15 décembre 2010

Richess

Je dois certainement être de ceux qui s’amusent d’un rien, tant je ris de nous voir nous agiter pour des notions telles que la fortune, le patrimoine, ou encore la saugrenue idée qu’on puisse préserver un maigre pécule. En effet, l’or, l’argent, le pognon, le papier monnaie, toutes ces conceptions humaines de la valeur des choses ne sont là que pour nous signifier notre égoïsme permanent. Quoi de plus prétentieux que de soupirer d’aise face à l’alignement stupide de chiffres sur un bout de papier ? Quoi de moins attirant qu’un bout de métal embouti, qui n’a pour seul but que de vous signifier, quand il vient à n’être plus en poche, que vous allez avoir des problèmes pour vous nourrir ? L’argent, ce n’est pas le malheur des pauvres, c’est le malheur de l’humanité toute entière.

Regardons avec honnêteté notre incapacité à gérer les choses autrement que par sommes et soustractions. On additionne les richesses, on soustrait les impôts, taxes et autres remboursements divers, et ce n’est qu’une fois le tout bien calculé qu’on peut, non sans un grognement d’agacement, constater que nous sommes fauchés. Ah, les comptes d’apothicaires ! Ah, la joie du crédit qui fait faire de l’argent sur de l’argent ! bien qu’on soit tous conscients de cette aberration, nous nous entêtons à jouer avec l’argent, à le dépenser de manière complètement ridicule, et pardessus le marché à nous plaindre qu’il nous manque toujours une certaine somme. Notez que les problèmes du pauvre ne sont pas si éloignés de ceux des riches. En effet, le riche attend que le pauvre dépense, or si le pauvre n’a rien à dépenser, le riche devient donc, en conséquence, moins riche et moins heureux ! Cercle vicieux s’il en est, le riche a donc besoin des économies, si maigres soient-elles, des prolos en manque de pognon.

C’est sidérant de bêtise. L’économie dite de marché, modèle libéral s’il en est, a déjà montré ses faiblesses à plus d’une reprise. D’ailleurs, son effondrement a bien provoqué l’avènement de gouvernements dictatoriaux, de famines inacceptables, de chômage, ou encore de crises longues et douloureuses. Tout cela pour quoi ? Pour avoir voulu valoriser le travail, d’avoir voulu mettre sous la forme de chiffres la force physique et intellectuelle des petites mains. Spéculons, valorisons sans réel bon sens des sociétés aussi vides que la huche à pain d’un prolo mis à la porte de sa PME ! C’est le concept même de la bourse, ce monstre qui absorbe impitoyablement les capitaux du monde, les voit grandir n’importe comment, puis vomit parfois quelques entreprises décrétées non viables parce que pas assez rentables. Amusant, cynique, et parfaitement inapproprié. Ceci étant, cela a fait le bonheur de quelques uns qui, bien entendu, estimeront que s’enrichir vaut bien quelques sacrifices.

De fait, j’ai attendu avec une certaine incrédulité l’action d’un Cantona suggérant de faire s’effondrer le système bancaire, en ôtant tous nos capitaux des banques. Pourquoi pas : après tout, ils bossent avec notre pognon, avec notre labeur, et ne se privent pas de faire n’importe quoi avec... Sans compter qu’ils nous font ensuite payer leurs erreurs ! Pourtant, cela ne fut pas suivi d’effets, et les politiques, faute d’avoir su mettre au pas les financiers, se sont empressés de prévenir les masses qu’il serait dangereux de faire s’écrouler le système mondial. Parce que tolérer que celui-ci se soit remboursé sur notre dos, et que nous n’ayons, à ce jour, aucun recours pour les voir sanctionnés ? J’adore le concept : c’est comme si votre voisin utilisait votre tondeuse, la déglinguait, et trouvait le moyen de vous facturer son usage ! Et c’est bel et bien les préceptes appliqués par les banques, non ? Dommage que monsieur Cantona ait un peu perdu de vue le fait que les gens ont fondamentalement peur de tout perdre, ce qui est malgré tout compréhensible. Stupide, face à la vacuité de la vie, mais compréhensible.

Finalement, nous sommes encore et toujours les prisonniers du monétaire, de l’économique, du financier, du boursier. Que cela nous plaise ou non, les banques ont encore de beaux jours devant elles, notamment parce que tous nous espérons de l’argent facile. Qui n’a pas ouvert un quelconque plan d’épargne, histoire de voir de l’argent faire des petits ? Qui ne s’est pas enthousiasmé à l’idée de toucher plus sans rien faire ? Joli rêve... Si demain quelqu’un trouve comment faire pousser un arbre à billets, je m’empresserai d’aller en planter quelques uns, bien à l’abri des regards envieux du FISC. D’ici là, je vais me contenter de continuer mon labeur, en bon larbin que je suis...

14 décembre 2010

Une vie en bouteille



Les gens aiment à voir les ennuis qu’ont les autres. Voyeurs impénitents, ils n’hésitent pas à scruter les sites tels que « vie de merde », ou encore « Youtube », pour y observer les accidents et autres galères de leur congénères. Pourtant, ils devraient comprendre qu’il s’agit là d’une attitude des plus malsaine, et que rire du malheur d’autrui n’a vraiment rien de réjouissant. Pourtant, dans cet entêtement qu’est celui de l’homme moderne face à son pupitre interactif, nul ne semble offusqué par la situation. Pour ma part, j’ai du mal à rire du malheur de mes semblables, puisque je sais que je vais subir le même sort.

Ca commence toujours mal d’ailleurs. La naissance est forcément brutale, on a le corps empli de choses dont on taira la nature, puis ensuite on vous manipule sans égard, pour finir souvent brisé par la vie et les évènements. Je ne vois pas grand-chose de glorieux là dedans, si ce n’est de tenir correctement son rôle, avec dignité et honnêteté, parce que c’est la seule chose qu’il vous reste au bout du compte. Même si la mémoire devient floue avec le temps, force est de constater qu’on a des relents de mauvais souvenirs à revendre. Et vas-y que je te secoue, que je te tape au cul, que je t’ouvre le crâne par inadvertance, qu’on regrette pour remettre le couvert… ah, si la vie pouvait être autre chose qu’un enchaînement malheureux de douleurs !

Quand j’y songe, d’autres sont plus mal lotis. Moi, je peux me targuer d’avoir supporté l’ivresse de luxe, celle arrosée par le meilleur crû de champagne ; D’autres, plus malheureux, eurent à subir l’humiliante acidité d’un picrate pas même digne de décaper un évier d’hôtel de passe. C’est ainsi, le destin ne se choisit pas, il se subit. Et puis, honnêtement, mieux vaut être envié qu’envier soi-même, non ? Cependant, si, de loin on peut sembler être plus heureux que les autres, il faut quand même voir où sont les inconvénients. Le roi de la Villageoise, lui, va avoir le droit aux ritournelles les plus navrantes des prolétaires imbibés. Moi, j’ai eu le droit aux pires bassesses, aux mensonges éhontés, mais teintées par la classe naturelle d’un langage châtié. Ca, le bourgeois, il aime à baratiner son monde, mais à condition que cela soit couvert par l’auréole du bon esprit. Ainsi, madame peut cocufier monsieur, mais il faut en parler avec élégance et propreté. Chez le prolo, par contre, on va s’engueuler ferme, traiter madame de (passez moi le propos) « Salope ! », pour finir par s’envoyer la vaisselle sur la gueule. Le bobo, lui, ne jettera pas sa porcelaine griffée, il s’enverra des invectives fleuries…. Comme si le mot d’esprit pouvait réduire à néant la connerie humaine !

Enfin bref, derrière ces façades de bonnes manières, j’en ai vu de la connerie en barre. Notez que l’endroit le plus propice pour en entendre s’avère être à proximité des tablées réservées au buffet froid. Là, on discute le bout de gras sur la voisine qui est une morue, mais qu’on appellera avec tendresse « la chiante », on taillera au PDG d’une firme le costume de « mal luné », et le chauffeur bosniaque à l’accent infernal sera classé parmi les « handicapés sociaux ». Ben voyons, messieurs dames, parce que du débile profond, de l’abruti grand teint, ça n’existe pas chez les nantis ! Qu’importe, je songe au plaisir cruel auquel je me suis adonné en les voyant ivres, et se jetant alors les mêmes insultes que ces mêmes prolétaires utilisent. Amusant, bas, méchant… Oui, je confirme, c’est petit et égocentrique, mais ça me fait marrer.

Maintenant, mon sort est scellé. Ces salopards en Gucci et Chanel m’ont fait sauter le bouchon pour s’en coller une bonne couche dans le cornet. Ah, c’est bon le Piper hein ?! Salauds ! Bourrez vous la meule jusqu’à plus soif, histoire que moi, votre bouteille de champagne, je puisse savourer une revanche mesquine. Quand est-ce que madame de la chose va aller faire son petit vomi élégant ? Tiens, les deux larbins se chargent de la traîner jusqu’aux toilettes. Au chiotte la vieille ! Ca y est, je suis vidée de mon essence, on me balance dans la grande poubelle, au milieu des cartons de jus de fruits et des papiers gras des petits fours. M’en fous, je serai recyclée, moi. On me reverra bientôt, et avec un peu de chance, je serai à nouveau là, pour le prochain noël, à me payer la fiole des péteux enrubannés, des blaireaux à cravate, et des maîtresses de maison jamais saoules mais toujours « pompettes ». Connasse : quand tu bois, tu est saoule, comme tout le monde !

Allez, c’est la benne, le compacteur. Salut les plateaux de fruits de mer ? Vous en avez empoisonné un au moins ? Ouais ! Cool ! Bien joué les mecs ! Oh, des boites d’aspirine ! Alors les filles, on a soigné les gueules de bois ? Rendez-vous l’année proch…

« Hé, Norbert, t’as pas entendu un truc causer là ? », demande Julien en pressant le bouton du compacteur de son camion. « Toi mec, t’as trop fait la fête je crois », répond son collègue en sautant sur le marchepied pour faire signe au chauffeur d’avancer à la poubelle suivante.

13 décembre 2010

Morr

Nous acceptons, bon gré, mal gré, qu’il existe une hypothétique force supérieure à nous et qui, au gré de ses envies et autres lubies, créée le monde tel que nous le connaissons. Que ce soit à travers les religions monothéistes, ou bien les fois polythéistes, chaque culture s’est échinée à nous montrer que l’homme est petit, vain, égocentrique, et qu’au fond toute chose le domine d’une hauteur inimaginable. Ainsi, l’enfer, le paradis, le purgatoire furent mis en textes divers afin de faire comprendre aux masses qu’il existerait un au-delà, et que pour accéder à sa partie la plus douce, la solution serait d’être correct et honnête, afin de se savoir méritoire sur terre, pour qu’au ciel le jugement soit adouci. Loin de moi l’idée de mettre en doute les dogmes et autres idéologies, car après tout, la Vérité est une chose très personnelle à ce sujet. Les agnostiques doutent, les athées n’y croient pas, les fervents sont convaincus, et dans cette quête de spiritualité je ne serai pas de ceux qui critiqueront les autres. Toutefois, j’ai en tête une toute autre image de la destinée humaine, une sensation très étrange et sans fondement pour définir le dernier passage, le « grand départ » tant redouté.

Je nous vois tous liés d’une manière ou d’une autre, à l’instar de la rumeur qui fait le tour du monde à travers une tradition orale millénaire. Chacun de nous porte une part de l’humanité, de sa culture, de son histoire et de son futur, et si l’on a quelque chose à revendiquer, c’est que si l’homme était amené à disparaître demain, ce serait plus sa mémoire que ses réalisations qui seraient perdues. Ce qui compte pardessus tout en fait, c’est que nous puissions partager cette mémoire collective, tout en l’enrichissant tant individuellement que collectivement. Par conséquent, c’est à travers cette connexion sociale que nous perdurons, car notre existence personnelle n’est pas précisée que par notre capacité à philosopher, mais également parce que nous sommes vus et connus des autres. Typiquement, le « je pense donc je suis » est finalement bien insuffisant, et j’y ajouterais sans hésitation « je suis vu par les autres, donc j’existe ». Maintenant, suivons un inconnu, vous, moi, n’importe qui poussant le dernier soupir… Et écoutons le penser, raisonner, ressentir.

C’en était fait. Je devais partir, d’une manière ou d’une autre. Je le savais, c’était inéluctable, mais le temps s’était alors gaussé de mon arrogance et de mon entêtement à vouloir survivre. A présent, la victoire revenait à la mort, cette ennemie de tous et future amie pour moi. Loin d’être aussi terrifié que je l’aurais cru, je ressentis même une forme de soulagement à l’idée de rejoindre quelque chose d’autre que ce monde où j’avais erré, l’espace de quelques instants, ceci en attendant l’éternité. Pensées saugrenues d’un homme qui s’en va pour toujours, qui espérait laisser une trace qui, de toute façon, sera effacée comme celles de ses prédécesseurs. Damné soit l’orgueil de se vouloir immortel, car c’est une des plus grandes futilités de ce monde. Inutile d’avoir peur de disparaître, ce qui est le plus effrayant c’est d’être oublié.

Je fermai les yeux, et j’écoutai le son du monde qui bourdonne. Autour de moi, le temps se mit à accélérer, comme si un an devenait une seconde. Je sentis la connaissance me traverser de part en part, percé par les vérités du monde, de l’existence, de la bêtise humaine, de la richesse de l’imagination des êtres dont je fus un temps un membre ordinaire. Je vis d’abord les gens que j’aimais grandir, vieillir, puis me rejoindre. Je sentis leur présence dans cette même posture d’observateur incrédule, et tous semblèrent ressentir le même apaisement que moi. Inutile de lutter, nous sommes devenus des ombres, des restants d’âmes flottant çà et là, au hasard, épiant le monde qui fonce à une vitesse folle. La pluie, la neige, le soleil, le jour, la nuit, tout s’alterne si vite qu’on n’en oublie que les saisons durent des mois. Ici, une maison disparaît au profit d’une autre, puis d’un immeuble, qui lui-même est alors rasé, reconstruit différemment, incendié, repeint, rénové, puis enfin dévasté par une guerre. Les gens sont différents, ils s’habillent différemment, et tout ceci défile en moi, devant mes yeux, alors que je suis immobile depuis des mois, des années, des siècles. Là haut, ils changent la topographie des quartiers, ils parlent de technologies, je les vois acheter, utiliser, puis jeter quantité de choses aussi temporaires que futiles. Que font-ils ? La même que j’ai pu faire, à savoir se sentir exister par la propriété individuelle, ils se sentent devenir importants avec des bouts de métaux frappés, ou de papiers imprimés. Puis ils meurent, et nous rejoignent dans cette attitude contemplative.

Et le monde change sans vraiment progresser, les gens évoluent tout en stagnant totalement. Chaque génération se croit meilleure que la précédente, tout en réitérant les mêmes atrocités. Guerre, famine, haine, fascisme, xénophobie, toutes les civilisations défilent devant nos âmes, et c’est avec le même amusement que tous nous voyons les temples s’effondrer, la nature pousser et démolir les derniers symboles de leur monde. Le temps passe, il n’accélère ni ne ralentit alors, il défile simplement, à son rythme, au rythme de mon éternité de gisant. Je ne suis ni prisonnier ni libre, je suis là, tout simplement. Ils se déchirent, ils se massacrent, ils meurent, puis eux aussi comprennent toute la vacuité de l’existence terrestre. Et enfin, après des milliers de générations, après des millénaires de haine et de brutalité, le monde se consume, disparaît, et nous avec. « C’en est fait » a dit un texte aujourd’hui détruit à tout jamais, et rien n’est plus vrai que cette phrase, car tout une fois le dernier passage franchi, c’est le néant, tout comme l’existence supérieure, la vie et la mort s’enlaçant à tout jamais. Pur esprit ? Que sais-je, je suis, c’est déjà pas si mal, et je suis connu des autres qui, comme moi, ont vu le monde et l’éternité. Qu’en est-il des autres ? A-t-on tous le même sort ? Est-ce important ?

10 décembre 2010

Mort apaisante


Tandis que s’affolent les gens pour faire leurs derniers achats de noël, d’autres luttent pied à pied avec le froid, la torpeur du sommeil qui vient quand le corps se refroidit. Atroce idée que celle d’anonymes qui s’assoupissent à jamais dans les villes modernes des pays riches, idée insoutenable qu’ils tombent d’épuisement, tandis que d’autres gaspillent sans vergogne et se moquent de la misère au dehors. Il faut croire que la misère serait donc plus belle quand elle est couverte par une pellicule de neige, comme si l’horreur de la vie errante serait moins intenable quand on la supporte en hiver. Notre vue est déjà réduite quand il s’agit des autres, mais c’est bien pire quand il s’agit de s’oublier soi-même. Je me dis que l’impuissance individuelle n’est qu’une façade, qu’une façon de se détourner de nos obligations morales. « Je ne peux rien y faire » est si facile à dire, il est si simple de se résoudre à ne pas agir...

Noël approche à grands pas, et son cortège de propagande consumériste n’a de cesse de nous harceler. Publicité, télévision, radio, tout est bon pour nous faire consommer et nous faire oublier que nous ne sommes pas tous bien lotis, au chaud, assis à table pour déguster un bon repas. D’autres se contentent de nos restes, ou survivent grâce à des tablées qu’on leur met à disposition dans des centres d’aide. Charité, entraide, humanité, que de mots vides quand ils sont proférés par celles et ceux qui s’en préoccupent le temps d’un passage à la télévision, le temps d’une publicité personnelle malsaine. D’autres, des anonymes, des petites mains déterminées, continuent la besogne hors caméra, parce qu’une vie n’a pas de prix, parce qu’un homme, ça ne se compte pas en monnaie. Un homme, une femme, c’est une existence, quelque chose de plus précieux que tout. Je les admire, connus et inconnus, qui n’arrêtent pas le combat contre la misère une fois que les médias se sont désintéressés du sujet. Qu’honneur et respect leurs soient destinés, je les admire dans cette volonté de donner, d’offrir sincèrement leur cœur de la sorte.

Il est tombé beaucoup de neige sur Paris et sa banlieue. Les routes ont été paralysées, nombre de conducteurs malchanceux furent pris au piège dans leurs voitures. Ils ont vécu ce que d’autres vivent au quotidien, à savoir se calfeutrer dans un endroit exigu, se réchauffer comme on peut, en espérant que le redoux va vous tirer de ce temps infernal. Etait-ce un drame que de subir les éléments ? A mon sens, Paris, comme toutes les villes du monde, vient de prendre sa leçon de choses, car la nature, elle, se moque du fantasme du risque zéro. Que j’aurais aimé que cette leçon soit multiple, qu’elle enseigne enfin aux indifférents que le froid n’est pas qu’une sensation, que c’est aussi un bourreau sans sentiment, qui envoie à la mort des gens ordinaires, qu’il peut donc être dangereux pour tous. Nous qui sommes dans le confort de nos maisons, nous poussons le chauffage. Dans la rue, le chauffage n’existe plus, il n’y a plus le réconfort d’un radiateur bouillant, il n’y a plus la torpeur du foyer qui vous attend au bout de la route. Rendons grâce à la météo pour avoir, l’espace de quelques heures, remis les pendules à l’heure.

Je sais que certains ont été dans des positions délicates, qu’ils ont souffert de ces intempéries exceptionnels. Qu’ils apprennent à remercier la vie d’avoir pu se réfugier quelque part, qu’ils remercient la providence d’être toujours en vie pour pouvoir s’en plaindre. D’autres s’effondrent, d’autres s’affaissent à jamais dans le givre et la glace. Quand j’arrive chez moi, que je sens l’apaisante sensation d’être « chez moi », je me dis que je suis un nanti, une personne chanceuse. La vie m’offre chaque jour la chance d’être là, entier, vivant, en bonne santé. Dieu ou quoi que ce soit d’autre me donne un nouveau matin, si blême qu’il soit, si gris et sale qu’il puisse être. Le soleil a du mal à percer ? Quelle importance, je sors d’un lit propre, agréable, doux, chaleureux. Je peux appeler mes amis, entendre leurs voix, je peux aller les voir, me sentir accueilli et aimé pour ce que je suis. Qui aime ces naufragés de la société ? Aimons les, parce qu’ils sont ce que nous sommes tous, des gens ordinaires, des infortunés qui ont subi la vie pour que d’autres la vivent avec bonheur. Je ne me reprocherai pas d’avoir une bonne existence, je nous reprocherai toujours d’être collectivement des égoïstes et des lâches.

On me dit que donner, c’est risquer de se tromper. Je dis que donner, c’est partager. Quoi de plus naturel que de donner de soi aux autres, quoi de plus naturel que d’être charitable, sans prétention, sans autosatisfaction ? Je me refuse à admettre que la faim puisse exister en France. Je me refuse à admettre que le froid puisse encore tuer ici, dans un pays riche. Je me refuse à accepter qu’on puisse laisser souffrir ainsi une partie de notre population. Etrangers, Français, aucune différence, aucune importance. Les papiers ne définissent pas un homme, c’est l’homme qui est décrit dessus. J’ai honte de nous. J’ai honte de moi, de ne pas être meilleur, de ne pas donner plus. Probablement parce que je suis un trouillard ordinaire, un type banal...

09 décembre 2010

Génome party

Si l’on réfléchit intelligemment sur le sujet de la génétique, force est de constater que le débat est terriblement délicat. D’un côté, nous pouvons à présent espérer de gros progrès thérapeutiques pour des millions de patients, comme par exemple les diabétiques, les hémophiles, ou encore pour soigner des pathologies plus rares. De l’autre, nous avons des firmes qui manipulent sans vergogne des animaux, des plantes, ceci pour le seul et unique but d’envisager un profit immédiat, que ce soit par le développement de résistances à des insectes, par la stérilisation des plantes pour s’assurer une obligation d’achat des semences, ou bien pour obtenir un rendement plus fort (croissance rapide des plantes, prise de poids pour les animaux). Dans ces conditions, débattre de génétique, c’est nécessairement un débat qui va dériver vers le financier et l’éthique.

J’aborde avec curiosité l’aspect économique, parce qu’il mérite réellement qu’on s’y attarde. Depuis de nombreuses années, des actions sont menées pour aider la recherche scientifique, ceci notamment lors du téléthon. Me concernant, cette action annuelle est méritoire, car elle rappelle aux masses que la différence et la maladie peuvent attendre n’importe qui. Donc, concrètement, je suis pour aider la science à offrir des solutions aux malades, surtout quand il s’agit de pathologies où les traitements traditionnels sont inefficaces. Mais de là, est-ce quelque chose de réellement acceptable ? Etudier, tester, et enfin produire des médicaments susceptibles d’intervenir sur le génome humain, cela représente des coûts non négligeables. Ne nous leurrons pas, il ne s’agit plus d’un Fleming bidouillant dans son laboratoire des échantillons de pénicilline, mais de grandes structures dépensant des milliards par an, appliquant des procédés terriblement complexes, et protégés par le sceau du secret. Dans ces conditions, ces industries privées veulent naturellement un retour sur investissement. La philanthropie n’a que peu de place dans l’entreprise, et c’est pourquoi on ajoute des brevets à la conception des médicaments.

Quelles conséquences ? Tout d’abord, la mise sur le marché du génome humain, où chaque industriel déposera un brevet protégeant ses découvertes. Au lieu d’avoir un patrimoine de l’humanité, nous aurons alors un patrimoine privé, géré, mercantilisé, ceci ne permettant en aucune façon une équité face à la maladie. Ensuite, en admettant que ces thérapies fonctionnent, les coûts seront probablement inabordables, et très certainement associées à des traitements au long cours, comme de la consommation de médicaments à vie. Qui pourra prétendre à des soins aussi complexes et dispendieux, si ce n’est la population riche du monde ? L’autre aspect terrifiant serait, à mes yeux, que les laboratoires s’assurent d’une relative « inefficacité » de leurs produits, de sorte à créer une dépendance perpétuelle des patients. Qui pourrait alors mettre en doute ces pratiques ? Un concurrent ? Un laboratoire indépendant ? Notons enfin une autre conséquence à long terme qui, pour moi, relève de la terreur pure et simple, à savoir la dissémination de ces substances modifiant la génétique humaine, ceci de manière indirecte. Depuis l’enfantement, où le fœtus profite du génome du père et de la mère, jusqu’aux dons du sang, il n’y a pas qu’une méthode pour qu’un gène humain passe d’un homme à un autre. Le risque est tout de même très fort que ces thérapies dégénèrent, qu’elles interviennent au-delà du patient lui-même, et que nous constations que trop tard que ces traitements ont amenés des déformations génétiques imprévues.

Pour ce qui est de la manipulation de notre alimentation, la question est élémentaire : a-t-on envie d’ingérer des produits dont la carte génétique est une construction artificielle ? Il faut tout de même savoir qu’aujourd’hui, il est quasi impossible de prétendre à n’avaler que des produits non modifiés, simplement parce que les OGM sont déjà présents à tous les étages de la production agroalimentaire : animaux trafiqués ou gavés d’anabolisants et autres hormones de croissance, fruits et légumes modifiés à outrance, soja transgénique utilisé comme base dans énormément de produits… Le profit en étendard, les géants de l’industrie ne se contentent plus de chercher des solutions pour améliorer le rendement, mais vont jusqu’à créer des cercles vicieux pour les producteurs. Le cas le plus connu est la stérilisation des graines. Jusqu’à récemment, un agriculteur récoltait ses céréales, puis gardait une partie de la récolte pour la semence de l’année suivante. A présent, plus de garde, puisque les graines sont stériles, le pied initial ne pouvant donner que des fruits impropres à la germination. Dans ces conditions, obligation d’aller se fournir chez l’industriel, donc de lui assurer la pérennité de ses bénéfices. L’aspect complémentaire et effrayant est que cette modification n’est visiblement pas totalement efficace, car les semis modifiés viennent à présent contaminer les champs « sains », voire même se mêler aux autres semences, ceci amenant à ce que des OGM soient présents ailleurs que là où ils étaient prévus. Quid des croisements génétiques avec des plans sains ? Quid des effets sur l’homme avec une alimentation dénaturée ?

Ethique, encore un mot qui fait peur, qui dérange, parce qu’elle est variable d’une personne à une autre. Bien souvent, le raisonnement tenu est « Dans le doute, ne faisons pas », ce qui est devenu le sacro-saint principe de précaution. Dans l’absolu, je ne doute pas que nombre de chercheurs acceptent ce précepte comme une règle d’or, d’autant plus qu’ils sont tout de même capables d’avoir une certaine morale. En revanche, je reste perplexe sur le fait que tous soient atteints par cette tare qui se nomme conscience. L’histoire n’est pas avare en exemples atroces de « chercheurs », pratiquant la vivisection sur l’homme, soutenant l’eugénisme, ou encore n’hésitant pas à tuer pour obtenir de pseudo résultats. Qui croire ? Ceux qui affirment que la génétique, bien contrôlée, offre des perspectives sans précédent, ou bien s’en méfier en songeant aux mauvais films de SF ? Clonage, manipulations pour obtenir des surhommes, massacre des populations à l’aide d’armes génétiques, la SF s’est emparée du sujet pour en décrire les pires possibilités. Rien n’empêche, hélas, de douter de la capacité de l’homme à se tourner vers de telles méthodes, si infâmes soient-elles. N’a-t-on pas assisté à des génocides ? N’a-t-on pas jugé des bourreaux pour cela ? De quoi pourrait relever un crime aussi atroce que l’anéantissement de populations entières, ceci par l’usage d’armes génétiques ? Et quel devenir pour l’humanité en cas de conflit s’appuyant sur de telles technologies ?

La question du bien fondé de l’étude de la génétique n’est plus d’actualité. Il faut que nous progressions, que nous en utilisions, à mon sens, le potentiel de soins et de progrès pour l’homme que peut cacher cet assemblage complexe en double ellipse. Mais savoir qui sera le garde-fou suprême, qui pourra bloquer des actions inacceptables, là je suis déjà plus circonspect. A la lumière de l’attitude de l’humanité, il y a peu de doutes à fonder sur le fait que l’homme ira dans la mauvaise direction pendant un temps, puis se ravisera, après avoir payé chèrement ses erreurs. Prions pour que cela ne soit pas sa dernière.

08 décembre 2010

Crise d'Ivoire

Comme dans nombre de nations où ce sont les despotes qui décident avant les urnes, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui plongée dans une crise majeure, et malheureusement propre à créer les conditions idéales pour une guerre civile. Suite aux présidentielles début Décembre, deux homme se disputent le pouvoir : Alassane Ouattara, reconnu par la commission électorale, la communauté internationale, et même par la très prudente Communauté économique des états d’Afrique de l’ouest (Cédéao), et Laurent Gbagbo qui, lui, s’est vu renouvelé dans ses fonctions par le conseil constitutionnel Ivoirien. Concrètement, le pays a donc deux présidents : l’un sortant et qui refuse de céder sa place, et le second qui est apparemment l’élu du peuple. De ce fait, on pourrait facilement réduire la crise à un dictateur refusant de céder sa place à un démocrate. Mais est-ce aussi simple ?

Il est évident que L.Gbagbo n’a jamais été considéré comme un président démocrate, pas plus que comme l’homme du peuple. De là, les dernières élections l’ont mis hors du pouvoir. Jusqu’ici, aucune complication à constater, si ce n’est l’entêtement de l’homme à se présenter comme le président légitime. Lui, tout comme ses fidèles, se sont d’ailleurs lancés dans une large campagne de mobilisation, de sorte à lever un maximum de supporters pour contrer ce que disent les urnes. C’est effectivement l’attitude typique du perdant cherchant à tout prix à revenir sur le devant de la scène, et ce malgré le désaveu de la foule. Dans le même temps, Ouattara reçoit le soutien de la communauté internationale, nombre de nations (dont la France à travers le président Sarkozy) se prononcent clairement sur le sujet, et demandent à Gbagbo de céder sa place. Cela reste donc, encore une fois, très clair pour tous : Ouattara est l’élu, Gbagbo le « méchant » de l’histoire.

Ne contestons pas le fonctionnement ni le résultat des élections présidentielles. Il n’est pas légitime, du moins pour le moment, de remettre en doute la fiabilité des comptages. Le pays a beau être délabré, l’ONU a ;effectué un travail à peu près efficace pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de fraude. D’ailleurs, c’est cela qui a évité que le président sortant sorte glorifié par une arnaque électorale. En revanche, posons nous quelques questions sur les deux candidats. Le nouvel arrivant est-il un candidat du peuple, ou simplement l’alternative la plus crédible à un président incompétent, et qui plus est dangereux ? Il est essentiel de noter que Ouattara est musulman, et Gbagbo catholique. Cette différence religieuse, si anodine soit-elle en Europe, compte énormément en Afrique, car elle définit deux peuples distincts, qui malheureusement sont susceptibles de transformer un débat politique en affrontement armé. Eglise au nord, mosquées au sud. C’est la caricature du terreau fertile pour une guerre civile, surtout si elle prend ses racines dans une haine ethnique.

Depuis que l’islam est mis sous les projecteurs, et surtout depuis que l’islam est considérée par beaucoup de médias comme la source première de terrorisme dans le monde, force est de craindre que les catholiques Ivoiriens se tournent vers Gbagbo, de peur que leur pays en vienne aux mêmes lois iniques de la charia, tout comme en Somalie par exemple. A tout choisir, la foule pourrait très bien prendre la peste dictatoriale, plutôt que le choléra religieux. Et pour peu que quelqu’un daigne mettre le feu aux poudres, un second Rwanda pourrait très aisément apparaître. Mettons nous à la place des protagonistes. D’un côté, il y aura la crainte d’un retour à un système féodal, et de l’autre la peur d’être traité en inférieurs par un nord plus riche, mais aussi plus corrompu. Difficile de savoir si, dans les faits, Ouattara sera, ou pas, un candidat fiable, tant parce que le pays n’est pas encore sorti du principe de république bananière, que parce qu’il y a fort à faire pour prouver sa bonne foi à un peuple épuisé par le despotisme d’état.

Dans ces conditions, on ne peut que craindre une escalade, avec d’abord des escarmouches locales, notamment pendant des manifestations ou des mouvements de foule. Une émeute, quelques morts, la vengeance, puis ensuite les représailles, quelques morts de plus pour rien, et l’armée s’en mêlera, de gré ou de force. Ensuite, elle devra choisir son camp, et les problèmes ethniques internes pourraient mener à une scission, et des affrontements frontaux entre militaires. De là, la situation ne pourra qu’empirer, chacun défendant jusqu’au bout un candidat à qui le crime ne profitera de toute façon pas. En effet, quel profit auront-ils, l’un comme l’autre, à voir le pays dériver vers la guerre ? En dehors d’instaurer l’état d’urgence, de devoir financer les combats, et de devoir en assumer les conséquences, ce pays déjà en situation difficile ne pourra clairement pas sortir grandi d’une telle catastrophe. La France est déjà présente sur place, en tant que force d’interposition, afin de stabiliser le pays. Le résultat, pour le moment, semble relativement efficace. Qu’en sera-t-il si cette mission vire à la mission d’ingérence ? Difficile de rester neutre en cas de conflit total, où les civils comme les militaires ouvriront le feu. Il faudra alors envisager de prendre parti, avec le risque non négligeable de soutenir un despote qui cache ses intentions, ou bien un despote autoproclamé.

J’espère que Ouattara n’est pas qu’un comédien de plus de l’Afrique, un de ces présidents parlant de réforme le lundi, armant ses associés le mardi, pillant le mercredi, s’enfonçant dans la crise le jeudi, et quittant le pouvoir par la petite porte pour le week-end. Les prochains jours seront cruciaux, surtout si Gbagbo refuse de se rendre à l’évidence de sa défaite. Certains suggèrent que Ouattara serait avisé de partager le pouvoir, de sorte à éviter tout conflit. L’idée est séduisante, trop même, car elle cache nombre de vices graves. Tout d’abord, pourquoi partager ? Ouattara est élu ; il n’a pas à donner une partie de sa victoire au perdant, surtout quand il s’agit d’un chantage aussi ouvert. Ensuite, partager le pouvoir, mais comment ? Une assemblée nationale, découpée de manière proportionnelle au vote de l’élection ne sera pas légitime, puisque la majorité absolue est nécessaire pour avoir le statut de président. Cela impliquerait donc que le parti de Ouattara serait, de toute façon, majoritaire… Donc laissant que peu d’influence aux partisans du président sortant. Jouer l’alternance ? Impossible, surtout quand il s’agit d’obtenir une vraie continuité politique. Et surtout, et avant tout, Ouattara ne peut et ne doit surtout pas fléchir de la sorte. S’il accepte une telle compromission, cela mènera immanquablement à une autre crise politique. Plus tardive, plus technique, moins frontale, mais pas moins dangereuse pour le pays. Quant aux avis internationaux, la question va être de savoir qui va oser affronter frontalement les partisans de Gbagbo, et qui va assurer la sécurité de l’état. A ce jour, ces questions mènent donc à l’envenimement de la situation, sans véritable porte de sortie ni pour l’un, ni pour l’autre des deux protagonistes. A mon sens, une solution improbable serait d’exhorter la foule à ne pas s’affronter, à ne pas s’entretuer, et de laisser les deux vrais faux présidents se déchirer, jusqu’à temps qu’ils trouvent une solution concertée. De cette manière, le pays resterait alors contrôlable, vivrait au quotidien, et éviterait tous les écueils cités précédemment. C’est un vœu pieu je le crains...

07 décembre 2010

Opération noire

L’iconographie cinématographique n’hésite jamais à grossir les traits concernant tant la politique que les manipulations en arrière-plan, notamment quand il s’agit d’exactions fomentées par les services secrets. C’est une évidence : l’espion rejoindra un service généralement tourné en clair-obscur, il sera systématiquement vêtu d’un costume apparemment neutre, mais toujours suffisamment distinctif pour qu’il soit visible dans la foule lors des plans séquence, et au surplus le téléphone de bureau, l’ordinateur, tous les accessoires propres à rappeler la bureaucratie seront utilisés à outrance pour décrire les plans d’action comme des choses immuables, définitives, impitoyables car mécaniques. Qu’en est-il de la réalité ? Est-ce aussi « simple », ou est-ce aussi complexe que certains films le laissent apparaître ? Avec l’avènement des théories du complot, force est de constater que les scenarii les plus tordus s’étalent en cinémascope, avec des ficelles difficiles à dénouer, le tout jusqu’au dernier instant du film. Pourtant, je crois que la vérité est autrement moins manichéenne, car je suis convaincu que tous ces agents, ces espions agissent et s’adaptent en fonction des évènements. Pourtant, on pourrait croire qu’il y a une ligne directrice, des constructions stratégiques pour justement tendre vers un résultat, mais je crois que ce n’est pas aussi clair ni aussi pointu qu’on oserait l’espérer.

Et si je vous faisais lire un scénario d’espionnage bien classique, charpenté de manière très ordinaire, pour ne pas oser dire « cliché » ? Jouons avec les codes, avec les définitions, et voyons si, au final, le tout semble crédible ou pas.

La salle principale du service d’étude documentaire se trouvait au troisième étage d’un bâtiment anonyme du centre ville. Neutre, gris au point de se confondre avec les autres immeubles, ce coin d’avenue hébergeait pourtant nombre d’opérations des plus inavouables : écoutes téléphoniques, services dédiés au décryptage de communications sécurisées, analyse de documents spéciaux, rédactions d’ordres illégaux, on y épluchait la vie des citoyens et des criminels sans distinction, sans la moindre considération pour la vie privée. Le haut intérêt de la nation passait avant tout. Dans la grande salle s’entassaient une cinquantaine de fonctionnaires zélés, répartis dans des box créés à partir de cloisons temporaires. Chaque employé avait ses deux téléphones, son ordinateur protégé, et son bureau pourvu d’un classeur fermant avec une clé sécurisée. Leur boulot ? Dépouiller d’innombrables coupures de presse, extraits de courriers, transcription d’écoutes, et d’en recouper les résultats pour éliminer l’ivraie inutile du bon grain. Cela pouvait prendre des mois d’analyse que de trouver l’information intéressante, le secret qui ne devait jamais sortir. Un bon analyste pouvait aussi s’épuiser sur un dossier strictement inutile, mais vérifié et recoupé « au cas où », notamment dans le cas de personnes sensibles comme des experts scientifiques, des officiers, ou encore des diplomates en poste à l’étranger, en territoire inhospitalier.

A force de découpage, l’employé X avait eu, semble-t-il, une révélation : il avait découvert, selon sa conviction intime, qu’un agent ennemi s’était infiltré dans l’équipe d’analyse, et qui remontait donc nombre de résultats propres à aider l’adversaire dans nombre de dossiers brûlants. Pris indépendamment, les pièces analysées n’avaient rien en commun : une négociation économique qui avait lamentablement échouée, des tractations difficiles pour récupérer des otages civils, ou bien encore des incidents militaires incompréhensibles en zones pacifiées. Difficile de procéder à un recoupement cohérent, sauf à se demander pourquoi tout ceci se produisait. Et là, l’illumination, la révélation, il y avait quelqu’un qui avait fourni de quoi déstabiliser ces dossiers. Le marché de plusieurs milliards qui échoue ? Il suffisait de fournir nombre de pièces prouvant que le prix pratiqué était exorbitant. La négociation des otages ? Facile, surtout en dénonçant dans les médias que l’état s’abaissait à traiter avec les terroristes. Une opération militaire tournant à la bavure ? Fournissons donc les plans de déplacement des forces spéciales à l’ennemi, par l’entremise d’une personne de bonne volonté. Mais qui diable avait donc autant de poids pour agir de la sorte ? Qui pouvait donc torpiller les actions de l’état ? Et surtout, pourquoi ?

X retourna longuement la question dans sa tête. Argent, chantage, motivation morale ou politique, il fit la revue de tous les prétextes possibles à la vente de secrets aussi sensibles. Bien sûr qu’il avait vu et lu les fuites de Wikileaks, bien sûr qu’il doutait même de la fuite en supposant, comme beaucoup, que le tout avait été orchestré par la CIA pour justifier une augmentation de la sécurité des discussions, donc du budget. Mais là, c’était concret, c’était de la donnée de terrain, propre à envoyer à la mort nombre de gens. Quelques mots pour les tuer tous. Quelques mots pour provoquer des crises majeures. Quelques mots pour dénoncer et bloquer un sauvetage qui aurait du rester secret. Qui accuser ? Parmi la cinquantaine d’employés, lui y compris, tous avaient accès à ces différents dossiers, et il ne lui fut pas difficile de constater que plus de la moitié des analystes avaient, tôt ou tard, eu recours à ces dossiers pour approfondir des enquêtes en cours. Quoi de plus logique : on vérifie le comportement parfois douteux d’un ministre d’un gouvernement africain, et il s’avère que c’est à proximité de son pays que s’arrivent des enlèvements, donc on creuse la piste pour s’assurer qu’il n’y est pas mêlé. Une négociation échoue, et une entreprise étrangère concurrente obtient le marché à milliards, on investigue donc du côté des négociateurs pour trouver s’il n’y a pas eu fuite parmi eux. Et ainsi de suite.

Et là, le doute : s’adresser au chef ? Et si c’était lui, la taupe ? Après tout, nul n’est innocent en ce bas monde, surtout quand il s’agit d’espionnage. Alors lui parler, cela pouvait vouloir dire mourir, disparaître, ou voir sa vie foutue en l’air, manipulée et torturée avec talent par des experts en désinformation. Personne n’est réellement propre, surtout aux yeux des services secrets. Il fallait pourtant agir, et vite, trouver des gens avec qui échanger l’information, ne serait-ce que pour se protéger. C’est là que la confiance est mise à l’épreuve, car après tout, s’il y a un traître, il faut tôt ou tard se trouver des alliés, et seule la confiance irrationnelle est capable de faire le « bon » choix. X choisit donc d’en référer à son chef, de lui montrer ce qu’il avait compris, analysé, et surtout découvert. Après tout, c’est à la hiérarchie que revient le triste devoir d’intervenir pour régulariser la situation. En sueur, tremblant presque, X édita la documentation complète, ainsi que ses grilles d’analyse. Le dossier prit vite de l’ampleur, emplissant une pochette, puis une deuxième, pour finalement remplir quatre pochettes. Il se leva, et, fébrilement, se rendit chez son chef de service.

L’homme était assis derrière un bureau ordinaire, simplement différencié du reste du service par le fait qu’il était indépendant du grand espace des analystes. Affaire au téléphone, tout en tapotant sur son clavier, il semblait profondément inspiré par sa discussion. L’attente parut interminable, et X frémit à l’idée de s’être peut-être trompé. Après tout, une analyse, cela ne vaut pas plus que quelques mots sur un papier, et accuser quelqu’un de trahison, c’était autre chose que de pointer du doigt un terroriste potentiel, un inconnu, quelqu’un qu’on pourrait innocenter par la suite. Quand le chef fit enfin mine d’écouter son subordonné, celui-ci eut d’abord du mal à s’exprimer. Troublé, un peu perdu, il se lança dans plusieurs directions, perdant le fil pour le retrouver quelques phrases plus tard. Circonspect, son supérieur lui demanda de reprendre calmement, de faire le tri dans ses idées, et de détailler le cheminement de l’analyse. X prit une grande inspiration, et il se lança dans un exposé brillant, circonstancié d’environ trente minutes. Exalté par sa conviction, il traça nombre de schémas, de liaisons sur un tableau de conférence, annotant occasionnellement les liens pour préciser ce qui menait immanquablement à sa conclusion : un traître était parmi eux.

Quand il eut enfin terminé, son chef le pria de fermer correctement la porte, de la verrouiller, et de s’asseoir. Joignant ses mains en signe de réflexion, l’homme sembla pénétré d’une méditation profonde, comme s’il avait un aveu à faire. Lentement, il fit répéter plusieurs affirmations à X qui répéta mot pour mot ses conclusions. Alors, le chef, apparemment satisfait, arborant un sourire teinté de cynisme, lança plusieurs éditions sur son imprimante personnelle. Une fois les documents sortis de la machine, il les étala devant son interlocuteur, et se mit à compléter les « trous » du raisonnement de son subordonné. Le dossier de la vente de technologie qui a échoué ? Le but n’avait jamais été de leur vendre quoi que ce soit, mais au contraire de le leur faire croire, et de saboter volontairement la négociation. Pourquoi ? Pour leur sembler être des escrocs pour qu’il n’y ait jamais d’entente, tout en faisant croire, à l’international, que l’état acceptait de traiter avec cet état classé « presque voyou ». La négociation des otages ? On organisait un acte de propagande pour montrer que l’état se préoccupait des otages, tout en refusant de payer quelque rançon que ce soit. Cela donnerait le temps de monter une opération de libération, ou bien de contre-attaque à travers une intervention d’un tiers moins visible. Pour les soldats morts au front ? Il fallait absolument qu’il y ait une action militaire dans la région, et question fuite, il n’y avait jamais eu la moindre zone démilitarisée dans le coin. Ajouter le doute, la suspicion, cela faciliterait le travail des services secrets à qui l’on donnerait plus de libertés et une plus grande largesse dans leurs prérogatives. Désinformer, prêcher le vrai pour le faux, vendre et acheter le silence, tout n’était donc qu’écran de fumée. Après tout, faire croire à l’ennemi qu’on est son allié, ce n’est pas tant danser avec le diable, que de faire croire au diable que l’on danse avec lui.

X fut estomaqué. Il avait donc cru lire une trahison d’une personne, alors qu’il y avait eu manipulation totale de l’information. Le monde était donc convaincu qu’on traitait avec les terroristes, qu’on vendait notre âme, alors que c’était au terroriste qu’on faisait croire qu’on traitait avec eux. Jeu de dupe où les vrais alliés savaient certainement que tout ceci n’était rien moins que de la déformation de réalité. X n’osa d’abord pas dire un mot, puis il demanda à son chef le sens de ces actions. Celui-ci, calme, serein, évoqua alors une petite histoire tirée d’un film.

« Un oisillon, en hiver, se mit à brailler tout son saoul. Une vache, passant par là, lâcha sur lui une grosse bouse. Embourbé, l’oisillon se rendit vite compte qu’il était au chaud…. Et en fut content. Malheureusement, ses cris avaient alerté un renard qui s’approcha, saisit l’oisillon, le décrotta dans la neige, puis finalement le mangea d’une seule bouchée.

Moralité : Celui qui te met dans la merde ne le fait pas forcément pour ton mal, et celui qui t’en tire ne le fait pas forcément pour ton bien ».

05 décembre 2010

quand Brel rencontrait l'humour

Brel, indémodable, se parodiant pour jean Poiret... et c'est tellement d'actualité!

02 décembre 2010

Je me sens capable de tout

J’ai déjà parlé du docteur Steel dans un article précédant, encensant sa musique, son style décalé, et sa façon amusante d’envisager l’invasion du monde. Sa stratégie ? Utiliser la célébrité de musicien, utiliser les fonds récoltés pour monter une armée de robots serviles, puis enfin prendre le contrôle de la planète. Me concernant, je trouve cette idée on ne peut plus crédible, surtout si l’on réfléchit un instant au fait que les multinationales procèdent de la même manière ou presque : créer un besoin, engranger des bénéfices, et recycler cet argent dans de l’influence auprès des gouvernants de la planète. Que ce soit Exxon, Total, Microsoft, Boeing, Airbus, ou encore les lobbies des équipementiers militaires, tous agissent sur le même modèle en noyautant les états à travers le financement des campagnes. Intéressante idée que de s’attaquer au marché des enfants à travers des jouets !

Mais de là, mon cher docteur Steel, sachez que vous avez de la concurrence sur ce terrain. Moi aussi j’envisage sérieusement la conquête du monde, la prise du pouvoir à travers toutes les méthodes possibles et imaginables, même si certaines peuvent apparaître comme peu honnêtes, voire déshonorantes. L’honneur ? C’est bien la dernière chose dont doit se préoccuper un despote, en tout cas dans les actes. Après, vendre une certaine image de rigidité légale et morale à la plèbe, pourquoi pas, mais cela ne restera jamais rien d’autre que de la propagande à destination des masses. En plus, un gouvernement se gardera systématiquement de tout dire à la foule, parce qu’elle est réactionnaire d’une part, et d’autre part parce qu’il n’est pas utile d’admettre ouvertement que le gouvernement roule dans la farine (pour être poli) ceux-là même qui sont dirigés. On a le devoir de leur mentir ! C’est là toute la vérité, simple, propre et directe qui doit être énoncée… Et pas plus.

Bref, en toute connaissance de cause des ficelles de l’escroquerie qu’est la politique, j’imagine assez aisément une prise de pouvoir à travers divers moyens immoraux : corruption des masses à travers la propagande qu’on peut distiller à travers la désinformation, montage de rumeurs infondées mais dévastatrices contre toutes les formes de résistance ou d’opposition, dénoncer des scandales, qu’ils soient vrais ou faux, et enfin proposer des solutions radicales, même si celles-ci peuvent sembler utopiques. Les gens aiment les illusions, ils adorent visiblement le baratin, et surtout ils préfèrent s’entendre dire que tout va bien, quant bien même cela s’avère totalement faux. Par quoi commencer ? Tout d’abord, ne pas se placer dans un parti quelconque, tout en récoltant les plus réacs dans chacun des partis traditionnels. Ensuite, vilipender ceux qui ont des idéologies trop laxistes et molles, de sorte à exciter les sentiments nationalistes, puis enfin, jouer la carte de l’action militante ; Rien ne vaut le défilé de quelques dizaines de milliers de fanatiques sous les fenêtres des élus, d’autant plus quand vient s’additionner les foules curieuses. Efficace, peu coûteux, très médiatique, et terrifiant pour l’ancienne élite.

Une fois cette place faite, il faut s’immiscer dans la vie publique : mener de grosses actions dans les mairies, participer à toutes les réunions, même les plus anodines, dans les quartiers, afin d’agir pour le citoyen, tout en contrant les intérêts des élus en place. Il sera utile de les inquiéter en agissant, quitte à voir quelques partisans faire un peu de prison. Vous voulez les voix des socialistes intégristes ? Prenez d’autorité les logements vides détenus par des banques. Vous voulez le soutien des bourgeois traditionalistes ? Exercez une police quasi parallèle pour effrayer la délinquance, menez des actions coup de poing contre les différents trafics qui peuvent exister dans les villes. En étant visibles, efficaces, cela ne pourra qu’inviter la foule à croire dans une politique sécuritaire et résolue… Mais tout ceci en évitant l’écueil d’aller à la bêtise fasciste, c'est-à-dire en amalgamant problèmes sociaux avec immigration. Le mieux sera alors de trouver des soutiens et des portes paroles aptes à expliquer que ce n’est pas l’étranger le problème, mais celui qui ne respecte pas l’état.

Dans tout ceci, il sera alors vital de rédiger un ouvrage, un manifeste percutant, voire virulent à l’intention des militants. A l’instar d’un petit livret rouge, ce livre devra être concis, précis, impossible à mettre en doute. Ne pas hésiter à en faire un peu trop, de sorte à provoquer des vocations, tout en évitant, encore une fois, tout sujet pouvant être sujet à confusion. La doctrine ne doit pas être raciste, elle se doit d’être juste celle de la droiture morale. Certains seront critiques en faisant des rapprochements avec le nazisme. Là ? Débat public, défense des idéaux, usage des médias à outrance avec explications à l’appui pour distinguer les horreurs nazies de vos méthodes. Je crois qu’il y a là une arme redoutable pour faire croître encore un peu plus les rangs des fanatiques, des vrais soutiens. Appuyer là où ça fait mal ne suffit pas, il faut en plus trouver les plaies cachées et les mettre en avant.

Après quelques années, voilà que le pays sera contrôlé, que les élections seront gagnées… Et qu’ensuite une politique d’expansion pourra être envisagée. J’en suis là pour le moment, me demandant comment j’asservirai les états Européens à ma cause. Ah merde, faudrait déjà que je sois élu bordel… Comme quoi, l’ambition dévorante ne suffit pas à créer les despotes, il faut aussi que le despote soit suivi. A aujourd’hui, je n’ai pas le moindre bidasse. Y a du boulot !

01 décembre 2010

Il neige

Et alors ? N’est-ce pas là une manifestation naturelle et plutôt jolie d’une nature susceptible de nous prendre au dépourvu ? Rien n’est plus pénible en société (si ce n’est les hommes eux-mêmes) que de devoir se fader les inepties et autres préjugés météorologiques d’une flopée de Gillot-Empêtrés dans des considérations qui les dépassent. C’en est passionnant, mais dans le mauvais sens du terme. Ah, les dithyrambes sur la taille des nuages, le baromètre jouant les yoyos, ou l’achat d’un gadget improbable tel qu’une station météo toute électronique ! Une vraie « joie », surtout quand tout ceci mène immanquablement à une réponse lapidaire, et pourtant attendue, à la question « Sais tu me prédire la météo ? ». Les plus dégourdis sortiront alors leur dernier téléphone à tout faire (et accessoirement leur tenant lieu de cerveau, puisque Wikipedia est dessus), les plus hardis se lanceront dans des explications complètement inutiles et fausses tant dans le raisonnement que dans le résultat, et les plus prudents (ou les moins stupides) se contenteront de se déclarer incompétents.... Ceci après avoir déblatérés, une heure durant tant qu’à faire, sur la connaissance précise des forces de Coriolis, sur le gulf stream, ou encore sur les cyclones.

Et la neige dans tout ça ? Elle a le don d’agacer les citadins en quête de vitesse, de gonfler la rate des professeurs des écoles dont les mouflets jouent plus à bombarder le « maître » avec des boules de neige, qu’à faire des bonhommes, et surtout de rendre complètement impotente une ville qui, pourtant, s’enorgueillit de la fluidité de ses artères. Trois flocons, c’est une garantie de bouchons ! Cela se vérifie à chaque chute de neige, les citadins ne savent ni s’équiper contre le froid, ni tenir le volant de leur véhicule dans des conditions hivernales. Et pourtant qu’elle est belle et luisante cette neige fraîche qui vient trahir l’adhérence des pneus récemment achetés à prix d’or, qu’elle est magnifique, cette poudreuse qui transcende les formes du béton pour les rendre moins désagréables à l’œil. Hé oui, la neige m’émeut, elle ne m’agace pas, et entendre les esprits chagrins râler à son propos m’amuse profondément. Pire encore, j’aime à leur rappeler, si cela était nécessaire, que la neige est de saison, et que ces températures sont somme toute assez courante. Méchant que je suis...

La neige, c’est un tombeau calme, patient, éternel, capable de figer toute chose, même l’orgueil des hommes. Face à la montagne et à la neige, l’homme se doit d’être humble et d’appréhender prudemment les caprices de la nature. En ville par contre, les gens s’échinent à se croire supérieurs : et que ça déblaie, et que ça sale à outrance, et que ça espère que ça fondra au soleil. Raté ! La neige, elle, part, revient, persiste, signe, vous ennuie, nous amuse, donne des distractions aux gosses, des sueurs froides aux experts en fret, et finalement s’en va comme elle est venue, avec la bise et la brise qui reprend ses droits. Ne vous lamentez pas, avec un peu de chance, la saison de la neige va s’étirer plus que de raison, alors régalez vous, il ne fait finalement pas si froid que cela, non ? Je me demande d’ailleurs comment réagirait la foule si on lui annonçait que l’hiver devait persister jusqu’en juin... Irait-elle s’engueuler avec Eole, Dieu tout puissant, ou bien n’importe quel représentant de notre imaginaire de la dévotion ? Irait-on agresser les présentateurs porteurs de la mauvaise nouvelle ? A mon sens, on aurait juste à se résigner, ou à migrer sous des latitudes plus chaudes. Quelle ironie : les riches venant envahir les territoires habités par les pauvres !

Enfin bref, je m’amuse, je souris quand il neige, non parce que je l’aime, mais parce que j’aime les réactions qu’elle suscite ! Plaignez vous, couinez tant que vous pourrez... En pure perte. Pour ma part, je me suis équipé en conséquence : gants, bonnet, godasses solides et étanches, et sourire cynique au coin des lèvres. Il ne manque plus que l’appareil photo pour saisir les gamelles des plus... (ZIP) Et merde ! Je me suis littéralement brisé le cul... Bon, finalement, on se passera des photographies du bêtisier des gamelles hein...