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01 mars 2016

Quand le feu du ciel tombera sur la terre

L'apocalypse. Ce mot terrifiant, cette idée même de l'anéantissement de toute vie, nous lui avons trouvé un nom, une définition, et par conséquent une possibilité d'exister. Aussi loin que les écrits nous permettent de remonter, nous trouvons des traces concrètes de cette peur de la disparition totale de l'humanité, que ce soit de la main d'un dieu, ou bien d'un monde susceptible de nous détruire intégralement. Nos ancêtres ont pu admirer les pires cauchemars naturels que sont les volcans, les tsunamis, ou encore les météorites percutant la terre. Mes parents ont connu la peur du nucléaire, d'une fin du monde provoquée par la main de l'homme, et aujourd'hui encore le règne de la terreur de l'atome n'est pas sorti des discussions. On ne s'interroge pour ainsi dire plus sur le "si on s'autodétruit", mais sur le "quand on le fera".

Que doit-on penser en observant le flux de l'Histoire? Est-on encore enclin à supposer, comme les anciennes civilisations, que le courroux d'un dieu quelconque nous fera payer notre inconscience et notre incapacité à ne pas transgresser les règles fondamentales de l'existence? La réponse semble simple de prime abord, et les plus athées me rétorqueront que sans dieu, point d'enfer, de paradis, et plus encore de sanction divine. Et pourtant… Nous nous prenons pour Dieu, nous nous prenons pour les maîtres d'un monde sur lequel nous n'avons aucune emprise. Observez donc l'histoire sur les cent dernières années, et comptez les victimes des cataclysmes naturels et artificiels: Tchernobyl, les tsunamis, Fukushima, les deux conflits mondiaux, l'usage des gaz de combat, Hiroshima et Nagasaki… la liste est longue, pléthorique, et je nous trouve encore chanceux d'être sortis vivants de tout ceci. Au surplus, n'a-t-on pas ouvert énormément de boites de Pandore? Depuis l'atome, en passant par la génétique, jusqu'à la conception de produits chimiques et biologiques capables de nous anéantir, nous nous armons plus que nous nous soignons. Nous trouvons plus de budget pour construire des bombes, que nous n'en dépensons pour soigner des maladies telles que la lèpre!

Quel est ce monde incapable de prendre soin de lui-même? Quelle est cette humanité si tordue qu'elle trouve préférable la mort de milliers d'innocents pour enrichir quelques personnes? Où est cette supposée âme dont les philosophes nous rebattent constamment les oreilles? Nous sommes tous en droit de se demander si nous ne sommes pas finalement dépourvus de l'élémentaire conscience individuelle, à l'exception cynique de celle de notre égocentrisme. On ne se sent bien que parce que nous faisons en sorte de ne pas souffrir, d'avoir ce qu'il nous faut personnellement, et le sort de l'humanité, hé bien, nous partons du principe que nous élisons des gens pour en tenir compte, le tout dans un aveuglement aussi malhonnête que volontaire. Qu'on n'aille pas me dire que l'on regarde au détail ce que feront nos politiques, parce que dans le fond, la masse se fout de savoir ce qu'ils feront, tout du moins tant que cela ne nous concerne pas directement.

Ce monde ne peut qu'aller vers le néant, parce qu'il a choisi la voie la plus directe, la moins "humaine". A l'instar d'une locomotive poussée à ses limites, notre société n'est pas régie ni gérée, elle se contente de sa propre inertie, le tout dans un désordre aussi flagrant qu'inévitable. Certains pensent, à tort, que le tout est piloté par des complots, par des entreprises si puissantes qu'elles défient les états. Rien n'est plus faux, rien n'est plus absurde que de s'en convaincre. Il est si confortable de croire qu'il y a un "état supérieur"… La vérité est bien plus terre à terre, sinistrement ordinaire, à savoir que chaque structure, qu'elle soit sociale, économique ou même religieuse, se préoccupe avant tout de sa pérennité. L'importance des interactions n'est jamais prise en compte, pour la simple et élémentaire raison que cela serait admettre qu'il existe d'autres solutions, d'autres opportunités aussi bien économiques que morales. Demandez à un religieux fervent de renier sa foi… Demandez à un capitaliste de renier les fondements même de son système, et vous verrez à quel point on vous haïra. Il n'y a pas d'ordre, mais un ensemble d'anarchies qui semblent tenter de s'équilibrer. A vrai dire, je dirais même que c'est la Nature, et elle seule, qui joue les arbitres. Quand des entreprises se déchirent et s'anéantissent mutuellement, elles ne font qu'appliquer les principes de la prédation. Quand une entreprise meurt seule, c'est globalement par manque d'adaptation, tout comme un animal ne pouvant pas se faire à son environnement. L'humanité en va de même: nous jonglons individuellement au milieu d'une piste de cirque, et chacun tente, à son niveau, de faire tomber le moins de balles possible.

L'ironie là-dedans, c'est que cette anarchie a des conséquences inattendues, et ce même pour les plus attentifs observateurs de ce monde. Quand un pays s'effondre, on pense avoir réussi à tout anticiper, à tout prévoir. Or, rien n'est moins vrai. On peut par exemple s'interroger sur les radicalisations religieuses,, sur les tentatives désespérées de certains peuples à aspirer à "autre chose", et plus que tout sur les conséquences larges qu'ont l'apparition de sociétés privées capables de rivaliser en terme de poids financier, politique et social avec les états. Seront-elles encore là dans deux décennies? Survivront-elles à leurs nouveaux concurrents? Difficile voire impossible à dire car s'il est un fait avéré, c'est que l'économie mondiale n'est jamais stable, pas plus qu'elle a pour faculté à préserver les sociétés. Il y a un siècle, on avait une liste d'entreprises qui menaient le monde. Cette liste n'est pour ainsi dire plus du tout la même. Quand je regarde ces masses financières, ces sociétés, j'ai plus l'impression s'observer une boite de pétri qu'un annuaire de la finance mondiale. A l'instar des bactéries et virus, elles se dévorent les unes les autres, elles vivent au détriment d'un hôte (la nature ou bien l'homme), et ce à tel point jusqu'à le tuer.

Soyons-en convaincus, on peut se mener à la catastrophe aussi bien de manière financière, technologique qu'idéologique. Prenons quelques cas évidents pour bien saisir l'importance du désastre à venir. Pour ce qui est de l'économie, la crise de 29 a poussé le nazisme sur le devant de la scène en Allemagne. Sans crise, Weimar aurait peut-être survécu à l'humiliant diktat de Versailles. Pour l'aspect technologique, Bhopal Tchernobyl et Fukushima sont des avertissements que nous ne semblons pas vouloir entendre; et pour l'aspect idéologique, les poussées extrémistes sont si nombreuses qu'on peut s'interroger sur le devenir de bien des nations. Ce dernier point, un peu moins évident, mérite que je m'étende un peu dessus.

Certains voient de prime abord que la montée de l'islam radical, du terrorisme qui lui s'y accroche, ainsi que l'apparition de guérillas se s'adossant à cette idéologie religieuse. Il n'en est rien, et cela est que trop passé sous silence. On ne veut surtout pas admettre que les chrétiens se radicalisent tout autant, et que les urnes de demain pourraient bien se remplir non plus d'un vote par réaction, mais bel et bien d'un vote en quête d'action. Les cinq dernières années sont une preuve manifeste de cette idée: manifestations "morales" contre le mariage gay, discours de plus en plus chargés de moralisation dans tous les débats (la famille au centre, l'adoption, la structure sociale…), bref on veut recréer une identité nationale par une identité religieuse, ceci afin de s'opposer à l'identité extranationale que nous présentent tant les migrants que l'islam de l'intérieur. Qu'on se le dise: quand un président se voit presque imposer sa présence dans une église, c'est qu'il y a des errements graves dans la façon de concevoir la laïcité. Notez au surplus que bien des conflits actuels et passés (Ex-Yougoslavie pour le plus proche de nous tant géographiquement que temporellement) se sont servis de la religion comme terreau pour faire germer les graines de la haine ethnique.

Qu'en est-il de l'apocalypse? Elle ne peut que se préparer, ceci avec l'aide monstrueuse que nous lui donnons en ne se préoccupant pas de faire fonctionner autrement notre monde. Le chantage fait aux pauvres n'est plus possible, parce que ce sont à présent les pauvres qui produisent pour les riches, et qui détiennent la machine. La Chine n'est plus une nation esclave, elle est une nation dominante qui nous toise et nous maîtrise par la finance et l'industrie. Il est fini le temps où l'on pouvait se contenter d'écraser les petits sous notre botte, et il n'est pas loin celui où celui que nous avons maltraité va nous mordre en représailles. Pourquoi s'attaque-t-on frontalement aux vieilles nations européennes? Parce qu'elles sont le symbole d'une culture ex-coloniale haïe, parce que nous avons vécu aux crochets des autres, et qu'à présent les autres veulent nous montrer en retour qu'ils ont un autre mode de pensées. Est-ce qu'ils ont tort? L'idéologie est une chose subjective, et ce n'est pas nous qui sommes en position de déterminer qui est a raison. Est-ce que celui qui croit en un Dieu unique a plus raison que celui qui croit en un parterre de Dieux? De quel droit? Nous payons dorénavant notre tentative d'imposer des codes sociaux et moraux, et ceci par la force de notre armée ou de notre argent.

La seule chose qui nous préserve pour le moment d'une violence plus extrême c'est que les hommes qui prennent le pouvoir sur une nation sont confrontés aux impératifs de vivre avec des voisins, de faire circuler l'argent, et par conséquent de composer avec un monde qu'il déteste. Cela nous évite, pour quelques temps encore, que le terrorisme devienne une action d'état, que des gouvernements décident d'aller au-delà du financement de groupuscules plus ou moins identifiés. Le jour où l'économie telle que nous la connaissons connaîtra une vraie crise, alors bien des pays profiteront de l'occasion pour revenir à des guerres de territoire, à des politiques expansionnistes, et bien des conflits pour l'eau, l'énergie et le pétrole vont se déclencher. Par contrecoup, bien des pays riches en paieront violemment les frais. En voulant nous mêler de ces guerres devenues inévitables, nous aurons des représailles soit économiques, soit carrément terroristes et/ou militaire. Pourquoi avons-nous hésité en Syrie? Parce que les Russes nous ont avertis que nous allions droit à l'échec. Pourquoi la Lybie est un échec? Parce que nous n'avions pas voulu, à l'époque, entendre ce même avertissement. Pourquoi notre politique africaine est un naufrage? Parce que nous avons financé des guérillas, armé des despotes sanglants. Pourquoi sommes-nous dorénavant face à l'intégrisme religieux de notre jeunesse? Parce que nous n'avons pas eu le courage d'admettre que nous financions ceux qui les radicalisent… pour peser dans la balance politique régionale. Une anarchie bien menée, parce que chacun tirait la couverture à lui, en espérant que cela ne prêterait pas à conséquence… La Corée du nord en est le plus bel exemple, en sachant qu'elle s'est dotée de la bombe atomique, et qu'elle pourrait à terme être la première nation à en faire usage dans un cadre offensif direct. Cela pourrait déterminer le sort de la région, mais aussi présenter ce à quoi nous allons malheureusement avoir le droit, à savoir des nations de petite taille, surarmées grâce à l'atome, et capables de nous menacer avec aplomb. Qui va aller défier les Coréens aujourd'hui? Plus personne, sachant qu'une bombe atomique peut réduire en cendres Séoul en un instant, voire même Tokyo, ou toute autre ville à portée de tir. Nihiliste? Assurément, mais au même titre que notre bêtise à vouloir croire que nous resterions à jamais les maîtres du monde.

L'apocalypse est possible, et même à envisager, parce que nous n'arrivons pas à admettre que l'homme est ainsi fait qu'il ambitionne de dominer, de régir son prochain, et que cette attitude souvent hautaine, toujours dangereuse, ne peut que mener à la guerre. Nous nous sommes déjà affrontés à un nombre atroce de fois, et avec pour seul résultat des charniers, des carnages, des changements ponctuels de régimes qui, comme tous les autres avant eux, ont fini par s'écrouler. Prenez la France sur deux siècles. L'alternance démocratie-dictature s'est systématiquement jouée sur l'échec d'un gouvernant, ou sur l'émergence de quelques personnages charismatiques poussant à la mort l'ancien régime. Napoléon a poussé l'ancienne royauté dans les limbes le temps d'un intermède; Les républiques se sont vues anéanties par leur incapacité à tenir le pays; les républiques sont mortes de la main même de ceux qui la géraient; En définitive, la vie et la mort des états est dépendante non pas d'une volonté de progrès, mais bien d'une volonté de diriger. Quand le rôle du président de la république a été révisé, est-ce que cela l'a été dans un sens démocratique ou bien républicain? Interrogez-vous sur l'opportunité de mettre un roi par élection au pouvoir, sans possibilité de le démettre durant son mandat; demandez-vous également pourquoi ce même roi élu a le pouvoir d'être le chef des armées, et vous saisirez ce que cela représente que d'élire notre président de la république. "Celui qui ambitionne d'avoir le pouvoir doit à tout prix en être éloigné le plus possible". Douglas Adams, sur le ton de la plaisanterie, a résumé ce que l'ambition humaine peut provoquer: la fin de notre temps, celui de l'homme, celui d'une humanité qui n'a toujours pas trouvé de moyen de s'affranchir de ses propres démons.

02 juin 2015

Eugénisme

Suis-je paranoïaque? Suis-je de ceux qui crient au loup parce que je me méfie de l'être humain? N'étant pas spécialement amateur de la théorie du complot, et encore moins des élucubrations de la toile sur les "Chinois du FBI qui mettent des GPS dans les alimentations de PC pour surveiller nos faits et gestes", je reste plus que perplexe quand on me parle de nouvel ordre mondial, de complot judéo maçonnique, ou de toute autre ineptie visant à créer un climat de méfiance généralisé. Qu'on se le dise une fois pour toutes: il y a effectivement des opérations secrètes, des tractations, voire même des choses inavouables qui sont faites soit au nom du saint patron Capital, soit au nom de la raison d'état. Dans un cas comme dans l'autre, l'épouvantail n'est alors pas mis en avant, et nous restons dans le brouillard, n'effleurant que vaguement les sujets importants. Quoi qu'on en pense, le grand public ne peut ni ne veut réellement comprendre ce qu'il se passe dans les arcanes du pouvoir. Il ne peut pas comprendre, car les intérêts supérieurs ne sont jamais ceux des peuples, et ne veut surtout pas en avoir connaissance, de crainte de voir notre petit confort mis en doute. Nous sommes assis sur le mensonge, parce qu'il est notoirement plus confortable de croire que de savoir.

Cependant, rien qu'en regardant autour de nous, nous pouvons faire quelques projections assez simples. Ce nouveau siècle est celui des technologies. Le précédent a vu énormément de choses apparaître, depuis le téléphone en passant par les biotechnologies, mais celui que nous vivons est celui de l'âge mûr pour ces concepts. Il est loin le temps du petit laborantin découvrant par hasard quoi que ce soit. Les nouvelles technologies, qu'elles soient du domaine de l'électronique, ou bien celui des biotechnologies poussent dorénavant l'Homme dans une nouvelle dimension: celle où celui-ci peut se prendre pour un Créateur (entendre par là un sens religieux et non scientifique). Songeons-y sereinement: nous pouvons manipuler le génome des plantes, procéder à des sélections pointues dans les races animales, faire de l'hybridation, et même décoder notre propre cartographie génétique afin d'y déceler des critères discriminants. Je pense donc que nous avons franchi un cap où la seule excuse du "nous voulions tester" n'est plus recevable. Nos connaissances, bien qu'encore balbutiantes dans bien des domaines, nous rendent nécessairement responsables de nos actes, et par voie de conséquence susceptibles d'agir sciemment contre notre propre existence.

Ce que je vois aujourd'hui émerger dans l'immense océan des connaissances, c'est que nous poussons nos recherches dans une direction dangereuse, à savoir l'eugénisme. Le terme est sale, connoté, et il mène immanquablement à des comparaisons difficiles à admettre.
En voici une définition (issue de Wikipedia)
L’eugénisme peut être défini comme l’ensemble des méthodes et pratiques visant à intervenir sur le patrimoine génétique de l’espèce humaine, dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé. Il peut être le fruit d’une politique délibérément menée par un État. Il peut aussi être le résultat collectif d’une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents, dans une société où primerait la recherche de l’"enfant parfait".

L'idée est atroce, mais elle est bel et bien en cours de mise en exploitation. En élargissant la démarche à d'autres domaines que l'Homme, l'eugénisme est le nouveau terrain de chasse des scientifiques. Les contradicteurs iront me dire qu'il s'agit là d'une crise de paranoïa, d'une élucubration issue d'un esprit inquiet et donc potentiellement sensible à des raisonnements erronés. Je ne contesterai pas cette analyse, car somme toute moi-même je me demande si je ne pousse pas trop loin la réflexion. Cependant, en mettant un fil dénoué après l'autre, j'ai l'impression que l'écheveau est directement lié à une "perfection" génétique, à une sorte d'idéalisation des sciences au détriment de notre propre existence. La première et évidente direction serait de regarder du côté du vivant dans notre alimentation. Nous créons des OGM, nous les vendons, voire même nous les mangeons, tout en sachant qu'il s'agit là de manipulations potentiellement dangereuses, et que notre absence de recul sur plusieurs décennies ne peut que nous mettre en danger. Evidemment, on me dira que je suis trop sombre, que la manipulation effectuée permet d'augmenter les rendements, de protéger les plantes… Mais quid des hybrides involontaires? Quid des dégâts sur notre écosystème? Nous ne sommes pas des Créateurs, mais probablement notre propre adversaire. On recense déjà des cas graves de plantes OGM ayant donné des espèces hybridées avec des plantes locales, où le résultat se révélait résistant au désherbage, vivace quelque soient les conditions climatiques, proliférant à foison du fait de la programmation génétique initiale… et parfaitement inexploitable pour l'industrie agroalimentaire. De quoi faire frémir. Mais là, ce n'est qu'une première étape.
Quand les labels industriels prétendent vous tenir au courant sur l'état de santé des animaux présents dans votre assiette, vous escomptez que la norme permette de ne pas voir apparaître d'OGM dedans, puisqu'ils sont théoriquement quasi interdits en Europe, et en France en particulier. Erreur fondamentale: BASF a tenté de faire admettre la production de pommes de terre OGM pour l'alimentation animale, et que cette spécificité ne soit pas répercutée sur l'étiquetage des viandes ainsi mises en contact avec. Surprenant? Cela sous-entend donc qu'un porc nourri aux pommes de terre OGM pourra tout à fait vous être vendu sans que vous ayez eu connaissance de ce "détail". L'UE, et surtout quelques états, ont fait barrage et BASF a fini par céder et retirer la demande d'agrément. Mais pour combien de temps encore? Combien de temps les états pourront résister à la pression des industriels?
BASF veut faire passer sa pomme de terre OGM en Europe
BASF retire sa pomme de terre OGM

Il s'agit là d'une simple pomme de terre. D'une goutte d'eau, d'un simple détail technique. Mais il y a bien plus impressionnant: une chèvre produisant de la toile d'araignée … dans son lait!
Un article sur la chèvre araignée
Un autre article sur le même sujet

Là, on touche tout de même à l'apprenti sorcier, sauf que la manipulation n'a rien de fortuite, et que la méthode est clairement déterminée par une idée simple: "améliorer" le vivant. On veut donc aller au-delà de la simple protection et amélioration des espèces. Il s'agit clairement de vouloir créer de nouvelles espèces, et donc devenir des "Créateurs". En quoi est-ce que cela consiste? Tenter de trouver une perfection dans le génome, trouver des débouchés aussi bien économiques que stratégiques. Quand on invente de nouvelles espèces, il ne s'agit pas seulement de se contenter de faire des bénéfices, mais aussi d'avoir un contrôle sur les populations. Quand Monsanto crée des semis qui donnent des graines stériles, c'est pour capter et retenir définitivement les agriculteurs. Quand cette même société fait en sorte que ses graines soient protégées par un brevet, c'est pour pouvoir maîtriser sa clientèle. Quand on détermine ce qu'on a le droit d'exploiter, quand on peut faire mourir un pays en cessant la fourniture des semis, on n'est plus dans le commerce mais bien dans la politique. Et cette politique, elle sent fortement la sélection, le tri entre les "bons" et les "mauvais" clients.

L'instauration d'un monde tout génétique n'a rien d'une simple lubie, et encore moins d'une étape normale dans le progrès industriel. Quand des états riches disposent de médicaments accessibles, peu chers, mais qu'ils n'aident en rien d'autres à se soigner, on n'est plus dans une problématique économique. Quand les pays riches disposent de soins adaptés pour le paludisme ou bien la lèpre, on ne verra pas ces traitements être distribués en Afrique. Faute de moyens? A cause des guerres? Si ce prétexte peut sembler suffisant, il me semble tout aussi probable qu'on ne veut surtout pas aider ces pays à se développer. Il est autrement plus efficace de laisser les "sous-hommes" s'entretuer avec nos armes, nous vendre à vil prix leurs ressources "dont on a plus besoin qu'eux", et surtout les laisser mourir "pour un meilleur contrôle de la population". Etrangement, quand une maladie dangereuse et virulente vient à apparaître (tel que le virus Ebola) et qu'il menace nos contrées, là le monde se bouge pour éviter que la cochonnerie biologique vienne jusqu'à nos portes. Il est alors ironique de voir l'ONU et l'OMS s'agiter frénétiquement pour mettre un terme à la pandémie, tandis que d'autres continuent, car elles ne menacent pas directement notre existence.

Nous tendons à chercher la perfection technologique, mais nous allons dorénavant au-delà: nous voulons une perfection humaine. Entre les tests prénataux poussés (ADN notamment), les thérapies géniques, et même des traitements médicamenteux "préventifs".

La pilule de jouvante? sur topsante.com

Le risque est flagrant: créer une sorte de "nouvelle race" humaine, où l'on va distinguer clairement ceux qui peuvent profiter des progrès, et ceux qui devront vivre sur un ancien modèle. Que va-t-on pouvoir voir? Difficile à dire: nous n'en sommes qu'au début, aux premières heures d'une folie où l'Homme pourrait bien se modifier sciemment, quitte à y laisser bien plus qu'il n'y gagne. Le plus grave, c'est que tant les industriels que les états sont impliqués, et si en façade il n'y a pas de véritable attitude favorable à l'eugénisme, l'arrière-plan est autrement plus flou. On a autorisé le fait que des entreprises déposent des brevets sur la Vie, et donc de détenir des droits sur tout être vivant. Dans le même temps, des états font traîner les choses concernant les débats éthiques, afin que les failles de lois dépassées par les sciences profitent à certains. Ca semble impossible? En interdisant certaines manipulations, en bloquant toute méthode spécifiquement mises en application non pour soigner, mais bien pour améliorer le vivant, nous pourrions éviter des dérives. Mais à aujourd'hui, nombre de pays riches se refuse à agir. Pourquoi? Parce qu'il est économiquement plus viable de laisser faire, ou bien parce que ces études seront favorables à ceux qui ont l'argent? Ce n'est pas l'argent le nerf de la guerre, mais celui qui va profiter du pouvoir obtenu avec.

Je mettais en avant les sociétés. Je vous invite à lire les articles ci-dessous:
Google investit dans les biotechnologies
Le projet Calico de Google
Les investisseurs affluent sur le marché de la biotechnologie

Toutes les méga entreprises visent les sociétés de biotechnologie, car elles semblent receler un potentiel d'évolution monstrueux. Nous sommes encore loin de mesurer l'ampleur du phénomène, et encore plus de saisir les enjeux de cet avenir sous le signe du génome modifié. Médecine, alimentation, armement, natalité, contrôle des populations, tout est un potentiel génétique, et pire que tout un potentiel d'eugénisme massif. L'éthique est un bien grand mot si nous sommes lucides. L'éthique, refuge annoncé pour nous éviter le pire n'est plus un critère de choix.

Je pourrais lister des centaines, voire des milliers d'affaires liées à cette folie, mais il y a sur la forme une chose à ajouter, et celle-ci est encore plus marquante que les autres. Les plus grosses sociétés du monde sont des entreprises directement liées aux technologies tant de l'information, que dans un futur proche à bien d'autres choses. Google comme Facebook se diversifient, et il ne s'agit pas simplement d'une politique d'expansion économique. Le risque d'un glissement vers des ploutocraties n'a plus rien d'une chimère communiste, et son image d'Epinal avec des populations qui se révoltent pour abattre la Machine n'a plus lieu d'être. Quand J.London a écrit "le talon de fer", celui-ci confrontait des ouvriers à des patrons exploitant les masses avec des machines broyeuses de membres et de vies. Aujourd'hui, les industriels ont choisi la méthode douce, à savoir le contrôle par le confort et surtout la peur de le perdre. On est passé du chantage et menace, au contrôle pacifique et discret. Quand une seule et même entreprise détient déjà votre vie privée (Google), et que demain elle pourrait détenir des droits sur votre ADN, pensez-vous que l'état aura encore du pouvoir pour freiner les ambitions de ce géant? Il me semble évident que le risque sanitaire est majeur, et que nous devons, à tout prix, éviter qu'un tel pouvoir soit détenu par une seule firme. Seulement voilà, bloquer le commerce, ce serait alors ne plus être des capitalistes, ce ne serait pas commercialement ni politiquement acceptable.

Nous devons rendre le pouvoir au bon sens. Nous devons absolument légiférer et maîtriser cette expansion des biotechnologies, sous peine de devoir dire un jour quelques phrases aujourd'hui terrifiantes, mais qui sait demain banales
"Dis papi, à quoi ça ressemblait une abeille?"
"Dis papi, pourquoi on ne peut pas semer des graines nous-mêmes dans le jardin?"
"Dis papi, pourquoi papa et maman ils m'ont choisi blond avec des yeux bleus? Moi j'aurais aimé des yeux marron!"
"Dis papi, c'est quoi une pomme?"
"Dis papi, pourquoi il y a partout de la publicité pour les médicaments?"
"Dis papi, c'est quoi un surhomme?"
"Dis papi, pourquoi à la télé ils montrent rien que des gens super forts?"

Ignoble? Caricatural? Regardez vos médias dans le fond des yeux, lisez donc ce qu'ils essayent de vous annoncer: une ère où l'on cherchera l'uniformisation, une forme de perfection, et où l'on voudra gommer la différence, effacer l'individualité, et où l'on se cherchera tôt ou tard des excuses quand nous aurons dépassé les bornes.

10 novembre 2014

25 ans déjà

9 Novembre 1989… Les murs tombent, les choses changent, et pourtant, je regarde le monde et je ne vois pas de si grandes différences. Après tout, malgré l'effondrement du bloc Soviétique, après la fin du mur de Berlin, après l'apparition des démocraties dans les pays à l'étoile rouge, il reste encore et toujours des mécanismes politiques et économiques qui, selon moi, ne font que maintenir une forme d'esclavage moderne. Vous doutez de cette assertion? Vous mettez en doute le principe même que les équilibres mondiaux n'ont en rien évolués? Soyez honnêtes, comparez le monde du temps de Gorbatchev et d'aujourd'hui, mettez en perspective les Balkans d'hier et d'aujourd'hui, puis, enfin, dites-moi honnêtement si le monde a réellement été dans la bonne direction.

Prenons quelques thématiques assez simples. Commençons par l'armement qui, selon moi, est la première cause de terreur pour l'humanité. Hier encore, les grandes puissances se disputaient le pouvoir à coups de menaces via un parapluie nucléaire. Bien entendu, cette crainte latente et perpétuelle avait générée la fameuse guerre froide. Cependant, quoi qu'on en dise, cela maintenait des armes de destruction massive entre des mains précises, identifiées, ce qui en soi offrait tout de même une forme d'équilibre. Aujourd'hui? Avec la prolifération nucléaire (Inde, Pakistan, Israël…), et l'effondrement de l'URSS ayant probablement mené à la vente d'armes atomiques à dieu-sait-qui, force est de constater qu'au lieu d'avoir un ciel obscurci par des oiseaux de mauvais augure, nous avons à présent ces mêmes oiseaux, qui se font malmener par des nations comme l'Iran par exemple. Doit-on leur interdire le nucléaire pour autant? Le nucléaire est une source de production électrique pour le civil, et de mort pour le militaire. Comment choisir? Auparavant, le poids des deux blocs est et ouest offrait une forme de contrainte tacite sur les décisions des autres "petites" nations. Dorénavant, nous devrons compter avec des combats frontaliers, une Corée du nord disposant de missiles à longue portée, ou encore des pays dirigés par des extrémistes susceptibles d'utiliser la force nucléaire sans la moindre hésitation ou scrupule. Un progrès? Pour certaines nations, oui, pour d'autres, cela n'a fait qu'empirer les choses.

Allons au second point, et regardons avec sincérité le statut des pays issus de la fin du communisme soviétique. Que dire de ces pays, si ce n'est que d'esclaves satellites à l'URSS ils sont devenus ceux de l'UE ou des USA? Vous doutez? Réfléchissez-y: la production locale (agricole notamment) était destinée au grand frère rouge, maintenant il nous est expédié dans des conditions tout aussi malhonnêtes. Ce n'est pas pour rien que nos industriels produisent de la viande en Pologne, des cornichons en Roumanie… C'est pour les mêmes raisons que l'URSS avait ces mêmes pays sous sa coupe: la productivité. Nous nous sommes lancés dans une politique où les colonies d'aujourd'hui sont finalement plus proches et plus rentables que celles d'hier! Aussi absurde que cela paraisse, nous prétendons jouer une carte démocratique avec l'UE, alors qu'elle sert avant tout de levier économique pour procéder à un véritable chantage. Nul doute que la crise mondiale a enrayé le broyeur financier pour un temps, mais que ces nations n'émergeront pas grâce à nous. En effet, aucune chance que la Roumanie, la Bulgarie, ou même les républiques issues de la Yougoslavie s'enrichissent réellement grâce à nous. Pourquoi? Parce qu'il ne faut pas escompter de l'Europe qu'elle accepte de donner un essor à ces nations, si ce n'est sous la forme de potager ou de grange. Prenons Dacia: pourquoi produire là-bas, si ce n'est à bas coût, pour inonder le marché d'une voiture à faible marge, mais également à faible coût de production? Il n'y a pas là une démarche d'enrichissement local, mais d'enrichissement de la société mère! Donc, esclaves des rouges hier, esclaves des étoiles blanches aujourd'hui.

Continuons sur un troisième point tout aussi ahurissant: l'ennemi. Contrairement à l'idée reçue déclarant que l'ennemi a une barbe et psalmodie en arabe, le véritable ennemi est le mécanisme qui se cherche une cible à pointer du doigt en cas de problème. Quel est le problème? Ouvrons les yeux: les guerres contre le Moyen-Orient sont apparues dans la foulée de la fin de l'ère soviétique! Mais pourquoi? Parce que la présence de l'URSS, cliente avec le pacte de Varsovie, freinait nettement toute velléité de déstabilisation de la région. Une fois le spectre rouge envolé, les USA et l'UE se sont empressés de profiter de cette absence pour tenter un coup de force. L'attaque sur l'Irak avait pour but premier de rappeler à l'OPEP que ces deux groupes avaient les moyens de peser militairement sur la région, voire même de briser les reins à tout pays s'opposant à eux. De là, toutes les crises ultérieures se sont bâties sur des fondations coulées durant la guerre froide: faire s'écrouler l'état, voir une dictature s'installer, puis au final tenter de l'annihiler. Irak, Iran, Lybie… Les exemples sont assez parlants? Le problème est l'inconséquence crasse des décideurs: ils voyaient dans les despotes une seule voix pour les diriger tous, or ce fut strictement le contraire, car ce même despote ne voyait aucune raison de partager ni son pétrole, ni son pouvoir. C'est la même méthode qui a été tentée dans les pays sud-américains, soit avec des réussites honteuses (la mort d'Allende par exemple), ou des échecs cuisants (la persistance entêtée de Chavez face aux USA). On a vendu les "arabes" comme étant l'ennemi, alors que l'on s'est construit nous-mêmes les ennemis en question! A force de vouloir pressurer ces nations, à vouloir également les mettre en échec afin de les exploiter, les voix les plus radicales se sont retournées contre nous. Et l'on s'étonne du naufrage de la région?

Enfin, il y a une dernière chose tout aussi folle qu'inévitable: malgré notre crédulité, notre capacité à croire que la liberté et la démocratie progressent, nous avons bâtis et légitimés des prisons numériques. Hier, on nous espionnait. Aujourd'hui, nous livrons nos vies sur un plateau de bits et d'octets. Vous pensez que j'exagère? Regardons-nous dans le fond des pixels (comme dirait l'autre): nous sommes inconséquents, nous n'éprouvons pas de méfiance face aux tarentules du net… qui sont, finalement, les premiers à fournir nos vies aux gouvernants du monde entier. Liberté? Celle de se taire. Egalité? Face à quoi? Fraternité… On connaît la capacité de l'homme pour ce qui est de sa générosité et de son absence de xénophobie.

A bon entendeur… à dans 25 ans pour une nouvelle comparaison!

07 mars 2014

Réflexions sur l'Ukraine et la Russie

Porter un regard clair, précis et sans erreur sur la situation en Ukraine est, selon moi, une chose particulièrement difficile à faire. En effet, entre les effets de manches des journalistes, la réalité du terrain, la déformation de la réalité par les politiques, il y a clairement de quoi être perdu, surtout quand on ne connaît rien de l'Ukraine et de la Russie. Alors, à quelle version médiatique doit-on porter du crédit? A celle, officielle, voyant les Russes (et Poutine en tête) en envahisseurs potentiels, ou bien à quelque-chose de plus modulé, de plus précis, et potentiellement bien moins compréhensible pour le quidam?

Raisonnons d'abord de manière historique. Ukraine? Russie? La génération des 18/30 ans voient ces deux nations comme deux pays distincts, indépendants, dont les relations tendues sont liées à une histoire dont ils n'ont globalement pas la moindre idée ou presque. Pour ceux qui, comme moi, ont connu le pacte de Varsovie, ou encore la carte du monde avec l'URSS en bloc "rouge", c'est une chose autrement moins claire. Remontons à cette époque du marteau et de la faucille... L'URSS, c'était 15 républiques unies sous un même drapeau, ceci depuis 1922 jusqu'au 26 décembre 1991. C'était donc une fédération dont l'actuelle Russie, la Géorgie, l'Ukraine... étaient membres, le tout sous l'autorité suprême de Moscou. Pourquoi est-ce essentiel de s'en souvenir? Pour deux aspects: cette unification était un héritage de l'empire du Tsar Nicolas II, mais également d'une volonté politique de maintenir sous contrôle lesdites républiques. L'Ukraine, parmi tant d'autres, rêvaient d'indépendance, et par conséquent paya à plusieurs reprises la volonté populaire d'avoir enfin un état libre. Quelques époques clés sont à retenir:
- Sous Staline: entre 1931 et 1933, l'URSS est frappée par de terribles famines. On parle de 2.6 à 5 millions de morts. Staline est soupçonné d'avoir provoqué ladite famine en Ukraine, sachant que cette république était nommée le "grenier de la Russie" (de part sa production massive de céréales). Cette première étape a évidemment poussé le peuple à avoir une terrible rancoeur contre le gouvernement central.
- Sous Staline, de 1937 à 1939: le "petit père des peuples", paranoïaque et autocrate, décréta qu'il était indispensable de purger l'URSS des traitres, des faibles et des nationalistes. Cela donna lieu à des déportations massives, des exécutions, ainsi qu'à de lourdes sanctions pour toute personne pratiquant un culte (le régime de Moscou prônant l'athéisme comme seul dogme acceptable). On parle encore de plusieurs millions de victimes de cette oppression de masse.
- Durant la seconde guerre mondiale: lors de l'invasion des armées d'Hitler (été 1941), on estime à plus de 200.000 le nombre de volontaires Ukrainiens ralliant la cause du Reich, ceci pour faire tomber le joug Soviétique. Cependant, le racisme antislave du régime nazi a mené cette allégeance de circonstance à être traitée comme une trahison, et de nombreux mouvements de résistants se formèrent pour autant résister aux nazis qu'aux soldats de l'armée rouge; sans succès.
- Jusqu'à l'indépendance: le régime, centralisé par Moscou, fit tout pour étouffer toute velléité de nationalisme ou même de libéralisme. Ce n'est qu'à l'indépendance définitive que le peuple put enfin s'exprimer par la voie des urnes.

En lisant ces différentes étapes, on ne peut que constater un historique très lourd, trop lourd pour être oublié ou même pardonné. Ainsi, l'idée que le peuple puisse prôner une union à l'Europe, surtout face à la Russie bien encombrante, n'a plus rien de bien surprenant. Au surplus, souvenons-nous également qu'il y a là une détermination à s'extraire tant que faire se peut du marché économique constitué des anciennes républiques de l'URSS. En effet, à quoi bon être indépendant, si c'est pour rester dans les jupes de son ancien tuteur? En conséquence, cette mobilisation anarchique tient plus, en terme de critère fédérateur, en ces mots "tout sauf la Russie!".

Maintenant, allons jeter un oeil du côté politique. Bien que le pays ait pris son indépendance, force est de constater que, malheureusement pour l'Ukraine, le régime mis en place s'est révélé être autocrate, et à la solde -ou presque- de Moscou. Mais quoi de surprenant en cela? Entre une énergie fournie par le voisin Russe, des exportations à destination de ce même voisin, et pardessus cela des dettes accumulées au fil des années, difficile de ne pas chercher à flatter l'ego du président Poutine. Dans ces conditions, la politique intérieure de l'Ukraine s'est effondrée, tant par des dettes devenues énormes, que par l'impossibilité de se sortir d'une tutelle économique venant tout droit de Russie. Quand le choix entre se rapprocher de l'Europe, ou bien d'être aidé par la Russie, le président a choisi l'est, tandis que le peuple rêvait de l'ouest. L'attitude autocratique du président a donc permis aux différents mouvements "à l'ouest" d'émerger, de fédérer, et donc d'arriver à l'affrontement menant la présidence à sa chute. Est-ce un acte politique acceptable, voire même louable? Tout dépend. Oui, clairement, tout dépend le point de vue qu'on a sur la situation.
Est-ce légitime que le président ait été chassé de son poste? Pour des principes moraux, de démocratie, de liberté, oui, il est évident qu'on devrait soutenir toute révolution permettant la chute d'un dictateur. Quand l'armée tire sur sa propre population, il est naturel de songer qu'il faut destituer le despote, et le traduire en justice. Cela s'appelle une révolution, et elle se révèle parfois nécessaire pour faire chuter les régimes inacceptables. Si l'on regarde alors de ce point de vue, c'est une excellente chose d'agir de la sorte.
Maintenant, est-ce réellement légitime de soutenir ainsi une révolution? Prenons les choses dans l'ordre: est-ce pour déposer le président que les rues se sont transformées en barricades, ou est-ce uniquement pour soutenir un rapprochement vers l'ouest? Si c'est la seconde réflexion, c'est alors une erreur monumentale, car quoi qu'il arrive, tout rapprochement vers l'ouest sera compliqué, voire infaisable. C'est le volet économique qu'on va observer dans le prochain paragraphe. De plus, sans plan politique clair, sans objectifs précis et décrits, un coup d'état ne peut généralement mener qu'à une prise de pouvoir de celui qui saura s'imposer comme "guide". C'est alors remplacer un despote par un autre. Un cas concret? La chute de Kadhafi. Un autre? La fin de la tyrannie du shah d'Iran, pour la remplacer par celle des mollahs.... Et la liste est longue! De fait: j'estime qu'il est terriblement présomptueux de soutenir une telle révolution, surtout en aveugle total. Je me demande qui tirera profit d'un tel coup d'état.

Le volet économique est assez intéressant en soi. L'Ukraine est totalement tributaire du gaz Russe, du pétrole de la même provenance, et l'aide du Kremlin est très utile pour tout un tas d'autres aspects (nucléaire notamment). De fait: l'Ukraine doit d'énormes sommes à Gazprom (distributeur de gaz), alors que le tarif négocié est encore bien inférieur à celui du cours normal de cette matière première. Ce bras de levier est monstrueux, et les Polonais l'ont découverts à leurs dépends: Coupures nettes de la fourniture, et ce en plein hiver, exigence de Gazprom de payer les dettes, ainsi que le tarif "réel" du produit... bref une prise d'otage pure et simple des consommateurs locaux. Dans ces conditions, comment l'Ukraine pourrait-elle résister à quelque chantage que ce soit? Là, le lecteur ordinaire va dire que c'est un procédé honteux, inacceptable... Mais relisons bien la chose telle qu'elle est: du temps de l'URSS, l'Ukraine disposait de l'alimentation en gaz, au titre de l'union des républiques. Ensuite, un tarif préférentiel était appliqué, bien inférieur au marché. Quand il y a eu l'indépendance, l'opérateur public fut privatisé, et donc se mit à vendre le produit au prix "du marché". Et là, l'Ukraine, comme les autres clients, se sont mis à vouloir croire qu'ils pourraient toujours bénéficier de ces tarifs. Pourquoi? L'indépendance, cela sous-entend également la prise en compte de l'économie de marché, avec ses avantages... et ses inconvénients. Quoi que puissent dire les défenseurs de l'Ukraine, c'est un pan du dossier où les Russes sont non seulement dans leur droit le plus strict de faire du commerce, et que bien des entreprises Françaises ou étrangères agiraient de même, voire même de manière encore plus radicale encore.
Continuons: la crise a touché l'Ukraine, et la république a demandé de l'aide à l'international. L'Europe a répondu 800 millions, Moscou a répondu 15 milliards... Pourquoi? Pour se conserver un allié, pour lui donner non pas une chance, mais plus pour affirmer sa présence de manière économique. Il est indéniable que cet acte, vu au premier degré, pourrait paraître comme généreux, mais il n'en est rien: Moscou a pleinement conscience du dilemme, surtout pour redresser la barre d'une économie pourrie par un historique de gestion "soviétique" (entendre par là sclérosée par des petits chefs, vérolée par la corruption, et disloquée par une gouvernance aussi incompétente que rapace avec l'argent). Cependant, que faire? Accepter l'argent Russe, et se fermer la porte de l'Europe, ou bien repousser l'offre Russe et son marché représentant 60% des entrées de capitaux en Ukraine? Choisir l'Europe, c'est croire que l'union pourrait sauvegarder l'économie, et offrir des solutions de repli pour s'affranchir de la Russie... Mais c'est inepte: les matières premières seraient alors vendues au tarif du marché, les exportations à notre destination ne pourraient pas compenser celles perdues avec la Russie, et l'état Ukrainien se retrouverait rapidement ruiné, faute de débouchés. C'est une prise d'otage... Mais surtout une incongruité de croire que le pays pourra se libérer de cette prise d'otage sans dommage.
Parcourons encore un peu le volet économique: L'Europe peine déjà à sauvegarder ses propres membres, comment envisager de dégager des capitaux pour entamer une quelconque réforme économique en Ukraine? Et L'Ukraine acceptera-t-elle une tutelle de Bruxelles sur son économie intérieure? Passer de Moscou à Bruxelles, est-ce un vrai changement? Contrairement à l'image d'Epinal, Bruxelles a imposé des politiques drastiques en Espagne, en Grèce, bref a poussé ces pays à entrer dans des cycles de rigueur tels que les populations locales sont amenées à manifester (voir les grèves à répétitions), voire même à adhérer à des partis extrémistes (aube dorée en Grèce pour en citer un). Donc: si Moscou propose quelque-chose, est-ce si différent de ce que peut proposer l'Europe? M'est avis qu'un manque chronique de vision pèse sur les Ukrainiens. Le discours "tout sauf Moscou" pourrait bien les mener à une faillite de l'état... et donc un naufrage social digne de 1929.

Le volet militaire, pour finir, se révèle le plus délicat à observer. Qu'en est-il précisément. La Crimée, plage de luxe des anciens dirigeants de l'ex-URSS, est aujourd'hui majoritairement russophone. De plus, la région est aussi dotée d'une base essentielle dans la stratégie militaire Russe. C'est en effet l'accès majeur à la mer noire, et donc à toute la partie ouest de l'Europe! En effet, c'est la porte sur la Méditerranée, et donc directement sur l'Atlantique, mais également sur le golfe persique à travers le canal de Suez... Comment Moscou pourrait laisser se perdre une telle base, ainsi qu'un territoire majoritairement peuplé de "Russes"? Politiquement, impossible; stratégiquement, pas plus; et surtout c'est infaisable, car cela serait considéré comme un abandon par les habitants de la région. N'oublions pas que la Crimée n'a absolument pas été incluse dans le processus de l'effondrement du gouvernement, et je dirais même que les habitants, sur place, ne voient absolument pas d'un bon oeil cette révolution. La présence de l'armée Russe en Crimée peut être analysée de deux manières:
- Une tentative de prise de pouvoir (et donc une invasion potentielle) par Moscou
- Une protection temporaire de la région en attendant une vraie gouvernance en Ukraine.
Dans les deux cas, Moscou n'a pas tort. Elle ne peut pas agir autrement, car il y a d'un côté la protection de ses intérêts (ce qu'on fait les Français en intervenant pendant la crise de Suez en Egypte par exemple), que la protection contre d'éventuels mouvements nationalistes Ukrainiens. On n'en parle pas, ou très peu, mais ne perdons pas de vue la rancoeur très tenace des Ukrainiens contre l'état Russe. Cela pourrait fort bien dégénérer en conflit armé, conflit où Moscou ne pourrait pas fuir ses responsabilités, et donc intervenir par la force.

On taxe V.Poutine d'agir en provocateur, d'aller à l'encontre des intérêts de la démocratie en Ukraine. Réfléchissons un instant: pourquoi irait-il soutenir une révolution qui, d'une part, lui ferait perdre un allié économique fort, et encore plus pourquoi soutiendrait-il une situation où il n'y a carrément plus d'état? L'intervention de Poutine concernant son soutien à l'autodétermination de la Crimée est complètement logique, bien que soi-disant choquante pour le reste du monde. Parce que le statu quo entre la Grèce et la Turquie concernant Chypre est acceptable? Parce que l'attitude internationale lors de la partition de la Yougoslavie fut plus propre et honnête? Parce que l'inaction internationale en Israël est tolérable? J'ai du mal à suivre là, surtout quand la présence de la troupe Russe évite, justement, toute tentative d'actions violentes sur le territoire de Crimée. Oui, c'est potentiellement une occupation, mais je me demande si, justement, Moscou ne serait pas en train de faire le nécessaire pour éviter que cela dégénère réellement.

D'ailleurs, deux interrogations se posent:
- Quel est l'intérêt des USA, de l'Europe, en soutenant l'Ukraine? Légitimer la révolution, ou bien contrer la Russie qui a toujours du poids dans le monde (voir l'inaction totale de l'ONU, suite au refus catégorique de la Russie d'intervenir)? Il me paraît clair que les "sanctions" (que je qualifie de mesures symboliques histoire de marquer le coup) n'iront guère plus loin. La Russie n'a pas besoin de l'Europe, pas plus des USA... contrairement à l'Europe actuelle qui, pour ses nations de l'est en tout cas, dépendent énormément de la Russie pour bien des aspects économiques.
- Qui dirige, concrètement, l'Ukraine? On parle d'élections anticipées, de présidentielles... Mais qui tient la barre tant au parlement, à la présidence, que dans l'armée? C'est cette dernière qui m'inquiète le plus: entre de potentiels mouvements nationalistes, et des généraux nostalgiques de la "mère patrie", j'ai quelques inquiétudes, surtout vu le potentiel d'armes dont dispose le pays.

Pour terminer: ne nous posons surtout pas en arbitres, nous serions vite dépassés par les évènements. Je crains une escalade des actions stupides de l'ouest, rien que pour le principe de provoquer la Russie. On croyait la Russie morte avec la fin du communisme; on pensait pouvoir piloter l'économie Russe (tutelle calamiteuse du FMI sous Eltsine notamment); tout cela sans succès. Les Russes ont élu un homme très fort, dur, strict, intraitable, et qui ne cèdera face à aucune menace. Nous sommes en train de préparer une nouvelle guerre froide, mais nous serions bien capables de nous rater de manière dramatique, car derrière la Russie... il y a la Chine. Pour le moment, l'empire du milieu reste silencieux. Agacez trop les Chinois, touchez un peu trop à leurs intérêts, et nous pourrions le regretter... amèrement.

Petit PS: je parlais du FMI en Russie. Saviez-vous que l'apparition de la mafia, de la corruption de masse, du naufrage économique de la Russie après l'indépendance, tout ceci est lié à la gestion absolument scandaleuse et ridicule du FMI en Russie? Je vous invite à lire quelques ouvrages sur le sujet, donc celui-ci:
La grande désillusion
Une fois cet ouvrage lu... vous saisirez mieux mon idée du "Ukraine sans Russie? Fumisterie. Russie avec l'ouest? Absurdité".

03 février 2014

Avis aux amateurs

Attention... texte fleuve!

Je m'interroge encore et encore sur la critique qui est faite sur les idées concernant aussi bien le travail, que la possibilité de financer le non-travail d'une manière ou d'une autre. Cette réflexion, qui, d'un point de vue moral, semble assez légitime, nous apparaît dorénavant plus que complexe à traiter tant la société dans laquelle nous vivons est bâtie sur des paradoxes: économie adossée au travail de l'argent, dévalorisation de la production au profit d'une délocalisation à bas coût, financements divers et variés de l'inactivité souvent associés au concept de "l'oisiveté aux frais de l'état"... De quoi se demander où est la "bonne" solution, si tant est qu'il puisse en exister une.

Déjà, observons un peu le raisonnement tenu aujourd'hui : il est devenu autrement plus rentable de faire travailler l'argent (par le truchement de la spéculation, des investissements à rendements, bref tout produit financier susceptible de générer du bénéfice sans avoir soi-même produit quoi que ce soit), que par la production "pure" de richesses. Qu'est-ce que cela sous-entend? Tout simplement que quiconque ayant des richesses peut se permettre d'investir, et donc potentiellement de s'enrichir, et que tous les autres, dépourvus de ce pouvoir, sont tenus à rester à la marge, à l'exception près de quelques entrepreneurs aventureux qui, finalement, arrivent à prendre une position rejoignant les "riches investisseurs". Doit-on blâmer ceux qui placent de l'argent? Dans l'absolu, en fantasmant une société équitable, on pourrait espérer que cet argent soit injecté dans l'économie globale, qu'il serve à développer des biens et des services... Or, force est de constater qu'il ne fait que pousser à la roue pour celles et ceux qui veulent voir des nombres grossir sur un compte, et pas voir des entreprises croître. Après tout, un trader voit un matricule pour une action, pas ce qu'elle fait ou si peu. Dans ces conditions, difficile de légitimer un tel fonctionnement, au titre qu'il ne peut pas inciter à travailler, puisque cela sera en pure perte en terme de rendement économique.
En allant au-delà, cela implique alors trois choses. En premier lieu, l'entreprenariat, étouffé face au coût qu'engendre un fonctionnement en indépendant, va pousser soit à s'effondrer, soit à travailler sans tout déclarer. En étranglant ceux qui veulent entreprendre, on ne peut qu'y perdre, notamment dans le domaine du service. Au surplus, comment le client final peut-il accepter de voir la note se saler, surtout quand il s'agit de surcoûts liés aux taxes ou au coût du travail? On fait alors appel à la délocalisation, ou carrément à la main-d'œuvre bon marché (cas des ouvriers Polonais en France par exemple). Dans un second temps, quand on s'offre une politique défavorable au travail, on ne peut que pousser certains à "profiter" du système, en récupérant tous les dispositifs supposés aider ceux mis à l'écart par le système, et non pas financer l'inactivité professionnelle. Quand on en arrive à prendre sa calculatrice pour savoir, si oui ou non, il est rentable de travailler, c'est qu'il y a un énorme problème dans les mécanismes de protection sociale. Enfin, le troisième point, et non des moindres, découle directement des deux précédents: pourquoi espérer trouver un emploi, puisque les entreprises vont chercher à réduire les coûts, tant afin de prendre des marchés, que par souci d'augmenter les marges? Clairement, le suicide économique est tout à fait flagrant, car l'équation de la banqueroute est sous notre nez. Taxez plus ceux qui travaillent (au sens large), c'est les inciter à ne plus embaucher (patronat), à ne plus travailler (salariés), et à dénigrer clairement le travail local au profit d'un travail moins cher... Avec pour effet pervers de perdre toute une compétence, avec toutes les conséquence que cela peut avoir.

Alors quoi faire? Déjà, s'interroger avec force sur quelques règles fondamentales: l'aspect social d'une société ne doit en rien venir contredire les aspects économique fondamentaux. On ne peut et surtout on ne doit pas rendre le travail, l'activité professionnelle inutile, ou insuffisamment rentable pour l'employé. De plus, il est notoirement dangereux d'inciter à jouer avec l'argent, au lieu de s'en servir avec bon sens. Je ne comprends toujours pas comment l'on omet de dire qu'il existe bien trop de portes de sorties juridiques pour les "riches", là où les classes moyennes et basses n'ont pour seule issue que de se taire et payer. De plus, je ne vois toujours pas de loi permettant de mettre un terme aux actions aussi irraisonnées qu'intolérables des spéculateurs purs. Comment peut-on considérer comme logique d'essorer des sociétés qui produisent, là où l'on tolère des marges délirantes, sous prétexte que les dites marges ne passent pas par l'économie réelle? Il y a un énorme problème à ce niveau.
Certains abordent cette catastrophe à travers des taxes, comme par exemple celle nommée "Tobin", dont le but fondamental est de taxer les transactions boursières. Admettons. L'idée est plaisante, mais elle reste, selon moi, complètement insuffisante car globalement incitatrice à exiler les capitaux, et non à les faire rester localement. Je crois qu'il y a, avant toute chose, un besoin de réfléchir à des mécanismes encore plus globaux, non pas en imposant des quotas/taxes et autres solutions "communisantes", mais à mon sens sur des stratégies d'incitation à injecter les capitaux dans de l'économie réelle. Certains croient, à tort, qu'il est aisé de créer de l'emploi en réduisant les taxes et les charges. C'est en soi une énorme bévue que d'y croire, car l'embauche se fait non à la vue de taxes réduites (voire effacées, comme cela existe pour certaines embauches spécifiques), mais en regard d'un gain de production nécessaire ou potentiel. Embaucher, c'est un investissement sur une personne, une forme de placement à risque où le rendement doit être trouvé... sous peine de devoir licencier le salarié, faute de gain. Dans ces conditions, j'ai la conviction que la solution première est de rendre l'investissement concret fiscalement plus intéressant que l'investissement boursier. Reste à voir comment articuler des lois de finance en ce sens.
Un autre point critique est à passer, à savoir le fantasme d'une société totalement sociale, équitable. Encore une fois, pour donner à quelqu'un, il faut avoir pris l'argent en question quelque-part, sauf à vouloir s'endetter. A ce jour, la question reste entière: où prendre l'argent, alors que nous sommes déjà dans une situation financière sensible? Peut-on encore croire à un financement massif de l'état? A mon sens, ce n'est pas en créant des niches d'inactivité "maîtrisée" qu'on obtient tant une paix sociale, qu'une vie potable pour celles et ceux rabaissés par les mécaniques actuelles. Le chômage devient une fatalité, voire un mode de vie, quand il n'y a pas l'espoir de "mieux vivre" en travaillant. La stimulation de l'emploi doit, selon moi, partir d'un constat élémentaire: il ne faut pas que l'emploi soit une source de perte de prestations, et encore moins que l'emploi devienne un esclavage. Quand on est confronté au choix du "travailler ou glander, même résultat financier", difficile de blâmer celui qui va choisir de ne pas se lever, puisqu'en fin de mois, les deux seront équivalents ou presque. Comment faire travailler les gens alors? Déjà, il est selon moi indispensable de revoir complètement la politique de taxation du travail, non pas en faisant des mesures radicales, mais en traitant le cas des bas salaires en priorité. Aujourd'hui, ce qui pousse nombre de sociétés à délocaliser, c'est l'idée (souvent ridicule), qu'il n'est plus possible de produire en France, parce que l'emploi des bas salaires reste non compétitif. Charge à la politique fiscale de trouver une façon de rendre à nouveau séduisant l'emploi localisé. Il peut tout à fait y avoir un mécanisme de vase communiquant, entre une réduction drastique des coûts sur les petits revenus (avantages fiscaux, détaxe...), et la taxation compensatoire sur les gains faits en bourse par exemple; Là, on aurait déjà un premier retour vers un équilibre entre travail et capitalisme boursier.

bien au-delà de ces petites idées, j'imagine également que certains rêvent encore de voir une société plus juste, équitable... Comment l'obtenir? Quels sont les moyens qu'on doit se donner pour permettre à chacun d'avoir une vie meilleure? Je considère le travail comme une vertu, comme un enrichissement personnel. Cependant, il est évident que cela ne vaut que parce que j'exerce un emploi qui m'enrichit intellectuellement, et qu'il est difficile de demander une telle appréciation pour celui qui n'a pas un emploi stimulant. C'est là qu'il y a un énorme progrès à faire, mais d'un point de vue moral et éthique. Qu'on cesse de dévaloriser les emplois non qualifiés, qu'on arrête de pousser les enfants vers des études à rallonge. A mon sens, il faudra absolument trouver une méthode de communication rappelant que chacun peut se trouver une place, et que l'ouvrier à la chaîne n'a pas moins de valeur que l'ingénieur qui a conçu la machine sur laquelle le premier travaille. Nous ne pouvons, ni ne devons pas considérer le diplôme comme une finalité, mais comme une référence. Il n'est pas acceptable qu'on aille constamment s'adosser à des discours tels que "trop diplômé", ou "insuffisamment diplômé" lors de l'embauche. Déjà, l'expérience, la détermination doivent entrer en ligne de compte. De plus, traiter chaque salarié à égale valeur ne peut qu'améliorer le climat social. Et pardessus tout, faire se sentir "valorisé" par son employeur ne peut qu'amener à une meilleure considération de sa tâche par l'ouvrier. Comme dirait l'autre "J'aime mon métier parce que je suis respecté pour ce que je fais".

Comment faire changer les choses? En créant des "revenus minimum d'aide" comme le RSA? L'étendre à ces classes d'âges actuellement non prises en compte (18-26 ans par exemple)? En traitant le problème par l'assistanat, ou en pratiquant des politiques incitatives? Les ajustement fiscaux ne sont que des manipulations de chiffres, alors qu'une bonne pratique est, avant tout, de pousser à consommer ce que nous produisons, et en consommant les produits des autres. Il ne s'agit pas seulement de protéger ce qui peut l'être, mais aussi et avant tout de faire revenir un savoir-faire dilapidé au gré des délocalisations, de la perte de rentabilité de certaines activités, ou encore plus cruellement par la destruction d'un patrimoine industriel, détruit par des choix stratégiques honteux (entreprises en faillite non par manque de compétitivité, mais à cause d'investissements hasardeux), ou pillé (vendu à l'étranger, puis démantelé, cela pour satisfaire l'actionnaire et pas la production). On m'a déjà argumenté que les entreprises meurent aussi faute de clients. Cela existe. Mais quand une entreprise meurt, alors que son portefeuille client est encore tout à fait crédible, c'est que les dits clients vont forcément se reporter sur un autre fournisseur. Dans ces conditions, soit nous laissons mourir les concurrents pour privilégier des ploutocraties (voir la situation monolithique vécue dans l'informatique avec Google/Microsoft, ou dans l'industrier avec Mittal), soit nous sauvons l'emploi, ceci à travers une vraie politique économique et industrielle. Il n'est plus temps de se gargariser avec le TGV et le Concorde, il est plus que temps d'espérer revoir de tels projets émerger au milieu du marasme actuel.

J'entends plein de gens me parler de surconsommation, d'orgie, de gâchis. Nous ne surconsommons pas selon moi. Nous consommons n'importe comment, sans raison ni besoin. Il est tout à fait envisageable de revoir nos modèles de consommation, ceci afin que l'argent dépensé le soit intelligemment. Il y a tant à faire: économies d'énergie, politique écologique dans les domiciles, renouvellement des véhicules pour tendre vers des villes plus propres, réflexions sur nos équipements électroniques et électriques afin de moins consommer, modernisation des réseaux de l'information et du maillage hors des grandes villes... Nous pouvons fort bien mettre un terme à la spirale du chômage, car nous avons des possibilités de progrès, de la main-d'oeuvre qui sera aisée à motiver à travers de vrais gains, et qui plus est de pouvoir recréer une situation de crédibilité industrielle à l'international. Admettons une chose fort simple, et pourtant prise en défaut voire même tournée en ridicule, à savoir la modernisation de nos équipements électriques. La majorité consomment énormément, sont peu recyclables en bout de chaîne, et entre les deux surconsommés car sans cesse rendus obsolètes par les industriels (plus de maintenance, voire impossible à maintenir= déchet quasi systématique). Cela me paraît parfaitement crédible d'imposer des systèmes modulaires de taxes comme "produit vert produit localement=TVA réduite" par exemple. Il y a énormément d'axes de réflexions, de solutions, alors ne laissons pas les choses sombres dicter notre attitude.

Enfin, pour moi, travailler n'a rien de honteux ni de dégradant. Ce qui l'est, c'est de résumer le travail à une corvée, et non à une fonction sociale majeure. Travailler, ce n'est pas s'avilir à une machine, c'est en prendre le contrôle. La juste répartition des gains ne peut se faire qu'en rendant à nouveau le travail attrayant, tant socialement que financièrement. Tant que les exemples de réussite seront ceux issus de gens manipulant l'argent, au lieu de manipuler des entreprises, force est de constater que notre modèle social sera bancal... Si bancal qu'il pourrait, à terme, inciter des mouvements anticapitalistes à se radicaliser, ou tout du moins obtenir une oreille de plus en plus attentive de la population. Et pourtant, ce n'est pas tant le capitalisme qui ne fonctionne pas, c'est l'idée même que le capitalisme se résume à manipuler des capitaux... Alors que les dits capitaux devraient être générés non pas par de l'artificiel, mais du concret. Quand on voit que la première source de revenus de certaines structures se révèlent être la publicité, ou les feintes fiscales, j'ai dans l'idée que nous faisons gravement fausse route. Quand on spécule, à terme, on ne peut qu'aller à la banqueroute, car augmenter artificiellement la valeur de quoi que ce soit pousse, tôt ou tard, à rendre le prix du produit complètement hors de proportion. Un exemple: admettons un bien immobilier d'un prix X. On voit son prix augmenter jour après jour au moment de la vente par le jeu de l'offre et de la demande.... jusqu'au jour où le dit prix ne correspond plus à sa valeur, et les ventes s'effondrent. En bourse? Même combat... et 1929 en ligne de mire. A quoi bon mener à sa propre perte alors? Faisons en sorte de rendre le marché logique, sain, car indexé sur la capacité de chacun à profiter du système, et non d'en être complètement tributaire. Croyons en nous, et non en les chiffres. Croyons en notre capacité à partager, produire, améliorer le quotidien, au lieu de se contenter de suivre des courbes absurdes, des statistiques aussi vaines que muettes sur les réalités.

Pour le progrès, pour l'avenir; pour chacun de nous un potentiel de vivre mieux, plus équitablement.

05 juillet 2013

Opération de comm'? Réalité?

Allez savoir... Mais le message est clair: JE décide.

(via Olissea.com)

07 février 2013

J'ai quoi dans ma gamelle au fait?

C'est une excellente question mon ami. Tout dépend de quoi tu nous parles. S'il s'agit de savoir ce que tu manges, ou s'il y a lieu de s'interroger sur ta nourriture intellectuelle. Quoique... En y songeant bien, dans les deux cas, on tente de te refiler les périmés, les invendus, et surtout les immangeables. Comme quoi, l'esprit comme le corps peuvent se voir intoxiqués de la même manière, le tout sous couvert de bonne conscience, d'esprit "sain", et j'en passe et des pires. Les slogans "mangez bougez" dans une réclame de fast-food a quand même un côté plus que savoureux (intellectuellement, entendons nous bien!)

Alors, quoi? On doute? Le parallèle est impossible? Stupide même? Tiens donc, vous pensez donc que la nourriture est plus propre, moins détournée bricolée bidouillée et que sais-je encore de plus infâme? Ce serait quand même un comble qu'on puisse supposer que nos industriels de l'alimentaire nous empoisonnement sciemment! Et pourtant, c'est bel et bien le cas, et je crains même que nous ne soyons qu'aux premières hécatombes sanitaires, parce que nous n'avons pas su refuser le n'importe quoi qui nous cerne au quotidien. Il est terrible de se dire que nous pouvons nourrir notre descendance avec des produits pourris voire toxiques? Inacceptable? Alors... Pourquoi diable faire confiance à une industrie qui ne manquera jamais de vous faire manger ce qui convient à leur business, et non à votre santé?

Reprenons le parallèle média gamelle. Vous voulez de l'information prédigérée, facile à assimiler, et surtout pas trop complexe à comprendre? Les médias sont là pour vous remplir la tête avec des plats préparés, qu'on passe au micro-ondes. Sitôt avalé... sitôt oublié donc. Vous aimez les émissions débiles, sans intérêt, qui font passer les gens pour des abrutis (ce qu'ils sont souvent, hélas), et qui vous font rire de ce rire gras et glauque de beauf affalé dans son divan? Les fast-foods, les sodas et les machins à grignoter sont là pour vous satisfaire. Vous vous moquez totalement de savoir ce qui se passe réellement dans le monde, vous avez un goût prononcé pour l'action et le sexe? Les chaînes à péages répondent à vos besoins... tout comme la quantité délirante de restaurants qui fourguent des plats préparés en usine avec l'étiquette odieuse "fait maison" (réchauffé au bain marie surtout, escrocs!).

C'est plus net? Le rapprochement se tient? Continuons. Autant, on peut supposer que les médias ont beau jeu (et surtout intérêt) à vous faire avaler n'importe quoi, autant on pourrait se dire que les industriels de l'alimentaire n'ont aucun intérêt à nous empoisonner. Foutaises! Pourquoi les OGM? Parce que c'est plus rentable, mais sans se préoccuper de notre santé. Pourquoi les plats trop salés? Parce que ceux qui vous empoisonnent avec le sel vous vendent ensuite les médicaments qui vous soignent. Pourquoi des fruits traités aux produits chimiques? Parce qu'il est moins coûteux de gérer des produits naturels avec des pertes, que de farcir nos sols de saletés et d'avoir des rendements improbables à l'hectare exploité. Pourquoi des problèmes sanitaires et des maladies inconnues dans nos assiettes (vache folle, tremblante du mouton...)? Parce qu'on se fout de notre santé: une opération d'hygiène élémentaire en moins, ce sont des millions d'économisés par an. Je continue le carnage, ou c'est déjà plus clair?

L'aspartame est un poison. C'est tout sauf une lubie, c'est quasiment une évidence... et les industriels le savent depuis des décennies! Les substituts au sucre peuvent faciliter... le diabète! Bordel, moins de sucre dans les boissons et voilà qu'on se farcit du diabète. Colossal je trouve! Alors, les amateurs d'équilibre, de santé, du "light", lisez ce qui suit dans l'article du lien, et rappelez vous: si on vous le vend, ce n'est pas pour votre bien. C'est que c'est rentable.

ni plus.

ni moins.

Les boissons lights facilitent le diabète, dans le nouvel obs

01 février 2013

Dans le genre "c'est facile de critiquer"

Je voudrais la CGT. N'allez surtout pas hurler que je dénigre le syndicat en question, c'est tout au contraire son image que je critique, celle qui est actuellement balancée dans les médias pour leur faire porter la culpabilité de bien des problèmes, et notamment la fermeture de l'usine Good Year d'Amiens. Chouette, me disais-je en lisant les brèves concernant la fermeture de l'usine et les tentatives désespérées des salariés de la sauver, on va avoir du sang, du sport, des larmes, et peut-être même quelque chose de signifiant sur l'attitude arrogante des grosses entreprises à l'encontre des prolos. Erreur. Et qu'on colle la responsabilité des échecs tant sur le patron que sur le syndicat! C'est énorme, pour ne pas dire totalement absurde. Ca ne manque pas de sel quand même: si le patron et le syndiqué sont dans le même sac, qui protège l'employé? Y a un truc qui me chiffonne, pas vous?

Amiens et la CGT montrée du doigt, sur liberation.fr

Bon. Reprenons un peu ce qui est dit. On dit que l'entreprise a voulu revoir le rythme de travail, geler les salaires, et même écrémer l'effectif pour plus de rentabilité (ou du moins éviter les pertes), et que la CGT s'est refusée aux concessions, ce qui a mené à l'échec de la restructuration, donc à la faillite de l'usine. Ah. Admettons.... En fait non, je ne peux pas admettre cela, d'autant moins qu'on doit déjà s'interroger sur la gestion initiale de l'entreprise. C'est si simple de dire "ces cons de prolos ne veulent pas qu'on les exploite plus, foutons les dehors", au lieu de se dire "et si l'on réduisait déjà un peu nos marges pour les redistribuer, ou alors en réfléchissant réellement sur une meilleure organisation de l'outil de production?". A lancer ce genre de discours médisant sur les syndicats, c'est ce qui pousse le salarié moyen à ne pas leur faire confiance;.. et donc, par voie de conséquence, à ne pas avoir de représentation face au patronat. Et c'est en ça que nous sommes aujourd'hui complètement à la merci de quelques grosses structures aux méthodes plus proches de la mafia que de l'employeur.

Je ne dis pas que la CGT est un syndicat excellent, transparent, de qualité. Je ne dis pas plus qu'il y a un meilleur syndicat qu'un autre. Ce que je dis, en substance, c'est qu'au lieu de prétendre à coller des conséquences sur une seule chose, au lieu d'en regarder toutes les causes, c'est accepter de porter les oeillères qui arrangent bel et bien un petit nombre. Oui, la CGT a refusé certains plans reconsidérant les conditions de travail; oui, elle s'est battue pour éviter les licenciements, et surtout pour s'assurer, lors de plans de restructuration, que le repreneur allait bel et bien faire un boulot digne de ce nom avec ses futurs salariés. Est-ce scandaleux? Idiot? Inadapté? C'est tellement plus simple de dire que la CGT a tout bloqué, au lieu de se demander si tout était réellement acceptable. J'ai en horreur les raisonnements simplistes et à vertu de propagande, d'autant plus quand ils mettent en cause des gens qui se bougent pour leurs collègues.

Là où je peux néanmoins approuver certains propos, c'est que nombre de syndicats sclérosent littéralement leur propre rôle. En effet, en se cantonnant à pourrir l'existence des patrons, un syndicat ne fait que pousser ceux-ci à ne plus composer avec eux, à ne plus avoir une oreille attentive à ce que pourrait proposer les dits syndicats. Pierre et le loup... à force de gueuler "on ne veut pas ça", le jour où il y a une décision difficile à prendre, on ne pose plus la question en se disant "de toute façon ils vont dire non". C'est là où je peux éventuellement rejoindre les critiques faites à l'encontre des syndicats français. Le dogmatisme, l'emprisonnement dans une logique d'affrontement ne mène généralement qu'à l'échec. Pire: quand on prône la grève comme outil systématique de pression, on n'obtient guère que des remous... Mais rarement la vague nécessaire pour balayer les conflits.

Je vous invite tous à vous demander qui, au quotidien, peut prendre fait et cause pour les employés. Individuellement, nous ne pesons que notre propre opinion. Les syndicats furent longtemps interdits parce qu'ils menaçaient littéralement l'hégémonie de la bourgeoisie dirigeante. Maintenant que nous avons un outil de parole, nous le dévoyons en oubliant que, justement, être syndiqué sous-entend avant tout communiquer avec le patron, mais aussi avec la "base". Maintenant, j'espère que le site d'Amiens ne sera pas réduit à néant comme tant d'industries en France. C'est dommage. Triste même. Mais pour autant, la CGT aurait dû accepter n'importe quoi pour repousser l'échéance? Non. Je ne crois pas qu'on peut tout encaisser pour un simple report d'échéance. Six mois de gagnés? Un an? Deux peut-être? C'est tout sauf une perspective, surtout en imaginant que l'inéluctable finit par de produire. Que dira-t-on au dit syndicat? "VOUS, oui VOUS avez accepté ce marché de dupe! On s'est fait rouler, et maintenant qu'on a été pressurés, on est quand même virés!". Hé oui: l'homme est misérable quand il est aculé par la misère et la peur du lendemain. Donc, messieurs les journaleux, évitons de donner le mauvais rôle aux syndicats, et à ceux-ci, faites l'effort de négocier au lieu de jouer les empêcheurs de produire en rond.

13 janvier 2013

24 août 2012

Un oeil critique sur la crise

Ah, cet acharnement thérapeutique à vouloir nous inculquer que les religions, la Foi, ou encore les différences sont des tares dangereuses ! Que de maux on colle sur ces idéologies aussi diverses que variées ! On aime à pousser les gens à se haïr, probablement parce que le pire mène invariablement à l’enrichissement de certains. A l’instar d’un parasite qui se gave sur notre organisme, la propagande consumériste se régale en dévorant d’abord la tolérance, en prétendant que la différence est dangereuse, puis en se gavant avec la couenne grasse de nos méconnaissances, pour finir par déguster nos sociétés à la petite cuillère, à chaque fois que le vote « fasciste » refait surface. Tout ça pour quelles raisons ? Vendre de la sécurité ? Du progrès social et économique ? Non : juste parce que la peur fait vendre, parce qu’elle pousse les gens à se réfugier dans des valeurs malsaines, mais hélas porteuses d’espoirs dévoyés.

Tenez, depuis que la crise est bien implantée dans les esprits malléables des masses, qu’apprend-on en discutant avec le tout venant ? Que l’islam est dangereux, que la Chine est le nouvel ennemi parce que cette nation s’est développée, que l’étranger peut se révéler être un concurrent par trop envahissant. Dites, les étroits de la gamberge, qu’est ce que les nations du monde dit « moderne » ont faites pendant des décennies, voire des siècles ? Si je dis Afrique, Inde, Indochine, Amérique du sud, ça ne vous cause pas ? Hé oui, nous sommes en train de vivre ce que les nations européennes ont fait vivre à ces états, à savoir une forme de colonialisme, mais une colonisation plus insidieuse, plus discrète, mais autrement plus efficace et profonde. Vu que nous perdons de vue les fondamentaux qui sont supposés forger des sociétés progressistes (tolérance, respect de soi et d’autrui, humanisme et non consumérisme), nous en venons donc à observer le voisin avec circonspection, et non à lui tendre la main comme le voudrait l’intelligence dont nous nous vantons à tort. Humanité ? « Oui à condition qu’elle me soit profitable » vous dira n’importe qui croisé dans la rue. Dis, l’ahuri, aurais tu raté le fait que plus nous faisons la guerre, plus certains engendrent des bénéfices, tandis que d’autres s’appauvrissent constamment ?

C’est cynique, mais j’aime à constater qu’il n’existe pas de véritable progression mondiale, que ce soit socialement ou moralement. En effet, dévoyez les idéaux, faites en des objectifs malsains, et vous obtiendrez un monde comme le nôtre. Prenons un symbolisme tout religieux qu’il est avec le veau d’or. L’expression de l’idole, du « faux dieu » menant à sa perte tout un peuple, n’est-ce pas le même raisonnement avec l’argent et le pouvoir de consommer ? Non ? Réfléchissez : se sentir exister en possédant, au lieu de se sentir exister par la présence d’autrui dans son cercle d’existence, c’est à mon sens la représentation la plus chronique de l’idolâtrie la plus crasse. Je ne peux pas cautionner le fait qu’on décrète qu’avoir que son voisin est une bonne chose, tout comme je ne considère pas comme normal d’être mené à l’extrême tant moralement que physiquement par le travail, ceci dans le seul but non d’améliorer sa condition, mais dans le seul objectif de prouver au voisin qu’on vaut mieux que lui. Valoir ? Parce qu’on quantifie sa propre réussite ? Amusant, au sens cynique du terme bien entendu.

On n’a foi que dans le concret, du moins c’est ce qui me semble être le plus pertinent comme présentation de notre monde actuel. Vendez, achetez, soyez riches, écrasez, piétinez le reste, montrez vous retors et ambitieux, et le « monde » vous tendra les bras. Ironiquement, cette attitude nous mène au naufrage économique, tant notre refus de constater que le manque de partage de la réussite pousse les plus pauvres à sortir les dents. On voulait le tiers monde soumis, mais maintenant que l’esclave se défend et mord l’ancien maître on crie au scandale. Je ne vois rien de scandaleux que la bête que nous avons dressé à se battre vienne nous donner une leçon de combat, d’autant plus quand on fait mine d’oublier que nous avons tous profités des richesses des pauvres justement ! Quelle délectable ironie de l’histoire… Ceci dit, cela ne fait que commencer je pense, surtout si l’on se penche sur le destin des empires. Quelle est la cause majeure de la chute des grands empires ? L’expansion a des limites, et chaque empire de l’histoire a goûté l’excès d’expansion comme moteur économique et politique. Rome ? Trop grand, gras, imbu de sa puissance, réduit à néant par manque total de capacité à maintenir une fédération gérable. La Grèce antique ? Excès de confiance dans sa stabilité. Les grands empires et royaumes Européens ? L’oubli qu’une guerre mène à la pauvreté, puis à l’esprit de revanche des voisins. Et ainsi de suite. Et on continue pourtant à espérer qu’après avoir massacré, exploité, ruiné des dizaines de pays, que ceux-ci vont persévérer dans la soumission… Ridicule, non ?

Je m’en remets à un dicton tzigane : « pourquoi le tzigane est heureux et danse quand il pleut ? Parce que la pluie annonce immanquablement le soleil ». Logique implacable. Il nous reste quelques années à subir la régulation légitime de notre ambition devenue trop dévorante, ainsi qu’une stabilisation des échanges avec les nouveaux riches de ce monde. Par bonheur, la Chine a saisi qu’il ne fallait pas nous achever, mais nous préserver en tant que clients potentiels. Dans cette immense cour des miracles, nos différents pays ne sont que des pions qui, par le truchement de discussions de couloirs, se mettent à présent d’accord pour retrouver une situation stable et acceptable. La croissance infinie n’existe pas, et le veau d’or est dorénavant un peu pointé du doigt. On parle de développement raisonnable et raisonné, l’écologie entre enfin en ligne de compte dans notre processus économique, probablement parce qu’il faut bien améliorer ce qui ne fonctionne plus correctement. Reste à voir si ces réactions ne sont pas uniquement là pour tenter de réparer la machinerie folle qui nous a servi, jusqu’à présent, de moteur de développement, au lieu d’envisager de nouvelles sources d’échanges. Pourquoi ne pas admettre que les pays émergents sont des partenaires viables et valables ? Pourquoi tenter de sauver notre « suprématie » déjà morte et enterrée depuis plus de soixante ans ? Pourquoi s’entêter dans une démarche nationaliste, au lieu de simplement comprendre que la vertu du patriotisme est de vouloir que la nation progresse, et le peuple avec, au lieu de tenter de sauver une « identité » qui, de toute façon, évoluera forcément ?

L’exigence du monde qui se présente à nous est simple : trouver un point d’équilibre qui sera favorable à tous les acteurs de pouvoir. Au lieu de nous en remettre à celles et ceux qui nous vendent de la religion économique, au lieu de nous abaisser à créer des ennemis en tenant pour responsables de nos maux la différence et les ambitions des autres, nous serons forcés, bon gré mal gré, à nous asseoir à la même table que les autres nations du monde. Le diktat des G8 et autres entités dévoyées par leur manque de réalisme va sûrement imploser, ou tout du moins fortement s’infléchir de par l’obligation d’accueillir ces nouveaux acteurs de l’économie et de la politique mondiale. Pire encore : imaginons que la Chine, l’Inde, le Chili, le Brésil, bref tous les pays anciennement esclaves de notre système s’allient dans un contrepouvoir au G8, qu’adviendra-t-il de notre modèle ? On pourrait assister à la régulation mondiale par l’inversion des polarités de pouvoir, à savoir ces pays consommateurs… et nous producteurs à bas coût. Ce serait la pire des ironies, mais ça n’a rien d’impossible dans le fond. Le dicton tzigane précédent me semble fort à propos dans l’idée où ce genre de mutation ne sera pas forcément négatif, au titre que cela pourrait relancer l’économie européenne, recréer un tissu social fort et résistant… et donc, d’ici quelques décennies, repositionner l’Europe comme trésorier du monde. Tout est une question de temps, de patience, et de bon sens. J’aimerais juste que la motivation de ces changements ne soient pas la peur et la haine de l’autre, mais la saine ambition d’être aussi bon, si ce n’est meilleur que lui. Ni plus, ni moins.

10 février 2012

Financdes à la noix

Dans ces temps troubles où les mots sombres fleurissent mieux que les roses (sans allusion sordide au PS, quoique !), les gens se parent de tristesse, d’inquiétudes plus ou moins fondées, et nombre de nations dans le monde paient le prix d’un excès de confiance dans un système bâti sur du vent. Aussi fou que cela puisse un jour paraître à nos descendants, nous nous sommes adossés à dispositifs conçus dans le seul but d’enrichir une proportion ridicule de la population, au détriment du plus grand nombre, le tout avec des risques incalculables. Par analogie, est-ce que quelqu’un aurait l’idée saugrenue de construire sa maison en bois à quelques mètres du cratère d’un volcan en éruption ? Non ? Pourtant, nous l’avons fait avec l’économie. Et il est donc légitime de se préoccuper du lendemain, quitte à enrichir les laboratoires pharmaceutiques à force de consommation de traitements pour l’ulcère, puis pour les inévitables dépressions nerveuses.

Mais concrètement, à quoi cela nous mène ? Le triple A est une fadaise, une mauvaise plaisanterie supposée noter les capacités de remboursement de la France. Hé, les cinglés de la calculette, les demeurés du tableur, vous semblez perdre de vue qu’un état en faillite, c’est un état qui disparaît corps et biens… et les banques nationales avec ! Depuis quand les banques sont-elles les tenancières des nations ? Depuis qu’on laisse aux banques le loisir de tenir le cordon de nos bourses à tous ! Pour ceux qui en douteraient, laissez moi vous rappeler quelques fondamentaux : les achats en espèce sont plafonnés, donc impossible (en théorie) de dépenser beaucoup d’argent liquide ; il est obligatoire d’avoir un compte bancaire pour percevoir un salaire ; il est impossible ou presque de se loger, faute de ne pas pouvoir payer les factures des charges et loyers en espèce. Sans compte bancaire, pas de vie dans le système donc. Et là, on laisse donc le pouvoir à des organismes privés, et au surplus on leur laisse le droit de nous dire, à nous autres citoyens qui se choisissent un gouvernement « Vous êtes des cons ». Ben oui : baisser une note, c’est inciter les investisseurs à se méfier de nous tous, grosses et petites entreprises comprises.

Là, j’entends déjà certains me dire que je raisonne comme F.Hollande lorsqu’il clame haut et fort que la finance est l’ennemi. FAUX ! Je suis totalement hors de ce discours démagogique, parce qu’il n’est pas du tout dans le débat. Le capitalisme est notre système, et les banques font partie du mécanisme économique. Sans crédit, point de développement ou d’investissement. Sans placement ni actionnariat, point de possibilité aux entreprises d’avoir de massives entrées d’argent. Alors, quel est donc mon idée ? Au lieu de cracher sur les banques, les traders, les financiers, faisons en sorte de les responsabiliser sur leurs actions ! Est-ce légitime qu’un type brassant des milliards d’un clic de souris soit complètement irresponsable ? Est-il normal qu’une banque trouve le moyen d’exiger des AJO à ses clients, alors qu’elle-même trouve le moyen de dépenser de l’argent… qui n’est pas le sien ?! C’est LA première des démarches à faire : rendre totalement responsable les banques, tout comme n’importe quel industriel est responsable de ses produits manufacturés. Rien que cela, ce tout petit principe fondamental pourrait faire peur aux banques, et ainsi donc les calmer dans leurs idées folles (comme vendre des parts de crédits véreux par exemple, ce qui est le principe des subprimes soit dit en passant). J’envisage également une autre idée « novatrice » : pourquoi doit-on payer des services et des frais divers à nos banques, alors qu’elles font des bénéfices… avec notre argent ! C’est quoi ce système où les clients deviennent paradoxalement des moutons, alors que la prestataire joue les loups ? La banque me doit ce service, au titre qu’elle s’enrichit sur MES économies, et ce sans même me reverser le moindre dividende. Mieux encore : pourquoi ne pas rémunérer obligatoirement les comptes courants ? Zéro frais, moyens de paiement gratuits, et une petite rémunération des comptes (admettons 1% par an sans impôt) ! Cela semble fou, mais j’estime que les banques sont tenues de nous rendre des comptes… et non l’inverse.

Tous les candidats présidentiables me font littéralement halluciner. On enchaîne les épreuves de force axées non sur des idées concrètes, mais que sur de la démagogie de comptoir. Moi aussi, je peux en balancer des idées comme ça. La preuve, je viens de le faire ! Ce que demandent les gens, c’est qu’on leur dise honnêtement et ouvertement quelles sont les vraies solutions, et pas spécialement des utopies. J’adore voir qu’à gauche on envisage de dépenser de l’argent qu’on n’a plus, et qu’à droite qu’on envisage de ramasser plus, quitte à enfoncer encore un peu plus les marchés dans le marasme le plus néfaste. Ce n’est pas en taxant à outrance qu’on se renfloue, et ce n’est pas en dépensant à outrance non plus qu’on relance une machine grippée par des décennies d’incurie économique. La crise mondiale n’est qu’un révélateur, une sorte de bain glacé où les vrais clichés de notre société nous mettent face à notre propre responsabilité. Les dépenses publiques, les déficits, ils se sont majoritairement creusés à cause de nos souhaits : santé, sécurité, confort, avantages sociaux, retraites… tous ces pôles de dépenses abyssaux, c’est au citoyen qu’on les doit (et je ne m’en exclue pas le moins du monde). Maintenant que le chômage explose, que les banques veulent récupérer leurs billes (après avoir perdu les nôtres, ne l’oublions surtout pas), la France est face à des dilemmes qu’il me semble extrêmement ardus à corriger : économiser et rembourser quitte à pressurer, ou bien emprunter en espérant des entrées fiscales plus élevées ?

Dans l’absolu, tous les candidats m’épuisent donc à coller la responsabilité unique et intégrale de la crise sur les épaules du parti au pouvoir. Nombre de leurs idées et interventions ne furent pas heureuses, mais je crois surtout qu’aucun gouvernant n’aurait fait mieux, faute de moyens de le faire. Soyons lucides : si le président sortant n’est pas réélu, il sera indispensable de comprendre que le nouveau président ne sera pas pour autant dans une situation soudainement assainie. La folie dépensière ne date pas de l’ère Sarkozy, et les gouffres creusés en notre nom sont loin d’être aisés à combler. J’espère que les Français comprendront cela, et qu’ils ne se mettront pas à dire, dans un an, qu’ils regrettent leur choix électoral. Tiens, c’est étrange : ce sont ces mêmes Français qui, une fois que N.Sarkozy s’est mis à appliquer son programme, se sont révoltés et criés au scandale ! Quel que sera le prochain gouvernement, mesdames, messieurs les ministres, je vous conseille de prévoir les bouchons auditifs, ainsi que les boucliers des CRS pour vous protéger des tomates et autres jets de légumes. Pourquoi ? Parce que le Français, une fois de plus, refusera (à mon avis) de voir plus loin que le bout de son nez.

La routine quoi !

08 septembre 2011

Quelques réflexions sur l’économie mondialisée : 1

N’étant pas économiste de formation, mes « idées » seront probablement si ce n’est légères et incomplètes, fausses voire contradictoires avec la réalité. Je n’observe malheureusement le monde que par un bout de la lorgnette, à savoir l’éclairage de mes maigres connaissances, le tout pollué par les grands médias de notre temps. En conséquence, n’hésitez pas à me commenter, me critiquer, et en tout cas à corriger toute erreur dans mon propos. L’échange de connaissances étant supposé être le maître des discussions sur la toile, j’aimerais lancer une vaste discussion, avec pour but avoué de produire un texte explicatif un minimum complet et concis à destination des plus néophytes d’entres nous. Donc… bonne lecture et critiques !

La première des interrogations à laquelle il serait bon de donner une réponse claire, c’est de savoir quel est le système qui fait tourner le monde. Bien sûr, on pourrait répondre avec un seul mot générique, à savoir « capitalisme ». Excepté quelques dictatures repliées sur elles-mêmes, le monde semble régi par une économie mondiale, s’appuyant sur les préceptes de la gestion du capital qui sont : le profit, l’usage du capital pour dégager du profit, et la répartition des valeurs en fonction de l’implication économique de chaque acteur. Dans ces conditions, on devrait donc parvenir à un système qui se résumerait en quelques étapes simples : produire, vendre, et répartir le fruit du travail et de la vente en proportion des investisseurs et des marges dégagées sur le travail. Est-ce le cas ? Paradoxalement, le capitalisme ne tend pas vers une amélioration immédiate des conditions de vie des travailleurs, car le travail de l’argent est plus rentable, et surtout moins taxé que le travail de production. Ce constat est donc que le capitalisme est appliqué dans sa phase la plus dangereuse, au titre qu’il ne répartit pas le bénéfice en fonction de l’investissement brut dans la production, mais en fonction de la part active de capital investie supposée rapporter tant par la spéculation de l’actionnariat, que le reversement de dividendes aux actionnaires en question. Nous avons donc un capitalisme qui a pris le visage de la détention des capitaux, et pas le capitalisme d’investissement sur les moyens de production.
Il y a également là un complément à faire : les moyens de productions ne se résument pas aux machines, car, dans l’esprit, la production peut être physique (produits manufacturés), et intellectuelle (création intellectuelle, gestion, administration des biens et des personnes…). On ne peut de toute façon pas réellement dissocier l’esprit de la physique de construction, car l’une est tributaire de l’autre. Sans production physique, les concepts restent sur le papier ; sans réflexion et études (Recherche et développement), pas d’innovation, ceci pouvant faire péricliter des secteurs complets de l’économie (anciennes technologies abandonnées pour de plus efficaces/rentables, cessation d’activités non rentables pour des questions de coûts, ou encore réforme drastique des possibilités de production, suite à des changements de lois sur l’écologie par exemple). Donc, pour le progrès, il faut que la partie recherche et la partie production de masse se concertent, se rejoignent, ceci afin d’abaisser les coûts, augmenter les rendements, tout en maintenant des marges acceptables tant par l’entreprise que les marchés.

Le second aspect à observer, une fois qu’on a admis que les marchés sont pilotés non par l’efficacité des sociétés, mais par la spéculation sur celles-ci, est d’identifier le pourquoi des crises à répétitions qui ébranlent notre système. Il y a un nombre énorme de facteurs, qu’ils soient conjoncturels, économiques, sociaux, ou techniques. Cependant, dans la liste, il y a plusieurs faits qui dérangent, et qui démontrent que le système économique n’est pas dirigé par des réflexions saines sur l’économie, mais au contraire qu’il est souvent dirigé par des idéologies et des politiques. On pourrait croire, à juste titre, que tous les marchands du monde sont intéressés tant par le bénéfice, que par la concurrence. Pourquoi ? Parce que le bénéfice est tributaire de la concurrence active, et réciproquement. Quand deux entreprises se font concurrence, celles-ci doivent trouver des stratégies pour maintenir de bons niveaux de bénéfices, tout en restant compétitifs l’une face à l’autre. Les stratégies élémentaires sont peu nombreuses, bien qu’elles peuvent donner lieu à diverses méthodes de mise en œuvre : réduire les coûts pour augmenter les marges, augmenter drastiquement la production pour abaisser les coûts unitaires, augmenter la valeur ajoutée des produits pour les différencier de ceux des concurrents, ou s’accorder avec le concurrent pour que chacun se fasse sa place sur le marché. La première solution mène généralement aux délocalisations, ce qui est un désastre social et économique ; la surproduction apporte du stock, voire des pertes, ce qui est dangereux pour la société (d’où les politiques de production en « juste à temps », ceci pour ne pas connaître de phénomènes de stockage coûteux et destructeur) ; l’augmentation de valeur ajoutée est une possibilité un peu marginale, car elle imposera à la société d’investir dans l’innovation, de montrer sa différence, au risque de ne pas attirer de nouveaux clients (Apple y est fort bien parvenu par exemple, mais c’est une société parmi des millions dans le monde) ; Les accords sont les seuls qui soient réellement bénéfiques pour les sociétés, mais systématiquement défavorables aux clients (prix abusifs, impossibilité de changer de fournisseur sans retrouver des tarifs analogues…). En clair : le client n’est plus la cible, c’est l’actionnaire que l’on flatte. En conséquence : on ne tente plus de baisser le prix de vente, mais d’augmenter les marges, et donc les dividendes.
En quoi ces démarche sont-elles nocives pour les marchés ? Elles sont dangereuses parce qu’elles incitent à se fier plus au cours d’une action, qu’à la stabilité de l’entreprise qu’elle symbolise. Le principe est affreusement simple : valoriser à l’extrême une société, c’est alors risquer que le cours chute, et que la valeur « réelle » s’évapore sur les places de marchés. Une entreprise peut donc faire faillite, faute de liquidités, alors que les carnets de commandes sont pleins ! L’étonnante facilité qu’ont les marchés à dépouiller une société est effarante, surtout quand on sait que ce genre d’action peut être menée par une société rivale souhaitant couler un concurrent encombrant.
Je disais que l’idéologie pèse plus lourd que le bon sens économique. Prenons quelques exemples concrets pour en comprendre la portée politique au-delà de la logique du commerce. Quand le pétrole se tarira, nombre de lobbies extrêmement puissants (pétrole, transports de frets, automobile, aviation…) seront alors tenus de trouver des énergies alternatives, ceci à des coûts faramineux. Or, le pétrole, simple à exploiter, maîtrisé, et qui plus est maintenu en laisse par les acteurs de la politique mondiale, se doit de rester en place afin de repousser le plus loin possible les échéances de la mutation industrielle indispensable à la fin du carburant fossile. L’automobile en est un bon exemple : pourquoi chercher autre chose, quand il est si simple de faire du bénéfice sur quelque chose de déjà rentabilisé ? Dans cette optique, ces groupes pesant des milliards, des millions de salariés dans le monde, ne peuvent donc pas tolérer qu’on abandonne le pétrole de sitôt. Les gouvernants sont donc pris entre l’idée tragique d’un naufrage industriel, d’un chômage délirant, ceci faute de maintenir des vieux modèles économiques en activité, et la possibilité d’avoir enfin une indépendance énergétique plus grande, surtout dans l’idée de s’affranchir du dollar, indicateur sacré du prix du brut sur les marchés. La conséquence directe est élémentaire : l’état, arbitre politique par excellence, fait de l’ingérence économique en agissant politiquement (guerres pour le pétrole, modulations des taxes pour favoriser/léser des acteurs spécifiques des marchés, absence de politique réellement incitative concernant la recherche de solutions tierces…). Dans ce climat d’inquiétude, les entreprises poussent donc les états à les soutenir, quitte à rester sclérosé dans un modèle qu’on sait condamné.
Le troisième éclairage à observer est l’endettement. Qu’est-ce que s’endetter ? C’est juste prendre des crédits pour financer un train de vie supérieure à sa capacité financière. Schématiquement, cela signifie donc que les états vivent au-dessus de leurs moyens, en dépensant de l’argent qui n’entre pas en revenus directs et indirects (taxes, impôts). Que faire ? Ce train de vie, c’est un moyen commode de s’offrir une paix sociale, mais également d’éviter un effondrement du tissu socioéconomique. En soutenant l’implantation d’entreprises en ZUP, ceci par des avantages fiscaux importants, on perd des rentes fiscales, mais l’on en obtient en contrepartie à travers l’emploi des chômeurs par exemple. Seulement, un modèle où le social gangrène les caisses, c’est un modèle voué à l’échec, car la moindre crise économique poussera encore plus rapidement les états déjà endettés dans le gouffre (plus de chômeurs, donc plus d’aides, moins d’entrées fiscales sur les salaires/charges diverses, donc augmentation des dépenses tout en ayant une baisse des recettes. En clair, le modèle idéal pour une faillite rapide du système).
Le dernier éclairage qui me paraît pertinent est le concept même de l’endettement des états. Quand les états supposent, à tort, que la dette n’est pas un danger, alors tous les états s’endettent, et se doivent mutuellement de l’argent, sans compter celui qui est également à rembourser aux organismes privés (banques en tête). Or, si ces liquidités s’évaporent, et que les états ne remboursent pas, ce sont les banques qui trinquent, car ce sont les fonds des entreprises et des particuliers qui servent de base aux prêts aux états. En poussant au bout le modèle, cela veut alors dire : qui dit défaut de paiement d’un état dit défaut de caisse des banques, qui, faute de liquidités, ne peut payer ses clients pourtant non endettés ! C’est dans ce cercle vicieux qu’on peut perdre ses économies, alors qu’on n’a aucun crédit à rembourser. Le plus frappant, c’est que les citoyens, pourtant conscients de cette folie économique, refusent toute forme de réforme. En effet, réformer, c’est forcément soit réduire les dépenses, soit augmenter les recettes. Les deux modèles peuvent également se mêler pour ne pas ponctionner du différentiel en un seul endroit. Cependant, les choix à faire sont plus que délicats, et nous allons voir pourquoi dans un prochain article…

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