18 avril 2008

Vingt ans déjà, étonnant non?

A toi, le génie littéraire, à toi la plume acide qui a su élever mon sens de l’ironie au firmament de l’aigreur, je dédie ces quelques lignes. J’espère que de là où tu es tu sauras apprécier ma pauvre écriture si fade et que tu seras heureux de savoir que tu as au moins un passionné qui écoute et lit sans cesse tes diatribes.

A toi Pierre, l’ami sincère de mes soirées d’hilarité teintée de réflexion sur le non sens de l’existence, je dis en toute franchise qu’aujourd’hui je pleure un peu ton absence. Parti trop vite et sans laisser d’héritier, tu es encore à cette heure le phare linguistique rappelant que l’humour n’a pas besoin d’être graveleux et qu’être grave peut être drôle. Deux décades passent comme un ouragan, les voitures sont plus moderne, les quartiers se voient transformés et pourtant tes mots d’esprits visionnaires sont toujours d’actualité. Cela confirme, hélas, que l’affirmation pédante qui dit « L’histoire est un éternel recommencement » n’est pas si infondée que ça. Dois-je également dire qu’à force d’autocensure les gens en viennent à ne plus goûter la qualité de la verve et même à en renier l’essence même ? J’en doute, tu as toujours eu le regard suffisamment critique pour comprendre les tenants et aboutissants des choses.

A l’heure d’un désir de porter le brassard noir pour énormément de raisons, je crois que tu aurais su relever les incongruités d’un monde qui n’a pas eu de cesse de s’enfoncer dans l’absurde et l’improbable. Qu’aurais tu dit du 11 Septembre ? Je t’entends presque nous dire avec ton pince sans rire de circonstance : « Pour une fois que l’on accepte un pilote étranger aux commandes d’un avion américain, voilà qu’il trouve le moyen de le loger dans une tour de Manhattan. Si ce n’est pas un drame, ce manque de formation des pilotes ! Et puis quelle incurie ! Ne pas leur apprendre à lire les instructions affichées sur le tableau de bord… On devrait sanctionner la compagnie pour incompétence criminelle. » Bien sûr, j’ironise non sans plaisir de l’incompétence crasse de bien de nos politiciens et je vais parfois jusqu’à fustiger leur apparence de pantin aux mains de quelques imbéciles un peu plus gradés. J’avoue, je suis allé à bonne école en t’écoutant mon ami, mon cher Pierre. Grâce à toi l’obscurité ne me fait plus peur, elle me fait sourire et souvent rire car, tout comme toi je me dis « Plus cancer que moi, tumeur. » Tiens, encore un sujet que tu as abordé le sourire narquois aux lèvres en te sachant toi-même condamné. Si ce n’est pas ça, le courage du comique…

Le temps, comme je l’ai dit, a passé dans un battement d’aile de mouette mazoutée. Après l’Amoco à ton époque il y eut l’Erika à la mienne. Eternelle répétition de la bêtise humaine, incessante course à la connerie. Je savoure tes réquisitoires, je m’abreuve de tes spectacles en songeant à la chance de celles et ceux qui ont pu te voir, vivant, authentiquement engoncé dans un costume de cynique pour camoufler ton véritable amour de la lettre et ta tendresse pour les travers de l’humanité. Tu te moquais de Pinochet, nul doute que tu te moquerais de Bush, des réseaux terroristes, de notre nouveau président, et qui sait, peut-être trouverais tu un mot presque aimable pour saluer la mémoire d’un Coluche parti trop tôt lui aussi. Cela relève du fantasme j’en conviens, mais après tout, ne dit-on pas que les morts voient le monde d’en haut ? Rien qu’envisager cela me rend fier de coucher quelques phrases à toi gloire Pierre. Si tu as le loisir de te moquer de moi de là-haut, ne t’en prive pas : si tu daignes te moquer, c’est que cela t’aura intéressé. Ah fierté mal placée, quand tu nous tiens…

Nous avons tous les deux la même antipathie pour un autoproclamé, ce chevelu prétentieux qui a pris pour son grade de ta part, puis un peu de la mienne avec une qualité moindre hélas. Cela me rapproche un peu du personnage que tu fus, du père aimant qui est décrit par ta famille, et de la plume agile que je goûte sans cesse. Avouez chers lecteurs que cumuler le don d’écrire et celui d’être un bon père ce n’est pas donné à tout le monde ! Certains furent tes détracteurs, te taxant d’avoir la rancune tenace contre les juifs ou les politiques. Messieurs dames, lisez entre les lignes je vous prie : Pierre n’a jamais haï que les cons, il n’a jamais toléré qu’on vienne lui ajouter sous le nez des responsabilités qui n’étaient pas les siennes. A l’instar de ses 25 ans en 1940, je suis la même ligne de conduite estimant que le temps présent me suffit bien assez pour ne pas aller prendre sur mes épaules le poids du passé.

Pierre Desproges est mort le 18 Avril 1988. C’était un cancer, cette saloperie qui emporte tout sur son passage. Tu t’es foutu de sa gueule, j’en fais autant en songeant à mon trépas. Ami Pierre, j’espère pouvoir te croiser là-haut… si tant est que tu sois là-haut ! Plus j’y songe plus je crois que nous aurons l’occasion de nous réchauffer la paillasse dans la lave !

Etonnant non?

Ton passionné, ton fan inconditionnel.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

quel bel hommage à celui que tu aimes et qui a embelli mes années, merci
C

Thoraval a dit…

Ouep...

igolem [Le blog d'] a dit…

Je découvre ton blog par hasard : quelle claque !
Après lecture de quelques-uns de tes textes, j'en suis à me demander si je vais continuer d'écrire mes conneries qui dorénavant vont me paraitre bien fades.
Quoiqu'il en soit, nous avons tous deux le même maître à penser et cela me rassure de savoir qu'au milieu de cette foule de lobotomisés, il demeure encore des bipèdes qui utilisent leur cerveau.
Mes amitiés à Pierre.