02 mars 2009

Gran Torino

Ou devrais-je dire « grand talent ». Si j’avais une lettre à rédiger à Monsieur (majuscule !) Clint Eastwood, je le ferais en ces termes.

Cher Monsieur Eastwood.

Je sais qu’il est de notoriété publique que le talent vaut souvent des tourments à ceux qui sont touchés par cette difficile maladie, et que par conséquent je ne dois pas être le premier (loin de là) à vous écrire une missive afin de vous flatter. Ceci étant, je dois admettre que je me sens ému à l’idée que vous puissiez lire les propos d’un homme se sentant tout à coup minuscule à côté de vous. Alors, c’est donc à moi de vous remercier de vous servir de votre talent pour notre plus grand plaisir à tous, et en particulier le mien, puisque c’est de cela qu’il s’agit.

Par quoi commencer ? Je n’ai pas spécialement l’envie de faire une rétrospective de vos différents films, car comme vous le dites si justement « cela prendrait un aspect proche d’une nécrologie ». A vrai dire, chacun de vos films, que vous soyez acteur ou réalisateur mérite que l’on s’y arrête. N’ayant pas la plume suffisamment agile et encore moins la connaissance suffisante de votre cinématographie pour me permettre de porter un regard complet sur votre carrière, je pense devoir m’arrêter sur le dernier en date : Gran Torino. Si je devais réduire un si grand film en un seul mot me concernant ce serait le terme « ébloui ». J’ai été ébloui par tant de choses dans ce film... Votre sobriété de jeu, la sobriété de l’image, l’éblouissante présentation des sentiments, l’incroyable profondeur de chacun des personnages, et puis cette stupéfiante façon de ne pas être moralisateur tout en abordant nombre de sujets difficiles.

Qu’est-ce qui m’a ému dans Gran Torino ? La justesse, tout simplement la justesse du regard posé sur une Amérique qui ne se reconnaît plus vraiment. Racisme ordinaire, individualisme forcené, et puis cette incapacité à se comprendre elle-même. C’est ce regard très juste et sans fioriture qui écorche le portrait que l’on se fait trop rapidement de vous... Hé oui, vous représentez quelque chose aux yeux des gens, un « grand », un symbole et même un étendard. Pourtant, pourquoi les gens ne comprennent-ils pas ce que vous dites ? Harry n’était pas un apôtre de l’autodéfense, pas plus que le sergent Highway un chantre du militarisme. Vous prenez les gens de court en les mettant face à une galerie d’hommes tous différents mais avec un grand point commun : leur humanité souvent blessée.

Merci alors pour cette œuvre Monsieur Eastwood. Gran Torino est à mes yeux une nouvelle référence dans le cinéma, un nouveau jalon où l’on peut voir qu’il n’est pas nécessaire d’en faire des caisses pour être beau, qu’il n’y a pas besoin d’une sempiternelle course poursuite pour ménager du suspense, et que pardessus tout c’est le talent de l’acteur et du réalisateur qui font qu’un film apparaisse crédible ou bien insupportablement raté. Vous avez réussi là où nombre de gens échouent, peut-être parce que vous ajoutez quelque chose qui leur manque : une sensibilité à fleur de peau. On sent que vous vivez le personnage, alors que nombre d’acteurs se contentent de jouer. On ne peut pas tout jouer, mais parfois on trouve le ton et la sensation d’être celui qu’on incarne...

Souvent un film se croit réussi par sa pléiade d’acteurs alignés comme à la parade. Vous faites une magistrale démonstration du contraire car vous êtes le seul sur l’affiche à avoir un nom. Merci pour ces autres acteurs présents avec vous à l’écran car tous semblent être aussi enthousiastes que moi au sujet de Gran Torino.

Dernier point... merci de montrer un classique de l’automobile américaine et de la présenter avec chaleur et passion.

Votre sincère admirateur...

1 commentaire:

Thoraval a dit…

No comment et 100% d'accord avec toi.