12 janvier 2007

Homicide volontaire.

«J’ai envie de tuer quelqu’un. C’est assez urgent. Ca aussi, j’aurais peut-être dû en parler à mon psy, mais finalement, j’ai préféré me confier à mon armurier.

Vous allez me dire : « Et le respect de la personne humaine ? », mais où avez-vous vu qu’elle était respectable la personne humaine ?

Vous avez entendu chanter Francis Lalanne ?
Vous avez entendu penser un footballeur ?
Vous avez vu les yeux morts des terrifiants zombies à chapeau mou alignés devant les chars apocalyptiques des 1er Mai moscovites ?
Avez-vous entendu le décérébré radiophonique meugler les résultats du « Top 50 » ?
Avez-vous reniflé les effluves de sang lourd épanché du taureau sacrifié au crétin bariolé qui brandit sa queue fauve au nez des connes humides des étés madrilènes ?
Avez-vous touché du doigt le fin fond de la bassesse au front des marchands de femmes accroupies ?
Avez-vous, sans bouillir, essayé Génie ?
Vous avez lu Télé 7 jours ?
Vous vous êtes regardés ?
Vous m’avez vu dans la glace ?

Pierre Desproges.

Merci maître, je confirme de ma basse existence terrienne à votre inexistence spatiale supposée par les blouses blanches des laboratoires du CNRS, l’envie d’homicide est quelque chose qui titille bien souvent mes neurones accablés par l’imbécile vacuité de ma résistance temporelle. Effectivement, rien n’est plus tentant que de placer dans une mire vitrée d’un fusil assassin le visage flasque des humains barbares, puis de presser sans pitié la détente et de provoquer l’élan éjaculatoire d’une balle chemisée. Mais qui exécuter ? qui placer sur le billot expiatoire sur lequel on laisserait tomber empli de joie la hache du destin ? la liste est longue, bien plus longue que le bras manchot de notre justice défaillante. Se contenter d’un tiercé gagnant du triumvirat des ordures reconnues et d’en séparer la substantifique moelle de l’adipeuse et inutile chair, et ce sans toucher les bords (s’il vous plait) ? ce ne serait qu’un pis aller, une façon comme une autre de désarmer la rage continuelle de cette haine pathétiquement ordinaire qu’on (enfin moi et mon égo) voue au monde et à ses dirigeants.

« Comment espérer en l’homme? Peut-on attendre le moindre élan de solidarité fraternelle chez ce bipède égocentrique, gorgé de vinasse, rase-bitume et pousse-à-la-fiente? »

C’est à se demander si l’on peut se contenter d’une épuration concernant nos criminels car si l’homme peut être un assassin c’est au peuple que revient la force d’être collaborateur. Oublier que dans l’élan patriotique l’on peut caser sans sourciller la déportation, les dénonciations et la ferme résolution d’apprendre une langue étrangère c’est alors renier la volonté du quidam à faire comme tout le monde. Je sais, résister est une valeur morale haute et symbolique tant la différence de force entre le faible terroriste et le fort oppresseur est grande (sachez qu’à toute fin utile terroriste signifie « qui use de la terreur pour changer une situation politique » et non « qui tue aveuglément ») cependant est-ce pour autant qu’on doit assimiler le courage à tout un peuple ? Je ne suis pas chien, bien que les vertus du canin sont bien souvent plus grandes que celles de l’être l’humain, donc je disais je ne vais pas être chien je laisserai le bénéfice du doute… mais douter, douter de quoi ? De l’idéal colporté puis déformé par la masse insensible aux vrais idéaux ? douter de qui ? des propagandistes hurleurs de fausses bonnes nouvelles sur les canaux radiophoniques délabrés par les censeurs bien pensants ? La valeur des hommes en allant au fond des choses, c’est une infamie que de parler du pluriel des âmes égarées et c’est un compliment d’en faire l’estimation à l’unité. Finalement les marchands d’arme ont compris le concept : vendre en quantité de manière à ce que les individualités se taisent face à la parole franche et précise du fusil d’assaut.

« Pourquoi, Dieu me tripote, faut-il toujours-z-et-encore que, siècle après siècle, civilisation après civilisation, se répète inlassablement le terrible adage qui nous enseigne que le plus court chemin de la barbarie à la décadence passe toujours par la civilisation ? »

C’est donc ça ! voilà pourquoi je ne sais qui placer entre moi et le poteau salvateur de mon peloton d’exécution personnel : la civilisation n’est en fait que le tampon instable et miséreux entre le totalitarisme de la haine et l’anarchie d’une fin d’époque ! n’est-ce donc que cela à qui l’on doit l’effondrement du bloc soviétique ? est-ce finalement la réponse à toutes les faillites politiques ? on ne peut donc pas accuser une personnalité, ou même des gouvernements, on doit donc en conclure (en tressant pendant ce temps la corde de notre pendaison et dresser la potence salvatrice) que nous, humains, déchets biologiques d’une nature qui pourrait se passer de notre présence, sommes responsables de l’échec de notre existence commune. Je frémis de ma responsabilité, je tremble rien qu’à l’idée terrifiante qu’on puisse m’imputer le naufrage planétaire. Je n’ai pas les épaules larges du titan soutenant le monde, moi pauvre erre imbécile confinée dans mon existence maniérée je ne me vois pas jouer les bouc émissaires. Non merci ça ira je me contenterai de mes propres erreurs (et d’un petit café bien serré sans sucre merci).

« Dieu a dit : "tu aimeras ton prochain comme toi-même", c'est vrai. Mais Dieu ou pas, j'ai horreur qu'on me tutoie, et puis je préfère moi-même, c'est pas de ma faute. »

Voilà, on va encore prendre Dieu à témoin, comme s’il devait assumer notre existence en dilettante désespérément prisonnière de notre carcan éducatif. Verrait-on une jeune fille de bonne famille se jeter sur les baïonnettes des encagoulés tortionnaires ? on va me répondre oui, question d’éthique et de droiture morale et moi je rétorquerai qu’il est moins imbécile de se coller une bouillie musicale informe dans le fond des tympans (et accessoirement sur des vêtements hachés menus par la mode) que face à une rangée organisée de militaires préparés à l’émeute. Rien n’est plus déprimant qu’une révolution qui se finit en bain de sang, qu’une révolte héroïque mais futilement vaine, et bien que j’admirasse cette indéfectible volonté de changement, je me demande encore et encore si le bon sens n’est pas la première chose qu’on perd quand on devient révolutionnaire (ça mériterait une ritournelle ça tiens…). Simplement, dire que Dieu a le droit de regard et le devoir de réponse c’est en oublier nos propres obligations. Qu’on ne me dise surtout pas qu’il y a Dieu en toute chose, il y a surtout notre acharnement à produire, créer puis détruire en chaque endroit de ce monde. Que ce soit… tout en haut des plus splendides montagnes, jusqu’au plus bas fond des océans, en passant par les plaines et les déserts, nul endroit n’est à l’abri des inconséquences de l’Homme et Dieu ou pas ce foutoir mondial n’est que notre fait, pas celui d’une Vie supérieure… quoique le théologien irait bien prétendre à notre décharge que cette garce d’Eve nous a gâché le paradis… mais là c’est une autre histoire !

« Tout dans la vie est une affaire de choix, ça commence par la tétine ou le téton, ça se termine par le chêne ou le sapin. »

Alors au fond je n’ai pas pressé la détente, point de mort à mon actif si ce n’est celle de mes propres illusions sur l’humanité toute entière. J’ai choisi le doute en guise d’hostie, je le garde sur la langue en attendant qu’il devienne pour moi la saveur d’une divinité au-delà de toutes les mécréances de la chair humaine. Maître, vous disiez vous-même « la seule chose dont je sois certain c’est d’être dans le doute. ». Je vous confirme, c’est bien par le doute que l’Homme n’échouera plus en politique, en diplomatie, en écologie ou en négociations sociales menées tambour battant (et non au son trompeur des bottes cirées s’échinant dans l’imitation ratée d’une percussion de fanfare).

Merci à vous, Maître à penser majuscule du minuscule scribouillard que je suis.

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