07 avril 2009

Paranos de l'infos?

Cela tombe bien, moi je le suis profondément. En effet, étant donné mon emploi classique de « gratte papier virtuel », je ne peux que m’inquiéter des aspects les plus fondamentaux de la sécurité informatique... et donc devenir soupçonneux contre tout et n’importe quoi. C’est bien simple, dès que quelque chose paraît suspect, il faut nécessairement un coupable, et le dit coupable ce peut être le gremlin, le pirate mal intentionné qui se faufile chez vous sans crier gare.

Je me doute bien que les notions de sécurité dans le domaine de l’informatique peuvent rebuter, d’autant que l’immense majorité des utilisateurs ne désirent pas chercher, mais juste que cela fonctionne correctement. Ainsi, nul doute que nombre d’entre vous peut être la cible potentielle d’un virus, d’une publicité persistante (et généralement à caractère pénible et/ou pornographique), voire même, dans la pire hypothèse, d’un petit malin en quête de vos informations personnelles. De là, c’est clair que cela a de quoi rendre paranoïaque : carte bleue falsifiée, achats illégitimes, communications piratées et transmises à dieu sait qui, donc en gros une violation pure et simple de la vie privée. Ajoutons à cela qu’il est terriblement difficile pour un non initié au droit commun de se défendre après coup. Le discours est souvent le même : « vous auriez dû vous protéger ! ».

Là déjà, nombre de mes lecteurs sont tentés d’aller piocher des explications sur « comment se protéger pour les nuls », ou bien encore d’aller harceler leur pote qui a pour malheur « d’être informaticien ». On se calme ! Temps mort ! S’il est vrai que tout ceci existe, il faut bien se souvenir de quelques aspects essentiels sur le piratage d’une part, et sur le ciblage effectué d’autre part. En premier lieu, rappelez vous cette constante : un pirate de prime abord ne sait rien de vous... donc il ne ciblera pas des inconnus, il s’attaquera prioritairement à des choses où l’information est là. C’est le nerf de la guerre : le piratage c’est voler ou détruire de l’information, pas partir à la chasse en espérant trouver au pifomètre quelque chose de valable. Donc, statistiquement parlant vous avez plus de chance de goûter à la joie d’être électrocuté par la foudre que de vous voir piraté. Ceci dit, l’aspect statistique ne suffit pas, une bonne protection n’est pas inutile, loin s’en faut. J’ajoute également que les virus, eux, sont faits pour se déployer et proliférer en pourrissant la vie, à l’instar de leurs frères biologiques. Donc là, pas de réflexion : protection ! Le second point est donc le ciblage qui est, quand on y pense, élémentaire. Pourquoi s’attaquer à un particulier quand un serveur bancaire est sous votre nez, à portée de main ? Parce que c’est plus difficile ? Tout comme lors d’un casse, plus c’est difficile... plus c’est intéressant. N’étant pas personnellement fort Knox je doute que mes données privées soient intéressantes pour le commun des mortels. (Quoique, mes dialogues avec une chère et tendre amie pourraient devenir des best sellers de romans à l’eau de rose, mais passons).

Concrètement pourquoi avoir peur ? Parce que je ne crois pas à l’effet du placebo. Croire fermement être à l’abri ne sert pas à se préserver, tout comme se convaincre par autosuggestion que la gazinière ne fuit pas malgré l’odeur persistante de butane, ne marche pas. Anticiper est devenu l’art de la guerre de l’Internet. Il tente de pénétrer par effraction dans notre réseau privé ? Un firewall ! Le virus cherche à s’installer sur ma machine ? Un antivirus ! On installe avant la catastrophe, pas après coup. En gros, on vaccine au lieu de traiter les symptômes, logique non ? Ceci étant, soyez toujours un peu à l’écoute de votre machine si vous vous en servez régulièrement. Ralentissements ? Fenêtres imprévues qui s’ouvrent sous votre nez ? Publicité ? Programmes inconnus qui fonctionnent sans votre accord ? Messages persistants d’alerte de fin de validité de l’antivirus ? Agissez, lisez patiemment les messages et fouinez. La plupart des utilisateurs avancés ne sont guère plus que des acharnés, des entêtés (comme moi) qui, une fois confrontés à un problème, cherchent toutes les solutions envisageables pour le régler. L’informatique, c’est le contraire de Lavoisier : lui annonçait que rien ne se crée ou se perd... moi j’annonce que l’on peut dupliquer facilement les choses. Etonnant non ? Alors au moindre doute, cherchez, demandez, l’Internet est supposé être collaboratif donc partagez vos expériences, et si par chance vous avez une solution, aidez, c’est plus gratifiant que de se dire d’entrée de jeu « je ne me demanderai pas sur un forum, tous des cons réfractaires aux débutants ».

06 avril 2009

Incendie politique

On s’autorise tout et n’importe quoi de nos jours : à penser, à agir, à critiquer, et même, fin du fin, à se croire vivants. Dans le capharnaüm des idées plus ou moins claires, et surtout quelque part entre le droit d’expression et l’interdiction de détruire, les manifestations « alter mondialistes » se sont vues émaillées d’émeutes et autres incendies criminels. Hé oui, l’expression orale, la revendication par l’écrit, tous ces moyens d’être présents sur la scène politique sont devenus vains, et du cocktail de bar branché on est passés au cocktail molotov. Etrange évolution de la manière de faire preuve d’intelligence politique, non ? Que penser du fait de brûler un ancien bâtiment des douanes ? Symbole de l’ère révolu des frontières surveillées, est-ce donc tant l’union des nations ou bien le besoin d’un retour à la désunion qui ont incités les vandales à le mettre en cendres ?

J’aime que l’on m’explique les choses, notamment quand celles-ci dépassent mon entendement. Que l’on critique le retour de la France (partiel qui plus est) dans l’OTAN, je le conçois assez bien. En effet, difficile de revenir à une conception de la défense centrée sur les exhibitions américaines, mais pour autant peut-on se passer d’être unis avec le reste du monde ? J’imagine donc bien que d’un côté l’on refuse une part active dans l’OTAN, rien que pour s’éviter les retours de flammes en cas d’intervention armée à l’étranger, mais a contrario fuir l’OTAN, c’est fuir la possibilité de radicalement réduire nos effectifs militaires ! Paradoxal ? Pas tant que cela... Tenez, je vous fait un petit schéma de ma vision des choses : si nous sommes tous dans l’OTAN de manière sérieuse, si demain nos voisins ne nous aiment pas (et qu’ils adhèrent), ils devront craindre l’organisation qui les chapeaute, car, dans ces accords, il y a quelque part la garantie de protection mutuelle concernant l’intégrité de nos territoires respectifs. De fait, ne pas être OTAN c’est se refuser le luxe de désarmer en comptant que tous unis on a plus de fusils que celui tout seul mais surarmé. Enfin bon, là c’est à l’échelle européenne car les USA se moquent de ce genre de considérations.

Second point et non des moindres. L’alter mondialisme c’est quoi ? Les déçus de l’économie de marché ? Les anars en manque de repères forts ? Les post communistes privés de l’étoile rouge ? J’y perds mon latin tant la cohorte des bordéliques défilant sans bannière dans les rues de Strasbourg m’inquiète. Je sais qu’il est tout aussi inquiétant de voir des foules converger vers un idéal unique (et souvent radical), mais là est-ce mieux ? Les discours sont aussi multiples que chroniquement peu construits. D’un côté on pleure contre la délocalisation qui « tue l’industrie française », dans la foulée un écolo se plaint « de la pollution du monde », et un troisième trouve scandaleux « qu’il existe une organisation militaire à l’échelle du monde ». Tous sont dans la même société de consommation, tous communient dans le rejet des institutions. Je comprends le chômeur licencié par un grand groupe qui délocalise pour faire des bénéfices... je comprends encore une fois celui qui trouve que nous serions avisés de protéger la planète, tout comme je saisis le cœur de la problématique du pacifiste... Mais cela mène à quoi de refuser que les instances mondiales se réunissent pour trouver une solution en commun ? Que les problèmes du monde soient traités par un nombre encore plus restreint de personnes, et qui plus est qui ne tiendront compte que de leurs intérêts. Récemment le Brésil fut convié à intervenir dans les réunions du G20 parce ce que, en temps que pays émergeant, cette nation pouvait exprimer des idées novatrices sur la façon d’envisager le marché pour les « petits pays ». Si l’on est tenus de raisonner à l’échelle du monde, alors autant faire se réunir ceux qui tirent les ficelles, non ?

C’est affligeant. Bien des gens revendiquent un passé de « 1968 » en fantasmant sur les changements notables dans la société. Je tiens à rappeler que, si l’élan fut admirable à l’époque il n’est plus, aujourd’hui, qu’un vague cliché pour signaler que la rue peut râler avec virulence. Mais pour quel progrès ? Combien d’années avant l’avortement ? Combien d’années avant l’amélioration des statuts de la femme, de l’immigrant, la mise en œuvre d’un vrai système social, ou encore d’une reconnaissance de bien des problématiques telles que le handicap ou la maladie ? Qu’on ne se voile pas la face : un nouveau mai 68 n’aura certainement pas lieu, surtout pas dans une société pétrie à base d’individualisme et de consumérisme forcené. Il est essentiel de différencier une ère faisant suite à la guerre et sclérosée dans ses clichés datant d’avant guerre, et une société qui a progressé, mais non vers une unité intellectuelle mais surtout, et avant tout, vers une ère de besoin solitaire. Je vais caricaturer le portrait, mais le web, qu’est-ce donc que de l’individualité physique (un par foyer) se connectant pour se donner l’illusion de l’unité ? Qu’est-ce donc que ce besoin de modernisme à outrance si ce n’est l’envie frénétique d’être reconnu par autrui ? Nos enfants seront sûrement plus efficaces à reconnaître une marque de haute technologie que nos parents l’ont été, et m’est avis qu’ils auront plus de compétence pour choisir leur nouvelle console de jeu que de préparer un repas sans four à micro ondes...

Les « émeutes » démontrent avant tout la décadence de la communication. Incendier des bâtiments, c’est offrir aux politiques un terreau fertile pour semer les graines de la répression. Tout comme pendant les crises en banlieue où les jeunes furent pointés du doigt, celles et ceux qui, maintenant, demandent un changement plus respectueux de l’homme se voient mentionnés comme portant la cagoule et lapidant les forces de l’ordre. De ce fait, être réactionnaire deviendra donc non pas un acte de révolte civique contre un état de fait cynique, mais un acte de terrorisme contre la tranquillité du muet de base. L’urne est aujourd’hui désespérément uniforme car quelque soit la couleur politique choisie, la sortie sera la même : économie d’échelle, précarité sociale, et au final... celui destitué par les votes pourra alors reprocher à ses successeurs de faire les mêmes bourdes que lui. Ironique, vous ne trouvez pas ?

L’avenir me paraît inquiétant concernant la nébuleuse des penseurs alternatifs. Tous se verront, tôt ou tard, étiquetés comme étant profondément rétrogrades, nombre d’entres eux vont se radicaliser, et, si les grands décideurs ne font rien pour redresser le navire chancelant, m’est avis qu’une nouvelle génération de « action directe » verra le jour. D’ailleurs c’est terrifiant : un nombre sans cesse plus grand d’adolescents et jeunes adultes adorent et adulent les Mesrine et autres Ménigon. Certaines banlieues voient réapparaître les étoiles rouges. C’est donc le signe évident d’une rupture de communication ainsi que le symptôme d’une incapacité majeure de chacun à trouver un terrain où discuter calmement. Pourquoi les petits partis ne font-ils pas acte de présence partout où c’est possible ? Besancenot suffit-il comme représentant d’une autre façon de voir les choses ?

Mettre le feu gratuitement ne peut pas fédérer, pas plus qu’une exécution sommaire comme celle de George Besse en son temps. Le peuple, si l’on veut s’octroyer ses sympathies, demande la paix, pas la guerre civile. C’est d’ailleurs pour cela que nombre d’autocraties et autres dictatures perdurèrent : parce qu’elles surent garantir la sécurité aux foules (au détriment des libertés individuelles, bien entendu).

03 avril 2009

Question de priorité

Voilà que, pour une fois, je tombe sur une question existentielle d’actualité, et qui plus est posée avec intelligence « Doit-on sauver la planète en premier ou bien le capitalisme ? ». A cette question, nombre de réactions furent d’opposer écologie et économie, d’autres de décréter les bienfaits du capitalisme par rapport aux autres systèmes, et finalement aucun discours complet, ou tout du moins argumenté sur le fond ne fut en mesure de répondre clairement à la question.

Par défi intellectuel (qui ose dire me concernant « comme d’habitude » !) je me suis interrogé sur la primauté de la planète sur le système économique, et inversement sur la nécessité de sauvegarder le marché mondial, quitte à ce que cela soit néfaste pour notre environnement. Dans tous les cas je suis parvenu à une première constatation : nul n’a tenu compte du facteur commun, qui est paradoxalement la cause de tous les maux. L’Homme. C’est bien lui l’acteur principal du drame mondial car tant la destruction de notre monde à petit feu, que l’effondrement des marchés pour diverses raisons sont à lui attribuer. Alors, si c’est l’homme qu’il faut préserver en priorité, c’est en partant de lui qu’il faut raisonner, et non analyser en partant de la politique ou de l’écologie. In fine, c’est bien de cela qu’il s’agit : si l’on sauve la planète on sauve l’environnement de vie de l’homme, si l’on sauve l’économie c’est son mode de vie que l’on préserve.

De là, deux axes sont envisageables. Le premier, évident, serait de dire « réformons ! ». Oui, l’idée est plaisante : on démantèle l’économie capitaliste pour envisager une réforme, avec une moralisation (entendre par là des autorités de contrôle) des échanges, ainsi qu’une amélioration du principe d’échange équitable. Seulement voilà : qui sera d’accord pour réduire ses bénéfices et/ou son emprise sur les états pauvres ou émergeants ? Difficile en effet de demander aux riches de payer le juste prix pour des matières premières quand le différentiel de marge leur revient de plein droit, selon leurs règles économiques bien entendu. En conséquence il est impossible d’asseoir à la même table des réformes des riches et des pauvres, d’autant que les aides des riches ont pour unique but de museler toute velléité de révolte. Chavez fut par exemple la cible de tentatives de discrédit pour le faire taire… Cela laisse songeur. Donc réforme ? Impossible, en tout cas pas tant que la situation n’aura pas atteint un point de non retour propre à faire s’effondrer toutes les nations.

Alors quoi ? Choisir la terre ? Là aussi le problème est triple : économie, investissement, et au final éducation des masses. L’économie est encore basée sur les matières premières non renouvelables comme le pétrole. De fait, aucune structure industrielle ou gouvernementale tributaire de l’exploitation de cette ressource n’acceptera de se départir de ses fonds pour préserver le monde. Les intérêts tant de Total que du Koweït (ou de l’OPEP) sont convergents, du moins sur l’aspect pécuniaire car sans forages le Koweït est condamné à courte échéance à la ruine complète de son système économique. Second aspect : l’investissement. Toutes les nations se sont endettées, voire ruinées dans l’euphorie du système qui s’écroule. Difficile de leur demander de faire un effort supplémentaire quand les caisses sont vides, quand l’activité est au ralenti, et que le chômage nécessite de disposer de fonds pour maintenir les nations dans un état social acceptable, ou plutôt tolérable à brève échéance. Ce n’est pas en temps de crise que l’on peut songer au démantèlement du nucléaire au profit de l’éolien, pas plus que l’on peut suggérer d’investir des milliards dans la création de voitures propres. Le PDG de Toyota a payé de sa place ses idées novatrices mais trop coûteuses sur la question… Le dernier aspect est l’éducation des masses. Tant que les lois sont trop souples sur le thème de l’écologie, les sociétés tout comme leurs clients continueront à consommer sans modération. En conséquence, ce n’est pas vraiment l’écologie qui va nous préserver tant la disparité entre nos bonnes idées et les moyens réellement disponibles pour y parvenir nous bloque. J’ajoute enfin sur ce sujet que si la France a la capacité de communiquer sur l’écologie (qui est à la mode, donc intéressante pour le gouvernement), la Chine, elle, refusera de freiner sa croissance pour des états d’âme à longue échéance. Ce qui intéresse les nations émergentes ce n’est pas un futur à cinquante ans, c’est la faim de la famine à cinq, l’électrification intégrale des campagnes dans dix, et la voiture pour tous dans quinze !

Alors en conclusion, quoi faire ? A mon sens préserver l’économie, quitte à se tirer une balle dans le pied. On peut soigner une plaie une fois qu’on a les moyens financiers de revenir dessus, tout comme l’on peut alors raisonner sa production en jouissant des bénéfices tirés de l’ancienne mode. L’écologie mondiale ne peut et ne dois pas aller à l’encontre du développement car le développement nécessite un raisonnement de fond sur d’une part qui en profitera, et d’autre part dans quelle mesure l’impact à long terme sera gérable. Imaginons une relance mondiale : les industriels reprendront la course à la production, et là les clients pourront alors râler et exiger des produits propres, un air plus sain et un mode de vie plus en accord avec la nature. De fait, la Chine et les autres nations qui courent après le progrès pourront, elles aussi, bénéficier de nos avancées financées non par la bonne volonté générale, mais par l’obligation de résultat des industriels face à leurs clients.

Six milliards de clients potentiels veulent un monde plus propre : faisons en sorte qu’ils consomment pour qu’on le leur donne, telle devrait être la devise des sociétés.

02 avril 2009

Minitel 2.0

Voici une vidéo très éloquente concernant l'avenir du web. Pour information, celle-ci date de 2007... mais reste totalement d'actualité.

Rassurez-vous, le contenu technique est non seulement très abordable, mais qui plus très didactique! Toutefois, réservez-vous une bonne heure pleine pour écouter et assimiler le discours.

Personnellement j'en suis totalement retourné tant ce qui est dit est précis, exact et surtout, inquiétant!

Source:
korben.info : le minitel 2.0


01 avril 2009

Conjoncture

C’est un terme souvent mis en avant pour décrire de manière concise ce qui se déroule sous nos yeux : économique, elle vous étrangle, politique, elle sabote les institutions, sociale, elle démembre les relations intergénérationnelles. Bref, la conjoncture est un épouvantail aisé à brandir pour que les colombes de bons augures fuient à tire d’ailes. Oh, il y a toujours un petit malin pour ajouter « favorable » derrière, mais somme toute cela s’avère être de manière assez ponctuelle et, surtout, potentiellement sous la forme d’une analyse de type boule de cristal plus que concrète.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi l’économie c’est comme un portefeuille de petit vieux : d’une part on y colle sa retraite si chèrement acquise, d’autre part on y ponctionne l’essentiel… tout en tremblant au moment d’en tirer le superflu. Ainsi va le monde : l’essentiel des uns n’est que le superflu des autres, et, conjoncture ou pas, les priorités du tiers monde ne sont pas les nôtres. Manger ? Nous le pouvons avec aisance de part notre « pouvoir d’achat », alors que bien des nations quémandent les quignons de pain rassis de leurs voisins. Nous armer ? Ca toutes les nations ou presque savent qu’il est vital (quel paradoxe… s’armer pour tuer et vital dans la même phrase) d’être bien équipé pour répondre à ceux d’en face. Comme quoi, la conjoncture est belle et bien pratique pour inquiéter aisément, et permettre aux grands de ce monde de jouer leurs cartes sans frémir.

Assis à la grande table du poker mondial, nos autorités se targuent de chercher des solutions. Ménager la chèvre et le chou, préserver les intérêts, sauvegarder l’emploi, donc en gros faire s’entendre ceux qui se détestent, le tout sous le couvert de la « morale » et de la « concorde » mondiale. Amusant je dois dire, essayer d’asseoir un membre de l’OPEP qui tire le pétrole vers le haut avec un Américain qui, lui, ne saurait tolérer un cent de plus sur son plein de super. Conjoncture, quand tu nous tiens ! Là tu seras utile pour autre chose, car quand l’économie se refuse à fléchir, c’est la politique qui s’exprime. Tenez, restons sur le pétrole : quand l’OPEP a refusé de jouer le jeu des nations riches, c’est avec diligence que nombre de terroristes sont apparus. Financés au préalable par les états du golfe, ils servaient à déboulonner les états collaborant un peu trop avec les clients radins de l’OPEP. Quand soudainement ces mêmes terroristes se sont mis à agresser leurs hébergeurs, la propagande mondiale a braillé « C’est la conjoncture sociale hors d’âge, ainsi qu’une économie cloisonnée ne profitant qu’à un petit nombre ». Inepte : la réalité est autrement plus cynique car tant que les groupuscules terroristes étaient uniquement financés par ces états, jamais une bombe ne fut déposées sur leur territoire. Quand les USA et probablement l’Europe se mirent à leur prêter assistance, tout à coup le Pakistan, l’Irak (et bien d’autres pays) se virent menacés sur leur sol ! N’a-t-on pas ensuite utilisé l’argumentaire « Irak = terrorisme » pour attaquer le gouvernement de Saddam Hussein ? N’a-t-on pas classé nombre de ces nations en état voyou (selon la terminologie de la maison blanche) ?

Une conjoncture se bâtit et se présente selon le principe de perspective. En effet : selon l’angle de vue de la situation observée, c’est une image différente qui apparaît. Je m’explique : prenons la France comme exemple simple (et proche de chacun de nous). Si l’on observe de manière éloignée la société, on peut parler de communauté viable, où chaque nationalité arrive plus ou moins à se faire une place. Il existe bien sûr le racisme, la xénophobie, mais somme toute la plupart des actions extrémistes restent cantonnées à de petits groupuscules. Augmentons le grossissement de notre lorgnette : voilà qu’on observe la sélection à la nationalité, que l’on sent percer le communautarisme des jeunes désoeuvrés par la banlieue, et qu’au surplus l’on surmédiatise des évènements afin qu’une organisation en tire profit. Tournons un peu notre télescope et agrandissons la situation des prisons françaises : au mieux l’on peut les classer dans la case déplorable, au pire elle est la honte même d’une nation revendiquant la liberté, l’égalité et la fraternité sur ses mairies. Donc un seul pays, une seule situation mais trois points de vues très différents, et qui vont du plaisant à l’infâme.

La conjoncture, enfin, reste encore un argument de poids pour maintenir le silence sur bien des évènements peur reluisants. C’est la conjoncture mondiale qui permet à nombre de sociétés de quitter le territoire et de voir leur production devenir 30% plus rentable. C’est encore elle qui dicte la présence de forces françaises dans d’anciennes colonies, et ainsi soutenir des troubles très rentables financièrement et politiquement. Sur cet aspect une petite précision s’impose : lorsqu’on vend aux médias une intervention militaire de (je cite) pacification, c’est avant tout un choix cynique. Vendez leur des armes d’un côté, vendez leur une présence militaire d’interposition de l’autre, et finalement achetez à vil prix des ressources diverses et variées sous couvert d’un échange « ressources contre nourriture ». Pas mal non, la conjoncture, pour enrichir nombre de grands groupes ?

A vous de poser d’autres réflexions sur le mot « conjoncture, mais voici quelques axes intéressants :
  • Est-ce la conjoncture qui dicte les choix économiques dans les hôpitaux, ou bien est-ce l’envie de privatiser le service et ainsi débarrasser l’Etat d’un fardeau ?
  • Est-ce la conjoncture qui a permis d’instaurer le mutisme dans la presse pour « ne pas effrayer la population », ou est-ce les prémisses d’un retour de la censure d’état ?
  • Est-ce la conjoncture qui remet au goût du jour les débats sur l’immigration, ou est-ce des choix politiques dictés par la nécessité de rassurer des branches conservatrices des lobbies hexagonaux ?

31 mars 2009

Apocalypse

Il m’arrive d’écrire sous le coup de la colère, de cette rage intérieure qui se définit par la frustration et l’impuissance de pouvoir changer les choses dans ce monde chaotique. Qui n’a jamais rêvé de voir la fin des temps, d’être celui qui, d’un poing serré, écraserait l’engeance que peut être l’humanité ? Alors, au fur et à mesure où les images mentales défilent, on construit un univers propre à terrifier le plus serein des philosophes. C’est peut-être par là que se tournent ceux qui, déçus de n’avoir trouvé comme réponse ultime que la haine ou la violence... Alors à mon tour de rédiger quelques lignes sur une idée de la destruction du monde par l’homme, une apocalypse où saint Jean n’aurait aucune influence. Libre à vous d’en juger la qualité.

Tout se décida comme s’il n’y avait jamais eu d’autre issue : les hommes s’agitèrent, courant çà et là pour s’organiser, vociférant des ordres et des consignes à des micros anonymes. Sous toutes les bannières des masses de soldats furent levées, et, tandis que l’on distribuait des uniformes, des messages furent rédigés à l’attention des masses silencieuses. Ils tenaient tous le même discours, ces maîtres du monde, ces dirigeants prêts à en découdre pour l’ultime fois. Tous prônaient l’anéantissement de l’ennemi, celui d’en face, celui si différent par sa religion, sa couleur de peau ou juste son appartenance territoriale. Et la rue, si indocile en général, se fit écho au lieu d’être dissonance. Les bras se tendirent, les banderoles se firent plus virulentes encore que la ligne officielle, comme si l’escalade devait être le fait de la société et non de ses guides.

On prit alors les mesures adéquates : l’étranger fut emprisonné, le poète dût s’expatrier pour échapper aux rafles, et enfin tous les médias furent expurgés des esprits critiques. Personne ne dit mot au moment où l’on pendit les professeurs, personne ne se rebella quand on détruisit les livres parlant de liberté ou d’égalité. Tout semblait si normal pourtant, si l’on exceptait les drapeaux pendus à toutes les fenêtres, si l’on exclue ces brigades arpentant les villes en quête des « agitateurs ». La tension devint palpable, la violence grondait telle la lave d’un volcan n’attendant que le pire moment pour exploser.

Lorsque les armées furent levées, les grands se menacèrent mutuellement, s’invectivant en s’accusant les uns les autres de provocations, d’agressions frontalières, ou de mouvements de troupes, tant réels que fantasmés. Aucune réflexion ne parut transpirer des minutes de ces entretiens, tout juste l’on put y trouver des signes évidents de décisions définitives antérieures aux réunions. C’était écrit, le scénario de la dernière pièce du monde humain avait ses actes déjà couchés sur le papier bien avant que nul n’en parle. C’est ainsi : les requiems se composent non sur les tombes mais en prévision des mises en terre.

Au petit matin d’un jour de printemps, les sirènes hurlèrent sur les capitales. Au-dessus des avenues, sur les terrasses des immeubles apparurent des ombres gigantesques, celles de machines volantes ayant pour but d’anéantir tout ce qui vivait au-dessous. Les bombes tombèrent par grappes, des tonnes d’acier et des hectares de flammes fondirent sur les civils. De la rectitude des quartiers il ne subsista alors qu’un maelström de ruines, un nuage de poussière et de braises mêlées, et finalement quand le vent éparpilla enfin ces immenses moutons de ténèbre, ce n’est plus qu’horreur et infamie qui furent visibles : sang, mort, destruction, flammes rongeant autant les vivants que les corps, tout ne fut plus que spectacle de fin des temps. Des larmes perlaient sur les visages tétanisés, des cris étouffés par le brouhaha des incendies sortirent des gorges asséchées.

Et l’on se mit en quête de vengeance, chacun répliquant à la violence par la violence, chacun courant vers sa perte en augmentant graduellement la force de la réplique. Les menaces devinrent réalité : plus de limite, plus de morale, sauvagerie, vengeance devinrent les maîtres absolus du monde. Nul ne fut épargné, on embarqua les petits états comme alliers de fait, les grands dévorèrent ceux qui refusaient d’agir. Les bataillons devinrent divisions, les armées se multiplièrent et tous payèrent un tribu toujours plus grand à l’autel de la folie. Chaque jour vit son lot d’horreur, son amoncellement de cadavres, son nombre de villes, de villages, de hameaux disparaissant à jamais dans le néant.

Puis un autre petit matin ils se décidèrent à la dernière extrémité, celle qui faisaient frémir et qui était alors devenu la seule solution : Armageddon. Les silos se vidèrent de leurs armes de fin du monde, le grondement des réacteurs vrilla l’air. Les traînées blanches firent du ciel un motif zébré. Les sirènes hurlèrent pour la dernière fois, enjoignant les survivants à se réfugier sous terre, à devenir des taupes, ou plutôt des rats entassés dans des caves, terrifiés par la signification de cette dernière et ultime alerte.

Alors ce fut le silence.

Alors ce fut le souffle supersonique et brûlant des détonations atomiques.

Nul n’entendit les derniers cris.

Nul n’entendit plus jamais de cri...

30 mars 2009

Mon oncle

Je suis revenu de Croatie hier soir. Merci à celles et ceux qui sont venus jeter un oeil ici en mon absence... voici ce que j'ai ressenti, je tenais à le partager avec les gens qui comptent.

Merci à vous tous, mes amis.

Si je devais résumer mon passage en Croatie, ce serait sûrement avec des mots tristes et des tournures de phrases formant un masque de douleur plus que de sourire. J’ignore s’il existe une belle façon de décrire quelqu’un que l’on aime et que l’on voit souffrir, mais à tout choisir je pourrais alors prendre le parti de raconter son histoire, ce qu’il est, ce qu’il ressent, et ce que je crois déceler quand ses yeux se plissent sans qu’une larme se forme au coin de l’œil. Toi mon oncle qui souffre sur un lit d’hôpital, toi qui as si souvent caché tes douleurs, je me dois de parler de toi comme je pourrais parler d’un dieu, en tout cas de ceux que j’aime à honorer.

Tu es né le 19 février 1966 dans un tout petit village de Croatie nommé Hrastovec. Est-ce un destin enviable que de grandir dans un monde où le confort et l’enfance n’ont que peu de place ? Loin de la ville, loin de ses frasques mais aussi de ses avantages, tu as pris ta place près de ma mère plus comme un fils que comme un frère. Tu auras tout vu de l’humanité, sa dureté, sa force mais aussi sa décadence et sa violence. Pauvres, vous l’étiez dans le sens où qu’un fruit représentait un trésor et que la viande était une richesse dominicale, de celles que l’on s’offre en se privant. Qui suis-je pour t’expliquer la rudesse de grandir avec l’alcoolisme comme oubli pour ton père, et les travaux de la ferme comme compagnie journalière ? Tu as arpenté ces vignes non par jeu mais par obligation, et lorsque ton père est mort c’est le mien qui est devenu une référence pour toi. Tu as alors grandi dans l’espoir de devenir un homme indépendant et fort, ce que tu es devenu mais dans le pire des côtés, celui de la solitude qui taraude chaque jour et qui n’invite pas à rentrer chez soi.

Comment puis-je décrire ce que je n’ai pas vu ? Mes parents se sont mis à parler de ce passé qui m’étais inconnu ou presque, cette adolescence en quête de travail introuvable, de ces heures passées dans des petits boulots sans perspective, et puis de cet engagement volontaire pour défendre ta patrie. Souvent on décrit les anciens combattants comme des gens aigris et déçus par le comportement de la nation, toi tu ne t’es jamais plaint d’avoir pris les armes pour elle, au contraire même tu as toujours montré le masque de l’homme simple ayant fait le bon choix. Volontaire de la première heure nous avons retrouvés des photographies de toi en uniforme avec les hommes ayant marchés du même pas. C’est étrange comment une photo peut parler plus que n’importe quelle phrase ! Barbu, hirsute, la tenue camouflage dépareillée, tu ressembles plus à ces paramilitaires volontaires pour les coins les plus pourris, ces suicidaires (ou supposés comme tels) qui se lancent à l’assaut les mains vides ou presque. En fouillant plus avant nous avons également retrouvés un livre parlant de tes combats, ces villages défendus avec ardeur au prix fort, et ces victoires et revers dont tu n’as jamais dit mot : Pakrac, Lipik et j’en passe, tu y étais… Qu’as-tu vu de si atroce pour que tes yeux bleus soient si tristes parfois ? D’après le livre la bataille de Pakrac a vu des orages de feu : 3000 obus de tout calibres tombant chaque jour sur vous, un armement constitué de saisies et d’équipements hors d’âge, et surtout cette volonté de ne pas céder. On te voit rire au milieu de cette troupe, on t’y voit « vivre »… ou peut-être simplement exorciser la peur de mourir. Quel est ce choix infâme qui est de tuer pour être libre ? Pourquoi ? Que de questions qui ne méritent d’être posés qu’à des adolescents apprenant la philosophie, pas à ceux qui se sont battus pour une idée.

Ensuite tu es revenu chez toi, sans avenir, sans changement dans ton destin. Revoici la campagne rude et désolée, les fermes de gens simples et pauvres, l’eau courante rêvée qui n’arrive toujours pas, et cette grange qui s’effondre faute de moyens. Jamais tu n’as accepté de tendre la main pour te faire aider, jamais tu n’as accepté l’idée de pouvoir être quelqu’un d’assisté. Pourtant, lorsque ta mère est partie en maison de retraite, tu as dû sacrifier ce qu’il te restait de liberté, d’avenir en choisissant de financer, vaille que vaille, une partie des frais. Est-ce là que tes derniers sourires ont sombrés dans le néant ? Lorsque nous avons ouverts ta porte nous nous sommes rendus compte à quel point tu étais naufragé volontaire. Plus de lessive, tu rachetais des vêtements au fur et à mesure de tes besoins, nostalgique au point de garder des documents aussi vieux qu’inutiles, et puis cette absence de cuisine à la maison. Tu mangeais où tu le pouvais, tu vivais sur le terrain au point que ton refuge ne l’était plus vraiment. Comment as-tu survécu aux rigueurs de l’hiver continental ? Il faisait froid et humide, les meubles branlants s’effondraient sous le poids des ans, de la poussière et de la moisissure en formation. Que de choses nous avons brûlés, au point d’en avoir les larmes aux yeux. Que ceux qui veulent te juger supportent un peu cette existence, où l’honneur t’impose de ne pas accepter de main tendue mais où la fatigue, l’usure et la tristesse t’ont menés à l’alcool pour l’oubli et au travail de force pour te fatiguer l’esprit. Qu’aurais-je fait si j’avais su tout cela avant ? Rien, tu n’aurais pas choisi de te montrer « faible »… Je te connais puisque tu me ressembles tant !

Et là, dans une enveloppe décachetée, voilà des diplômes, des preuves de ton courage, tes choix de vie, ce permis de construire pour rebâtir ta maison mais que tu n’as pas pu mettre en œuvre, cette liasse de facturettes remontant à tes études de carrossier, puis ces décorations pour faits d’armes. Tu as tellement donné aux autres sans recevoir, n’était-ce pas une rédemption pour la mort que tu as côtoyé et probablement donné ? Je ne t’ai jamais entendu avoir le moindre propos haineux pour qui que ce soit, même pour tes ennemis d’alors. Aurais-je eu ce pardon que je n’ai toujours pas pour certains ? Tu agis comme un ange, une violette me l’a confirmé… mais l’ange peut trépasser comme les démons peuvent périr, et là tu es sur ce lit, à scruter le plafond comme l’on pourrait scruter les étoiles en quête de réponses. Je disais plus haut que tu tiens à mon père comme s’il était le tien, rien n’est plus vrai tant tu as pleuré, toi ce colosse silencieux et songeur quand nous avons dû te quitter. Hier, tu as demandé à ta sœur non comment elle allait, mais comment nous, éloignés de toi, en route pour la France, nous allions.

Tu n’as pas dormi des mois durant. Des nuits sans sommeil, faites de cauchemars et de l’obligation de dormir une arme au pied du lit. J’ai appris énormément de ma grand-mère qui, peu à peu, libère son âme à elle. Pesante, douloureuse, son cœur raconte aussi le destin d’une famille saignée, blessée, mais vaillante. Imaginez devoir soulager votre enfant, votre chair, qui, malgré le fait d’être adulte, cherche vos bras pour se soulager après une terreur nocturne. Songez donc à la peur que vous auriez au ventre si votre fils était annoncé des semaines durant comme au front, parfois porté disparu, et qui revient sans crier gare, sale, ivre mort, mais bien en vie. J’ai entendu un nombre incroyable d’anecdotes durant cette semaine : celle où, au moment de repartir au front deux policiers se sont présentés au bistrot du village pour provoquer les soldats, et de cette grenade au plâtre balancée derrière leur voiture pour leur faire peur… ou bien ces caisses de munitions volées à gauche à droite pour se battre malgré tout, de ces chansons braillées à tue tête pour se redonner du courage…

Et puis moi, qui me souviens du regard plein de rêves brisés, mais réchauffé par les souvenirs ardents de la fraternité, de l’amitié, de la famille. Je me souviens et vois différemment ce passage dans un bar où nous sommes allés nous détendre. Je lui ai offert un verre, mis une pièce dans le juke-box. Tu as chanté cet air autant patriotique que nationaliste, et fièrement tu m’as dit que tu aimais ton pays. Pourquoi ne t’es tu pas aimé plus que cela ? Je connais cette violence intérieure qui te fait dire que tu n’es bon qu’à aider sans vraiment partager, je sais à quel point il faut se renier parfois pour avancer, mais ne recule plus, ne tombe pas. Je serai là, vaille que vaille, car tu es mon oncle, un être cher, trop cher pour que je te laisse partir ainsi.

Trente neuf années de vies, d’autres à venir j’espère. Reviens parmi nous, malgré le handicap qui te guette, malgré la faiblesse du désir de vivre qui est sûrement ton pire ennemi. Je t’aime mon oncle, je pense à toi.

En anglais, l'historique des débuts de la 104ème brigade

20 mars 2009

Départ précipité

Désolé, mais ce soir c'est l'urgence qui prime. Comme je l'ai déjà expliqué mon oncle a eu un AVC en Croatie, et je pars demain dans la journée pour le soutenir et régler pas mal de choses.

Sachez donc que durant au minimum deux semaines je ne prendrai pas la plume. Si je m'en sens la force et si j'en trouve le temps je rédigerai sur place quelques notes que je partagerai avec vous, ici même.

Sachez enfin que je suis content de savoir que j'ai, après tout ce temps et tous ces babillages, encore des lecteurs assidus.

Merci à vous tous.

A bientôt
Frédéric/JeFaisPeurALaFoule

19 mars 2009

Expériences

C’est en discutant (une fois n’est pas coutume) histoire et politique que j’ai constaté l’écart ahurissant qu’il y a entre une jeunesse née dans la cotonnade délicate et légère de la France mitterrandienne et celle ayant grandie pendant les années titistes. Amusant parallèle à faire entre ceux deux personnes qui, au demeurant, semblent pourtant vivre dans la même nation. Le plus incroyable c’est qu’aussi bien sur les choses quotidiennes que sur l’éducation ou le fonctionnement des institutions, le français sera abasourdi par l’énonciation des règles de l’ex bloc de l’est. Incrédulité, étonnement, surprise, tout passera par ses yeux qui, malgré une flagrante volonté de compréhension, il restera coi face aux réalités d’un monde aujourd’hui disparu.

Prenons pour commencer la vie quotidienne. A ce jour, et ce hormis les périodes de matchs de l’équipe nationale, les rues n’arborent guère le moindre signe de nationalisme outrancier : point de drapeaux aux fenêtres, point de symboles politiques apposés sur les façades des mairies, c’est à peine si celles-ci osent encore revendiquer le drapeau tricolore. A contrario, voici l’image de ces ruelles d’une autre ère où chaque bâtiment public était frappé de l’étoile rouge, que chaque nom de rue était un chant d’honneur pour les grands personnages communistes, et que les places revendiquaient avec fierté la politique nationale. La rue de ma grand-mère se nommait « JNA », ce qu’il faut traduire par « APY », soit Armée du Peuple Yougoslave. Plus communiste rouge, tu meurs ! Cela choque encore les touristes qui découvrent parfois cet héritage sur les murs des bâtisses qui n’ont pas encore subies le marteau et le burin pour en chasser cette symbolique. Tenez, un autre aspect : aucune plaque d’immatriculation ne porte sur elle officiellement une marque politique...les plaques yougoslaves, elles, avaient pour séparateur central l’étoile rouge. Et tout était ainsi : le passeport, les documents officiels, la moindre communication de la mairie, bref tout était sous l’égide du parti. J’ajoute à cela le fameux carnet de travail, et l’inusable et malheureusement indispensable carte du parti. Ces deux documents représentaient à eux seuls la hantise de n’importe quel travailleur. En effet, au lieu d’être suivi par des contrats de travail, c’était le livret qui recensait chaque contrat, chaque commentaire ou note de compétence. Ainsi, une entreprise souhaitant vous pourrir la vie se contentait juste d’apposer un mauvais commentaire sur le livret. D’autres sociétés ou services eux exigeaient la carte. Pas de carte du parti ? Pas de travail.

C’était aussi simple que cela.

Quand on aborde l’éducation, le jeune adulte se souvient des moments de détente du collège, les expériences rigolardes du lycée, les fêtes lors des études supérieures. Celui né sous le règne de Tito lui a connu : les cours de défense de la patrie dès l’adolescence (avec un enseignement aux méthodes de guérilla urbaine), les cours de propagande du parti, l’obligation de chanter l’hymne chaque matin, et puis les fêtes de l’école forcément décorées d’étoiles rouges et de drapeaux incitant au patriotisme. Dès l’enfance on inculquait un respect forcené des institutions, de la nation, mais aussi des dirigeants. Ainsi, le commun des mortels se devait de vénérer les membres éminents du parti et de respecter leurs décisions, aussi ineptes fussent-elles en pratique. Comment comparer deux choses incomparables ? D’un côté une école laïque (bien que teintée de socialisme bobo), de l’autre une école de l’idéologie…

Bon, là, déjà notre français est dépassé par les évènements. Cela le dépasse, cet endoctrinement des masses, cette façon insidieuse de s’assurer la collaboration des enfants, futurs serviteurs de l’état roi. Mais complétons le tableau pour finir de le traumatiser ! Quitte à aborder la question, autant le faire à fond ! En France les sirènes d’alerte sont testées une fois par mois, et chacun s’en moque totalement. Loin de connaître les codes d’alerte, la population française est très majoritairement sereine, sûre de sa sécurité, certaine de l’inviolabilité de ses frontières. Fut une époque, on enseignait à la jeunesse yougoslave les procédures d’évacuation des lieux publics, à connaître par cœur les différentes sonneries d’alarme, dont notamment celle pour le bombardement nucléaire et celle pour les catastrophes naturelles. Etrange de songer que tous savaient où étaient les lieux de ralliement et que chacun se voyait tenu de tenir un rôle et une fonction précise...Aujourd’hui, évacuer une agglomération française sans heurt ? IMPOSSIBLE ! Là-bas, cela pouvait être envisagé sans difficulté. Ajoutez à cela une police normale paranoïaque, et une police parallèle pire encore et voilà le cliché d’une nation tenue de respecter un système totalitaire et déshumanisé.

Voilà enfin que notre français revient sur terre...il sue un peu, il est fébrile en se disant que tout cela se passait il y a moins de vingt ans, à une jetée de pierre de chez lui. Hé oui mon garçon, le monde n’est pas que l’hexagone, et ce n’est pas si lointain l’époque où l’on déportait des gens pour délit d’opinion...N’oublie jamais cette leçon : si cela a réellement existé, ce n’est pas difficile de le réitérer.

18 mars 2009

Et l'on pense parfois à la mort

Je ne suis pas d’une humeur agréable ce soir, des soucis personnels font que j’ai du mal à pondre un sujet souriant, ou même à prendre la plume sans une pointe de tristesse au bout des doigts. Tous nous le savons, la Vie sait se faire dégueulasse et cruelle. On vient, puis l’on repart comme l’on est venus, en laissant parfois une petite trace sur terre. Certains écrivent, d’autres dessinent, des mères enfantent mais au bout du compte nous partons tous sur la même voie, celle qui va d’une naissance aussi brutale que belle, jusqu’à la mort, inéluctable fin de voyage que chacun ou presque craint pardessus tout.

Pourquoi parler de la mort si l’on a peur d’elle ? Peut-être parce qu’il est plus simple de mettre des mots sur une terreur que de la laisser rester ainsi, suspendue au-dessus de nous, frayeur absolue du néant et de l’absence d’existence. Après tout, on a moins peur de quelque chose que l’on voit, non ? Prenez le cinéma d’épouvante : tant que le tueur est discret et juste suggéré, celui-ci suggère alors la crainte impalpable d’un destin morbide. Faites le apparaître clairement et la moitié de l’effet sera déjà évanoui. On fait alors de même avec dame la Mort en la dotant d’un corps squelettique, l’affublant d’une toge sombre à capuche et en l’armant d’une faux pour couper les âmes dépassant de la masse.

« La regarder en face » qu’ils disent. Déjà que l’Homme n’est pas capable de se regarder lui-même alors pourquoi tenter d’affronter quelque chose qui nous est clairement supérieur ? Notre orgueil sort par tous nos pores, nous voulons lutter pour allonger une vie qui nous semble déjà trop courte. Personne ne croit au concept d’accomplissement total car dans l’absolu nul n’est totalement accompli où que ce soit : le navigateur voudra traverser une nouvelle mer inconnue, le scientifique finir les travaux qu’il a entrepris et qui s’avèrent être sans fin, et puis nous autres, ordinaires habitants d’un monde extraordinaire, nous regrettons inlassablement le voyage qu’on a pas fait, la femme qu’on a pas embrassé, ou bien encore la voiture qu’on a pas conduit.

Au demeurant fuit-on la Mort ou bien court-on vers elle ? A mon sens la fuir n’a pas de sens car le temps passe sans aucune possibilité d’interférence ; « tu vieillis quoi qu’il arrive » dit le pragmatique à son ami le rêveur… Et le rêveur de rétorquer en benêt qu’il est qu’il croit à l’immortalité. Ah ça, quel fantasme : survivre à sa mort à travers une œuvre et la mémoire des autres. Fantasme de prétentieux qui espère, non sans une sorte d’autosatisfaction crasse, que son nom sera encore prononcé dans quelques décades. Et dire qu’il suffit déjà de deux générations pour ne pas être réel dans les souvenirs ? Un arrière grand père inconnu peut être aimé à travers ses photographies ou la mémoire des grands parents… mais l’enfant à naître, lui qu’en saura-t-il vraiment ? Des « on dit », des ragots familiaux propres à souiller ou idolâtrer l’aïeul défunt depuis des décennies. Notre prétention à perdurer nous incite donc à jouer avec la mémoire… qui est aussi temporelle que temporaire, autant que nous en tout cas.

Et demain, de quoi va-t-il être fait ? D’une autre journée plus ou moins ensoleillée, d’une soirée plus ou moins nuageuse, d’un monde qui ne change pas autant qu’il change sans cesse (tout dépend sous quel point de vue) , et puis nous autres nous reproduisons, naissons, et mourons chaque jour, chacun à notre rythme et à notre manière.

Toi mon oncle qui a déjà vu la mort au front, toi es revenu entier physiquement et blessé moralement, toi qui en ce moment même est cloué au lit par un AVC (Accident Vasculaire Cérébral), attends nous. Tu es là, je ne veux pas que tu partes, et c’est en égoïste que je t’écris. J’ai encore énormément de choses à te demander, tu as tant d’histoires aussi tragiques que comiques à nous raconter. Tel un gosse j’aime à t’écouter quand enfin l’ours cède sa place au conteur. Ne pars pas maintenant, il y a encore énormément de gosses qui veulent être émerveillés par ton aspect d’ours de la campagne et ton cœur d’enfant peu éduqué mais pétri par l’amour de ses proches et la générosité naturelle des gens authentiques.

Joseph, accroche toi.

Ton neveu.