20 juillet 2007

Les souvenirs d’enfance

« Le visage tendre et naïf qui se ferme sous la couverture de ses rêves peuple mon âme de nuages colorés ». C’est joli je trouve et pour une fois c’est de moi, et n’y voyez pas une quelconque glorification de mon art de la plume car j’avoue sincèrement avoir une forme de tendresse pour l’enfance, cette période où la torpeur des adultes n’a que peu d’influences. J’adore ces regards pétillants qui cherchent le jouet ultime, l’outil magnifique du rêve qui devient réalité l’espace d’un instant, ces mains potelés qui caressent longuement l’onirique objet puis qui s’en détourne au moment d’un changement brusque d’humeur. Que les enfants sont des poètes, qu’ils animent en moi la chaleur rare d’un sentiment de bonheur.

Quoi qu’il arrive on a toujours un petit souvenir à chérir, le moment à faire réapparaître pour se souvenir qu’on a été à un moment ou à un autre une âme innocente et pure de la souillure humaine. La première balade à vélo sans les petites roues, le sourire enfantin d’un voisin qui est devenu un ami, l’odeur d’une confiture qui cuit lentement dans la cuisine, tous nous avons en nous ces espoirs trop souvent déçus d’une existence toujours emplie de rêves et de tendresses. A quoi on les rattache ? Un nounours bleu qui a survécu à l’outrage du temps, des centaines de pièces de LEGO ayant donnés la Vie à des choses improbables, et cette odeur de colle Cléopâtre distribuée à l’école primaire. Les parfums, les lieux et les sons rebâtissent souvent des moments qu’on croyait morts et enterrés en nous.

« Je me souviens », que j’aimerais pouvoir dire ces mots plus souvent, les user jusqu’à la trame puis les revoir à nouveau neufs sur mes lèvres. Aujourd’hui le bâtiment qui a accueilli mon entrée dans le monde n’est plus, tout comme la clinique qui s’est chargée de mon voyage utérin. L’un comme l’autre le béton s’est chargé d’en obstruer les ouvertures, puis un jour le marteau piqueur en a assassiné la façade, le toit, puis finalement les planchers pour faire table rase du passé. Que sont-ils devenus, ces gens dont je ne me souviens pas toujours, sont-ils ne serait-ce que vivants ? La voisine aux innombrables chats que j’appelais affectueusement mamie est-elle de ce monde ? Le calendrier annoncerait pour elle le centenaire cette année… Henriette si vous êtes « ailleurs », soyez assurée de l’Amour que je vous ai porté pendant mon enfance. Et ce voisin braillard et pourtant gentil avec les gosses ? Parti on ne sait où, plus de nouvelles. Là où trônait une cage d’escalier une dalle de goudron recouvre mes souvenirs à jamais. Poussière de vie, poussière de souvenirs épars.

Dire que je croyais que le choc des générations n’est qu’une lubie de personnes trop fermées pour comprendre la jeunesse… A y regarder de plus près comment un adolescent peut-il comprendre la sensation qu’on ressent en revoyant des dessins animés mal réalisés, sans scénario ou presque mais qui vous remet dans l’ambiance du gosse allongé sur la moquette du salon ? Comment va-t-il saisir l’intensité du miracle du passage du noir et blanc à la couleur dans le poste ? Sait-il qui était Jacques Martin ? Ses références ne sont pas les miennes, et je passe pour un ancêtre à présent, trop vieux pour piger ce qu’est la musique à la mode et plus encore pour m’enthousiasmer pour la dégaine de mes contemporains. On vieillit tous, mais ça se fait si vite…

Télévision de toutes les émotions, les musiques de générique qui deviennent des tubes en discothèque, le retour fracassant des soirées organisées pour ma génération, ça sent tellement le sapin plus que la violette tout ça ! Nostalgie du Goldorak, envie de revoir un transformers entre mes doigts, plaisir de traîner dans les rayonnages et y découvrir la boîte d’un mopoly survivant face aux consoles de jeu, je n’y résiste pas, à cette mémoire volatile qui me dit que oui, je jouais souvent aux échecs avec mon voisin, que oui on en a passé du temps à courir malgré le mauvais temps, à arpenter ces parcs en sable plein de gravier, à tomber puis se faire rafistoler les genoux écorchés. Le passé… parfois il revient comme ressort le visage d’une personne qui a pris de l’âge.

Parfois le réveil est douloureux, pâteux comme après une chirurgie, et les moments d’infamie surgissent en nous, souillent notre avenir et noircissent notre passé qu’on voudrait idéaliser. C’est avec tendresse qu’on se souvient de la voiture du papa et qu’au fond, une fois plus vieux on se rend compte qu’elle n’était pas toute jeune, inconfortable même et qu’elle fut pourtant bien utile. Il y a aussi ces bagarres pour la Vie, les colères intérieures que l’on taira à jamais pour ne pas faire souffrir les siens, ces méchancetés dites et regrettées aussitôt, et ces souvenirs qui vous violentent, vous font ce que vous êtes et que pourtant vous aimeriez n’avoir jamais vécus. L’alcool pour certains, la solitude pour d’autres, l’enfance maltraitée, les familles disloquées, parfois même la mort trop précoce, forge de Vie, forge de tristesse et souvent forge de caractère, mais à quel prix ?

Je le dirai un jour à mes enfants, si une femme a la bêtise de me permettre de me reproduire avec elle, oui je leur dirai un « je me souviens », je leur raconterai les cache cache dans la cité, l’odeur de la cage d’escalier, la saveur de l’eau en plein été, et si j’ai le temps je leur montrerai aussi qu’on doit aimer pardessus tout vivre, vivre avec ceux qu’on aime et ne pas avoir honte de le leur dire aussi souvent que possible.

2 commentaires:

Tarik a dit…

Superbe article, j'ai souri en lisant ton souvenir de l'odeur de la colle cléopatre, c'est clair que ca m'a marqué aussi. L'enfance pour moi c'était l'insouciance, l'inconscience meme, on vivait dans notre bulle, comme dan un reve alors qu'autour de nous il y avait la guerre, les gens qui crèvent de faim, les hommes politiques à 7 sur 7 dont je voyais juste bouger les lèvres car je ne comprenais rien de ce qu'ils disaient... hhhhaaaaaallala

Anonyme a dit…

oui, vraiment, superbe article, très émouvant.
ancolie