02 février 2009

La courante si courante

Ah la médecine ! Cet obscur domaine où nous sommes tous tributaires d’une connaissance monolithique dispensée à doses homéopathiques par des gens en blouses ! On aura beau dire, vulgariser la médecine au point qu’une opération à cœur ouvert devient banale, il n’en restera pas moins difficile de se passer des services d’un personnel hautement spécialisé, au vocabulaire inabordable et aux méthodes parfois peu orthodoxes.

Loin de moi l’idée de remettre en doute la compétence des médecins, c’est même le contraire ; En effet, qui aurait pu identifier et analyser la vitesse de décomposition d’un corps dans l’acide sulfurique, si le docteur Petiot ne l’avait pas expérimenté pendant la deuxième guerre mondiale ? J’en vois déjà qui se mettent à râler en me décrétant méchant et ce de manière gratuite envers une profession sensible, où le stress et la pression sont énormes, et où les responsabilités sont colossales. Il est vrai que là, je suis d’une mauvaise foi digne de nos meilleurs orateurs politiques, mais admettez tout de même que nous sommes aussi tributaires face à un médecin dans le domaine de la santé que face à un avocat dans le domaine juridique !

On ne peut guère être trop dur ceci dit : la santé est aussi aléatoire qu’elle sait être cruelle. Moi qui vous écris régulièrement j’ai déjà eu à subir les bons soins du bistouri, découvert la saveur des molécules aux noms faisant mal à la mâchoire quand on les prononce, et puis surtout la frayeur de partager temporairement l’existence d’amis placés sous « vie artificielle ». Rien de bien dramatique en somme, si ce n’est la désagréable obligation de s’abandonner totalement à des mains inconnues, de croire avec une indéfectible foi en la perfection humaine, bref jouer les victimes potentielles d’une inévitable erreur dans les statistiques... De fait, c’est un humain qui agit, et rien que cette idée me fait frémir. Faites que le prochain charlatan, merde, toubib pardon ne soit pas aussi maladroit que je le suis !

Tout ceci pour parler d’une maladie courante durant l’hiver, la fameuse et bien nommée courante justement. Poliment, du moins pour ne pas faire « Bigard » lors des repas et des soirées mondaines auxquelles je ne suis jamais convié, on la nomme gastro, gastroentérite, mais rarement on utilisera la « courante », la « chiasse » et j’en passe. C’est ainsi : l’esthétique des dénominations a autant de poids que le volume de papier toilette employé pour s’en soulager (dans tous les sens du terme). C’est une belle saleté soit dit en passant : prostré dans le cagibi inconfortable des toilettes, glacé par le contact du carrelage, maladroitement plié en deux par la douleur, cette satanée maladie a le don tant de vous vider de votre énergie que de vider votre organisme. Efficace le microbe d’ailleurs vu la proportion de gens atteints par la courante quand les frimas s’installent durablement. Alors on lutte à coup de médicaments, de solutions chimiques aussi désagréables à ingérer que rapidement expulsés, et puis l’on se pose des questions existentielles sur la constitution interne de l’être humain. Jusqu’à présent, il était de notoriété publique que l’enfant en bas âge a la gorge directement reliée en ligne droite avec le postérieur, et que l’adulte lui avait un certain nombre de péages entre... Et voilà que le microbe arrive à rétablir le trafic avec une efficacité que bison futé lui jalouse constamment. Ne dit-on pas « transit intestinal » ?

Après tout, la courante offre un certain nombre de désavantages inhérents à notre condition d’humains civilisés : La distance entre votre lieu de repos et les toilettes est toujours supérieure à votre capacité de rétention de la vague gastrique, de la même manière que votre stock de rouleaux de papier toilette est inversement proportionnel à votre degré de maladie. En gros, plus vous êtes malade plus vos chances de tomber en panne de papier augmente... c’est ce qu’on appelle un moment de solitude je suppose. D’après moi la maladie a pour principale force de remettre l’homme dans sa plus pure essence, c'est-à-dire de lui ôter son côté digne et guindé pour lui rendre celui qu’il n’a jamais vraiment perdu, celui de primate à peine intellectuellement évolué et à l’organisme aussi fragile qu’il est biodégradable.

Transit ? Sic Transit ? Mon latin me lasse...

4 commentaires:

Anonyme a dit…

ah ton humour ! et comme tu as raison ! saleté de gastro !
les nuits sont mouvementées ....

et vive le stock de rouleaux !

corrine

Thoraval a dit…

Bah alors, Corrine? On aime les rouleaux au con pressé? Fétichiste, va...

Anonyme de l'anonyme Corrine a dit…

Du café, des sucettes à cancer et du whyskhy irlandais! C'est mieux qu'une bone santé!!!

Thoraval a dit…

Oh les fautes ici et ailleurs, dans mes commentaires!!... Indigne de moi que ceci. La prochaine fois, je te lirais moins tard dans la nuit.