14 mai 2007

La vanité ou le mouvement perpétuel humain.

L’Humanité cherche sans cesse une méthode ou une technique lui permettant de générer une énergie inépuisable, une façon de créer le « mouvement perpétuel ». Ainsi, l’idée serait donc de lancer une machine quelconque et de ne plus avoir à s’en soucier pendant des siècles. Etonnamment bon nombre de personnes se penchent chaque année avec plus ou moins de sérieux sur la grave question qui les taraude qui est de savoir si oui ou non c’est faisable… d’ailleurs chaque année un illuminé ou deux tentent de vendre une solution soi-disant efficace, pour finalement n’être qu’un canular ou pire encore une ineptie. Pourtant pauvres bougres, n’avez-vous pas remarqués que le mouvement perpétuel est présent à chaque moment de votre existence ? Oui ! Je l’affirme, nous détenons en nous cette science magique qui est… hélas… la vanité.

Ecoutons nous parler, enfin tentons péniblement de le faire : qui n’a pas été surpris par l’imbécile vanité de son voisin – ami – cousin (liste non exhaustive) ? L’Homme adore s’auto congratuler dans le seul souci de rassurer l’ego que « On n’est pas si mauvais que ça finalement ! », et dans les faits cela génère bien des conflits pénibles et idiots où seuls les tempéraments sont en lutte et non réellement les faits pris sous le regard austère et studieux de la science. Pour qui n’a pas ressenti l’envie démoniaque d’étrangler le beau parleur précédant ses phrases de « moi je », il est difficile de comprendre la douleur profonde que ces imbéciles peuvent provoquer, car non content d’être une pollution sonore intraitable par des procédés techniques classiques (qui irait construire un mur antibruit entre soi et son voisin de table ?) l’ahuri trouvera toujours le terrain favorable à rendre son auditeur fou de rage. Par bonheur je suis rarement bloqué à proximité d’un malandrin de cette espèce… et puis j’ai la fâcheuse tendance à les fuir à toutes jambes.

On m’objectera aisément que j’ai un ton démagogue, que je fais la leçon et que parfois celle-ci n’est pas justifiée. Certes, je concède sans douleur cette façon peu orthodoxe de communiquer, mais elle est fondatrice de réactions et de réflexions, et à ce titre je suis demandeur. Le débat est une manière d’avancer et non de se scléroser dans des convictions martelées à tout bout de champ dans les oreilles qu’on espère évangéliser avec sa foi indéfectible. Nous sommes toujours d’accords avec nous même non ?

Aux vaniteux j’ai souvent envie de répondre que chacun a trouvé un secteur ou une activité où il excelle et que bien qu’étant apparemment passé maître dans un sujet il trouvera forcément un polémiste plus éloquent pour démonter sa dialectique. Tout le jeu de la parole est d’offrir des armes qui sont souvent délicates à manier mais souvent dévastatrices, mais un vaniteux se braquera toujours en prétendant que toute autre méthodologie est une hérésie ou une insulte notoire. La vanité rend con et sectaire, et les cons ce n’est pas la ressource la plus rare qui soit parmi les Hommes, et pour le coup je reste alors silencieux afin que ce fat reste bien engoncé dans ses bêtises.

Plus c’est gros, mieux ça passe et le vaniteux en joue souvent, c’est même une des forces de sa faconde. Faire croire qu’il est détenteur d’une science inaccessible est un pouvoir absolu, la lueur des miracles parmi l’obscurantisme des foules inaptes à comprendre ses hautes élucubrations intellectuelles, mais sa vacuité s’en trouve alors totalement inondée de clarté, devenant ombre invisible dans l’éclat de sa pertinence. Si ce tempérament fier et orgueilleux se contentait d’être dans le domaine des technologies cela ne serait guère plus qu’un pet dans le vent, mais malheureusement la vanité touche tous les domaines de la société : vous êtes vous fait reprocher vos opinions politiques, la couleur de votre compagnon, la qualité de votre voiture ou le choix de votre papier peint ? Alors vous saisirez d’autant plus l’agaçante prédisposition du vaniteux à vous rendre hargneux et méchant.

Ne cédez pas à la panique dans le cas d’une charge d’un vaniteux, au contraire offrez vous un moment de pur loisir intellectuel ! Les règles du jeu sont d’une simplicité enfantine : laissez le parler, attrapez les non sens à la volée, et une fois essoufflé servez vous chaudement des bêtises en les retournant contre votre interlocuteur. Soyez didactiques, patients et même un rien condescendants avec un trémolo de générosité dans la voix : « Tu comprends, là tu pourrais comprendre autrement parce que… ». Ne vous faites pas dénonciateurs, jouez la pertinence et non l’attaque frontale. On ne gagne pas une guerre contre un vaniteux, on le laisse s’enliser jusqu’à sa capitulation sans combat.

Pour finir, l’humilité est facteur de bien des richesses, car si l’on écoute celui qui propose son idée sans fierté déplacée, qui est capable d’être un vrai théoricien concis et précis alors l’on aura toujours plaisir à tendre l’oreille et analyser sans passion les propos émis. Bien sûr être contre sera possible, mais sans haine et sans rejet systématique. Dites vous bien qu’en jouant la vanité de ne pas être pour l’homme au pouvoir (euphémisme) vous ne faites qu’intensifier les convictions par effet de réaction. N’oubliez pas la leçon du vote frontiste : à force de renier les quatre millions d’électeurs ceux-ci se sont convaincus de voter utile…

11 mai 2007

Maltraitez moi !

Que ceux qui se trouvent immédiatement attirés par ce titre pour des espoirs de relations sado masochistes se ravisent sur le champ, il s’agit non pas d’une tendance à apprécier le plaisir de la souffrance, mais plutôt du cri de douleur que pousse la langue française sur internet. Moi-même il m’arrive de me saisir la tête à deux mains pour expier le calvaire que provoque en moi certaines lectures intenables. Pardonnez mes offenses oh saint Dictionnaire, je souffre avec vous sur le bûcher de la toile honnie !

Il n’y a pas une journée où de nouveaux sites naissent, se modifient ou évoluent, et pour la plupart c’est à croire qu’ils sont mis à jour par des personnes peu au fait des règles élémentaires de grammaire ou pire encore d’orthographe. Etant parfois maladroit, j’aime à ce qu’on me fasse remarquer mes propres fautes afin que j’en corrige immédiatement le scandale de mes doigts boudinés, mais un conseil : ne tentez pas cela chez un autre au risque d’au mieux vous faire copieusement insulter, au pire de ne pas être du tout compris. Qui n’a pas hurlé au scandale en ayant sous les yeux un de ces torchons virtuels que sont les « blogs » pour jeunes ? Qui n’a pas eu envie de se taper la tête contre un mur en y découvrant des inepties que même un adolescent en pleine crise identitaire n’irait pas déblatérer à son journal intime ? J’avoue, je souffre quand je suis confronté à ça…

L’équation de destruction de la qualité est vérifiée sur internet : plus vous mettez de commentateurs en présence plus ceux qui avaient un discours intéressant seront noyés et disparaîtront corps et biens dans les méandres des sites finissant en « erreur http 404 ». Quelle infamie ! La bêtise surplombe alors de ses ordures la qualité, l’esprit et la critique, vociférant alors des « lol », « mdr » et autres insupportables « ptdr » en quantités innombrables. Je suis ainsi convaincu que si l’on pouvait supprimer ne serait-ce que ces signaux hilarants (parait-il) du web l’on s’économiserait 20 à 30% de texte ! Que dire si ce n’est ALERTE ! Et que dire des humeurs journalières ressemblant vaguement à un « lol mon cha il é béton de la fenetr ». Comprenne qui pourra, pour ma part je ne dispose pas encore d’une transcription du langage crétin en Français intelligible.

Pourtant, il arrive qu’on puisse trouver de véritables perles… dit comme ça, enfin … écrit comme ça l’on pourrait croire que c’est un compliment, grand Dieu non ! Comprenez par perles le meilleur - hum - du pire est disponible, à portée de doigts et de souris. Non content de véhiculer des lieux communs ou pire encore de ne rien véhiculer du tout (qui s’intéresse au shampoing utilisé par une adolescente pré pubère ou à la méthodologie de classement des caleçons d’un jeune adulte sans culture ?), il arrive même que la phraséologie de l’illettré pourtant bachelier contienne un discours franchement raciste, intégriste quelque soit la religion ou allant jusqu’à revendiquer la violence et le vol. L’impression que le web devient non pas une encyclopédie interactive et universelle mais en fait le dépotoir à idées m’irrite au plus haut point.

La conséquence même de cette dégradation est, à mon avis, reflète totalement ce que notre société a de pervertie. En quelques années la démocratisation des connexions internet a permise de tous nous rejoindre sur les mailles du filet câblé, mais en rejoignant « l’élite » (entendre par là les riches et ceux travaillent dans les métiers de la communication via l’informatique) qui pouvait prétendre à une certaine éducation, le tout venant y apporte aussi ses travers : manque de structure familiale, abandon progressif des études, perte des repères classiques nécessaires à la jeunesse… tout y passe avec une virulence et une haine pathologique des institutions. L’écorchement même de la langue devient signe de rébellion, une marque distinctive de ceux qui comprennent ce charabia sur ceux qui ne comprennent pas. Certains tordus sublimes sont allés jusqu’à m’expliquer qu’il s’agissait là d’une inévitable évolution du langage écrit. Désolé, mais jusqu’ à nouvel ordre je refuserai fermement de remplacer des lettres par des chiffres sous prétexte que phonétiquement c’est presque correct. Un exemple « G envie 2 voT » qui donne « J’ai envie de voter ». Les majuscules, l’astuce sublime signifiant « prononcez mon nom ! ». Cette incurie ne passera pas par moi, et ce même dans les messages émis depuis mon téléphone portable. Je tiens à être compris de l’autre et exige le même respect en retour.

Pour ceux qui préfèrent se taire et tolérer de tels débordements, sachez enfin qu’il s’avère que nombre d’étudiants se présentent au baccalauréat et emploient ces abréviations, ces raccourcis de cour de récréation pour répondre aux questions posées… après ça je ne me demande plus pourquoi les statistiques de l’illettrisme en France sont terrifiantes.

Pour des jeunes qui ont quitté le système scolaire après le collège (en 3ème), on constate que :
- 29 % sont incapables de passer le seuil de la phrase simple (sujet - verbe - groupe nominal) en lecture.
- 6 % ne peuvent accéder au sens des mots.

Et pour ceux ayant quitté le collège en 5ème ou 4ème :
- 53 % ne passent pas le seuil de la phrase simple (sujet - verbe - groupe nominal)
- 18,5 % n’accèdent au sens des mots.

Le nombre de personnes testées représenterait 25 à 30 % de la population totale.

Tremblez chers dictionnaires… tremblez…

10 mai 2007

13 ans déjà !



Nelson Mandela

Comme le temps passe vite ! Jour après jour je consulte un éphéméride sur la toile de manière à retrouver certaines dates clés et pouvoir en parler un peu à ceux qui comme moi ont une mémoire parfois défaillante. Concernant le 8 Mai et les commémorations je resterai silencieux au titre qu’il serait scandaleux d’ignorer la portée de ce symbole mondial… enfin, connaissant les Humains…

Petite information: les textes en gras sont l'oeuvre de Monsieur Mandela et non mes élucubrations pathétiques...

Donc que s’est-il passé ce 10 Mai 1994 ? Un attentat ? Une catastrophe quelconque qu’un journaliste trop zélé aura taxée de « sans précédent » ? Pas le moins du monde, c’est le miracle, la révolution et le renouveau d’une société emmurée dans une politique inique dont il s’agit. L’Afrique du sud ! Treize ans déjà que Mandela a été élu en tant que premier président noir de cet état. Rien que ce fait mérite un jalon dans l’Histoire de l’Humanité, tant pour la portée effective de la fin de l’apartheid que pour sa portée symbolique d’un véritable chef d’état noir aux commandes d’un état précédemment totalement blanc.

Aujourd’hui personne ne s’étonne qu’une personne « non blanche » puisse participer dans les gouvernements des républiques modernes : un noir aux commandes de l’armée aux USA, une beur dans un ministère Français, tout ceci nous semble, à raison, totalement normal et équitable. D’accord, mais aurait-on une mémoire un rien trop courte ? Nelson Mandela a été pour bon nombre de noirs le catalyseur de la révolte, une icône du combat jamais abandonné, celui pour une démocratie, pour la liberté du peuple, de tous les peuples. Jusqu’il y a peu de temps envisager de placer un « étranger » - entendre par là un non blanc - de manière visible ailleurs que sur un vélo de la poste tenait du scandale. Mandela représente à mes yeux la force vive d’une lutte qu’avant lui Martin Luther King avait déjà placée sur le devant de la scène aux Etats-Unis.

Ne nous leurrons pas : d’un point de vue juridique Mandela était coupable de terrorisme contre l’état Sud-Africain. Je le dis et l’affirme, oui c’était du terrorisme, des actes dont a dû lui-même porter la conscience et les responsabilités, car même un combat juste peut amener à se transformer en criminel ; pour s’en convaincre, il a créé le parti « Umkhonto we Sizwe » qui militait pour l’action armée contrairement à son parti originel, l’ANC qui lui espérait une réussite à la Gandhi. Ne voyez pas en cette remarque une critique, c’est surtout essentiel dans la suite de cette note.

Prisonnier de 1962 à 1990 après avoir été condamné à perpétuité pour ses actions de politique subversive, Mandela n’aura de cesse de défendre une action non violente, revenant sans hésitation sur ses appels à la guerre en comprenant que le sang n’appelle que le sang.

« J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Je caresse l'idéal d'une société démocratique et libre où toutes les personnes puissent vivre ensemble et en harmonie, en bénéficiant de l'égalité des chances. Ceci est un idéal pour lequel j'espère vivre et voir réaliser. Mais c'est aussi un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

Libéré tant parce qu’un tel symbole ne pouvait mourir en prison sans risquer une implosion du pays que parce que l’apartheid s’effondrait, Nelson Mandela a gardé une ligne de conduite exemplaire : pas de vengeance, pas de revendications indignes, juste l’égalité pour tous les habitants, l’accès normal et libre aux institutions et services publics du pays. Pour qui a vécu l’obligation de prendre un bus « pour noirs », de ne pas pouvoir aller à l’hôpital « pour blancs », ce genre de revendications tenait du miracle. L’Afrique du sud s’est réformée, les lois sont à présent celles d’une démocratie et le sang n’a pas coulé pour des vengeances aveugles. Le président élu a demandé à son peuple, tout le peuple noirs et blancs confondus de laisser les armes dans les râteliers et de s’atteler à la tâche colossale de réformer le pays et les mentalités. Transformer des ghettos en quartiers populaires, rien que cette idée paraissant simple et pourtant inaccessible quelques mois auparavant a été pour bon nombre de victimes des violences gratuites du pouvoir blanc une fierté sans précédent. De sous-hommes ils sont passés au statut de citoyen.

Citoyen, quelle valeur a encore mot ici où la liberté d’expression semble être définitivement acquise ? Nelson Mandela a payé le prix le plus terrible qui soit, une vie entière derrière les barreaux. Bien des Hommes auraient rêvés de mourir plutôt que de croupir en cellule, lui a continué sa lutte personnelle, silencieuse mais acharnée : vivre, vivre pour être là le jour de l’effondrement de l’apartheid.

« Une nouvelle société doit naître de laquelle toute l'humanité sera fière... Nous avons enfin réalisé notre émancipation politique. Nous nous mettons en gage à libérer tous nos frères du servage continu de la pauvreté, de la privation, de la souffrance, et toute autre discrimination. Plus jamais, jamais, et jamais ce beau pays ne devra connaître l'expérience de l'oppression d'un groupe sur un autre... »

Merci Monsieur Nelson Mandela.

09 mai 2007

Prolifération

Telle une gangrène galopant le long d’une jambe de soldat malencontreusement tombée amoureuse d’une mine anti-personnelle, il s’avère que la bêtise prolifère à une vitesse prodigieuse. Les plus grands scientifiques s’attachent chaque jour à étudier et identifier l’avancée et le rythme de progression des maladies et infections qui nous minent la santé et emplissent joyeusement les morgues à ciel ouvert, et pourtant je suis convaincu qu’ils resteraient tous en extase face à la propagation anarchique et incontrôlable de l’imbécillité collective.

Darwin affirmait (enfin si l’on résume de manière concise ses travaux) que « ce sont les êtres les plus adaptés qui survivent ». Alors pourquoi cette foutue race humaine vous dément chaque jour qui passe sous la bienveillante chaleur du soleil ou bien sous le blizzard polaire le plus intense ? Regardons nous fourmis rampantes et farcies d’autosatisfaction vaniteuse : la moindre maladie, l’être microbien le plus primaire peut transformer notre amas d’eau, de graisse et d’ossements en une gélatine difforme et nauséabonde. Chère charogne, tu n’es pas à l’abri de la mort quand tu prétends que la technologie est un refuge, elle est même la source de tes malheurs ! Et oui tes enfants, tes fils mon frère sont tes propres bourreaux quand ils travaillent à Tchernobyl, quand ils manipulent des toxines sans le savoir, quand on leur dit « conduis ce camion douteux » ou bien quand sous l’uniforme ils doivent « nettoyer la jungle ». Réfléchis alors, qui est ton ennemi, l’Homme ou bien la nature ? Pénible non ?

Si l’on revient sur une zone plus terrestre et moins céleste de folie meurtrière, il est notable d’analyser qu’une foule densément amoncelée dans une ruelle aura une forte tentation de briser ce qui l’entoure, car nul ne peut douter que le nombre d’individus présents augmente rapidement le risque de débordements. C’est mathématique : plus on est de cons plus on pourrit ! A ce titre les beaux idéaux révolutionnaires sont souvent mis en pièces par l’image que le peuple en a, surtout quand les dits révoltés transforment la rue en champ de bataille. A quoi bon déclencher une émeute contre les forces de l’ordre ? Se rassurer d’exister ? Le message est alors à chaque fois oublié et seul Gandhi a eu l’intelligence de prôner la non violence, douloureuse, sanglante pour ses frères mais autrement plus marquante et efficace. A chacun son truc : une révolution si elle se mène l’arme à la main ne doit pas se limiter à jeter quelques pavés épars.

Redescendons encore plus profondément : le nouveau président est honni par une proportion non négligeable de la population. Admettons, avoir des colères contre son image et son programme sont somme toute légitimes, mais là, franchement là aller chercher jusqu’à son lieu de villégiature pour ensuite nous en tanner les oreilles et les mirettes, c’est à se dire que le fumier n’est plus suffisant et qu’il faut en produire pour avoir des raisons de gueuler sur le nouvel arrivant. Qui s’intéresse à ses vacances en dehors des voyeurs sans vie sociale ? Personne ou presque. Quel homme politique de haut rang n’a pas de relation avec la finance et les entreprises ? On ne me fera pas avaler qu’être dans un ministère ou même -et surtout- président permette la neutralité vis-à-vis des grandes sociétés. Réfléchissons dix secondes : de qui est accompagné un chef d’état lors d’un voyage officiel ? Des grands patrons ! Les contrats se font autant que la diplomatie, et M. Chirac ne fut jamais critiqué pour avoir un Airbus ou deux à vendre au passage. Je sais ! Ce qui dérange c’est que ces vacances soient peut-être aux frais du contribuable ? Et après ? Ca ne choquera pourtant personne que les grands patrons, eux, peuvent s’offrir un parachute en or après avoir pillé la dite société, qu’ils peuvent vivre sur le dos de l’entreprise et même s’arranger pour ne pas payer d’impôts. Un peu de tenue, les prétextes ne servent à rien, il faut être factuel bon sang !

La connerie prolifère, j’en suis intimement convaincu. Depuis bien longtemps j’observe cette masse d’imbéciles qui s’agglutinent devant la télévision, se gavant d’informations tronquées, censurées, voire fausses et qui ensuite font le jeu d’un parti ou d’un autre. L’indépendance politique et morale est difficile à défendre tant aujourd’hui l’uniformité de la maladie vénérienne du « bien penser » s’étend à toute vitesse. Dommage qu’il n’existe pas un préservatif pour la connerie comme il en existe pour nous protéger du SIDA, ça m’éviterait alors de côtoyer des opinions au milieu pénibles au pire vomitives. Ecoutez vous ! Les mécontents du second tour se mettent à casser, à brûler sous le couvert d’une opinion politique… les journalistes crachent sur un élu pour « faire comme les autres ». La gauche n’avait vraiment, mais alors vraiment pas besoin d’un tel fiasco post électoral.

Et dire que si je prône « Mort aux cons » je revendique un désir de génocide...

07 mai 2007

Résultats

Qui ne s’est pas intéressé au résultat de l’élection ? Qui a exulté et qui a laissé exploser sa colère ? Personnellement je ne suis ni déçu ni furieux, tout au plus circonspect sur pas mal d’aspects des images qui se sont accumulées au cours de la soirée de Dimanche. Sur bien des points je suis même inquiet car, non sans une dose maîtrisée soit de propagandisme éhonté soit plus prosaïquement de vérités factuelles il s’est avéré que nombre de travers sont à montrer du doigt.

Concernant tout d’abord le résultat par lui-même : quiconque ayant attendu les dernières minutes avec intérêt devant sa lucarne à images a constaté l’effervescence des supporters de la droite et la visible résignation des tenants de la gauche… et ce avant même l’annonce même du résultat final ! Pour ma part je suis resté particulièrement étonné de cette « prévision » des foules, et j’envisage plutôt une fuite contrôlée d’informations afin de s’assurer une foule docile et préparée à la défaite… ou à la victoire. Quoi de plus beau qu’une masse de badauds sûrs d’eux, quoi de plus splendide que ce cliché dans l’escarcelle du vainqueur ? Il est donc évident qu’une bonne part de la partie populaire des évènements a été sinon organisée ou tout du moins canalisée.

Après cela, je rends hommage à Madame Royal pour sa digne apparition et son discours motivé par une foi indéfectible dans ses idées. L’émotion était perceptible, la déception tangible mais au contraire d’un VGE scandaleux - inoubliable « au revoir » sans panache - elle a été une candidate pour laquelle, finalement, je rends un salut poli et respectueux. Rien que pour cette tenue je lui pardonne bien des erreurs et des errements qui lui ont portés préjudice. Ne nous leurrons pas, elle a perdu de crédibilité ce qu’elle avait de cachet en étant une femme engagée. Dommage…

Prenons à présent la Rue : de tous les côtés c’est l’agitation, soit festive d’une victoire indiscutable, soit plus scandaleuse par des embryons d’émeutes. Je ne m’attarderai pas sur la partie joyeuse, elle a été montrée, disséquée et sublimée sous les regards complices des caméras et des appareils photos, en revanche je laisse éclater une saine colère sur le terrain boueux des revanchards. Chers électeurs, je vous rappelle que la victoire est un fait avéré par le pouvoir des urnes, que la décision provient non pas d’une personne mais de la foule, du peuple, et qu’il me semble déplacé d’aller se venger après la défaite. Vous taxez les opinions de Sarkozy de fascisme, de populisme acharné… et que faites-vous en brisant la vitrine d’un bureau UMP ? Du fascisme. La défaite c’est assumer qu’on est en position de faiblesse, non en situation d’isolement nécessitant la destruction. Aimez-vous les hooligans abreuvés de bière et pratiquant le tabassage des supporters adverses ? Non ? Alors pourquoi agir sur le même schéma de pensée ?! C’est indigne d’un électeur ayant du bon sens. Pour le moment le nouveau président attend dans les coulisses pour faire ses premières apparitions et ses premiers actes d’élu. Dès qu’il sera au pouvoir, attendez le au tournant, montrez vous intelligents et sûrs de vous et non pas en imbéciles en vous excluant par la même occasion du débat. On ne parle pas aux casseurs, on les matraque.

Petite déception : j’ai trouvé la façon d’agir du nouveau président tout à fait à la hauteur d’un chef d’état… américain : soirée en boîte de nuit, défilé à toute vitesse encadré par les motards de la police, images à l’épaule des journalistes puis finalement barrage policier pour les empêcher de continuer à suivre le cortège. Certains scribouillards iront critiquer ce geste mais si vous savez un tant soit peu ce que sécurité veut dire, vous remarquerez que sur les dizaines de mots engagées à la suite du véhicule, bon nombre étaient tout sauf des équipes de tournage. Comment trier ? On bloque en masse et l’on trie, point final. Tout cela me laisse un rien dubitatif car pour quelqu’un voulant la proximité des français ça faisait plus « Salut à l’élite ». Enfin, ce n’est pas sur ses fêtes qu’on doit juger un président mais sur sa politique. Chaque chose en son temps.

Dernière petite colère : les déçus du premier tour (Le Pen en tête) s’acharnent à jouer les martyrs « ils nous a piqués nos électeurs » ou les conseillers d’opérette « il pratiquera une politique Le Pen sous l’étiquette UMP ». L’arbitrage frontiste est mort lors de cette élection et espérons que nul ne saura le ressusciter par des dissensions imbéciles. Front contre front, autant que le nôtre soit populaire et non « national ».

04 mai 2007

Erotisme

« La légère ondulation de ses reins suggérait alors en moi le désir incontrôlable de me saisir de ses hanches et de passer avec elle le moment le plus sensuel qu’il m’aurait été donné de vivre ». Sensuel, simple, sans la moindre fioriture perverse ou malsaine, l’érotisme dont bien souvent se targuent des auteurs ou des pornographes virent généralement au graveleux sans même passer le temps de comprendre ce qui rend une scène érotique et non primairement sexuelle. A quoi tient la différence notable entre ce qui génère une diaphane envie de l’autre et un élan sans finesse ? Est-ce si compliqué de suggérer sans montrer, d’être dentelle au lieu d’être coït vite expédié ? « Le regard qui touche profondément le cœur de l’autre, cette voie secrète qui mène deux corps vers les limbes d’une mort temporaire, et ces paroles détournées qui pourtant dans le chevrotement des voix racontent toute le souhait éternel de s’évader avec l’être désiré ». La gestuelle contient pourtant une multitude de subtilités, détours et circonvolutions aptes à ouvrir les chemins étranges de la joie, alors pourquoi pratique t’on avec enthousiasme un tel sabotage des prémisses, des mains qui se frôlent au profit d’une seconde lapidaire, d’un dernier cri qui étouffe tous les soupirs qui l’ont précédé ? L’érotisme devient morne face au poids pénible des violents ébats sans plaisir. A ce titre, les femmes sont celles qui détiennent tous les secrets car elles, contrairement aux brutes masculines ne sont pas automatiquement emplies de plaisir dans l’acte, la cérébralité est une donnée inexpugnable de leur forteresse intime. Rien que pour ça aimer une Femme doit être un don total de soi, et se refuser au partage c’est un peu rester dans les douves du château tandis que la princesse, contrite de déception se jette par une meurtrière. « Ivres l’un de l’autres, ils se pressent, s’enlacent et ne respirent que par souffles légers. Le soupir en guise d’accomplissement, ils taisent les mots futiles au profit de la chaleur qui les enivre plus profondément que tous les alcools terrestres ». N’est-il pas évident de dire que la parole se perd quand le plaisir nous guide ? A quoi bon en dire trop surtout si l’on est intimement convaincu qu’on prend et qu’on donne à égale importance, ceci dans le seul but de se rendre heureux à deux ? Toute la valeur d’un début c’est qu’il soit bon, exquis et subtil, lancinant tout en étant pressant, sans pour autant être oppressant. Que de mains qui glissent sur la peau alors qu’elles ne sont que deux à jouer sur mon corps, voilà un moment que je ne puis oublier. Rougir de la timide pudeur inculquée par l’éducation castratrice, puis qui d’un coup disparaît, n’est ce pas en soi un petit bonheur de l’instant présent ? « Ses cheveux étaient une forêt impénétrable où se cachait le cou, ce tronc laiteux sur lequel il voulait poser son empreinte, marquer cette chair du bout de ses lèvres humides ». Le baiser peut être si érotique qu’à lui seul il perpétue, quand il est donné avec toute l’ampleur qu’il mérite, le désir de l’autre chaque jour même si l’union ne se produit pas. Il ne doit pas être banal, bâclé par la force de l’habitude morne des couples pathétiques, il est vie, envie, et même pouvoir de résurrection quand on se sent mourir dans les bras de l’autre. Teinté d’une douceur sucrée salée, il se fait plus discret qu’une rose tout en étant plus entêtant que celle-ci. Des deux extrémités il est la symbiose sans partage, l’altération d’un équilibre général qui lui est totalement étranger. Embrasser, c’est gagner la confiance, prendre l’assurance du bonheur de l’autre, mais c’est aussi s’offrir pleinement aux lèvres qui se présentent à soi. « Le voir se dénuder la rendit folle de désir, et pourtant seules ses mains prirent la route de son torse. Patiemment elle détailla chaque sillon, chaque courbe de son amant pour finalement arriver à l’honorer de sa bouche conquise ». Tout acte sexuel peut être et se doit d’être sensuel et agréable. J’éprouve tant de joie à prendre mon temps sans pour autant faire traîner crapuleusement les choses qu’il m’est tout aussi délicieux d’éprouver le regard de l’autre du mien devenu un rien taquin que de céder aux premières chutes de nos barrières personnelles. Ca vaut tant pour les moments fugaces que ceux partagés à longueur de journée. M’enrichir de son esprit est un grand vin complexe, me noyer dans son corps est un vin jeune et frais mais déjà gaillard en bouche. « Se dire mutuellement le plaisir qu’on a éprouvé en un seul mot : encore. Ils s’effondrèrent au bout de la nuit, au petit jour donnant la mort à la lune, tout deux épuisés mais ravis ». Qu’on ne me vende pas la glaireuse mélodie des choses bien comme il faut. Pour moi le sexe et par conséquent l’érotisme (puisqu’il s’agit donc finalement d’un ressenti et non d’actes déterminés) se doivent d’être pour les deux personnes totalement assumés par l’un et l’autre, libres de toute contrainte morale ou sociale, mais restant totalement dans le cadre du respect mutuel. On ne couche pas nécessairement avec l’autre pour une question « d’hormones », je tiens à ce que ce plaisir soit partagé et même redemandé. Répéter avec joie l’ébat avec le même délice prouvera alors que les sentiments sont aussi présents que la simple stimulation érogène des deux corps mis en présence. « Je t’offre la seule chose que je ne peux pas acheter, la seule chose que tu ne peux pas me prendre : moi. Tout simplement moi, tel que je suis, tel que je peux être pour toi et toi seule. Prends mon cœur, mon corps et mon âme, ces trois amis te sont infiniment redevables de te savoir présente près de moi ». Post scriptum: jetez un oeil sur cette petite BD, elle exprime avec finesse, simplicité et éloquence ce que peut être l'érotisme... Cliquez ici

03 mai 2007

Au fait!

Malheur! Honte à moi! J'ai failli oublier de vous préciser que quelques nouveaux liens viennent d'apparaître sur la gauche de ce site. Je tenais à vous apporter quelques nouveautés essentiellement "BD-esques" qui méritent réellement le détour. Je vous confesse que les opinions qui peuvent être véhiculées par les auteurs respectifs de ces sites ne sont pas toutes miennes, toutefois laissez vous tenter par la qualité du coup de crayon et pour certains la magie des sentiments mis en images colorées.

J'apprécie le travail artistique de chacun d'entre eux, rendez leur hommage en les visitant ne serait-ce qu'une fois!

Merci pour eux.

JeFaisPeurALaFoule.

Après les anars…

Passons donc à ceux qui se disent tout autant artistes, qui font preuve de la même prétendue volonté politique et qui, jour après jour, s’affichent vertement comme étant « de droite ». Autant l’excuse de la jeunesse, d’un certain lyrisme est tolérable pour la même catégorie de rapporteurs populaires, autant là le prétexte me semble tout particulièrement fallacieux. En quoi être « de droite » est une preuve indiscutable de faire partie d’une élite intellectuelle ? Ce serait comme annoncer fièrement que d’être myope vous rend plus efficace pour comprendre la peinture de l’ère cubiste. La relation, une fois de plus m’échappe totalement.

C’est établi : si l’on veut passer pour un intellectuel proche des hautes idées qui contrôlent le monde, mais qui bien entendu dépassent et de loin ceux qui y vivent, vantez vous d’être de droite, surtout si vous êtes classé parmi les artistes en vogue ou à la pointe. L’essentiel n’est pas, loin s’en faut, d’être réellement novateur dans son art, le concept est juste d’afficher sa différence avec les « petits anarchistes post soixante huitards » en suggérant implicitement une forme plus aigue de réflexion, une profondeur d’étude de la science sociale et pardessus tout une connaissance inégalable des tares de notre société. Je m’insurge : la politique ne se fait pas en jouant un hypocrite théâtre des vaniteux, il se fait par un volontariat et une action concertée, intelligible où une ligne de conduite peut être tracée sans équivoque. Nul n’est tenu de se montrer pour revendiquer, mais celui qui revendique lui est tenu de se montrer.

S’il me venait à l’esprit de lister grossièrement les plus grosses badernes boursouflées d’autosatisfaction à l’idée d’être « de droite », il me faudrait alors commencer par rappeler que dans ces têtes d’affiches (et accessoirement de turcs des journaux torches derrières qui osent se prétendre presse d’investigation), on ne compte plus les artistes fumistes qui s’éprennent du rocher ou bien des pâtures Suisse. Qu’on m’explique alors où est la crédibilité de l’intellectuel qui d’un côté veut se faire porte-voix d’une branche politique alors que de l’autre il fuit ce qui apporte à ce même système ses fonds premiers. Là est à mon avis le non sens pathologiques des bien pensants.

J’ironise, je tergiverse et agresse verbeusement les intellos de droite, mais à priori ils prêtent le flanc à une critique encore plus amère : n’est-il pas facile de se placer du « bon côté » (Merci monsieur Dutronc) au lieu d’assumer certaines colères légitimes ? Eu égard à l’auditoire qu’ils véhiculent, j’estime que l’artiste doit avoir une haute conscience de ses responsabilités sur le terrain propagandiste. Bien heureux celui qui apprécie le personnage sans pour autant se satisfaire d’opinions pré mâchées, et qui responsable de ses propres idées se refusera à suivre l’imbécile étoile sur le chemin des messies d’opérette. La voix doit être forte, franche, elle peut même être un soutien pour un parti, mais il est, encore une fois, hors de question de rejoindre une voie sous le malheureux et pitoyable prétexte d’être « une personne bien comme il faut ».

A ce compte, je doute que la plupart des intellectuels se disant de droite soient plus intellectuels que celui qui chaque matin prend soin de vos poubelles en sifflotant avec nonchalance le dernier tube à la mode des radios de jeunes. Lequel des deux peut avoir une influence ? Celui qui offre ses lèvres au vent de l’air du temps ou celui qui braille sa mélopée personnelle qu’il agrémente d’une teinte politico mystique, car en effet entrer en droite intellectuelle c’est un peu entrer en secte et se faire des amis « qu’on n’aurait pas eu en étant à droite ».

L’influence majeure qu’il y a à pénétrer les arcanes de l’intelligentsia (voire de la nomenklatura) de droite c’est avant toute chose une possibilité non négligeable de s’attirer les bonnes paroles d’un maire un rien trop à cheval sur la ponction des impôts locaux, la bonne presse du quotidien aux orientations marquées et même des places d’honneur dans les meetings qui ressemblent de plus en plus à des messes Luthériennes vêtues du jasuble pailletés des spectacles à l’américaine.

Ceci dit, après ces congratulations chaleureuses de nos artistes nationaux, serait-il exagéré de prétendre à les mettre dans le même sac à ordures ? Les deux mouvances cherchent là où il n’y a pas lieu de chercher une représentativité mal fondée, dans les deux cas il s’agit donc d’une publicité gratuite, sans effort et qui peut le cas échéant contenir une petite part de sincérité… mais dans l’absolu qui pourra s’en assurer ?

Pour conclure, j’aime vraiment les artistes, ils sont l’essence même de la richesse culturelle d’un pays, mais je les hais quand ils se posent en professeurs d’éducation civique qui expliquent aux smicards et aux chômeurs ce qu’il faut voter et pourquoi, alors qu’eux-mêmes ne comprennent plus vraiment ce qu’est la réalité quotidienne d’un Français « d’en bas ».

02 mai 2007

Artistes à dégager

Si l’intelligence avait été une richesse à partager équitablement entre les Hommes, il est certain que les moins bien lotis trouveraient le moyen de se séparer d’une partie de ce bien pour faire fortune. C’est impressionnant à quel point le mouvement dit « culturel » et surtout celui dont la moyenne d’âge est plus proche de la sortie de lycée que de l’entrée à l’hospice revendique un socialisme dégoulinant de bons sentiments. Non que je sois réellement contre une portion non négligeable de bons sentiments dans la gestion d’un Etat, mais je doute qu’il soit de bon aloi d’espérer intégrer une dose de « feeling » dans le fonctionnel institutionnel. Un état ne se gère pas comme une association loi 1901 et encore moins comme un groupe de Rock-metal-destroy-punk-Hardcore chose bidule…

En toute sincérité le côté artiste des gens me fascine, notamment quand ils ont un véritable talent (salauds !) : que ce soit par la plume, le crayon ou les cordes vocales, en quoi le fait de faire preuve de créativité doit nécessairement impliquer une rébellion dénuée de l’once de réflexion nécessaire à une construction morale solide ? C’est une véritable pathologie, si tant est que les dits artistes ne vivent pas d’autre chose que de leurs talents respectifs. Dans l’absolu, l’Art est une manière d’exprimer -à mon sens- la complexe relation entre l’affectif et la conscience personnelle de soi. Si le dessinateur gribouille sans cesse, c’est autant pour le plaisir onanique d’accomplir une œuvre que d’apprécier les regards ébahis de ceux dénués de ce don inaccessible aux autres mortels que nous sommes. De fait, la connexion révolte - art me semble un rien curieuse. Par analogie, en quoi pourrait-on bâtir un parallèle entre une excellente plume et un parti quel qu’il soit ? L’écrivain est-il foncièrement tenu par son style à être plus d’une couleur politique qu’une autre ? Ce raisonnement me dépasse.

Il y a bien quelque part une jointure profonde entre l’artiste et l’exclusion volontaire d’un moule social parfois bien étriqué, ça je l’appréhende en me disant qu’en effet des parents « vieille France » auront bien du mal à supporter le rejeton guitariste chevelu ayant rejoint son groupe de sauvages dont l’odeur saurait faire fuir un bouc. Là, vu sous cet angle ça reste digne d’intérêt, mais bon sang en quoi la « gauche » est-elle symbole de force sociale plus que la droite ? Par son nom ? Il me semble peu approprié de délester quelque parti que ce soit de sa force de proposition sur ces sujets, car les uns comme les autres la gestion de la société fait partie des attributions les plus importantes des fonctions de gouvernant. Après tout, faire preuve de créativité l’implique pas le moins du monde une notion d’altruisme, et d’ailleurs les exemples pullulent : rien que côté plume on trouvera les antisémites, les négationnistes, les homophobes… alors qu’est-ce que ça pourrait donner côté peinture ou musique ! Les chants guerriers ne se sont pas composés par une opération divine, pas plus que les affiches de propagandes ne se sont dessinées sous le crayon d’un enfant de quatre ans.

Je dois rendre hommage à celles et ceux qui restent stables sur leurs convictions, artistes ou pas. La constance morale, bonne ou mauvaise, est une qualité autrement plus rare que l’instabilité sensible qui apparaît à chaque fois qu’il s’agit de prendre une décision. Mine de rien les phases de transitions entre les pouvoirs opposés font partie de notre paysage depuis la fin de l’ère des présidents trop charismatiques. Toutefois, l’étonnement de la singularité de l’artiste « de gauche » revient une fois de plus en droite ligne sous mes doigts boudinés. Je bloque.

A bien y réfléchir, n’est-ce pas simplement un désir flagrant de se démarquer en revendiquant une différence, surtout en la teintant grassement d’une empathie définitivement puante ? Tout bien considéré je pense que la majorité des gens se prétendant ainsi -comprendre par là artistes engagés- « de gauche » sont tout au plus des sommités dans l’art de se faire valoir par la richesse affichée d’un cœur lourd des souffrances du monde. Effectivement da ns la masse il y a de vrais engagés sur le terrain des associations, agissant dans l’ombre pour faire acte de civisme, mais combien sont aussi là pour se faire voir ? Les concerts dits de charité ne sont-ils pas une ressource inépuisable de la mercatique moderne ?

Finalement, je suis convaincu que bien des « artistes » vendent leurs véritables opinions pour être dans la normalisation incongrue des standards populaires : l’artiste se doit d’être fort, présent, exprimant ses idées avec la véhémence qu’a tout rebelle bien comme il faut, mais sans être trop sale ou exigeant quant aux résultats obtenus. Il est facile de se taper la panse de fierté quand celle-ci est bien pleine…

Félicitations

Après mon silence prolongé je me dois de vous féliciter, profitez en bien car il n’est pas acquis que je reste tolérant vis-à-vis de cette foule hagarde que d’habitude je vilipende sans aucune forme de pitié. A quel titre est-ce que je vous offre une telle chaleureuse et désintéressée obole ? Et bien les élections ! Un grand bravo à la conscience collective, le soir du premier tour vous, la foule, les Français, les électeurs vous avez contribués à une des plus belles victoires de la démocratie qui soit. 85% ! Je reste coi d’admiration devant une telle statistique, je me réjouis et savoure avec fierté l’étonnant et agréable sursaut moral dont a fait preuve la nation. A tous sincèrement, chapeau bas.

Les cuistres qui aiment à se gargariser de leur culture étalée telle une confiture fétide sur le pain du manque d’éducation des autres iront prétendre que mes propos tiennent plus de l’ironie que d’une honnête et franche accolade salutaire. Je vous conspue vous êtres de mauvaise foi, ma sincérité n’est, une fois n’est pas coutume à remettre en doute. M’est avis que les râleurs sont -et seront toujours- prêts à critiquer le résultat, à se fourvoyer dans de vaines explications métaphysiques sur les choix des électeurs, et qu’en définitive ces « intellectuels » décérébrés n’ont pour seul but que de prouver qu’ils n’ont pas la moindre utilité dans la société. Quelle est la chose qui vous dérange le plus ? Que celui que vous traitez de dictateur en puissance est au second tour, que la candidate de gauche l’a rejoint dans la course finale ? Expliquez moi la finalité du refus de comprendre que c’est un mouvement réellement populaire et non une portion congrue qui a choisie car, bien que n’étant pas nécessairement satisfait du résultat, j’estime que la Nation s’est exprimée et ce avec toute la force de la vox populi.

Tant d’exubérance dans ma satisfaction doit bien surprendre plus d’un lecteur assidu et de surcroît mes inquiétudes précédentes inciteraient à me mettre dans une position malaisée. Absolument pas ! Je ne peux que tempérer mon enthousiasme que par le fait que je ne suis pas spécialement attiré ni par l’un, ni par l’autre des deux prétendants. A ce titre je tairai discrètement mes véritables orientations bien qu’elles transpirent, voire suintent littéralement de mes écrits. A contrario je reste fermement résolu à ne pas critiquer le résultat final, surtout s’il est aussi fortement populaire qu’au premier tour. Le peuple choisit, je disposerai en acceptant avec fierté et humilité son choix.

Bon nombre de candidats se posent encore en arbitres, critiques du choix des électeurs au lieu d’en accepter les réalités et de ravaler dignement la fausse fierté singée sur les estrades, non plutôt sur les comptoirs où leurs brèves traînent tel un verre souillé après avoir été gauchement siroté par un alcoolique notoire. Je suis déçu, le mot est on ne peut plus choisi, par l’attitude pathétique du millénariste borgne autant que par celle du centriste indécis. Arbitres ? En quel honneur je vous prie ? L’un comme l’autre vous utilisez votre poids politique et moral en supposant -à tort- que la Nation est incapable de choisir dignement un ou une présidente, et ce dans le seul but de faire valoir votre prétendu pouvoir. Messieurs, vous n’avez pas à expliquer que vous refusez les deux candidats, votre présence au premier tour suffisait à elle seule pour en faire l’état le plus flagrant. Soyez dignes de vos électeurs en échappant un peu à ces gestes d’un ridicule déprimant.

Pour finir, faites moi à nouveau plaisir, ça ne vous coûtera guère qu’un petit déplacement citoyen : réitérez la performance du premier tour, soyez tous fiers du réveil national dont avait vraiment besoin ce pays. Menez à son terme ce geste altruiste et intelligent, vous prouverez au monde que ce n’est pas l’égoïsme qui prime mais bel et bien la conscience collective. Rien que cela, rien que ce résultat saura me satisfaire au plus haut point.