02 juin 2008

Vulgarisation

c’est dingue comme un terme peut avoir énormément de significations, et pourtant toutes les contenir sans même le vouloir. Là, je songe à ce mot : vulgarisation. Evidemment, la première réaction est de penser au vulgaire, au grossier, bref à une personne rendant un bouquet de rose laid et désagréable, alors que là l’esprit est la vulgarisation scientifique, celle qui est supposée mettre à portée du quidam les choses les plus abstraites et les plus complexes de notre monde. Bien que je sois un fervent partisan de la communication et d’ouvrir la culture et les connaissances au plus grand nombre, je constate non sans un certain dépit qu’à vouloir trop en expliquer on finit par rendre les choses inextricablement incompréhensibles. Vous allez voir, dit comme ça c’est vraiment imbuvable, mais une fois mis en pratique c’est redoutable.

Commençons simple voulez-vous ? Je m’adresse aux gorilles, aux mâles passionnés par la mécanique, à tous ces trucs qui vrombissent et accessoirement dilapident votre capital points sur le permis : la bagnole. Ah ! La voiture, l’outil de représentation, le statutaire par excellence qui vous classe d’emblée comme prolétaire fauché avec la 4L ou comme patron d’entreprise avec la BMW (et éventuellement comme gitan voleur avec la Mercedes hors d’âge, les clichés ont la peau dure). Ce domaine de « connaissances » a ceci d’exceptionnel qu’il offre au tout à chacun l’occasion de briller en société à peu de frais… tout en colportant des idées reçues, des clichés ou des demies informations bien entendues mal assimilées. Mesdames, en tout cas celles n’ayant pas d’affinité avec la tôle et la peinture, ne partez pas, je pense que vous aurez l’occasion de vous moquer de votre homo sapiens de compagnon ! Ah, là vous revenez au pas de course ! Donc je disais… dans l’absolu les véhicules sont siglés de sorte à avertir votre voisin de la puissance, de la gamme et du « luxe » amoncelé sous la carrosserie. Bien entendu, ces chers messieurs ont pour grand jeu de décrypter ces codes obscurs et d’en tirer les … conclusions qui sont supposées, à tort, s’imposer. Un petit exemple ? Les diesels sont aujourd’hui les engins les plus prisés et chaque marque y va de son logo, son sigle pour désigner son fonctionnement : HDI, JTD, TDI, TDCI… Et bien sachez mesdames que tous sont des moteurs à turbo. Ca ne vous parle pas ? Je le comprends, mais maintenant cherchez la lettre « T » dans HDI et vous comprendrez que votre collègue/ami/fiancé/époux/voisin orgueilleux ne fera pas le rapprochement et se dira « Ah ah ! Pas de turbo ! »… Sic… Et oui, et là c’est un exemple flagrant et assez simple à saisir, alors imaginez le passionné s’entendant dire autant de bêtises que de demies vérités sur sa passion, tout cela parce que l’interlocuteur a pris en route une émission supposée expliquer comment c’est fait… une bagnole. Merci donc à la vulgarisation mécanique qui m’offre sans arrêt l’occasion de voir que l’esprit humain absorbe tout, mais se charge aussi d’en faire une mélasse informe et surtout surchargée de on dits parfaitement stupides.

Eloignons nous de l’automobile, certaines femmes ont déjà fuit cette page pour se réfugier dans un roman ou le repassage (oh le cliché ! Je vais encore avoir un œil violet si je continue…). Bref. La télévision, l’internet, tout est fait pour que la culture et la science deviennent des choses aussi courantes et faciles à aborder qu’un plat au micro-onde. Well… dira l’anglais dans un soupir, j’admets qu’il est indispensable de prodiguer un enseignement, mais de là à balancer des concepts trop complexes pour le commun des mortels et qui plus est espérer condenser en une heure (maximum admissible par le téléphage, au-delà il favorisera un mauvais film sur le câble) ce que des scientifiques mettent des années à ne serait-ce qu’effleurer, il y a quand même maldonne. N’étant pas un grand génie des sciences et encore moins un roi des mathématiques de haute volée, je me contenterais donc de songer avec délice aux ulcères que se font sûrement ces pointures à l’audition des conversations oniriques entre néophytes qui, sous couvert d’avoir compris le thème sortira des imbécillités à la hauteur de son incompétence… Mais oui mon gars, on peut faire de l’eau en poudre… ne t’inquiètes pas, elle existe la lime à épaissir… Bref, de quoi se payer quelques bonnes tranches de rigolade sous couvert d’une plaisanterie fort judicieusement balancée dans la mêlée. Ne nous leurrons pas : il ne faut surtout pas se contenter d’avoir lu en diagonale un article pour croire en comprendre tous les tenants et aboutissants. Etant dans l’informatique (qui n’est pas une science en soi, du moins à mon petit niveau), j’ai déjà l’occasion de pourfendre des idées reçues et des « Tiens j’ai lu que en faisant ceci on… » Halte au feu ! Merci de relire dix fois l’article, de se renseigner avant de mettre en péril les photos du petit dernier ou la collection de musique si péniblement récupérée au fil des mois !

Vulgaire, la télévision ? A force de vouloir « bien faire » on finit par défaire. Des noms célèbres sont aujourd’hui dans le commun des esprits, mais ces esprits hors du commun sont-ils compris ? J’ai comme un doute : Hawkins est visiblement un grand génie, son nom ne laisse pas indifférent… mais maintenant en y songeant citez moi sur quoi il travaille et quelles sont ses théories. J’admets d’emblée l’ignorer et être totalement inculte dans son domaine de prédilection. N’essayez pas de savoir tout sur tout, c’est impossible, mais essayez d’en savoir toujours plus, c’est déjà pas si mal !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

"On peut expliquer Marx en 5 minutes, 5 heures ou 5 ans"
Raymond Aron

Thoraval a dit…

Et on peut critiquer Marx sur toute sa vie... Mais ce doit être mon côté bakouninien qui me fait écrire cela...