09 mars 2007

Des fleurs de la veille

Fait étrange parmi mes colères froides et pourtant véhémentes je n’ai pas pris le parti de critiquer l’instauration de la journée de la femme qui s’est déroulée hier. A vrai dire, il me paraissait totalement incongru de chroniquer un tel fait au titre que j’aurais préféré qu’elle soit permanente et non juste évènementielle. C’est alors qu’un sourire délicat et joyeux d’une fleur me fit la remarque suivante : « Te connaissant j’ai été surprise de ne pas te voir furieux tout comme tu l’as été pour la Saint Valentin ». S’en suivit bien évidemment une discussion portant sur ce thème et en moi se fit jour l’envie d’ajouter ma petite pierre (tombale) sur cette idée reçue : oui je n’aime pas le principe de célébration mais non je ne suis pas contre qu’on puisse donner une certaine solennité au respect d’autrui.

En mon for intérieur l’Amour de la Femme est permanent, j’avoue même un culte légèrement irrévérencieux pour les descentes de reins séduisantes mais aussi pour les souries enjôleurs. Etrangement, je n’ai pas trouvé dans le fin fond des limbes qui me servent d’idées quelque idéal féminin identifié. Pourquoi se focaliser sur un teint ou un physique alors qu’au fond le temps parcourt inlassablement l’espace et qu’au crépuscule ce sont les sentiments qui survivent et non le front clair et lisse. J’aime Aimer, tout comme l’on peut vouer une passion dévorante pour l’autre bien que sur bien des critères la personne n’est pas celle qui de prime abord serait « belle » aux yeux de la foule. Regards assassins pour l’embonpoint, esprit cruel pour la beauté externe traitée en objet de désir et non de sincère et salubre sentiment, rien ne me porte plus sur les nerfs que la mise en équation de la Femme.

Dire que le carcan imagé des publicitaires vantant le rachitisme m’est en horreur est un euphémisme : je hais ces modistes dont l’esprit malsain et étriqués prend le mannequin pour une planche sans salut dont le naturel sans rebondi est trop loin de la morphologie du sexe opposé au mien. Quelle femme peut être belle si elle n’est pas ce qu’elle doit être, c'est-à-dire elle-même ? Au demeurant je remercie chaque jour le ciel de m’avoir épargné du point de vue machiste et perverti par une société trop prompte à dicter des critères stupides voire même dangereux. Respectez donc ces corps qui s’épanouissent dans leurs vêtements, et ce qu’ils soient trop ronds ou trop maigres. La diversité est Nature et l’eugénisme physique nous ramène à des périodes historiques honnies entres toutes.

Ce qui me désespère ce n’est pas de créer une journée de la Femme, elles le méritent bien autant que la célébration des morts dans les tranchées et tout homme doit sa vie aux reins et aux seins nourriciers de mères dévouées jusqu’au sacrifice. J’aurais bien offert une fleur à chaque femme que j’apprécie, mais en toute sincérité il m’aurait alors fallu dévaster des hectares de plants de rosiers pour parvenir à en donner une par femme croisée dans la rue. Jamais telle frustration ne sera égalée que celle de ne pas pouvoir les voir toutes sourire, radieuses et épanouies loin des contraintes masculines.

Tout ethnologue pourra confirmer une étrangeté dans les liens entre la Femme et les sociétés dites modernes : plus nous nous modernisons moins l’on respecte la Femme en tant que personne. Entre le voyeurisme, l’exhibition affichée à chaque coin de rue et même la création de caricatures féminines sous la forme d’héroïnes dopées à la testostérone rien n’invite plus l’Homo cretinus à faire de l’être aimé une personne à part entière. Elles ne sont ni laveuses au baquet du monde, ni ramasseuses de linge abandonnés par le mâle stupide et encore moins la dernière chose à laquelle l’on prête attention en rentrant du travail. Elles sont femmes, avec leurs qualités, leurs défauts et il tient à chacun d’entre nous d’en faire des maillons vitaux de nos existences.

Ce serait se mentir que de ne pas avouer une tendance à l’idéalisation ou bien à la mise en miroir avec d’autres femmes croisées au hasard de l’existence, mais ce serait alors oublier que finalement c’est tout autant un esprit que la chair qu’on aime en l’autre, c’est autant l’attitude que le charme qui nous manque quand elles ne sont pas là, et c’est surtout la chaleur de leurs cœurs et de l’espace de leurs bras qui nous est indispensable.

Alors oui, pour une fois, j’ai envie de dire qu’il faut que la Journée de la Femme existe, qu’elle soit encore plus forte chaque année, encore plus fêtée et célébrée comme on peut le faire pour le 8 Mai dans chaque commune de France. N’emprisonnez pas vos épouses, vos fiancées, vos sœurs dans des clichés sociaux sordides, aimez les comme vous ne pourrez jamais aimer quelqu’un d’autre et laissez leur la parole, c’est fou ce qu’une Femme a à dire d’intelligent quand on leur en donne l’occasion. Non, les potiches n’existent que plus rarement qu’on le pense, c’est juste que ces pauvres personnes ont été éduquées de la manière suivante « Sois belle et ferme ta gueule ». Personnellement rester silencieux le soir au coin de l’âtre et ne pas partager nos journées respectives, c’est aussi glauque que d’errer sans but d’un bistrot à un autre en quête de l’évasion dans le fond d’un verre.

Je vous aime toutes, soyez fières d’être ce que je ne pourrai jamais être, et surtout, surtout, ne ployez jamais sous la contrainte stupide de machos se croyant forts. Un grand penseur a dit un jour que la plus grande des forces c’est d’être capable de refuser le combat, pour ma part n’acceptez jamais la soumission pieuse à un amant trop prétentieux. Il n’y a de force que dans le partage et le dominateur n’est rien d’autre que quelqu’un qui rattrape ses faiblesses sociales au détriment de son épouse.

Pour conclure sur ce plaidoyer, j’assume pleinement le fait qu’on pourra prendre ces propos pour une manière détournée de séduire un lectorat féminin. Si cela arrive, si effectivement cet article arrive à intéresser des femmes à me lire et même si une seule se libère du joug castrateur de son gorille de mari, je serai fier de la remercier de vive voix !

Votre obligé mesdames, mes sœurs, ma fleur…

4 commentaires:

olive a dit…

bel article de toi. je ne suis pas du tout étonné par ton point de vue, ni même par tes remarques. pour ma part il y a quand même deux choses que je ne comprend pas :
- le choix du jour : pourquoi un 8 mars ??
- la raison réelle : et si MAM avait failli déclencher une guerre pour avoir son jour ??


ok, je sors !

Audrey H. a dit…

Coucou Frédéric,

Je viens de découvrir votre blog par hasard, sur un forum autour de Simon et Garfunkel !

Mon dieu, quelle faconde ! ;)

Je tenais à vous dire que j'ai trouvé très intéressant le peu que j'ai lu - le présent post, plus quelques lignes lues à la volée ça et là. J'ai apprécié le fond et encore plus la forme si bien enlevée.

Merci et à bientôt,

Anonyme a dit…

Je savais bien que tu en parlerais de cette journée de la femme ;-)
ta fleur
ancolie

JeFaisPeurALaFoule a dit…

Merci de ces commentaires, j'en souris encore en appréciant de tels compliments...