22 juin 2010

Moi je dis du mal, lui il dit du bien.

Allez le voir, ce type m'éclate : sincère, rigolard, bien dans sa peau, il est l'antithèse de ma mauvaise foi et de mes colères absurdes...

Régalez vous: il dit du bien! (Cliquez sur l'image pour accéder à son site)

La der’ des der’

Je ne sais pas trop comment formuler la réflexion autrement, si ce n’est à la manière des poilus de la première guerre mondiale qui, incrédules, virent la fin des hostilités. « Plus jamais ça », « La der’ des der’ », en clair l’espoir prononcé à haute voix de ne plus assister à un tel massacre, à une telle débâcle. Comprenons les, et méditons honnêtement sur leur intime conviction qu’il n’y aurait plus jamais tel désastre humain dans le monde.

Et dire que personne n’a voulu les écouter…

On fête, ces derniers jours, les propos du général de Gaulle sur radio Londres. On célèbre le 18 Juin 1940 comme étant le jalon historique de la renaissance d’une France résistante, d’une France honnête, blessée mais encore droite dans ses opinions et ses idées. Pourtant, on célèbre là aussi la naissance d’un titan politique, d’un monstre sacré de la cinquième république (dont il fut à l’origine), mais aussi la mise sous les feux d’un demi dictateur qui a souvent oscillé entre des positions tranchées, et des réflexions hautement démocratiques. Que l’on aime ou pas la position à droite d’un tel homme, force est de constater que son héritage tant moral que politique n’est pas reniable. Regardons nous : la France est aujourd’hui l’héritière de ses actions militantes contre la présence militaire américaine à long terme sur le territoire national, contre l’OTAN sous sa forme primitive et soumise à l’oncle Sam, pour une Europe construite avec les Allemands, pour une République où le président aurait un sens, pour une réforme de décentralisation, et enfin actif dans la gestion de la décolonisation.

Certes, nombre de ces points importants sont dorénavant très lisibles et nous semblent évidents, mais les relire avec le regard d’un citoyen de l’époque nous offre une toute autre perspective. N’était-ce pas visionnaire que de dire « Il faut que l’Allemagne soit un acteur majeur de la politique Européenne », plutôt que d’en faire le même paria post Versailles, ayant engendré le national socialisme ? Qui, parmi la population ayant subie l’occupation, les privations et la répression, aurait pu prendre pareille position en faveur d’une construction européenne raisonnée ? L’Europe d’aujourd’hui a ce visage grâce à nombre de discussions et d’actions sous son régime (je ne dis pas mandat… pour des raisons que j’aborde plus tard). Donc de Gaulles, père de l’Europe ? Non, ne lui accordons pas des actions issues d’autres esprits que le sien, mais reconnaissons lui en revanche une certaine intelligence dans ses relations internationales, si conflictuelles fussent-elles avec les puissants de l’époque.

L’OTAN ? Ce fut une manière de décréter que la France ne serait pas un vassal tel que l’Angleterre pour les USA. Loin de refuser la participation de la France dans les affaires du monde, de Gaulle voulut juste rappeler à celui-ci que la nation n’avait pas à se soumettre au jugement d’un tiers encombrant pour agir. On le voit bien : les Anglais suivirent les USA en Irak, en Afghanistan, et ceci bien que l’opinion internationale fut globalement contre ces actions armées. La France, elle, s’est refusée à suivre bêtement les USA contre S.Hussein. Aussi ironiquement que pusse être l’histoire, c’est un gaulliste convaincu, en la personne de J.Chirac, qui fit revivre la voix du général à travers le refus Français de cautionner l’attaque « alliée » sur le despote. Comme quoi, l’âme du bonhomme continue à hanter les couloirs et les bureaux de l’Elysée…

Et n’oublions pas la bombe atomique : par devers les réticences, les oppositions, de Gaulle a insisté pour avoir un potentiel nucléaire, ainsi qu’une indépendance énergétique à travers l’énergie nucléaire. Pourquoi ? Par prétention ? Non, par bon sens : un état ne doit pas dépendre des ses voisins, sous peine de devenir un vassal de fait. Notre capacité de frappe atomique, si petite qu’elle soit, représentait et représente encore un moyen de démontrer notre autonomie militaire. De la même manière, l’apparition de centrales nucléaires, n’en déplaise aux écologistes de la branche dure et débile du mouvement, a permis le développement de la France, son progrès technologique et industrielle.

La décolonisation est une situation qui, même maintenant, empoisonne la politique Française à l’étranger. Difficile d’effacer les guerres, les financements occultes de dictatures de substitution, tout autant que d’effacer l’impact au quotidien de la France dans ces pays. C’est un héritage souvent lourd à absorber, et de Gaulle en a subi les crises : Indochine, Algérie, ce fut au prix du sacrifice de nombreuses vies que ces deux désastres furent consommés. Peut-on croire qu’il y aurait eu meilleure gestion possible ? Y croire, cela serait oublier qu’à l’époque, nul ou presque n’aurait toléré l’éclatement colonial de la France. L’OAS a d’ailleurs démontré sa réaction en tentant d’assassiner l’homme au Petit Clamart ; je me demande d’ailleurs ce que cela aurait changé en cas de réussite de l’attentat. Probablement rien. Enfin bon passons. Tout l’appareil d’état est à blâmer, tant les réfractaires à la fin des possessions coloniales, que les timorés qui fantasmaient sur une solution amiable. Amiable ? Comment négocier l’émancipation d’un pays ? Sans accroc, sans révolte ? Bilan triste, tant pour ceux qui restèrent fidèles à la France, et ceux qui regrettèrent à posteriori le départ du « grand frère tricolore ». Je ne me poserai donc pas en juge sur cette époque trouble si peu documentée…

Enfin, et sorti de tout ceci, je crois que de Gaulle, cliché de l’homme de la résistance, représentant d’une certaine idée de la France, a le droit à sa place dans le panthéon. Ce fut un dictateur ou presque, imposant censure et contrôle sur les médias, à deux doigts d’utiliser l’armée pendant mai 68, tranchant dans le vif sans pitié avec les oppositions, ferme sur ses positions internationales au point de les scléroser. Churchill lui reconnaissait des compétences, mais ne l’aimait pas. Roosevelt le détestait et parlait de lui comme un Staline à la française. Il n’avait peut être pas tout à fait tort, si ce n’est le fait que le dit despote n’a pas œuvré en ce sens. Il avait une idée pour la France : celle d’une grandeur aujourd’hui bien ternie, du moins si l’on s’en remet au patriotisme fané des masses. Il a représenté le courage, l’indéfectible passion pour la nation, et la volonté suprême de garder une France autonome, forte, fière de ce qu’elle est. Ce n’est pas pour le 18 Juin que je vais éventuellement saluer le drapeau. Je vais le saluer pour le respect qu’il m’évoque, et pour saluer la mémoire d’un grand de ce monde, même si nombre de ses actions ne furent pas celles que j’aurais cautionnées.

Mais je ne suis pas un politique paraît-il… Donc, un verre à la mémoire du grand monsieur de Gaulles.

Voici un enregistrement du 22 juin 1940, celui de Juin n'ayant pas été enregistré... Donc, nous honorons un discours dont seuls les témoins peuvent se souvenir, puisqu'il n'en existe plus de trace.

21 juin 2010

Deux propos distincts pour une seule journée

Alors, pour une fois, je ne me contenterai pas d’un seul thème pour ma diatribe quotidienne. Je vais plutôt aborder deux points très différents sur les faits, et qui convergent sur l’aspect médiatique. En effet, j’ai tout récemment poussé un cri de colère concernant la situation médiatique du Var, et celle surmédiatisée des footballeurs de l’équipe de France. D’une certaine manière, ma fureur s’orientait autant contre les organes de presse que contre la foule, et j’insistais sur l’absence de dignité et de respect pour des victimes autrement plus à plaindre que des millionnaires en crampons.

Et aussi bizarre que cela puisse paraître, TF1 semble m’avoir été, ou tout du moins avoir quelqu’un à la rédaction ayant le même genre de point de vue. Etant le premier à vilipender la chaîne pour ses émissions aussi honteuses que débilitantes, je me dois aussi de remarquer les bons points. Tant par éthique que par respect pour une certaine presse, je me dois donc d’appuyer sur ce point : bravo à TF1 pour le reportage sur le Var dans l’émission « 7 à 8 » du 20 juin 2010. Pour une fois, la caméra et les interviews se sont révélées respectueuses, discrètes, et qui plus est humaines. C’est assez rare pour être noté, car, bien trop souvent, lorsqu’une catastrophe survient, on diffuse avant tout les images choc, comme une maison s’effondrant sous la pression des flots en furie, ou bien d’un pan de forêt qui disparaît dans un glissement de terrain. Les journalistes de TF1 ont bien entendu agrémenté le reportage de quelques images, mais des discrètes, sobres, juste pour appuyer les dires des anonymes réagissant et racontant leur enfer du 15 juin 2010.

L’œil d’une caméra peut être lubrique, tout comme il peut s’élever pour devenir témoin, conteur d’une réalité aussi terrible qu’elle est humaine. J’ai été surpris, ému et rassuré quand la chaîne n’a pas passée aux cribles les malheurs des victimes. Un homme ayant perdu ses deux parents s’émeut, il retient ses larmes ; la caméra se coupe, respect pour le deuil et la douleur. Retour sur lui, oreille attentive, sans commentaire inutile et incongru, juste une oreille qui retient la simplicité d’un homme blessé par la vie, et qui évoque avec émotion la mémoire d’un père et d’une mère retraités, emportés par les flots. Le seul mot qui me soit alors venu à l’esprit est « dignité ». Pour une fois qu’une telle émission se révèle digne, je ne peux qu’insister sur mon merci le plus grand qui soit. J’avais craint, en tombant sur l’annonce de ce reportage, d’assister à un saccage visuel et moral de la mémoire des victimes. Là, pas de débordements, juste une équipe qui relate, avec honnêteté, de la dureté de la catastrophe. Ca, c’est du journalisme.

Et puis, enfin, les scènes magnifiques, celles des héros ordinaires, de ce jeune homme qui est allé sauver une dame inconnue, au péril de sa vie. Dans son regard aucune fierté, juste le sourire presque candide d’un homme qui a su avoir de vraies valeurs humaines. Comment retranscrire l’émotion de cette femme sauvée des eaux, si ce n’est par ses yeux embués et son trémolo dans la voix ? Là encore, la dignité, le respect pour la vie ont primés. Merci à TF1 pour cet acte télévisuel qui fait date pour moi. D’autres l’ont vu sans même s’en préoccuper. Moi, il m’a rappelé qu’il existe encore des êtres humains solidaires, et qu’il existe encore un potentiel de journalistes agissant avec une certaine idée de leur profession. Merci à eux.

Le second point convergeant est que cette même émission n’a pas repris le naufrage en bleu pour en faire ses choux gras. C’est un acte qui leur vaut un nouveau merci de ma part : il y a bien eu assez de commentaires de divers experts sur le sujet, et j’aurais trouvé superfétatoire que l’émission se penche sur cette honteuse dérive du sport. D’ailleurs, je dis sport, je devrais dire une dérive juste « people », pitoyable, inacceptable dans une sélection nationale. Je ne me poserai pas en spécialiste sportif, d’autant plus que je serais foutu de faire des contresens ou des erreurs d’analyse. Non, là je me pose en citoyen, en simple citoyen outré par ce carnage. Et je pense qu’il y a de quoi bondir de colère : pour qui se prennent-ils ? Qui représentent-ils ? La France ! Nous autres, citoyens !

Domenech, l’équipe, Anelka, et je ne sais qui d’autre sont mis en avant. On parle des mots d’un Anelka insultant son sélectionneur. On nous annonce que le dit joueur est alors exclu pour ses propos. On nous présente alors un sélectionneur péteux lisant les déclarations d’une équipe faisant acte de refuser de s’entraîner. Enfin, on nous montre un désastre interne où chacun cherche à savoir « qui est la taupe ». Alors messieurs de l’équipe de France, tous autant que vous êtes, je vais vous rappeler, puisqu’il semble indispensable de le faire, quelques fondamentaux.

Tout d’abord : vous jouez pour une sélection nationale, par pour vous-mêmes. Vous n’êtes pas de simples salariés, vous êtes les représentants d’une nation, d’un peuple qui vous observe, parce qu’il compte sur vous pour défendre un drapeau et une qualité sportive. Vous n’avez respecté ni le peuple ni le drapeau en vous comportant de la sorte. Honte à vous, honte à tous ceux qui se croient supérieurs aux intérêts d’un pays. Honte à ces types qui se pensent plus importants que leur drapeau. Juridiquement, un tel acte porte un nom : de la haute trahison ! En France, ce fut, pendant des décennies, puni par la mort.

Ensuite : Refuser de vous entraîner, prendre le pays en otage en déclarant que vous faites ce que vous voulez, c’est mépriser tous les efforts faits par des milliers de sportifs qui rêvent d’arriver un jour à votre place. C’est également cracher sur ceux qui se crèvent derrière vous pour vous offrir une chance d’arriver en phase finale. Et c’est surtout estimer que votre encadrement n’est fait que de cons, et que les Français le sont aussi, car ils sont le douzième homme sur le terrain. D’un point de vue militaire, une telle action collective porte un nom : une mutinerie. En France, ce fut, pendant des décennies, puni par la mort.

Enfin : insulter un supérieur hiérarchique de la sorte, le traiter de tous les noms, c’est une marque claire et précise d’une bêtise sans nom, et d’un manque flagrant d’éducation. Qu’un supérieur puisse être le pire des incompétents se comprend. Qu’il ne convienne pas ou plus à l’équipe, je le conçois. Et qu’il soit difficile voire impossible de communiquer avec, je l’ai pratiqué. Par contre, proférer des insultes comme un imbécile, aller jusqu’à l’insulte qui n’est qu’une preuve flagrante d’un manque total de répartie, c’est le signe même d’une éducation à refaire. Il ne s’agit pas là d’un coup de sang, d’une saine colère, du hurlement primaire. Non, j’y vois juste un adolescent attardé qui, en guise d’expression orale, ne sait user que de l’injure. D’un point de vue militaire et professionnel, cela porte un nom : l’insubordination. Dans l’armée, cela équivaut à aller passer quelques temps en prison. Dans la vie professionnelle, cela mène au licenciement immédiat pour faute grave. Quoi que puisse dire ses équipiers, c’est inacceptable et indéfendable.

Je suis furieux : non parce que la France perd, et non parce qu’elle a des joueurs qui s’insultent. Je suis furieux parce que nous avons à présent non plus des sportifs dignes de porter le maillot de l’équipe de France, mais des égocentriques qui ont oublié en chemin ce que représente une place en équipe nationale. Ils souillent les espoirs de milliers de gens espérant atteindre le firmament du football, ils souillent également les espoirs de millions de supporters qui, aujourd’hui, par écoeurement, ne suivront certainement plus autant les aventures de l’équipe. Vous avez gagné le droit de rentrer à la maison, la tête basse, et d’être tous autant que vous êtes, virés sur le champ. Par respect pour l’Afrique du sud, je ne peux hélas pas prôner votre retour immédiat en métropole. L’Afrique du Sud mérite votre respect, et vous ne lui avez pas accordé en vous comportant de la sorte. Jouez ce dernier match avec le reste de dignité qui pend à vos souliers à crampons. Perdez ou gagnez, peu me chaut, mais jouez ce match avec à l’esprit que les Africains du sud, eux, se battront jusqu’à la dernière minute. Non parce qu’ils sont payés pour le faire, mais parce qu’ils seront fiers de défendre leur patrie et leurs supporters jusqu’au coup de sifflet final. Vous avez oublié ce qu’est le football : pas qu’un business, pas qu’un sponsor de plus à accrocher à votre maillot. Le football, c’est avant tout un sport populaire, un sport qui peut être joué par un gosse désoeuvré sur les plages de Rio, ou dans un stade de 120.000 places. Charge à vous de retrouver un peu de décence et de fierté pour ce match qui aura toutes les chances d’être votre dernier.

Et faites que cela soit le dernier tout court : tant pour la coupe du monde, que pour l’équipe sous sa forme actuelle.

18 juin 2010

Inondations

Je suis furieux ! On parle en long, en large, et à travers des frasques et de l’incompétence des cogneurs de ballon rond en bleu, mais que quelques lignes pour les victimes des inondations dans le Var. Déjà 25 morts, et le bilan va s’alourdir. Cela ne choque donc personne que la misère de nos propres concitoyens passe après les « misères » d’une équipe de football ? Cela ne dérange pas qu’on puisse faire des heures de baratin sur les résultats minables de millionnaires regardés par des smicards ? Que vous faut-il pour réagir et hurler au scandale ? Que faut-il donc comme électrochoc pour que la France se préoccupe enfin d’elle-même, et non de son image de marque ?

Le manque chronique d’informations me fait hurler de colère : allez sur yahoo, ou google, et regardez qui tombe en premier… Pas le désastre du Var, mais non, les commentaires et autres analyses bidons faites autour de la coupe du monde. Aujourd’hui, des familles entières vivent comme des réfugiés, d’autres vont enterrer leurs morts, et certains même espèrent qu’on retrouve leurs disparus. Et ça, ça doit passer après les vuvuzelas et autres conneries du genre ! Français, vous me révoltez, vous me donnez la nausée ! Dieu merci, l’intérêt pour la compétition va fondre vu la prestation de l’équipe nationale qui sera très probablement éliminée. De là, avec un zeste de chance, les médias s’intéresseront ENFIN aux victimes du Var au-delà des quelques secondes qu’on leur accorde. Où est votre dignité ? Pour un manager de football, l’équipe nationale fait une minute de silence. Et pour les morts du Var, RIEN ? N’y avait-il pas parmi eux des gens qui vous aimaient, des supporters ? Fumiers !

J’ai honte de cette foule qui regarde son plaisir personnel, et qui zappe les malheurs des autres. J’ai honte de cette nation qui se préoccupe plus du sort d’un Domenech, que de celui d’un anonyme qui vient de tout perdre en France. Parce que oui, c’est en France que cela se passe, pas à l’étranger, pas au fin fond d’une jungle ou d’un désert au nom imprononçable. Que croyez-vous faire en regardant pas le malheur chez vous ? Vous le cautionnez, vous créez l’oubli, le même oubli qui tue les SDF, le même oubli qui fait que des sinistrés, plusieurs mois voire année après, vivent encore dans des caravanes ou des mobile homes. Le même oubli, enfin, qui permet à des gens de penser que la France n’est plus une nation digne, mais une nation honteuse, égocentrique, repliée sur le souvenir de sa gloire passée, et qui n’est même plus capable de jouer de la solidarité. Et je commence à être de ceux là.

Vous avez clamés « on ne veut pas aider la Grèce ». Bien. Vous avez justifiés cela avec force explications. Toujours bien. Et votre soutien aux causes locales, à la réduction de la misère, de la faim, de la pauvreté, des violences conjugales ? Où sont vos grandes intentions ? Au fond d’une boîte de biscuits ouverte pour grignoter pendant un match de la coupe ? N’est-ce pas là une attitude détestable ? N’est-ce pas là le signe même de votre honteuse gabegie morale ? Où sont vos belles intentions, si ce n’est derrière l’écran de télévision, là où s’accumulent autant de poussière que de bons sentiments ?

Le Var est atrocement sinistré. Des gens sont morts, d’autres sont désoeuvrés, sans abri. Regardez avec dignité. Si vous pouvez aider, si vous avez des proches là-bas… aidez les. Le simple fait de les héberger en dépannage, ou juste de prendre de leurs nouvelles vaut bien plus que des trésors versés dans les caisses. Ne laissez pas le bénéfice de l’entraide à quelques associations politisées, soyez citoyens, soyez humains. Ne soyez plus des zombis pour la télévision abrutissante !

PS: Suite au commentaire de Thoraval, voici une vidéo édifiante!

J’aurais voulu être un artiste…



Ah, cette rengaine, elle semble être mélancolique, douce amère, d’un pauvre type qui pense avoir foiré sa vie en n’ayant pas assouvi son désir d’être un artiste… Tu te fous de qui ? Salopard ! Oui, j’y vais avec la virulence inhérente à ma saine colère contre les menteurs et les baratineurs en tous genres, parce qu’en fait, si l’on y réfléchit un instant, quelqu’un qui réussit dans les affaires ne peut décemment pas s’être encombré de telles considérations métaphysiques, sauf éventuellement en phase terminale d’un cancer quelconque que son argent ne peut pas aider à guérir.

Je suis intimement convaincu que la réussite financière passe tôt ou tard par une forme plus ou moins pernicieuse d’ambition. Celui qui n’a pas les dents longues ne peut pas espérer réussir dans les affaires, parce qu’il est de notoriété publique que les hyènes ne se font jamais de cadeaux. Prenez Kerviel et cette pantalonnade de jugement : croyez-vous sincèrement que ce type, ou que ses anciens patrons et collègues, puissent être innocents de ce qu’on leur reproche ? Kerviel paye comme un lampiste, celui qui a fait quelque chose qui se voit un peu trop sur les comptes. Pour les autres, c’est devenu un pestiféré, celui qui a « merdé », alors que ce n’était clairement pas le bon moment (subprimes… quand tu nous tiens par le portefeuille). Croire à cela, c’est oublier que lui, comme les autres, brassaient et brassent encore des sommes colossales, et que tous se base sur des prises de risques souvent délirantes. Amis d’hier, les hyènes déchiquètent aujourd’hui le lampiste désigné, parce qu’il faut bien un coupable au naufrage du système boursier.

Mais Kerviel, seul ? Prenant des décisions unilatérales, par devers ses responsables et sa direction ? Juste une réflexion : pour ceux qui travaillent, est-ce déjà arrivé que vous preniez une décision capable de mettre la boîte en faillite, sans qu’un chef quelconque avalise ce geste ? Non ? Alors pourquoi croire que la société générale ait pu rester aveugle et sourde à de tels agissements ? Je ne vois que deux possibilités : soit ceux qui gèrent notre argent sont des incompétents notoire, et c’est grave, soit ils ont cautionnés ces agissements pour rapporter plus en peu de temps, et c’est grave ! Je suis tout particulièrement amusé par la candeur de l’ancien trader, notamment dans sa communication. Qu’il cesse un instant de se poser en victime d’un système, car sinon je me ferais un plaisir non dissimulé de lui demander de nous présenter ses revenus à la belle époque, ainsi que les bonus encaissés sur le dos des petits épargnants. Il a participé, et il s’est vautré. Maintenant, il n’est pas plus logique qu’il paye pour tout le monde. A mon sens, son chef, et le directoire même de la banque mériteraient de tâter du banc des accusés.

Pour revenir à la chanson de Michel Berger, je l’écoute systématiquement avec un ton plus cynique, telle qu’elle fut écrite à l’origine : un PDG qui se fout de ses ambitions d’ado rêveur, et qui constate où il a pu en arriver en piétinant le monde entier, en vivant sans vraiment avoir une présence sociale, et qui finalement se dit qu’il est arrivé à son but… être riche, mais à quel prix. C’est Michel Berger qui en a fait un air mélancolique, certainement pas le parolier Luc Plamondon ! Relisez donc ces paroles, et dites moi si vous y voyez un air triste, ou un air cynique… (très second degré je dois l’admettre).

Bonne lecture, cynique !

[i]J'ai du succès dans mes affaires
J'ai du succès dans mes amours
Je change souvent de secrétaire
J'ai mon bureau en haut d'une tour
D'où je vois la ville à l'envers
D'où je contrôle mon univers
J'passe la moitié d' ma vie en l'air
Entre New York et Singapour
Je voyage toujours en première
J'ai ma résidence secondaire
Dans tous les Hilton de la Terre
J'peux pas supporter la misère.

{Choeurs:}
Au moins es tu heureux?

{Chant:}
J'suis pas heureux mais j'en ai l'air
J'ai perdu le sens de l'humour
Depuis qu' j'ai le sens des affaires.
J'ai réussi et j'en suis fier
Au fond je n'ai qu'un seul regret
J'fais pas c' que j'aurais voulu faire.

{Choeurs:}
Qu'est ce que tu veux mon vieux!
Dans la vie on fait ce qu'on peut
Pas ce qu'on veut.

{Chant:}
J'aurais voulu être un artiste
Pour pouvoir faire mon numéro
Quand l'avion se pose sur la piste
A Rotterdam ou à Rio
J'aurais voulu être un chanteur
Pour pouvoir crier qui je suis
J'aurais voulu être un auteur
Pour pouvoir inventer ma vie
Pour pouvoir inventer ma vie

J'aurais voulu être un acteur
Pour tous les jours changer de peau
Et pour pouvoir me trouver beau
Sur un grand écran en couleur
Sur un grand écran en couleur

J'aurais voulu être un artiste
Pour avoir le monde à refaire
Pour pouvoir être un anarchiste
Et vivre comme un millionnaire
Et vivre comme un millionnaire

J'aurais voulu être un artiste....
Pour pouvoir dire pourquoi j'existe[/i]

17 juin 2010

rien ce soir

Etant donné que je suis attendu pour une soirée boisson-nourriture et potentiellement un peu ballon rond, je ne peux pas trop accorder de temps à un message ce soir.
En conséquence... à votre santé, bon appétit, et pour les amateurs de football (dont je ne suis pas): bon match!

Votre obligé
Frédéric/JeFaisPeuraLaFoule

16 juin 2010

Outillage cinématographique

Le cinéma me régale constamment de ses idées les plus farfelues ; en effet, au lieu de se concentrer sur les aspects psychologiques, voir psychiatriques des tueurs, assassins et autres bouchers, le grand truc des scénaristes est d’user et abuser d’objets incongrus pour les meurtres. Pourtant, l’arsenal classique ne manque pas : armes à feu, lames diverses et variées, et même tronçonneuse devenue objet de culte pour les amateurs de steak tartare humain. Et là, pourtant, les réalisateurs se fendent de multiplier l’attirail, d’innover, au point même que le jeu du spectateur est de trouver quel sera le prochain objet contondant mis en scène ! N’étant pas un grand amateur de gore, et encore moins du cinéma dit « d’horreur », je trouve pourtant fabuleux ce besoin inusable de jouer l’innovation à tout prix. Quelques exemples méritent toutefois d’être mis en avant.

L’assassin n’est pas que masculin, loin s’en faut. Les criminologues ont résumés cette problématique à des statistiques telles que la passion du poison pour la femme, et du flingue pour l’homme. Dans ces conditions, nul besoin d’aller pêcher des choses saugrenues pour faire une femme une tueuse redoutable ! Pourquoi lui coller une statuette à pied en marbre dans les mains, au lieu de se contenter d’une bonne boîte de pilules pour l’arythmie cardiaque ? Pourquoi s’obstiner à lui placer une lame entre ses doigts fins et délicats, alors qu’il suffit d’un simple sèche-cheveux jeté négligemment dans le bain de l’amant devenu encombrant ? Mais pour le spectacle pardi ! Voir une jolie minette se souiller le visage et les mains, cela semblerait même faire fantasmer les plus obsédés… Enfin bon, cela démontre donc que l’innovation barbare ne se contente pas des criminels de sexe masculin, et que le beau sexe voue, lui aussi, un culte au crime.

Notez que tout objet du quotidien fait l’affaire. Le stylo bille est une arme mortelle entre les mains d’un professionnel, tout comme un téléphone portable peut servir à tout autre chose qu’à répondre à un sondage concernant l’achat de moquette. Ah, c’est dantesque ! Un bureau est alors une zone violente, une arène en réduction où le tueur peut user et abuser des accessoires. Humour ? La souris à fil qui permet d’étrangler le benêt, la ramette de photocopieuse pour assumer la pleureuse classique du cinéma d’épouvante, et l’inévitable coupe papier que plus personne ou presque n’a dans son tiroir. Une agrafeuse est donc tout aussi redoutable qu’un gros revolver, un fax une massue de bonne taille… A quand l’usage du ventilateur de bureau comme mixer facial ? Cela a dû être déjà fait, enfin je suppose… Concrètement, tout lieu est prétexte à faire bon usage de l’armement improbable.

J’apprécie énormément l’imagination débordante d’Hollywood. Avant, le tueur en série utilisait le bon vieux couteau déniché dans n’importe quelle coutellerie. Aujourd’hui, il pousse le vice jusqu’à créer sa propre ligne d’outils tranchants, et en plus d’y ajouter la forme avec un costume aussi étrange que dépareillé. Il me semblait pourtant que les statistiques criminelles démontraient que les pires bouchers sont souvent les voisins les plus ordinaires… Passons sur ce détail pour nous concentrer sur les scalpels et autres hachoirs : Dommage que Victorinox ne soit pas à sponsoriser ces navets, l’entreprise aurait énormément à y gagner. Ce qui est fou, c’est que cette constante innovation rend presque l’outillage électroportatif totalement banal et suranné ! Finie la scie circulaire, oubliée la perceuse sans fil, pas de décapeur thermique ou de chalumeau ! On se modernise, on commande des lames découpées au laser, commandées sur Internet, et livrées en 48H chrono par le facteur.

Il y a une nouvelle mouvance assez rigolote. Le tueur ne veut plus ressembler à tout autre tueur, il veut faire dans le moderne, voire dans l’artistique. Alors vive la chimie, ou la biologie ! Congeler une victime dans l’azote liquide est devenu habituel ; le faire exploser en lui ayant fait ingérer un explosif liquide quelconque aussi. On pousse le vice jusqu’à suggérer le terrorisme à base d’anthrax, ou, modernité aidant, de nanobots tout aussi effrayants que brutaux. Les meurtriers deviennent même subtils : certains sont des amateurs d’électronique et vous bidouillent un détonateur « impossible à désamorcer » (sauf en coupant le fil rouge), d’autres vont jusqu’à user de l’Internet pour piloter leur crime et le diffuser au plus grand nombre. Hé, là, les fous furieux du scénario perché : ça ne vous dirait pas de retourner à vos fondamentaux, et vous tuyauter auprès de véritables experts ?

Enfin, il faut que cela tache, que ça salisse le tapis et le plafond, il faut que la tripe gicle… Désolé, cela ne me rend pas plus amateur de la chose, car quitte à voir de la bidoche, je préfère qu’elle soit dans ma gamelle. Mais là, grand « innovation », tôt ou tard on me fera manger de la viande humaine, parce que c’est encore l’un des pires tabous. Comme quoi, rien ne choque plus vraiment : pas de souci avec le viol, les démembrements, la charcuterie à vif, mais pas d’humain qui mange des humains. C’est d’ailleurs pour cela que l’immense majorité des cas abordant la question s’appuie sur les zombies. Des « non » humains, c’est quand même moins sujet à polémique, non ?

Bon, où ai-je laissé le poivre… Garçon, remettez moi un foie d’ado, mais sans alcool ce coup-ci.

15 juin 2010

Un peu de multimédia

Voici, pour changer, un peu de vidéo...

14 juin 2010

Sensation étrange

Je n'ai qu'une demande aujourd'hui: mettez la musique de la vidéo pendant la lecture... Par avance, merci.

Je ne sais pas trop comment l’on peut qualifier certaines sensations personnelles. Généralement, on apprécie de coller des mots sur des impressions et des sentiments, de manière à pouvoir les partager. Seulement, il arrive des instants où l’émotion étouffe littéralement l’emphase, où la larme ou la boule au ventre remplace tout propos incongru. Celui qui n’a pas vécu ce genre d’émotion n’a tout simplement pas vécu tout court. Il n’a pas ressenti l’essentiel de l’existence, ce moment où l’indescriptible nous envahit, car c’est le moment même où notre nature humaine s’exprime réellement : au-delà de tout mot, au-delà de tout langage intelligible.

Dimanche, j’ai remis les pieds dans une pièce où je n’étais pas allé depuis pas mal de temps. C’est un atelier, une cave aménagée pour entreposer du matériel. Pour beaucoup, ce n’est qu’un nid à poussière, un lieu où l’on les gens ont travaillés, versés de la sueur et parfois des larmes d’épuisement. C’est aussi une atmosphère où seul le travail semblait être autorisé. Pourtant, c’est ici que j’ai appris la valeur des choses, l’essentiel dans l’existence, la règle élémentaire de toute vie : aimer. Je pense au mot aimer dans sa part la plus noble, l’amour que l’on donne à ses proches, celui qui nous pousse à nous dépasser, celui qui exhorte à ne pas céder à l’abattement ou à la fatigue accumulée. Cet atelier, cette grande cave, c’est celle où mon père a commencé à travailler en France, celle de feu son ancien patron, son second père, l’homme que j’aurais aimé appeler dignement papi.

C’est comme redécouvrir un lieu pourtant connu. Plus d’une fois, je me suis baissé à la lucarne pour saisir des barres de fer d’un échafaudage, fait glisser des planches de chêne, trimbalé des pots de peinture et des seaux. Plus d’une fois, j’ai senti l’odeur caractéristique de l’huile de lin et des solvants, et cela m’a pris aux tripes d’y remettre les pieds. J’ai caressé les murs bruts de pierre, j’ai lissé les établis du bout des doigts. Chaque outil à sa place, chaque vis dans la boîte correspondante ; là, un marteau pendu là où il faut ; ici, un diamant à couper le verre soigneusement rangé dans une petite boîte de carton jauni par le temps. Et puis, dans un coin, des documents, des listes, des souvenirs laissés là, le passé marqué au stylo plume sur des carnets à souche pour fiche de paie. 1600 Francs. Avril 1973. Un retour en arrière, des souvenirs qui saisissent à la gorge mon père qui ne dit mot, et qui simplement saisit quelques limes, quelques clous, une taloche, un couteau à enduire ; Juste pour ne pas perdre ces derniers bouts de ce passé vécu avec un homme humble, ordinaire, immense. Son patron. Son ami. Presque son père.

Son fils nous a invités à prendre ce que l’on désirait. Pourquoi ? Parce qu’il ne sait que faire de ces souvenirs, d’une existence qui n’est pas la sienne, d’outils dont il n’aura que faire. Il a déjà pris les photographies dans la maison qui va être vendue. Il a déjà emmené les plus importants souvenirs de son enfance, de ce père décédé, et de cette mère qui aujourd’hui survit plus qu’elle ne vit à cause d’Alzheimer. Et nous, deux étrangers par le sang et par le nom, des membres de la famille par le cœur, nous avons évoqués sont souvenir, la mémoire de Jacques, Jacques l’artisan, l’ami, le père, le courageux, le méticuleux. J’ai appris en quelques mots plus sur les relations entre mon père et lui qu’en deux décennies de conscience de mon environnement. J’ai entendu mon père citer un évènement anodin, un quotidien assis dans une estafette blanche que j’ai moi-même connue. Jacques achetait le France-soir, et, une fois lu, le tendait à mon père pour l’inciter à lire. Le lendemain, il lui demandait ce qu’il avait compris, quels mots il n’avait pas saisi. C’est avec lui que mon père a appris à lire, et qu’aujourd’hui il navigue dans les journaux et les livres qu’il affectionne.

On a pris une perceuse, un rabot électrique. Ils ont servis à construire des vies, ils serviront peut-être à en construire d’autres. Ces outils, ce furet, cette brosse à laquer, cette cale à poncer, ils parcourront plein de murs, lisseront des fenêtres en bois, nettoieront des parquets usés par le temps. Ils feront revivre le geste, la main calleuse et authentique d’un homme que j’ai profondément aimé et respecté. J’ai aidé son fils à ouvrir le store du garage ; on a levés les caisses, les seaux, et entassés le tout dans le coffre de la voiture. J’ai revu, en regardant le jardin, sa corpulente masse courageuse s’avancer vers nous, les lunettes vissées sur le nez. Son sourire me manque, ses paroles franches et sincères aussi. Il parlait avec passion du passé, se souvenait, autour d’une tasse de café, des charbonniers à Paris, son Paris à lui, celui d’après-guerre. Ils évoquaient, mon père et lui, ces clients aujourd’hui disparus, ces moments de rigolade avec des femmes, des hommes, souvent partis à tout jamais. Ils étaient proches comme peu de gens, ils se vouvoyaient avec respect, alors qu’ils ont passés plus de temps ensemble qu’avec leurs épouses.

On a fermés le garage, fermés le portail. Je suis monté dans la voiture, et, sans un mot, on est partis. Dernier regard sur une maison qui bientôt sera vendue à des inconnus. Ils ne sentiront pas ces vies passées dedans. Ils ne ressentiront aucune émotion en descendant à la cave. Ils verront un endroit un peu moins plein, juste un petit peu, parce qu’on ne peut pas emmener quatre décennies de souvenirs dans une voiture ni dans une camionnette. On n’emmène que ce qu’on peut de matériel, et ça ne pèse rien face aux tonnes que pèsent nos larmes quand elles perlent de nos yeux. J’ai pleuré quand il est mort. J’ai pleuré comme un gosse quand je l’ai vu dans l’église. Je l’ai longuement pleuré le soir même, brûlé à l’âme par la perte de quelqu’un que j’aimerai à tout jamais. Je passerai devant cette maison en éprouvant toujours ce même pincement au cœur, celui qu’on a quand on aime quelqu’un qui est parti.

Pour moi, ce fut un peu comme le voir partir une seconde fois. Pourtant, et c’est là que la magie opère… Rentrés à la maison, mon père et moi avons rangés ce petit trésor. Il a souri, m’a montré les outils, m’a parlé d’eux avec passion, se souvenant des endroits où ils furent utilisés. Il a ri en se rappelant du coup du marteau sur les doigts, de la peinture qui coule sur la nuque quand le rouleau était mal égoutté. Il n’a pas pleuré, il n’a pas soupiré. Il n’était pas triste, il était heureux d’avoir sa part de Jacques, sa petite minute de nostalgie, d’un passé difficile devenu présent heureux.

A vous, monsieur Jacques.

Merci.

11 juin 2010

Psychiatrie

Tout d’abord quelques avertissements nécessaires : le clip associé à ce texte est d’un style très « dur », au titre que tant son esthétique que la musique associée (Prodigy – Breathe) ne laissent vraiment pas indifférents. De deux choses l’une : soit vous aimez la musique en question, soit celle-ci agira comme un répulsif très puissant. Je vous laisse seuls juges, car, pour une fois, j’admettrai sans peine que cela puisse vous déplaire.
Le second avertissement concerne l’essence même du terme et du texte à venir : je n’ai aucune compétence médicale pour critiquer, juger ou estimer la compétence ou les méthodes utilisées en psychiatrie. De ce fait, si je commets des erreurs, vous pourrez tout à fait les rectifier dans les commentaires, et ne seront causées que par mon manque de compétence, et non un désir camouflé de déformer une quelconque réalité. Toutefois, sur le fond, nombre des propos soutiendront mes opinions sur ce domaine de la « médecine ». Cela pourra éventuellement choquer, mais qu’importe, j’assume pleinement le contenant et le contenu.

A bon entendeur… Bonne lecture, amateurs avertis !

Que je maudis ces murs éternellement gris ! Non qu’ils soient sales, ou que les lieux soient mal entretenus, ils sont juste peints dans un gris uniforme, glauque, d’une propreté toute hospitalière… Au sens administratif du terme en tout cas. Hospitalité ? Non ! Hospitalisé plutôt ! Je doute que l’on puisse croire dans le sens premier du mot pour parler de cet endroit. D’ailleurs, j’ai un mal de chien à rattacher hospitalité à cet endroit plus digne d’un goulag que d’un refuge décent pour des âmes perdues ; et des âmes perdues, ce n’est pas ce qui manque dans le coin. Entre le type qui mange continuellement des mégots, et qui ne parle jamais, et celle qui déambule sans but entre la fontaine d’eau du couloir et sa chambrée, il y a de quoi faire. Pour certains, les familles pensent qu’il s’agit de l’endroit idéal, un endroit où le proche « déviant » est bien traité, avec dignité et respect. J’ignorais que bourrer de calmants un type psychotique était une chose décente. Ce serait comme annoncer que de farcir les oies au tuyau était un acte de charité. Enfin bon, quelle importance cela peut avoir, puisque le patient ici n’a le droit qu’à une chose : au silence, du moins s’il a des avis négatifs à émettre.

Personne n’a à se plaindre en fait. Nous sommes nourris à heures fixes, les repas valent ce qu’ils valent, tout au plus peut-on leur reprocher d’être de piètre qualité. Ensuite, nous avons de véritables régulations de la journée, comme la prise des médicaments, la visite du médecin traitant, la petite conversation hebdomadaire pour faire un point, et même l’émission de 19h30 après le dîner ! La routine est telle qu’en sortir s’avère pour certains insupportables. Ainsi, n’allez surtout pas troubler certains des malades internés ici, sous peine de les faire entrer dans un état de fureur incroyable… c’est même le pourquoi de la présence d’infirmiers assez solides et au regard évoquant plus un kapo qu’à une aide à la vie en hôpital… psychiatrique. Je ne leur reproche pas, après tout, parmi nous il y a tant des déprimés chroniques, que des types potentiellement très violents, des asociaux, des gens qui sont capables de s’automutiler, ou encore de suicidaires. Alors bon, à eux, on peut pardonner.

Je ne suis pas en prison, si ce n’est chimique. La pilule du matin, celles du midi, avec obligation, bien entendu, de les ingérer. Certains essayent de se faire vomir pour ne pas les absorber, mais c’est peine perdue, ces saletés sont conçues pour agir rapidement ; et puis, au pire, il y a la seringue, l’intraveineuse qui, elle, trouve tout de suite son chemin. Les effets sont divers chez chacun. Depuis la fin d’une phase délirante, jusqu’à l’apathie la plus complète, ces cocktails chimiques sont redoutables, et avec pour but final plus de calmer que de soigner. Après tout, est-ce qu’on soigne les pathologies psychiatriques, ou est-ce qu’on atténue simplement les syndromes ? Certains psychotiques sont « guéris » de leurs voix intérieures, parce que le bon produit ferme le bon interrupteur cérébral, mais ce n’est que trop temporaire. Chez d’autres par contre, on se contente de choisir l’injection plutôt que la camisole. L’hystérie peut vous prendre au dépourvu, alors tout le monde s’observe, se craint à juste titre, et le paranoïaque subit le pire de ses cauchemars : être épié par tout le monde.

Les toubibs ? Il y en a des compétents, qui connaissent une incroyable étendue de maladies, qui saura détecter en chacun de ses patients « son syndrome » bien à lui. Il y en a qui sont même convaincus d’avoir une mission sanitaire, de protéger ceux du dehors, et de soigner ceux du dedans. Et il y a les autres, ceux qui, après une bonne décennie de désillusions voire même de drames violents, se contentent des petites réussites au quotidien. Peu de temps à passer avec chaque patient, des rythmes de travail rapides, des difficultés à tout concilier, bref le toubib finit toujours par baisser plus ou moins sa garde… ou alors il devient presque victime de névroses qu’il n’aurait jamais eues en temps normal. Comme quoi, celui qui prétend que la folie n’est pas contagieuse n’a pas mis les pieds dans un H.P… Pour ma part, c’est une certaine forme de complaisance qui m’incite à les écouter, à leur accorder quelques instants de ma routine, de sorte à tant eux que moi, occuper un peu de temps dans la journée.

Bien sûr que mon comportement et mes réflexions ne sont pas tolérables au dehors. Ils en ont jugés entre experts, c’est dire à quel point ils ont raison ! Je suis ce qu’ils appellent « un danger pour la civilisation et la vie humaine ». Barbare ? Selon quel critère ? Ne sont-ils pas des sauvages à nous intoxiquer et nous détruire à petit feu ? Ne sont-ce pas eux, les barbares, quand ils réduisent notre volonté à néant ? Ne sont-ils pas cruels en nous faisant croire à la liberté de la cour de promenade, alors que finalement, nous sommes tous des détenus mis en prison sans jugement pour la plupart ?
Je suis un monstre asocial, une déviance intolérable. Je n’éprouve pas ce besoin pourtant naturel de cohabiter avec des êtres comme moi. D’ailleurs, « comme moi » est un abus de langage, car nous ne nous ressemblons que physiquement. Ils refusent, contrairement à moi, d’admettre que nous sommes une engeance, une erreur d’un « Dieu » aussi cynique qu’incompétent. Fou ? Je ne voue aucun culte à la valeur de la vie humaine, je nous trouve par trop orgueilleux que de prétendre à avoir plus de valeur qu’un chien par exemple. Et puis, c’est aussi et surtout pour cela que je suis là. Je n’ai aucun remords, aucune forme de culpabilité pour mes crimes contre la société. Elle, lâche, indolente, a préféré m’enfermer dans une cellule capitonnée et jeter la clé au loin. Est-ce une solution ? La plupart des autres patients ne sont rien de plus que des détraqués par la vie, énormément sont brisés par un monde qui n’éprouve aucune pitié pour les faibles et les « différents ». Et les médecins m’étudient, en espérant réussir à me faire dire des choses sur mes fantasmes et mes plaisirs. Imbéciles qu’ils sont : qu’ils s’auscultent eux-mêmes, qu’ils étudient leurs propres déviances, car, au fond, tout être humain est déviant par essence. La seule question qui se pose à chacun de nous est de savoir où est la frontière entre désir et acte.

Je suis passé à l’acte. Je suis un monstre. Je l’assume. Ne me laissez plus sortir, sinon je recommencerai…