04 mars 2008

Divagations

Parmi les moments de détente que s’offre mon esprit il en est qui sont plus proches d’une épopée névrotique sous stupéfiants que de passages tranquilles dans la paisible rêverie poétique. Mélange étrange entre absurde et concret, ces divagations me mènent au-delà de toute compréhension. Bien sûr, certains cherchent dans Freud des analyses… Comme si un abaque pouvait suffire à établir ce qu’est l’âme ou l’esprit humain ! Enfin bref, mes neurones aiment à triturer la réalité pour en faire une fiction.
Certains de mes articles portent les stigmates de l’inepte : Celui où je suis assis dans la salle d’attente du paradis, celui où je revis des évènements qui ne sont pas à moi, et puis toutes ces proses que je n’ai pas encore exposé ici même. Jeu de la langue, mes « hallucinations » peuvent autant me tourmenter que m’amuser. Le pire c’est qu’il m’arrive de subir les frasques de mon imagination en étant éveillé ! Quoi de plus dingue que d’imaginer un bout d’histoire qui s’inclurait, aussi incongrue soit-elle, dans l’instant présent ? Le cinéma adore ces effets lumineux où le héros est pris au dépourvu par l’improbable, où l’héroïne (bien souvent demeurée au demeurant) reste coi de stupeur et où la foule se met systématiquement à courir dans une anarchie totale digne d’une foire à l’empoigne.

Tenez, là maintenant, si je laissais mes doigts pianoter avec frénésie sur les touches de mon clavier, il pourrait en sortir un texte élucubré dans l’instant. Improvisation totale, il suffirait donc que je ferme un peu les paupières pour m’évader et « voir » autre chose que les murs anonymes d’un bureau fonctionnel. Chiche que j’essaye ! Paupières lourdes, soupir pour se relaxer… tiens c’est amusant…

Tout d’abord une odeur. Une odeur forte, entêtante. Une odeur de carburant.

Cela bourdonne, tout d’abord chaotiquement plus ensuite plus régulièrement. Comme un toussotement d’échappement qui crache des volutes de fumée grise légèrement bleutée. Un courant d’air sur mes cheveux qui devient rapidement une tornade, puis derrière moi une main qui me tire fermement par les vêtements. J’ouvre les yeux, il fait nuit, ce que je vois me sidère…

Retour à la réalité. C’est fou, quelques instants d’un ailleurs inconnu, pas le temps d’avoir saisi toute la scène. Simplement des avions, un champ herbeux, des couleurs bariolées sur les fuselages et me revoilà. On replonge ? Allons-y !

Je me tiens là, debout, à voir ces quadrimoteurs pousser leurs mécaniques en étoile. Les hélices battent l’espace à toute vitesse, l’herbe tremble et danse sous les carcasses couleur aluminium. Chaque engin est décoré d’une pin-up ou d’une mascotte, des signes sont alignés sous le cockpit, signes de victoires sur un ennemi. A côté de moi le type qui m’a tiré par la veste me grogne d’être prudent tandis qu’un premier appareil s’arrache lentement de la piste improvisée. La poussière s’envole, me fouette le visage et me brûle les yeux. Ils ont tous un numéro sur la queue, tous une étoile blanche peinte sur l’aile. Je regarde à nouveau mon compagnon, il porte une de ces vestes de cuir qui font tellement envie, cette fly-jacket de cuir tabac avec un dessin sur le dos. Son calot me fait dire qu’il est officier, de son grade je n’ai pas la moindre idée. Il m’emmène sous une tente kaki et me montre une grande carte, une carte de la Normandie. Dessus sont portées des flèches rouges traçant des trajectoires et des destinations à prendre. Il me répète une dernière fois - d’après lui - le briefing pour me dire de mener l’équipage sur les bonnes zones. Moi ?! Piloter ?! Et puis quoi encore ?

Je reviens au présent… encore un peu et j’étais les fesses dans un fauteuil rigide, à pousser des manettes et à prier Dieu de ne pas être abattu au-dessus de la Manche. Quelle folie ! Pourtant, c’était grisant de me sentir vivre un évènement historique pareil, à ressentir la fébrilité mêlée d’excitation de ceux qui m’entourent. Et puis, ça vaut le détour, se souvenir ensuite d’avoir fait une petite partie de l’Histoire ! On y retourne ?

La verrière est en morceaux, il y a une fumée âcre qui m’empêche de respirer. Il fait nuit, pas de lumière à l’intérieur, mais il fait chaud, très chaud. Incendie ! On est touchés, le copilote et le radio me tirent pour que j’aille faire le grand saut par la portière qui s’est arrachée. Je vois les flammes qui rongent la cellule centrale, heureusement qu’on ne trimballe pas de bombes ! L’avion penche dangereusement sur la droite, le nez plonge lui aussi vu que plus personne ne cherche à le maintenir d’assiette. Ca va pas être triste tiens ! Tout autour plein de types sautent, mais eux totalement volontairement. Ils ont un boulot à faire, moi le mien vient de finir sous les coups de la Flak. Merde encore un coup au but, l’aile gauche est en purée, elle va se barrer ! « Saute ! » me gueule une dernière fois l’homme à côté de moi… On part en tonneaux… c’est …

Ouf ! heureusement que l’imagination ne marque pas physiquement le corps !

1 commentaire:

Thoraval a dit…

Continuez à divaguer, continuez à rêver ou à réaliter. Vos mots épousent bien les formes de vos pensées et ce mariage accouche toujours d'un plaisir de vous lire.