03 octobre 2011

Soyez avertis que...

Cette semaine, je ne serai pour ainsi dire pas présent, étant donné que j'apprends une nouvelle façon de faire faire de l'argent à mon employeur...

Et le tout dans une langue barbare et insupportable qu'on appelle l'anglais!

De fait, à la semaine prochaine, sauf si je trouve un instant pour écrire quelque chose.

Votre obligé,
Jefaispeuralafoule/Frédéric

02 octobre 2011

Imprimez donc ce blog que je ne saurais voir!

Depuis le temps qu'on me tanne la couenne avec des propos du genre "et si on pouvait imprimer tes articles?"

Maintenant, c'est chose faite grâce à ce petit bouton magique:


En cliquant dessus vous accèderez à une visionneuse au format PDF imprimable, et vous pourrez même, si vous en avez envie, l'enregistrer sur votre disque! Pas mal non?

Sur ce, je file me boire un café, réfléchir et bosser un dimanche matin...

29 septembre 2011

Tout part d’une plaisanterie

On peut parfois se demander si la réalité et la fiction, pour ne pas dire la légende urbaine ne se rejoignent pas pour former notre monde. Loin de moi l’idée de croire tout ce que peuvent prétendre les rumeurs, mais parfois, dans certaines conditions, le doute peut s’immiscer à tel point qu’on peut se dire « Tiens, et pourquoi pas ? L’homme est tellement stupide que cela pourrait fort bien tenir la route cette histoire ! »

Un exemple passablement drôle - pour moi -, qui est supposée s’être passée à proximité des côtes Canadiennes. Le radar retourne au bâtiment de US NAVY qu’il y a quelque chose sur sa trajectoire.
- Ici l’USS [Le nom est censuré, faute de prouver l’authenticité de l’échange], navire inconnu, veuillez vous détourner !
- Je pense qu’il n’y a aucune chance que nous nous détournions de votre route, c’est à vous de vous détourner.
- Je suis le commandant [à nouveau censuré, faute de preuve], et je vous ordonne de changer votre route, sous peine d’avoir des problèmes avec la marine des Etats-Unis !
- Hé, commandant... on n’est pas un bateau, on est un phare, je pense donc que c’est à vous de vous détourner, sous peine de venir vous échouer sur nos côtes.

Allez savoir si cette blague fameuse n’est pas partiellement, voire même totalement authentique ! Sachant que l’armée Américaine n’a guère de honte à se croire toute puissante, m’est avis que l’incident mentionné pourrait tout à fait être vrai, surtout pour peu que le commandant en question fut quelqu’un d’orgueilleux ou prétentieux. Le plus amusant dans cette petite comptine, c’est que dans le fond, cela démontrerait à quel point le pouvoir peut rendre imbécile au possible. Ah ça, dès qu’un homme a une once de pouvoir, celui-ci s’en sert sans vergogne, quitte à passer pour un con dénué de la moindre réflexion. Prenez un douanier (non, pas celui qui fait son boulot, le prétentieux, l’arrogant, le crétin de base quoi), et confrontez le face à la bêtise de ses raisonnements, et éprouvez alors la joie de visiter, gratuitement, au mieux les geôles de la gendarmerie la plus proche, ou alors de vous acquitter d’une bonne amende bien sentie. C’est ainsi : si « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » (Lord Acton).

Mais côté plaisanteries idiotes, nous ne sommes pas en reste quand on prend l’actualité ou même l’histoire d’un point de vue tragi-comique. Un autre exemple célèbre sont les « fraises de Grouchy ». Cette histoire incroyable, et pourtant relativement méconnue, a eu pour effet de décrédibiliser un maréchal d’empire, et de soi-disant faire perdre à Napoléon la bataille de Waterloo. Pourquoi diable parle-t-on de fraises ? Parce que le bonhomme aurait, d’après certaines histoires (j’ignore la véracité de la chose, des histoires divergentes sont présentes sur la toile), exigé des fraises pour son dessert, tandis qu’il attendait les ordres de Napoléon. Faute de trouver les fruits en question, celui-ci aurait fait perdre du temps à ses troupes pour son plaisir personnel… Et donc provoqué un retard dans son arrivée sur le champ de bataille, entraînant de fait un naufrage stratégique et militaire pour l’empire. Si telle est l’histoire, alors Grouchy, si compétent qu’il fusse durant sa carrière d’officier, a fini réellement comme un grand imbécile, du genre qui va se trimballer des casseroles sur son nom pour des siècles et des siècles ! Je n’aimerais franchement pas avoir un tel héritage sur les épaules, tant celui-ci semble ridicule.

Et enfin, il y a cette masse d’anonymes, de demeurés profonds qui, au quotidien, emplissent les services d’urgence, appellent le SAMU ou les pompiers, parce que leur maladresse et leur bêtise les ont mis en péril. N’a-t-on pas constaté un décès stupide pour Claude François qui, selon la légende, serait mort électrocuté dans sa baignoire ? Changer une ampoule en étant dans une baignoire… Si ça, ce n’est pas une idée à la con, je ne sais pas ce que c’est ! Quoiqu’il faut pondérer, car, tous les ans, il y a des morts suite à des accidents similaires : une femme se séchant les cheveux dans son bain, un homme se rasant à l’électrique, les faits sont là, bien ancrés dans l’imaginaire des légendes urbaines, tout en étant des réalités. Quelle meilleure preuve que celles-ci pour démontrer que l’homme est un imbécile, non ?

28 septembre 2011

Evanescent

Si vous fermez les yeux, que vous laissez votre esprit d’emplir de souvenirs et d’émotions, vous pouvez revivre, d’une certaine façon, certains évènements de votre existence. Le souvenir, moment magique où l’on s’autorise au rêve éveillé, a ce pouvoir étrange de nous permettre de ressentir à nouveau certaines émotions qu’on a souvent en soi, et qu’on fait taire, sous prétexte qu’elles peuvent être gênantes, ou qu’elles peuvent même infléchir le cours de nos vies. Prenez ces souvenirs d’amours passés, ces situations où vous enlaciez quelqu’un d’autre que l’être qui fait dorénavant partie de votre vie, et interrogez vous, comme moi, sur la valeur de ces évènements. Sont-ils ce miel délicieux et fin qui font qu’on devient nostalgiques, ou bien sont-ils un poison âpre, une sorte de dégradation lente et inexorable de nos sentiments ?

On a beau dire et faire, le présent, tout comme le futur, se construit non seulement sur les faits du moment, mais aussi et surtout sur un passé, qu’il soit bon ou mauvais. Telle une plante s’enracinant dans une terre meuble, la vie, elle aussi, se nourrit des choses aujourd’hui décomposées, et qui servent de terreau aux feuilles, aux fleurs, au tronc qui sont sensés s’élancer vers l’avenir. Cependant, l’aigreur et l’amertume font jaunir nos plus belles intentions, comme si ces deux sentiments n’avaient pour seul pouvoir que d’anéantir les plus beaux espoirs, les plus belles choses que nous portons en chacun de nous. Et ce n’est pas peine de faire des efforts, de vouloir étouffer les pires errances, de vouloir « oublier » tout ce qui a pu, un jour, nous être néfaste. Les mauvaises expériences rendent méfiant, les mauvaises personnes deviennent souvent ce que nous craignons le plus, à savoir une sorte de miroir déformant où tout le monde serait tout aussi fondamentalement mauvais ou cruel. Or, il n’en est rien. Ce n’est pas une seule personne qui fonde l’humanité, c’est l’ensemble des différences qui font une unité, et non l’inverse.

L’improbable chance d’aimer à nouveau est bien souvent douloureuse, car la crainte de réitérer les mêmes souffrances, de revoir le même passé se font plus présentes. On peut aller jusqu’à repousser la main tendue, refuser la chance, de crainte d’être à nouveau déçu, blessé, mutilé par les remords et les regrets. Est-ce là une attitude normale ? On ne s’affranchit jamais réellement de la douleur, on ne fait que la soigner jusqu’à ce qu’elle devienne anodine, ordinaire, un peu comme un accroc à un pantalon qu’on apprécie pourtant plus que les autres. Ce n’est alors pas une raison suffisante pour repousser l’espoir avec virulence, quitte à le regretter ultérieurement. Fuir, c’est une lâcheté courante, à tel point que nombre de destinées sont brisées à cause de la peur, et non de l’échec lui-même. On a peur d’échouer, et paradoxalement on choisit alors l’échec… Comme si assumer volontairement l’échec pouvait nous épargner les larmes et les déceptions !

L’homme est un être tourmenté, souvent perdu dans les limbes de ses propres doutes. Les émotions, comme autant de nuages et de nébuleuses de brouillard, ont cette faculté atroce de déformer, voire même occulter toutes les lumières qui peuvent se présenter sur la courte route de la vie. Alors, nous errons, nous avançons sans visibilité, sans courage, simplement la main tendue devant soi, le cœur chargé de craintes et d’inquiétudes, au lieu de faire simplement un pas devant l’autre, avec la seule détermination nécessaire, à savoir celle qu’il faut vivre, malgré tout, pardessus tout, avec la seule certitude que notre existence a une fin, et qu’on se doit donc de faire pour le mieux avant de passer à trépas. Ce n’est pas au crépuscule qu’on apprécie la chaleur du soleil, pas plus que c’est sous la neige qu’on découvre l’été. C’est chaque seconde, chaque instant qui doit compter, même si des fantômes dansent devant nous, même si les visages familiers d’hier sont aujourd’hui des spectres qui hantent notre quotidien. Pas à pas, jour après jour. Les certitudes ne sont que temporaires, elles naissent dans la facilité, et elles meurent dans l’indifférence. Ce que nous croyions vrai hier n’est plus aujourd’hui, et demain sera source d’autres convictions. La seule chose indispensable alors, c’est de se souvenir de ce qui nous fait avancer… Et de s’y tenir, en serrant parfois les dents, en mordant sans relâche le mors amer, pour qu’un jour on puisse le recracher en se sentant fier d’avoir finalement tiré le poids de notre existence.

Vivre. Ce n’est qu’un mot, une conviction personnelle pour s’assurer de notre propre existence. « Je pense, donc je suis », n’est qu’une forme d’autosatisfaction, ou alors de placebo contre la peur de n’être rien. Nous ne sommes pas que des formes évanescentes, des spectres qui se croisent sans jamais se toucher. Nous sommes cette douce solidité de la Vérité, la Vérité fondamentale : nous vivons, et c’est déjà pas si mal. Alors, si l’on vous reproche d’être, de vivre, reprochez à l’autre de ne pas être Vérité, car c’est mentir à soi et aux autres que de vouloir donner des leçons. Tous, faillibles, frêles, images temporaires et souffrant du passage de l’éternité, nous devrions apprendre que c’est à nous même que nous devrions donner des cours, et non aux autres. La prétention du savoir, l’impérieux désir d’être moralisateur n’amène que déception et solitude. Partagez, apprenez des autres, tout comme vous pouvez leur apprendre de vous. C’est ça… Vivre. Alors, vivez, sans relâche, sans doute, sans peur, car même si la Mort vous rattrape, comme elle me rattrapera un jour, vous pourrez lui sourire en lui annonçant « Je pars, mais le cœur empli de souvenirs, de Vies, d’existences, de Vérités. »

26 septembre 2011

Maton

Ils sont là, debout, les uns à côté des autres, observant face à eux dans une posture stoïque et ferme. Comme prêts à prendre un élan final, la tension est à son paroxysme. Tous, ils sont ressorts humains, tendus, cambrés dans l’effort pour ne pas échouer dans leur poussée. Pourtant, ce ne sont pas des coureurs dans un stade, loin de là, parce que l’échec, le moindre faux pas, et ce n’est pas une mauvaise place qui les attend, mais bel et bien l’élimination. Que faire ? Ne pas réagir, stagner, ou bien tenter sa chance jusqu’au point final, celui qui, en principe, accorde la victoire et la liberté ?

Ils se jaugent les uns les autres, ils scrutent les réactions du surveillant, attendant que son attention se focalise sur autre chose. Que fait-il ? Il se tourne, il regarde ailleurs, et chacun des détenus de ce jeu pervers s’élance frénétiquement vers un destin incertain. Attention ! Il se retourne ! Instant limite, seconde où la vie et la mort se décident… Ils s’arrêtent, feignant l’immobilité, l’inintérêt total pour le gardien qui, le regard noir, ne peut pas les accuser d’avoir désobéi aux ordres. Cela dure une éternité. Il ne veut pas surveiller autre chose, il les tient et les presse par la simple force du pouvoir qu’il détient entre ses mains. Cruel, conforté dans sa pleine et toute puissance, le personnage va leur faire subir l’enfer par sa simple scrutation de l’aire plane qui est sous ses yeux. Sourire en coin, joie d’être le maître face aux esclaves, ce n’est qu’à contre-cœur qu’il se retourne enfin, tenu qu’il est par son rôle à la fois jubilatoire et ingrat.

Alors, dans un élan désespéré, ils reprennent la course, ils se jettent individuellement dans un effort qu’aucun autre ne peut faire pour eux. C’est ainsi, il n’y a pas de solidarité, pas d’entraide, il faut survivre pour soi-même, quitte à ensuite devoir vivre avec des remords. Ils se jaugent, se saluent avec timidité et dépit, comme s’ils sentaient, tous autant qu’ils sont, l’absurdité de leur situation pourtant commune. La règle est pourtant simple : fuir, mais sans être vu. Celui qui est vu est éliminé. Il n’y a rien d’autre, rien de plus, rien de moins, une loi immuable et impitoyable qui ne souffre pas la moindre critique. Commenter ? C’est refuser la loi, refuser le jeu, et donc être éliminé avant les autres. On n’infléchit pas le système, on le subit, et seul le gardien, et bien lui seul, a pouvoir de vie et de mort sur ses victimes en puissance.

Nouveau coup de frein… Vain pour certains. Le gardien rit aux éclats, et désigne de l’index ceux qui sortent définitivement. Un par un, ils disparaissent à jamais de la partie, ils ne sont pas même une trace dans le sable de la cour. Ils étaient là, et maintenant, ils ne sont plus qu’un souvenir pour ceux qui sont encore là. Quelques pas, rien que quelques pas, une foulée, deux tout au plus, et la sortie, la liberté seront là. Le gardien est conscient de cela, et il ajoute alors de la théâtralité à ses regards détournés. Il veut les provoquer, créer une tension les poussant à la faute… Et certains cèdent. Ils foncent, sont pris sous son œil cerbère, et disparaissent, le tout accompagné par son gosier râlant une moquerie cruelle. Le gardien gagne, le coureur perd, telle est la loi immuable.

Enfin, ils ne sont plus que deux…

Plus qu’un seul…

Il lui reste quelques pas à faire ! C’est enfin la délivrance, s’il échappe au maton, il aura sa récompense, sa liberté, sa victoire malheureusement coûteuse à son cœur tant il aura laissé de camarades sur le carreau. Tant pis, il faut vivre, survivre, avancer, ne pas céder à ce pouvoir omnipotent…

Et là, la voix du gardien, toute proche, lance à tue-tête : « Un, deux, trois.. SOLEIL ! »

Victoire du gardien, et sonnerie de fin de récréation, le gardien redevient élève, et les victimes se relèvent pour rejoindre la salle du cours élémentaire.

23 septembre 2011

Lumières

Généralement, les adultes font la leçon aux enfants en leur expliquant tout un tas de choses qu’eux-mêmes ne mettent que trop rarement en application : sois poli, sois propre, respecte ton prochain, tends la main à l’autre avant d’attendre qu’autrui le fasse vers toi… Et ainsi, nous tentons de leur inculquer des évidences, de leur enseigner ce qu’est supposé être un homme, dans sa fragile et insoutenable beauté, alors que l’adulte, lui, sait au fond de son âme que ce ne sont que des rêves, des vœux pour un avenir si possible meilleur pour sa descendance. Mais n’est-ce pas là un mensonge ? N’est-ce pas une hypocrisie que de vouloir préserver de la cruauté, à tel point que cela peut devenir une forme de cruauté indirecte ? Nous espérons, nous soutenons même vouloir un avenir plus radieux, plus harmonieux, alors que nous ne faisons pas grand chose dans cette optique. On pollue, on détruit, on triche, on tue, on se donne bonne conscience en faisant parfois un don quelconque, alors qu’on affame sans vergogne de l’autre côté du monde. Où est notre humanité ? Quand meurt cet esprit candide, cette enfance qui trop vite s’évapore ?

« Certains naissent dans les choux, d’autres dans la merde », telle est l’expression d’une chanson que trop réaliste et dure à entendre. La plupart dans nantis entendent sans écouter, et ce genre de propos les survolent comme peuvent les survoler les pigeons qui hantent la ville sans que personne n’y prenne garde. « Ils reviendront, comme toujours » se dit alors celui qui ne peut ni voir ni entendre, celui qui enterre ses oreilles sous la paume de ses mains, et qui met un voile pudique sur ses yeux de peur que la clarté de l’obscure réalité vienne lui brûler les rétines. Lâches, inconscients, égocentriques, on ne daigne plus alors laisser passer la lumière qu’entre les phalanges légèrement disjointes, juste ce qu’il faut pour que l’éclairage de notre environnement vienne nous éviter la cécité. Un peu comme un nuage venant que trop obscurcir notre quotidien, on se laisse légèrement émouvoir par les images de la pauvreté ou de la souffrance, pour rapidement chasser ces idées noires au profit du désir d’être tranquille, loin de toute douleur, loin de la réalité, loin de tout. « Et le soleil brillera à nouveau sur nos têtes », parce que, au fond, il n’y a pas de saison de la lucidité, juste quelques orages sur un été égoïste, sur un printemps nombriliste, parce que l’automne humide nous dérange, parce que l’hiver glacial n’est bon que pour les autres, pas pour soi.

Perdre la lumière de la Vie, c’est perdre le fondamental de notre existence même, à savoir que l’humanité ne se construit pas seul, que le monde est justement fondé sur l’échange, le contact, la réflexion, l’acceptation de la différence. Pourtant, nous sommes xénophobes, nous hésitons à faire confiance, nous fuyons les autres de peur d’être blessés, comme si l’autre était une menace et non une bénédiction. A nos enfants, nous leur expliquons qu’ils doivent être ouverts, sincères, honnêtes, tandis que nous agissons strictement à l’inverse. Alors, nos enfants dessinent des soleils radieux, des maisons où nous sommes idéalisés, où nos défauts sont gommés par le trait enfantin du fusain sur la feuille de papier. Puis, peu à peu, les enfants comprennent ce que nous sommes vraiment, des êtres faillibles, sensibles, fêlés, parfois même brisés par nos rêves et nos illusions perdues. Nous rêvons tous, nous avons tous des espoirs secrets, et tous, malheureusement, nous portons en nous des regrets, des remords, des tristesses cachées sous les sourires de circonstance. De loin, nous paraissons alors heureux, joyeux, pétris de bonnes intentions, alors que derrière la façade il y a des galaxies de noirceur, de larmes, de ressentiments qu’on étouffe pour que les autres ne se doutent de rien. Puis, un jour, on ne sait jamais pourquoi, cela explose, on surprend, on blesse, parce que finalement nous avons gardés le silence trop longtemps.

Dans la paradoxale et intolérable nécessité d’être à la fois honnête et discret, chacun de nous se débat avec sa conscience, ses sentiments, à tel point que toutes les émotions s’entrechoquent dans nos esprits torturés. Le mot « pourquoi » revient sans cesse, ver pervers qui corrompt sans relâche chaque analyse, à tel point que nous perdons toute objectivité… Pour finalement céder à la morosité, à la noirceur confortable des lamentations, car rien n’est plus simple que de se laisser distancer par la Vie. Vivre, c’est errer, souffrir beaucoup pour être un peu heureux, et non le contraire. Cela attriste la plupart d’entres nous, cela en brise certains, cela en renforce d’autres, mais telle est l’existence humaine, forgée par la faute, le doute, puis, plus rarement, par le bonheur d’être aimé et d’aimer en retour.

Et puis, un jour, vient l’espoir. Maigre, malingre même, souffreteux, mais bien réel. Il est là, attendant qu’on s’en saisisse, qu’on le réchauffe contre soi, qu’on prenne le temps de le soigner. Il vous regarde, chétif chose prête à périr au premier esclandre, mais l’on se bat alors pour lui, coûte que coûte, vaille que vaille, parce que notre dignité est exacerbée, parce qu’on veut vivre et avancer.

22 septembre 2011

La barbe

Encore une fois, j’ai le sentiment qu’il y a eu quelques erreurs de sélection lors du choix des expressions ordinaires. Tenez, par exemple, ce titre vous a sûrement amené à songer à une pilosité masculine, au symbole même de l’existence des nains dans le médiéval fantastique, ou encore à celle blanche et encombrante de l’ancien représentant de commerce de Coca-Cola. Et là, je dis non : je songeais bel et bien à l’antique expression populaire supposée signifier, avec une forme surannée de politesse : « Tu vas la fermer ta grande gueule, oui !? ». Hé oui, la langue française est un florilège d’usage à contre-emploi de mots, de choses, car l’on aime jouer avec les conventions, et l’on va jusqu’à trouver trois voire quatre sens pour un seul et même terme ! On est bons, non ?

Sortons du crin de bouc qui tient lieu de ramasse miettes de table, et songeons donc à toutes ces petites expressions aussi mignonnes que souvent ridicule : « C’est la porte ouverte », ou encore « Il n’y a pas le feu », ou bien l’inusable « On n’est pas aux pièces ». Tiens donc, mais d’où diable ces expressions peuvent-elles provenir ? L’imbécile qui a balancé « y a pas le feu » oublie probablement qu’il y a une sorte de graduation dans le désastre, et qu’il y a plein de subtiles marches à gravir entre le « tout va bien », et le « Foutons le camp, l’immeuble est en flammes ». Mais évidemment, quoi qu’on compare à un incendie, tout de suite, cela semble bien moins dramatique…
« Le on n’est pas aux pièces », on peut le supposer venir d’une chaîne de fabrication, où les ouvriers, robots humains tenus par les cadences du fordisme, pouvaient déclarer sans surprise « Hé, on n’est pas au nombre de pièces faites à l’heure ! ». Avec la sempiternelle flemme de tout conserver, nous avons donc, à mon avis, résumé le tout par cette phrase « on n’est pas aux pièces ». Les Soviétiques, eux, plus imaginatifs, instauraient le « temps pour cent » dans les goulags, à savoir « Combien de temps pour produire cent pièces ». Jusqu’ici, on peut songer à de la rentabilité, mais c’était plutôt « Produis en deux fois le quota, comme ça, si tu claques, j’aurai de la réserver à caser en attendant que ton remplaçant tienne la route ». Cynique, efficace, il ne faut donc pas plaisanter avec les quotas de production !

J’adore écouter ces expressions qui se renouvellent sans cesse. Entre les auteurs, les chanteurs, les acteurs, il y a de quoi pêcher une quantité invraisemblable de petits dictons, d’expressions prêtes à l’emploi, et le net, grand fournisseur de choses aussi inutiles qu’indispensables, ne se prive pas non plus pour présenter des sites dédiés à la gloire du bon mot. Par décence et charité tant pour mes lecteurs, que pour les auteurs de ces « choses », je me contenterai de dire qu’il y a le littré qui se révèle être d’une aide incomparable. Nul besoin de s’arracher le cœur et la rétine en scrutant des sites bariolés, un bon bouquin physique, et en voiture pour la culture !

Et merde, voilà que je case, moi aussi, une de ces expressions qu’il m’arrive d’honnir sans limite ceux qui s’expriment ainsi. Pourquoi ? Parce que la plupart le font dans un français approximatif, intolérablement malade de la vérole des « oublis et autres omissions que l’on tolère à l’oral ». Beurk ! Par pitié, achevez les, piquez les, faites quelque chose pour ces pauvres hères qui ne savent plus à quel dictionnaire se vouer ! Heureusement que la peine de mort ne s’applique pas aux crimes contre la langue, sinon je crains que nous serions privés des deux tiers de notre population. Ceci dit, cela aurait alors réglé bien des problèmes de surpopulation carcérale, de chômage, enfin bref, de bien des soucis de notre société actuelle… De là à coller la peine de mort pour les assassins de la langue dans un programme politique… Quoique : cela aurait bien fait rire Monsieur Desproges, pouffé Coluche, et grogné le reste de la classe politique et analphabète qui nous dirige.

Mais là, c’est un autre débat !

20 septembre 2011

Il y a des héros et des vilains

Et si les vilains et les supers héros n’étaient que des salariés de grandes entreprises dédiées soit à la préservation du monde, soit à son anéantissement ? Qu’est-ce que cela pourrait bien donner ? Hé bien, probablement un service de recrutement des plus original, des salariés improbables, et surtout des patrons qu’aucune autre société dans le monde ne saurait avoir !

Alors, cela vous interpelle ? Allons visiter la société « Flander’s company », dont le métier est de recruter des méchants, des génies du mal, puis d’en louer les services au plus offrant. En gros, leur fond de commerce, c’est le mercenariat à base de Joker (de Batman), de démons sortis tout droit des enfers, ou encore de types aux pouvoirs pour le moins étranges.

Trêve de blabla, allez voir les vidéos de cette société, avec ses salariés si attachants, ses futurs embauchés aussi curieux que déroutants, et laissez vous mener par l’ambiance inimitable de la série !

La Flander's Company!

19 septembre 2011

Un univers de paradoxes

Nous nous interrogeons constamment, et avec une sincère intensité, sur le devenir de l’humanité. Suite à des progrès techniques très rapides, et face à un monde interconnecté à outrance, la notion d’humanité semble quelque peu mise à mal, à tel point que le concept de « monde virtuel » n’est plus un fantasme d’auteur de SF. La majorité des idées conçues, il y a de cela des décennies, sont dorénavant réalités : visiophonie, informatique omnipotente et omniprésente, dématérialisation de la connaissance, et même la mise en numérique des relations humaines font partie de notre quotidien. Discuter avec des inconnus qu’on ne croisera jamais ailleurs que derrière un écran, ne plus se déplacer dans une boutique pour faire un achat, ces habitudes modernes étaient, il y a de cela une décennie, de la quasi science-fiction pour la majorité des citoyens du monde. Dorénavant, il n’y aura plus d’échappatoire : notre monde sera numérique, ou il ne sera pas.

Aussi enrichissante que puisse sembler être cette expérience de la fusion entre le réel et le virtuel, nous ne pouvons constater nombre de paradoxes liés à la nature même de l’être humain. Trop de connexion rend les gens tributaires d’objets et de technologies, à tel point que les en priver peut les rendre aigris, inquiets, tout du moins stressés. C’en est terrifiant : qui n’a pas remarqué l’acharnement compulsif des passants à observer à scruter des fils Facebook, ou ne serait-ce que jouer sur des équipements mobiles ? L’interaction entre le virtuel et notre monde est bien palpable, et nul ne peut plus nier les impacts d’un monde sur l’autre. Le virtuel sert dorénavant des causes politiques (communication lors de révolution, vidéos d’évènements majeurs…), et réciproquement le réel se voit influencé par des mouvances exploitant à fond les capacités du virtuel (création de réseaux sociaux, partage de l’information, distribution à grande échelle de documents…). Et pourtant, paradoxalement, le niveau de confiance qu’ont les gens dans le virtuel semble être en perte de vitesse : crainte du piratage, inquiétude face aux virus ou au vol d’informations personnelles, doutes sur la véracité des faits énoncés sur la toile… L’homme est donc de plus en plus connecté, et paradoxalement de moins en moins confiant dans la nébuleuse qui le tient comme étant un nœud parmi tant d’autres.

Au surplus, ce ne sont pas que les groupes de pensées qui sont impactés par ces changements. Les individualités, les personnalités subissent le même genre de mutations, avec les travers que cela engendre. L’addiction au numérique, révélée au monde dans les jeux vidéos, la fragilité des gens face aux agressions « virtuelles » (insultes, dénigrement, diffamation…), tout ceci révèle une extrême dangerosité des interactions de l’individu avec son monde virtuel. Jusqu’à il y a peu de temps, la toile était présentée comme un monde de liberté, de culture, d’informations sans frontière où chacun pouvait créer une culture participative, en lieu et place de la culture passive issue de la presse et de la télévision. Or, avec le temps, la démocratisation de l’informatique, liée aux campagnes médiatiques supposées nous intéresser à ce monde sans physique, créent à présent un retour quelque peu inquiétant vers des médias à sens unique. Les forums, tout comme les sites personnels, subissent, eux aussi, l’excès de libertés du passé, à tel point que rares sont les journaux qui laissent encore la parole à leurs lecteurs. Quoi en penser ? Que l’individu qui se réfugiait dans le virtuel se sent aujourd’hui scruté, traqué, revendu telle une marchandise. Un clic de souris fait de chacun de nous un consommateur potentiel, et, par le truchement des publicités affichées un peu partout, par l’adjonction de sondages, voire même par l’espionnage de nos données personnelles sur nos historiques de surf, nous sommes des valeurs commerciales. Le trafic de personnes se revend, le moindre espace en pixels se négocie, ce qui sous-entend donc que l’individu est encore plus ciblé, encore plus traqué. D’un monde libre et égalitaire, du moins dans le virtuel, nous sommes à présent dans un monde suspicion, où des lois supposées protéger des intérêts industriels et commerciaux autorisent la traque virtuelle de monsieur tout le monde. Pire encore, c’est une traque systématique, sans ciblage, telle une rafle mondiale menée avec l’assentiment des assemblées et autres créateurs de lois. Qu’est-ce que l’individu alors ? Un pion, pas une entité pensante, juste une adresse, un numéro de série, personne, un grain de sable dans un sablier gigantesque où seule la masse pèse, et où l’individu ne représente rien.

Certains se complaisent dans cette sécurité où des autorités supérieures font de notre monde virtuelle une prison encore plus étriquée que les pires dictatures réelles, où le droit de penser est soumis à un droit de regard inquisiteur, où la culture est soumise au copyright, où l’information est propriété de multinationales peu enclines à les partager avec le monde entier. De toile délocalisant l’intelligence à la périphérie (c’est-à-dire un réseau informatique pouvant se passer des gros serveurs), nous sommes encore à une structure centrée sur des services omniprésents, envahissants (comme Google qui détient des quantités astronomiques d’informations, et qui s’offre le luxe de s’imposer dans les machines via leur fameuse barre de recherche), et surtout dont nous sommes tributaires. J’ai une énorme inquiétude, c’est celle de voir un jour la toile devenir une sorte d’aquarium où nous autres, internautes, serions des poissons nourris d’informations et de données selon le bon vouloir de quelques magnats de l’information. Et c’est, quelque part, déjà le cas tant les groupes d’échelles mondiales détiennent déjà les cordons du réseau : opérateurs capables de nous espionner et de nous dénoncer à des autorités (au lieu d’avoir un rôle de neutralité absolue comme en téléphonie), sites et structures purement commerciales possédant notre vie virtuelle et réelle (Google via les mails, Facebook via le réseau social…), ces différentes structures pourraient donc dicter des lois terrifiantes, donner nos données à des états sans scrupule, voire même prêter assistance à ces dits dictatures pour aider à la traque virtuelle des opposants (et ce cas n’a rien de virtuel, comme en Chine par exemple, où yahoo a déjà été épinglé à plusieurs reprises pour sa participation complaisante à la chasse des dissidents).

Il faut absolument se demander dans quelle mesure nous pouvons accepter cela. Sommes-nous donc de ceux qui vont laisser la toile devenir un marché, au lieu d’un lieu de culture ? Va-t-on voir la toile devenir une tour de Babel qui, parce qu’elle aura osé chercher l’indépendance et l’omniscience, s’effondrera sur elle-même pour devenir un simple esclave des marchés ? Pourquoi laisser les gouvernants imposer des lois sans légitimité morale, pourquoi leur donner le pouvoir de faire de nous des « coupables potentiels », alors qu’un des fondamentaux de la loi est tout le contraire, à savoir « Innocent jusqu’à preuve du contraire ».
Il faut également ne pas se restreindre dans la réflexion vis-à-vis de notre vie virtuelle, à savoir ne regarder que le côté ludique de la chose. Les partis politiques, tous autant qu’ils sont, sont dorénavant visibles sur la toile, et n’hésitent pas, en outre, à se servir de ce média numérique. Alors pourquoi rares sont ceux qui parlent du virtuel dans leur programme ? Pourquoi ne regarde-t-on pas le réseau tel qu’il est, à savoir un extension riche et complexe de notre vie réelle ? La liberté d’expression est présente tant par la voix, que par l’écrit dans le monde virtuel, mais aucun parti ne semble vouloir s’inquiéter de ce fait, à tel point que rares sont les députés, élus locaux, ou encore sénateurs, qui comprennent tout l’enjeu que représente l’avenir de la toile pour tout le monde. A prendre la question à la légère, ou au contraire en faire une question éminemment politique (comme HADOPI ou LOPPSI), nous autres, citoyens, risquons d’y perdre bien plus qu’une simple connexion ADSL déconnectée pour de soi-disant faits de piratages.

La solution ? si vous êtes actifs en politique, si vous connaissez vos élus locaux, si vous les côtoyez, sensibilisez les sur l’importance d’être critique, constructif, et prudent concernant la toile. Laisser trop de libertés au législateur pour en faire un univers fermé et policé, c’est tolérer la censure, et par extension de permettre de bafouer les fondamentaux de la république. A nous tous d’agir, de faire circuler l’information, de ne pas laisser les gens dans l’ignorance crasse qui semble arranger les gouvernants. Il en va de leurs libertés individuelles. Faites circuler la culture, la réalité, étayez vos critiques, discutez en, ne vous laissez pas impressionner par le duel entre un David que nous sommes à titre individuel, et le Goliath, qu’il soit politique ou médiatique. La somme des individualités fait un peuple, et c’est par et pour le peuple qu’un gouvernement existe.

Votez, luttez, défendez vos idées. Qu’elles soient contraires aux miennes, qu’elles soient même dérangeantes selon mon échelle de valeurs, je préfère quelqu’un qui exprime ses idées à quelqu’un se contentant d’observer, dans la docile indolence d’un attentisme confortable. Défendez vos droits, sous peine de devoir ensuite vous battre pour les reprendre.

16 septembre 2011

Je ne peux pas commémorer

Tout d’abord, désolé de ne pas avoir été plus présent ces derniers temps, mes occupations professionnelles se sont liguées pour m’imposer un rythme de travail indécent m’interdisant toute tâche rédactionnelle. Ceci dit, j’espère pouvoir reprendre mes quotidiennes aussitôt que possible, et ainsi vilipender le monde qui m’entoure.

Maintenant, venons en au sujet qui m’intéresse aujourd’hui. Avec force insistance et présence dans les médias, on a tenté de nous vendre du chagrin et de la honte concernant les attentats du 11 Septembre, avec à la clé des commémorations, l’inauguration d’un mémorial, le tout enluminé de documentaires supposés nous donner des clés sur le pourquoi, le comment et le déroulement de cette journée de sinistre mémoire. Loin de moi l’idée de renier la nécessité de ne pas oublier ce carnage incroyable, et encore moins de salir la mémoire des victimes innocentes des attentats, car, me concernant, le terrorisme ne mène jamais à autre chose qu’à la douleur, à l’horreur, et à l’incompréhension d’autrui. On ne se fait pas entendre en posant des bombes, on ne fait que mener à la haine et à une guerre frontale d’anéantissement. Non, ce qui me dérange bien plus, c’est le côté « chagrin obligatoire » que les USA tentent de nous inculquer, un peu à l’instar du chagrin imposé concernant les crimes de guerre du nazisme. Je n’ai pas décidé de la politique Américaine au Moyen-orient, pas plus que je n’ai voté pour le NSDAP dans les années 30. Donc, me forcer à verser une larme m’indispose, à tel point que je trouve cette façon de faire indécente et malsaine.

En soi, le 11 Septembre, je ne peux pas le commémorer, parce qu’il s’agirait alors de choisir mon camp entre les terroristes et les USA. Je n’ai pas de camp, je ne suis pas de ceux qui devraient choisir entre le diktat économique Américain, et la voie religieuse extrême revendiquée par les criminels responsables des attentats. Les uns et les autres se doivent mutuellement leurs malheurs, à tel point que choisir un camp, c’est décider du « moins pire »… Comme s’il existait un moindre mal quand on parle de morts, de gens déplacés, de bombardements, ou bien de civils sacrifiés, de gamins qui se suicident avec une ceinture d’explosifs, ou encore de jeunes veuves prenant les armes pour venger leur famille. Je ne peux donc pas commémorer ce souvenir, ce serait malhonnête pour les victimes des deux camps. On me dira que je suis cruel, intolérant, voire même cynique, mais les faits sont hélas là, en évidence, juste sous notre nez à tous : les terroristes du 11 Septembre étaient des gens menés et guidés par un ancien « collaborateur » de la CIA, un de ces types de l’ombre qui ont appris de l’agence, puis qui ont retournés ces méthodes contre elle ! Que voulez-vous donc commémorer dans des conditions aussi sordides ?

Ce que je peux encore commémorer, ce ne sont pas les attentats, pas plus que les représailles militaires des USA. Ce que je peux célébrer avec tristesse et douleur, c’est le sacrifice humain, le massacre aussi vain que symbolique de milliers de personnes, tout ceci à la gloire d’idéaux fous. Les morts du WTC sont aussi dramatiques que les milliers de civils tués en Irak ou en Afghanistan ; les morts du vol 93 sont aussi fortes et courageuses que celles des résistants Français passés par les armes par la gestapo. Je ne peux pas dire que le 11 Septembre doit être commémoré, mais qu’on n’oublie jamais que ces gens sont morts, et que des familles entières furent éplorées, des enfants devinrent des orphelins, et tout ça pour quoi ? Pour rien, pour de la politique, de la propagande. Les attaques du 11 Septembre ont ensuite été instrumentalisées pour légitimer une augmentation des budgets militaires dans le monde, pour l’instauration de lois liberticides, pour permettre la mise en œuvre de stratégies à long terme… Mais les attentats n’ont certainement pas permis aux USA de se rendre compte de son attitude arrogante et impérialiste, loin s’en faut.

Qu’est-ce qui a changé depuis le 11 Septembre ? Nous sommes devenus paranoïaques, xénophobes, nous tolérons la présence de militaires dans nos rues, nous nous sommes habitués à avoir peur, à tel point que les images de morts et de destructions semblent irréelles, comme tirées d’un film d’action. Sauf que les victimes, elles, sont bien réelles, et elles ne font pas la comédie quand elles tombent. 10 ans, dix longues années et nous n’apprenons rien de ce carnage. Célébrer le 11 Septembre m’a semblé inapproprié, pour ne pas dire tout simplement monstrueusement cynique. Les USA ne comprennent toujours pas, et je pense qu’ils ne comprendront probablement jamais qu’ils ont mis le feu et la haine dans les cœurs, et qu’ils en récoltent les cendres les plus atroces. Dans les débris du 11 Septembre, les USA n’ont pas perdu que des compatriotes, mais surtout et avant tout une capacité à réfléchir et à s’interroger. Cela s’avère finalement être ignoble, car cette grande nation, loin de changer, n’a fait que s’endurcir, se replier sur elle-même, et regarder le monde avec méfiance et circonspection.

Quelle mémoire ? Quel souvenir ? Les USA commémorent les attentats, moi je commémore la mémoire des victimes inutiles. Un mort, c’est un mort de trop. Espérons qu’un jour, nous tous, nous comprendrons qu’il n’est pas possible de vivre en ignorant son voisin, en le méprisant au point de le rendre agressif et revanchard. Mais cela ressemble plus à une vaine prière qu’à un véritable espoir…