Le bruit
Si je devais classer le barouf par taille et souffrance engendrée je me retrouverais forcément bien en peine car chacun a une sensibilité à un type de bruit. Personnellement je voue une haine farouche aux adolescents qui estiment que « plus ça fait de bruit, plus ça roule vite », théorème idiot qu’ils mettent en pratique sur des deux roues instables et souvent dénués de freinage, le tout pour mon plus grand déplaisir. Peut-être sont ils sourds pour tolérer cette cacophonie, allez savoir… d’autre se souviendront avec une moue sans équivoque de la craie blanche grognant sa colère stridente sur le tableau d’ardoise ou de particule peint pour l’imiter. A ce propos je me suis souvent demandé si les enseignants n’utilisaient pas ce procédé pour jouer d’une autorité acoustique indéniable, car quand on sait faire crier une craie (répétez cette phrase dix fois sans bafouiller), on détient le pouvoir. Depuis, je remercie l’heureux génie qui a développé les tableaux effaçables assortis des feutres sans solvant. Bien entendu, cette liste n’a rien d’exhaustive puisque chacun trouvera sans difficulté « son » bruit haï.
Là où le bruit devient une pourriture, une perversion sans nom c’est au moment précis où certains classent celui-ci en tant que « musique ». Parisiens, habitants des villes peuplées de groupes de jeunes sans compétence et sans talent, je vous plains : le 21 Juin sera comme chaque année l’occasion de vous abrutir d’un vibrant hommage aux bouchons auditifs Quies, le tout sous la tutelle du ministère de la (in)culture. N’étant pas de nature masochiste et encore moins prêt à faire preuve de tolérance pour l’adolescent beuglant sa haine du système, je fuis l’évènement comme les rats quittent le navire avant les marins. Dans certains quartiers j’irais même jusqu’à demander un dédommagement pour les riverains tant ces orchestres - oui ils ont le culot de se nommer orchestre - sont des insultes aux groupes repris et massacrés avec la méticulosité de vikings en plein pillage. Mais par pitié et au nom du respect des défunts : faites les taire, ou alors faites passer des auditions !
C’est vrai, je suis cruel avec ces jeunes qui se bercent d’illusions et se voient comme les futurs Nirvana ou Radiohead, mais ont-ils si peu le sens des réalités pour ne pas constater par eux-mêmes leur incapacité ? Bien souvent j’associe le matraquage de la guitare électrique à celui du bitume par un marteau-piqueur. Tiens en parlant de celui-là, le sadique qui vous bousille une semaine de repos ou une convalescence forcée, l’ordurier crachant sa haine de l’ordre pour en faire des morceaux. Entre ce goujat, les camions bramant dans un bouchon aux mains d’un routier toujours trop pressé, la sirène stridente du recul de la toupie à béton, et oh suprême violence l a dameuse engagée dans une danse du « si tu vires pas tes pieds, j’en fais de la purée ! », il y a de quoi faire perdre les derniers atomes de patience des êtres cherchant juste la quiétude du foyer protecteur.
Mais finalement, n’est-ce pas le domicile qui est le plus sauvagement sonore ? Radio, télévision, ordinateur… ah oui j’oubliais un truc amusant : saviez-vous qu’un bébé qui pleure, c’est 114 Décibels, c'est-à-dire le niveau sonore d’une de ces saloperies d’alarmes automobile qui vous pourrissent les nuits et n’interrompent jamais les voleurs en action ?