11 juillet 2008

Retour sur soi

Comme une renaissance, un bout de mémoire qui revient à la surface au milieu des méandres de l’esprit, le passé pousse tel un arbre que l’on croyait mort et desséché. J’observais des photos artistiques de véhicules anciens (ce qu’on appelle des laborieux, des utilitaires et des camions en fait) essoufflés et saisis par la rouille un peu partout dans le monde quand soudain je me revis tel que j’étais il y a deux décennies. Quel phénomène étrange que la mémoire ! Tout m’apparût tel que furent ces lieux de mon enfance, avec les odeurs, les saveurs et le toucher si particulier qu’on a quand on découvre tant par malice que par curiosité.

Je revois donc cet immense jardin, ce grand terrain où s’amoncelaient des carcasses de voitures désossées, des épaves de tracteurs à la peinture défraîchie, et ces monceaux de pièces oxydées par les éléments. A chaque vacances j’errais des heures durant dans cette grande carrière de ferrailles en quête d’aventures et d’imagination, me saisissant au hasard d’un volant de bakélite cerné de lambeaux de cuir, amoncelant des compteurs dépareillés pour m’imaginer mécanicien d’un jour, ingénieur réinventant la voiture ou le camion de mes rêves. Juché sur la tôle servant de selle d’un vieux tracteur démarrant à la manivelle, je sentais l’énorme diesel besogneux et gras de milliers d’heures de labeur, j’en savourais tous les parfums et le toucher si particulier de la machine qui a vécue et qui peut presque parler de ses malheurs. Borgne, sans cabine, les manettes et autres tirettes sans manche de plastique, il fut pourtant l’ami et le confident de mes envies d’évasion de gosse fasciné par les mécaniques les plus ordinaires. Je l’avais entendu tousser plus d’une fois son âge avancé dans son échappement vertical couvert d’un brun rouille des plus effrayants et pourtant son claquement de machine à coudre m’enchantait… puis un jour il se tût, la panne achevant sa vie de forçat, le condamnant à périr à petit feu dans ce cimetière des objets usagers. Le volant me semblait immense, mes bras ne pouvaient pas s’ouvrir suffisamment pour que j’en saisisse tout le diamètre et pourtant, que de tours imaginaires j’ai vécu à son volant !


Là, juste à côté, il y avait cette Trabant bleu horizon dont l’intérieur était mité, percé par les dents voraces des rongeurs, et ses capots ouverts montraient que la mécanique s’était envolée pour offrir des organes de secours à une de ses sœurs d’infortune. La Trabant, cette voiture populaire de l’Allemagne de l’est, la « Zweitag » (deux-temps comme son fonctionnement au mélange… de mobylette), celle qui véhicula des générations de prolétaires ignorant les modèles de l’ouest, elle fut aussi mon refuge de jeu quand la pluie se chargeait de me chasser de l’ami tracteur. Dépourvue de direction il était donc facile de faire tourner le volant sans rien commander d’autre que la colonne désassemblée du reste de la mécanique. Dans un dénuement total d’accessoires qui ferait honte à une voiture moderne, je trouvais pourtant mon bonheur dans le basculeur de clignotants ou l’interrupteur des feux, et puis ce compteur me promettant des vitesses somme toute acceptables pour un tel engin ! Quel gosse rêverait de se traîner à cent à l’heure aujourd’hui ? A mes yeux, c’était une grande vitesse, la vitesse du voyage, le mouvement m’offrant mes vacances chez moi, dans la campagne, dans cette casse improvisée chez un voisin.


C’est ici aussi que je pus voir tout un tas de blasons aujourd’hui oubliés de tous ou presque : Zastava, Zaz, Lada, MZ, c’est quoi tout ça pour un gamin ? Ce sont des souvenirs, mes souvenirs de vieilles tôles parfois froissées, souvent rouillées, mais toujours vivantes et mouvantes sous la lueur du soleil d’été. Parfois quand l’orage grondait on pouvait alors écouter le clapotis de l’eau dégoulinant dans l’écheveau de poutres et de plaques pour finir en mares sur la terre battue par les machines et la manutention. Un coup un moteur entrait dans le parc, un autre le quittait pour de meilleurs services, une autre fois une des voitures repartait pour emmener les paysans dans les vignes, rageuse petite mécanique usée mais vaillante, fumant bleu et s’accommodant d’essence de piètre qualité. Et ces odeurs de garage, cet éclairage un peu faible de la grande pièce couverte où la fosse semblait plonger jusqu’aux entrailles de la terre ! Aux murs s’affichaient des cartes routières périmées, des étiquettes de pays récoltées par les amis les voisins et le ferrailleur, et puis là, dans un coin, un autocollant de la Vierge Marie noirci de cambouis sous un crucifix aux côtes foncées par la nicotine. Les pneus s’empilaient à hauteur d’homme, tas de gommes élimées qui savaient toujours trouver preneur parmi les gens désargentés de cette campagne rude et fière. Rien que d’y songer l’huile de vidange me chatouille les narines, la texture de la graisse noire m’agace les doigts et je rêve, oui je rêve du camion aux formes surannées mais à la puissance bien réelle. Ce TAM (marque inconnue en France de camions et de bus construits à Maribor… du temps de la Yougoslavie). Il fallait être chauffeur à cette époque pour savoir ce que labeur veut dire, il fallait savoir tenir le cerceau sombre pour réussir à emmener ces bêtes jusqu’en haut des coteaux sur les routes jamais goudronnées, et puis surtout il fallait avoir l’amour de son métier pour apprécier le bruit lourd et haché de ces moteurs faits pour le travail et non le sport. Non, le passionné de voitures de sport n’aura pas la même compassion que moi pour ces laborieux, non il n’appréciera sûrement pas la magie de ces gros engins qui aujourd’hui encore peuplent mes souvenirs de gosse. Une casse ? Non, une garderie pour moi, un lieu de détente, de poésie pour peu qu’on s’y attarde.


10 juillet 2008

Exprimez vous!

Depuis le temps que je rêve de sortir un titre aussi ronflant!

Alors, le scénario est simple: pour une fois je voudrais avoir vos choix, c'est-à-dire vos favoris dans trois domaines particuliers qui sont le cinéma, la musique et la boisson. Globalement, cela revient donc à lister quelques films cultes (à votre goût), quelques groupes/chanteurs/brailleuses et de quoi vous enivrer. Bon pour la dernière section je vous laisse la possibilité de refuser de mentionner quelque boisson que ce soit, les convictions religieuses/morales pourraient en effet vous pousser à décréter que l'alcool c'est "maaaal".

Donc pour ma part voici quelques films:
- JFK
- Le Parrain
- Les tontons flingueurs
- La chute
... il y en a tant que je me contenterai, pour le moment, de ceux-ci

Question musique?
- Un peu de Led Zeppelin
- Une goutte de bérurier noir
- Ajoutez quelques doses de Kenji Kawai
- Allongez le tout avec des accords de classique
Agitez le tout et servez frais.

En complément, libre à vous d'ajouter quelque chose, mais pour ma part ce sera vodka (sans glace, merci), ou eau de vie faite maison. Je ne rechigne pas à l'idée d'une pression fraîche, à condition que ce soit une Guinness!

A vous... et sachez que vos informations seront utilisées ici pour se faire une idée d'une cinémathèque idéale.

Bonne participation!

09 juillet 2008

Deezer!

Pour une fois qu'une major de la musique devient intelligente et nous offre un produit gratuit, ergonomique et qui plus est totalement légal... Oui! C'est une petite et timide révolution, mais tout de même, Universal qui offre le droit d'écouter en ligne sa gigantesque médiathèque, le tout assorti d'un moteur de recherche et d'une interface agréable, on aurait tort de s'en priver! Je vous présente donc :


Aussi pratique que bien conçu, le site vous permet donc de rechercher par artiste, album et par titre les morceaux que vous désirez écouter. En étant inscrit vous pouvez même vous créer une liste de favoris de manière à les conserver et réécouter votre liste quand vous le désirez! C'est un vrai progrès dans le domaine de la diffusion musicale, et j'espère voir se développer cette solution au-delà d'un seul label.

dernier raffinement et non des moindres: la possibilité de récupérer un morceau (non pour le stocker chez soi) mais pour en offrir l'écoute sur une page internet. Voici un exemple d'un morceau que j'ai envie de partager avec vous ce soir...


Esclavage moderne.

Comme il est facile de taire ce que l’on n’a pas envie de voir ! Aujourd’hui l’esclavage est banni des législations et dans les principes de nos démocraties nous sommes supposés être égaux et libres. Bien sûr, tous nous savons qu’il s’agit là d’utopies bonnes pour bercer l’enfant ou au mieux estampiller des revendications libertaires sur quelques maillots qui deviendront tôt ou tard icônes de modes éphémères, mais l’esclavage lui perdure, continue son œuvre d’avilissement de l’homme et personne ou presque ne semble s’y intéresser, en particulier quand c’est hors du territoire français. C’est sûr, il n’est pas suffisamment inquiétant de voir un pays qui soumet ses enfants au travail forcé dès huit ans, il est autrement plus suspect de devoir payer le juste prix d’une paire de chaussures parce que le salaire des ouvriers est devenu décent.

Somme toute, quand on parle d’esclavage on ne voit plus que les fers, les images et autres peintures remontant au XVIIIème siècle, et personne ne croit plus à la traite des êtres humains. Demandez à n’importe quel passant, il vous affirmera sans frémir que l’esclavage a été aboli et que nul humain ne peut s’accorder le droit de soumettre d’autres humains pour en faire des marchandises. Foutaises ! Ignorance et voile sur les yeux, voilà ce qui fait de ce passant ignare le pire des messagers et le meilleur des alliés pour les esclavagistes modernes. Non en effet on ne déporte plus ouvertement par navire, non effectivement on n’a plus de marché public avec un prix fixé aux enchères, mais la prostitution organisée de filles de l’est, le montage d’ateliers clandestins où les ouvriers travaillent, mangent, dorment, en bref vivent sans jamais sortir pour se payer le droit de rester en France, c’est quoi alors ? Les honnêtes gens sont des aveugles qui se contentent de râler quand cela devient trop visible. C’est sûr, le bruit d’une machine à coudre ça dérange dans la cave quand il est trois heures du matin, par contre le sort de cet esclave moderne produisant les chemises que portent ces honnêtes gens, nul n’en a cure. Pire encore, on ira jusqu’à les conspuer en déclarant qu’ils tuent le travail français. Foutaises ! Mensonge ! Bonne conscience puante ! En se plaignant des prix, en cherchant le moindre coût la société légitime l’emploi de main d’œuvre forcée, en estimant que tout doit être extrêmement abordable nous cautionnons l’esclavage des enfants au Bengladesh.

Aussi dégueulasse que cela puisse paraître nous savons très bien détourner le regard quand cela nous arrange. Un homme qui réduit en esclavage une femme pour qu’elle fasse le trottoir et il sera simplement inculpé pour proxénétisme, un « commerçant au-dessus de tout soupçon » qui fera de ses frères des larbins dans son pressing sera condamné pour avoir prêté assistance à des sans papiers, et au pire s’il y a torture physique (menant à la mort), alors peut-être une enquête sera diligentée, mise sur une pile déjà trop grande pour un seul inspecteur, et se noiera dans les procédures et le temps du fait que « La mort d’un clandestin, bah c’est hélas pas aussi grave que celle d’un bon payeur des impôts ». N’allez pas voir une responsabilité ni une volonté de mal faire de l’inspecteur en question, c’est de plus haut que la consigne est donnée : il ne faut pas agiter le bocal de l’esclavage car il rapporte des milliards à tout le monde, et permet une consommation à vil prix. Le bilan est atroce : usines délocalisées employant des gosses à la pelle, métiers à risque où les esclaves se ruinent la santé pour quelques centimes, production de masse où les mots repos et vacances sont des fantasmes, tout est esclavage dès qu’on y regarde de plus près. Vous n’y croyez pas ? Le recyclage des plastiques est fait par des enfants qui trient les plastiques en les brûlant et en reniflant l’odeur. Pas mal les vapeurs pour leurs poumons fragiles ! Des hommes qui descendent dans des soufrières sans protection, qui ont leurs poumons tapissés par la vapeur jaune et la peau rongée par l’acide sulfurique se créant par mélange de leur sueur avec les poussières, c’est de la science-fiction ? Que dire des ballons de football, des chaussures, des vêtements tous estampillés de grandes marques qui proviennent de pays où le sens du mot liberté est « survivre ».

Je suis révolté par l’attentisme des politiques, par le manque d’honnêteté de ceux-ci quand ils déclarent « la guerre contre l’esclavage » alors qu’ils ouvrent en même temps des marchés publics avec les mêmes pays. Les USA emploient une main d’œuvre esclave de mexicains dans les états du sud, les salariés locaux étant à leur goût trop cher. La France a de véritables négriers qui embauchent temporairement des maghrébins à vil prix pour faire les récoltes, les vendanges ou les moissons. Il est tellement plus simple de les payer au prix du pays d’origine à peine amélioré plutôt qu’aux conditions salariales locales ! Bien sûr tous ne font pas ça, mais il suffit d’un seul toléré pour que ce soit déjà une honte pour tous. Cautionner, ne pas contester ces méthodes c’est donc accepter par déni de prise de position. Que dire des pays africains où les grands pétroliers usent et abusent des ouvriers locaux, des détenus fournis par les « républiques » (bananières) pour défricher les forêts, transporter les équipements au péril de leur vie et souvent sans rémunération. Qui récolte ces bénéfices, qui ramasse l’argent nécessaire pour financer ces hordes d’esclaves ? Les mêmes qui les enferment… donc des esclavagistes digne de la traite des noirs.

J’abordais la question de la traite des blanches : nous savons que cela existe et personne ou presque ne semble s’en offusquer. On ira dire que la prostituée agit par « nécessité » et non par contrainte. Ah, parce que vous êtes convaincus que la gosse de 17 ans qui arrive fraîchement à Paris a envie de faire le tapin ? C’est plutôt la menace qui pèse sur ses parents au pays qui lui fait accepter la situation aussi sordide soit-elle ! Nombre de bourreaux en France sont armés d’un sésame légal, un bout de carton maintenant quelques feuilles imprimées… un passeport diplomatique. Est-ce légitime de laisser ces esclavagistes s’implanter ici, dans le pays qui revendique une éthique et une morale concernant les droits de l’Homme. Encore une fois : Foutaises ! Aucun passeport ne devrait permettre d’agir en toute impunité, de violer des droits fondamentaux, d’autoriser les châtiments corporels ou d’acheter et vendre des êtres humains. Je ne suis pas un humaniste paraît-il. Oui c’est vrai je n’ai pas la fibre de l’humaniste rêveur et utopiste qui croit que la propreté de l’âme suffit à rendre les choses meilleures. Pour le coup, je crois aux vertus du peloton d’exécution pour ce genre de monstres, je crois à l’utilité de la corde pour nous débarrasser de ces oppresseurs et par voie de conséquence terrifier ceux qui oseraient tenter la même chose. Mais là on va venir m’engueuler en disant que la peine de mort est complexe, délicate et j’en passe… Alors, on va tergiverser alors que des mômes feront vos Nike à bas prix ?

Désolé pour les sous-titres en Espagnol, je n'ai pas trouvé la vidéo originale... Mais écoutez les paroles avec attention. (Oui je sais, c'est du rap, ça en gonflera plus d'un, mais là c'est un chanteur que j'apprécie pour sa clairvoyance alors merci de ne pas cracher dans la soupe avant de l'avoir goûtée)


08 juillet 2008

Certains personnages me plaisent malgré tout.

On pourrait me reprocher d’apprécier certains stéréotypes faciles, voire même de revendiquer une certaine tendresse pour des personnages qui sont presque trop beaux pour être vrais. Je l’admets sans difficulté j’éprouve une espèce de passion pour quelques « héros » qui jalonnent mes expériences cinématographiques et pour le coup deux d’entres eux se concentrent sur un seul acteur : Sylvester Stallone. J’entends d’ici les quolibets sur « Sly », roi de la gonflette et aux scénarios décérébrés, maître es navet action sans intérêt. Pourtant, qui pourrait renier une étonnante souplesse concernant John Rambo et Rocky Balboa ? Certes les deux icônes du film musclé ont vu leurs noms souillés par des séquelles aussi mauvaises qu’inutiles, mais finalement en reprenant les fondamentaux de l’un et l’autre de ces anti-héros on se doit d’admettre que tant à la plume que devant et derrière la caméra Stallone s’est fort bien débrouillé. Vous ignoriez que Musclor est l’auteur des deux scenarii ? Voilà qui est fâcheux n’est-ce pas ? Loin d’être un crétin monsieur est une plume semble-t-il adroite et un fin amateur de peinture… Cela remet quelques convictions et clichés au placard apparemment.

Revenons un peu à nos personnages. L’un comme l’autre ce sont des écorchés vifs, des hommes pas spécialement plus intelligents que la moyenne, sans autre éducation que l’expérience et qui affrontent volontairement ou non des situations qui semblent les dépasser. Là où je trouve Rocky magnifique c’est dans la vérité d’un regard simple sur les choses, celui d’un homme qui ne demande qu’à s’en sortir et qui fait autant d’erreurs que de bons choix. Si l’on prend les six films (et oui ! Cinq numéros plus le dernier simplement nommé Rocky Balboa), le spectateur a le droit au commencement, à la souffrance, puis à la consécration, qui précède la déchéance et enfin la vie qui continue malgré tout. Si je me devais de supprimer des épisodes (et c’est même indispensable) on pourrait alors conserver les trois premiers puis le dernier film de sorte à avoir cette découverte d’un Philadelphie sale, ordinaire et fade, voir l’homme qui choisit à tort l’argent et qui finalement perd énormément plus que quelques billets. Le dernier épisode présente en effet un Rocky vieilli, veuf, ruiné (dans le 5 de triste mémoire) et qui a remonté la pente à travers un restaurant sans prétention. La caméra est impitoyable sur les débordements du personnage, elle présente celui qui a vécu, qui admet ses erreurs et qui veut combattre ses démons.

Rocky n’est pas un personnage lisse et parfait, c’est l’exemple type du héros comme je les aime car il donne à réfléchir sur ce qu’il est réellement, son manque d’éducation (sa femme l’aide à apprendre à lire), sa culture de la rue, les petits boulots miteux et le désir de sortir à tout prix de la médiocrité qui est supposée être sa destinée. Ce n’est pas un personnage qui profite d’un miracle, c’est quelqu’un qui se bat pour réussir, qui saigne, souffre et se sacrifie pour aller au-delà des barrières et des embûches. Loin d’être artificiel il donne et perd autant qu’il prend, il pleure et aime sans concession. Oui, Monsieur Balboa est un humain comme j’aimerais qu’il y en ait bien plus en ce bas monde. A l’époque de la sortie de la première mouture nombre de personnes se sont mises à la boxe non pour ressembler à Rocky mais dans l’espoir d’être Rocky, de se sortir de la rue par les poings mais sans cogner le vigile du supermarché du coin. Quel personnage de cinéma peut se vanter d’un tel résultat ? Oui c’est vrai, on peut reprocher à Stallone d’avoir surexploité la licence, d’en avoir fait un personnage de foire, mais au final, je ne garde comme image que deux scènes cultes et essentielles : celle de la montée des marches et ce cri déchirant qui annonce son amour pour son épouse, support et passion qui seront d’indéfectibles personnages dans la série. Quelqu’un d’ordinaire ? Oui, il aime sa femme, aime son gosse, se trompe, fais confiance à un beau frère aussi demeuré que pathétiquement pardonnable… la vie de tous les jours quoi.


Le second personnage de monsieur Stallone est Rambo. Là, ce sont les antimilitaristes convaincus, les crétins n’aimant pas le kaki parce que « ce n’est pas seyant en soirée » qui me font la tronche. A ceux là je réponds sans ambiguïté « Vous n’aimez pas ? Allez voir ailleurs si j’y suis ». Sur les quatre films seuls le premier et le dernier sont à retenir, les deux intermèdes étant des bouffonneries inutiles au personnage. Pour recadrer : l’homme est un vétéran de la guerre du Vietnam, déchiré par ses souvenirs et l’horreur vécue au quotidien, traumatisé par un retour au pays se soldant par le mépris et même la haine de civils ne comprenant par le soldat déchu. Torturé par sa mémoire, devenant quasiment fou en revivant chaque jour les tortures subies en tant que prisonnier de guerre, Rambo se « venge » au prix d’en devenir un ennemi d’état… pour finalement se laisser reprendre, en larmes, cherchant chez un colonel Trautman (son chef et ami de toujours) plus un père qu’un officier.

Là où j’aime Rambo ce n’est pas seulement pour l’action qui est distillée avec talent (dans ces deux opus uniquement) et où celui qui se bat le fait d’abord par désespoir, puis enfin par conviction personnelle. Nombre de personnes critiquent ces aspects alors qu’ils sont justement ceux qu’il faut accepter pour comprendre que Rambo 1 et John Rambo sont des plaidoyers pour l’assistance aux anciens combattants, au respect de ceux ayant défendu une certaine idée de la patrie, puis enfin un plaidoyer contre toutes les guerres. C’est violent, dur, très dur même, et pourtant on se prend à comprendre ce soldat, enfin ancien soldat qui n’est jamais vraiment revenu de la jungle. Chaque geste, chaque regard est à la fois celui d’un professionnel habitué à tuer que celui d’un homme qui s’est perdu dans les méandres d’une folie le dépassant totalement. Rambo, un fou ? Non, un homme ayant perdu toute fois en l’Homme lorsque ses derniers camarades disparurent et que lui revint vivant. Une scène est symptomatique : A la fin du premier opus, Rambo raconte ce qu’il a vu, la mort d’un ami tué par une bombe humaine (un enfant portant une boîte à cirer piégée), et l’on sent cette violence mêlée de désespoir l’étreindre. Il raconte alors, en larmes, qu’il se réveille sans savoir où il est, d’où il vient… syndrome post traumatique connu des médecins et psychiatres militaires.


Sous des dehors de films d’action, les deux personnages mettent en avant bien des facettes peu reluisantes de la société américaine. Rambo décortique la gestion des anciens combattants, la politique de l’autruche concernant ceux-ci, mais également la façon dont la population peut rapidement oublier le sacrifice demandé à leurs troupes qui finalement sont taxées d’être des sauvages. Rambo aborde également le retour à la maison, l’espoir qui tôt ou tard renaît quand on se trouve une cause à défendre, puis aussi le dernier épisode décrit une situation que peu de gens connaissaient jusqu’alors (persécutions des catholiques en Birmanie), ce qui en soi vaut déjà un coup de chapeau à monsieur Stallone.
Rocky lui affiche sans fard la vie des ghettos, la solitude des paumés y errant de petits boulots en situations précaires, la crasse, la pauvreté de quartiers abandonnés de tous, ainsi que la violence ordinaire de gens réduits à vivre de presque rien. Rocky analyse aussi avec une certaine cruauté la déchéance de héros d’un jour, ces vedettes passées à l’anonymat par le truchement de la fin de carrière. De la même manière Rocky décortique crûment le regard d’un fils qui ne se reconnaît en un père charismatique et idolâtré par une génération dont il ne fait pas partie. Quoi de plus dur que le regard d’un fils qui n’aime pas ce qu’était son père ?

Je suis partisan, je sais, ce n’est pas une analyse honnête… mais même les musiques de John Rambo et Rocky Balboa me plaisent car elles bouclent sur des scènes qui font le lien entre le premier et le dernier épisode de chaque série. Et puis reconnaissez que le « Gonna fly now » de Rocky est connu de tous.

Une dernière vidéo qui vaut toutes les autres...


07 juillet 2008

C’est standard ce truc ?

C’est en regardant avec dédain mon communicateur de substitution (comprendre un vieux téléphone portable dont j’ai actuellement l’usage en remplacement de celui que je me suis offert à prix d’or et qui s’est pris de convulsions électroniques… enfin là n’est pas le sujet) qu’il m’est apparu comme évident que le mot standard est une chose des plus incongrues dans notre monde. Passionnés par la « norme », nous recherchons sans cesse quelque chose permettant de dicter des règles de bonne conduite, des technologies permettant, paraît-il, de se défaire des problématiques de compatibilité, tout cela pour en arriver à un constat des plus lamentables : le standard, ce n’est pas la chose qui est commune à tous, mais juste l’adoption par certains d’un moyen de fonctionner en commun qui se fera une joie de ne pas être adaptable au standard autoproclamé du voisin…

Ah, ces appareils électriques que l’on trimballe avec soi pour pêle-mêle recharger son téléphone portable, se sécher les cheveux ou se raser ! N’ont-ils pas un côté frustrant lorsque l’on part à l’étranger et que l’on constate avec horreur qu’au mieux la prise est inadaptée, et au pire la tension est différente ? Nos chers voisins anglo-saxons utilisent des prises à bouts carrés alors que les nôtres sont rondes, et si vous avez le malheur de passer la frontière du pays à la bannière étoilée, préparez vous à un choc des cultures car la tension est de 110 et non 220 (en fait 230 Volts) dans notre cher pays. De là, il existe des adaptateurs, accessoire indispensable du voyageur que, bien entendu, personne n’emmène avec lui par méconnaissance du problème. Avec de la patience et de l’entêtement on finit bien entendu par trouver le petit machin en plastique qui vous permettra de vous refaire la tignasse, ceci bien entendu au détriment de quelques heures de vos si précieuses vacances ! Et puis, pour revenir sur les téléphones portables, quel luxe d’embouts différents, quel florilège de formats propriétaires qui ne sont compatibles avec personne : tentez donc de brancher un téléphone de la marque A sur le chargeur de la marque B, vous m’en direz des nouvelles. Le premier sera bien entendu cylindrique comme un embout de transformateur, le second sera rectangulaire et plat comme une limande. Dans l’esprit on pourrait alors imaginer qu’il s’agit là d’un psycho-test comme on en fait passer aux enfants avec des trous de formes géométriques…

Pour le moment il s’agit d’une anecdote, d’un aspect presque comique du standard proclamé, mais allons plus loin. Qui n’a pas hurlé à la mort en constatant qu’un petit appareil utilise des piles d’un format inconnu au bataillon ? Kodak par exemple (oui c’est une marque, mais elle a réussi à me rendre dingue, donc je la cite !) produisait fut un temps des appareils photos « bas de gamme » appareillé avec un flash simple et alimenté par une pile. Jusque là, tout va bien, mais c’est au moment du remplacement de la pile que les ennuis ont commencés. La dite pile avait une taille d’une hauteur moitié plus petite que celle d’une télécommande par exemple, mais moitié plus grosse en diamètre, ainsi que des caractéristiques très particulières de tension et d’intensité. Pas décontenancé, je me mis alors à arpenter les magasins, boutiques d’électronique et autres spécialistes en photographie… Peine perdue ! Tous furent sidérés par la chose, tous me répondirent « C’est quoi ce truc ? », ce qui m’amena à envisager de me soulager de ma peine par l’usage du maillet sur le dit facétieux appareil photo. Le salut provint d’un divin hasard, un passage chez un horloger pour réparer une montre où je pus enfin acheter l’objet de ma convoitise (après six longs mois de quête tout de même). Standard ? Mon œil oui !

Si seulement le terme standard ne cachait pas aussi des dangers ! On a pu constater que le standard est inhérent tant à une volonté industrielle qu’à une métrologie particulière. Typiquement les anglais usent et abusent d’un système qui n’est pas métrique (merci les pouces !) et dont le sens de rotation des vis est à l’encontre de celui utilisé par chez nous. Maintenant imaginez qu’une vis d’un diamètre donné en millimètres bien franchouillards se retrouve mêlée à celles en pas anglais. L’une et l’autre se ressemblent mais l’écart infime de filetage (taille et pas de la vis) a provoqué des accidents d’avion ! Et oui : on ne monte pas impunément une vis d’une taille (même) très légèrement inférieure dans un logement qui ne lui est pas destiné. Si ça se visse, ça ne veut pas dire que c’est fait pour. Je pense que les survivants du crash sont d’accord avec moi. En étant moins effrayant il fut un temps où les premiers vélos fabriqués en Asie apparurent sur le marché français. Il s’avéra que toute la visserie des dites petites reines était bien entendu en pas anglais, ceci amenant au gag des premières réparations impossibles par déficience des outils ou d’une quelconque visserie de rechange. Les premiers acheteurs furent probablement ravis de s’entendre dire par le vendeur « allez en quincaillerie ou dans un garage spécialisé dans les anglaises, qui sait, avec un peu de chance… ».

Après tout, c’est sûrement le besoin maladif de l’humain de « si c’est simple, c’est que ce n’est pas assez compliqué ! » qui nous amène à de tels résultats ! Notez que le standard très personnel peut aussi révéler des décisions stratégiques et/ou politiques. L’écartement des rails dans les pays européens fut décidé de sorte à ce que deux pays frontaliers ne puissent pas utiliser en commun les réseaux ferroviaires, ceci afin d’éviter tout risque d’invasion. Ainsi l’Espagne et la France ont des écartements différents. De la même manière nombre d’armées adoptèrent des calibres de munitions de sorte à ce que l’ennemi ne puisse pas utiliser tout stock abandonné sur le front. Alors, standard salvateur ? Mouais… alors les militaires sont donc plus malins que le commun des mortels ?

04 juillet 2008

Pas de post ce soir.

Je crois que tout est dit!

03 juillet 2008

Faites de vous une victime sympathique

C’est en flânant sur la toile que j’ai découvert cette page dite « informative » concernant la relance d’une affaire vieille de quasiment huit ans.
L'article sur France soir.fr
Au demeurant, on pourrait résumer la situation par « Un père palestinien voit son fils pris entre deux feux à Gaza, il en meurt, c’est la faute des israéliens », du moins ce fut présenté de cette manière à l’opinion publique internationale. Entre médiatisation d’un drame réel et exploitation de l’image par montage, mon cœur balance tant il est vrai que les deux camps savent faire preuve de talent dans la manipulation de l’information. D’un côté nous avons un peuple expulsé de sa terre qui demande justice, mais qui emploie le terrorisme comme moyen d’expression ultime, de l’autre une nation dont la construction prête déjà le flanc à critique, mais qui pour autant peut tout à fait demander le droit à l’existence. Jonglons un peu avec ces différentes données pour voir un peu ce qui en ressort.

Commençons par l’information la plus basse qui soit dans ce cas : Gaza est un haut lieu des émeutes intercommunautaires, et c’est aujourd’hui encore une zone fortement sensible à la moindre étincelle de violence. Les deux camps connaissent très bien le terrain tout comme le coût humain de s’y engager définitivement. Personne ne pourra en effet oublier le passage de blindés s’attaquant à des jeteurs de pierre, tout comme les clichés de bus de touristes pulvérisés par des kamikazes. Par conséquent, la scène d’un enfant arpentant une zone de guerre (appelons un chat par son nom) n’a hélas rien d’anormal dans cette région du globe. Ce qui pose réellement problème, c’est de savoir si oui ou non la responsabilité de sa mort est à coller sur le dos des israéliens ou bien s’agit-il d’une opération de propagande. Donc l’information initiale incontestable a priori est que l’enfant est décédé par balles, et que le père accuse Israël d’avoir tué son enfant.

Reculons un peu : l’état israélien n’a (apparemment) pas renié une part de responsabilité dans la fusillade mise en cause, et qui plus est la situation diplomatique de l’époque ne leur permettait sûrement pas de revendiquer la mort d’un enfant. D’ailleurs, il est impossible de revendiquer une telle chose, quelque soit la situation où cela arrive. Ce qui est autrement plus problématique c’est que l’affaire (si affaire il y a ce dont je doute), c’est par l’intermédiaire du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) que le « scandale arrive ». Le groupe présente des rushs démontrant que le tout est un montage, des experts en balistique affirment que les blessures ne correspondraient pas aux tirs supposément être du camp israélien et j’en passe. Pour ma part ce qui coince c’est le délai (huit ans !) ainsi que l’acharnement à déterrer de telles choses. Cela ressemble plus à un besoin maladif de décréter que l’ennemi est un menteur plus qu’à une réelle nécessité médiatique. Huit ans après, cela ne changera pas le fait que l’enfant soit mort et que israélien ou pas quelqu’un porte la responsabilité de la mort d’un gosse. Enfin bref, je suis plutôt peu enclin à avaler quoi que ce soit de tel, d’autant plus que l’institution se mêlant de cela est française et non internationale et qui plus est ouvertement religieuse et non pas impartiale. Difficile de demander au CRIF de reconnaître les bévues d’Israël par exemple… De fait j’estime que leur intervention est déplacée (ce n’est pas leur rôle) et d’autre part que ce n’est pas en remuant « la merde » qu’on fait progresser la paix. Merci à ces chers imbéciles qui, une fois de plus mettront de l’huile sur le feu au lieu de tenter d’apaiser le conflit. Et après ça viendra expliquer que seuls les palestiniens sont coupables…

Ce qui me gêne encore plus finalement c’est qu’après tout, si la dite vidéo était réellement un trucage, nul ne prendra le risque d’admettre que le CRIF avait raison, et moi le dernier. L’ingérence d’institutions de ce genre dans des affaires où leurs compétences relèvent plus de l’action partisane que de l’assistance désintéressée fait que je n’ai que peu d’estime pour de tels groupes. Par analogie, on se doit de revenir sur la condamnation de la SNCF comme autorité morale dans les déportations durant la seconde guerre mondiale. SNCF ? Autorité ? L’occupant décidait et je vois mal toute une infrastructure refuser de faire son boulot aussi dégueulasse soit-il. Comme toujours les « juges » (entendre par là ceux qui ont déclenchés ce genre de plainte) sont ceux qui n’y étaient pas pour en comprendre la complexité. Tant par goût de l’équité que par provocation, je crois qu’il serait donc nécessaire de porter plainte contre le CRIF pour « dénigrement des résistants du rail », ces cheminots qui se sont battus contre l’occupation et qui ont payés de leur vie une autre façon de voir la France… mais là je vais à mon tour être taxé d’antisémitisme. Je ne suis pas antisémite, je suis révolté par la bêtise humaine, et faire les poubelles des médias pour en exhumer le corps d’un gosse, ça me laisse perplexe sur la moralité revendiquée d’une structure comme le CRIF.

A quand les manifestations hurlant à tue-tête « Français tous collabos ?»

02 juillet 2008

Armement

Toute la question qui se pose encore et encore concernant la détention des armes est la compétence ainsi que le bon sens de ceux qui veulent en posséder une. Techniquement, rien ne vaudrait un monde dénué d’armes, rien ne saurait être plus rassurant qu’un pays où les armes (notamment les armes à feu) seraient reléguées au rang de reliques d’un passé honteux. Pourtant, on constate une constante augmentation de la demande, ainsi que le maintien de lois qui autorisent jusqu’au port d’arme (USA notamment), alors que nombre de nations se sont lancées, en vain, dans des politiques de suppression de ces objets dangereux. Posons nous quelques questions sur ce que représente ce marché du « flingue » dans nos cités où la guerre n’est qu’une vague image coincée dans un écran réducteur de réalités.

Pourquoi s’armer ? Essentiellement par crainte, la réponse est aussi simple que la question semble l’être, mais peur de quoi après tout ? La ville est-elle donc une jungle où chaque coin de rue s’avère être le lieu d’un potentiel guet-apens ? La sinistrose et l’exagération du mal-être amènent nombre de personnes à croire que toute chose les entourant est une menace au point de les rendre paranoïaques. S’il est une chose qui ne prévient pas, c’est bien la violence. Elle peut apparaître n’importe où, n’importe quand, et la bourgade tranquille perdue dans la lande peut tout aussi bien être le théâtre d’une agression que la cage d’un escalier sombre d’un quartier mal famé. Dans ces conditions et cet aspect de la vie quotidienne où l’on nous abreuve de haine et de violence gratuite, il n’est pas difficile d’imaginer la femme seule, l’artisan fatigué d’être ennuyé par des jeunes turbulents ou bien la grand-mère craintive envisageant l’achat et l’usage préventif d’une arme à feu. Cependant, mettre une arme entre les mains de n’importe qui c’est aussi s’exposer à des bavures dramatiques : la jeune femme mère de famille qui voit son jeune enfant jouer avec le 22, mémé qui laisse à portée de crocs du bichon les munitions, ou bien l’artisan qui oublie bêtement son automatique sous son siège de voiture… ça semble caricatural, mais il y a plus de chance d’avoir un mort par accident que par légitime défense, c’est bien là le problème majeur !

En France, la catégorisation des armes est supposée en interdire (du moins restreindre) la prolifération, ce qui se dément d’une part à cause de la grande disponibilité d’armes en provenance de pays en guerre, d’autre part à cause de l’idée clichée qui suppose qu’une fois armé il est plus facile d’imposer sa volonté ou de générer de la crainte chez l’autre. Dans tous les cas, l’apparition d’armes de guerre (de type fusil d’assaut) dans les rues n’a rien d’étonnant par le phénomène d’escalade : ils ont des matraques, je sors le grenaille ; ils ont des grenailles, je sors le 22 ; ils me menacent au 22, je débarque avec le 38 … et ainsi de suite. Conséquence directe du besoin d’être supérieur, c’est donc tout autant l’interdiction que le sentiment de force qui font que le calibre et la puissance de feu augmente sans arrêt. C’est un désastre en puissance, tout le monde en est conscient, mais comment empêcher l’importation illégale de AK47 quand ceux-ci sont disponibles à moins de 400 euros ?

Si j’aborde la question du danger des armes à feu, c’est aussi en songeant que le Canada est en tête du nombre d’armes par habitant (et non les USA comme beaucoup l’énoncent à tort), mais aussi un des pays où le taux d’accidents par arme à feu est le plus faible. Il vaut toutefois se souvenir que la majorité des dites armes sont de chasse et non de poing, donc des fusils stockés correctement et entretenus avec soin. On est donc loin des rues sombres et glauques de L.A ou de Paris… Bref, c’est aussi une question d’éducation de toutes les générations, car si les américains estiment de par la constitution qu’être armé est un droit, j’estime qu’il me paraît aujourd’hui incongru d’avoir un pistolet dans la boîte à gant de ma voiture. Le Far west n’est plus qu’une image d’Epinal qu’on distille dans de vieux westerns aux couleurs passées, et c’est la violence qui a pris le pas sur le besoin physique de protection.

Dernier point, c’est concernant le drame de Carcassonne. Quoi qu’il puisse être dit sur les faits, ce qui me pose le plus grand problème c’est que le tireur est un professionnel vivant au contact des armes depuis des années. Ne pas différencier une munition à blanc et une munition de guerre me semble inacceptable de sa part, quant bien même l’on pourrait prétendre à l’erreur humaine. Je ne le chargerai pas plus que cela (en l’insultant ou en fustigeant l’armée comme beaucoup se sont déjà donnée la peine de le faire…), vivre la culpabilité qui va peser sur ses épaules me semble bien assez dur à supporter comme ça. Espérons que tous vont survivre à ce drame et ce sans séquelle, histoire qu’il puisse, un jour, pouvoir dormir à nouveau à peu près tranquillement, et que surtout cela n’arrive plus jamais.

01 juillet 2008

Tremblez !

Dit-il en brandissant sa pancarte arborant un slogan parlant de fin du monde, de cataclysme et de destruction de Sodome et Gomorrhe… Ah les prédicateurs de tous poils, ils sont comme les puces sur le dos d’un chien car plus on fait tout pour s’en débarrasser plus il y a de chances d’en trouver en quantité. Depuis l’antiquité ce rôle d’inquiet menaçant est toujours apparu comme nécessaire aux civilisations, pour finir aujourd’hui en rôle de l’idiot du village qui braille en vain ses menaces sur la société en décomposition. C’est une constante chez les énervés du prêche : la civilisation dans laquelle il vit est systématiquement corrompue, toujours source de mal-être social et pardessus le marché pervertie par tout un tas de facteurs incontrôlables comme le sexe, l’argent et la drogue. Pour ma part ces gens là m’amusent car ils ont le don non d’alerter sur de grandes vérités mais au contraire de décrédibiliser tous les combats menés contre les déviances du monde où ils vivent.

Comme par nature les hommes sont superstitieux, on peut se rappeler de ce « couturier » devin (non je ne me suis pas trompé de mot à mettre entres les guillemets…) qui a craint la fin du monde pour l’an 2000. Vision d’horreur : la chute de la station MIR ou bien un bombardement de météorites (je ne sais plus vraiment), mais en tout cas une triste fin violente pour l’humanité. Dommage mon grand, tu nous auras bien fait marrer le jour de l’éclipse totale supposée être l’annonce du déluge final, de l’anéantissement de l’être humain par des forces obscures. Pour ceux qui s’en souviennent, il fut tout de même interviewé sur nombre de plateaux de télévision, exhibé en une des journaux à fort tirage et même cité à des milliers de reprises dans tous les organes d’informations possible en France. Risible ? Inquiétant plutôt tant l’impact médiatique fut grand. Mine de rien, ce fut l’année Paco Rabanne et sa connerie et non pas l’année de l’éclipse totale, ou bien l’année de l’an 2000. Comme quoi, il nous aura fait rire mais il aura eu son moment de gloire moins éphémère qu’il n’y paraît de prime abord.

Remontons un peu plus loin dans le temps. Aujourd’hui que risque vraiment un oiseau de mauvais augure ? Au pire l’internement et l’injection de médicaments à fortes doses, mais sûrement pas le bûcher ou bien la torture. Nous sommes devenus des êtres civilisés qui ne pratiquent plus la question avec des tenailles, nous le faisons par l’usage de stupéfiants redoutables. Dans ces conditions, rien d’étonnant à croiser un type se prenant pour le messager d’un dieu quelconque derrière les murs d’une institution psychiatrique. Dommage tout de même, la torture en place publique avait quand même pour avantage d’être ludique, d’enseigner l’anatomie aux enfants et même, suprême luxe, d’offrir un divertissement efficace à la foule illettrée. Aujourd’hui on remplace cela par le football… quel gâchis ! Je m’égare… donc… Ah oui je disais donc que nous sommes autrement plus tolérant envers les messies en goguette car finalement nous ne les écoutons plus autrement que d’une oreille amusée et dédaigneuse. C’est probablement ça, la force des médias modernes : enterrer des « fous » pour en montrer d’autres plus présentables. C’est vrai qu’un Saddam en uniforme fait plus crédible qu’un type en pagne vociférant contre les USA… sur les trottoirs des champs Elysée. Question de standing.

Pourtant, ma plus grande déception est que finalement ces pauvres bougres transportent dans leurs imprécations des choses authentiques, souvent une véritable volonté d’alerter l’opinion à propos de phénomènes de société menant à l’autodestruction. A l’instar d’une Rome se décomposant à grande vitesse pour finir par voler en éclats, le monde actuel arrive à une société basée sur le loisir et non plus sur la production. Conquérir, oui mais conquérir quoi ? A force de saturer l’économie et les marchés potentiels nous en sommes donc plus à envisager une croissance mais plutôt à comment faire pour éliminer des marchés fiables pour les faire ensuite renaître (concept de la guerre écrémant les populations, détruisant les moyens de production et paradoxalement relançant les industries et le commerce). Au fond, le loisir c’est dans énormément de cas non pas s’amuser mais au contraire tester ses propres limites morales. Les romains testèrent toutes les « déviances » possibles, tous les abus alimentaires, physiques et visuels possibles en leur temps, tout cela pour se rassurer de leur propre grandeur. Les messies critiquant l’abus d’alcool, de stupéfiants, le pourrissement des relations humaines par la finance, ont-ils fondamentalement si tort que ça ? Je ne sais quoi en penser tant il est vrai que l’Homme s’évertue à tester ses bornes et à les outrepasser sans s’en rendre compte.

Alors, le messager de l’apocalypse, un symptôme d’une société qui va mal ? Peut-être pas tant que ça, il est surtout l’héritier d’une étiquette qu’il s’évertue à trimballer comme un fardeau et à l’afficher à la face du monde qui, bien entendu, s’en moquera ou la fustigera avec force. On n’aime pas qu’on nous mette nos vérités sous le nez, d’autant moins quand il s’agit de nos vices. Ceci dit, je me ferais bien une petite balade avec un panneau mentionnant en grosses capitales d’imprimerie « Tas d’idiots, nous sommes tous condamnés ! » d’un côté, et de l’autre « Bah oui, nous sommes tous mortels ! »…

Mais de là à croire que les gens ont de l’humour…