquée par les criminels responsables des attentats. Les uns et les autres se doivent mutuellement leurs malheurs, à tel point que choisir un camp, c’est décider du « moins pire »… Comme s’il existait un moindre mal quand on parle de morts, de gens déplacés, de bombardements, ou bien de civils sacrifiés, de gamins qui se suicident avec une ceinture d’explosifs, ou encore de jeunes veuves prenant les armes pour venger leur famille. Je ne peux donc pas commémorer ce souvenir, ce serait malhonnête pour les victimes des deux camps. On me dira que je suis cruel, intolérant, voire même cynique, mais les faits sont hélas là, en évidence, juste sous notre nez à tous : les terroristes du 11 Septembre étaient des gens menés et guidés par un ancien « collaborateur » de la CIA, un de ces types de l’ombre qui ont appris de l’agence, puis qui ont retournés ces méthodes contre elle ! Que voulez-vous donc commémorer dans des conditions aussi sordides ?

Ce que je peux encore commémorer, ce ne sont pas les attentats, pas plus que les représailles militaires des USA. Ce que je peux célébrer avec tristesse et douleur, c’est le sacrifice humain, le massacre aussi vain que symbolique de milliers de personnes, tout ceci à la gloire d’idéaux fous. Les morts du WTC sont aussi dramatiques que les milliers de civils tués en Irak ou en Afghanistan ; les morts du vol 93 sont aussi fortes et courageuses que celles des résistants Français passés par les armes par la gestapo. Je ne peux pas dire que le 11 Septembre doit être commémoré, mais qu’on n’oublie jamais que ces gens sont morts, et que des familles entières furent éplorées, des enfants devinrent des orphelins, et tout ça pour quoi ? Pour rien, pour de la politique, de la propagande. Les attaques du 11 Septembre ont ensuite été instrumentalisées pour légitimer une augmentation des budgets militaires dans le monde, pour l’instauration de lois liberticides, pour permettre la mise en œuvre de stratégies à long terme… Mais les attentats n’ont certainement pas permis aux USA de se rendre compte de son attitude arrogante et impérialiste, loin s’en faut.

Qu’est-ce qui a changé depuis le 11 Septembre ? Nous sommes devenus paranoïaques, xénophobes, nous tolérons la présence de militaires dans nos rues, nous nous sommes habitués à avoir peur, à tel point que les images de morts et de destructions semblent irréelles, comme tirées d’un film d’action. Sauf que les victimes, elles, sont bien réelles, et elles ne font pas la comédie quand elles tombent. 10 ans, dix longues années et nous n’apprenons rien de ce carnage. Célébrer le 11 Septembre m’a semblé inapproprié, pour ne pas dire tout simplement monstrueusement cynique. Les USA ne comprennent toujours pas, et je pense qu’ils ne comprendront probablement jamais qu’ils ont mis le feu et la haine dans les cœurs, et qu’ils en récoltent les cendres les plus atroces. Dans les débris du 11 Septembre, les USA n’ont pas perdu que des compatriotes, mais surtout et avant tout une capacité à réfléchir et à s’interroger. Cela s’avère finalement être ignoble, car cette grande nation, loin de changer, n’a fait que s’endurcir, se replier sur elle-même, et regarder le monde avec méfiance et circonspection.

Quelle mémoire ? Quel souvenir ? Les USA commémorent les attentats, moi je commémore la mémoire des victimes inutiles. Un mort, c’est un mort de trop. Espérons qu’un jour, nous tous, nous comprendrons qu’il n’est pas possible de vivre en ignorant son voisin, en le méprisant au point de le rendre agressif et revanchard. Mais cela ressemble plus à une vaine prière qu’à un véritable espoir…

13 septembre 2011

Pas le temps....

Tout est dit!

Désolé, et à bientôt.

08 septembre 2011

Quelques réflexions sur l’économie mondialisée : 1

N’étant pas économiste de formation, mes « idées » seront probablement si ce n’est légères et incomplètes, fausses voire contradictoires avec la réalité. Je n’observe malheureusement le monde que par un bout de la lorgnette, à savoir l’éclairage de mes maigres connaissances, le tout pollué par les grands médias de notre temps. En conséquence, n’hésitez pas à me commenter, me critiquer, et en tout cas à corriger toute erreur dans mon propos. L’échange de connaissances étant supposé être le maître des discussions sur la toile, j’aimerais lancer une vaste discussion, avec pour but avoué de produire un texte explicatif un minimum complet et concis à destination des plus néophytes d’entres nous. Donc… bonne lecture et critiques !

La première des interrogations à laquelle il serait bon de donner une réponse claire, c’est de savoir quel est le système qui fait tourner le monde. Bien sûr, on pourrait répondre avec un seul mot générique, à savoir « capitalisme ». Excepté quelques dictatures repliées sur elles-mêmes, le monde semble régi par une économie mondiale, s’appuyant sur les préceptes de la gestion du capital qui sont : le profit, l’usage du capital pour dégager du profit, et la répartition des valeurs en fonction de l’implication économique de chaque acteur. Dans ces conditions, on devrait donc parvenir à un système qui se résumerait en quelques étapes simples : produire, vendre, et répartir le fruit du travail et de la vente en proportion des investisseurs et des marges dégagées sur le travail. Est-ce le cas ? Paradoxalement, le capitalisme ne tend pas vers une amélioration immédiate des conditions de vie des travailleurs, car le travail de l’argent est plus rentable, et surtout moins taxé que le travail de production. Ce constat est donc que le capitalisme est appliqué dans sa phase la plus dangereuse, au titre qu’il ne répartit pas le bénéfice en fonction de l’investissement brut dans la production, mais en fonction de la part active de capital investie supposée rapporter tant par la spéculation de l’actionnariat, que le reversement de dividendes aux actionnaires en question. Nous avons donc un capitalisme qui a pris le visage de la détention des capitaux, et pas le capitalisme d’investissement sur les moyens de production.
Il y a également là un complément à faire : les moyens de productions ne se résument pas aux machines, car, dans l’esprit, la production peut être physique (produits manufacturés), et intellectuelle (création intellectuelle, gestion, administration des biens et des personnes…). On ne peut de toute façon pas réellement dissocier l’esprit de la physique de construction, car l’une est tributaire de l’autre. Sans production physique, les concepts restent sur le papier ; sans réflexion et études (Recherche et développement), pas d’innovation, ceci pouvant faire péricliter des secteurs complets de l’économie (anciennes technologies abandonnées pour de plus efficaces/rentables, cessation d’activités non rentables pour des questions de coûts, ou encore réforme drastique des possibilités de production, suite à des changements de lois sur l’écologie par exemple). Donc, pour le progrès, il faut que la partie recherche et la partie production de masse se concertent, se rejoignent, ceci afin d’abaisser les coûts, augmenter les rendements, tout en maintenant des marges acceptables tant par l’entreprise que les marchés.

Le second aspect à observer, une fois qu’on a admis que les marchés sont pilotés non par l’efficacité des sociétés, mais par la spéculation sur celles-ci, est d’identifier le pourquoi des crises à répétitions qui ébranlent notre système. Il y a un nombre énorme de facteurs, qu’ils soient conjoncturels, économiques, sociaux, ou techniques. Cependant, dans la liste, il y a plusieurs faits qui dérangent, et qui démontrent que le système économique n’est pas dirigé par des réflexions saines sur l’économie, mais au contraire qu’il est souvent dirigé par des idéologies et des politiques. On pourrait croire, à juste titre, que tous les marchands du monde sont intéressés tant par le bénéfice, que par la concurrence. Pourquoi ? Parce que le bénéfice est tributaire de la concurrence active, et réciproquement. Quand deux entreprises se font concurrence, celles-ci doivent trouver des stratégies pour maintenir de bons niveaux de bénéfices, tout en restant compétitifs l’une face à l’autre. Les stratégies élémentaires sont peu nombreuses, bien qu’elles peuvent donner lieu à diverses méthodes de mise en œuvre : réduire les coûts pour augmenter les marges, augmenter drastiquement la production pour abaisser les coûts unitaires, augmenter la valeur ajoutée des produits pour les différencier de ceux des concurrents, ou s’accorder avec le concurrent pour que chacun se fasse sa place sur le marché. La première solution mène généralement aux délocalisations, ce qui est un désastre social et économique ; la surproduction apporte du stock, voire des pertes, ce qui est dangereux pour la société (d’où les politiques de production en « juste à temps », ceci pour ne pas connaître de phénomènes de stockage coûteux et destructeur) ; l’augmentation de valeur ajoutée est une possibilité un peu marginale, car elle imposera à la société d’investir dans l’innovation, de montrer sa différence, au risque de ne pas attirer de nouveaux clients (Apple y est fort bien parvenu par exemple, mais c’est une société parmi des millions dans le monde) ; Les accords sont les seuls qui soient réellement bénéfiques pour les sociétés, mais systématiquement défavorables aux clients (prix abusifs, impossibilité de changer de fournisseur sans retrouver des tarifs analogues…). En clair : le client n’est plus la cible, c’est l’actionnaire que l’on flatte. En conséquence : on ne tente plus de baisser le prix de vente, mais d’augmenter les marges, et donc les dividendes.
En quoi ces démarche sont-elles nocives pour les marchés ? Elles sont dangereuses parce qu’elles incitent à se fier plus au cours d’une action, qu’à la stabilité de l’entreprise qu’elle symbolise. Le principe est affreusement simple : valoriser à l’extrême une société, c’est alors risquer que le cours chute, et que la valeur « réelle » s’évapore sur les places de marchés. Une entreprise peut donc faire faillite, faute de liquidités, alors que les carnets de commandes sont pleins ! L’étonnante facilité qu’ont les marchés à dépouiller une société est effarante, surtout quand on sait que ce genre d’action peut être menée par une société rivale souhaitant couler un concurrent encombrant.
Je disais que l’idéologie pèse plus lourd que le bon sens économique. Prenons quelques exemples concrets pour en comprendre la portée politique au-delà de la logique du commerce. Quand le pétrole se tarira, nombre de lobbies extrêmement puissants (pétrole, transports de frets, automobile, aviation…) seront alors tenus de trouver des énergies alternatives, ceci à des coûts faramineux. Or, le pétrole, simple à exploiter, maîtrisé, et qui plus est maintenu en laisse par les acteurs de la politique mondiale, se doit de rester en place afin de repousser le plus loin possible les échéances de la mutation industrielle indispensable à la fin du carburant fossile. L’automobile en est un bon exemple : pourquoi chercher autre chose, quand il est si simple de faire du bénéfice sur quelque chose de déjà rentabilisé ? Dans cette optique, ces groupes pesant des milliards, des millions de salariés dans le monde, ne peuvent donc pas tolérer qu’on abandonne le pétrole de sitôt. Les gouvernants sont donc pris entre l’idée tragique d’un naufrage industriel, d’un chômage délirant, ceci faute de maintenir des vieux modèles économiques en activité, et la possibilité d’avoir enfin une indépendance énergétique plus grande, surtout dans l’idée de s’affranchir du dollar, indicateur sacré du prix du brut sur les marchés. La conséquence directe est élémentaire : l’état, arbitre politique par excellence, fait de l’ingérence économique en agissant politiquement (guerres pour le pétrole, modulations des taxes pour favoriser/léser des acteurs spécifiques des marchés, absence de politique réellement incitative concernant la recherche de solutions tierces…). Dans ce climat d’inquiétude, les entreprises poussent donc les états à les soutenir, quitte à rester sclérosé dans un modèle qu’on sait condamné.
Le troisième éclairage à observer est l’endettement. Qu’est-ce que s’endetter ? C’est juste prendre des crédits pour financer un train de vie supérieure à sa capacité financière. Schématiquement, cela signifie donc que les états vivent au-dessus de leurs moyens, en dépensant de l’argent qui n’entre pas en revenus directs et indirects (taxes, impôts). Que faire ? Ce train de vie, c’est un moyen commode de s’offrir une paix sociale, mais également d’éviter un effondrement du tissu socioéconomique. En soutenant l’implantation d’entreprises en ZUP, ceci par des avantages fiscaux importants, on perd des rentes fiscales, mais l’on en obtient en contrepartie à travers l’emploi des chômeurs par exemple. Seulement, un modèle où le social gangrène les caisses, c’est un modèle voué à l’échec, car la moindre crise économique poussera encore plus rapidement les états déjà endettés dans le gouffre (plus de chômeurs, donc plus d’aides, moins d’entrées fiscales sur les salaires/charges diverses, donc augmentation des dépenses tout en ayant une baisse des recettes. En clair, le modèle idéal pour une faillite rapide du système).
Le dernier éclairage qui me paraît pertinent est le concept même de l’endettement des états. Quand les états supposent, à tort, que la dette n’est pas un danger, alors tous les états s’endettent, et se doivent mutuellement de l’argent, sans compter celui qui est également à rembourser aux organismes privés (banques en tête). Or, si ces liquidités s’évaporent, et que les états ne remboursent pas, ce sont les banques qui trinquent, car ce sont les fonds des entreprises et des particuliers qui servent de base aux prêts aux états. En poussant au bout le modèle, cela veut alors dire : qui dit défaut de paiement d’un état dit défaut de caisse des banques, qui, faute de liquidités, ne peut payer ses clients pourtant non endettés ! C’est dans ce cercle vicieux qu’on peut perdre ses économies, alors qu’on n’a aucun crédit à rembourser. Le plus frappant, c’est que les citoyens, pourtant conscients de cette folie économique, refusent toute forme de réforme. En effet, réformer, c’est forcément soit réduire les dépenses, soit augmenter les recettes. Les deux modèles peuvent également se mêler pour ne pas ponctionner du différentiel en un seul endroit. Cependant, les choix à faire sont plus que délicats, et nous allons voir pourquoi dans un prochain article…

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07 septembre 2011

Publicité

A en croire les campagnes d’affichage destinées « à nous, les hommes », nous serions tous des types maigrelets, au physique improbable, à l’allure androgyne, et qui, au surplus, seraient des amateurs de soins de la peau/cheveux. Seigneur, pardonnez ce blasphème par avance, mais bordel de Dieu, qui est l’abruti qui a pris le parti de croire qu’un type ordinaire, c’est un mannequin qui s’ignore ? Rien qu’à voir les tronches de premier de la classe à la mèche toujours longue, ou encore les trognes de « voyous » qui feraient soi-disant rêver les femmes, j’ai de quoi me dire « Merde, je dois être difforme, atrocement laid, enfin bref, un monstre ! ». Merci, la publicité, rien de tel pour me travailler le complexe en profondeur, ceci en lieu et place de mon cuir chevelu.

La publicité est un poison, c’est un opium pour celles et ceux qui ont besoin de consommer et de paraître pour se sentir exister. Dramatique, ridicule, il n’en demeure pas moins communément admis que l’on doit se conformer aux canons de la mode en vigueur. Dans ces conditions, je crois que je suis un paria, un de ces types qu’on aimerait enfermer quelque part, mais qu’on doit laisser en liberté, la faute d’avoir un jour mis la clé sous la porte des camps de concentration. Hé, les pourris en costume qui tentent de nous faire bouffer du shampoing par hectolitres, ça ne vous est pas venu à l’esprit que 99% de l’humanité ne ressemble pas à vos affiches ? Sans déconner, il m’est intolérable, et surtout impossible de ressembler un tant soit peu à ces « trucs » que vous osez qualifier « d’hommes ».

Et je ne parle même plus de la situation inacceptable des femmes sur ce terrain, tant on tente de leur fourguer des complexes anti-âge (allez gamine, va te déglinguer l’épiderme, dans dix ans, tu auras des rides, et tu consommeras nos crèmes bidon), des maquillages hypoallergéniques (ouép ma bonne dame, ça n’agresse pas la peau, ça ne fait que la marquer à vie), ou encore des parfums sans odeur ni senteur (là, je dis chapeau les mecs !). La publicité et les cosmétiques sont donc là, à vous attendre au tournant, juste pour vous faire les poches, la peau, les cheveux, puis vous faire vous morfondre, faute d’avoir atteint le niveau promis en filigrane par ces campagnes d’affichage.

Mais merde quoi ! Pourquoi je devrais leur ressembler d’abord ? Qu’ils viennent me le dire en face, au lieu de se réfugier derrière des bouts de papier et des marques à n’en plus finir. Là où cela devient ahurissant, c’est qu’en plus de vous vendre des saletés, les labos et autres entreprises du métier ont trouvé LA combine, le business à ne pas manquer : la cosmétique horaire. Vous ne voyez pas le concept ? « Baume de jour », « soin de nuit », « soin 24H », ça ne vous parle pas ? Il faudrait donc s’asperger la tronche de leurs tambouilles, mais cela toute la journée, quitte à ressembler à un mur venant tout juste d’être enduit. Je me demande même si les couches de baumes à la con ont le temps de sécher entre deux étalages. Colossal… j’imagine même l’acharné(e) qui, afin de ne rien louper, va jusqu’à se créer un agenda pour bien noter, heure par heure, quoi avaler, quoi se mettre sous le nez, quelle crème tartiner sur les cuisses et ainsi de suite. La gloire : vivre dépendant des cosmétiques. Faut le faire !

Quand le paraître devient plus important que l’être, il y a de quoi déprimer, mais aussi de jouer les résistants. Des crèmes ? Non merci, je ne les mange que brûlées. Des baumes ? J’ai une tronche à m’enduire le front de quoi que ce soit d’autre que de ma sueur, ou des baisers tendres de l’être aimé ? Des quoi ? Des soins pour mes cheveux ? Ils sont très bien comme ils sont, merci. J’en viendrais presque à me demander si, par hasard, ce ne serait justement pas l’excès d’usage de ces produits qui provoqueraient bien des problèmes de calvitie, d’allergies cutanées et j’en passe. Ce serait vicieux : vendre un produit comme étant un soin, en sachant qu’il fait des dégâts qu’on pourra, bien entendu, soigner par la suite. Redoutable, économiquement viable, et puis, dans l’absolu, il faut tenir le client par la bourse !

Enfin, je suis heureux de ne pas être une victime de ces cochonneries. Pourquoi ? Pour pouvoir me marrer en voyant un type sortir d’une parfumerie les bras chargés de boites diverses et variées, et l’imaginer s’interroger sur « La crème antirides, avant ou après la crème hydratante au beurre de karité ? ». J’en ris rien qu’en y songeant…

03 septembre 2011

Le choc des mots simples

Suite à la lecture choquante de cet article, j'ai mis la main sur la vidéo originale sous-titrée. Comment peut-on parler de "copyright" sur une oeuvre de cette importance? Honte aux héritiers de cet homme de paix que fut M. Martin Luther King...

Le discours du pasteur King soumis au droit d'auteur!


02 septembre 2011

Le diabolique

C’est amusant comme les mentalités changent. Tandis que notre monde se veut de plus en plus connecté, à tel point que certains petits malins s’amusent à pirater l’électronique embarquée des voitures, nous pouvons constater que cette attitude technophile révèle également une tendance étrange à la dédramatisation. Ainsi, au lieu de maintenir une forme de voile pudique sur le sexe, la violence, les propos « durs », nous les laissons se propager, à tel point que le JT de 20H ressemble dorénavant à un mauvais film gore, où, malheureusement, les victimes ne sont pas des acteurs touchant leur salaire à la diffusion. Dans cet esprit, nous pouvons observer une industrie plus tendancieuse encore, celle du jeu vidéo. Hé oui : la console de papy, le vieux machin en plastoc qui trônait sous la télévision cathodique n’est plus, nous sommes dans un monde de jeu mondialisé, où l’Allemand peut casser du Russe, ceci sans avoir à craindre les foudres du TPI. Et, tout comme pour la télévision, le jeu vidéo s’affranchit de plus en plus des limites « morales » que la société s’imposait par le passé.

Quand Wolfenstein 3D est sorti (ça date !), ce fut un tollé immédiat : massacre d’êtres humains, et qui plus est apparitions à la pelle d’uniformes nazis et de croix gammées. On jouait le héros qui les tuait, mais malgré tout, le jeu fut interdit en Allemagne, ceci parce que tout usage de la croix gammée est strictement réglementé et limité aux documentaires et aux films. Cela vous paraît absurde ? Pas tant que cela, tant le traumatisme est encore énorme, et il ne disparaîtra probablement que le jour où la dernière mémoire des combats sera enfin mise en terre. D’ici là, le nazisme restera quelque chose de tabou, d’inexpressible dans le monde des loisirs, quant bien même il s’agirait de tuer du nazi. La violence, ajoutée à la thématique historique et politique, est donc dérangeante, surtout si le réalisme s’en mêle.

Ce constat pourrait laisser un goût de satisfaction, en se disant « Bon, s’ils censurent ça, après tout, c’est que les autres jeux ne sont pas si violents que ça ! ». C’est une grossière erreur que de penser cela : photo-réalisme, violence à outrance, tous les ingrédients sont maintenant autorisés pour attirer le chaland avide d’émotions fortes. Prenons un second exemple : la série des gran theft auto (GTA) qui mettent en scène un voyou (vous), devant se faire une place dans la mafia, au prix de vols, agressions, meurtres, trafics divers et variés. Rien n’est épargné au joueur, depuis le racket jusqu’au massacre en pleine rue. Pire encore, la prostitution y est vue comme une manière de reprendre des forces ! Choquant ? Déviant ? Pourtant, ces jeux font partie des meilleures ventes de leur temps, sans compter que la richesse de chacun des titres de la saga se révèle meilleur que le précédent. En outre, la durée de vie exceptionnelle de ces jeux mène forcément l’amateur à s’atteler à la tâche, et donc découvrir tous les vices des épisodes.

Faut-il censurer ces jeux ? Interrogeons nous d’abord sur les acheteurs, et sur la nécessité, ou non, de leur tenir la main lorsqu’ils jouent. L’immense majorité des joueurs attirés par les titres comme GTA sont des adultes, responsables, libres de s’offrir tant des films pornographiques en toute quiétude, que d’aller au cinéma voir le dernier film gore insupportable du moment. J’en entends déjà hurler à la mort qu’il y a les enfants à proximité, qu’il faut les écarter de la violence, et donc leur offrir un socle éducatif suffisamment sain pour leur éviter la dédramatisation de la violence. A mon tour de hurler ! La violence, c’est un fondamental humain, cela représente tant de l’argent (industries diverses, depuis les armes jusqu’au cinéma d’action), que notre essence même (les guerres sont aussi vieilles que nous le sommes…). Alors quoi ? Tout laisser passer, tout tolérer, même l’innommable ? Raisonnons encore une fois : si l’on compare les dégâts de la violence ordinaire au cinéma ou à la télévision, et les dégâts que font l’alcool en abus, laquelle des deux choses est la plus meurtrière ? Nous connaissons tous la réponse à cette question, et, bien entendu, nombre de râleurs vont se réfugier derrière la notion du « avec modération ». Quelle hypocrisie, non ?

La violence devenue ordinaire devient réellement gênante quand le réalisme est trop proche de nous. Quand on joue à un jeu où l’on « tue » des adversaires, tant que cela conserve un aspect ludique et une esthétique « cartoon », chacun laisse passer sans être ému outre mesure. Par contre, dès que l’image s’approche trop de la réalité, on braille, on vocifère, on veut interdire… Mais pourtant, est-ce logique de présenter des carnages à la télévision, de ne diffuser que des séries où la thématique est le meurtre, l’enquête autour de celui-ci, voire même la mise en vedette d’un tueur en série (Dexter) ? Il n’y a pas de bonne ou mauvaise censure concernant la violence, parce que celle-ci est pressentie différemment selon les cultures. Par exemple, dans un des épisodes de GTA, c’est un jeune voyou membre d’un gang qui est le personnage central. Nous autres. Européens, ne connaissons pour l’heure ce phénomène de violence urbaine qu’à travers la télévision. Les USA, en revanche, subissent en permanence l’omniprésence des gangs dans les quartiers délabrés des villes du pays. En conséquence, on n’est guère choqué en France, là-bas, par contre…

Je m’interroge sur le sens de cette orgie de haine et de mort. Les jeux se modernisent, deviennent chaque jour plus réalistes, à tel point que tuer un personnage électronique se rapproche de plus en plus de la mort d’un véritable être humain. Mais de là à vouloir faire jouer la censure, je ne suis pas convaincu que cela soit une solution viable à court terme, ni même saine à long terme. La censure d’aujourd’hui comprendra-t-elle la différence entre un titre provocateur (GTA qui en est le parfait exemple), et un autre étant autrement plus malsain ? J’en doute, car il s’agira toujours d’un jugement de valeur, fondé sur la culture personnelle plus que sur celle du moment. On ne peut pas vraiment demander à un quinquagénaire en costume de comprendre les aspirations d’un ado de 16 ans, pas plus que la réciproque.

Doit-on envisager des réunions entre des « syndicats » de joueurs et l’industrie vidéo ludique afin d’instaurer une sorte de code de conduite ? Pourrait-on envisager une forme de comité de surveillance indépendant, afin qu’il soit susceptible de lever des alarmes quand certains jeux vont vraiment « trop loin » ? Je n’en sais rien, et je n’y crois pas trop. La responsabilité individuelle des joueurs est bien trop éloignée des aspects moraux ou culturels. Un joueur a pour but de jouer, non de chercher des raisons morales ou éthiques pour ne pas « tuer » un personnage en pleine partie ! C’est le paradoxe : un joueur rira des aspects trop réalistes, et la population susceptible d’être influencée par cette violence est, à mon sens, trop marginale pour être représentative de l’attitude des joueurs dans leur ensemble. Prenons le massacre de Columbine : on a mis en exergue la passion des tueurs ados pour les jeux vidéos, mais que cela ne fut pas leur motivation pour agir. On peut tout à fait penser qu’un lecteur fanatique de Frankenstein pourrait, chez lui, tenter de redonner la vie des cadavres exhumés, ou bien d’assembler des corps dépecés par ses soins. Alors, on censure Frankenstein ? Certainement pas.

01 septembre 2011

Les valseuses

Non, je ne pense pas le moins du monde à ce film pourtant culte, mais plus à ces danseurs et danseuses que sont devenus les responsables de la justice de par le monde. Autant, l’aspect de la « justice aveugle » peut sembler être une bonne idée, autant l’on peut constater avec regret qu’il s’agit là d’un vœu pieu. Hé oui, d’aveugle, elle serait plus borgne et ivre dans nombre de nations ! Regardez bien, vous qui avez des yeux par paires pour me lire, mais surtout pour scruter le monde qui vous entoure : la justice, c’est comme le couscous, on le voudrait toujours royal et c’est généralement juste la semoule qui vous est gracieusement servie…

Prenons une affaire aussi pathétique que politisée à mort : DSK. Je ne peux guère revenir sur le fond, mais je reviens avec une certaine ironie sur la forme. Entre les déclarations des uns et des autres, et une hypertrophie des médias sur le sujet, il y a de quoi rire jaune ! Cela relève plus d’une comédie surjouée, d’un mauvais Faydeau (ça existe ?) avec des acteurs incompétents, que d’un suivi judiciaire d’une tentative supposée de viol. Je sais, certains sont là à dire que la justice a été achetée, corrompue, que le juge est un vendu et j’en passes ; à l’opposé, d’autres parlent d’une décision légitime et d’une plainte complètement factice faite pour briser DSK. Vous voulez savoir ? Je m’en fous, un peu comme se moquent les poissons d’un rocher artificiel dans un aquarium. Ce qui m’intéresse, ce n’est plus tant qu’il ait été jugé innocent, mais plus que tout ceci tient vraiment d’un carnage légal, et que l’argent, maître des danseuses de luxe, est la seule et unique réponse qui fut propre à faire basculer la balance de la justice. Toujours aveugle et juste ? Je la vois plus comme ayant senti la masse des billets sur un des plateaux, et ce qu’il y ait eu innocence ou culpabilité. Quand les débat sont sabotés, qu’importe la réalité, seule la décision l’emporte.

On va dire qu’il s’agit là des USA, et que nous ne connaissons pas vraiment cela en France. Soit. La justice n’est pas forcément pire ici, mais tout de même, trouvez-vous logique que le secret de l’instruction soit devenu une simple idée ? En théorie, rien n’est supposé filtrer lors d’une enquête, et cela pour protéger toutes les parties. Là, on constate que les « fuites » sont nombreuses, et que les grattes-papiers s’en gavent sans hésitation. A qui la faute ? Est-ce que ceux qui parlent sont payés pour cela, agissent-ils pour saboter les enquêtes, ou sont-ils bêtement des candides écervelés ? Je ne sais pas quoi en penser, en tout cas la justice semble alors danser la carmagnole, bondissant comme un cabri sur les cendre de ses propres fondamentaux. Cela terrifie d’autant plus que chacun de nous, oui tous autant que nous sommes, pouvons un jour être amené à venir témoigner, ou être mis en accusation. Bonjour la vie privée une fois sa tronche étalée dans les journaux, parce qu’un imbécile a eu le malheur de « vendre la mèche » !

Je suis un légaliste, et comme le dit très justement mon ami Thoraval « Le droit, c’est le fondamental sur lequel doit reposer une société ». Cela sous-entend que le droit, et donc les lois, doivent protéger tout le monde, sans regarder à la nationalité, la religion ou la couleur de peau. Hélas, quand les médias s’emparent de la justice, et que celle-ci joue les valseuses de luxe, nous avons le droit à un Outreau de sinistre mémoire, à des accusés bidons maltraités par les tribunaux et les médias, et des familles qui, malgré une décision de justice les innocentant, vivent un calvaire car le doute est dorénavant ancré chez les autres. Justice, toi qui portes un bandeau pour ne pas prendre de décision hâtive, pourquoi acceptes-tu qu’on te fasse regarder ceux que tu juges ? C’est en ça que notre justice est maintenant une valseuse : elle danse selon le cavalier qui la prend dans ses bras, que le danseur soit la richesse, la politique, ou la médiatisation (ce qui, en soi, revient quelque peu au même dans le fond).

Allez, fais nous plaisir, cesse de te dandiner sur la piste, et reviens à tes fondamentaux : donner les mêmes droits à tous, juger avec respect et bon sens, et surtout ne plus jamais céder à la facilité d’offrir à la rue la possibilité de dire qui est coupable, et qui est innocent.

30 août 2011

Sinistrose

Il faut absolument que je cesse les chroniques sinistres, notamment celles où mon pessimisme mène à voir le monde d’une manière absolument immonde : guerres, massacres, naufrages économiques, la liste est longue et je serais plus avisé d’essayer de faire rire mes lecteurs, plutôt que de les faire frémir ! Après tout, c’est aussi pour cela que viennent nombre de personnes, et pas uniquement parce que, paraît-il, je me dépatouillerais pas si mal pour décrire le monde tel qu’il est.

Mais faire rire, c’est parvenir à chatouiller les zygomatiques, trouver le point faible de chacun, et cela, mine de rien, c’est autrement plus difficile que de faire pleurer. Tenez, prenez le cinéma pour exemple fondamental. Autant, réaliser un drame atroce, sachant pousser à la larmichette de circonstance n’a rien de si compliqué, autant faire une bonne comédie fine, intelligente, mêlant humour verbal et comique de situation est un vrai défi. Bon, il est clair que si le trait est trop gros, nous sommes vite gavés par les films espérant nous faire chialer, mais pour autant, cela ne produit pas nécessairement de « mauvais films ». En revanche, une comédie ratée, c’est non seulement pénible à regarder, mais c’est en plus ennuyeux. Quand un film est triste, même si le rythme est lent, on accepte tant bien que mal ce parti pris… Mais dans une comédie, si le rythme est cassé par des gags foireux ne nous faisant pas rire du tout, c’est l’ennui garanti ! Comme quoi, le cinéma est le premier média à pouvoir prétendre à être complexe quand il s’agit de pousser au rire.

Par l’écrit, ce n’est guère plus simple, d’autant plus que l’écrit nécessite un minimum de compétences. La peau de banane visuelle n’a rien de rigolo lorsqu’on la décrit, et c’est là que tout l’art de la plume qui doit s’exprimer pour amener le lecteur à esquisser un sourire, rien que parce qu’on a parvenu à exciter son imagination. Tenez, moi qui vous parle depuis un paquet de temps à présent, il m’est arrivé de réussir à provoquer l’hilarité, qu’elle soit de situation, ou qu’elle soit suite à un jeu de mots plutôt tordu. On pourrait croire que c’est plus simple que de filmer, mais il n’en est rien. Pire encore, l’écrit a pour tare qu’on peut se retrouver à rejouer des partitions déjà connues, tout comme un cinéaste peut être amené à le faire ! Usez du verbe argotique, et l’on vous attend sur le terrain inattaquable d’Audiard. Usez d’un ton trop léger, et l’on vous prendra pour un ado féru de plaisanteries grasses ; usez enfin d’un langage châtié, et le maître Desproges vous regardera tel un procureur dans un tribunal (des flagrants délires où il n’était d’ailleurs qu’avocat, ceci démontrant qu’au barreau des humoristes, la compétence fait foi). N’ayant ni l’intelligence de l’un, ni la souplesse linguistique de l’autre (et réciproquement), je me dois de dire que ce n’est pas facile de vous faire marrer !

Il y a ces miracles, ces réflexions qui sortent de nulle part, ces mots agencés par chance et par jeu de neurones qui se connectent presque par miracle. Depuis la contrepèterie, jusqu’aux blagues ignobles ou racistes, à chaque fois que l’esprit se révèle brillant, il y a de quoi pavoiser (un peu… juste un peu, ça flatte l’ego et cela incite à continuer son labeur de scribouillard sans rémunération). J’ai la profonde conviction que faire rire est donc autant un travail de longue haleine, mêlant à la fois culture et intelligence ouvragée, que la singulière et incroyable chance d’avoir « de l’humour ». Au fait, vous savez ce que c’est, l’humour ? C’est autant rire des autres que de soi-même. Malheureusement, nombre de personnes n’ont aucun humour, puisqu’ils ne rient que des autres, et jamais d’eux. Pourtant, en tant qu’humain, nous devrions, et ce en toute priorité, nous moquer de nous-même ! Notre chance, c’est de rire, de prendre les choses au second degré, de savoir ironiser sur notre orgueil et notre bêtise permanente. Certains vont jusqu’à pousser cette capacité jusqu’à en faire des spectacles… Tant mieux, eux au moins nous offrent des tranches de vie, de moquerie, qui, finalement, nous remettent à notre place à l’univers, c’est-à-dire juste à côté de la brosse blanche à poils durs conçue pour récurer les cuvettes Villeroy et Boch.

Enfin, quand on veut rire, on a tous un type dans notre entourage, un phénomène cosmique tel qu’il faudrait le présenter à des scientifiques pour qu’ils en valident l’existence. Il y a donc ce « con », le VRAI con, l’inusable, l’indécrottable qui, au détour d’une conversation, d’un simple échange, vous rappelle que, dans l’absolu, il y a toujours pire que soi. Dignes des trous noirs, susceptibles d’absorber jusqu'à l’intelligence, ces bizarreries scientifiques sont franchement le meilleur moyen tant de nous rassurer que de nous faire rire aux éclats. J’en ai un, un bon, que dis-je, une vedette, la pointure godasse clown capable de vous faire douter sur le fait que tout cerveau placé dans un crâne dispose du même nombre de neurones. Vous me trouvez féroce ? Pas le moins du monde, et c’est là que vient le rire : non content d’être un sacré con, il s’avère fier de ses imbécillités ! Chouette, de quoi tuer ma sinistrose, de quoi mettre au cimetière tous les côtés négatifs de la vie. Vivre, et rire, c’est donc exister rien que pour découvrir des profils de son genre ? Alors oui, la vie vaut, un peu, la peine de se battre pour elle…

Hééé, reviens, j’ai encore envie de me fendre la poire ! Allez, trouve nous une connerie de derrière les fagots !

29 août 2011

Persectives pessimistes

Après un mois complet d’absence, je me dois de réapparaître correctement, et ce avec un texte qui, je l’espère, sera suffisamment clair et précis pour être compréhensible. En effet, en attaquant la rédaction de ce mot d’humeur, je me rends compte qu’il s’agit plus de sensations que de véritables constats, à tel point que je pourrais passer pour un paranoïaque de la pire espèce... Et, finalement, j’en serais presque ravi ! Tout ça pour dire quoi ? Qu’après plusieurs années d’observation de la politique mondiale, de lectures multiples et variées, je constate avec inquiétude, voire horreur, que nous dérivons à nouveau vers des tempéraments dignes des heures les plus sombres du XXème siècle. Ne m’en veuillez donc pas si, malheureusement, le fil de la réflexion se révèle trop tortueux, ou simplement incomplet, c’est que moi-même je tente d’ordonner un peu cet agencement complexe d’idées et de suppositions. Bonne lecture !

Commençons simple, car il nous faut bien un point de départ. Comme je l’ai déjà établi à maintes reprises, tout gouvernement se doit d’avoir un « ennemi », au sens politique du terme. Ainsi, les démocraties européennes se sont trouvées comme adversaires le chômage, l’économie de marché vacillant sur ses bases, et enfin le terrorisme islamiste mis en avant depuis le 11 septembre de sinistre mémoire. D’un point de vue purement logique, ces différents ennemis sont évidemment à éliminer : le chômage engendre de la pauvreté, pauvreté engendrant des problèmes économiques, problèmes venant encore un peu plus plomber une économie mondiale instable, ceci menant alors à de potentielles anarchies. Concernant le terrorisme, c’est encore plus clair : il est impossible de tolérer que des groupuscules tuent aveuglément sur un territoire national, quelle que puisse être la cause défendue par les terroristes en question. Cependant, en admettant ces idées, nous oublions que trop rapidement une chose fondamentale : pourquoi un ennemi ? Parce qu’il faut focaliser l’attention, faire peur, terrifier l’électeur, et l’inciter à faire des choix si ce n’est peu réfléchis, en tout cas de porter sa préférence vers un radicalisme quel qu’il soit. Nous avions les communistes et l’URSS comme ennemis ? A présent, nous avons les islamistes, nous faisons reposer la responsabilité de toute l’instabilité du monde sur les épaules du monde Arabe. Est-ce justifié, juste, même simplement légitime ? C’est la seconde étape de ma réflexion.

Donc, nous avons un ennemi supposé commun, à savoir l’islam radical. Fort bien : c’est on ne peut plus logique de vouloir refuser l’importation de doctrines et pratiques culturelles que nous ne pouvons décemment pas accepter, mais est-ce que cela fait du monde arabe un monde effrayant d’ennemis ? Cela n’a plus la moindre importance, car l’essentiel est d’instaurer la peur. La peur, c’est réussir à faire passer une présence militaire permanente dans les transports en commun, c’est faire voter des lois liberticides sans que quiconque ne soit choqué, c’est permettre des actions de propagande ciblée dignes des heures noires des déportations en Europe. Entre le traitement des Roms en France, l’émergence d’un front néonazi en Allemagne (notamment en basse Saxe), et des situations économiques terrifiantes dans tous les pays dits « civilisés », la foule ne peut que réclamer la fin des gouvernements en place, mais également exiger la montée au pouvoir des partis les plus radicaux. C’est en cela que l’on revoit, malgré l’éclairage atroce de la seconde guerre mondiale, la renaissance des idéaux nationalistes, pour ne pas dire fascistes.
Crise mondiale, pays en faillite, endettement chronique, discours creux et mesures inutiles et inapplicables, ce cocktail est redoutable, notamment pour toute une partie de la population qui admet ouvertement sa déception face aux promesses non tenues des gouvernants. Certains vont se dire que j’exagère, que je grossis le trait, mais prenez l’assassin monstrueux qui a tiré dans la foule en Norvège, les groupuscules terroristes en Grèce (encore faibles heureusement), ou encore les réactions épidermiques de l’Allemagne face à l’Europe, il n’y a quand même pas beaucoup à faire pour ne pas trouver une certaine ressemblance entre « notre » crise, et celle de 29 qui mena le monde à la guerre ! Je suis bien obligé de le rappeler, mais c’est par les urnes qu’Hitler a pris le pouvoir, c’est également par les urnes qu’on a poussé le monde à ne pas agir quand ses armées se sont lancées dans l’invasion de l’Europe... Et c’est par les urnes que peuvent arriver les pires désastres. La foule a la mémoire désespérément courte, et 2002 ne semble pas avoir été une leçon profitable au plus grand nombre. Les parallèles sont simples : économie effondrée, donc radicalisation des discours de certains partis, donc votes de la masse en colère, et mise au pouvoir de dictatures électorales.
Je me plais, avec ironie et un fond de cynisme, à rappeler que ce n’est pas les « ouvriers » qui ont mis les nazis au pouvoir, mais bel et bien une bourgeoisie bien pensante, car non seulement celle-ci a financé le parti national-socialiste, mais également voté et pris fait et cause pour lui. Pourquoi ? Parce que l’ordre, c’est le travail, c’est le retour à l’investissement, à la bonne santé économique, et par voie de conséquence, une bonne santé sociale. Nul besoin de faire du « social » quand le plein emploi est assuré. Alors, je ne suis malheureusement pas étonné quand j’entends ces chers bobos qui hier scandaient « Royal présidente » suggérer Marine Le Pen à ce même poste. Cela vous choque ? Pas moi. Elle représente tout à fait le danger même du vote par dépit, ou pire encore, le vote nationaliste de ligne dure. Improbable ? Pourtant, je suis affolé par le durcissement des propos, d’autant plus que les anciens gauchistes bon teint semblent faire porter leur choix sur l’extrême à l’autre bout du spectre politique.

Je sais ce qu’on va me rétorquer : qu’il n’y a pas de sens à supposer qu’un gauchiste puisse voter extrême droite, et qu’un Besancenot ne peut pas devenir un Le Pen. Faux. C’est non seulement faux, mais également complètement en désaccord avec les faits. Qu’est-ce qui distingue la gauche rouge, et la droite cocardière ? Le NPA revendique non plus un internationalisme communiste, mais au contraire une forme de réflexion mondiale, avec une forte indépendance nationale. A vrai dire, le NPA est aussi nationaliste que l’est le FN, si ce n’est plus d’ailleurs. Le FN, lui, s’inscrit dans la lignée des partis nationalistes, avec un nouveau socle de légalité et de moralité que lui apporte la prise de direction du parti par l’héritière Le Pen. Au surplus, la taxer de racisme, c’est une chose devenue inacceptable, puisqu’elle a été l’avocate de nombreux sans-papiers, et qu’elle n’a jamais tenu (ouvertement) un discours raciste. Son père, lui, était un maître dans la provocation, poussant le vice jusqu’à risquer des amendes sévères pour ses phrases déplacées. Cependant, le FN n’est pas un parti raciste, mais bel et bien un parti nationaliste, ce qui n’est pas moins grave eu égard à la situation actuelle. Peut-on décemment envisager une sortie de l’Euro, un fonctionnement à frontières fermées, avec une réduction drastique des importations ? L’autarcie n’a plus vraiment un sens sur un marché mondialisé, et c’est pourtant le discours de fond du FN. Et ce discours séduit, car il contient les éléments suivants : ne pas payer les dettes des autres (sortie de l’Euro), retour des industries sur le territoire national (fermeture des frontières à l’importation sauvage), campagnes pour la création de nouveaux viviers d’emplois en France. Ca ne peut que plaire, mais à quel prix ? Au même prix qui fut payé par l’Allemagne : économie de guerre poussant à l’industrialisation à outrance, pouvoir d’achat artificiellement gonflé par le lancement de la production de masse d’armes et de munitions, et dépenses monstrueuses lors des invasions en Europe. Le but ? Dévorer les voisins pour renflouer les caisses plombées par cette population militarisée. Tout simplement.

En l’occurrence, la seule chose rassurante est que Marine Le Pen n’est pas femme à instaurer une dictature. C’est une légaliste, une femme de droit (elle est avocate de formation), et en cas de prise de pouvoir, le FN serait donc plié à sa volonté, avec une prise pragmatique des commandes de l’état. Cela n’exclue absolument pas la mise en œuvre de lois scandaleuses, mais ces lois seraient susceptibles d’en contenter certains, donc pouvant même pousser le peuple à soutenir le parti à la flamme tricolore. C’est là tout le paradoxe : si une dictature s’instaure par les urnes, la rue devient généralement docile, parfois même servile. Cela mène donc à une forme de résistance générale face aux critiques, à tel point que, si l’état en question sait mener la propagande, l’état ne tombera que sous les coups d’une attaque menée de l’extérieur. La notion de révolte devient alors presque superflue, puisque c’est le peuple par lui-même qui, à tort, a crû en la révolution et dans le changement en votant pour des dictateurs. Paradoxal, mais hélas logique.

Parmi les grandes puissances, le sort de la Russie, de la Chine et de l’Inde se révèlent indispensables à analyser. Concernant ces nations, toutes sont régies par un seul but : sortir d’une existence tiers-mondiste, et encore plus de projeter rapidement leurs forces économiques vers l’étranger, ceci afin de préserver une réserve potentielle en cas de crise nationale. La Russie, en premier, est un état qui a souffert d’une corruption chronique, d’un système qui n’a pas encore fini de s’expurger des reliquats d’un communisme dur, et qui plus est, qui a subi un effondrement économique et industriel, ceci suite à des décisions iniques du FMI (je vous conseille d’ailleurs de lire « La Grande Désillusion » de Joseph E. Stiglitz pour saisir de quoi je parle). Dans cet état, seule une forme de fermeté gouvernementale, actuellement campée par un Poutine inflexible, et un Medvedev au rôle trouble, sauvent encore cette nation du gouffre. Que va devenir la Russie, surtout si les marchés de l’énergie s’effondrent, ou au contraire explosent en terme de tarifs ? Difficile à dire, mais cela pourrait potentiellement pousser l’ogre Russe à revenir dans ses travers expansionnistes, et donc dévorer à nouveau les petites républiques de l’ex-URSS. Ce scénario, crédible surtout pour des pays comme la Géorgie (voir le problème Abkhaze) pourrait également, à terme, pousser l’ONU et l’OTAN à procéder à une intervention, donc à une certaine forme d’escalade similaire à la guerre froide. Une nouvelle guerre froide serait d’autant plus suicidaire, que beaucoup de républiques ex Soviétiques disposent de l’arme atomique issu de l’ancien arsenal disposé sur leur territoire. On déclare officiellement désarmées ces nations, mais les chiffres, c’est comme les documents « officiels », ça se falsifie, et on leur fait dire ce que l’on veut.

Le cas de la Chine est encore plus délicat à analyser, car de nombreux points opposés font penser que la Chine va être la maîtresse du monde, ou paradoxalement que l’empire du milieu va littéralement voler en éclats. Pour ce qui est de l’économie, la Chine est actuellement dans une situation particulièrement dangereuse. Premier fournisseur du monde des pays riches, ses clients sont arrivés à la rupture et au bord de la faillite. Pour sauver ses propres clients (et donc sa propre économie), la Chine rachète la dette, dont celle des USA. Le résultat ? C’est que, d’une certaine manière, la Chine ne génère plus du bénéfice, mais absorbe de la dette pour empêcher sa propre économie de suivre le naufrage général. Ceci étant un fait, le pays profitera malgré tout de ce processus économique pour contrôler ses grands « amis », et s’assurer une certaine stabilité. Cependant, à cette idée vient s’opposer trois choses dangereuses pour le modèle chinois, à savoir l’enrichissement de sa masse de travailleurs, sa modernisation à marche forcée, et le vieillissement de sa population. Quand un pays se modernise, les ouvriers profitent via des augmentations de salaires. Malgré un système dictatorial, les entreprises ne peuvent pas ne pas payer le progrès, et donc améliorer les conditions de vie des ouvriers. La conséquence ? Un bienfait, à travers le pouvoir d’achat des Chinois, et un malheur, à travers une augmentation proportionnelle de la consommation tant en biens qu’en énergie. Plus de voitures donne plus de pétrole, or la Chine n’en a pas en propre. Plus de construction, d’électronique, de téléphonie, et ce sont des matières premières en pagaille à acheter, à transformer… donc à dépenser sans retour financier immédiat. Ajoutons enfin un vieillissement programmé du pays (politique de l’enfant unique), et nous obtenons un pays qui, par opposition, est en excellente santé financière, mais qui sera particulièrement fébrile dans un avenir très proche. En plus, la modernisation, l’accès à l’information, l’instruction de plus en plus forte ne peut mener qu’à la prise de conscience des masses ; nombre de régions sont déjà sous un joug militaire totale, par crainte de révoltes et de tentatives de prise d’indépendance. D’ici à ce que cela tourne à la guerre civile, il n’y a qu’un pas, difficile à faire certes, mais pas si improbable que l’on croit.

L’Inde est un pays en voie de développement qui va encore avoir pas mal de décennies à rattraper pour se débarrasser, d’une culture de castes, d’une disparité gigantesque entre riches et pauvres, et dont les villes tentaculaires devront impérativement être repensées rien que pour la circulation des biens et des personnes. Je vois bien du progrès industriel, économique, technologique, mais pour le moment encore trop faibles pour être réellement des menaces immédiates pour l’économie mondiale. Par contre, à un horizon de vingt ans, c’est la Chine qui, en premier, tremblera face à l’Inde. La seule chose qui me laisse encore perplexe, c’est la capacité de l’Inde à investir des milieux à forte valeur ajoutée (technologie notamment), faute de débouchés locaux. Malgré un enrichissement énorme des tranches moyennes, ce n’est pas en cinq ans que le pays créera une classe moyenne digne de celle des Européens. L’Inde n’est donc pas spécifiquement une situation explosive, même si sa guerre perpétuelle avec le Pakistan pourrait, via la bombe atomique, changer complètement la donne régionale, voire mondiale si les grandes puissances « riches » venaient à intervenir dans un conflit plus avancé.

Ce n’est pas dans l’année à venir que nous aurons le plus de risques, mais sur les cinq prochaines années. Si, par un grand drame, mes hypothèses venaient à se confirmer, nous aurions alors comme scénario : un retour d’une gouvernance quasi dictatoriale dans plusieurs nations Européennes, un durcissement du discours nationaliste, une montée du racisme pour cibler « l’étranger » comme étant la cause de tous les maux (sociaux, économiques... la liste est infinie), et la déclaration de nombreuses guerres locales pour justifier et masquer les échecs des politiques radicales. Plutôt que de parler du gouffre de la dette, on parlera du coût des combats pour les puits de pétrole de tel ou tel pays, ou encore de l’engagement massif de troupes pour prétendre à jouer un rôle de « paix », alors qu’il s’agira de décider quel despote sera mis au pouvoir dans une énième république bananière. Pire encore : si le scénario en question venait à se concrétiser, les USA pourraient s’effondrer, et mener certains états à envisager leur sécession de l’union. Cette possibilité peut laisser augurer une situation « à la Soviétique », avec une guerre civile, un arsenal militaire et nucléaire sans véritable contrôle, et un monde économique déstabilisé par la chute dans les abysses du dollar.
Comme nous ne sommes plus à un paradoxe près, notons enfin que la démocratisation espérée dans les pays arabes n’est pas faite pour améliorer la situation mondiale. Avant que ces pays retrouvent une certaine stabilité, certains passeront par une phase encore plus dictatoriale, ou alors par des élections où le pouvoir sera littéralement éclaté dans une diversité inutile de partis, jusqu’à rendre ces états ingouvernables. Le pire, c’est que cela aura une influence négative sur les marchés ouverts avec ces pays, ne serait-ce que les marchés de l’énergie. Et là, ce n’est pas nécessairement les USA qui pourraient en tirer le plus de bénéfices, mais plus les nations émergentes qui s’implantent en masse en Afrique (Inde et Chine en tête). Quoi en penser ? Que le tiers-monde ne bougera que peu, l’Afrique ne bougeant d’ailleurs pas dans le sens des révolutions tunisiennes et égyptiennes. En revanche, on peut craindre que ce même tiers-monde soit mené à des guerres par nos nations, ceci afin de réduire les frais, baisser le coût des matières premières, leur vendre des armes, et enfin nous choisir un dictateur convenant à nos attentes. France Afrique... quand tu nous tiens !

Finalement, je ne sais pas trop si je suis trop sombre, trop inquiet, ou malheureusement lucide et même visionnaire. Je serais tenté d’espérer que je me trompe, parce que cela offrirait de meilleures perspectives pour le monde. Or, le monde semble confirmer mes craintes, et j’ai peur d’une nouvelle Europe en guerre. A titre de pied de nez final... Observez qui est dans l’Euro, dans l’Europe, et faites cette observation concernant les pays de l’axe et les pays occupés par celui-ci pendant le second conflit mondial. De là dire « Reichsmark, Euro, même combat »... Mais là, je provoque... Quoique.