08 juillet 2008

Certains personnages me plaisent malgré tout.

On pourrait me reprocher d’apprécier certains stéréotypes faciles, voire même de revendiquer une certaine tendresse pour des personnages qui sont presque trop beaux pour être vrais. Je l’admets sans difficulté j’éprouve une espèce de passion pour quelques « héros » qui jalonnent mes expériences cinématographiques et pour le coup deux d’entres eux se concentrent sur un seul acteur : Sylvester Stallone. J’entends d’ici les quolibets sur « Sly », roi de la gonflette et aux scénarios décérébrés, maître es navet action sans intérêt. Pourtant, qui pourrait renier une étonnante souplesse concernant John Rambo et Rocky Balboa ? Certes les deux icônes du film musclé ont vu leurs noms souillés par des séquelles aussi mauvaises qu’inutiles, mais finalement en reprenant les fondamentaux de l’un et l’autre de ces anti-héros on se doit d’admettre que tant à la plume que devant et derrière la caméra Stallone s’est fort bien débrouillé. Vous ignoriez que Musclor est l’auteur des deux scenarii ? Voilà qui est fâcheux n’est-ce pas ? Loin d’être un crétin monsieur est une plume semble-t-il adroite et un fin amateur de peinture… Cela remet quelques convictions et clichés au placard apparemment.

Revenons un peu à nos personnages. L’un comme l’autre ce sont des écorchés vifs, des hommes pas spécialement plus intelligents que la moyenne, sans autre éducation que l’expérience et qui affrontent volontairement ou non des situations qui semblent les dépasser. Là où je trouve Rocky magnifique c’est dans la vérité d’un regard simple sur les choses, celui d’un homme qui ne demande qu’à s’en sortir et qui fait autant d’erreurs que de bons choix. Si l’on prend les six films (et oui ! Cinq numéros plus le dernier simplement nommé Rocky Balboa), le spectateur a le droit au commencement, à la souffrance, puis à la consécration, qui précède la déchéance et enfin la vie qui continue malgré tout. Si je me devais de supprimer des épisodes (et c’est même indispensable) on pourrait alors conserver les trois premiers puis le dernier film de sorte à avoir cette découverte d’un Philadelphie sale, ordinaire et fade, voir l’homme qui choisit à tort l’argent et qui finalement perd énormément plus que quelques billets. Le dernier épisode présente en effet un Rocky vieilli, veuf, ruiné (dans le 5 de triste mémoire) et qui a remonté la pente à travers un restaurant sans prétention. La caméra est impitoyable sur les débordements du personnage, elle présente celui qui a vécu, qui admet ses erreurs et qui veut combattre ses démons.

Rocky n’est pas un personnage lisse et parfait, c’est l’exemple type du héros comme je les aime car il donne à réfléchir sur ce qu’il est réellement, son manque d’éducation (sa femme l’aide à apprendre à lire), sa culture de la rue, les petits boulots miteux et le désir de sortir à tout prix de la médiocrité qui est supposée être sa destinée. Ce n’est pas un personnage qui profite d’un miracle, c’est quelqu’un qui se bat pour réussir, qui saigne, souffre et se sacrifie pour aller au-delà des barrières et des embûches. Loin d’être artificiel il donne et perd autant qu’il prend, il pleure et aime sans concession. Oui, Monsieur Balboa est un humain comme j’aimerais qu’il y en ait bien plus en ce bas monde. A l’époque de la sortie de la première mouture nombre de personnes se sont mises à la boxe non pour ressembler à Rocky mais dans l’espoir d’être Rocky, de se sortir de la rue par les poings mais sans cogner le vigile du supermarché du coin. Quel personnage de cinéma peut se vanter d’un tel résultat ? Oui c’est vrai, on peut reprocher à Stallone d’avoir surexploité la licence, d’en avoir fait un personnage de foire, mais au final, je ne garde comme image que deux scènes cultes et essentielles : celle de la montée des marches et ce cri déchirant qui annonce son amour pour son épouse, support et passion qui seront d’indéfectibles personnages dans la série. Quelqu’un d’ordinaire ? Oui, il aime sa femme, aime son gosse, se trompe, fais confiance à un beau frère aussi demeuré que pathétiquement pardonnable… la vie de tous les jours quoi.


Le second personnage de monsieur Stallone est Rambo. Là, ce sont les antimilitaristes convaincus, les crétins n’aimant pas le kaki parce que « ce n’est pas seyant en soirée » qui me font la tronche. A ceux là je réponds sans ambiguïté « Vous n’aimez pas ? Allez voir ailleurs si j’y suis ». Sur les quatre films seuls le premier et le dernier sont à retenir, les deux intermèdes étant des bouffonneries inutiles au personnage. Pour recadrer : l’homme est un vétéran de la guerre du Vietnam, déchiré par ses souvenirs et l’horreur vécue au quotidien, traumatisé par un retour au pays se soldant par le mépris et même la haine de civils ne comprenant par le soldat déchu. Torturé par sa mémoire, devenant quasiment fou en revivant chaque jour les tortures subies en tant que prisonnier de guerre, Rambo se « venge » au prix d’en devenir un ennemi d’état… pour finalement se laisser reprendre, en larmes, cherchant chez un colonel Trautman (son chef et ami de toujours) plus un père qu’un officier.

Là où j’aime Rambo ce n’est pas seulement pour l’action qui est distillée avec talent (dans ces deux opus uniquement) et où celui qui se bat le fait d’abord par désespoir, puis enfin par conviction personnelle. Nombre de personnes critiquent ces aspects alors qu’ils sont justement ceux qu’il faut accepter pour comprendre que Rambo 1 et John Rambo sont des plaidoyers pour l’assistance aux anciens combattants, au respect de ceux ayant défendu une certaine idée de la patrie, puis enfin un plaidoyer contre toutes les guerres. C’est violent, dur, très dur même, et pourtant on se prend à comprendre ce soldat, enfin ancien soldat qui n’est jamais vraiment revenu de la jungle. Chaque geste, chaque regard est à la fois celui d’un professionnel habitué à tuer que celui d’un homme qui s’est perdu dans les méandres d’une folie le dépassant totalement. Rambo, un fou ? Non, un homme ayant perdu toute fois en l’Homme lorsque ses derniers camarades disparurent et que lui revint vivant. Une scène est symptomatique : A la fin du premier opus, Rambo raconte ce qu’il a vu, la mort d’un ami tué par une bombe humaine (un enfant portant une boîte à cirer piégée), et l’on sent cette violence mêlée de désespoir l’étreindre. Il raconte alors, en larmes, qu’il se réveille sans savoir où il est, d’où il vient… syndrome post traumatique connu des médecins et psychiatres militaires.


Sous des dehors de films d’action, les deux personnages mettent en avant bien des facettes peu reluisantes de la société américaine. Rambo décortique la gestion des anciens combattants, la politique de l’autruche concernant ceux-ci, mais également la façon dont la population peut rapidement oublier le sacrifice demandé à leurs troupes qui finalement sont taxées d’être des sauvages. Rambo aborde également le retour à la maison, l’espoir qui tôt ou tard renaît quand on se trouve une cause à défendre, puis aussi le dernier épisode décrit une situation que peu de gens connaissaient jusqu’alors (persécutions des catholiques en Birmanie), ce qui en soi vaut déjà un coup de chapeau à monsieur Stallone.
Rocky lui affiche sans fard la vie des ghettos, la solitude des paumés y errant de petits boulots en situations précaires, la crasse, la pauvreté de quartiers abandonnés de tous, ainsi que la violence ordinaire de gens réduits à vivre de presque rien. Rocky analyse aussi avec une certaine cruauté la déchéance de héros d’un jour, ces vedettes passées à l’anonymat par le truchement de la fin de carrière. De la même manière Rocky décortique crûment le regard d’un fils qui ne se reconnaît en un père charismatique et idolâtré par une génération dont il ne fait pas partie. Quoi de plus dur que le regard d’un fils qui n’aime pas ce qu’était son père ?

Je suis partisan, je sais, ce n’est pas une analyse honnête… mais même les musiques de John Rambo et Rocky Balboa me plaisent car elles bouclent sur des scènes qui font le lien entre le premier et le dernier épisode de chaque série. Et puis reconnaissez que le « Gonna fly now » de Rocky est connu de tous.

Une dernière vidéo qui vaut toutes les autres...


3 commentaires:

Anonyme a dit…

Hello je tinvite à lire cet article : http://rue89.com/2008/07/09/de-gangster-a-manager-pari-tenu-dans-une-prison-texane

et pourquoi pas laisser une impression sur ton blog! ce serait cool comme ça de te proposer des idées afin de livrer ton avis sur leblog, cela renforcerait l'interactivité et attirerait sans doute plus de commentaires!

tchuss

Thoraval a dit…

C'était surtout un cinéma qui trouvait sa justification à cette époque. Défaite au Vietnam, une Amérique qui perdait et qui avait besoin de se retrouver battante et victorieuse. Un cinéma de transition entre Carter et Reagan.

JeFaisPeurALaFoule a dit…

Cher ami je t'accorde sans difficulté cette esthétique, mais j'ajoute tout de même que, pour une fois, les personnages ne parlent pas d'une victoire contre une défaite (sociale ou militaire), mais militent finalement pour eux-mêmes. Aussi étonnant que cela puisse l'être dans une société telle que celle des américains, Rambo représente sûrement un des seuls brûlots qui ne défende pas pieds et poings l'armée, qui ne vante pas le courage individuel mais représente la force brute que peut avoir l'Homme poussé au désespoir (évidemment, j'exclue les deux navets de propagande que sont le II et le III)