26 février 2010

Communication musclée

Etes-vous réellement convaincus par l’idée de pouvoir tout régler par la discussion, la négociation et les palabres sans fin ? Etes-vous réellement et intimement persuadés que l’on peut s’épargner bien des crises en se contentant de jouer les diplomates ? Personnellement, j’ai pour éthique d’éviter le conflit, ou alors de l’assumer pleinement, quitte à me mettre sur le pied de guerre. C’est ainsi, je ne crois à la vertu de la parole que lorsque les conditions sont propices. Dans toutes les batailles verbales, il y a toujours une limite au-delà de laquelle l’on finit par ne pas vouloir aller, et je suis de ceux qui basculent d’un coup vers le côté obscur, celui qui peut terrifier le plus serein et le plus blasé des interlocuteurs.

Pourquoi devrions-nous nous éterniser à vainement tenter de convaincre, ou d’obtenir d’autrui le respect ou de la compréhension ? N’est-ce pas là un effort aussi inutile que pénible ? C’est quand même impressionnant de se dire qu’on tente d’éduquer, ou d’informer son interlocuteur qui vous rétorque avec morgue et une pointe d’agressivité « Je ne suis pas d’accord ». Ah, là, pas question de perdre mon temps, pas plus qu’il ne sera question d’entrer dans tous les détails qui seront, de toute façon, complètement omis et mis à la trappe. Non. Concrètement, je préfère quitter le terrain ou sortir l’artillerie. A l’instar d’un Sun Tzu, j’estime qu’il vaut mieux éviter le combat quand il est inutile ! De la lâcheté ? Juste du bon sens : discuter avec un con, c’est perdre son temps.

Bon, il est vrai qu’il n’est pas profitable de rester braqué de la sorte, et qu’il faut savoir faire preuve de patience. De la patience ?! Moi ?! C’est demander à un bataillon de blindés de s’arrêter dans un champ de violettes pour y sentir l’odeur suave et sucrée de ces fleurs magnifiques ! Hélas pour moi, je suis incapable de retenir mes troupes, d’autant plus quand le sujet me semble mériter des mises au point. Je ne suis pas pédagogue, je suis chroniqueur, et ce n’est pas du tout la même chose ! De fait, je peux devenir virulent, vociférant ma colère et mes opinions sans craindre la contre-attaque. M’exposer ? J’assume, j’accepte, j’affronte. Polémiste, têtu, voire cabochard, la communication musclée ne me fait pas peur. N’ayez pas peur de vous exprimer, ce serait presque un bon slogan me concernant.

Oh, je sais bien qu’il peut être désagréable de devoir supporter un tel trublion lors d’un repas, d’une soirée où le parasite a été invité par erreur, ou encore lors d’une réunion supposée être sereine et posée. Désolé, je n’arrive pas à laisser passer les inepties, ou alors je m’en vais, claquant la porte avec véhémence et sans aucune charité pour l’hôte ayant eu le malheur de me convier. Je ne me suis jamais caché d’être un emmerdeur doublé d’un bourricot, charge à lui de comprendre qu’on ne doit pas jouer avec le feu… Ce serait comme reprocher à un bidon d’essence de prendre feu à la promiscuité avec une allumette ! Aucune pitié : je charge ou je pars, mais je ne ferme pas ma gueule.

Une réflexion sympathique dit « Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con, que de l’ouvrir et ne plus laisser de doute à ce sujet. ». Fort bien, monsieur Audiard n’avait pas tout à fait tort pour beaucoup de choses, mais de là à rester coi et d’écouter les imbéciles vous triturer l’histoire, la politique ou la vie pour vous faire la leçon, ça me dépasse. C’est plus fort que moi : j’aime dire merde, où que ce soit, avec qui que ce soit ! Pas diplomate ? En effet, j’ai en horreur les hypocrites qui vous saluent, acquiescent sans mot dire, et qui par derrière vous taxe de fasciste, d’intolérant, ou de tout un tas d’épithètes aussi sympathiques. Mon slogan « Que tu sois con ou pas, se taire, c’est cautionner la connerie. Alors, dans le doute, ouvre la ».

Et enfin, quel bonheur de discuter, quitte à rentrer dans le lard, quitte à se défendre avec quelqu’un sachant se défendre ! Les divergences d’opinions bâtissent les sociétés, les idées différentes ouvrent de nouvelles voies, alors fermer sa gueule… JAMAIS !

25 février 2010

Gaston!

Je voudrais rendre hommage à ce personnage bien connu des mordus de la bande dessinée, l’inusable Gaston Lagaffe, l’éternel pauvre type en pull vert à l’allure si inimitable. Autant nous pouvons dire que les héros aux pouvoirs improbables n’existent pas, autant Gaston peut être croisé, et ce au quotidien, dans votre entourage. Vous pensez que j’exagère, que je caricature ? Pourtant, Franquin ne s’est pas seulement appuyé sur son sens de l’humour, il s’est aussi (à mon avis) inspiré de ce que peuvent être les employés de toute entreprise : des phénomènes à l’imagination débordante !

Entre instruments de musique aussi dangereux qu’insupportables, Gaston est un mélomane ! Son entourage maudit ses excès au trombone, sa tendance à tester de nouvelles expériences sonores, et, il faut le reconnaître, le tout avec une nonchalance enviable par tout Anglais au flegme pourtant légendaire. Vous n’avez donc personne que vous côtoyez qui confond musique et « boucan » ? Vous n’avez donc pas un seul adulte aux goûts musicaux aussi douteux qu’un hamburger oublié pendant plus d’un mois dans un caniveau sordide ? Pour ma part, j’ai eu la pénible expérience de découvrir que mes tympans pouvaient me supplier d’encombrer l’embouchure de mon conduit auditif pour cesser le supplice. Ah, ces fanatiques de braillards au chant agressif et à la musique indigente ! Ah, ces accrocs aux morceaux à la mode sitôt entendus, sitôt effacés de ma mémoire ! Gaston, lui, a cet avantage de proposer ses expériences avec candeur, et il lui arrive même d’être « potables » (selon ses propres critères s’entend)… Pauvres oreilles !

Qui n’a pas côtoyé l’expérimentateur, le bidouilleur fou qui s’essaye à tout et surtout à n’importe quoi, parce que c’est quelqu’un de curieux ? Adorable au demeurant, le laborantin de pacotille s’adonne sans compter à ses essais, trifouillant livres et recettes pour tenter de mettre au point « le nouveau carburant », ou bien « une peinture qui ne sent pas mauvais ». Pourtant, sous des dehors sympathiques, on ne peut que le détester, cordialement certes, mais le haïr même pour les résultats obtenus : mobilier bousillé, taches sur la moquette, odeur persistance mêlant solvants toxiques et plastique brûlé, tout est bon pour vous rendre dingue. Et là, c’est l’aspect chimique, parce que le Gaston, lui, est un touche à tout ! Tout y passe : la mécanique avec une voiture aussi effrayante que dangereuse et polluante, l’électricité (provoquant coupures et crises de nerfs en pagaille), ainsi que divers autres domaines aussi variés que la botanique (ses inénarrables aventures avec une collection de cactées), l’archivage (transformant toute chose rangée en capharnaüm), ou encore le sport (avec le lancer de ventouse à déboucher les éviers sur les murs, les portes, et donc aussi en travers de la tronche de son patron…). Bref : fuyez le, fuyez Gaston, c’est une menace permanente pour votre santé physique et mentale.

Pourtant, on n’arrive pas à le haïr suffisamment pour le sortir de nos existences. Sympathique, souriant, serviable, c’est quelqu’un qu’on aimerait avoir pour ami tant sa vie est remplie d’incidents cocasses. Il ne sera pas dit ici que Gaston est quelqu’un de méchant ! Maladroit, fainéant, tournant toute chose en ridicule, mais jamais avec un mauvais esprit propre à nos contemporains. Gaston se contente d’exister, de végéter, riant de tout, se moquant de lui-même (en créant, par exemple, un double de lui en latex), et donc de rendre la vie des autres moins morose. Bien sûr, il tue la productivité, provoque des catastrophes dignes des pires tsunamis, et pourtant, on ne le blâmera que le temps d’une saine colère. Après tout, il faut bien que quelqu’un se tromper pour qu’on puisse justifier d’une hiérarchie, non ?

Si Gaston est un fainéant chronique, c’est peut-être et surtout parce qu’il est un humaniste. Il plaide pour l’entraide, le repos, l’absence de stress… La productivité ? C’est hors du vocabulaire d’un tel personnage, à tel point que lui en parler est une impossibilité physique. Ses proches, ses chefs même ont abandonné l’idée, à moins de vouloir le tourmenter… pour de rire !

Merci à toi Gaston !

24 février 2010

Pas l'temps!

23 février 2010

Jeux d’hiver

Mais pourquoi diable notre râleur n’a-t-il pas encore réagi concernant les JO ? Pourquoi ne s’est-il pas fendu d’un mot dont il a le secret ? Peut-être tout simplement parce que je ne suis ni amateur de sports d’hiver, ni vraiment féru de retransmission télévisée de curling. Allez savoir si, par hasard, je n’aurais pas une forme de réticence face à l’effort physique chronométré…

Bon, je peux tout de même déclarer que j’admire les différentes performances, et qu’aucun des sports présentés n’est ridicule. Si je cite le curling, ce n’est pas pour le moquer, car, d’un point de vue purement technique, réussir à obtenir de la précision et de l’efficacité dans ce sport n’a rien d’une sinécure, donc, de fait, ce n’est pas la performance qui me dérange. Ce qui me gêne un peu plus, c’est ce chauvinisme de circonstance. En effet, je reste éminemment perplexe face à l’engouement temporaire pour ces sportifs, passion qui ne survivra guère après la fin des jeux. De fait, j’ai l’impression que ce n’est pas tant la qualité des réalisations qui est observée, mais essentiellement le fait de pouvoir défier les autres nations au petit jeu du « Qui aura la plus grosse moisson de médailles ». Le super G ? La descente ? Le bobsleigh ? Je n’y comprends pas grand-chose, comme d’ailleurs l’immense majorité des spectateurs qui couinent « allez la France » avec maillot et peintures de guerre de circonstance.

J’ai en horreur le chauvinisme, d’autant plus quand il s’agit du sport ! C’est quand même paradoxal que des sports « obscurs » deviennent médiatiques et intéressants au moment où ils apportent une médaille d’or ? Le biathlon, qui sait comment ça se concourt ? Agaçant pour le béotien que je suis, surtout quand on a le droit au flash essentiel à l’existence dans les médias relatant l’exploit « première victoire Française depuis xxx années ! ». Il ne manquerait plus que le son et le grésillement des années 30 pour que cela ressemble aux images de propagande durant la seconde guerre mondiale. Enfin bon, qu’importe, cela amène un sentiment de satisfaction à la population, alors pourquoi s’en priver ?

Notez un autre travers assez pénible pour les jeux olympiques. Autant on a revendiqué les scandales du dopage dans le vélo, autant là on tait tout ou presque. Alors, l’athlète sur skis n’est pas susceptible de se donner un bonus chimique ? Ou alors la blancheur immaculée des pentes garantirait-elle une moralité supérieure ? J’ai peine à croire que le milieu des JO soit épargné par de telles affaires. Laissez moi rire aux éclats ! Si argent il y a, si enjeu il y a, il y a forcément des tentatives plus ou moins grossières de frauder pour gagner les centièmes nécessaires à la victoire. C’est triste, dégradant pour l’esprit des jeux, mais très pragmatique et probablement pire que cela dans les faits.

Quand j’allume la télévision, j’observe ces jeux et me dis « Merde, c’est un sport de bourgeois ! ». Hé oui : ce n’est pas le smicard qui va accéder aux pistes, s’offrir les skis nécessaires, et encore moins payer sa semaine de détente sportive dans les stations réputées… A moins qu’il soit assez cinglé pour se ruiner et s’endetter pour toute une année ! Autant la course à pieds ne nécessite pas grand-chose, autant dévaler les pentes blanches impose de s’équiper en conséquence. Alors, le ski, populaire ? Certainement, mais parce que la France n’est pas encore un pays pauvre, et parce qu’on a envie de se faire plaisir. Ceci étant, ce n’est pas abordable, et organiser ces jeux olympiques a également un coût faramineux. Quoi qu’il en soit, j’estime donc être doublement exclu des JO : par mes finances, et par mon absence de passion pour les sports de glisse.

Et, dernier point, et non des moindres, c’est cette monumentale hypocrisie politique qui tourne autour des JO. Je ne réserve pas cette critique qu’à ceux de Vancouver, mais à tous les JO sans exception. Les organisateurs acceptent toutes les nations, ceci dans l’esprit où l’on dit « toute nation qui a des athlètes doit avoir sa chance, à égalité avec les autres ». Ah bon ? Cela impose donc de fermer les yeux sur les exactions de la Chine, d’oublier les crises mondiales, la répression policière, de rester muet concernant la déportation ou l’oppression de populations ? C’est moralement inacceptable ! Je suis de ceux qui estiment qu’on ne saurait organiser des jeux tant que d’un côté on tolèrera les dictatures, et que de l’autre les dites dictatures auront le droit d’être représentées. C’est de l’ordre du bon sens : on ne saurait dire que les muets (donc accord tacite) sont plus légitimes que les oppresseurs (qui reçoivent le dit accord tacite pour tout un tas de raisons).

PS : J’allais oublier, mais là, c’est mon côté emmerdeur qui se réveille. Je n’éprouve guère de passion pour certains de ces sports, les trouvant simplement… sans attrait ? La performance du patineur sur glace est splendide, mais, comment dire, je ne me sens pas touché par la « grâce » d’un type efféminé moulé dans une tenue à paillettes. Admettons que ça plaise, ça fera plaisir aux spectateurs, mais pas à moi. J’ai bien une idée : et si l’on se lançait dans un mélange des genres ? On lâcherait sur les pistes les despotes du monde, on leur laisserait une minute d’avance, ensuite on leur collerait des experts du tir aux fesses, de sorte à cumuler sport (ski de fond, alpin, tir…) et effet bénéfique sur l’humanité ! CA, ça serait du grand spectacle à applaudir à tout rompre. Ah, doux rêves…

22 février 2010

La situation est grave

Mais pas désespérée ! Quoi qu’on puisse penser du quotidien morose, voire morbide qui s’égrène au rythme des catastrophes et autres horreurs que l’être humain est tenu de subir, nous avons cette surprenante capacité à rire et nous moquer notre condition. Pourtant, ce n’est ni la vue d’une île dévastée par un tremblement de terre, ou encore l’assassinat sordide d’une jeune femme qui saurait nous faire réagir les zygomatiques, n’est-ce pas ? Alors, qu’est-ce qui est responsable de notre hilarité, de notre capacité à nous moquer de tout, du meilleur comme du pire, ceci sans avoir la moindre trace de remord ou de pitié ?

Le rire est corrosif, il est l’acide verbal qui sait détériorer les réalités pour les rendre risibles et hautement pathétiques. Nous ne vivons que pour mourir, et c’est la durée de vie qui est la seule variable d’ajustement : un tel périra sous les bombes en pleine adolescence sinistre dans un pays quelconque d’Afrique, tel autre cassera sa pipe avec un cancer généralisé du haut de son centenaire bien tassé. Equité ? Justice ? Le lieu et la nationalité de naissance définissent pour beaucoup notre destin individuel, à tel point qu’il nous est quasiment impossible de nous départir de la poisse d’être né là où il ne fallait pas. Et pourtant, le gosse des favelas se marre tout autant que le bourgeois prétentieux d’un Paris ayant chassé ses prolétaires. Pourquoi ? Par quel miracle rigolent-ils avec ironie ?

Oh, nous n’aimons pas trop rire des atrocités, du moins pas de celles qui nous touchent directement. On rit plus difficilement des enfants, du cancer de ses proches, que de la mort d’un inconnu d’une nationalité inconnue dans un avion pourri et mal piloté. Question de standing je suppose… Et dire qu’il n’y a guère de différence entre le type qui claque d’une balle dans le dos dans un braquage, qu’un autre descendu par le même calibre, mais ceci lors d’une escarmouche à Bagdad par exemple. Il ne faut pas se leurrer, rire de cela ne plaît pas, car cela nous amènerait à reconnaître qu’il n’y de valeur pour les choses et les gens que quand nous sommes concernés. Vaste escroquerie morale ! Le rire n’a pas à se tenir tranquille sous la chape de plomb de la bienséance et la vertu (que les gens ont souvent très petite), et d’y coller l’étiquette « vulgaire » pour faire taire l’importun.

Je me complais régulièrement dans le cynisme et le rire malsain. Je ris du champ de mine autant que de la rate de l’accidenté de la route, je me moque avec la même ferveur féroce du dictateur que de celui qui en subit les foudres, car, après, tout nous sommes tôt ou tard confrontés aux mêmes démons, aux mêmes réflexions, aux mêmes débats d’idées. Quelle lâcheté de ne pas rire du passé, de ne pas se moquer de nous-même, de ne pas glousser cruellement des bons mots malsains et malséants des humoristes un rien moins politiquement corrects ! On se cachera d’autant plus la face qu’on a envie d’être bien vus de nos pairs. Tenez, plaisantez des camps, du nazisme, et vous aurez le droit à des remarques hypocrites chargées du « ça ne se fait pas de rire du malheur des autres ». Et le malheur, lui, ne se plait-il pas à se rire de nous, le saligaud ? Riez, ça vous rassurera de votre condition d’humain, ignoble bestiole qui supporte tout et n’importe quoi avec un flegme qui lui est propre.

Et puis, après tout, l’humour, c’est le seul médicament qui ne soit pas à mettre sur une ordonnance, c’est le seul traitement efficace contre la morosité. Laissons donc une place d’honneur au rire, car il est plus aisé de faire la gueule que de se payer une tranche de rigolade. Comme quoi, le rire, ce n’est pas la chose la plus naturelle qui soit, car nous le conditionnons que trop à nos critères culturels. Riez de tout, sachez rire et vous moquer, car c’est déjà une tentative d’analyse, si petite et ridicule qu’elle soit. Hé oui : la chronique humoristique, sous des dehors potaches, peut et se doit de contenir de grandes vérités, un certain déterminisme politique, et aussi de quoi alimenter les conversations. Quand on se moque des dictatures, c’est pour rappeler au monde qu’elles existent et qu’elles permettent aux tortionnaires d’expérimenter et d’améliorer l’art de la torture. Si l’on ose se moquer et critiquer le sort des déportés, c’est peut-être aussi pour dire au monde qu’une responsabilité n’est pas éternelle, et qu’il ne faut pas confondre souvenir et chantage moral. Et, finalement, si l’on rit du cancer, du SIDA, des massacres du Darfour, de la famine en Ethiopie, des SDF, c’est pour que notre inconscient collectif n’oublie pas que nous sommes, en France, des gens assez bien lotis face au monde entier. Rions donc de bon cœur, cela saura peut-être maintenir une forme de réflexion chez les plus bornés et imbéciles d’entres nous.

Rions !

19 février 2010

Coup d'état au Niger

Sans pouvoir me prétendre expert de la situation africaine, et encore moins de la situation nigériane, j’ai été interpellé non par le coup d’état militaire, mais par les réactions internationales. C’est d’autant plus important à analyser que le Niger est dans une phase que trop connue par les nations d’Afrique : le contrôle du pouvoir par une junte.

Le rappel des faits est simple : le président nigérien Mamadou Tandja a été destitué par la force, et le gouvernement dissout par la junte. Deux jours après la prise effective du pouvoir, la gouvernance militaire a annoncé ne pas avoir éliminé ni les ministres, ni le président déchu. Apparemment, les militaires ayant fomenté le coup d’état font partie du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), et le but avoué de l’opération serait donc de rendre le pouvoir au peuple, ceci par la voie démocratique du vote. Contradictoire ? Pas crédible ? De notre point de vue, aucun putsch ne saurait redonner une quelconque légitimité au peuple, or la situation semble tout de même plus complexe. Et c’est un point essentiel à identifier avant de réagir négativement aux déclarations du porte-parole de la junte.

L’ex président Tandja était déjà sur la sellette, du fait qu’il avait prolongé sa présence au pouvoir au-delà de son mandat, D’ailleurs, des élections législatives supposées se tenir en Octobre de l’année dernière, avaient été boycottées par l’opposition du fait même que le mandat présidentiel avait été arbitrairement prolongé, ceci contre toutes les possibilités légales du pays. De ce fait, difficile d’identifier clairement si le dit ex président n’était pas lui-même un dictateur en devenir, plutôt qu’un « pauvre » président déchu par des dictateurs en uniforme. Il est également à noter que les officiers et soldats lancés dans l’opération ont été commandés par le commandant Salou Djibo, un officier qui a servi sous le drapeau de l'ONU dans des missions de maintien de la paix. Alors, la question est donc encore plus épineuse : comment un serviteur de la paix sous mandat de l’ONU aurait pu tourner casaque pour devenir un nouveau tyran sur le continent Africain ?

La situation semble déjà plus stable. Entre méconnaissance du dossier, le manque d’information relatant les faits, et en plus une véritable campagne de désinformation des anciennes puissances coloniales que trop mouillées dans la corruption et le maintien de dictatures, il me semble plus que délicat de s’engager sereinement dans un soutien ou une critique de l’action militaire. Que cela suscite des inquiétudes est légitime, que cela provoque un rejet irrévocable et une critique absolue me semble déjà moins judicieux. Qu’est-ce qui dérange l’union Africaine, l’union Européenne et la France ? Que leur interlocuteur ne soit plus celui qui leur facilitait la tâche économique et stratégique ? Qu’il y ait potentiellement un pouvoir fort pouvant facilement rejeter les injonctions d’une communauté plus intéressée par les débouchés économiques que par la situation sociale locale ? C’est encore plus écoeurant que les médias internationaux se soient lancés dans une campagne de dénigrement, en prétendant qu’il y avait quelque chose de prévisible. Qui dit prévisible dit explicable, ce qui amène donc à se demander s’il n’y a pas là une contradiction entre « Pas de coup d’état » et un tacite « même s’ils ont de bonnes raisons ».

Je suis bien entendu opposé, moralement du moins, à ce genre de coup de force, ceci non parce qu’il est illégal, mais parce qu’il n’aborde pas la problématique d’un soutien populaire. Tant que je n’aurai pas la certitude que les Nigérians étaient derrière ce coup de force, a minima moralement, je ne saurai cautionner la destitution d’un chef d’état. Par contre, je pose des questions qui ne sont, pour l’heure, pas abordées par nos médias.
Premier point : Les origines de la décision ne sont-elles pas issues d’un gouvernement devenant dictatorial ?
Second point : Ne devrait-on pas immédiatement proposer un contrôle de l’ONU dans le pays, et observer la bonne volonté de la junte ? Si celle-ci accepte cette présence pour réorganiser de vraies élections libres, ne pourrait-on pas, à terme, penser que l’action était donc devenue nécessaire ?
Troisième point : quels sont les intérêts internationaux au Niger pour que le rejet soit immédiat ?
Quatrième point : Il ne me semble pas avoir perçu plus de vagues médiatiques que cela lorsque Tandja a prolongé arbitrairement son mandat, alors que les médias abordent la question en rappelant que la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) avait suspendu le Niger à cause de cette action, et que l'UE avait gelée son aide au développement économique pour cette même raison.
Cinquième point : quels seront les décisions économiques et politiques prises contre le Niger si la junte tarde à mettre en action ses promesses ?
Dernier point : Est-il légitime d’isoler une nation, et surtout son peuple ?

La présence des dissidents Français au Niger est assez importante, et l’importance du pays pour la France n’est plus à démontrer. En effet, le Niger est la source pour moitié de l’uranium exploité dans nos centrales nucléaires. De là à voir une relation de cause à effet dans la réaction profondément « colonialiste » de l’état face à la destitution du président, il n’y a qu’un pas qu’on peut franchir assez facilement. Jusqu’à preuve du contraire, avoir un chef d’état « sensible » aux arguments économiques (ou autres) est plus simple à gérer qu’un élu (ou un dictateur) se préoccupant d’autres intérêts (pouvoir ou le peuple… tout dépend). Je suis donc perplexe et peu satisfait d’une réaction aussi rapide et équivoque. Le Niger, ancienne colonie Française, doit être respectée comme état indépendant, et la France n’est pas vraiment en position pour donner des leçons sur la conduite à tenir. Je doute que la France ait été motrice dans le gel des avoirs Européens, tout comme je suis plus que mal à l’aise face à l’attitude du Quai d’Orsay.

Espérons donc que, d’une part, la junte tienne ses engagements démocratiques, et donc fasse taire les critiques internationales, et que, d’autre part, cette même communauté fasse acte de bienveillance face à l’hypothétique démocratie qui pourrait en résulter. Cependant, j’estime qu’il y a matière à inquiétude. L’économie locale est tributaire d’investissements et d’aides qui ne parviennent que partiellement aux habitants, et j’ai les plus grandes réticences à croire que ce système de république bananière puisse réellement disparaître au profit d’un système économique raisonné. Notons enfin qu’il y a une véritable délicatesse d’une telle mutation pour la France et consoeurs : s’il fallait payer le juste prix des matières premières extraites, est-ce que le Niger ne deviendrait pas un véritable problème pour ses clients ? Il me semble improbable que les employés des mines extrayant l’uranium soient payés au tarif salarial Français, tout comme je suis convaincu que nombre de passes droits ont permis de maintenir des coûts bas d’extraction, ceci en trichant sur la sécurité, l’équipement, et les salaires. En conséquence, je souhaite au Niger de prendre les capitaux qu’elle mérite, ceci grâce à la démocratie et l’économie de marché, et que tous les acteurs locaux aient enfin une juste rétribution de la matière hautement stratégique qu’elle vend sûrement à vil prix à ses clients.
Article sur lemonde.fr du 19/12/2010
Article et infos sur LCI.fr

Le forum sur la robotique

Suite à l'article d'hier, j'ai été agréablement surpris d'être interpelé par un acteur compétent sur le sujet. Ouvert, documenté, riche d'expériences diverses, j'ai été orienté vers le forum de discussion de cette personne.

Cliquez donc sur le lien ci-dessous, et allez apprécier les textes et idées qui y fourmillent!

18 février 2010

Robotique

Quel monde étrange nous vivons là ! Nous sommes encore à une époque où le robot se contente d’être une machine dénuée d’intelligence, cantonnée à des tâches répétitives dans les usines, et où nous autres humains, nous pensons avoir le pouvoir sur la machine. C’est d’autant plus amusant que nous ne pouvons plus vraiment produire sans ces automates de plus en plus agiles, nous leur déléguons même des opérations délicates et dangereuses comme le déminage, la manipulation de matières dangereuses dans le nucléaire, ou des actions infaisables par l’homme telle que l’exploration des fonds marins, ou celle des planètes du système solaire. Or, c’est abus de langage que de parler de robots, car ces machines ne sont pas réellement autonomes, elles sont dépourvues d’une véritable autonomie de prise de décision. Nous décidons, nous les programmons, elles exécutent. Au mieux, elles s’adaptent un peu et tentent des solutions prédéfinies, au pire, elles attendent un acquittement humain pour agir.

Mais quel sera le monde de demain, quand ces robots seront devenus abordables, et de plus en plus présents dans notre quotidien ?

Loin de moi l’idée de soutenir l’idée de l’avènement d’une intelligence artificielle. L’Homme est bien trop paranoïaque pour laisser de tels dispositifs sans sécurité, et de plus, notre méfiance systématique envers la technologie ne permettra pas, du moins à un horizon proche, d’avoir autour de nous des robots totalement autonomes et dotés d’une possibilité de choix individuel. Attention, quand je parle de choix, j’entends par là de juger une situation afin d’avoir un ersatz d’intelligence, pas d’effectuer des opérations telles que « si la porte est fermée, et que j’en ai le droit, je l’ouvre en actionnant mon bras ». Par contre, je crois qu’il est, et ce dès maintenant, indispensable d’analyser quels seront les impacts de la propagation de ces machines parmi nous, ainsi que les risques engendrés par l’usage de robots au milieu des hommes. Nous gardions les robots dans des salles confinées, avec des espaces de sécurité empêchant toute personne d’accéder au périmètre, et donc de mettre sa vie en danger. Une machine ne tient que rarement compte de son environnement ! A l’avenir, ces barrières disparaîtront, et nous devrons donc appréhender la présence de machines plus fortes, plus robustes

Je n’ai aucune difficulté à accepter ce progrès, notamment parce que nous pourrions alors gérer des situations qui, aujourd’hui, nécessitent des humains dans des métiers soit peu gratifiants, soit psychologiquement difficiles à gérer. Prenons quelques exemples qui peuvent nous ouvrir nombre de perspectives. Dans nos cités, le nombre d’habitants ne cesse de croître, et en proportion tant les problématiques de gestion des déchets, que celle de la maintenance des infrastructures. On peut donc imaginer une robotique dédiée au nettoyage urbain, effectuant ces tâches complexes de tri, sans le risque sanitaire inhérent à l’exposition aux ordures. On peut aussi concevoir des robots spécialisés pour la réparation des rues, de l’entretien des réseaux d’énergie, ou encore la prise en charge du courrier papier. De cette manière, on aurait plus une société finançant non les services, mais la maintenance de ceux-ci.

J’imagine également un véritable rôle social pour ces robots d’un nouveau genre. Les pays riches vieillissent, et ce à tel point que nous aurons plus de retraités que d’actifs. Le service à la personne devient une véritable branche de l’économie, avec toutes les problématiques délicates : gestion de l’hygiène, de la santé, des risques physiques, de l’activité permanente de la surveillance… Un robot serait alors apte à l’accompagnement des personnes à mobilité réduite, leur offrant leur force pour compenser les handicaps liés à l’âge. De plus, un robot, n’ayant, dans l’absolu, aucun besoin de repos, celui-ci pourrait alors être un garde malade efficace, sûr, et exempt du risque de distraction ou de la fatigue d’une telle tâche. Je n’envisage pas le remplacement de l’être humain par ces machines, mais plus une délégation de ce genre de nécessités. Je ne crois pas qu’on cèdera le champ d’investigation médical au robot, car cela relève de l’intelligence, de l’examen, de l’analyse de symptômes, chose qu’une machine n’est pas capable de faire (à moins de revenir au fantasme d’intelligence artificielle quasi humaine).

Enfin, imaginez donc ces villes capables de changer grâce aux machines qui construiront vite, bien, et sans risque pour les hommes. Imaginez également la résolution des incidents de la vie courante par des machines : plus besoin d’attendre une équipe spécialisée pour gérer les chutes d’arbres lors d’une tempête. On enverra un bataillon robotisé qui saura traiter le problème, rouvrant rapidement les voies de circulation, réparant les réseaux électriques et téléphoniques, et offrant ainsi une efficacité et une sécurité inconnue jusqu’alors. Enfin, nous pourrons aussi reprendre en main nos solutions temporaires de stockage des déchets, lancer des usines automatisées de recyclage de nos monceaux d’horreurs, et ainsi assainir des décennies de gâchis consumériste.

La seule chose que je craigne, c’est qu’on délègue la sécurité et la guerre aux machines. Là, que se passera-t-il ? Une machine ne connaît ni le sentiment ni le remord. Une machine ignore la pitié, elle ignore tous les concepts qui font notre humanité. Alors, concepteurs de robots, faites en sorte qu’ils soient uniquement dédiés à notre service et notre confort.

Et un vœu pieu de plus à mettre dans ma liste…

17 février 2010

RAS!

16 février 2010

Anticipation d'une société prison

Il m’arrive parfois de laisser tomber le cynisme, l’actualité et les pensées claires pour me rabattre sur l’imagination pure. Comme vous pouvez l’avoir déjà constaté, je ne suis pas avare en textes de ce genre. Alors, aujourd’hui, j’ai envie de reprendre la plume (disons le clavier) pour vous offrir une autre de ces courtes pièces tirées de mes neurones légèrement embrumés par les médicaments supposés traiter mon rhume.

Bonne lecture !

Quand une ville devient une mégapole, la physionomie de ses habitants change radicalement : de personnes connues, de voisinage amical, ils se métamorphosent en une masse humaine informe, pressée, bariolé et bruyante. En l’espace de deux décennies, ce qui n’était que quelques banlieues était devenu de véritables quartiers intégrés à la cité. Toujours plus dense, les frontières artificielles des villes limitrophes finissaient par être supprimées au profit d’un système d’arrondissements. On ne put bientôt plus distinguer l’ancien et le récent tant les murs, le béton et l’acier s’emmêlaient dans les tentacules inhumaines de la cité. Par le passé, aller d’une banlieue à une autre ressemblait à un petit voyage, tant les paysages urbains étaient différents ; là, tout s’était uniformisé à tel point que les habitants finirent par surnommer la ville « l’immeuble ». Les quartiers les plus anciens demeuraient, survivaient tels des parasites au milieu d’un corps totalement nouveau et différent.

Les évolutions technologiques étaient entrées de plein pieds dans la ville : écrans, projections d’images colorées, festivals d’éclats sonores, bornes relais d’information mises à jour en temps réel, tout était fait pour que chacun puisse puiser de la donnée n’importe où, comme si la monnaie était aujourd’hui l’octet et non l’argent d’antan. On n’échangeait plus de pièces et de billets, les portefeuilles électroniques ayant pris la place de ce moyen de paiement obsolète. C’était souvent l’escalade : affichage personnalisé dans les magasins, électronique embarquée par chacun informant le propriétaire des bonnes affaires du quartier, publicité spécifique en fonction du profil du connecté, et même la possibilité de se voir virtuellement vêtu par les derniers modèles présentés en boutique. L’achat était donc devenu un mode de vie, et pas uniquement un besoin à assouvir. Les plus grandes chaînes s’étaient lancées dans une guerre à la nouveauté, et l’on en était arrivé à la production à façon, avec la fabrication sur mesure des vêtements à l’achat. Pas de stock, peu de salariés, une dynamique commerciale si rapide que les plus lents périssaient par manque de renouvellement.

Après les grandes crises énergétiques ayant menées à deux conflits mondiaux, les produits fossiles furent proscris de l’économie mondiale : le solaire, l’éolienne et la fusion nucléaire offraient donc de l’énergie peu chère et renouvelable. La pollution de l’air s’était enfin amoindrie, mais celle du monde, plus insidieuse par les nouvelles particules inventées en laboratoires, commençait à menacer la faune, la flore, et l’être humain. Nano tubes, nano machines, protéines artificielles, peu à peu nous constatâmes que ces inventions fabuleuses généraient de nouveaux problèmes au moins aussi dramatiques que le pétrole et les gaz à effet de serre. Pourtant, la cité, elle, usait et abusait de ces outils modernes. La construction avait changée de physionomie, et bâtir un immeuble n’eut plus rien de long ni de pénible pour les ouvriers. On programmait des armées de machines microscopiques, on les lançait à l’assaut du bâtiment à « formaliser », et l’on attendait quelques jours que le tout soit terminé, contrôlé et validé. Les quartiers d’affaires devinrent même le siège de concours fous, comme celui de la tour la plus haute, ou celle la plus audacieuse dans ses formes. 1000 mètres n’eut plus rien d’exceptionnel, pas plus que des formes improbables ou de portées impossible il y a dix ans en arrière. Acier, béton, carbone, l’union des matières pour le renouvellement effréné du style et de l’orgueil.

En contrebas de ces tours sans fin, c’est avant tout une faune humaine qui se développa. A force d’automatisation, de modernisation, et de délocalisations, c’est tout un pan de la société qui subit le contrecoup de notre progrès technologique : chômage galopant, apparition de « paradis virtuels » où les gens se connectaient pour s’y abandonner corps et âme, violence urbaine en constante progression, les bas quartiers devinrent définitivement invivables pour la classe moyenne quand les sociétés décidèrent de créer des macrocosmes destinés à leurs employés. Ces immeubles, ou plutôt îles dans l’océan urbain, contenaient tous les services nécessaires à la vie, l’éducation, et le consumérisme des salariés. On dit même que nombre d’employés ne sortirent plus de ces arches bétonnées, qu’ils prenaient l’air sur les terrasses arborées, et que, très rarement, ils quittaient cette sécurité que pour pouvoir croiser de la famille. Des amis ? Oui, dans l’entreprise, pas à l’extérieur.

Le racisme, tout comme énormément de formes de xénophobies finirent par disparaître. Entre métissage, augmentation énorme de la population, et l’émergence des ethnies dans la politique, la mégapole vit l’extinction progressive des mouvements nationalistes… Au profit des mouvements extrémistes. Epuisés par la crise perpétuelle pour les moins riches, usés par l’insultante opulence des entreprises, les citoyens se mirent parfois à rejoindre des groupuscules terroristes, usant de sabotage, d’assassinat et de prises d’otages pour faire entendre leurs voix. Seulement, les entreprises ciblées s’étaient peu à peu substituées aux gouvernants fantoches. Privatisation des services de sécurité, des prisons, et même de la protection intérieure, la nouvelle police était donc un outil à la solde des oligarques, et plus au service de la cité. La répression se fit plus forte, mais aussi plus étouffée par la censure de fait des médias, tous détenus et contrôlés par ces mêmes entreprises. On ne s’étonna même plus quand un consortium prit le contrôle simultané des trois grandes chaînes de télévision, celui du plus grand fournisseur d’accès au réseau, et emporta l’appel d’offres de gestion d’une nouvelle cité prison. Transversal autant que vertical, l’entreprise devint plus signifiante en tant qu’identité sociale qu’un quartier ou une adresse.

Pervers, profondément ancré dans tous les modes de communication, la démagogie économique et la censure des idées rendit presque impossible toute forme de libre arbitre. Abreuvés par la publicité omniprésente, les gens n’étaient plus que des clients, prêts à se battre pour le dernier produit à la mode, mais incapables de se rendre aux urnes. « Dormez tranquilles » pouvait-on entendre dans une campagne pour un somnifère. Dans cette atmosphère de paranoïa justifiée par l’explosion de la vidéosurveillance automatisée, les suicides finirent par faire plus de victimes que les accidents de la route. Pourtant, une forme latente de résistance apparut, pourrissant de l’intérieur les outils supposés nous observer. Campagnes de publicité pirate, marché noir de la culture, appareils électroniques modifiés pour y supprimer les processus de surveillance, ce fut la naissance de la nouvelle sous culture, celle du piratage militant. Plus les médias déclarèrent criminels ces actes de rébellion, plus ils devinrent un mode de vie. Ne plus être prisonnier du câblage de son employeur, c’était déjà redevenir un peu plus libre que les autres !

Aujourd’hui, nous arpentons les coins sombres, à l’ombre des buildings délirants. Nous communiquons sans que ces dictateurs en costume puissent y faire quoi que ce soit. Sans code vestimentaire, sans code d’identification, nous nous reconnaissons malgré tout, et nous agissons de concert pour saper ce matraquage et ce contrôle mental du peuple. Chaque jour, une action, aussi petite soit-elle, s’ajoute à une autre. Nous attaquons, jouons nos vies pour que le peuple puisse retrouver sa liberté d’antan. Toi qui lis mes propos, toi qui vis dans la mégapole, participe à notre révolte. Sois un acteur de la chute de la dictature économique, communique, instruis toi hors du cadre contrôlé des bibliothèques de ton employeur. Ne regarde plus les chaînes formatées, passe sur le réseau et cherche nous… Tôt ou tard, tu nous trouveras, tu pourras comprendre, apprendre, et découvrir qu’il existe autre chose qu’une société sans dirigeant, qu’il existe autre chose qu’une existence fondée sur le portefeuille. A toi d’agir, en ton âme et conscience !