04 janvier 2008

Autoproclamé

En voilà un mot qu’il est étrange ! L’air de rien, cette chose lexicale a un pouvoir démentiel sur les nations, l’environnement et pour ainsi sur toute chose que l’humanité peut vivre. Pourtant, rien n’est plus anodin qu’un mot, surtout s’il est correctement utilisé… et là c’est justement son utilisation qui pose problème. Tel un professeur apprenant le vocabulaire français à des morveux, je veux dire des têtes de … non des étudiants (je me mords la langue), je pense pouvoir me faire messager de l’importance historique de ce « autoproclamé » bien nécessaire pour expliquer des situations allant du dramatique au comique.

Historiquement et linguistiquement je ne me suis pas étalé dans une recherche approfondie, pour tout dire même je ne me suis même pas penché sur la question tant celle-ci m’a semblée saugrenue ici. A quoi bon poser des jalons historiques pour un mot alors que l’essentiel est d’en comprendre l’usage exact ? Ce serait comme déblatérer des semaines durant sur le fonctionnement du moteur à explosion dans les oreilles de personnes trouvant ce sujet totalement inintéressant. J’ajouterais même qu’il y a toujours un expert en tout, et que bien souvent sa « science » tient hélas plus du gargarisme pompeux et pédant que du nécessaire savoir salvateur pour une humanité ignare. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais reconnaissez tout de même que de savoir si une tranche de pain tartinée de beurre de cacahuète tombe plus facilement côté beurre à cause de la loi de Murphy…. D’accord je m’égare, recadrons. Donc, oui, je me cantonne à définir « autoproclamé » dans le langage courant.

D’un point de vue historique pratique cette-fois ci, il y a évidemment énormément à voir et à lire. Prenons un exemple concret comme ce cher Napoléon 1er. Dans le genre « Je me proclame de par ma propre volonté et mes propres décisions Empereur des français et si possible à terme du monde entier », c’est quand même un calibre de choix ! Le monsieur avait réussi à faire prendre la décision de créer l’empire… sur des bases républicaines, ceci avec l’aide du sénat. Si ce n’est pas une manipulation colossale, j’ai de quoi perdre mon latin ! Bon, admettons, tout de même il ne s’est pas réellement « proclamé par lui-même » comme le définit le terme, mais finalement, en prenant tous les pouvoirs et rendant par là obsolète le pouvoir de ceux qui l’avaient mis en place, la frontière entre putsch et élection est plus que ténue. Enfin, passons…

Bien des républiques Africaines… Désolé rien que d’associer république avec les systèmes de gouvernements ayant cours sur le continent Africain, provoque chez moi une hilarité que seul un euphorisant saurait provoquer. Sincèrement, république, démocratie et libertés individuelles, ça signifie quelque-chose là-bas ? En dehors de quelques vraies démocraties où le droit de vote à un sens, la majorité des chefs d’états ne sont que des dictateurs imbus de leur image et des comptes en banque dans les îles Canaries. Majoritairement ces hommes de l’ombre sont arrivés à la lumière en éclairant les bâtiments officiels à la mitraillette et au mortier. Se proclamant président une fois la conquête terminée, il n’y a pas le moindre doute que le terme « autoproclamé » n’est pas usurpé. Le pouvoir des armes permet donc de mettre en pratique le petit guide nommé « Comment devenir président à vie en l’espace de dix jours », ou alors d’en rédiger un à l’attention des comploteurs de tous poils. Tiens, ça me donne des idées ça !

Passons à tout autre chose : nous avons parlés de la science des lettres mais dans l’absolu toute science peut subir ce joug terrible de la proclamation personnelle, ceci au titre qu’en se déclarant expert de quelque-chose il est souvent difficile voire impossible d’en démolir la réalité, notamment quand de science la dite étude n’a que le nom. « Expert en terrorisme », « expert en internet », « expert en migration des sauterelles au Groenland » et j’en passe, tous ont pour point commun de s’accorder une légitimité sur un titre qui bien souvent est aussi pompeux qu’il est creux. Expert en internet ? Dans quel domaine ? Expertise en terrorisme ? Lequel, celui mis en œuvre en occident, en orient, ou bien en méthodes de formation, de recrutement ? Allons bon, il n’y aurait donc d’expert là-dedans que la façon de se vendre comme tel ? Les bras m’en tombent, au figuré s’entend (je n’ai rien d’une poupée que l’on peut démantibuler à loisir !) et j’opine du menton avec désespoir quand je lis que « tel expert décrète que » en sachant que dans l’immense majorité des cas ses « visions » seront au mieux peu proches de la réalité, au pire totalement erronées. Ecoutons donc ces dits experts qui disaient en vrac : la bourse est stable et ne bougera plus, ceci l’avant-veille du crack de 1929, les hommes n’iront jamais sur la lune, tout juste deux décennies avant sa réussite, ou mieux encore qu’aucun avion ne dépassera jamais la vitesse du son… à quelques jours du fameux vol de Chuck Yeager. Amusons-nous, les exemples d’inepties expertisées sont légions et vous pouvez de chez vous jouer en cherchant les rapports d’experts, puis en les confrontant à la réalité. C’est généralement édifiant.

Ajoutons enfin une catégorie fort intéressante où les mythomanes, les névrosés et les prétentieux se disputent la vedette : l’autoproclamé à un poste quelconque qui n’existe pas, et qui plus est le ridiculise dans les faits. Je viens de lire un article fort amusant et débile au demeurant sur l’action imbécile d’un membre de la communauté Facebook. Vous savez ce qu’est le facebook ? Non ? C’est le principe de se monter des réseaux « d’amis » en y arborant son faciès et en jouant le tout dans un principe dit de communauté. Bien sûr, on peut se retrouver par thèmes, par régions géographiques, bref par divers critères plus ou moins pertinents. Pour en revenir au gag Facebook, un candidat aux législatives dans les Hauts de Seine s’est autoproclamé (je cite) « Président de Facebook ». Petite explication : le réseau dit social de Facebook dispose d’énormément de petits outils nommés « plug-in » permettant tout un tas de manipulations comme par exemple le tri des contacts, une recherche pertinente, et dans notre cas présent l’élection d’un pseudo président du réseau. Monsieur Arash Derambarsh (citons le !) a donc reçu 9000 vote de ce dispositif, en sachant que le réseau compte plusieurs millions d’utilisateurs, et que le dit vote n’a pas été réalisé par Facebook mais par une société tierce, éditrice du fameux plug-in. Aujourd’hui, de président l’homme s’est prononcé pour un mea culpa plus que nécessaire, mais s’est vu en échange attribué le statut de clown du réseau. En toute franchise, il y a de quoi rire et se moquer du personnage, bien que je trouve la méthode employée fort judicieuse : riez à mes dépends, au moins vous me connaissez ! C’est une forme nouvelle de propagande… quoique le tout soit tout de même plus digne d’être taxée de débilité que de stratégie, et je doute que les futurs électeurs dans sa circonscription prennent la chose avec le sourire. Personnellement, cela ne saurait m’inciter à lui offrir sa voix, et même plutôt à me faire battre la campagne pour rappeler que le « guignol » dont les bulletins sont à côté de l’urne représente à mes yeux un manque de respect pour le système électoral. Faire parler de soi, bien, c’est le jeu, le faire intelligemment c’est mieux !

Finalement, je me suis autoproclamé râleur et impertinent, ça au moins personne ne saurait le remettre en question, non ?

03 janvier 2008

Brassens... un génie

Juste pour le plaisir d'écouter ce poète fantastique et injustement taxé de misogynie.

Rien que pour le plaisir de l'oreille.



Les paroles:
Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche
Tant d'amoureux l'ont essayé
Qui, de leur bonheur, ont payé
Ce sacrilège...

Refrain:
J'ai l'honneur de
Ne pas te de-
mander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin


Laissons le champs libre à l'oiseau
Nous seront tous les deux priso-
nniers sur parole
Au diable les maîtresses queux
Qui attachent les cœurs aux queues
Des casseroles!

+R:

Vénus se fait vielle souvent
Elle perd son latin devant
La lèchefrite
A aucun prix, moi je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite

+R:

On leur ôte bien des attraits
En dévoilant trop les secrets
De Mélusine
L'encre des billets doux pâlit
Vite entre les feuillets des li-
vres de cuisine.

+R:

Il peut sembler de tout repos
De mettre à l'ombre, au fond d'un pot
De confiture
La jolie pomme défendue
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût "nature"

+R:

De servante n'ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense
Qu'en éternelle fiancée
A la dame de mes pensées
Toujours je pense

+R:

Purple haze?

Certains morceaux semblent être prédestinés à diffuser une image, un état d’esprit et même une situation, et de là l’on se construit une situation en soi. Remercions tant le cinéma que la publicité pour nous avoir bâtis certains clichés auditifs, même si ceux-ci n’ont aucun sens…

L’exemple qui me saute à l’esprit en premier c’est la ribambelle de chansons scandées pendant les années 60-70 par les « hippies » contre la guerre au Vietnam, parmi lesquels on retrouve une partie de la discographie de Jimmy Hendrix. Qui n’a pas imaginé un hélicoptère vert se posant dans une clairière au son saturé de sa guitare, qui ne revoit pas une compagnie de soldats US crapahutant dans la jungle sous le « Hey Joe » devenu légendaire ? Pourtant, plusieurs choses paradoxales sont à préciser : d’une, toute armée dispose d’un organe radiophonique pour diffuser et contrôler l’information parmi ses troupes. Lors du conflit au Vietnam les troupes américaines n’ont jamais pu écouter les morceaux de Hendrix vu qu’ils étaient bêtement censurés ! Dans ces conditions, nul GI n’a jamais pu avoir le droit à un extrait de « Purple Haze » au retour d’une mission… Restons sur le Vietnam : si l’on dit « le chant des Walkyries », on ne pense plus musique classique mais « Apocalypse now ». Etrange, non ?


Après de nombreuses recherches, j’ai retrouvé quelques épisodes d’une série diffusée pendant mon enfance nommée « L’enfer du devoir » (Tour of duty pour la version originale). Pour faire simple, l’histoire consistait en l’observation de la vie et des comportements des soldats américains envoyés au combat au Vietnam, où « Tour of duty » a pour signification première la durée du service obligatoire sur place. Là où la série fut riche, c’est qu’elle n’hésita pas à aborder des problèmes durs à traiter comme le racisme, l’utilisation du chantage pour forcer les populations pauvres des USA à s’engager (en proposant par exemple de faire l’armée au lieu de la peine de prison… spécialement aux noirs et aux sud américains), ainsi que l’usage de stupéfiants ou bien la torture dans les deux camps. Globalement ni anti américaine (difficile de vendre des épisodes !) ni pro militariste, l’ambiance était au réalisme, en poussant même jusqu’à rendre tangible et humain l’ennemi. On pourra critiquer certains clichés, mais globalement ce qui rendit la chose célèbre c’est une humanité dans chaque personnage, ainsi qu’une bande son totalement en phase avec son époque : tous les standards et tubes de la période y passèrent, soutenant l’image par le son.


Pour ma part, j’ai encore comme un impression de percevoir la situation en écoutant la liste de ces morceaux qui représentent la bagatelle d’une centaine d’extraits sonores ! Impressionnant comme travail d’archive, et surtout édifiant sur la force de suggestion de la musique… Et si je me fendais de me laisser aller à écrire sur le sujet, casque sur l’oreille et radio 70’s à toute berzingue ?

C'est comme toujours la même odeur âcre de kérosène qui vous prend aux narines en premier lorsqu'une mission se prépare sur la base: les gens s'affairent autour des Hueys et que l'on prépare les cartouchières pour les deux M60... ça vous prend aux tripes de savoir que des amis vont embarquer et se poser quelque part au milieu du merdier. De toute manière vu l'humidité et la chaleur je n'ai pas dormi des masses. L'essentiel ici c'est de tenir toute la durée du tour avant la première permission car après l'on reprend le pli. Trois fois, voilà trois que je rempile comme un imbécile, et je me demande encore comment j'ai pu signer ce foutu formulaire de réengagement. L'alcool n'est pas innocent et encore moins les pétards de ces cons de la section. Eux, leur délire c'est de rester le moins lucide possible une fois le pied remis au propre et le froc à sécher après quatre lavages. S'il n'y avait pas ces piqûres de bestioles, le manque d'hydratation et la mauvaise bière ce serait presque un paradis ce trou perdu! Enfin... toujours ce bruit de turbine qui ronronne sur le tarmac et la section delta qui embarque. J'y ai trois potes: Thomson, celui qu'on appelle Snake et Ambers. Trois bons gars quoique pas très futés, des campagnards. Moi, je débarque du bronx comme la plupart des ritals de cette base et l'on déconne parfois à se souvenir des ruelles infestées de rats et des bistrots sentant la mauvaise bière et la pisse des gars totalement démolis. A croire qu'ils se fournissent tous chez le même brasseur!

Ca y est, ils sont partis. Aujourd'hui je suis peinard, cinq jours sans avoir fermé l'oeil au milieu de ces rizières nous ont donné le droit à 48 heures de pause. Tu parles, avec deux morts et quatre blessés ils auraient pu faire quelque chose pour ces pauvres types. Des bleus surtout, rude de rentrer dans un sac plombé dès la première semaine de bordel... Bref, ma bière s'évente gentiment au pied de ma couchette et moi j'entends l'hélico vert s'éloigner. Ici quand on entend le mot routine ça veut toujours dire "bourbier, tripes et booby trap". Sympathique comme carte de visite pour le Vietnam non? C'est quoi ce bordel? Il y a deux minutes un capitaine s'est pointé, m'a hurlé dessus comme un veau et a exigé qu'on soit prêt moi et ma section dans cinq minutes sur la piste. Les delta se seraient faits accrocher dès l'atterrissage et auraient besoin qu'on procède à une extraction. La joie et la bonne humeur les mecs, au turbin! A mon tour j'accorde mon M16 en tirant sur la tige au-dessus de la culasse et je demande à mes gars d'en faire autant. Ils sont plutôt furieux, la plupart n'ont pas plus dormi que moi...

Une demi-heure de vol, l'hélicoptère fait des cercles sur une zone carbonisée par un passage de F4. Si les mecs étaient là dessous il doit rester un tas de cendres et pas de quoi remplir les cercueils pour les funérailles. On descend et les deux mitrailleuses chantent la mort à tue tête tandis qu'on saute avant même de toucher terre. Musique maestro! Deux mortiers à cinq heures et le terrain devient vite sauve qui peut. Je fais signe de s'allonger et mes gars tartinent à qui mieux mieux la position supposée de nos canonniers. Rapidement deux grenades font taire les bridés alors que je me lève pour inciter ma section à reprendre la marche. Ca commence fort votre extraction...

Deux heures. Deux heures sans aucune trace de Delta, pas de réponse radio quand on arrive à une espèce de clairière. L'horreur: toute la section est là au grand complet... alignée au sol telle des allumettes dans un étui de bar. Morts. La plupart ont été achevés d'une balle derrière l'oreille. Efficace et sans bavure . « My lord » siffle le toubib. On refait rapidement le compte et le géant vert est mis au courant: il faut préparer une évacuation pour les dépouilles et pour nous même. Tout à coup deux coups de feu. Le premier claque au dessus de ma tête dans le tronc d'un arbre, le second je prends un plomb au côté. Merde... un sniper. Je tombe le nez droit dans les lotus qui ont poussé au bord de la clairière... chiotte... je déguste mais mes hommes se démerdent mieux que la section delta. En quelques minutes ils m'ont fait un nettoyage digne d'un pressing grand standing. Moi je suis dans le potage, le nez plein de cette odeur pourrie et la tête pleine des corps de mes potes. Moi qui pensait que cette fois ci encore je rentrerais sur mes deux cannes... c'est raté!
Je pique du nez... Coma.... j'entends à peine la voix de l'infirmier qui couine pour que je ne m'endorme pas. Désolé doc j'ai sommeil et il serait temps que je fasse un somme...

Quelle cuite! J'ai un mal de crâne qui rebique jusque dans les cheveux. Je suis allongé sur des draps propres, il fait frais et tout est silencieux. Je suis au paradis? Il y a encore cette foutue odeur de lotus dans le coin! Merde je suis donc crevé et là je renifle encore cette saloperie de fleur? Une infirmière débarque et me demande si j'aime ce parfum... je dois lui dire ou pas? Je ne suis pas mort, juste bien blessé et presque garanti d'un retour au pays avec la purple heart... Fais chier... je peux encore marcher? Elle opine du chef et me dit juste de ne pas bouger les deux prochaines semaines. A vos ordres mademoiselle.... en échange d'un doux bisou.

02 janvier 2008

C’est enfin fini !

Fini ce consumérisme mâtiné de course contre la montre, fini la célébration d’une seconde signifiant que notre échéance mortuaire s’approche inéluctablement, fini ces réveillons pétris par la publicité et la surconsommation ! Je souffle enfin, je respire à nouveau et, Dieu merci, je ne suis pas armé de la gueule de bois commune à bien des fêtards… Le plus amusant, du moins quand c’est le cynisme qui se charge de faire rire, c’est qu’après les batailles de rayonnages et les campagnes Bérézina dans les hypermarchés bondés, c’est à présent la retraite des emballages et la débâcle des sapins déplumés qui commence. Phénomène intéressant, il est utile de se pencher sur le symbolisme de nos poubelles pour y voir poindre nos dépravations ordinaires.

Voyez donc l’empilement glauque d’emballages déchirés et de blocs de polystyrène grand teint, ne sont-ils pas les cadavres de notre mode de vie dont la joie éphémère du déballage ne saurait expier notre besoin maladif de bonne conscience ? Note pour plus tard : trouver le sadique qui a conçu le mot polystyrène et le maudire sur dix générations au moins. Revenons à nos moutons, non à nos étrons : l’homme se vante de ses achats jusque dans la poubelle tant il met un point d’honneur à empiler les cartons et autres sachets vides dans une rectitude stricte d’étalagiste monomaniaque. A tout bien réfléchir, c’est à croire que par cet acte le dit petit malin se fait une publicité racoleuse auprès de ses voisins en leur montrant avec un certain orgueil la nouvelle télévision achetée à crédit ou la console de jeu du petit dernier. Symbole d’un capitalisme, le déchet devient alors un statut social à part entière. C’est donc en conséquence la possibilité d’affirmer sans ciller : « Montre moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es ».

Après les emballages par eux-mêmes, quoi de plus tristes que ces papiers chamarrés et bariolés qui enveloppaient l’instant d’avant ces chers (dans tous les sens du terme) présents qu’on se fait avec un sourire crispé ? Ils n’ont que la nuit d’un noël vite oublié pour exister, briller et symboliser un instant de fête, alors qu’ils devraient porter la signature du bon moment partagé et de la générosité réellement souhaitée. Ne soyons pas si ironiques, certains comprennent plus que d’autre tout le sens de la fête, comme ces gosses qui décollent patiemment les papiers pour les plier et en faire un bon souvenir. Magnifique du pas grand-chose devenant par là une immense richesse… C’est tout de même étrange comme le monde de l’enfance m’assouplit plus que la décharge, pardon le monde des adultes.

Une fois cette tambouille commerciale du gros barbu en rouge sang de bœuf, il reste alors à rejeter tout ce qui fut indispensable au passage d’une année morne vers une année terne. Alignements de bouteilles vides, foie gras pas même savouré mais plutôt dévoré sans satisfaction, saumon fumé devenu si ordinaire qu’il en est fade, et cette foutue dinde dix fois trop obèse et indigeste qu’elle en encombre le réfrigérateur des jours durant, tout ceci finit donc dans nos chers conteneurs sombres, marquant ainsi qu’après la rigolade grisée vient toujours la migraine aux yeux vitreux. Qu’il est agréable de se dire sur le ton de la plaisanterie entendue que la nuit fut bonne, alors qu’elle s’est souvent conclue au mieux la tête sur la cuvette, au pire dans le caniveau… L’Homme est bien incapable de se contenir plus de six mois, c’est bien pour ça que la prise de la Bastille et le changement d’année découpent pratiquement parfaitement le calendrier. Ca permet un excès tous les six mois, non ?

Ne boudons pas notre plaisir : certains se sont embrassés aux douze coups, d’autres, comme moi, se sont assoupis peu après, certains se sont tellement empiffrés qu’ils ont permis aux laboratoires pharmaceutiques de s’enrichir, et les derniers ont simplement pu attraper une grosse crève en trainant plus que de raison dans les rues. Chacun sa vision du passage, la mienne étant peu propice à la démonstration ridicule et limite ordurière. Je vous épargne le couplet sur les misères ordinaires qui se foutent du calendrier, vous connaissez le sujet …

Donc, si le nouvel an doit exister, c’est à mon sens pour avoir une bonne raison de s’en mettre plein la panse avec la bonne conscience de faire « comme tout le monde ». Pour ma part je me contente de ne pas faire du tout, quitte à ce que ce soit à l’opposé de ce qu’attendent les gens de moi. Tant que je n’estimerai pas le moment opportun, je me priverai de ces cris, de ces beuveries, et de ces orgies signes non pas d’une communion mais juste d’une forme lamentable de décomposition de nos repères. Chacun son truc, ce ne fut pas le mien !

31 décembre 2007

Je vous en pose des questions, moi ?!

La phrase est jetée ainsi en pâture à mes lecteurs. Et oui, est-ce qu’on en pose des questions, nous, des bonnes questions je veux dire, pas l’heure qu’il est ou bien si le poisson est frais dans un restaurant ? D’ailleurs, c’est un art consommé du langage de demander des choses qui n’ont pas de sens car généralement on obtient la réponse rassurante et systématiquement attendue dans ces instants où le moment agréable devient idiot : Le serveur répond « Il est du jour monsieur », la fiancée « Oui je suis content d’être avec toi » d’une hypocrisie crasse et même, suprême affront le « Oui » du mariage… Je m’égare. Revenons en donc à la question fondamentale de savoir si nous avons ou non le cran de demander le fondamental à notre cible ou si nous sommes trop trouillards pour aller au bout de nos convictions.

L’art du journaliste est d’interroger sans brusquer ni offusquer son interlocuteur. Diplomate et fin négociant à la Ribben… non pardon, il se doit d’aborder les sujets dangereux sans pour autant placer un champ de mines entre l’interviewé et la réponse. Par exemple, si l’on parle de torture dans le cadre d’opérations militaires on ne dira pas à l’intéressé « Pouvez-vous nier l’existence de ces actes odieux à la vue de ces clichés ? », c’est du ressort de la justice de le faire, mais plutôt « Nous avons pu obtenir ces clichés, vous semblent-ils crédibles ? ». Ménager une porte de sortie est aussi difficile que d’entrer en matière, et ce n’est ni un journaliste ni un tankiste revenant du front qui vous dira le contraire.
Population vivant sur le fil du rasoir, le journaliste devra donc composer une partition subtile au moment clé de sorte à ne tirer que les informations et les faits en les noyant dans l’eau trouble du banal plutôt que d’agresser à l’acide et ainsi brûler ses chances de faire un papier digne de ce nom. Ceci dit, il existe également toute une population de gratte-papiers experts dans l’art de ne rien dire à coup de questionnaires pratiques, anodins et surtout faciles à mettre en page. La palme revient généralement aux commentateurs spécialisés, ceux qui font et sont supposés défaire les carrières des artistes, sportifs ou politiciens. Rares sont ceux qui entrent dans le vif du sujet et se feront un malin plaisir de parler de leurs frasques vestimentaires à la place de la dernière condamnation pour usage et détention de stupéfiants du guitariste assis en face de lui. L’époque est à la modération, pas à l’écorché vif.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons dévier ces réalités sur notre quotidien, car celui-ci recèle des perles d’hypocrisie et de mauvaise foi. L’époux qui, rentré la veille au soir ivre mort, demande au matin clair à son épouse si elle va bien, n’est-il point en train de tourner autour du pot. Et elle de répondre « tout va fort bien mon chéri », n’insiste-t-elle pas lourdement sur la sonorité nasillarde du « chéri » ? On me dira qu’il s’agit souvent de convenances mais aussi de peurs de représailles… Certes, j’en conviens, mais faire le faux-cul avec la belle-mère mégère et égocentrique en diable, c’est quoi, la terreur de l’holocauste nucléaire peut-être ?
On néglige les vertus des éclats de voix il me semble. Sous prétexte de ménager les tympans et accessoirement sa réputation auprès des voisins on se targue d’affirmer que tout va parfaitement bien, au risque de passer pour un con fini. Ce qu’on tente de cacher sous le tapis finit toujours par apparaître le long des murs, et la poussière comme les engueulades finissent toujours par se loger là où c’est chiant à régler. Somme toute, refuser de dire ou de demander des vérités, c’est en revenir à l’oppressant déni de soi, cette façon glauque de s’enfermer dans le mensonge par omission ou dans la frayeur d’aborder tout un tas de sujets…
Les conversations peuvent donc être minées, dans tous les sens du terme.

Passons à autre chose : Noël et le jour de l’an, n’est-ce pas là deux fêtes qui symbolisent le royaume du non-dit ? Regardez un peu autour de vous, ces gens que vous supportez pour « faire plaisir » et non par envie. Observez vous dans le miroir, voyez donc ce sourire de faux-cul obséquieux penché au-dessus de l’épaule d’un voisin pénible et fleurant bon l’anisette rance en lui servant un « allez, un dernier pour la route », que vous lui souhaiteriez volontiers fatal… Si si c’est bien de vous tous, de nous tous finalement qu’il s’agit. On s’emmaillote de bons sentiments humant bon la supercherie et l’amertume, on décore le tout de frous-frous souriants aussi faux et vomitifs qu’un abus d’huîtres pas fraîches, et l’on conclue sur le tintement des verres, pardon « flûtes » 100% pur Pyrex en braillant lamentablement « Bonne année ! » qu’on ne souhaite à personne, puisque soi-même on a déjà du mal à s’en convaincre. Qu’il est malsain d’aller creuser dans les réunions de famille !

Tiens au fait, de vérités à vous dire et à vous demander j’en ai deux :
1 – Je suis content d’avoir des fidèles, il y a donc encore des fous sur cette terre.
2 – Même si vous trouvez ça douteux après cette diatribe, pourriez-vous penser à nous donner, à tous un aperçu de qui vous êtes ? NON ! Pas une photo, juste un petit descriptif du pourquoi vous venez… et qui sait, construire un réseau de dingues se haïssant cordialement !

Bonne année ! (dit-il en éclatant de rire)

28 décembre 2007

Je sifflote…

En guise de préambule, je tiens à saluer la mémoire de Benazir Bhutto, femme de volonté, femme de réforme, femme symbole d’un esprit progressiste et démocratique dans un pays où la dictature des armes dispute le pouvoir à la dictature religieuse. Qu’elle soit élevée au rang non pas de martyr (chose qu’elle n’aura jamais tolérée de son vivant) mais au niveau de symbole d’une façon différente de voir les choses avec toujours à l’esprit un humanisme de grande valeur. Je crois qu’elle rejoindra le panthéon où réside déjà Martin Luther King, Gandhi et d’autres personnages forts de notre Histoire.

Revenons à présent sur le thème de ce jour qui est de siffler une chanson, un air ou un hymne, ceci non en guise d’accompagnement comme l’on pourrait le faire au volant d’une voiture ou en balade, mais pour marquer son ralliement à une cause et ainsi manifester sa volonté. On raconte qu’à Drancy, durant les exécutions de résistants, bon nombre de détenus sifflèrent l’air de la Marseillaise pour soutenir le condamné dans son dernier voyage. Pour ma part, j’ai eu envie de rédiger un chant qui saurait s’accorder avec ceux déjà écrits en d’autres époques, car certains sont hélas associés à des idéologies et dénotés à cause de celles-ci. L’internationale, le chant des partisans, toutes ces mélodies ont hélas subies le joug d’actes qui ne leur correspondaient pas. Alors, dans un esprit de réforme, ou du moins de coller à une certaine façon de voir les choses, je vous propose ces vers, en espérant qu’ils soient juste une marque d’esprit et non un jour une nécessité absolue. Si ce jour venait à arriver, qu’on m’informe de la partie mélodique associée, j’offrirai alors ces paroles à la foule et non à la SACEM.

Pour tous ceux qui connaissent,
La saveur des barreaux,
Des geôliers qui les oppressent,
Puis les mènent au poteau.

A tous ces gens courageux,
Qui jamais n’abandonnent,
Chantons leurs l’hymne des preux
Pour qui le glas résonne !

Ouvrez tous votre cœur,
A la révolution,
Aux sentiers faits de peur,
Mais aussi d’insoumission.

Levez le poing bien haut,
Montrez le à l’ennemi,
Qu’il voie que c’en est trop,
Qu’on s’est tous réunis,

Sous l’étendard unique,
De la révolution,
Sur le sentier mystique,
De la libération !

A tous ces gens courageux,
Qui jamais n’abandonnent,
Chantons leurs l’hymne des preux
Pour qui le glas résonne !

Ils ont offert leurs poitrines,
Aux fusils assassins,
Sans jamais faire mine,
De faiblir, et même sereins,

On leur doit le respect,
De nous donner la route,
Qui nous mène à la paix,
Et sans le moindre doute,

A tous ces gens courageux,
Qui jamais n’abandonnent,
Chantons leurs l’hymne des preux
Pour qui le glas résonne !

27 décembre 2007

Un autre... pour le plaisir!

Allez, un autre pour le plaisir de rire!

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Une image... ça faisait longtemps!

Pour une fois je vais remplacer ma plume par mon crayon, je trouvais que cela faisait bien suffisamment longtemps que je ne me suis pas fendu d'un dessin "caustique".

Pour voir l'image en grand, cliquez dessus!

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26 décembre 2007

Ces objets maudits

Durant des siècles nous nous sommes passés de tout un tas d’outils accessoires et gadgets qui, au fur et à mesure du temps, nous sont devenus pour ainsi dire indispensables. Quoi qu’on en dise, l’humanité s’est peu à peu muée d’une peuplade primitive satisfaite de la météo et des impondérables tels que la mort, le cancer ou les accidents de rhinocéros à un groupe de bipèdes incapables de faire autrement que de remplacer l’évidence par l’inconsistance d’objets inertes et cependant semblant posséder une vie propre.

Dès la naissance l’inanimé s’impose à la marmaille comme s’imposerait l’ivresse à l’adulte dénué de raison. Un bazar pour aider le petit dernier à faire ses premiers pas, le jouet sonore et intolérable de la gamine, nous mettons tout en œuvre pour que notre chère descendance soit assujettie au règne de l’objet. Pourtant, est-il vraiment indispensable de coller le marmot derrière l’espèce de « chose » informe et bariolée à roulettes pour qu’il se tienne droit ? La nature ne s’est-elle pas chargée de nous transmettre la station debout ? Bon, bien sûr, cela évite le contact chaleureux des bras lassés du père épuisé, mais franchement, si c’est pour que le jouet devienne un papa de substitution autant se passer de la familiarité qui est nôtre avec nos rejetons !
Certes, les jouets dits éducatifs apportent un certain nombre de clés fort utiles comme « fous pas les pattes dans ce machin ou tu vas découvrir que dessiner avec quatre doigts c’est pas évident », mais était-ils nécessaire de sonoriser ces horreurs ? Je vois d’ici les parents acquiesçant avec horreur et dépit face au souvenir douloureux du joli jouet qui s’avère être le cauchemar des nuits sans sommeil. Le « bip bip » de la peluche qui parle-pète-marche-vous engueule mériterait de coller à la question son créateur, et que dire de l’ahuri qui a supposé qu’en insérant un barrissement informe dans une poupée immonde pourrait représenter les pleurs d’une enfant ? Il y a des baffes qui se perdent, et même des coups de bâtons sur les doigts !

Lorsque l’on grandit on s’asservit l’esprit et les mains à des choses soi-disant plus concrètes comme les jeux vidéo… mauvais exemple ! Ne mettez JAMAIS de son sur les jeux dits éducatifs, et surtout pas dans certains jeux tout court, vous apprendriez alors à vos dépends et à votre corps défendant les phrases et bruitages caractéristiques des différents programmes. Je suis intimement convaincu que ces saletés sont conçues pour pratiquer des lobotomies sans anesthésie générale, et qu’au surplus elles favorisent l’imbécillité. Et puis, les objets deviennent pervers : ils tombent en panne au mauvais moment, l’ado râlant contre le plantage de sa machine au moment d’une victoire chèrement acquise sur ses études, l’adulte souffrant des geignements d’horreur de cette progéniture plus passionnée par l’écran que par les livres.
Comme l’aurait dit Murphy, il existe une constante en ce bas monde : tout objet indispensable se trouver obligatoirement en panne au plus mauvais moment. En tant qu’enfant ou adolescent, on laisse le soin aux adultes de résoudre les insolubles équations existentielles concernant le téléphone, le four ou le chauffage central. Charge à eux d’en prendre soin et d’en subir bien entendu tous les caprices les plus improbables…

C’est à ce moment là que commence le vrai paradoxe de l’objet : une fois adulte on se croit enfin libres de choisir, de ne plus subir le diktat intolérable des accessoires… Erreur ! Le téléphone, ce maudit truc conçu pour vous pourrir la vie, n’est-ce pas une invention satanique ? En regardant l’heure ou le lieu on peut déjà avoir une idée du qui et du pourquoi. Jamais vous n’aurez un appel en pleine nuit pour une bonne nouvelle, encore que certains pourraient affirmer qu’une naissance en est une… Bref, s’il fait nuit c’est signe d’emmerdes ou de factures à venir, si c’est dans la journée c’est généralement pour l’hypocrite « tu vas bien » souvent suivi d’un « on se fait une bouffe ? » qui tacitement pourrait sous-entendre une note salée pour votre pomme. Toujours est-il qu’on ne peut malheureusement pas s’isoler sous peine de recevoir des appels angoissés des proches qui bizarrement se mettront à vous joindre au moment le plus inadapté. Loi de l’emmerdement maximum je suppose…
Autre chose d’insupportable : la télécommande. Ah, l’idée de vicelard que voilà ! Supposée vous faciliter la vie, ce sont toujours les boutons vitaux qui finissent par ne plus réagir, ceci vous imposant de vous lever alors que l’essence même de la télécommande est de vous permettre de rester végétatif dans le canapé. Il y a ceux qui poussent la cruauté jusqu’à rendre impossible certaines manipulations sans le graal de plastique ! Ceux-là, ils mériteraient l’électrocution et la vivisection ! Pensez-vous que je plaisante ? Tentez donc de régler autre chose que le volume et de changer de chaînes sans votre sésame sombre… vous m’en direz des nouvelles !

Je suis certain que bon nombre de designers se sont régalés en songeant à toutes les vacheries que pourraient faire leurs produits. La chaine hifi qui d’un coup se met à tout afficher en chinois, le four à minuterie qui ne minute plus qu’en journées pleines, le réveil matin qui décrète que l’heure de Moscou est plus appropriée que la vôtre, ou pire encore se met à compter 37,3 heures par jour… ces engins sont dotés d’une vie propre ! J’ai ouï-dire qu’il existe des voitures capables de sélectionner elles-mêmes leur vitesse, au point d’en faire circuler certaines à des vitesses prohibées, mais là cela reste de l’ordre de l’excuse bidon d’un automobiliste sans scrupule, mais là on s’éloigne du sujet.
Certains objets sont donc dotés d’une fonction « je vous ferai chier jusqu’au bout ! » digne des plus grands moments de burlesques du cinéma de Chaplin : l’arroseur automatique qui transforme le jardin en parc aquatique, l’alarme de la voiture tonnant un ave maria à trois heures du matin, au grand drame du voisinage, et très subtil la carte de crédit qui se dit « muette » quand le caddie s’avère être plein de victuailles. Avouez qu’il y a de quoi vouloir vivre en autarcie, reprendre la méditation… et surtout voir des touristes passant vous photographier, vous et le panneau mentionnant « Ermite anti technologie, ne pas lui jeter autre chose que de la nourriture ».

Bon, ça y est, ma messagerie, non c’est le fax ? non le portable.. ça va coup…

21 décembre 2007

L'abîme appelle l'abîme.

Puisque je suis en verve ce soir, voici une seconde prose pour vous, chers lecteurs.

Je ne me formalise que rarement concernant les verbiages incessants et inutiles de bien des personnes, ne serait-ce que pour la simple et bonne raison que j’en fais autant en étalant mes névroses ici même à un parterre de voyeurs. Ce qui me dérange ce n’est donc pas tant l’usage intensif d’une langue parfois massacrée mais avant tout d’un contenu dont la platitude n’aurait pas déplu à un Gainsbourg en mal d’aventure horizontale. Chaque chose de la vie courante, que ce soit la météo, la politique, l’histoire, le boulot et même (grand moment) les évènements cultes dans des séries qui ne le sont pas moins (parait-il) donnent énormément d’occasions de se régaler des lieux communs et autres imbécillités quotidiennes.

Ecoutez le, ce voisin ânonnant à qui veut l’entendre son expertise sur les faits de société. Ah ça monsieur tient effectivement une expertise subtile de la situation internationale qui oscille entre un frontisme revendiqué, un passéisme marqué et avant toute chose un racisme plus qu’appliqué. Les petits noms affectueux de bougnouls, ratons et autres chinetoques débordent de ses lèvres comme une rivière à Vaison-La-Romaine, l’œil torve tentant alors de vous faire approuver d’un mouvement de votre tête le tissu d’inepties qui lui tient lieu de morale. Régalez vous ! Il y a nécessairement des choses à retenir dans ce fatras, car après tout se nourrir des discours imbéciles c’est comme faire une brocante : on peut toujours trouver la perle kitsch, démodée et laide à souhait mais qui sera fort utile pour briller en société. Un conseil tout de même, évitez les sujets qui fâchent comme le fascisme (à croire qu’ils ont réussi à se fâcher avec tout le monde ceux-là), la collaboration ainsi que les colonies. Hélas oui, si l’on doit traîner sur une décharge publique, autant éviter le secteur des produits toxiques, la puanteur étant déjà bien assez intense là où nous sommes.

En face, on peut se saisir d’un autre type de profil, l’animal de non compagnie qui fait fort bon repoussoir lorsqu’on souhaite se rendre inacceptable en société. Vous voulez ne plus avoir à subir le douloureux moment d’être dans un bar avec des connaissances trop fades ? Emmenez votre crétin grande gueule avec vous ! Ce genre de bestiole a tous les avantages : il s’entretient et se nourrit tout seul, nul besoin de l’alimenter pour qu’il déblatère ses fadaises et qui plus est vous colle des étiquettes incompatibles avec l’auditoire. Une heure de ce traitement et vous serez alors probablement fiché pro nazi, communiste à tendance stalinienne (c’est un must !) et par voie de conséquence serez alors fiché parmi les infréquentables notoires. Attention tout de même, évitez de mêler cette « chose » avec ceux qui vous sont proches, le risque de détonation et de prises de bec est plus que dangereux. Je tiens également à préciser qu’il en existe un modèle plus subversif, plus fin mais tout aussi impossible à intégrer, je parle de l’intellectuel néo libéral qui vit au crochet de la société. C’est un monument à lui tout seul, car vous y trouverez tous les clichés qui sont parfaits pour radicaliser votre image de pourri tout en y maintenant un soupçon de délicatesse. Et oui : votre intello râlera sur ceux qui ne votent pas à gauche, ceux qui se font trop de fric à ses yeux (« des exploiteurs ! » s’écriera-t-il avec emphase) et qui plus est revendiquera sa subsistance à l’aide de diverses aides provenant de vos impôts sur les revenus. Parfaitement pathétique et antipathique, à moins de côtoyer que des « bobos » amateurs de bohémiens bidons.

De qui peut-on encore s’accompagner si l’on souhaite mettre un peu d’ambiance ? La potiche qui refuse d’avoir une opinion à elle, l’ahuri qui n’a d’autre raison d’exister que se sustenter ou se défoncer (ou les deux), l’étudiant rebelle qui votera à droite dans dix ans, la mythique punkette d’opérette et l’inusable mais toujours amusant musicien qui tente invariablement de se faire un nom dans « un milieu de pourris où la créativité n’a pas cours »… mouais, ils sont tous intéressants, notamment quand il s’agit de démanteler leurs arguments à coup de pragmatisme forcené, quitte à être un rien outrancier. Pour ma part je me délecte souvent des crises d’hystéries des rebelles de pacotille qui sont prêts à grogner et brailler mais jamais à lever le poing plus haut que les lèvres pour s’enquiller une choppe. Certes, la révolution est une belle idée, encore faut-il en assumer les risques et surtout les conséquences…

J’avoue, je suis un salaud notoire qui se complait dans la destruction de bien des personnes trop sûres d’elles, et parfois je semble être de ces pénibles qui « savent tout sur tout ». Je crois qu’effectivement je sais devenir un sale con, mais toujours un sale con amusé par la vacuité de l’Homme, toujours irrité par sa triste conviction d’être meilleur que son voisin, et enfin par la désespérante perpétuité des fatuités morales qui seront tôt ou tard des clichés éculés. Quoi qu’en y songeant, certains tiennent des propos assez similaires à ceux qui claquaient des talons, à ceux qui défilaient le bras tendu, ou bien à ceux qui vivaient avec un pagne sur le dos et une couronne d’olivier sur la tête. « Abyssus abyssum invocat » l'abîme appelle l'abîme…