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02 juillet 2018

Adieu Corbier

Sans ta barbe

Je me sens un peu seul aujourd’hui. J’ai une impression curieuse, une sensation de vide où l’on peut caser tout ce qu’on veut sans que pour autant cela rebouche le trou béant. C’est une figure qui est partie, une trogne incomprise qui aurait mérité un autre destin que d’être la risée et une icône de la télévision des années 80. Le grand Corbier est parti à l’âge de 73 ans, et ce n’est pas le môme nostalgique qui verse sa larme mais l’amoureux de la poésie qui chiale une plume fine et incisive. Quand les adultes de ma génération voient partir un clown triste du petit écran, moi je vois un vrai chansonnier parti rejoindre ses potes comme le furent Brassens et tant d’autres.

Résumer ce grand bonhomme par le club Dorothée, c’est omettre le plus important de ses talents à savoir celui de savoir improviser sur des petits riens, et savoir les mettre en chanson. C’est ça le vrai chansonnier, prendre du vif et le rendre poétique, pousser le dérisoire jusqu’à l’absurde et le rendre ainsi adorable et délicieux. Corbier a écrit des chansonnettes sur quelques mots lâchés par des marmots, glissé des jeux de mots coquins dans de la musique enfantine, détourné des thèmes anodins pour les rendre plus sérieux, et rien que pour ce talent j’ai une forme de colère triste qu’on oublie qu’il n’était pas qu’un pitre bon à être entarté au gré des débilités de l’émission pour enfants. Relisez les textes des chansons qu’il a pu composer pour le club Dorothée, vous serez surpris de voir à quel point il a été à un autre niveau face aux autres productions de ce show ! Cela ne rabaisse pas le reste car, finalement, le but premier était de produire et de vendre du contenu, mais cela le mettra, je l’espère, à un autre niveau son talent en comparaison des autres « chansons » de l’époque.

Ce qui me rend passablement triste, c’est qu’avant tout on ait pu réduire, comme on le fait constamment, le talent d’une personne à une seule image. Pourtant, sa prestation télévisuelle aurait dû mettre la puce à l’oreille ! Etre capable de composer à la volée une chansonnette, être capable de faire de la poésie parmi la bêtise enfantine et, soyons clairs, plutôt lamentable de l’émission, cela aurait dû nous alerter sur ce talent ! Mais non, beaucoup résumerons l’artiste à « ça »… un « ça » presque péjoratif, insultant, dénigrant tout ce que l’émission n’a pour ainsi dire jamais montré. Le bonhomme était d’une amabilité et d’une tendresse absolue pour les autres, il avait gardé cette simplicité et cette honnêteté de l’artiste qui a toujours fait les choses par plaisir dans son coin. De là j’entends alors les râleurs couiner sur le « ben il s’est bien fourvoyé en allant là-dedans, c’est hypocrite ce que tu dis ». Correction fondamentale : la fibre artistique c’est bien, avoir l’estomac plein c’est mieux. Demandez aux musiciens combien ont accepté d’accompagner un groupe « ne les intéressant pas », ou encore jouant lors d’un bal/mariage/baptême pour boucler la fin de mois, demandez-leur s’ils ont toujours été heureux de jouer sur des scènes restreintes pour avoir de quoi manger, et on pourra ensuite avoir une discussion construite sur ce qu’est un travail alimentaire. Monsieur Corbier a effectivement bossé et accepté ce métier de saltimbanque, et j’invite tout le monde à ne jamais commenter cette partie. Il en a bien vécu…. Et tant mieux !

Au-delà de ça, ce billet d’humeur et de tristesse a une double vertu me concernant : pleurer une belle plume et tenter, si possible, de faire redécouvrir un talent hélas trop méconnu. Poète fin, drôle, sarcastique, triste parfois… comme tout vrai défenseur et amoureux de l’Homme et des mots (maux ?) qu’on porte en chacun de nous. C’est là une vraie ambiguïté chez le clown, on ne voit que son côté rigolard sur scène, sans jamais vraiment y percevoir toute l’humanité et même l’humanisme qui l’habite. J’ai eu la chance pour même carrément dire d’échanger quelques mots avec le bonhomme. J’ai été agréablement surpris et flatté par le respect et la finesse des réponses, tout comme cette attention donnée aux autres. On ne croise pas tous les jours quelqu’un qui sait ce qu’il est, ce qu’il a fait, qui assume pleinement, et qui, contrairement à certains artistes qui disent « avoir honte », prend la chose avec toute la force de l’honnêteté qui le caractérisait. Je vous mets ci-dessous le lien vers cet entretien épistolaire.
Echanges de courrier avec Corbier
Pour finir, je tiens aussi à vous faire découvrir cet univers de Monsieur Corbier, un Corbier si différent et en même temps si proche de ce qu’il a pu être dans votre enfance/adolescence. Vous verrez, ça n’est pas si éloigné des chansonnettes qui vous semblaient simplistes… sans l’être totalement.



27 juin 2018

Je suis Fester

Quand je vois l’engouement démesuré pour la coupe du monde, je ne peux m’empêcher d’avoir une sensation de malaise qui s’installe, et ce à tel point que je fais tout pour éviter les médias qui en parlent. Cependant, comment s’épargner les conversations autour de ce sujet, si ce n’est en tentant l’isolement total d’ermite durant la compétition ? Où que vous soyez dans le monde, vous aurez forcément le droit aux résumés, aux chroniques et au passage obligé par les pronostics fumeux. Et c’est à partir de ce constat déprimant qu’on peut compléter qu’il y a, sur ce court laps de temps, une grandiose recrudescence de chauvinisme aviné. Hé oui, les pacifistes, les hippies, les mères de famille, tout le monde devient chauvin jusqu’au ridicule. Alors, on se peinturlure la bobine aux couleurs de SON équipe, on fustige l’adversaire, on vilipende les « vedettes » qui n’ont apparemment rien fait sur un match. C’est magique d’ailleurs : tout le monde devient expert en football quand a lieu une compétition mondiale.

Et pourtant, si cette foule complètement hystérique daignait lever le nez, elle verrait que non seulement la compétition n’est rien de plus qu’un héritage direct des arènes romaines, mais qu’au surplus on y voit les mêmes symboles de la « force », de « l’adresse », et qu’en guise de Spartacus on a désormais des millionnaires nombrilistes et bien trop souvent analphabètes. C’est ainsi, le sport ne pousse pas à la philosophie, pas plus qu’un bon bouquin n’incite à faire son footing quotidien. De là, on peut avoir une forme d’intérêt pour la compétition, tant que cela reste raisonnable Alors, qu’on m’explique le pourquoi de cette transformation du tranquille père de famille en imbécile vociférant sur son canapé ? Comment diable peut-on faire basculer le peu d’intelligence de nos congénères dans le fossé du supporter sans aucune retenue ni décence ? Il y a là un phénomène qu’il serait intéressant de décortiquer, notamment pour les aspects sociologiques que cela implique.

On prétend que l’Homme est capable de vivre en société et de passer outre les « différences ». C’est un fait, nous sommes parfaitement aptes à faire fonctionner nos ruches humaines, nous parvenons à avoir une attitude proche de celle des fourmis qui tendent à fonctionner en harmonie. Pourtant, dès qu’on parle sport, les vieux démons du nationalisme voire même du racisme reviennent à la charge. Qu’on n’aille pas me parler du respect réciproque ou je fais un malheur, parce qu’il y a quand même des idiots qui vont jusqu’au meurtre à cause d’un bout de cuir cousu ! C’est quand même à noter, non ? Pour ma part, je regarde ces gesticulations avec une sorte de commisération teintée d’ironie, surtout parce que je ne saisis pas vraiment les mécaniques qui amènent à la violence pour un sport. Mais, si l’on se penche un peu plus sur le sujet, j’ai dans l’idée que le football représente clairement un besoin communautaire et identitaire. En effet, sous des dehors « sages » de communion autour d’une activité supposément innocente, il y a là tous les ingrédients du communautarisme. Enumérons un peu : il y a l’identité par l’équipe, la représentation ostentatoire de cette identité par les couleurs voire les slogans, la réunion de groupes plus ou moins structurés autour de ce soutien à une seule équipe, et pour finir un vrai culte aux idoles de ces mêmes équipes. N’est-ce pas cela qu’il faut mettre en regarde avec le communautarisme religieux ? Non ? Pourtant, reprenons l’énumération des faits : une identité religieuse, une représentation ostentatoire de cette foi par la tenue, le symbole et même la prière, les réunions dans des lieux de culte, et bien souvent l’idolâtrie d’un prélat, imam ou toute autre personne prêchant pour sa propre paroisse. Est-ce plus clair dit ainsi ? Oui, le sport, côté supporters, n’est rien d’autre qu’une façon détournée d’adhérer à un mouvement de masse, quitte à y perdre son bon sens et son calme.

Quand je regarde les hystériques qui fêtent la victoire de leur équipe, J’ai l’impression de voir des défilés d’un autre temps, et au-delà de ça j’ai la désagréable sensation d’observer les mêmes dérives. Quand une équipe nationale gagne, on a les gens qui arpentent les rues avec des drapeaux, qui hurlent, s’enivrent, s’enlacent, ou bien qui défilent en masse dans un effet « troupeau de bœufs ». Si l’on remplaçait les maillots bariolés par des tenues plus proches de l’uniforme, on aurait là de quoi avoir autrement moins de complaisance pour eux. Prenons un cas tout bête : lors de la victoire de 98, des millions de personnes ont communié le soir de la finale, poussant la fête jusqu’au bout de la nuit. On a salué les gens vêtus de bleu, on a ri avec ceux barbouillés du bleu blanc rouge, on a partagé les boissons alcoolisés pour être dans la fête. Fort bien, esthétiquement c’est impressionnant. Moralement, on aurait pu se dire « chouette, ils sont amoureux de leur patrie », et au final chacun a trouvé cela parfaitement enfantin, innocent et mignon. Maintenant, si un soir d’élection cette même masse de personnes s’était vue déambuler tout de brun vêtue, aurait-on pu avoir le même regard attendri ? M’est avis que non, et qu’on aurait tous pris peur à cause de l’ampleur du phénomène.

Ironiquement, ce qui sauve le monde c’est bel et bien que le sport rend con. Oui, je sais, je vais me faire taper dessus en affirmant cela, mais plus j’y songe plus j’ai la conviction d’être dans le vrai. Le sport, quand on le supporte, rend idiot à pleurer, parce qu’on devient une sorte de nationaliste pour une équipe, parce qu’on perd tout sens commun en braillant à tort et à travers, et qu’on se fait « philosophe de comptoir » en observant les résultats. Quelque part, je vois Monsieur tout le monde devenir brutal et intolérant, critique et cruel, tout cela pour un maillot ou un club…

Et moi là-dedans ? Je suis un membre de la famille Addams, l’oncle Fester qui se marre, qui montre qu’il n’est pas dedans parce que rien ne l’intéresse dans le sujet, et qu’il préfère une mauvaise plaisanterie sinistre, plutôt qu’une communion temporaire de supporters chargés de bière et de haine. Hé oui, j’ai du goût pour l’ironie, l’humour vraiment noir, parce que j’aime autant me moquer de moi-même que des autres. Et là, le supporter ne peut décemment pas se moquer de sa propre équipe, sauf à avoir un rien de lucidité requis pour rester encore un rien sociable. Pour le coup, c’est l’arrivée en masse des femmes dans la passion pour le football qui pourrait bel et bien sauver les gradins. Elles, contrairement aux hommes chargés de testostérone, elles aiment le sport pour le sport, et reconnaissent autrement plus facilement les qualités de l’adversaire, elles savent se pondérer là où l’homme, ivre de haine et de revanche, braillera sa frustration… ou la noiera dans l’alcool et même parfois le sang.

Vivement que la coupe se termine, que je puisse retourner à ma quiétude !

14 juin 2018

La main lumineuse

Cela fait toujours bizarre de voir une ville quand elle a foncièrement changée. Il y a trente ans de cela, les quartiers avaient un sens, les immeubles n’étaient pas des tours tutoyant les cieux, et l’on pouvait dire qu’on voyait le ciel depuis la plus petite des rues. Cependant, en trente ans, il y a énormément de choses qui ont changé. On a vu la technologie révolutionner les processus de construction, l’introduction à outrance de l’informatique et des réseaux dans le quotidien a mené à ce que chaque surface plane, chaque petit recoin soit un support d’information et de publicité. Ainsi disparurent la plupart des façades historiques auxquelles on a substitué d’immenses aplats bariolés. Quand j’étais gosse, je pouvais envisager d’arpenter la capitale en flânant d’une rue à une autre, d’apprécier les pigeons à qui on envoyait des coups de pieds pour de faux, et de saluer les commerçants avec leurs devantures vitrées. Aujourd’hui, c’est un concert incessant d’hologrammes, de vidéos entêtantes vous vantant des choses vous étant destinées, et le concept même de publicité ciblée a pris le pas sur les grandes campagnes de marketing.

Il y a eu une vraie révolution, celle du transhumanisme. L’idée de départ était de « réparer » les corps, en envisageant des yeux mécaniques, de reconnecter les membres devenus inertes après un accident, d’assister les plus faibles en faisant fusionner la science et la chair. Pourtant, très rapidement ce fut un sujet de polémique sachant que tout le monde se mit à rêver d’avoir les médias directement dans la tête, plutôt que sur un téléphone, une tablette ou un ordinateur. De là, ce fut naturellement les plus grosses entreprises qui eurent le dernier mot. Choisissez : vous payez de suite une fortune inabordable pour vous faire augmenter ou bricoler, ou alors subissez le harcèlement perpétuel des mass médias. Beaucoup prirent le chemin d’une sorte de crédit temps publicitaire, soit par nécessité, soit parce que c’était autrement plus intéressant de « voir » pour soi les dernières vidéos à la mode, que de trimballer un smartphone tellement has-been.

Ce fut dès lors l’explosion. Pour les non connectés, on prit le parti de projeter la publicité et les journaux, pour les autres ce qu’ils voient se met à jour selon des critères récupérés dans leur propre existence. « Vous êtes un produit, pour vous ce sera gratuit ». Ce discours, aussi cynique que poussant à la déshumanisation, en mena certains à se révolter contre cet ordre établi. Malheureusement, faute d’être dans le système, ceux-ci durent choisir entre l’intégration de force, et finir en parias. Pendant ce temps, les bâtiments se mirent à prendre de la hauteur, tant pour absorber une nouvelle arrivée des derniers non citadins, que d’une immigration de moins en moins contrôlée. « Citoyens du monde », qu’ils disaient à qui voulait bien l’entendre. Sous couvert d’une morale sociale et bienveillante, cela se révéla avant tout être trouver des bras corvéables à merci, et des consommateurs ravis d’être capables de dépenser le peu déjà gagné à la sueur de leur front. On ne pouvait décemment pas leur reprocher de fuir des pays en guerre, une campagne où toutes les fermes s’étaient mécanisées et ne requérant de fait moins de personnes, voire plus du tout d’ailleurs, et de chercher une nouvelle chance dans ces cités en pleine expansion.

En trente ans, ma ville a doublé de population. Les quartiers qu’on disait populaires le sont restés, mais à quel prix. Les tours prirent le chemin du ciel, empilant dans les étages les plus hauts les meilleurs salaires, dans le milieu la foule des prolétaires, et dans les étages bas tous les commerces et services indispensables à la vie de ce microcosme prisonnier du béton. De l’école au bar, en passant par les services administratifs, les médecins et même les pompes funèbres, on vit sortir de terre des gratte-ciels sinistres, froids, avec une apparence pourtant intéressante par une architecture très travaillée voire même séduisante. Ces lances perçaient le flanc de la société, et personne ne semblait s’en préoccuper outre mesure. Et en bas, dans la rue, on vit peu à peur émerger une nouvelle forme de pauvreté, celle des non transformés, celle des non connectés à qui l’on donnait la chasse pour tenter de les faire fuir. Il ne fait pas bon genre d’avoir des gens qui mendient au pied d’une tour qui glorifie une marque célèbre de soda !

J’ai vu disparaître la vie et la verdure de ma capitale. J’ai vu le bitume prendre de nouvelles teintes grâce des procédés holographiques. J’ai même vu les nouveaux transports en commun qui volent et atterrissent directement sur des passerelles attachées aux flancs de ces villages dans la ville. La verticalité est la nouvelle norme, et quiconque s’y opposant est un déviant. Non content d’instaurer une politique basée sur le tout économique, la morale a poussé la foule à devenir vindicative contre les gens pensant différemment. De cette dictature de la bienséance débordait toutes les déviances : sexe, corruption, surconsommation, individualisme, des modèles de réussite basés sur l’écrasement de l’autre, tout ceci à la gloire d’une nouvelle éthique, pour même dire une nouvelle religion, celle du « réseau ».Vous êtes un nœud d’un réseau mondial, où chaque personne représente une petite quantité de données, d’informations négociables et commercialisables.

On vit bien des métiers disparaître ou muter très sévèrement. L’émergence de l’intelligence artificielle fit entrer dans les mœurs l’ère des robots. Ces machines, impersonnelles et singeant l’être humain se mirent à nous côtoyer, et des « artistes » se mirent même à chercher le mimétisme parfait. Cela amena à une vraie crise identitaire où l’on eut le droit à des scandales comme un politicien qui se faisait remplacer par son double synthétique, ou dans un pays où le despote était mort depuis des mois, et qu’une machine remplaçait pour égrener des discours idéologiques puant le nationalisme et la haine de l’autre. Pour l’humanité, ce fut le premier pas dans la perte de l’identité réelle au profit d’une identité virtuelle. On créa le concept de passeport numérique, d’identité virtuelle où chacun devait stocker et dévoiler ses secrets. J’ai alors vu des manifestations, des gens brandissant leur droit à une vie privée. Etait-ce une plaisanterie ? Etait-ce une ironie sachant que tous, sans exception, s’étaient donné corps et âme à des entreprises, leur cédant toute leur existence numérique ? De manifestations cela tourna en émeutes qui furent durement réprimées. Les résistants à la numérisation glissèrent alors dans la clandestinité, montant des structures parallèles et des dispositifs de communication leur offrant une chance de ne plus être épiés au quotidien.

Ma ville, ma belle capitale continua à grossir, enfler jusqu’à devenir obèse de sa consommation effrénée. On ne vit bientôt plus vraiment le ciel, mais des engins volants diffusant, eux aussi, des offres commerciales, des messages de propagande aux airs de bienveillance. Ces machines automatisées tentèrent de pousser des messages culpabilisant les déviants, incitant à la dénonciation des intégrés, et à faire mourir toute forme de résistance. Ce fut un temps efficace car bien des non connectés furent arrêtés et même internés. On a poussé le vice jusqu’à autoriser la reprogrammation. L’idée ? Poser un système sur le cerveau permettant d’en filtrer les raisonnements. Cela créa une population d’êtres amorphes, jute capables de consommer et survivre. On venait d’inventer la prison virtuelle. Malheureusement, outre ces puces de sanction, d’autres eurent aussi l’esprit dévasté par l’excès de virtuel. On compta des morts par déshydratation, des gens faisant des anémies sévères, tout cela parce qu’ils avaient perdu le contact avec la « réalité ». Et l’absence de régulation ne vint pas améliorer les choses. On vendit aux familles de connecter leurs enfants, et nombre de pseudo parents profitèrent de ces nourrices virtuelles pour se désintéresser totalement de l’éducation de leurs gosses. Cette nouvelle génération, ultra connectée, accro au virtuel, c’était celle qui aujourd’hui déambule en bas, ne parle plus à personne sauf à travers leur réseau neuronal.

Et moi, j’ai d’abord accepté la connexion, curieux que j’étais d’en découvrir les avantages. J’ai eu accès ce monde, à cette immense bibliothèque, et je pus évoluer, m’instruire, comprendre de mieux en mieux le monde. Pourtant, un jour, j’ai senti que quelque chose ne me convenait plus. Etait-ce parce que j’avais reçu la rupture de mon ex par un message directement dans ma tête et non en face, ou que je ne supportais plus l’amoncellement de publicités venant me polluer mon quotidien ? J’ai senti que je n’étais pas maître de mon environnement mais juste un rouage, une petite roue dentée propre à faire tourner une mécanique plus vastes, sans que j’en aie ni conscience ni même le droit d’en modifier le fonctionnement général. J’étais devenu un composant au lieu d’être une personne, une simple donnée facile à effacer là où je voulais tout simplement exister, être, vivre, décider et comprendre.

Un soir de déprime où je me laissais emporter dans les méandres de la toile dans ma tête, j’ai été sollicité par une sorte de publicité. Celle-ci me disait de venir voir la suite, sans pour autant détailler le quoi ou le pourquoi. Intrigué, je me suis laissé tenter. Après tout, j’avais essayé de sortir de ce moule moral et technologique, j’avais échoué, je pouvais bien me mettre à faire comme tous les autres, à dévorer de l’absurde, à accepter la désincarnation de mes désirs et la mort de mes ambitions. Ce fut tout à coup un immense bruit qui vint me saturer l’esprit. J’eus du mal à ne pas m’évanouir, puis ensuite ce fut d’une clarté totale. Je n’étais plus connecté, les affichages sur les murs n’étaient plus là, il n’y avait plus que de gros logos des entreprises, des codes barre, et tout ce que le virtuel ajoutait à ma réalité était parti. J’étais hors de leur prison numérique, et l’on continuait pourtant à me parler, à m’expliquer que je ne venais de passer une frontière. Et la main de lumière se tendit vers moi. C’était une main salvatrice, généreuse, ne demandant rien en retour, rien que l’opportunité de fuir la détention à perpétuité acceptée par tout le monde… ou presque.

Dès ce moment, à cet instant précis, je pris vraiment conscience de l’ampleur du désastre. Je me suis mis à ma fenêtre et j’ai revu, pour la première fois, ma ville, ma capitale, ceci avec mes yeux et non avec le filtre de réalité augmentée offert par le réseau policé. Les tours n’étaient ni brillantes ni orgueilleuses. Ce sont des pieux glauques et salis par la pollution galopante. Le ciel n’est pas d’un bleu parfait, il y a un smog permanent qui écrase littéralement la cité. Il n’y a pas de publicité sur les murs, pas d’hologrammes gigantesques. La ville est sombre, grise, sale, les façades supports sont neutres, sans relief et sans vie. Ceux que je voyais comme bariolés par leurs tenues extravagantes sont en fait tous ternes, sans aucune consistance. C’est le système qui leur offre cette apparence, qui masque la vérité, qui occulte le droit d’avoir un jugement. Et cette main de lumière, cette âme lointaine et proche à la fois m’a chuchoté « Tu es libre à présent. Tu peux penser par toi-même, ou bien choisir d’y retourner. Je ne t’impose rien, tu ne crains rien à refuser cette porte ouverte sur le vrai monde. Choisis en connaissance de cause ». Je me suis mis à scruter mes souvenirs, à en effacer toute la couche d’amélioration virtuelle pour en découvrir le vrai sens. Je n’étais pas un salarié heureux avec des collègues amusants, mais bien un mouton suivant le troupeau, acceptant les modes aussi aisément qu’un bébé accepte la cuillère qu’on lui tend. J’ai revu mon ex fiancée, et j’ai alors compris qu’on nous avait littéralement associés de force puisque je l’avais « croisée » à travers un de ces sites de rencontres devenu la norme sociale. Je m’étais donc laissé emporter, noyer dans la masse… J’étais un pion, un esclave, un objet à vendre et à racheter !

J’ai eu un haut le cœur. J’ai vomi, vraiment, physiquement. Même la nourriture avait un goût trafiqué par cette connexion. Tout ce que j’ai tiré de mes placards avait un goût de carton, l’odeur du papier, et la consistance d’une pâte grumeleuse. Tout était bidon, faux, trafiqué, « amélioré ». Je n’avais pas demandé cela ! Je voulais simplement être « comme tout le monde », pas devenir « n’importe qui ! ». Et là, l’image de la main encerclée de lumière revint. Une voix sereine, assurée, sensible et tendre, me lança « tu sembles avoir choisi. Maintenant, tu n’es plus seul au milieu de la foule. Tu es UN, nous sommes des milliers, des millions, qui refusons cela. Es-tu prêt ? ».

Et ce soir-là, je fus prêt. J’entrai en révolte. J’entrai dans les pas des révolutionnaires, des parias. On m’apprit à me connecter au système pour en tirer parti, tout en sachant m’en défaire le moment opportun. J’ai continué à porter le masque du docile salarié sans épaisseur, tout en aidant mes camarades à patiemment préparer la mort de ce monstre impersonnel. Ce soir, cela fait trois ans que j’ai quitté ce cercueil où je me mourais à petit feu. Ce soir, on va faire périr les plus gros émetteurs qui ciblent les récepteurs neuronaux. Si l’on réussit, des millions de personnes seront déconnectées en une seule fois, et elles verront, oui elles verront le vrai visage de leur ville. Les parias vivant dans la rue en contrebas vont réapparaître. Les médias ne pourront pas étouffer ce mouvement. Cette fois-ci, la foule ne pourra pas prétendre ne pas voir ni entendre, ne pas goûter, ne pas sentir ce filtre idéologique, moral et visuel ! Ils seront obligés de faire sans, de vivre quelques heures sans rien pour les tenir hors du monde réel. Plus de fuite, ils ne seront plus maternés par ce système tentaculaire les ayant maintenus en léthargie.

Espérons qu’ils réagiront…

11 juin 2018

Par l'oeil de l'objectif

Les médias changent le monde. Cette affirmation est pour beaucoup de gens totalement absurde, au titre qu’ils estiment que les médias quels qu’ils soient n’ont qu’une influence faible voire inexistante sur notre façon de vivre. Or, dans les faits, chaque nouveau format de média provoque des changements colossaux, tant dans notre quotidien que de notre façon d’appréhender le monde. Songez-y, nous ne sommes plus à l’ère où le lointain n’est qu’une vague idée, où l’on ne fait qu’imaginer au lieu de voir, et où l’on se contente d’envisager au lieu de constater.

C’est ainsi, chaque nouvelle évolution des médias provoque immanquablement une mutation de notre conception du monde, et plus encore de notre compréhension de celui-ci. On n’y prête plus attention, parce que chaque jour nous côtoyons différents moyens de communication que même la littérature d’anticipation n’avait pas toujours envisagée : Internet, les téléphones portables, les SMS, les divers supports pour la vidéo, la télévision, la radio, le cinéma… On ne voit plus ces écrans, on ne remarque même plus qu’on est littéralement cernés par les diffusions d’informations, alors que nos ancêtres, eux, devaient se contenter des journaux par exemple. Nous vivons un temps vraiment incroyable à ce niveau ! On peut, instantanément, voir le monde entier dans notre poche, sur notre téléviseur, dans les transports en commun, sur des écrans remplaçant peu à peu les affiches dans le métro… Cette magie de l’écran est d’autant plus stupéfiante qu’elle offre un accès à tout, sans filtre ou presque. On veut un dessin animé pour enfant ? On zappe. On veut voir un documentaire ? Trois clics et le tour est joué. Une émission débile ? On va sur youtube et on fouine ! Et le tout se déroule sans frontière, sans aucun contrôle (du moins dans notre beau pays de France où la liberté de s’informer est pleine et quasiment non bornée).

Pourtant, à mes yeux, ces nouvelles façons de consommer de l’image et du son ne sont que de lointains héritiers du cinématographe. Autant je suis sidéré par les aspects purement techniques de ces tablettes qui sont de véritables livres interactifs, autant j’estime qu’elles ne sont qu’une prolongation de la magie du cinéma. Je suis peut-être un rien nostalgique, mais le vrai nouveau média, le vrai moteur de la révolution a été la possibilité de stocker le mouvement, puis de le restituer à l’envi n’importe quand et n’importe où. On a eu la première étape avec la photographie qui figeait l’instant, qui saisissait le moment avec force, et qui par la suite a pu s’intégrer dans les journaux et les affiches. Dès lors qu’on a eu le mouvement, ce fut une véritable explosion. Non content de pouvoir être « authentique », on ajoutait au surplus le mouvement, les sourires, les paysages, au lieu de les emprisonner dans un cadre de cellulose. En soi, le cinéma a alors apporté tant les journaux visuels, les reportages, que les films et donc la création de tout un univers supposé surpasser le théâtre.

Quelle créativité ! Quelle inventivité ! Jusqu’à l’industrialisation du cinéma, les gens savouraient des spectacles à travers le théâtre et l’opéra. Là, on pouvait désormais envisager de voir, revoir encore et encore, sans jamais lasser l’acteur, sans jamais subir les aléas de santé ou de mémoire de celui-ci. Quel progrès ! Ce premier cinéma, aussi naïf que créatif, a donné lieu à une véritable appropriation du média. Dès qu’on a pu filmer, on a réinventé la mise en scène. Dès qu’un artiste a saisi que la pellicule pouvait donner lieu à des retouches, un certain Méliès a créé le concept d’effets spéciaux. Dès qu’on a voulu avoir une narration, toutes les formes du spectacle se sont mises à émerger : comédies, drames, guerres, science-fiction… tout est alors passé sous la manivelle de l’opérateur de la caméra. On cite évidemment Chaplin pour la comédie, le drame social et même la critique politique avec son « Dictateur », mais on ne doit pas oublier tous les autres, parce qu’ils sont tout autant fondateurs. Chaque branche du cinéma a poussé grâce à un irrépressible désir d’inventer et de conter des histoires différentes. Si l’on prend chaque petite pousse, chaque petit recoin de la création actuelle, toutes gèrent et héritent d’idées plus anciennes.

Ah, les cinéastes et réalisateurs qui pensent ou revendiquent de réinventer le cinéma ! On peut pour ainsi dire toujours leur opposer un film antérieur, un inventeur de génie qui s’est affranchi des frontières du cadre pour pousser toujours plus loin le concept de spectacle. Le film d’horreur n’est pas né dans les 60’s, puisque « Nosferatu » a déjà fait le plus gros sur le domaine de la peur en 1922. Pour ce qui est de la critique politique, on peut désormais dire que la tragi-comédie « le Dictateur » de 1940 préempte tout ou presque. Pourtant, ce que j’affirme là est alors paradoxalement à remettre à plat parce qu’il y a une chose qui est vraie et absolue au cinéma, c’est que chaque réalisateur réinvente un peu sa forme, la faisant sans cesse évoluer. C’est pour cela qu’il n’y a pas de vraie stagnation, et encore moins de régression. Il ne s’agit pas de la technique, à savoir le format, le son ou les effets spéciaux. Non, le cinéma évolue, progresse et raconte ses nouvelles histoires comme il l’entend. C’est tout sa force et sa vraie magie : être sans cesse différent tout en restant « identique ».

Le cinéma est notre mémoire. Il a complètement revu et corrigé notre conception du souvenir, parce qu’il s’ancre constamment dans sa réalité temporelle. Aujourd’hui, on peut poser un regard sur un siècle d’histoire, de changements sociaux, de guerres et de paix, de modification de notre présent grâce au cinéma. Les caméras étaient là dès les tranchées de 14-18, elles furent là dans les bourbiers de 39-45, encore présentes pour montrer l’horreur des camps, afficher le décollage d’Apollo XI, les premiers pas sur la lune, les manifestations pour le droit des noirs aux USA, les émeutes de 68… bref, le cinéma est le plus grand témoin de notre temps. Il a cet œil glacé qui nous donne le concret, l’essence de la Vie par le mouvement. On peut voir la peur dans les yeux d’un soldat, le sourire naïf d’un enfant qui grandit pourtant dans une ville en ruines, ou encore les larmes de celle qui enfin entend prononcer le mot « paix ».

Notre vision actuelle du cinéma a été revue par l’apparition de la télévision. On voit le cinéma comme un loisir et plus comme un lieu d’information. Fut une époque pas si lointaine, on allait au cinéma pour voir les actualités avant la séance, les enfants avaient leur moment avec les dessins animés, et chacun y trouvait son compte. Il n’y a là aucune nostalgie de ma part, juste le constat que la salle obscure était autant un lieu d’amusement, qu’un lieu où l’on prenait conscience du monde où l’on vit. Les gens ont pu voir les reportages sur les guerres dans le monde entier, y voir des discours devenus légendaires, ou encore apprendre la progression du conflit mondial en voyant concrètement les combats. Le film, la pellicule ajoute aussi une barrière bizarre, « le quatrième mur » comme l’appellent les amateurs de cinématographe. On l’oublie souvent, mais ce qu’on voit à l’image, surtout si elles sont issues de la réalité, présente aussi froidement la beauté que l’horreur de notre propre humanité. Quand on voit un avion japonais abattu au-dessus du pacifique, c’est un homme qui meurt qui est saisi à jamais dans ses derniers instants. Quand on regarde les deux tours s’écrouler l’une après l’autre, ce sont des milliers de personnes qu’on voit périr encore et encore.

Là où le cinéma est aussi magnifique, c’est par sa capacité à nous sortir de notre propre esprit. Il offre une vision, une façon d’appréhender, et l’on est invités à regarder et à absorber ce point de vue. Qui n’a pas été émerveillé par des grands paysages ? Qui n’a pas été ému par un baiser en gros plan ? Qui ne s’est pas réfugié derrière ses doigts lors d’une scène affreuse ? Qui n’a pas ri à s’en étouffer lors d’une scène comique ? C’est un vrai spectacle, une inventivité renouvelée, une vraie ode à la poésie et à la création. Même si le film peut accuser son âge par les outils, les formats de plan ou par le jeu des acteurs, toujours est-il que nombre d’œuvres demeurent inusables. On rit toujours des tribulations de Buster Keaton, on est toujours tétanisés face à un Orange mécanique aussi glauque qu’édifiant concernant notre société, tout comme on se laisse encore bercer par des films d’animation de Disney. Ces sorciers de l’image ont su innover, ou exploiter ce dont ils disposaient pour transcender des œuvres devenues désormais des références en la matière.

La beauté de l’image n’est que subjective. Ce qui est objectif, c’est de constater qu’un film réalisé avec cœur peut, des décennies après sa sortie, encore nous émouvoir et nous tenir en haleine. Chacun de nous a en lui des films qu’il estime comme être fondateurs. Chacun de nous peut citer des œuvres qui là parce qu’elles ont un goût particulier, ou qu’elles sont associées à un moment de l’existence. Je peux par exemple citer Marry Poppins parce que c’est le film de mon enfance où j’ai vu le réel et le dessin animé se marier sans défaut, JFK pour sa puissance narrative (alors que j’étais un adolescent probablement stupide et sans vraie conscience politique), Terminator 2 pour ses effets spéciaux et ses hypothèses sur un futur apocalyptiques… et les œuvres plus anciennes comme de nombreux films de guerre (Croix de fer, le bateau…), des drames (Taxi Driver, le parrain…), des comédies (les films avec de Funès par exemple), les dessins animés (mes premiers films d’animation japonaise). Je ne saurais résumer mes films adorés en quelques titres tant il y en a. Et, curieusement, des réalisations plus récentes parviennent tout autant à me stupéfier et me cueillir. Il ne s’agit donc pas d’une question de format, mais bien de thème et de façon de faire.

On classe le cinéma comme le septième art. Il est vrai que c’est un art. Pour moi, c’est aussi ce qu’il nous restera de ce présent dans dix, vingt, cent ans et plus j’espère. On pourra relire notre passé avec la même curiosité que celle qu’on a quand on voit des images des années 50, quand on entend les propos des gens terrifiés par le péril communiste, quand on revoit une ville sans sa circulation folle. Certains me diront que le net est encore plus révolutionnaire. J’en doute. Pour moi, le cinéma a apporté une vraie part de magie dans l’image, une véritable nouvelle perspective dans la façon de concevoir le lointain. Je n’ai jamais été en Afrique, mais j’en ai vu des images sublimes, des instants de vie et parfois de mort dans la savane. Je n’ai jamais mis les pieds dans le cercle arctique, et pourtant j’ai pu en voir les contours à travers l’œil des caméras. Je n’ai pas vécu bien des évènements essentiels à l’humanité, mais j’ai pu les voir grâce à cet outil qu’est le cinéma.

Rêve donc par la magie du cinéma. Vis l’image, ou crée-la. Laisse-toi porter par la narration. Découvre des univers inconnus, visite des planètes lointaines, ou bien la nôtre si proche de nous. Laisse-toi porter par le vent sous les ailes d’un dragon, ou bien celle d’un biplan antique. Vois ce monde, aussi réel qu’il peut être totalement fantasmé. Laisse-toi aller à espérer que les messages de paix que portent certaines œuvres ne soient pas vains. Enivre-toi, instruis-toi, sois curieux, fais toi peur autant que rire ou pleurer, sois créatif, imagine au-delà du cadre, repère les lieux, les moments, savoure de pouvoir étendre les messages à ton propre monde.
Des rêveurs ont créé des mondes pour nous inviter à les visiter. Des critiques ont mis le cinéma au service de la mise en doute de notre écheveau d’idées ; des innovateurs ont mêlé les deux premiers pour nous donner des films ayant une portée bien plus grande qu’on ne le pense.

Et puis il y a aussi ces nanars, ces films faits souvent avec des moyens dérisoires, soit pour essayer de rapporter un maximum à un coût minimum, ou soit par passion pure et dure. Ces derniers, ces chantres du bidouillage, du bricolage souvent grossier, je les aime parce qu’ils sont les plus beaux des rêveurs. Ils se ratent lamentablement, leurs films sont au mieux grotesques, mais bien plus souvent pathétiques, et pourtant ils méritent un peu d’amour, parce qu’ils sont sortis des tripes de gens qui ne veulent qu’une chose : figer sur la pellicule une façon de voir ou de rêver leur monde. Laissez-moi rêver vous dira ce réalisateur raté, incapable de produire quoi que ce soit de potable… et il aura raison. Après tout, pourquoi s’en offusquer ? S’offusque-t-on tant que cela des émissions poubelle ? Fait-on tant de foin que cela quand une série minable nous pollue note téléviseur ? Non. On change de chaîne, ou on se gausse non pas avec mais de l’émission elle-même. Soyons plus tendres avec le cinéma car chacun de nous a été bercé par ce média qui est, à mon sens, la plus importante invention du vingtième siècle, et ce devant l’ordinateur ou le téléphone.

26 janvier 2014

Les inconnus: tous les sketchs en ligne et gratuitement


Merci à Korbe.info pour cette information: les inconnus ont mis en ligne l'intégralité de leurs sketchs, et ceci gratuitement

Merci à eux...

Voici le lien:
Les inconnus, tous leurs sketchs

22 novembre 2013

Docteur... qui?

Attention, ceci est une plaisanterie vaseuse sur le titre d'une série que j'affectionne tout particulièrement, et ce malgré une découverte assez tardive... le "Doctor Who". Vous connaissez? Vous ne connaissez pas? Cela vous dit vaguement quelque-chose? Dans tous les cas, c'est une série qui mérite votre attention, notamment parce qu'elle est anglaise, et surtout parce qu'elle aborde énormément de choses, depuis le racisme, en passant par l'histoire de l'humanité, jusqu'aux sciences les plus complexes (l'étude du temps, les paradoxes... bref de quoi prendre une énorme migraine au dessert).
Plantons d'emblée l'arrière-plan de la série: produite depuis 50 ans par la BBC (avec des coupures, des reprises... bref une vraie saga télévisuelle), la série est l'exemple même d'une production intelligente où, malgré des budgets parfois insuffisants, l'imagination et l'écriture soignée offrent un vrai plaisir aux spectateurs. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la série a été relancée en 2005 pour sept saisons que je déguste sans modération. Donc, je m'intéresse là aux "nouvelles" saisons, qui profitent bien entendu d'une qualité esthétique moderne, d'une écriture moins datée, mais d'un fond toujours aussi riche, si ce n'est plus!

Maintenant que les présentations techniques sont faites, voyons ce qu'est la série "Doctor Who". Pour en faire un résumé... Par quoi commencer d'ailleurs? Le concept est si étrange et fou qu'il est difficile de savoir comment présenter l'OVNI télévisuel sans en perdre un morceau en route. Mais allons-y!
Le personnage central, se faisant appeler "Le Docteur", est une extraterrestre plusieurs fois centenaire, dont l'apparence humaine cache des pouvoirs et un organisme très particulier. Voyageur dans le temps et l'espace, il côtoie des mondes, des ères historiques et des gens radicalement différents. Son principe est de voyager au gré de la chance et du hasard, et de n'intervenir que si cela s'avère possible ou nécessaire... quitte à braver tous les dangers.
Pacifiste, humaniste, c'est un amoureux de la non-violence, cherchant la solution en dehors de la haine, et ce malgré tous les malheurs et horreurs qu'il a pu rencontrer durant sa vie.
Souvent accompagné par des humains (dont il affectionne la compagnie), il leur fait visiter l'univers et l'histoire de la terre, les confrontant ainsi à leur propre humanité, aux erreurs du monde, mais aussi à des choix souvent très durs.
Il a donc une vie d'errance, le confrontant au départ de ses compagnons temporaires de voyage, parfois même à leur mort, ceci lui renvoyant sa propre éternité... Et à notre propre solitude


Ca vous semble obscur? Oh... même pour moi qui suis fan, difficile de tout résumer sans trop en révéler. Donc, en gros, c'est un voyageur du temps qui, peu à peu, implique trop ses compagnons humains, les sauvant de la mort où lui-même les as emmenés très involontairement. En guise de caricature, imaginez un tour-operator amical, jovial, qui vous fait voir une île paradisiaque, où il s'avère, et ce contre toute attente, que logent des pirates ou des monstres d'un autre temps! Ce serait à la fois intéressant pour le côté aventure, merveilleux pour le lieu, et affreux pour le risque que cela génère. De ce fait, on aime autant qu'on déteste ce héros, ce type qu'on regarde de biais en se disant "il est stupide? Ah non, c'est du génie... Ah non finalement, quoique... Enfin décide-toi!".

Qu'est-ce qui caractérise le plus les épisodes de cette série? Qu'ils ne se ressemblent jamais, parce qu'ils se situent sur des périodes historiques extrêmement variées. Des exemples? Un épisode prend place à Londres pendant le blitz, un autre dans un futur terriblement lointain dans un autre univers, un troisième à notre époque mais quelque peu déformée par des "bégaiements" du temps! Donc, vous dire qu'il y a les constantes de lieu et/ou de temps n'a aucun sens. Ce qui est constant en revanche, c'est que le Docteur a une fâcheuse tendance à se mettre dans des situations inextricables, soit à cause de sa curiosité, soit tout simplement parce qu'il se retrouve au mauvais endroit... au mauvais moment. Comme quoi, être un génie ne préserve pas de faire d'incommensurables boulettes.

Un tel personnage se doit d'avoir des ennemis, et, mine de rien, ceux du Docteur ont le mérite d'être charismatiques. On compte deux ennemis récurrents et très dangereux qui sont les Daleks et les cybermens.
Ah, les Daleks, symboles d'une folie meurtrière poussée à son paroxysme! Les Daleks sont des machines contenant un être "vivant", auquel on a ôté toute forme de sentiment, sauf la haine de la différence. Le mot clé du Dalek est "Exterminer!", et il s'appliquera à le mettre en oeuvre à chaque occasion. Vivant en société, supérieurement intelligent, le Dalek est une machine à tuer implacable. Un bon Dalek est un Dalek mort. Le Docteur et les Daleks se vouent une haine millénaire, dont on ne sait qu'une seule chose certaine: c'est que le Docteur les déteste au point de mettre entre guillemets ses propres convictions et principes pour les anéantir. C'est même eux qui poussent la logique du Docteur dans ses derniers retranchements: les détruire ou les sauver? Mais un Dalek peut-il être sauvé?
Les cybermens... Toute une histoire complexe pour eux aussi. Issus d'un esprit humain malade rêvant d'immortalité et de conquête du monde, ce sont des êtres humains qu'on a inclus dans un corps totalement robotisé, ceci pour les affranchir de la douleur, de la peine d'être mortel, et donc d'offrir une immortalité toute relative. Les cybermens sont donc déshumanisés, dépourvus d'une conscience, et ont pour seul but (à part contrôler l'univers), de convertir les gens pour les faire à leur image. Pygmalions sinistres, toute personne convertie est condamnée à rester un cyberman, sans espoir de retour à un état "humain". Moins importants que les Daleks pour leur impact sur l'univers, ils restent néanmoins un ennemi de poids, car ils fonctionnent en communauté, affichent une résistance hors norme, et n'hésitent pas à pratiquer le génocide. Sans conscience, la mort et la violence ne sont alors plus que des informations.
Pourquoi parler des ennemis du Docteur? Parce qu'ils sont, en lisant entre les lignes, des symboles contre lesquels le Docteur lutte constamment. Racisme, haine d'autrui, autoritarisme, les deux races citées en sont l'alpha et l'oméga. Durant la série, on peut également constater que l'organisation hiérarchique des deux races mènent à une structure qu'on pourrait qualifier de "religieuse", avec la déification de certains de leurs membres, et la création d'un "Satan" en la personne du Docteur. Critique amère de ce que l'homme peut créer, les cybermens sont encore plus proches de nous, car fondamentalement créés par des humains. Le regard attendri du Docteur sur notre existence en est d'ailleurs que plus amer pour nous, car il voit nos tares, et cherche pourtant à nous défendre parce que, selon son idée, nous sommes "Une race fantastique, qui avance coûte que coûte, même quand elle trébuche". C'est une belle leçon d'humanité... et une leçon donnée par un extraterrestre.

Que dire de plus? L'esthétique de la série est à elle seule si marquée que tout passionné reconnaît, tant à l'oeil qu'à l'oreille, un épisode. Chaque chose a sa place, que ce soit un son si étrange et pourtant récurrent, ou bien une façon pour le Docteur de se vêtir. Je pourrais aussi m'étaler sur certains objets appartenant au Docteur, comme son TARDIS, son tournevis, ses élucubrations, son débit de parole, ses attitudes et réflexions souvent cruelles mais dites avec une candeur digne d'un enfant en bas âge, bref je pourrais m'étendre tellement que cela n'aurait plus tellement de sens. Notez simplement ceci: le Docteur est comment il se fait appeler, mais Doctor Who n'est en rien son nom! D'ailleurs, voici la seule "révélation" que je puisse vous faire: la série s'appelle ainsi parce que le gag qui se répète souvent est un dialogue de non-sens comme celui-ci:
- Comment vous appelez-vous?
- Docteur qui?
- Juste le Docteur.
- Vous n'avez pas de nom?
- Si. Le Docteur.
- Donc, docteur Docteur?
- Non. Juste le Docteur.


Ah, et pourquoi je ne parle pas des compagnons de voyage du Docteur? Ces humains qui font un bout de route avec lui? Regardez la série, vous comprendrez bien mieux. Et PS: regardez la depuis la première saison et dans l'ordre, sous peine de ne pas comprendre grand-chose!


Petit ajout: Google a mis un "Doodle spécial Doctor Who, sous la forme d'un jeu 8bits!
Google doodle de Doctor Who!