22 janvier 2008

Honneur des armes, déshonneur des hommes

Si j’aborde un tel sujet c’est que récemment j’ai découvert un chanteur au verbe puissant nommé Jean Pax Méfret. Je remercie donc le sieur Thoraval pour ce cadeau qui m’est inestimable et que je range avec plaisir au panthéon des chants tant réactionnaires que lucides. Pour résumer, un des titres aborde la bataille de Diên Biên Phù et en décrit avec douleur et fierté mêlée le sort des soldats français tombés durant la bataille. Loin de toute nostalgie colonialiste le titre évoque le comportement oublieux d’une nation qui s’est empressée d’enterrer ses propres soldats pour que le futur n’ait pas à gérer les ruines du passé. Pourquoi est-ce à celui qui tient le fusil pour défendre sa patrie de subir l’humiliation de la défaite ? Est-il responsable d’une politique de l’échec et de décisions qui le dépassent ?

J’aime à croire que l’Homme est capable de choix et ce même si certains s’avèrent être désastreux. En cela j’estime donc qu’on est tenu de respecter le sacrifice d’autrui surtout quand il a été fait dans un esprit totalement dépourvu d’équivoque. Fut un temps le respect de l’uniforme ainsi que de celui du combattant était dans les mœurs, à tel point que les célébrations avaient un sens. On déposait des gerbes de fleurs sur les tombes, les places du souvenir avaient un véritable rôle autre que de trôner en guise de rond-point. Pourquoi se permet-on alors d’humilier à nouveau ceux tombés au combat en leur refusant le simple salut aux morts ? En quoi celui ou celle ayant péri pour une cause aujourd’hui décrétée mauvaise est-il devenu une mauvaise personne ?

L’héritage dont nous sommes les détenteurs contient tant le progrès social et technologique que le souvenir des guerres et du sang versé. L’unité du territoire Français ne s’est pas fait sans heurt, la notion d’unité morale et religieuse n’est pas apparue au moment de tractations mais plus à l’embouchure d’un canon ou à la pointe d’une lance. Raisonnablement on ne met plus en doute les intentions des conquérants antiques alors que nous sommes toujours capables de mettre en exergue la cruauté de nos proches ancêtres. Le légionnaire romain a-t-il été meilleur ou pire que son homologue légionnaire moderne ? Cette notion concrète de la brutalité n’a pas de sens étant donné qu’à mes yeux la guerre par essence est une chose brutale et cruelle. Ce qui est essentiel est de ne pas oublier le pourquoi de la lutte et non juste la victoire ou la défaite. Regardons un peu notre comportement : glorification de la « victoire » de 1945, commémoration de l’armistice de 1918 mais rien ou presque pour les anciens de l’Indochine ou de l’Algérie. Pourquoi avoir honte pour eux ? Ce n’est pas au fantassin de choisir les combats mais aux politiques de ne pas choisir une action sans justification. De la même manière je respecte le GI Américain non dans sa participation à des conflits honteux mais dans son engagement déterminé à défendre sa patrie. Cela semble passéiste à certains, pour ma part c’est une nécessité identitaire. Nous sommes les garants d’une liberté chèrement acquise et m’est avis que tout soldat ayant participé à une guerre mérite un éloge.

Je vois déjà les têtes dodeliner avec mépris, surtout pour ceux et celles qui songent aux crimes nazis, aux débordements des paras à Alger, à l’inqualifiable attitude des soldats Israéliens avec les civils en Palestine… sont-ils responsables des décisions politiques ? On va me dire qu’ils sont volontaires, qu’ils choisissent de tenir un fusil et d’agir ainsi mais à ceux-là je les mets au défi de faire acte de désobéissance en temps de guerre, histoire de voir leur courage mis à l’épreuve. Nous n’avons pas vécu de tels évènements, nous ne sommes pas des juges fiables pour pouvoir oser commenter et critiquer leurs actions, et à cela j’ajoute ceci : commencez par savoir si vous, honnêtement, vous auriez fait mieux !

Seuls les vainqueurs écrivent l’Histoire, et César complète cette maxime par « Malheur aux vaincus ». De nombreuses batailles ont été perdues pour diverses raisons, des défaites s’enchaîneront encore et encore dans les livres d’histoire mais il est de notre devoir de ne pas dénigrer ceux qui sont morts ou qui en sont revenus. Nous avons oubliés les Harkis, les anciens des colonies, les USA ont vomis une haine antimilitariste sur les anciens du Vietnam, certains sont même allés cracher sur ceux qui revenaient du front. Le pacifisme est une idée noble, un idéal auquel j’aspire tout comme nous aspirons tous à la paix, toutefois ce serait alors oublier que la violence mondiale est faite par nous et surtout à cause de notre incapacité à nous entendre. Pourquoi ceux qui sont alors le prolongement de nos idéologies devraient être tenus pour responsables ? La conscription tout comme le volontariat forgent des armées qui méritent au moins notre caution morale étant donné qu’en démocratie nous choisissons ceux et celles qui les envoient au combat. Et oui, NOUS, nous tous nous décidons donc par les urnes de les mettre face aux canons, de les faire se traîner dans la boue ou de sauter en parachute sur une zone ennemie. Nous tous avons donc une responsabilité et à nous tous de l’assumer.

Je crois que ce qui me rend le plus amer c’est qu’à contrario nous faisons preuve d’une capacité invraisemblable à mettre sur un piédestal des monstres despotiques et même à refuser d’en reconnaître les erreurs. L’Allemagne avec son héritage terrifiant a réussi la transition qui comprend non seulement un non reniement du passé mais aussi et avant tout une solidarité avec les anciens combattants. Quand on juge les criminels on ne peut juger tous les rouages d’une nation, alors avant que la Nation soit corrompue et par voie de conséquence l’armée soyons de ceux qui en défendent les idéaux indispensables à la vie en bonne entente avec nos voisins. Nous avons réussi à pacifier l’Europe au prix de deux conflits mondiaux, faisons en sorte que ceux-ci soient toujours des symboles de notre folie passée… et de notre bon sens pour l’avenir.

Site de l'amicale des anciens de Dien
Diên Biên Phù sur Wikipedia

3 commentaires:

Thoraval a dit…

A force de voir César partout, on lui tient tous les propos... Tss, tss... Il me souvient d'un chef nommé Brennus qui se paya une tranche de rigolade à Rome quelques siècles environ avant Jules César et qui jeta son épée dans une bascule à poids dans laquelle les Romains versaient leur rançon, en criant, aux reproches de ces derniers, quant à l'usage de poids truqués: "Du droit des vainqueurs! Malheurs aux vaincus!" Voir la source romaine de Tite-Live pour ceux qui me reprocheraient mon esprit trop celtique...
La Paix, la Guerre, les civils, les militaires... Toujours en confrontation, toujours en opposition, et toujours, dans les faits, très complémentaires, voire, imbriqués dans les mêmes situations. Oui, les pacifistes diront que tant qu'il y aura des miltaires, il y aura des guerres. Je dirai; tant qu'il y aura des gens capables de provoquer des guerres, il y aura nécessité de militaires et d'armées. En France, on m'objectera que cela n'est pas forcément vrai et que dans ce pays, le contraire est démontré: armée en baisse régulière dans ses effectifs, plus de Service Militaire, plus de soixante ans de paix, etc. Mais on oublie souvent de citer que cela est possible parce que la France a le pouvoir de détruire par son armement nucléaire quatre fois ce qu'elle représente. Qui alors voudrait vous envahir? Ce bénéfice de tactique que la France doit à De Gaulle s'est avéré payant lors de la Guerre Froide. Ce que le général n'avait pas dû prévoir, c'est la faculté de ce pays à gâcher sa paix et son potentiel. On ne peut pas tout prévoir, n'est-ce pas? Et une paix gâchée n'est pas sous la reponsabilité des militaires. Pas en France, en tout cas.
Un civil tue, quinze ans de prison. Un militaire tue (dans l'exercice de ses fonctions), une médaille... Qui s'adjuge le droit de choisir cela? C'est une question qui m'a taraudé lorsque je portais l'uniforme. Qui me donnera la réponse? (Je plaisante, je me passe de l'avis d'autrui pour ce genre de broutille)
JeFaisPeur pose une bonne question: Qui ferait quoi en telle circonstance? C'est une réelle question et il serait bon que ceux et celles qui jugent sans avoir humer une ville dévastée se la posent avec le plus de sincérité. Après, nous parlerons le même langage. Au moins celui que nous pouvons avoir avec JeFaisPeur.
"La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas", disait un sage. C'est d'ailleurs ce genre de vérité qui a construit l'Europe.
Et pour finir un peu mes divagations, je m'adresse à ceux qui voit dans le para, le bidasse, le militaire un type forcément brute, sauvage, inutile et barbare, je me souviens de ceci, une prière que l'on m'a dite le jour où j'ai eu mes Ailes. Lisez-la et relisez le texte de JeFaisPeur; peut-être serez-vous plus humains lorsque vous verrez un uniforme sur votre chemin. Moins catégorique. Plus conscient que le civil et le militaire sont des membres utiles de la même société. Sans parler de cette célébration au dieu de la Guerre, Mars, commémorée tous les ans un 14 juillet, avec cet hommage au feu par la flamme du héros (pardon!, soldat!) inconnu.

PRIERE DU PARA

Je m'adresse à vous, mon Dieu, car vous donnez
Ce qu'on ne peut obtenir que de soi.

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste
Donnez-moi ce qu'on ne vous demande jamais.
Je ne vous demande pas le repos
Ni la tranquillité
Ni celle de l'âme, ni celle du corps.
Je ne vous demande pas la richesse
Ni le succès, ni même la santé.

Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement
Que vous ne devez plus en avoir.

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.
Donnez-moi ce que l'on vous refuse.
Je veux l'insécurité et l'inquiétude.
Je veux la tourmente et la bagarre
Et que vous me les donniez, mon Dieu,
"Définitivement.
Que je sois sûr de les avoir toujours
Car je n'aurais pas toujours le courage
De vous le demander."

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.
Donnez-moi ce que les autres ne veulent pas.
Mais donnez-moi aussi le courage
Et la force et la Foi.
Car vous êtes seul à donner
Ce qu'on ne peut obtenir que de soi


André ZIRNHELD,Parachutiste de la France Libre, mort au Champ d'Honneur en 1942.

J'y ai cru, j'y crois encore. Parce qu'il y a des gens doués pour cela et qu'il vaut mieux que ce soient eux qui aillent à la baston que des innocents qui n'ont rien demandé.
Mais je ne crois pas au fait que des faiseurs de guerre ne s'en prennent pas aux civils désarmés... C'est plus facile de s'en prendre à eux qu'à des militaires armés et entrainés.

JeFaisPeurALaFoule a dit…

Merci pour cette précision fort intéressante concernant les propos que j'ai prêtés à César, malheureusement bien des phrases célèbres sont mises dans la bouche de gens capables de les dire mais qui n'en sont pas pour autant les auteurs.

Pour répondre simplement, j'estime que la valeur d'un homme ne se juge pas aux cartouches qu'il a tiré mais à sa volonté d'être acteur de sa vie et non spectateur de son temps. Bien des "penseurs" jouent avec aisance la morale et la psychologie analytique tout en évitant bien soigneusement de se mouiller. Je m'explique: il est fort simple de mettre en exergue les erreurs des autres et fors délicat de s'affirmer et surtout d'affirmer ses propres incuries. Je songe notamment à un certain ... non finalement je ne ferai pas l'honneur de diffamer ce misérable bidonsophe s'octroyant le droit de juger ce qu'il ne connait pas et qui vient faire la leçon en français du haut de sa mèche volontairement mal coiffée...

Thoraval a dit…

C'est bien de ne pas avoir cité BHL, c'est très sport de votre part... Héhé!...