23 avril 2008

Incompréhensible

C’est le seul terme qui me soit venu à l’esprit lorsque j’ai lu quelques brèves concernant la gestion des immigrés sans papier mais salariés en France. Encore une fois la médiatisation d’une situation invraisemblable met en lumière les paradoxes de la gestion de l’immigration, et ce dans tous les sens du terme. En observant de loin bon nombre de personnes mettront en avant que la France n’a pas besoin d’un afflux d’immigrants en arguant qu’il y a déjà fort à faire avec ceux présents. Soit. J’admets sans difficulté le discours qui contient un certain nombre de vérités, toutefois le débat est plus complexe et le malaise plus profond que l’on veut bien le dire.

Dans un premier temps analysons un peu la grogne des patrons concernant le traitement des salariés risquant l’expulsion. Ces hommes et ces femmes sont déclarées, travaillent de manière (majoritairement) légale et leurs employeurs sont satisfaits de ces employés. Pour eux, il y a donc tant une question morale que financière qui entre en ligne de compte. A partir de là, comment se fait-il qu’une personne sans papier puisse être salariée de manière tout à fait légitime ? En ce qui me concerne ce n’est pas choquant au titre que tout emploi devrait être laissé à toute personne désireuse de s’en acquitter avec conscience professionnelle, ceci d’autant plus dans des domaines où il est difficile de recruter. Hôtellerie, restauration et commerce sont touchés par le manque de main d’œuvre, notamment pour des raisons évidentes soit de conditions de travail soit de salaire peu engageants. Une fois ce tableau brossé il reste donc à se dire qu’un employeur sera plus enclin à prendre celui qui se présente que d’aller lui faire un discours sur ses documents…

Elargissons à présent l’analyse. Nous avons donc des immigrés qui sont salariés parfois depuis des années et qui ne se sont pas vus accorder la moindre chance de devenir légitimement résidents français. Certes, il est vrai que la plupart ne sont pas sur le territoire de manière officielle et que bien souvent c’est la peur du gendarme qui pousse ces personnes à ne pas faire la moindre démarche, toutefois ne serait-il pas logique d’offrir un moyen juridique légal de prendre en compte ces actifs qui finalement n’entrent pas dans un cadre légal ordinaire ? C’est tout l’imbroglio entre droit du travail et droit territorial, et au surplus la contradiction entre embaucher un étranger sans nécessité de se poser des questions et l’obligation pour ces derniers d’être enregistrés. Sachant que le système impose des quotas et des brides sur le nombre d’entrants, difficile de faire partie du pourcentage de « reçus », non ? Je n’irai par contre pas invoquer la notion de France terre d’asile pour un certain nombre de raisons qui dépassent le pur conservatisme ou la problématique d’assimilation de populations à la culture différente. A mon sens le problème ne provient clairement pas d’une religion ou d’une façon de vivre différente, mais avant tout d’une capacité d’accueil. La notion du plein emploi n’est plus qu’un fantasme, et qui plus est la possibilité d’ouvrir tous les services dont la France dispose au tout venant s’amenuise fortement. On ne peut pas concilier réduction des dépenses tout en autorisant l’augmentation des assistés potentiels. J’entends déjà le râleur invétéré me taxer de xénophobie alors qu’il ne s’agit pas de cela. A ceux qui pensent ainsi je pose une seule question : à partir de combien de personnes par an la France sera asphyxiée ? Un million ? Dix millions ? Soyons honnêtes : comme toute nation la capacité d’emploi du pays est limitée, et ce n’est pas en ouvrant en grand les portes que cela s’améliorera.

Je parlais de mes contradictions sur le terrain de l’immigration. Etant moi-même issu de celle-ci jamais je n’oserai prétendre que l’immigration doit être totalement interdite, pas plus que je ne saurai tolérer quelque discours raciste ou xénophobe. La France est une nation souveraine qui a une histoire riche, comportant la naissance de la tolérance dans bien des domaines, et qui a su démontrer plus d’une fois une capacité de progrès sur des domaines où d’autres sont encore fort rétrogrades. Ne nous gargarisons toutefois pas avec ces idéaux car ils doivent être soumis à l’épreuve de la lucidité. La France n’est à l’heure actuelle pas totalement capable de faire des immigrants déjà présents des français à part entière. Entre les anciennes colonies et les arrivants d’autre régions du monde, nombre de gens sont des laissés pour compte ou juste classé dans la très pratique boîte des minorités visibles. L’intégration n’est pas une chose acceptable car ce qui existe déjà ne doit pas être oublié, tout comme la France est une nation bâtie sur le catholicisme, puis devenue une république fondée sur la séparation de l’église et de l’état. Mettre cela en cause c’est déjà renier le droit à une légitimité historique et au devoir de mémoire de tout un peuple. De fait, est-il donc si facile d’accueillir des masses de gens n’ayant pas même une connaissance élémentaire de la langue ? Il y a là un vide qu’il serait urgent de combler. D’ailleurs, je trouve tout particulièrement inepte de pas tenir compte de ce critère minimal et cautionne l’obligation d’une formation dispensée par des professeurs sur le territoire Français. A quoi bon vivre en France si l’on est incapable de vivre au quotidien ? Aucune question d’accent ou de fautes, l’élémentaire expression orale est à imposer. Je songe donc à une assimilation (réussie par énormément de gens convenons en tous).

Donc, écouter les politiques vociférer et louvoyer à la fois sur l’épineuse question des sans papier est difficilement acceptable à mes yeux. L’état se doit d’être déterministe et non pas fataliste. L’immigration est un fait impossible à camoufler, tout comme il serait de bon ton d’être ferme sur certains points. On reconduira peut-être des salariés honnêtes et faisant preuve d’une véritable volonté d’être acteur dans le pays, mais à contrario l’on laissera le sésame du titre de résidence à tout un tas de personnes s’étant rendues coupables d’actes délictueux. J’ai en travers de la gorge l’idée même d’expulser un homme honnête pour qu’il cède sa place à un fainéant. Rien à voir avec la « race », couleur ou obédience, c’est une question d’équité pure et simple. C’est étrange : tout immigré prétendra être là pour le boulot, et toute une population sera en fait parasite du système, comme le sont déjà un nombre non négligeable de français « de souche ». C’est là tout le travers des libertés individuelles : le droit de se foutre de ceux qui font l’effort d’être actifs. Rappelons nous enfin que c’est sur cette incurie que s’est bâtie la force des partis nationalistes ou extrémistes. Je ne saurais trop recommander à nos politiques d’être plus clairs et surtout plus logiques dans leurs choix. Régularisons, mais faisons le pour ceux qui sont là pour être comme tout français se devrait d’être : constructif.

1 commentaire:

Thoraval a dit…

Dégageons de suite le problème de race. S'il est vrai que certaines personnes sont exclues pour leur origine, il est vrai aussi que certaines personnes sont exclues à cause de leur nom fraçais, à défaut de francophone, alors qu'elles sont de l'origine de la première catégorie. Faits assez fréquents dans la ville où je réside actuellement: Marseille. Je fais cette entrée en matière pour noter que parfois ce n'est pas un problème de "race" mais un problème plus stupide, à savoir la faiblesse de nos Administrations et l'esprit polémique particulier à la France. Dommage que ce dernier soit plus dans les formes que dans le fond.
De la même façon que des policiers vont emmerder la petite vieille ou une fête occasionnelle dans un HLM, alors qu'elle n'intervient pas parce que quelques individus squattent un hall en vendant de la drogue et mettent un quartier en zone de non-droit. Quel rapport avec le sujet de JFPALF? Il me parait évident.
Encore une fois, c'est l'ensemble des acteurs du pays qui ne remplit pas son rôle. Et je ne parle pas que des politiques, je parle aussi de nous, gens du peuple, un par un, individu par individu, citoyen par citoyen.
Comme JFPALF, je suis d'origine étrangère sur cette terre de France et je resterai un étranger, puisque l'Europe d'aujourd'hui le permet. Mais en tant qu'étranger, je me plie aux règles de ce pays. Us, coutumes, lois.
La France laisse des gens d'ailleurs la bafouer parce qu'elle achète sa paix sociale. La paix ne s'achète pas, elle se conquiert. En revanche, la France va effectivement emmerder des gens d'ailleurs qui ont travaillé et suivi ces règles, sauf, une, l'entrée régulière dans ce pays. Question de se donner l'impression de maitriser la situation. Et alors?! Ne vaut-il pas mieux un clandestin qui s'intègre et participe à ce pays qu'un régulier qui crache dessus?
Je pense que la France devrait arrêter de vivre avec les images d'antan et des culpabilités désuètes, des versatilités sémantiques et de faux droits d'inventaire. Exemples? La "Droite" qui se veut moderne parce que l'on pense qu'elle est figée et qui confond vitesse et précipitation. La "gauche" qui veut paraître plus humaniste que l'Humanité, pour faire oublier que les colonisations sont en grande partie de son fait sous couvert de donner d'apporter les bienfaits de la civilisation, comme en d'autres temps l'Eglise se donna conscience d'apporter la bonne parole, tout en dénigrant le fait que les populations découvertes avaient une âme, ce qui permettait de faire des esclaves.
Tout est tronqué, galvaudé, gâché.
La France devrait appliquer un autre principe que pollueur/payeur. Elle devrait appliquer aussi le principe de payeur/bénéficiaire. C'est à dire non pas une politique d'immigration positive (bien que je trouve cela bien)puisqu'en France cela passe mal; mais une politique de "socialité" positive. Je participe à la vie et le bien-être de mon pays ou du pays qui m'accueille, je suis bien vu et aider dans la mesure des lois de ce pays. Je ne participe pas à cela, je perds le droit d'être entendu et considéré. Ce, de la même manière qu'un truand sait qu'en exerçant son style de vie, il perd ses droits civiques.
Ce n'est pas de la politique, du pro- ou anti- quelque chose, il me semble que c'est du bon sens. Je le dis pour ces clandestins travailleurs qui, à mon sens, peuvent résider ici sur le principe de l'impôt versé (ce qui est mieux que celui du sang versé); comme je le dis pour des gens d'ailleurs, réguliers, travailleurs aussi, intégrés dans ce pays comme dans leurs traditions d'origine, et qui subissent la réputation négative de certains parasites sociaux. Ils sont nombreux également et on en parle peu. Je les crois pourtant en majorité.
Mais n'oublions pas que nous sommes tous coupables de ces situations. Nous laissons faire ou défaire. Un Peuple n'est pas une opinion publique réduite à un sondage ou un taux d'audience. Un Peuple est le garant de lui-même s'il est acteur de sa vie et non spectateur.