05 mars 2008

L’amour vache

Plus je te regarde, plus je me dis que l’amour est une chose infecte et méprisable. Tu as le don de m’appeler de tes œillades perverses, de cette tentation qui saisit mon âme au point qu’il m’est impérieux de céder à tes charmes. Je te vois, là, trônant prête à consumer pour moi, à t’évaporer en moi puis enfin renaître de tes cendres pour que le cycle reprenne. Qu’il m’est terrible de savoir que je suis accroc à ta présence, c’est infernal de ne pas trouver d’échappatoire autre que de revivre encore et encore cette extase fugace de nos étreintes toxiques.

Pourquoi suis-je donc assujetti à ton existence. Tu n’as pourtant rien de charmante : petite, tassée, sans véritable forme, tu n’es guère séduisante dans ton apparence la plus brute. Pour beaucoup tu est certainement l’ennemie à abattre, ce parasite de la société qu’on se doit de traiter en paria. Et pourtant je t’aime, oui j’aime notre bonjour autour de la tasse de café, j’aime ta tendresse après un repas agréable. Fidèle entres toutes, jamais tu ne me fuis quand mon esprit se trouve être trop noir. Toi, tu symbolises l’abîme entre communication et réflexion, ce fossé qui se creuse quand on voudrait dire et que seul le regard sait raconter. Dis moi donc, saleté, quand cesseras-tu d’être à moi ? Oh je sais que tu te donnes sans hésitations à d’autres, que tu ne crains pas le partage et pire encore tu n’es pas jalouse quand ma main caresse la croupe d’une autre que toi. Serais-tu donc démon, fille d’un Satan terrestre bien réel ?

Tes ancêtres, elles aussi savaient se faire maitresses des plus grands : depuis le philosophes jusqu’au dictateur sans cesse tu t’es invitée aux tables les plus prestigieuses. Telle une espionne Mata Hari, tu as du en entendre et en voir tant ! Symboliquement tu es devenue plus fine et légère pour attirer ceux qui ne te connaissaient pas, tu restes encore et toujours fidèle à toi-même, vile pourriture qui détruit l’homme qui t’aime à petit feu. Regarde nous, pathétiques pantins à trainer dehors quand les autres sont au chaud ! Observe donc cette triste situation qui nous isole du monde commun ! Tu es devenue empoisonneuse alors que tu étais signe de force, de celui d’homme heureux je suis devenu homme servile. Honte à moi que de me laisser faire de bonne grâce, de me laisser aller à de telles faiblesses qui ne me ressemblent pas ! Je te hais !
Des médecins pourront analyser qu’il s’agit là d’une addictions, qu’un tel problème chimique se soigne fort bien et que l’on dispose aujourd’hui d’un véritable arsenal pour te réduire à néant, et pourtant, moi pauvre fou attendri je te laisse encore me ronger le cœur. Trouble de l’esprit, frisson quand tu n’es pas là, j’en deviens incapable de gérer mes colères sans te savoir à mes côtés. Pourtant je n’ai pas toujours été sous ton emprise, et d’ailleurs ceux qui s’en sont libérée se félicitent de ne plus te devoir leur tribu de temps et de désagrément. Malheureusement, même si mon côté pragmatique me hurle à chaque fois que je suis un idiot doublé d’un faible, je replonge et c’est avec délectation que je savoure ta croupe, ta saveur, ton parfum. Que la chair est faible face au désir, qu’elle est molle quand le désir se fait impérieux ! Sans l’amour pour toi combien ne trouveraient plus le réconfort ? Combien cèderaient à d’autres chimères pires que toi ? Hélas, comme pour tous les rêves le prix à payer est exorbitant, toi tu te paies sur mon existence, et moi sur ta destruction. Echange équitable ? Sûrement pas parce que tu n’as pas besoin de ta conscience pour te satisfaire de mon trépas programmé.

Un jour, je serai tenu de me défaire de toi, oui un jour on m’imposera ta disparition et je serai, après quelques temps de douleurs et de frustrations, fier de pouvoir enfin affirmer à qui veut l’entendre…

Je t’ai eue, saleté de cigarette !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

un très beau texte , et qu'elle disparaisse , cette cigarette,

je fume le petit cigare pour le plaisir, pas très classique pour une dame, et justement , les volutes sont différentes, et on use plus de briquet .

Thoraval a dit…

Ils seront contents les malades quand il n'y aura plus de fumeurs pour payer la recherche médicale!!!

(Et avant que l'on me houspille, j'ai eu mon cancer! Et vous?... Je vais me faire des cendres...)