16 janvier 2008

J’accuse !

Le titre est franchement prétentieux tant il est tributaire d’un usage précédent fait par une plume autrement plus compétente que la mienne. De fait, je m’approprie donc son côté revendicatif et même vindicatif sans pour autant rester sur la teneur qui fut l’affaire Dreyfus. Monsieur Zola, de là où vous êtes (en partant du principe qu’il y ait un panthéon des génies et un dépotoir aux cons…) j’escompte de votre part une certaine largesse et une tolérance qui a pu bien me faire défaut plus d’une fois.

Qui est-ce que j’accuse, pourquoi est-ce que je rédige une mise en accusation ?

J’accuse la nation humaine d’être son pire ennemi, je l’accuse de refuser toute forme d’intelligence individuelle au profit d’une pseudo intelligence de masse. Je lui reproche de formuler sa pensée selon des critères aussi apparemment bienveillants qu’ils sont finalement prétentieux. Humanité, que fais-tu des idéaux si ce n’est les brimer en les prétendant déviants ? Quid de l’évolution des mœurs et des mentalités ? J’accuse l’Humanité d’être donc rétrograde et bassement conservatrice quand la peur du renouveau le saisit au lieu d’avoir la fierté du progrès en ligne de mire.

J’accuse l’être humain dans son individualité de se croire suffisamment important qu’il en dénigre son prochain. Je t’accuse, toi, Homme, toi animal qui vis en communauté mais pour qui le raisonnement nombriliste est indispensable et la force de l’unité accessoire. Toi, Homme, toi qui n’es pas même capable de voir ton avenir avec ton frère qui t’apparaît pourtant différent, comment espères-tu mériter le pardon ou même juste des circonstances atténuantes ? Tu as fait de ton monde ce que tu croyais être ton profit et aujourd’hui tu reproches à tes prédécesseurs l’imprudence et l’impudence dont ils ont fait preuve. Regarde toi dans ton ensemble, ne regarde pas ton nombril que tu penses être propre. Toi aussi tu vis égoïstement en avançant au rythme des catastrophes que tu provoques en les classant dans les aléas du destin.

J’accuse les intellectuels autoproclamés de mollesse, d’indifférence et de négationnisme. Toi qui vends de l’intelligence à des populations voulant progresser tu ne fournis que les graines de la discorde et de l’obscurantisme. Ne sois pas messager conservateur où tout changement serait une menace, fais-toi apôtre d’une cause humaine, la cause de l’Homme et non la cause pour l’homme. J’accuse ces mêmes intellectuels d’occulter sans vergogne que l’avenir est un travail commun et non pas le fait de quelques rares initiés, j’ajoute même à ta charge que tu crois ton compatriote trop stupide ou pas assez renseigné pour daigner lui offrir le minimum nécessaire à son élévation. Pourquoi le fils du mineur n’a-t-il pas le droit à la même information que le fils de général ? Parce que le fils de mineur est un prolétaire ? Je t’accuse enfin, toi la plume en guenilles d’être l’âme damnée de ceux qui ne voient le monde que comme un marché et non comme une communauté de fait. Tu as insulté les idéaux, craché sur les thèses que tu défendais la semaine d’avant, tu as même revendiqué dans des manifestations d’être contre ce qui t’avait semblé juste auparavant. Toi l’intellectuel dont les voiles déployées sont lambeaux d’opinions et déchets de culture, je t’accuse de ne servir qu’à faire de l’Homme sa propre victime.

J’accuse les oligarques financiers, ces états dans l’état d’être à la tête non d’un capital scandaleux mais de diriger des structures qui peuvent broyer et détruire la vie pour le profit. L’économie de marché n’est pas la négation de l’Homme, le marché est la négation des interdits moraux car le marché est amoral. Toi, caricature si souvent employée par la propagande communiste s’attaquant aux Américains, tu es devenu réalité parce que justement cette propagande t’a été bénéfique. Etre sans morale comme le marché dont tu vis je t’accuse de ne pas accepter ni même envisager l’équité des échanges économiques sous prétexte que ta marge en pâtirait. Je t’accuse, toi soldeur et fossoyeur d’entreprises d’avoir accepté de solder à vil prix tes sociétés de manière à te délester tout ce qui pouvait nécessiter la moindre gestion de l’être humain. Toi, le financier, je t’accuse enfin de t’être fait bourreau avant d’être réellement patron : le patron n’est pas un patriarche, c’est avant tout quelqu’un qui doit veiller à la bonne marche d’une entreprise, pas à ses propres intérêts en priorité. Toi qui a décimé la concurrence tout en te plaignant de sa présence, que ton dossier soit versé comme étant celui d’un assassin à la cruauté glacée digne des pires criminels de guerre… car oui je t’accuse d’être un criminel de guerre dans une guerre économique qui ne dit jamais son nom.

Je t’accuse, toi le politique qui a vendu son âme au veau d’or du saint patron monnaie alors que tu as été mis à ton poste par la plèbe, je t’accuse d’avoir rejoint l’oligarque dans ton rôle de législateur alors que ta fonction était d’être au service de la nation. Je t’accuse d’avoir démantelé ta morale pour la remonter sous forme d’un ersatz d’humanisme et d’avoir fondu tes idéaux pour les couler en lingots prêts à être mis sur le marché. Je t’accuse également de ne plus avoir d’opinions mais des idées, c'est-à-dire de ne plus envisager de réfléchir avant d’agir. Tu n’es plus le représentant d’un peuple par le peuple, tu es devenu par le peuple le représentant de ta propre glorification. Qui te permet de t’asseoir sur les vertus de la démocratie et des libertés qui sont pourtant nos fondamentaux ? Qui te donne la permission de corrompre le système d’état à tes propres fins ? Toi le corrompu par l’âme et même par le portefeuille je t’accuse de n’être plus qu’un vautour tournoyant sur une république dont tu veux te faire charognard.

Je t’accuse enfin, toi image putride bâtie par chacun de nous, toi l’idéal Homme qui n’est rien d’autre qu’une glaise pétrie avec des intentions toutes sauf louables d’être un objet commercial et non un symbole d’un objectif à atteindre. J’accuse ce modèle de se commettre dans une réclame indigne des qualités dont l’Homme peut faire preuve et de les remplacer par des préceptes commerciaux. J’accuse ce miroir aux alouettes de symboliser la fin de l’identité individuelle nécessaire à la pluralité et à la richesse du groupe et ce en dépit de toute logique. Toi, clone d’un être qui n’est parfait qu’en terme marketing, je t’accuse de pousser l’adolescente à devenir squelettique, l’Homme à se fourvoyer dans l’image qu’il a de lui-même, l’enfant d’être un étal à sponsors, et enfin de même faire de la Mort un service commercial et non un service public.

La Mort n’appartient à personne, pas plus que la Vie, la Liberté, la Justice ou l’Espoir.

2 commentaires:

Carine a dit…

Une musique qui me parle et qui m'est familière.
Douces paroles de liberté, criant à qui sait écouter, toute sa lumière.
Sur une terre, plus que décimée de et par l'Homme, se sentir vivant entre tous, reste le plus digne combas.
Et Accuser, une attaque responsable toute légitime.
Merci pour cette à culs, à sillons..et Encore.

Thoraval a dit…

Attablé à une nuageuse planche, sirotant quelques souvenirs plaisants et une gueuse en bière (et non sous bière), j'ai lu avec délectation ce que Zola aurait pu ajouter en son temps ou écrire s'il était du nôtre. Ce matin, j'avais un ami. Ce soir, j'ai un intime. Les tempêtes à venir seront souriantes...