30 décembre 2008

Palestine et une guerre à venir

Cela ne suffit pas aux gens que leurs symboles de Foi soient ceux qui servent de prétexte à la violence et à la haine, non à présent il faut en plus s’en servir comme raison d’un supplice quel qu’il soit. Depuis des décennies le conflit entre Israël et la Palestine ne fait que s’alimenter de lui-même, comme si chacun n’avait aucun intérêt réel à trouver un terrain d’entente, si entente il y a. J’ai comme des hauts le cœur quand on m’annonce avec ce pince sans rire si journalistique que « les belligérants se sont assis à la table des négociations ». Ah ? Une négociation ça se fait avec un canon collé sur la tempe ? En ce qui me concerne j’appelle cela un chantage pur et simple. De fait, chacun tente de son côté de faire pression sur la partie adverse, les uns à coup de roquettes artisanales et de bombes, de l’autre à l’aide de blindés et de bombardements. Quoi qu’il en soit, Gaza n’est plus réellement une ville mais simplement un ghetto que chacun se complait à maintenir dans la promiscuité (isolement par fermeture régulière des frontières), dans la pauvreté (chantage énergétique) et même l’ignorance (censure des médias). A ce jeu aucun des deux états ne peut prétendre à obtenir une paix durable pourtant désirée par la majorité silencieuse de leurs deux nations.

Aberrant. Le mot n’est pas suffisamment fort pour décrire cet entêtement ridicule qu’ont les uns et les autres à refuser de faire un pas vers un compromis. La terre n’est pas une possession, on l’occupe temporairement et l’Histoire se fait fort d’effacer les propriétaires d’hier au profit des occupants d’aujourd’hui. C’est tout de même hallucinant : pourquoi refuser des droits fondamentaux aux palestiniens comme celui d’exister et d’exprimer leur opinion, et de l’autre de ne pas prendre en compte le fait que la nation israélienne, aussi artificielle qu’elle fut à sa création est dorénavant un fait politique avéré ? Cela n’arrange alors personne de vouloir prendre le temps de la discussion ? Ah ça pour exiger, décréter que l’autre est un menteur, chacun n’hésite pas à user de ces termes de manière à rendre l’ennemi atroce et malsain, par contre faire son autocritique et assainir ses propres rangs, personne n’ose ! Tenez, si l’on prend chacun des camps, n’ont-ils pas tous les deux les mêmes handicaps ? La religion comme méthode de gestion politique, la haine fervente par la Foi pour doctrine, et au bout du compte des revendications issues d’une histoire millénaire et franchement souvent plus fantasmée que réelle. Aussi honteuse que soit l’attitude des terroristes palestiniens, encore faut-il comprendre la vie d’un expulsé de sa terre natale, et ainsi saisir la douleur et la frustration de n’avoir aucun droit si ce n’est de vivre comme un rat dans un camp. L’arrogance d’un côté, la haine fanatique de l’autre, de quoi continuer à alimenter le brasier de la haine réciproque.

Je parlais de religion mêlée à la politique... On va me rétorquer que cela n’existe que du côté palestinien, mais c’est un mensonge éhonté : pourquoi l’état israélien n’intervint jamais contre la création de colonies sauvages ? Parce ce que celles-ci furent montées par des chefs religieux, ces guides spirituels qui décrétèrent que la terre sainte est celle des juifs et nul autre peuple. Difficile de se mettre à dos les maîtres de la Foi surtout quand on arbore la dite religion sur le drapeau national... De l’autre côté même combat : un gouvernement lié à l’intervention armée de résistants qui, par désespoir ou au contraire par foi inébranlable dans leur convictions, se rabattent sur la religion comme méthode de fédération des forces. Soyons clairs : tant que nous cautionnerons l’un ou l’autre des deux partis sans pour autant le forcer à se tenir assis à la table des négociations, ce conflit durera tant que l’anéantissement ne sera pas total d’un côté ou de l’autre.

A terme l’on pourrait aisément assister à une escalade plus grave encore que celle qui s’engage. L’armée de terre israélienne va s’enliser dans les villes et bourgades et, bien que rompus à l’exercice, ces troupes vont subir un camouflet de la guérilla urbaine qui va s’engager. A l’instar des USA devenus trop arrogants en Irak Israël risque de payer le prix fort de son enthousiasme à frapper au cœur de la Palestine. Ce qui risque de faire dégénérer le conflit c’est aussi l’attitude des autres nations arabes qui encerclent l’enclave juive. Que les différents états daignent se mettre d’accord et ce sera un bain de sang, quand bien même l’armée Israélienne serait mieux équipée et formée que celles de ses opposants, le raz de marée serait inévitable ou presque. Ce fut presque le cas lors de l’assaut égyptien durant la guerre du Kippour, par chance pour Israël la stratégie psychorigide égyptienne leur coûta la victoire. Attendons nous à ce que des chefs de guerre mieux formés soient plus lucides que leurs prédécesseurs, et donc que le conflit ne se contente pas de durer que quelques jours... En perspective si aucun système n’arrive à enrayer cette folie de l’état hébreu, nul doute qu’il va payer sa fierté et son orgueil un prix que la population va rapidement estimer comme inacceptable.

29 décembre 2008

Loisirs de groupe

Qu’il me soit donné de comprendre le pourquoi des mouvements grégaires humains à périodes précises et je pense que je me coucherai, une fois n’est pas coutume, moins idiot que la veille. En effet, rien ne m’est plus incompréhensible que cette nécessité absolue d’aller suivre le troupeau pour effectuer une migration vers des lieux dits de tourisme de masse (mis à part peut-être l’humanité en elle-même, mais là n’est plus vraiment la question). Observez donc : l’autoroute A6 obstruée en été et les routes menant aux stations de montagne en hiver sont deux symptômes de la sauterelle homme engoncée dans son exosquelette mécanique. Je ne dois pas être comme eux puisque je ne saisis vraiment pas ce plaisir d’être mêlé à une foule d’inconnus et encore moins de ressentir de la joie à me serrer contre eux toute la journée.

Tenez, prenons la plage. Quoi de plus déprimant qu’une plage en été ? Entre la compagne blessée de ne pas avoir les formes adéquates pour apparaître séduisante en maillot et son beauf d’époux qui regrette déjà son teint blafard remplacé par les coups de soleil de la première exposition, on assiste vraiment au défilé de celles et ceux qui tentent désespérément de paraître plus que d’être au moment de l’été. Et puis ça n’en finit jamais : défilé de « sans honte » dont l’allure ou la tenue est une ode à l’attitude beauf par excellence, rôtis humains qui ne se sentent exister qu’une fois la peau vérolée de mélanomes en devenir, et ces marmots qui trouvent le moyen de ne pas se noyer alors que la baignade est strictement interdite... Non sincèrement, la plage n’a rien de ragoûtante d’un point de vue uniquement humain. Et puis là survient le pire, la chose qui m’est la plus insupportable, le drame qui me harcèle plus que n’importe quelle autre douleur à la vue d’un beau paysage saccagé par le béton. La plage, un lieu de loisir ? Dites plutôt un étalage où trouver une place revient à garer un camion dans un parking d’hypermarché une veille de noël ! Le moindre carré libre est pris d’assaut, on se dispute l’espace vital avec une serviette refuge et l’on va jusqu’à vous louer (sic) ce dit espace sous prétexte que « tout ce qui est rare est forcément cher ». C’est d’ailleurs pince sans rire qu’on vous propose des matelas à prix prohibitif, tarif supposé décourager les fauchés, en gros vous et mois qui ne mettent pas un SMIC par paire de godasses. Décourageant d’autant que les restaurateurs et hôteliers ne se privent pas pour vous asséner le coup de grâce en triplant le prix de la moindre consommation... Bref, la plage ce sera sans moi !

Parlons en de ces loisirs hivernaux, de cet attroupement bariolé et informe qui vient envahir et souiller les pentes enneigées de nos belles montagnes ! Parlons en de ce bétail qui vient s’entasser dans des cabines bondées, glisser sur les pistes tenant plus de l’autoroute A6 (encore elle) que du chemin vicinal désert. C’est bien simple, il ne manque plus que des feux rouges et la maréchaussée pour que Courchevel ou Tignes ressemblent au périphérique parisien aux heures d’affluence ! Rien que cela m’horripile, alors que dire des goûts vestimentaires plus que douteux qui guident les gens à ces périodes de frimas en altitude ! Arc-en-ciel en guise de blouson, bonnets aux couleurs improbables, lunettes de soleil « à la mode » qui vous font un visage ridicule, bref l’attirail du comment se ridiculiser sous couvert de se croire à la mode. Même les mômes n’y échappent pas, et les marques n’hésitent pas à en rajouter : sponsoring de dessin animé débile sur l’écharpe, jouets divers et variés qui ne supportent la poudreuse que l’espace d’une minute ou deux, et puis au final tant les parents que les enfants se voient plombés par le mouvement perpétuel du look à préserver. Par pitié, équipez vous mais sans pour autant céder à la bêtise ! Sans rire, à quoi bon des oreilles de lapin sur un bonnet si ce n’est passer pour un idiot fini ? Certes, le côté amusant pourrait être mis en avant, mais quand tout le monde le fait...

Il y a une autre catégorie que j’ai oubliée dans mon bestiaire : les retraités. Ceux-là sont une engeance, une plaie pire que celles qui furent promptes à ravager l’Egypte ! Le retraité a deux priorités : ne pas se fatiguer et rester tranquille. Alors là, j’ai du mal à suivre : pourquoi notre cher papi râleur s’acharne-t-il à aller sur les pistes et donc à insulter les jeunes qui, eux, ont encore toute leur souplesse ? Pourquoi faut-il qu’il se plaigne des plages bondées ? Faut-il qu’il soit si stupide pour qu’il oublie que, lui aussi, il fut un amateur de beuveries nocturnes et de ski à tombeau ouvert ? Alors en désespoir de cause il se rabat sur la thalassothérapie, se sent vieillir tandis qu’on le scelle dans de la boue supposée bienfaisante, puis il se satisfait en se disant qu’une partie des soins seront à la charge de la société. Mais merde l’ancêtre, en quoi fuir les zones touristiques est une preuve de bon sens ? Une plage est belle une fois qu’on la sait vidée de la foule, alors autant partir hors saison ! D’ailleurs de saison le retraité n’a pas à s’en soucier vu que, par essence, il est libre d’aller et venir sans contrainte. C’est à croire que la foule a un pouvoir d’attraction même sur les plus anciens d’entres nous. Soit dit en passant, rien n’est plus pénible que la proximité d’un couple d’anciens acariâtres qui ne voient dans la jeunesse (entendre moins de 45 ans) qu’une contrainte voire même une gêne. Je n’ai rien contre les anciens, c’est le contraire, mais j’apprécierais qu’ils me retournent la politesse...

Et puis finalement le troupeau s’est fait faire les poches, il revient délesté de ses économies, mais la peau chargée des balafres dues aux méduses et au soleil trop cruel, et une fois rentré dans ses pénates et l’attirail stocké pour l’année prochaine, le troupeau s’exclamera avec satisfaction qu’il a passé de bonnes vacances. Ah ? C’est cela des vacances ? Très peu pour moi !

26 décembre 2008

Faire son bourgeois

Serait-ce l’embonpoint naturel que je traîne depuis des années, ou bien l’improbable plaisir coupable que j’ai éprouvé durant les festivités de Noël qui me ferait douter de ma qualité de fils de prolétaire ? En effet, loin de l’aspect un peu beauf et suranné que l’on peut prêter au cérémonial du sapin, je me suis pris à savourer la tablée ainsi que le sourire un brin ringard que chacun arbora au moment de la remise du paquet emmailloté. Qu’on me pende, qu’on m’étripe en place publique, j’embourgeoise tandis que la bourse elle se charge de déboiser les bourgeois déjà en place. A croire que la conjoncture morose serait favorable aux cyniques de mon espèce !

Oh je dis ça avec un côté provocateur que chacun me connaît, toutefois cette maladie du bourgeois n’est pas si prétendue que réelle. Tenez, si la connexion Internet ne fonctionne pas je suis capable de pester et de mêler à mon discours courtois des insultes propres à faire pâlir un charretier. Sans rire, le mélange entre culture pointue et éducation prolétaire donne franchement un mélange explosif hésitant entre embrasement spontané et subtile destruction patiente de la cible. De là à dire qu’une personnalité double se serait créée au sein de ma boîte à neurones il n’y aurait qu’un pas que j’ose franchir avec une certaine fierté. Alors, côté introspection je peux y aller de ma petite phrase : je suis un dingue cultivé ! Etrange analyse, d’autant qu’un dingue se doit d’être raffiné, un Hannibal Lecter que l’on peut inviter sans frémir à une table de grand restaurant. On ne tolère plus les bouchers, on repousse les meurtriers sans revendication sociale, et le psychotique n’a la cote que dans les écoles de médecine. Franchement, éliminer une énorme part des névroses très bourgeoises que sont l’angoisse de la pauvreté et la frayeur du manque de reconnaissance, n’est-ce pas là le signal d’un déclin d’une classe pourtant prospère ?

On s’éloigne du sujet me susurre mon censeur insatisfait de ma sérénade suintante de considérations sensibles (essayez donc de dire cette phrase sans bafouiller que je rigole !). Non pauvre fat ! Au contraire même ! La bourgeoisie ne se repère que parce qu’elle se boursoufle de fierté mal placée, parce qu’elle ne prend jamais part à quelque revendication autre que sa préservation, et donc qu’elle ne tolère pas les écarts de morale telles que les déviances psychologiques ou psychiatriques propres aux prolétaires. Alors moi qui tangue entre le pointu de l’esprit étriqué indispensable au bien paraître en société, et l’arrogance râleuse au poing brandi d’un tiers état colérique, me voilà donc assis entre deux systèmes qui n’ont pour vocation que l’affrontement ou l’exploitation du plus riche au détriment du plus nombreux. C’est pénible d’autant que le conflit intérieur mené par ces deux entités m’amène aux débats les plus imbéciles. Tenez, pour revenir ma tablée de Noël : costume ou pas costume ? Le bourgeois ensommeillé m’invite poliment à me parer de mes plus beaux atours pour honorer la famille, honorer le dieu consommation et ainsi faire jouer la machine à laver et le pressing en cas d’accident culinaire. Le prolo lui me lance avec fureur qu’il n’y a pas de raison de s’endimancher comme un pingouin et que somme toute si ma famille n’apprécie pas ma tenue c’est qu’elle s’inquiète que de broutilles. Vous me faites suer, laissez moi me préoccuper non du superflu mais que de l’essentiel !

Alors faire son bourgeois a ses avantages indéniables : on vous sert avec obséquiosité dans les restaurants, on vous gratifie d’un sourire poli et insistant dans les commerces, et le geste de sortir une carte bleue qui dit « oui » avec facilité semble délier la langue des vendeurs les plus malpolis qui soient. Tels des vautours ils vous encerclent alors, se font humbles et prêts à tout pour vous refiler leur dernier frigo en stock (celui dont personne ne veut) et qui se doit d’être « une super affaire à ne pas rater ! ». J’oublie également l’attitude souriante et même parfois complaisante de certains membres de la maréchaussée qui doivent confondre souplesse face à la sanction et passer la brosse à reluire sur le dos des bons contribuables. Et dire que ces mêmes agents de la force publique me vouaient une haine farouche lorsque j’errais paisiblement avec mes amis, ceci pour la simple et malfaisante raison qu’ils n’avaient ni la dégaine du fils de riche ni la couleur de peau dite « réglementaire ». Alors, satisfaisante la vie du bourgeois ? Parfois elle se fait pénible : se plier à des codes de moralité aussi hypocrites que jamais respectés mais systématiquement revendiqués, obligation de respect pour une hiérarchie plus pétrie d’incompétence que d’efficacité, sans rire la vie du petit bourgeois se doit d’être frustrante pour être réussie. Et là mon sang bouillonne, le démon de la grande gueule remonte comme les remugles d’un lendemain de fête trop arrosée : « Mais gueule bordel ! » s’insurge la conscience trop longtemps étouffée par la bienséance. « Envoie les se faire … ! » ajoute-t-elle avec véhémence tout en me tortillant les intestins qui n’avaient pourtant à rien à se reprocher.

Je bascule donc vers l’anarchiste convaincu, le braillard à l’étendard claquant au vent… puis tout à coup le confort du sofa, l’agréable sensation d’être chez soi, à l’abri des drames du monde et des hommes se fait sentir. Je suis donc là, assis, les fesses vissées à un fauteuil dont le nombre de réglages fait passer un siège de voiture pour une cagette de marché. C’est ainsi, la colère aussi légitime qu’elle soit se laisse souvent soudoyer par la facile décontraction et à la trop aisée fin des revendications au profit de la quiétude si durement acquise. Peut-être aurais-je dû grandir dans la soie, alors mes gueulantes auraient elles prises une autre route que celle d’être instantanément brisées par ma propre flemme. Honteux ? Qui peut me dire à quand remonte sa dernière véritable manifestation de colère contre le système si honni (soi-disant) ? Allons, un peu d’honnêteté : ceux qui me lisent sont comme moi après tout : des petits bourgeois bien heureux de pouvoir savourer la chaleur d’un radiateur… Que nous sommes veules et lâches n’est-ce pas ?

Là je m’en veux un peu, je vomis ma haine misanthrope contre tout ce qui vit, comme si j’étais l’archétype du dégonflé à grande gueule, la caricature de ce que fait l’Homme quand il se croit capable de réflexion. Hélas, difficile de nier l’évidence : chacun a ses travers, ses lâchetés plus ou moins bien assumées, et au bout de la route seul le trou arrive à nous mettre tous d’accords. Un jour, qui sait, nous serons peut-être amenés à réfléchir à notre sort individuel. Faites que je ne sois pas le plus lâche du lot, j’en serais franchement contrit et même déçu !

24 décembre 2008

Une vidéo pour finir la journée en beauté

Et dire que je hais tout ce rituel

L’Homme n’est que paradoxes : il vit, se plaint de vivre, puis il meurt et se refuse à quitter le monde pourtant peu chaleureux où il a évolué sans but ni même d’intérêt autre que lui-même. Alors, penché sur le destin qui est le sien, il geint, creuse en son âme et se cherche une conscience qui lui a fait si souvent défaut. Somme toute il offre alors ses dernières parcelles d’existence non à se repentir et à se comprendre mais à se lamenter et exiger un pardon pour ses fautes au lieu de les expier. La Foi qu’il a en la Vie est alors si forte que son corps se démène pour résister au trépas tandis que la Mort, joueuse et experte en plaisanteries vaseuses s’offre un petit moment de bonheur qui consiste à torturer le faux pénitent agenouillé face à des idoles qui ne sont pas les siennes. Se racheter ? Oui l’Homme tente de se racheter en se payant une conduite, il fait don de ses abats et de ses biens à des sociétés expertes dans le racket moral et il s’adonne enfin au dernier soupir, le plus long, le plus éternel des râles, celui qui le mène on ne sait où mais auquel il a voué une vie d’errances.

De temps en temps l’Homme se souvient qu’il n’est pas seul, il s’épanche en présents aussi vains qu’hypocrites et tente de se rassurer en s’imposant un cérémonial fait de rubans et de papier à motifs. Son âme tente alors de s’extirper du marasme d’un quotidien consensuel et cherche à pousser le cri d’un besoin d’union, un de ces hurlements que l’on n’aime guère sentir passer par la gorge nouée. Il se veut charitable, soucieux d’aimer sans décorum théâtral, et tenter de renouer des liens avec celles et ceux qu’il a si simplement oublié ou mis de côté plus par commodité que par ressentiment. La grand-mère lâchement stockée dans un mouroir, le cousin empêtré dans ses ennuis mais pour qui l’on a aucune compassion, le voisin vieux garçon qui n’a pas d’autre choix que de vivre reclus, à tous il fait un présent qu’il joint à un sourire circonstancié. Dans quel but ? Est-il si peu logique qu’il suppose à tort qu’il aura le droit à la rédemption ou à un paradis aussi illusoire que jamais démontré ? Il s’en moque du moment que le poids de son inconséquence diminue quelque peu au moment des fêtes obligatoires.

C’est ainsi : on se rachète plus qu’on s’offre réellement lors des instants de grâce. Le regard embué des larmes de remords il enlace la petite dernière bien malade, embrasse la belle-sœur qu’il taxe pourtant de bêtise crasse et serre la main de son parrain, demeuré parmi les cons. La table dressée il s’enivre, s’empiffre et se laisse aller aux bacchantes simplement parce que le plaisir a le don de faire oublier le quotidien. Fuite en avant s’il en est, il tressaille déjà à l’idée que des cadeaux soient mal choisis, il frémit de terreur en imaginant le regard déçu du gamin innocent s’attendant non à une boîte de legos mais plutôt une voiture radio commandée. Dansant d’une fesse à l’autre sur son trône d’hôte d’un cérémonial qu’il honnit, ses doigts triturent en silence la pauvre serviette de papier qui lui sert d’exutoire. Pauvre de moi se lamente-t-il en regardant les autres apparemment amusés de la situation. En bon paranoïaque il s’attend aux foudres de ses invités, se prépare aux sarcasmes de la vieille peau toujours prompte à critiquer plus qu’à bâtir quoi que ce soit de concret. Que la pendule est cruelle au milieu du brouhaha fait de tintements de verres en cristal et de cognements de l’inox sur la céramique des assiettes ! Lui, il n’entend que le cliquètement de l’horloge fixée au mur, il surveille la trotteuse si pressée de parvenir à son châtiment, ce moment où la nuit bascule d’une date anodine à une autre symbolique.

Plus la nuit avance moins il est serein. A-t-il oublié quelqu’un, tous les paquets sont-ils emballés ? Il tourne et retourne en lui-même car impossible de se déplacer sans briser la magie de trottoir mise en place pour fasciner les enfantins rêves des bambins déjà à moitié assoupis. Traumatisante attente, plus que quelques minutes à tenir, les vapeurs d’alcool s’évaporent sous l’action d’un métabolisme déjà fort mis à l’épreuve. Et puis c’est le moment : tous se lèvent, on allume la lumière, chacun se saisit des paquets qui leur sont destinés, puis les emballages volent et s’empilent avec frénésie. Pas d’ironie ? Pas de critique ? Pas de sourire forcé ? Tous semblent ravis de l’instant, les mômes s’excitent et déjà créent des univers improbables et même l’acariâtre belle mère se prend au jeu et fait la bise à cette famille rapportée qu’elle prétend ne pas trop apprécier. Alors finalement de mort annoncée, de sacrifice rituel au Dieu Noël rien se ne passe, la joie est en la demeure et les flammes d’un enfer terrestre disparaissent au profit d’une douce neige de sentiments partagés. Devient-il pour autant nostalgique ce cher Homme ? Pas vraiment, il s’enivre de chaleur humaine puis se sent stupéfait à une idée qui commence déjà à le ronger de l’intérieur : il va falloir recommencer ce péplum l’année prochaine !

A vous tous qui me lisez je vous souhaite malgré mon cynisme de bon ton de très bonnes fêtes, que vous soyez seuls ou non à dîner. Je partage avec vous ces vœux que j’ai déjà déposé l’année passée, un hommage d’un grand chanteur, un rêve que je partage avec lui.

Merci Monsieur Lennon, faites que vous soyez un jour exaucé...

23 décembre 2008

Tribulations

Depuis que l’Homme est capable de sortir de sa grotte et d’émettre d’autres sons que de simples grognements il s’est empressé d’explorer le monde et d’en jalonner joyeusement les contours. Non content de s’approprier des territoires, notre cher explorateur s’est également mis en tête de créer des frontières ainsi que des états. Mais si, vous savez, ces pointillés sur les planisphères qui ne se voient pas au sol et qui donnent lieu à une recrudescence du commerce des armes ! Ah ça, pour s’identifier l’Homme fut donc toujours prompt à s’accaparer la terre qui finalement lui rend bien en l’absorbant à son tour, boîte en sapin comprise.

Et voilà que nous voyageons, souriants, insouciants et ravis de savourer le confort d’un fauteuil étroit et raide comme la justice dans un avion charter d’une compagnie sur liste noire ! On se satisfait des paysages, des nuages et autres oiseaux effrayés par la machine volante tandis qu’au dessous errent des soldats en guerre, des sous marins aux mains de paranoïaques ou d’autres avions très lourdement armés. C’est amusant comme du ciel nos nations semblent vaines et inexistantes, comme nos concepts de passeports et autres visas apparaissent ridicules et même pathétique. A dresser des barrières nous en sommes donc venus à nous dresser les uns contre les autres, ce qui a mon sens vaut bien un oscar à la connerie (un de plus va-t-on dire). Alors, au milieu des conflits, entre les balles et les obus l’on trouve encore des tordus qui veulent se déplacer sans limite, de ces malades qui supposent à tort que l’océan est un état indépendant et que le désert n’est qu’un territoire aride et pas une zone militarisée à outrance. Tenez, les navigateurs sur leurs machines hors de prix, ne sont-ils pas les tenants du luxe absolu, celui de la liberté temporaire d’errer d’un port à un autre sans risque d’être contrôlé par une douane volante ? D’un autre côté il faut dire que la vérité ressort vite du rêve... nombre de concurrents du Paris Dakar s’en sont rendus compte soit en croisant des hommes en arme, soit en traversant des zones supposées minées. On ne fait généralement pas deux fois la même erreur mais tout de même, s’aventurer en plein conflit sous prétexte de gagner une course, il y a de quoi se demander s’ils sont sains d’esprit.

La Nature elle se fout de nous à longueur de journées : virus transportés par des oiseaux migrateurs, loups qui se moquent des frontières douanières et j’en passe. Ne rit-elle pas de notre ridicule acharnement à vouloir tout réguler ? Va-t-on leur coller des passeports électroniques ? J’en ris d’avance ! J’imagine bien l’interrogatoire d’un écureuil qui ne s’est pas rendu compte qu’il a franchi une frontière en fraude, tout cela parce que la noisette d’en face était plus appétissante que celle pendant sous son museau. Pauvre de nous, se lamentent les voyageurs, les gens de bonne volonté, ceux qui croient encore mordicus au concept de nation humaine. Ils ont de quoi pleurer même si cela fait marcher le commerce. Merci les taxes, merci les impôts, merci le marché noir, merci la contrebande ! Sans rire, créer des limites crée immanquablement des débordements imprévus et pires que le remède initial, et nous en payons tous les jours le prix. Ceci dit, je pourrais également imaginer que nous allions jusqu’à utiliser les animaux pour en faire des transporteurs aussi agiles que silencieux sur leur tâche. Une baleine, ça ne se syndique pas à ce que je sache. On pourrait alors lui faire tracter des containers à vil prix, tout ça contre un peu de plancton non souillé par nos polluants.

Alors quoi, que reste-t-il des idéaux des grands conquérants des mers, de ces gens qui se sont attelés à cartographier des territoires inconnus ? Le Saint GPS s’est chargé de devenir notre mémoire géographique et qui plus est de nous raccourcir les distances. Amusant quand on sait que plus la distance est courte plus il y a de cons sur la route. Je me moque, mais à tout bien y réfléchir nous avons supprimés le rêve fondamental de voyager : l’action de voyager par elle-même. Rien n’est plus ordinaire que de décoller d’un aéroport, rien n’est plus banal que de prendre le train pour aller à l’étranger. Alors quoi, plus de fantasme de lointain ? A ce rythme les monuments et la culture des autres devient presque trop abordable, une sorte de fast food du divertissement où l’on se presse devant une grille, bien en rang, clac dix photos et hop, patelin pourri suivant. Qui s’émerveille encore sur des paysages simples, sans prétention, rudes et francs ? Mis à part les rêveurs et les dingues comme moi...

n’allez pas en parler à une agence de voyage, elle me foutrait un hôtel juste en face de chez moi !

Mollesse

Qu’il me soit donné d’exprimer avec véhémence ma bile vis-à-vis de l’humanité est déjà une chance, mais qu’en plus je sois capable de la mettre sous une forme somme toute compréhensible d’une part certes congrue, mais une part tout de même de l’humanité me rend heureux. En effet, quoi de plus jouissif que de pouvoir, sans la moindre hésitation, tracer les lignes de son esprit et de les exposer tel un exhibitionniste à une foule avide de critiques acerbes ? En ces termes l’idée d’écrire est donc un ravissement de tous les instants, d’autant qu’il m’est salutaire de relater ici même chacune de mes aigreurs avec l’emphase que vous me connaissez. Toutefois, il m’arrive de rester coi, silencieux et sidéré face à mes contemporains tant ils font preuve d’un don unique dans le règne animal : la connerie.

S’il y avait un temple à ériger et qu’aucune civilisation n’a daigné dresser c’est celui en l’honneur de la bêtise humaine. Dites vous que ce ne sont que les vertus qui sont supposées élever l’homme et pas ses travers, et que de fait, nul croyant ne se serait abaissé à s’incliner face au dieu de la stupidité. Pourtant, force est de constater que la modernité apparente s’apparenterait plus à une ode à l’imbécile construction humaine qu’à la richesse d’une société supposée évoluée. Evolution, voilà un mot bien pédant et qui n’a que faire de la réalité ! Par exemple, aujourd’hui encore j’ai eu le déplaisir de croiser cette jeunesse aussi désoeuvrée qu’inutilement abreuvée de publicité. La voici, déambulant sans but au cœur du temple de la consommation qu’est un centre commercial. Sont-ils là pour perpétuer le geste d’achat si cher à notre capitalisme galopant ? Même pas, il s’agit d’une errance sans but, d’une recherche du temps que l’on veut tuer et de la noyade oculaire dans l’opulence des rayonnages anonymes. Certes ils conversent, discutent les tarifs, taxent les marques de qualités et de superlatifs, mais tous font preuve de la même mollesse intellectuelle, de celle qui fait que l’on s’appesantit non sur la nécessité mais sur le superflu. Alors, depuis la conception de l’idée de besoin jusqu’au constat déprimant d’absence de ce dit besoin, cette jeunesse se trouve donc prisonnière de critères stupides et dénués de fondement. Navrant.

A vrai dire, la fausse idée que le tempérament sert à la préservation est aussi dangereuse que vaine. Regardez donc : celui qui hurle ses grands dieux qu’il ne se laissera pas piéger par le système se presse généralement pour ne pas rater le journal du soir ou bien se dépêche d’être dans ses pénates pour lancer le dernier jeu à la mode sur sa console dernier cri. D’ailleurs de cri ce n’est alors plus qu’un piaillement informe, le genre moineau étouffé par les serres d’un aigle trop heureux de se saisir d’une proie aussi facile. Mous ils sont, mais c’est avant toute chose par choix conformiste que par l’apparition d’une quelconque contrainte. Nous ne sommes pas en terre sous l’égide d’un despote, bien que l’on pourrait fort justement estimer que le nouveau dictateur de notre monde est le roi monnaie. Dans cet esprit il est donc plus simple de courber l’échine en prétendant que c’est nécessaire pour pouvoir faire de l’argent. Nous sommes donc vraiment cons car nous nous avilissons de bonne grâce à l’économie de marché qui est le masque souriant d’un monstre, que dis-je un démon plus dangereux encore, celui de la conformité ordinaire.

Mine de rien notre monde se divise qu’en deux grands groupes. Desproges déclarait : les juifs et les antisémites. Moi je vois plutôt ceux qui sont tenus de consommer et ceux tenus de produire. Bien sûr la première population agit aux dépends de la seconde, et ce depuis que le câble électrique ou téléphonique a supplanté le coursier à cheval. Nous nous devons de symboliser une réussite sociale, quitte à devoir ravaler nos idéaux les plus élémentaires. Il est plus difficile de croire en la liberté quand une baïonnette vous fouille les omoplates répondra avec justesse le nord coréen, et paradoxalement il sera presque aussi dur de croire à l’égalité des chances quand le banquier vous tiendra en joue avec ses taux d’intérêt exorbitants. C’est le jeu : on a remplacé le canon par le portefeuille et l’artillerie des prix semble plus efficace pour raser une ville qu’un bombardement allié sur Dresde. Fermez une usine vous tuez la région, détruisez la elle sera reconstruite. A croire que nous sommes attachés à la prison professionnelle plus qu’à la liberté individuelle.

Et puis c’est la catastrophe : trois charlots en goguette jouent avec les économies du monde, nombre de bidouilleurs boivent le bouillon, ou du moins font boire la tasse aux épargnants, puis l’on décrète que le système est trop permissif, voire malsain. Aussi bêtes que des ânes lancés dans le transport de l’artillerie napoléonienne dans les Alpes, nous voilà prêts à nous abreuver à la sainte résurrection des idéaux communautaires, à la dive régulation des marchés, et ceci le temps d’apaiser la saine fureur supposée nous libérer de l’enfer économique. Rêveries de comptoir, fantasmes de ménagère perdue suite au naufrage de son livret A, nous voilà réduits à espérer et donc à être les imbéciles que nous devons toujours rester. Humainement c’est plus facile d’avaler une pilule que de prendre un suppositoire nous dit le gamin atteint d’une bonne grippe. Pas faux petit, mais ne va pas demander à tes parents ce qu’ils ressentent après avoir lu le relevé de leur banque qui a, en tout bien tout honneur, placé leur capital dans des actions aussi factices que peuvent l’être aujourd’hui les emprunts russes. Pourtant nul n’ira incendier le siège de ces banques, nul ne se rebellera contre cet état de fait. Nous sommes vraiment stupides parfois.

Finalement l’épreuve de force n’aura pas lieu. Avec une jeunesse aux neurones lessivés par un demi siècle de paix et de pacifisme gluant, et une population vieillissante qui se refuse elle aussi au combat sous prétexte que le confort, même piquant est mieux que l’inconfort total, il me sera difficile de croire que nous révolutionnerons le dispositif actuel. Nul n’est prêt à admettre que le prix à payer pour une remise en cause de notre connerie est de savoir être prêt à sacrifier toute chose, y compris soi-même. Le pragmatique va dire : qu’ils y aillent en premier, et ces mots seront repris par le couard. L’idéaliste ira de sa petite : il y a des solutions négociées ! Ce qui sera évidemment redit sans déformation aucune par l’hypocrite espérant temporiser. Et puis enfin, il y aura les fous, les névrosés, les inadaptés sociaux comme moi qui revendiqueront une levée de boucliers contre la folie humaine basée non sur notre sort mais sur celui de l’or. En tout cas, j’espère ne pas être seul sur ce terrain !

22 décembre 2008

Le futur, une aventure !

Si tant est que nous soyons clairvoyants, l’Homme a toujours tenté de se projeter dans le futur en envisageant énormément de changements sans pour autant réellement ne serait-ce qu’entrevoir ce qui attendait l’humanité. Entre critères obsolètes et impossibilité d’imaginer les évolutions majeures de la science, voir le futur s’est systématiquement heurté à des bourdes aussi monumentales que décevantes. A tout bien réfléchir l’anticipation (genre littéraire où des plumes s’acharnent à faire preuve d’imagination pour décrire un futur jamais réalisé) est donc plus de la science fiction qu’une source de réflexion. C’est d’autant plus dommage que nombre d’idées étaient séduisantes.

D'entrée de jeu oubliez : la téléportation, le voyage dans le temps ainsi les rencontres du troisième type. Nous sommes encore bien trop empotés pour y songer et encore moins capables d'y parvenir. Alors un peu de sérieux et passons à des choses plus proches de nous!

Tenez, je me penche sur le cas des transports. C’est un domaine où chaque écrivain, réalisateur de films ou bien scénariste de série télévisée s’est donné à cœur joie : voitures volantes, skateboards en sustentation, voyage interstellaire, avions suborbitaux, stations spatiales de transit, bref tout l’attirail propre à faire rêver les foules. Raté messieurs dames, aucune de ces magnifiques inventions n’est pour l’heure en fonctionnement, et la station internationale tient plus du gigantesque Meccano temporaire que de l’étoile noire. Ah, les voitures qui flottent et qui prennent des autoroutes virtuelles entre les immeubles... C’est un de ces exemples où la déception doit forcément être douloureuses pour ces créateurs. Nous en sommes encore à l’énergie fossile, à des véhicules à roues comme aux temps héroïques des premiers pneus à talons et les énergies renouvelables sont encore qu’une portion congrue du marché mondiale. C’est d’autant plus navrant que l’électricité ou toute autre source de substitution est à présent enfin envisagée, alors que la première voiture à battre un record de vitesse (dépasser les 100 km/h) était électrique (la « Jamais contente » , le 29 Avril ou 1er Mai 1899). Pathétique, non ?
Alors pour ce qui est des avions, oublions de suite les vols supersoniques, le Concorde n’est plus en service et aucune société ne semble envisager la chose avant bien des décennies. Pour preuve, même Boeing ne présente plus de maquettes fantaisistes ou de dessins d’artistes sur le sujet. Les avions deviennent plutôt des Léviathans, et nous multiplions les passagers plutôt que de diviser le temps de trajet. Question de coûts je suppose. En tout cas ce n’est pas encore demain que nous ferons un Paris Tokyo en moins de huit heures ! Et dire que des plumes fantasmaient déjà sur la possibilité de subir la micro gravité en cours de voyage, et pire encore que des petits malins se voyaient déjà vendre des baptêmes de l’espace... Pareil pour la lune : une fois le sol de l’astre foulé plus personne n’a envisagé sérieusement d’y bâtir une station et encore moins d’en faire un lieu habité. Cosmos 1999, ce n’est pas pour demain, et pour ce qui est des missions sur des planètes plus lointaines on avance 2050 voire au-delà. Technologie, quand tu te traînes par rapport aux fantasmes des Hommes !

Question technologies de l’information le mouvement Cyberpunk rêvait de voir les humains connectés en permanence à un réseau persistant à l’aide de puces électroniques directement implantées dans notre corps. Encore une fois la science s’est avérée impuissante à nous pondre une telle chose étant donné que le corps se comporte aussi bien avec ce genre d’objets que mon estomac avec un excès chronique de boisson : refus immédiat d’assimilation. Logique, et qui plus est plutôt rassurant car sinon nous nous verrions déjà marqués par des puces tout comme certains auteurs plus sombres l’ont envisagé. Je songe aussi à ces remplacements de membres par des artificiels : pour le moment les mutilés doivent se contenter de prothèses assez vulgaires, peu pratiques et trop rigides pour vraiment prendre la place d’un bras par exemple. Le désir d’un corps entièrement mécanique n’est plus qu’une idée que l’on repousse sans arrêt jusqu’aux calendes grecques. Et que dire du clonage ? Nous avions délirés sur la possibilité de faire des armées de soldats clones : c’est impossible au titre que le temps de gestation et de croissance d’un corps humain est incompressible. En l’espèce en nous lançant dans cette folie eugénique il faudrait donc une vingtaine d’années avant de pouvoir espérer voir le premier soldat porter son uniforme sur le terrain. Et puis, nous ne disposons pas (encore) de méthode de programmation de l’esprit. Cela me rassure finalement.

Et puis enfin il y a tous ces trucs, bidules et machins qui finalement apparurent bien des décennies de rêve : le sous marin atomique (donc électrique) de Jules Verne, la visiophonie, la téléphonie sans fil, l’informatisation à outrance, le réseau Internet disponible pour ainsi dire partout dans le monde, l’avion sans hélice, la navigation sans voile, les trains électriques et j’en passe. Pour ces aspects la vie « moderne » est d’autant plus trépidante que notre progrès technologique ne semble pas fléchir : ce qu’on rêvait de faire il y a dix ans est aujourd’hui ordinaire. Un téléphone mobile d’hier servait à téléphoner, aujourd’hui il permet de se repérer via un GPS, de prendre des photos sur le vif, de filmer, bref de tout faire sauf téléphoner. La communication, est-ce vraiment la chose la plus surprenante parmi ces avancées ? A mon sens non car un téléphone, avec ou sans fil, cela reste un moyen de communication qui n’a guère changé en un siècle. Pour moi le plus gros progrès qui soit apparu est la capacité que nous avons tous à stocker de l’image et du son de manière autonome. En effet, les souvenirs étaient avant écrits voire photographiés. Dorénavant chacun peut devenir le cinéaste de son existence et restituer sa voix pour sa descendance. Qui sait, nous arriverons peut-être à des testaments vidéo, des mariages par écrans interposés et bien entendu des jugements virtuels mais aux peines bien réelles.

A quand un bourreau numérique ?

19 décembre 2008

Electrique !

La lumière arrive, elle s’est installée sous nos fenêtres comme autant de lucioles stagnant bien haut pour nous offrir leur clarté. Il fait jour en pleine nuit et ces larmes d’énergie prennent toutes les couleurs rêvées par l’enfant en quête d’imaginaire... En fait non, c’est tout sauf aussi onirique : ces demeurés de commerçants se sont lancés le défi ultime qui est de nous saturer les rétines avec les éclairages les plus criards qui soient. Non content de vous décoller la cataracte à longueur de journées avec des néons infâmes, voilà que Noël fait fleurir ses lampions, sapins en ampoules et autres guirlandes pendues en filets de pêche, et ce bien entendu pour la plus grande joie de EDF. Une banderole passe encore, un petit sapin sympathiquement décoré avec naïveté par la pullulante descendance du maître des lieux, pourquoi pas, mais de là à s’acharner à coup de rallonges et de coloris vous assurant à coup sûr l’obligation de fréquenter un ophtalmo, non merci !

Allez, je vais être sympa et laisser le bénéfice du doute à celles et ceux qui agissent dans le seul but d’assurer un peu de joie à leurs enfants, mais là, quand il s’agit de commerces je hurle à la filouterie. Un patron de magasin ne croit pas au père Noël si ce n’est à son pouvoir attractif sur vos économies. C’en est pathétique : entre celui qui veut faire à l’économie en recyclant des décorations premier prix et celui qui dépense sans compter il s’avère que le résultat est tout aussi tragique pour l’un que pour l’autre. De boutique somme toute relativement sobre notre échoppe devient alors une annexe des luminaires X ou des néons Y, avec tous les désagréments qui vont bien. Nombre de personnes oublient en effet une règle élémentaire en électricité : plus l’on branche d’appareils, plus la chaleur générée est grande, et donc plus le potentiel de panne grandit en proportion. Tenez, il suffit pour s’en convaincre de voir les efforts que font les fabricants de fanfreluche lumineuse pour trouver des solutions moins énergétivores que le traditionnel filament : diodes, ampoules basse consommation, bref tout l’arsenal moderne pour vous pourrir l’existence.

Bon à la limite la circonstance atténuante du commerçant est son essence même : attirer le chaland et donc vendre, mais que dire des particuliers qui font dégringoler ces mêmes guirlandes sur leurs terrasses ou façades ? Sont-ils séniles, fous, ou juste sont-ils simplement atteint de cette maladie du « M’as-tu vu ? ». Sans rire ni frémir la mode de l’éclairage privé tient franchement de la débilité la plus profonde. D’appartement ou maison les logements sont devenus des annexes de fête foraine avec leurs chenillards qui clignotent, leurs logos qui tintent et ô suprême mauvais goût le père Noël full plastoc qui contient une ampoule, le rendant donc aussi glauque que lumineux. Ce dernier objet est à mes yeux à placer au sommet du classement de la connerie consumériste.... Ah non j’allais oublier la réduction de papa rouge pendue au balcon comme s’il venait de mettre fin à ses jours. Déprimant, laid et ridicule.

Ce n’est pas vraiment Noël qui me rend acariâtre sur ce point précis, c’est avant toute chose l’imbécile besoin qu’ont les gens de s’exhiber. Cela sert à quoi d’en coller pour 1500 watts sur la baraque si ce n’est pour se faire voir ? Autant je pourrais trouver cette déviance amusante mais à petite échelle, autant je suis inquiet pour leur santé mentale quand la dite installation prend des allures de spectacle son et lumières et que la décoration ne se cantonne plus aux bêtes guirlandes. J’ai déjà vu des pavillons ayant pour totem le bonhomme de neige... en polystyrène, voisinant sans honte le traîneau du père Noël avec ses rennes aux nez éclairés, et suprême ignominie la neige synthétique projetée sur la pelouse qui n’avait pourtant rien demandée à personne. Dans le genre mauvais goût il y a une expertise qui me dépasse sur ce point.

Un dernier point me passionne : certains ont un sapin en synthétique, d’autres prennent des vrais qu’ils jettent une fois la fête passée. Que deviennent ces saletés aussi incongrues qu’encombrantes ? Je n’ose même pas imaginer le dépôt de ces propriétaires fiers (si si !) de ces cochonneries car, à mon avis, si à Noël ils se ridiculisent le reste de l’année ne doit pas être triste non plus. Comme quoi, l’Homme a un don inné pour se ridiculiser et cela ne semble pas être prêt à changer !

18 décembre 2008

Ce qu’ils disent...

Comme vous l’aurez remarqué (enfin je l'espère), j’aime jouer avec la langue comme d’autres aiment à jongler avec des tronçonneuses ou bien jouer avec leur vie. De ce fait, il m’arrive bien souvent de réfléchir au sens caché des propos qui peuvent être tenus par chacun, notamment quand l’on échine à vouloir faire passer un message soit subtil (pour ne pas froisser), soit subliminal (pour se faire ... sans commentaire). De là, tout l’amusement est alors de décortiquer ou d’imaginer ces phrases alambiquées remises en forme et énoncées sans retenue. Ce qui est intéressant c’est que l’on peut y jouer à plusieurs : une table, un journal quelconque, quelques convives et hop, une phrase au hasard à réinventer ou à analyser ! Des heures de rigolade en perspective.

Ah la politique, ce le terrain propice à la langue de bois où le bourbier des idées gluantes dispute l’espace aux arbres symboliques cachant les forêts de vérités mauvaises à dire ! Tout homme politique se doit de manier avec dextérité cette fameuse langue de la vacuité de sorte à tout dire, et surtout son contraire dans une seule et même phrase. L’essentiel est que la plèbe soit subjuguée et non pas informée après tout ! Relevons quelques phrases et plaçons un sous-titre adéquat : on entendra volontiers « la rigueur sera nécessaire pour ces prochaines années et notre gouvernement se fera fort d’être à la pointe des efforts », qu’il faut comprendre « En gros les actifs vous allez casquer plus, on va serrer la ceinture à tout le monde et on va faire en sorte d’avoir l’air impliqués, mais en gardant nos passe droits et autres avantages divers ». C’est suffisamment clair pour ne pas pouvoir être pris au dépourvu non ?

Toute personne ayant envie de faire preuve de subtilité jouera sur les mots pour inviter l’autre à agir dans le bons sens. Un brin de finesse, de l’intelligence utilisée avec précision et vous voilà négociateur sans blessure... Mais parfois cela ne fonctionne pas. Tenez, par exemple : « Je t’offre ce coffret douche et déodorant » peut être facilement compris comme « Lave toi ! » mais qui hélas est majoritairement pris comme l’offrande d’un cadeau facile sans risque d’erreur ou de déception. Alors bien sûr il y a les brutes qui, comme moi, énoncent sans vergogne « Dis, tu sais qu’il existe un endroit nommé salle de bain chez toi ? ». C’est à proscrire pour garder un minimum d’amis, ceci dit avoir un ami qui refoule comme une décharge sauvage dans les bidonvilles de Bombay... Enfin bref, faites preuve de finesse pour que l’on vous comprenne sans pour autant que cela soit directement relié à votre intention initiale.

Il y a une d’autres professions expertes dans la circonlocution à tiroirs. Les assureurs par exemple ont une prédilection pour la langue alambiquée que pour la clarté. N’essayez pas de comprendre vos contrats, le but n’est pas d’être abordable mais de protéger la société vendant la prestation et surtout pas vos intérêts personnels. C’est une règle : le client est roi mais pour autant c’est lui qui doit payer, pas l’entreprise. Ah ça, les discours formatés depuis belle lurette vous expliquant que « Etant donné les prestations pour lesquelles votre contrat a été établi nous sommes au regret de ne pas pouvoir rembourser votre bien etc etc ... », donc en décodé « Vous avez la couverture minimale, vous n’aviez qu’à lire les petits caractères ! ». Sympathique, d’autant plus que le système leur offre une quantité invraisemblable d’échappatoires : « nous protégeons contre les catastrophes naturelles UNIQUEMENT si l’état de catastrophe est déclaré », donc nada si vous avez le malheur d’être inondé mais que le département décrète qu’il n’y a pas de situation d’urgence.

Les avocats, n’oublions pas ces parasites de la justice. Tenaces, experts dans le baratin, ils sont les dignes enfants d’un scribe et d’une écuyère de cirque. Les écouter est une grande leçon de français : réussir à faire croire qu’un client pris en flagrant délit est un innocent c’est du grand art ! Ah, franchement, j’admire cette technique qui leur permet de rendre sympathique les terroristes, rendre la victime douteuse et même coupable (il suffit de voir les minutes d’un jugement pour viol pour s’en convaincre), et que dire de celui qui, avec aplomb, affirme sans vergogne qu’un policier s’est fait pour se faire tirer dessus par un braqueur. C’est certainement l’espèce la plus évoluée de l’humanité car c’est la seule capable de jouer avec la langue avec tellement de talent que tous nous en sommes enivrés et donc capables de les croire. Chapeau bas messieurs dames en robe !

Et enfin il y a moi, baratineur, gonflant et gonflé usant et abusant du verbe comme d’autres de la dive bouteille. J’ai la chance d’avoir le luxe de pouvoir m’exprimer avec aisance et de recourir aux mots plus qu’aux poings. Soit dit en passant, un mot percutant peut faire plus de dégâts que n’importe quelle trique... Songez donc aux discours tenus par les dictateurs pour saisir toute la puissance du verbe.

Allez, bon bourrage de crâne, moi je m’en retourne m’emplir la tête avec un bon livre !