07 mars 2008

De nouveaux maux?

A chaque époque on croit « découvrir » de nouvelles difficultés morales ou intellectuelles, de celles qui se classent dans les névroses et qui vous prédisposent à une vie affective terne et une existence sociale insignifiante. Est-ce vraiment la modernité de notre société qui permet de mettre en exergue des tempéraments abîmés ou bien ne fait-on que rejouer des grands classiques de la tristesse et/ou de l’échec à s’assimiler dans on environnement ? Hors de toute connotation discriminatoire je pense qu’il serait éminemment important de se rendre compte que nous ne créons rien dans le tempérament humain et que celui-ci est simplement tout aussi torturé que le fut celui de nos ancêtres.

L’avènement du numérique et de la communication rapide par l’informatique était supposée nous libérer des contraintes temporelles et géographiques telles que la poste et ses délais ou bien le fait d’avoir des amis à Melbourne en habitant Paris. C’est hélas tout le contraire qu’on a le droit de constater : offrant une barrière pratique contre les non-initiés et un simulacre de vie communautaire, le web s’est forgé une terrible réputation de bâtisseur de golems moraux. Je m’explique pour ceux qui ignorent ce qu’est un golem : le golem est une créature dénuée d’intelligence, pétrie dans la glaise pour protéger sa communauté. Le rabbin l’ayant créé perdit son contrôle et dût ruser pour le tuer. La légende veut également que pour vivre il portait le not Emet (vie en hébreu) et qu’il fallait supprimer la première lettre pour le tuer (Met voulant dire Mort). Donc, bien des personnes sont devenues des golems, c'est-à-dire des êtres simulant une forme de moralité et d’intelligence, mais n’ayant d’existence que par et à travers les mots qu’ils écrivent sur leurs claviers. Raisonnablement il y a de quoi douter quand on sait que certains passent plus de temps à communiquer avec de parfaits inconnus qu’à côtoyer des êtres de chair et sang.
Loin de son rôle de socialisation à marche forcée, Internet n’a fait qu’engendrer une nouvelle génération d’accrocs à la liberté virtuelle, celle qui permet de se cacher derrière un pseudonyme et ainsi se défaire de bien des frustrations du quotidien. Entre insultes, comportements déviants et fantasmés et jusqu’à la sordide recherche de tendances déviantes (et même à risques pour certains), le réseau « social » s’est mué en amalgame improbable de personnalités faibles, souvent peu intégrées et qu’on qualifie facilement de renfermées. Là où cela devient plus grave c’est quand on cumule absence d’activités tierces comme le sport ou juste la rencontre d’amis, et pour certains l’absence même de travail. Vivre sur Internet ? Disons plutôt simuler, ce qui est le propre de l’informatique…

Depuis quelques années on parle de nouvelles addictions, de comportements inattendus. Les jeux vidéos sont devenus des cibles incontournables pour les prêcheurs d’apocalypse et les moralistes puant de bienséance : trop violents, pas suffisamment policés, remplis de sexe et de haine… Comme si l’outil pouvait devenir une arme hors de la présence de la personne qui le tient. Evidemment chaque jeu n’est pas fait pour un public enfantin, certains allant même bien au-delà de l’acceptable pour une tranche donnée de la population. Pourtant, personne ne s’offusque que les magazines pornos soient en vente juste à côté des bédés pour préados boutonneux ! Pas deux poids deux mesures, le jeu n’a pas créé sa génération de névrosés, ce sont des névrosés qui sont devenus accrocs aux jeux… nuance !
On cite régulièrement les jeux en ligne comme étant le symbole fort de la dérive des jeunes avec l’informatique. Faisons un point pour préciser en quoi ils consistent (pour les néophytes) : un jeu massivement multi joueur recrée un environnement artificiel, un monde parallèle où viennent discuter et jouer ensemble des centaines, des milliers de personnes simultanément. Ses règles tant physiques (chute, durée de vie, mort…) que morales (vol, meurtre, violence) lui sont propres et les mécanismes de jeu sont faits pour inciter plus ou moins chacun de ses comportements (commerce virtuel pour inciter la communauté à marchander et ainsi communiquer, objectifs de jeu à atteindre qu’en groupe, aires de combats réservées à la bataille entre joueurs…). Pourquoi dire qu’un accroc à ce genre d’environnement est une personne atteinte d’un nouveau syndrome ? Les accrocs aux cartes subissent les mêmes troubles : concentration totalement orientée sur son vice, absence de vision réelle de la situation, perte des repères sociaux et ainsi de suite. Le jeu n’a rien de nouveau et être atteint d’une telle addiction remonte à la nuit des temps.

Ce qui me déprime en revanche c’est qu’au lieu de prendre en mains les adolescents et leur apprendre les limites entre le réel et l’imaginaire toute une flopée de parents se disent impuissants. Qui paie l’abonnement ? Qui finance le jeu (puisqu’il est sur abonnement) ? Le pouvoir de remettre bon ordre là-dedans est dans les mains de ceux qui éduquent, pas ceux qui diagnostiquent. Je rapproche de plus les problèmes de plus en plus criants d’urgence concernant la culture et l’orthographe de base de la nouvelle génération. Il est inadmissible qu’un utilisateur expert comme peuvent l’être ces personnes puissent encore prétendre à l’excuse du raccourci temporel pour s’épargner la correction linguistique. Qu’on n’aille pas me faire avaler qu’un « donné » en lieu et place d’un « donner » provient d’une simple flemme de taper « er » !
On n’est utile et l’on est une aide que lorsqu’on cherche à connaître son prochain. Moralement c’est un devoir de ne pas aller chercher ailleurs des responsabilités qui finalement nous incombent. Prenez donc la solitude et la dépression : on en parle comme étant le mal du siècle, comme si Villon et ses spleens n’avaient jamais existés ! Quid des poètes déchirés, quid des œuvres parlant du malheur et de la solitude ? Edmond Dantès n’est pas né sous la plume d’un auteur en 2008 à ce que je sache, donc la vengeance, l’oubli et la souffrance n’ont pas été inventés en ce début de siècle.

06 mars 2008

Autodérision

Derrière ce mot se cache une part essentielle de l’intelligence humaine, du moins je le crois fermement. Contrairement à ce que supposent trop de gens, savoir rire de soi représente un effort difficile, notamment quand il s’agit de le faire publiquement. Avez-vous assez de bon sens pour savoir dire « j’ai été un idiot » ? L’orgueil s’oppose massivement à un tel raisonnement et qui plus est il fait en sorte que l’on s’autorise à se moquer de soi… volontairement.

Démarche cynique ou démarche humaine ? La question se pose souvent parce qu’en un sens l’autodérision attire la sympathie plus que les rires méchants. Prenez un comique par exemple : on rit non pas de lui mais avec lui, même si son sketch est basé sur la dérision du personnage. Il ne sert donc que de personnification de la bêtise humaine ou de l’incontinence intellectuelle de ceux qui nous entourent. Pourtant, au lieu de croire qu’il n’y qu’un but salutaire de rire de tout et surtout de nous-mêmes, on pourrait déceler dans le procédé une pointe acide de cynisme où le spectateur devient moqueur à ses dépends, transférant donc la dérision du drôle vers ceux qui rient. Toute la finesse de rire de soi est alors d’inviter l’autre à se sentir encore plus idiot qu’il ne l’est en réalité. C’est plus ou moins visible selon celui qui use de ce procédé retors, mais à ce compte je puis affirmer que majoritairement nous sommes donc tous des arnaqués entre les mains de voleurs de rire fort habiles.

Prenons mon exemple (est-ce un bon exemple ?) : je me moque de mes tics, de mes emportements souvent exagérés sur des sujets dont l’immense majorité de la planète se fout, et pourtant j’amène le lecteur à ne plus rire de moi mais en ma compagnie, tels deux alcooliques se moquant du présent, assis en première ligne face à la ville qui se délite. Raisonnement fallacieux qu’est de croire qu’on peut se détacher de tout, je me détache pourtant avec aisance de la conscience collective bien formatée qui se prétend raisonnable tout en prônant la bêtise. Si ça ce n’est pas prétentieux qu’est-ce donc ! On va rire de cette dernière phrase, mais à mes dépends, ou pas ? Allez savoir.

En reprenant le large avec l’unitaire, je me rends compte que j’aime cette attitude ironique que prend celui qui a l’intelligence de percevoir ses tares et de s’en moquer vertement. Que j’aime celui ou celle qui sait prendre du recul avec le quotidien et dédramatiser les évènements les plus durs. Rire du cancer, de la maladie en général, savoir rebondir malgré les drames de la Vie, cela vaut en soi un bravo appuyé. Dire qu’on applaudit trois idiots déguisés à l’aide de survêtements argentés et braillant des « chansons » débiles… on peut alors leur prendre sans complexe une part de ces félicitations pour les remettre à qui de droit, à ceux qui savent ce que nous valons réellement et ainsi les féliciter d’être entiers et honnêtes. L’égo méprise l’autodérision car c’est une façon détournée de lui donner une place plus congrue que celle qu’il désire prendre et c’est en soi quelque chose digne d’une Nadia Comaneci verbale que de s’exercer à la moquerie sur soi.

Des grands noms de l’autodérision ? Ah ça, les citer seraient difficiles tant la liste pourrait s’allonger au fur et à mesure des générations mais typiquement Gainsbourg, Jean Pierre Marielle, Pierre Desproges, Charlie Chaplin… Difficile de ne pas trouver des points communs entre ces personnages qui se moquaient de l’humanité à travers des personnages campés avec conviction. La relative bêtise du Charlot est si attendrissante que l’on finit par reprocher aux êtres ordinaires de ne pas être plus simplets, du moins aussi simplets et sincèrement gentils que lui. Est-ce que le pouvoir et la politique interdisent de telles attitudes ? La crédibilité dépend énormément du ton employé et de la gestuelle, ce qui rend par conséquent difficile de se tourner soi-même en ridicule. Pourtant, j’ai été sidéré de voir la vidéo ci-dessous (à voir pour les anglophones, sinon très compréhensible par chacun sans saisir tout le texte). Bill Gates, l’homme le plus riche du monde (jusqu’à l’année dernière, apparemment il aurait été détrôné… enfin bon là n’est pas la question) quitte ses fonctions de l’omnipotente société Microsoft. Souvent décrié, dénigré et attaqué sur sa façon de faire du commerce, le personnage a le mérite d’ironiser sur sa propre retraite. Voyez plutôt :


Franchement, si ce type n’apparaît pas sympathique malgré tout… moi j’ai adoré ce dernier coup médiatique. Tout calculé qu’il est, ce geste reste à mon sens une preuve d’extrême intelligence avec comme discours de fond « Mauvais, peut-être, méchant, allez savoir, mais sans humour sûrement pas ! ».

Merci M.Gates

05 mars 2008

L’amour vache

Plus je te regarde, plus je me dis que l’amour est une chose infecte et méprisable. Tu as le don de m’appeler de tes œillades perverses, de cette tentation qui saisit mon âme au point qu’il m’est impérieux de céder à tes charmes. Je te vois, là, trônant prête à consumer pour moi, à t’évaporer en moi puis enfin renaître de tes cendres pour que le cycle reprenne. Qu’il m’est terrible de savoir que je suis accroc à ta présence, c’est infernal de ne pas trouver d’échappatoire autre que de revivre encore et encore cette extase fugace de nos étreintes toxiques.

Pourquoi suis-je donc assujetti à ton existence. Tu n’as pourtant rien de charmante : petite, tassée, sans véritable forme, tu n’es guère séduisante dans ton apparence la plus brute. Pour beaucoup tu est certainement l’ennemie à abattre, ce parasite de la société qu’on se doit de traiter en paria. Et pourtant je t’aime, oui j’aime notre bonjour autour de la tasse de café, j’aime ta tendresse après un repas agréable. Fidèle entres toutes, jamais tu ne me fuis quand mon esprit se trouve être trop noir. Toi, tu symbolises l’abîme entre communication et réflexion, ce fossé qui se creuse quand on voudrait dire et que seul le regard sait raconter. Dis moi donc, saleté, quand cesseras-tu d’être à moi ? Oh je sais que tu te donnes sans hésitations à d’autres, que tu ne crains pas le partage et pire encore tu n’es pas jalouse quand ma main caresse la croupe d’une autre que toi. Serais-tu donc démon, fille d’un Satan terrestre bien réel ?

Tes ancêtres, elles aussi savaient se faire maitresses des plus grands : depuis le philosophes jusqu’au dictateur sans cesse tu t’es invitée aux tables les plus prestigieuses. Telle une espionne Mata Hari, tu as du en entendre et en voir tant ! Symboliquement tu es devenue plus fine et légère pour attirer ceux qui ne te connaissaient pas, tu restes encore et toujours fidèle à toi-même, vile pourriture qui détruit l’homme qui t’aime à petit feu. Regarde nous, pathétiques pantins à trainer dehors quand les autres sont au chaud ! Observe donc cette triste situation qui nous isole du monde commun ! Tu es devenue empoisonneuse alors que tu étais signe de force, de celui d’homme heureux je suis devenu homme servile. Honte à moi que de me laisser faire de bonne grâce, de me laisser aller à de telles faiblesses qui ne me ressemblent pas ! Je te hais !
Des médecins pourront analyser qu’il s’agit là d’une addictions, qu’un tel problème chimique se soigne fort bien et que l’on dispose aujourd’hui d’un véritable arsenal pour te réduire à néant, et pourtant, moi pauvre fou attendri je te laisse encore me ronger le cœur. Trouble de l’esprit, frisson quand tu n’es pas là, j’en deviens incapable de gérer mes colères sans te savoir à mes côtés. Pourtant je n’ai pas toujours été sous ton emprise, et d’ailleurs ceux qui s’en sont libérée se félicitent de ne plus te devoir leur tribu de temps et de désagrément. Malheureusement, même si mon côté pragmatique me hurle à chaque fois que je suis un idiot doublé d’un faible, je replonge et c’est avec délectation que je savoure ta croupe, ta saveur, ton parfum. Que la chair est faible face au désir, qu’elle est molle quand le désir se fait impérieux ! Sans l’amour pour toi combien ne trouveraient plus le réconfort ? Combien cèderaient à d’autres chimères pires que toi ? Hélas, comme pour tous les rêves le prix à payer est exorbitant, toi tu te paies sur mon existence, et moi sur ta destruction. Echange équitable ? Sûrement pas parce que tu n’as pas besoin de ta conscience pour te satisfaire de mon trépas programmé.

Un jour, je serai tenu de me défaire de toi, oui un jour on m’imposera ta disparition et je serai, après quelques temps de douleurs et de frustrations, fier de pouvoir enfin affirmer à qui veut l’entendre…

Je t’ai eue, saleté de cigarette !

04 mars 2008

Divagations

Parmi les moments de détente que s’offre mon esprit il en est qui sont plus proches d’une épopée névrotique sous stupéfiants que de passages tranquilles dans la paisible rêverie poétique. Mélange étrange entre absurde et concret, ces divagations me mènent au-delà de toute compréhension. Bien sûr, certains cherchent dans Freud des analyses… Comme si un abaque pouvait suffire à établir ce qu’est l’âme ou l’esprit humain ! Enfin bref, mes neurones aiment à triturer la réalité pour en faire une fiction.
Certains de mes articles portent les stigmates de l’inepte : Celui où je suis assis dans la salle d’attente du paradis, celui où je revis des évènements qui ne sont pas à moi, et puis toutes ces proses que je n’ai pas encore exposé ici même. Jeu de la langue, mes « hallucinations » peuvent autant me tourmenter que m’amuser. Le pire c’est qu’il m’arrive de subir les frasques de mon imagination en étant éveillé ! Quoi de plus dingue que d’imaginer un bout d’histoire qui s’inclurait, aussi incongrue soit-elle, dans l’instant présent ? Le cinéma adore ces effets lumineux où le héros est pris au dépourvu par l’improbable, où l’héroïne (bien souvent demeurée au demeurant) reste coi de stupeur et où la foule se met systématiquement à courir dans une anarchie totale digne d’une foire à l’empoigne.

Tenez, là maintenant, si je laissais mes doigts pianoter avec frénésie sur les touches de mon clavier, il pourrait en sortir un texte élucubré dans l’instant. Improvisation totale, il suffirait donc que je ferme un peu les paupières pour m’évader et « voir » autre chose que les murs anonymes d’un bureau fonctionnel. Chiche que j’essaye ! Paupières lourdes, soupir pour se relaxer… tiens c’est amusant…

Tout d’abord une odeur. Une odeur forte, entêtante. Une odeur de carburant.

Cela bourdonne, tout d’abord chaotiquement plus ensuite plus régulièrement. Comme un toussotement d’échappement qui crache des volutes de fumée grise légèrement bleutée. Un courant d’air sur mes cheveux qui devient rapidement une tornade, puis derrière moi une main qui me tire fermement par les vêtements. J’ouvre les yeux, il fait nuit, ce que je vois me sidère…

Retour à la réalité. C’est fou, quelques instants d’un ailleurs inconnu, pas le temps d’avoir saisi toute la scène. Simplement des avions, un champ herbeux, des couleurs bariolées sur les fuselages et me revoilà. On replonge ? Allons-y !

Je me tiens là, debout, à voir ces quadrimoteurs pousser leurs mécaniques en étoile. Les hélices battent l’espace à toute vitesse, l’herbe tremble et danse sous les carcasses couleur aluminium. Chaque engin est décoré d’une pin-up ou d’une mascotte, des signes sont alignés sous le cockpit, signes de victoires sur un ennemi. A côté de moi le type qui m’a tiré par la veste me grogne d’être prudent tandis qu’un premier appareil s’arrache lentement de la piste improvisée. La poussière s’envole, me fouette le visage et me brûle les yeux. Ils ont tous un numéro sur la queue, tous une étoile blanche peinte sur l’aile. Je regarde à nouveau mon compagnon, il porte une de ces vestes de cuir qui font tellement envie, cette fly-jacket de cuir tabac avec un dessin sur le dos. Son calot me fait dire qu’il est officier, de son grade je n’ai pas la moindre idée. Il m’emmène sous une tente kaki et me montre une grande carte, une carte de la Normandie. Dessus sont portées des flèches rouges traçant des trajectoires et des destinations à prendre. Il me répète une dernière fois - d’après lui - le briefing pour me dire de mener l’équipage sur les bonnes zones. Moi ?! Piloter ?! Et puis quoi encore ?

Je reviens au présent… encore un peu et j’étais les fesses dans un fauteuil rigide, à pousser des manettes et à prier Dieu de ne pas être abattu au-dessus de la Manche. Quelle folie ! Pourtant, c’était grisant de me sentir vivre un évènement historique pareil, à ressentir la fébrilité mêlée d’excitation de ceux qui m’entourent. Et puis, ça vaut le détour, se souvenir ensuite d’avoir fait une petite partie de l’Histoire ! On y retourne ?

La verrière est en morceaux, il y a une fumée âcre qui m’empêche de respirer. Il fait nuit, pas de lumière à l’intérieur, mais il fait chaud, très chaud. Incendie ! On est touchés, le copilote et le radio me tirent pour que j’aille faire le grand saut par la portière qui s’est arrachée. Je vois les flammes qui rongent la cellule centrale, heureusement qu’on ne trimballe pas de bombes ! L’avion penche dangereusement sur la droite, le nez plonge lui aussi vu que plus personne ne cherche à le maintenir d’assiette. Ca va pas être triste tiens ! Tout autour plein de types sautent, mais eux totalement volontairement. Ils ont un boulot à faire, moi le mien vient de finir sous les coups de la Flak. Merde encore un coup au but, l’aile gauche est en purée, elle va se barrer ! « Saute ! » me gueule une dernière fois l’homme à côté de moi… On part en tonneaux… c’est …

Ouf ! heureusement que l’imagination ne marque pas physiquement le corps !

03 mars 2008

Le non-sens

Ca pourrait être comme un titre de chanson qu’on écouterait pour se détendre et rire de soi. A l’instar d’un Brassens se moquant des Hommes et se riant de la bonne morale bourgeoise, on pourrait aussi dévier sur les choses que l’on suppose avoir un sens et qui finalement n’ont de valeur que parce qu’on leur en accorde. Bon d’accord, toute valeur est donnée par une échelle personnelle et non selon un référentiel, mais au bout du compte bien des choses dites indispensables deviennent étrangement superflues. A ce jeu du « Ca sert, ça ne sert pas » on peut également inclure le non-sens verbal, celui qui se fait une joie de mettre en pièces notre structure de la compréhension par l’entremise d’une langue prise en défaut.

Commençons par le sens des choses, et le non-sens qui en découle. De cette opposition naît inévitablement un conflit intérieur, celui qui provoque probablement le plus de chaos dans toutes les civilisations. L’antiquité prêtait un sens énorme à l’interaction entre le quotidien et les divinités alors qu’aujourd’hui une bonne part de l’Humanité considère comme ridicule le fait de verser une obole à des Dieux. C’est ainsi : les civilisation périclitent, leurs divinités disparaissent ou évoluent au gré des changements politiques et sociaux, et finalement aujourd’hui verser un verre de vin à Bacchus a autant de sens que de l’avoir fait à l’époque à la santé du minitel. Bon je caricature un rien… quoique : nous sommes bien capables de nous incliner devant une idole de pierre, alors pourquoi pas une faite de plastique brun ? Le sens d’une chose est donc temporaire, associé à une époque et à des mœurs tout aussi temporaires. L’évolution des sociétés engendre énormément de profondes transformations, notamment concernant les habitudes morales et intellectuelles. Mettre en doute la Foi, analyser et s’il le faut renier celle-ci était passible de sanctions et surtout d’un rejet systématique de la foule, alors qu’à présent le faire désintéresse l’immense majorité de la planète hormis peut-être ceux à cheval sur des principes hors d’âge (non je n’ai pas dit ou pensé aux Talibans…). Bref, vivre dans le temps présent fait du passé un non-sens, tout comme nos descendants suggèreront, s’ils ne se sont pas atomisés entre-temps que nous étions tous dans le non-sens et dans l’erreur.

Le second non-sens commun est situationnel. Quel non-sens pour l’Homme de découvrir qu’il a un vélo sur son canot de sauvetage au milieu de l’Atlantique, que dire de celui qui a la boîte de conserve pour se nourrir mais pas la foutue clé qui casse les languettes ou encore de sauter en parachute avec un sac ne contenant pas la voile mais des victuailles. Le non-sens me fait rire quand il est donc pris dans ce quotidien et qu’il met en déroute le bon sens commun. Ah, mine de rien les administrations et autres services tels que l’armée ou les bureaux de poste se font une joie de vous offrir des moments de grande réflexion : le document qui n’existe plus ou tiré de l’imagination fertile d’un expert es paperasse, quelle joie de s’y confronter. Ah le petit moment d’extase du bidasse harcelé dans sa tranchée qui ouvre une caisse de munitions d’un calibre totalement inconnu dans son armement, et puis cette jouissance ultime de voir qu’on sera ravitaillé non pas de rations mais de médailles (authentique ! Les Allemands parachutèrent sur Stalingrad des caisses de croix de fer en lieu et place de rations de survie. Allez comprendre…). Franchement, comment ne pas en rire ? J’admets que celui qui se trouve face au mur de la bêtise a de quoi hurler d’impuissante rage car souvent plus on cherche une explication moins celle-ci apparaît comme proche de soi. Tel un Kafka en procès pour un crime inconnu, le non-sens du judiciaire peut vous mener au poteau ou au cachot. Innocent ? Ca dépend… l’innocence n’est-ce pas là l’état qui précède la culpabilité ? Comment ça, c’est un non-sens que de l’affirmer ? Allons bon !

Enfin, la langue, mon amour, ma douce passion ! A toi seule tu sais faire du non-sens un art, que dis-je une philosophie en soi ! Que penser d’un « C’est aussi absurde qu’un poisson sans bicyclette » ? Dites le moi… parce que moi j’en ris avec délice ! La poésie aime à jouer du contraste et des sens détournés pour que le lecteur puisse apprécier les figures de style. « Le bruit du silence », « L’odeur de la mort », tout ceci n’a pas vraiment de sens puisque le silence est l’absence de bruit et que la mort n’a pas d’odeur… bon d’accord la mort « peut » avoir une odeur, surtout après une demi-journée en plein soleil d’été mais là c’est chercher loin. Je disais donc que le non-sens est un des joyaux de la couronne de la linguistique, s’incrustant entre la rime et la parabole. Pratique, esthétique, facile à manipuler, le non-sens de nos propos apporte souvent le réconfort à celui qui l’utilise : « J’aime à croire que je suis pas suffisamment con pour comprendre que je ne le suis pas ». Orgueil et non-sens puisque nous sommes le pire juge pour soi, car c’est avec notre propre intelligence qu’on se juge. Mathématiquement c’est de la récursivité, et ça peut vous donner le tourni.

« Je suis con, donc je ne peux pas me juger. Mais si je suis con, je ne peux pas non plus penser cela donc je ne suis pas con. Mais en n’étant pas con alors donc je peux dire que je sais me juger mais comme j’en suis incapable je suis donc con… » Et merde…

02 mars 2008

Revenir sur le passé

Ne me demandez pas pourquoi je songe à écrire ce qui va suivre, probablement ai-je au cœur l’envie et rien de plus, comme quelque chose qui s’impose et qui ne s’explique pas. La plupart d’entres nous sont parfois poussés par un désir impérieux, une chose qui ne nécessite aucune explication et ce texte en fait résolument partie. On pourra me juger, analyser et décortiquer mes propos, me taxer de tout un tas de choses et pour certains même me conspuer mais qu’importe, ce qui pour moi compte c’est que j’exprime les idées du moment, ces paroles qui naissent sans qu’on sache trop pourquoi. Alors, malgré les réactions que cela pourra provoquer je vous souhaite une bonne lecture.

Votre Serviteur.

C’est en me penchant à la fenêtre du wagon et que j’observai la chape nuage grise, pesante, dénuée de la chaleur que promet pourtant la proximité du printemps que j’avançai en direction d’une gare inconnue. Quelle importance d’ailleurs la destination, mes pas ne défilaient de toute manière que pour me soutenir et non me mener où que ce soit. C’est un peu comme errer sans pour autant accepter le néant, comme vivre sans pour autant exister. Transparent, passant anonyme parmi les voyageurs, juste remarqué parce que je porte une veste élimée et un pantalon pas suffisamment propre, je passe sans qu’on ne voie quoi que ce soit de moi. Je ne sais pas pourquoi mais malgré les tentatives de mes voisins de compartiment je ne participe pas aux conversations. Ils ont laissé tomber, probablement intimidés par un regard aussi vide que froid, celui que j’arbore sans vraiment le vouloir, de ces yeux qui ne disent pas merci à l’humanité, de ces pupilles qui semblent être devenues noires, profondes, aussi profondes que pourrait être le néant.

Un contrôleur passe, je remarque autour de son cou une petite chaîne, la même chaîne que je porte moi-même. Il la remarque, voit également ce bariolage inutile qui décore mon avant-bras gauche, il me salue d’un hochement entendu, comme deux amis qui ne se sont jamais vus et qui se respectent. Un peu de vie dans un compartiment perdu, dans un train qui défile dans la campagne inconnue. En quittant l’endroit il me regarda à nouveau et me salua étrangement, comme on saluait du temps où tous les deux nous étions vêtus d’un uniforme, lui je ne sais pas de quelle couleur tout comme lui ignorera à jamais comment était le mien. Frères d’armes qu’ils disent dans les livres, frères de misère, frères de regrets quand on se lève et frères de douleurs quand on se couche. Il ferma la porte alors que les autres passagers se remirent à discuter de tout et n’importe quoi, des élections, de la météo, du temps qui passe, des études, de la faculté… et d’un temps qu’ils n’ont pas connu : le mien.

« Terminus » crachota enfin les haut-parleurs. Je quittai le dernier le train, pas pressé de découvrir une nouvelle cité où je ne serai accueilli que par l’asphalte et les associations caritatives. Ce billet m’aura coûté ce qu’il me restait, peut-être que l’adresse que mon ami m’avait donné existe encore. Dix ans déjà, dix longues années à marcher d’une adresse à une autre et à découvrir qu’un tel s’est suicidé, un autre mort d’un cancer. Où sont ceux qui sont revenus ? C’est long dix ans, long comme une seconde derrière des lignes ennemies, long comme l’éternité d’un chant aux morts, infini comme ce clairon qui pleure un cercueil qu’on enfouit sans personne autour de la fosse. Souvenirs lourds, moments de solitude où l’on se saisit d’une poignée de terre et qu’on la jette sur une boîte couverte d’un drapeau. Ca en valait la peine ? Souvent les gens se demandent s’il fallait ou non tenir une arme pour défendre une idée, s’il avait vraiment fallu défendre une façon de voir les choses. Même si, aujourd’hui, je ne suis plus personne, que je ne suis plus un grade ou un nom de code je ne regrette rien. Si l’on avait gagné nous aurions été traités en héros, nous n’avons pas perdus nous sommes donc des anonymes, des gens comme les autres qui ne font qu’être là, un héritage pesant et dont on ne sait que faire.

J’ai du mal, aujourd’hui encore à apprécier les grandes avenues éclairées au néon et les enfilades d’immeubles qui semblent se dresser avec orgueil pour piétiner toute chose humaine. Je déambulai en suivant les indications d’un chauffeur de taxi en direction de cette adresse. Croisement, feu rouge, foule qui avance, se fixe et parfois même recule, j’avançais moi aussi, sac sur le dos et visage fermé. Perdu dans mes pensées je n’avais rien à leur dire, rien à demander, comme si nous n’étions pas nés sur la même terre. Eux pouvaient sourire et rire du temps présent, revendiquer une chaleur intérieure qui s’était étouffée en moi au retour du front. Avaient-ils des parents ayant connu « ça » ? Probablement cet oncle dont on ne parle jamais, cette tante qui a perdu la parole autant qu’elle a perdu foi en sa patrie. Je n’ai pas perdu cette fois inébranlable en ma nation, tant il est vrai que me souvenir d’elle fut ma seule planche de salut, ma seule raison de ne pas me laisser tuer. C’est en m’arrêtant devant une boutique vendant de l’électroménager que je saisis alors tout le décalage entre ce monde et le mien : les télévisions couleurs jetaient des images d’un président pour lequel je n’avais pas voté, des scènes d’un conflit à l’autre bout du monde racontait que d’autres après moi continuaient la lutte, ces batailles éternelles mais oubliées à la génération suivante. Qui étais-je pour me plaindre, qui étais-je pour suggérer quoi que ce soit à la foule aussi versatile qu’ignorante de ce que sont la mort et le désarroi des soldats oubliés ?

Une sonnette. J’ai l’air d’un paumé, un de ces chiens errants dont on n’a que faire et dont on a envie de taire l’existence. Je me suis longuement essuyé les chaussures sur le paillasson de peur de laisser mes traces sur la moquette. Je presse le bouton, juste une fois, comme si j’avais honte de le faire. Le tintement résonne, je frémis, comme si cette porte en s’ouvrant pouvait me happer et me tuer. Comme si mourir représentait la moindre importance… La porte s’ouvre, un gosse se tient dans l’espace retenu par une chaîne. Il me regarde de ses prunelles, comme deux noisettes fraîches me longeant de bas en haut. Il me sourit comme s’il me reconnaissait. Des pas. Quelqu’un vient, une fois masculine, sa voix, celle de ce pote, quelqu’un que j’ai envie de voir et dont je crains à la fois l’apparition. M’a-t-il oublié ? Suis-je encore dans sa mémoire ? Est-ce que c’est bien lui ?

La chaîne s’enlève. La porte s’ouvre grand. Il me regarde. Il est là, il a un peu vieilli, du gris aux tempes mais plus de cheveux que la dernière fois qu’on s’est vus. Il me dit juste « Entre donc, on va se boire un verre ». Je pénètre dans l’appartement. Qui suis-je ? Un fantôme de son passé de soldat ? Un de ces épouvantails dont on voudrait ne plus avoir le souvenir ? On se scrute, timide, et pourtant je suis fier de le voir. Il était ma chair, j’étais la sienne. Une femme sort d’une autre pièce, elle semble me reconnaître elle aussi alors que je ne la connais pas. Elle vient vers moi et au lieu de me tendre la main m’embrasse sur les joues comme une vieille connaissance. « Merci d’être venue, vous lui avez tant manqué ! » dit-elle en me serrant entre ses bras. Qu’a-t-il dit sur moi ? Le gamin s’approche et demande à haute voix à son père « C’est lui le héros qui t’a sauvé ? ». « Oui mon fils, c’est bien ce monsieur. » Il verse une larme lui aussi, la même qui coule le long de ma joue. « Je ne suis pas un héros, mais j’ai servi avec des héros… »

29 février 2008

Un message pour les femmes

Si je prends ma plume ce soir ce ne sera pas pour jouer les poètes ou l’écrivain mielleux lancé dans un spleen déchirant de romantisme faisandé, mais pour une révolte que j’estime aussi légitime que trop ordinaire. Pourquoi est-ce que l’on aborde si rarement la condition des femmes battues ? Pourquoi a-t-il fallu qu’il y ait quatre décès dans la même journée en Espagne pour qu’un battage médiatique puant de bonne conscience daigne traiter la question ? Deux millions de femmes au moins sont maltraitées et environ 400 d’entres elles décèdent chaque année, soit statistiquement plus d’une femme par jour ! Ramener le sordide à des chiffres est pire encore car mine de rien, les gens utilisent ces chiffres pour dédramatiser et minimiser ce scandale social. J’ai honte d’être un homme dans ces conditions, j’ai honte d’avoir le sexe masculin quand je sais que mes congénères se comportent de manière pire que la plupart des animaux. Comment se regarder en face quand on a battu sa femme ? Qu’on m’explique, j’ai du mal à comprendre.

Je suis révolté par l’attitude impassible des passants, elle me mène à la colère la plus noire qui soit. Comment ça, ils ne sont pas au courant ? Comment ça, ça ne se remarque pas une femme qui est battue par son conjoint ? Et les hématomes, ils sont dons occultés, l’œil au beurre noir c’est la divine chute dans les escaliers ? C’est outrageant d’entendre le discours dédouanant qui leur tient lieu d’excuse « Je n’ai pas à me mêler de la vie privée des autres ». Parce que porter assistance à quelqu’un en danger c’est immoral ? J’ai en travers de la gorge cette banalisation qui fait que, chaque jour, une femme finit mise en terre et que son bourreau soit traité sur une base d’homicide involontaire. C’est un meurtre, pur et simple, une épée de Damoclès qui pendait au-dessus de la tête de la victime et que chacun savait être prête à porter l’estocade fatale. Arrêtons de se mentir, nous sommes responsables de la situation à trop laisser faire !

Que les voisins ne s’en mêlent pas est une chose, mais qu’on cherche pardessus le marché des excuses psychologiques, des syndromes bien cadrés dans les livres de psychiatrie analytique l’est encore plus, et surtout je ne tolère pas l’excuse imbuvable du « son père faisait pareil ». Désolé, un fils d’alcoolique n’est pas tenu de boire comme son père, une fille de toxicomane n’a pas l’obligation de se mettre les veines en compote, pas plus que les enfants d’une prostituée auront le malheur de faire le trottoir pour survivre. C’est si simple de résumer des crimes par des antécédents… Ces femmes qui pleurent en silence, qui subissent la violence gratuite d’un homme déchaîné demandent justice, simplement la justice que nous leur devons, nous les concitoyens autant que les pouvoirs publics. N’est-il pas scandaleux qu’une femme battue est accueillie avec suspicion dans les commissariats, qu’elle soit limite refoulée sous couvert d’une faute morale supposée ? Un homme qui bat sa femme n’a pas de prétexte valable, aucune bonne raison n’est suffisamment impérieuse pour expliquer une telle rage. Hors de question de trouver d’une manière ou d’une autre une atténuation dans la sanction.

Depuis quelques temps maintenant la loi a daigné prendre en compte la peur légitime des femmes n’osant pas porter plainte : la procédure prévoit enfin que les pouvoirs publics puissent déclencher la procédure sans même avoir besoin d’une plainte écrite… mais combien de temps aura-t-il fallu ? Combien sont alloués à un tel rôle ? Deux millions… deux millions de femmes, ce n’est pas une quantité négligeable bon sang. Osons toucher à ce problème de société, c’est une priorité tant sanitaire que sociale. Sanitaire au titre que la plupart sont mères et les enfants sont eux aussi en danger, et sociale parce qu’il nous faut absolument marquer la volonté de chacun de faire cesser cette honte nationale. Nos femmes, nos sœurs, nos épouses ne sont pas des souffres douleurs, des exutoires aux frustrations masculines, elles n’ont pas à porter le fardeau de nos petits drames intérieurs. Offrons leur soutien et respect car elles méritent plus qu’un encart dans un vague journal et ce l’espace d’un jour de souvenir aussi pathétique qu’énervant.

Marie Trintignant est morte. On en a parlé, fait tout un battage, mais aussi étrange que cela puisse paraître personne, je dis bien personne n’a fait le moindre rapprochement ni déclenché de médiatisation d’un phénomène dépassant deux vedettes alcoolisées et sous tranquillisants. Un drame reste un drame, pas question d’en minimiser la portée privée, mais pour moi j’ai trouvé de déballage totalement incongru tant on l’a dissocié du fond du problème. Une femme battue qui meurt… on en tient alors compte que si elle est fille d’un acteur célèbre ? Une femme qui souffre un martyr quotidien… on s’en préoccupe alors uniquement quand elle est fille de ou épouse de ? La médiatisation des drames personnels n’est pas le plus indispensable, loin de là, c’est avant tout le thème complet qui mérite une explication à l’échelle du pays. J’estime d’ailleurs que la condition féminine n’a faite que se dégrader ces dernières années : attitudes dénigrantes envers les femmes dans les musiques à la mode (Merci au bimbos classant la femme de tous les jours au rang de « boudin » et merci aux rappeurs d’avoir fait des femmes des « putes »), on ne les voit presque plus comme étant humaines mais comme étant objets de désirs. Désolé, femme ou homme nous devons un respect égal à tous les sexes, et qui plus est il est un devoir qu’on ne saurait remettre en cause : celui d’être droit. Quand je parle de droiture, je parle de respect de l’humanité d’autrui, de la compréhension de son existence et de sa personnalité, pas d’une conscience purement philosophique tout juste bonne à être étalée à un comptoir crasseux.

Bien des femmes ont une attitude qu’on leur a enfoncé dans la tête dès leur plus jeune âge : tu seras comme ci, tu seras comme ça, tu le laisseras dire quoi faire… mais merde ! Une femme n’a pas à se plier à un joug quel qu’il soit, vivre en couple c’est en partager les bons et les mauvais aspects de l’existence. En quoi une femme est-elle tenue d’être la bonne du foyer ? Historiquement c’est, mine de rien, elle qui a toujours géré les finances et la bonne tenue de la maisonnée. J’estime qu’il serait juste que cela devienne un partage équitable et consensuel de ce quotidien, de cette routine à laquelle on tient malgré tout.

Si vous avez une femme que vous savez être battue… appelez. Faites en sorte que son calvaire cesse. On parle souvent en guise de placebo moral qu’elles ont des enfants, que la séparation est dure, que quitter un foyer est un déchirement. Oui, certes, mais ça sera toujours moins difficile pour un enfant de quitter un papa brutal que d’accompagner le cercueil de maman.

A vous de choisir, moi j’ai choisi mon camp.

28 février 2008

Les sept péchés de la plume


Juste une information en passant: ne faites pas confiance à la correction orthographique des logiciels du commerce... ne faites pas comme moi, ne m'étant pas relu c'est après coup que j'ai constaté que péché est devenu pêché. L'un dans l'autre ça changeait radicalement le sens de mon propos, non?

Après une petite introspection digne des divans les plus matelassés et ayant écoutés les confessions les plus intimes, je me trouve bien penaud face au dilemme de devoir ou non reconnaître le pourquoi de ma passion pour l’écriture et indirectement pour la chronique. Bien sûr il y a là l’ombre de mon « maître » à penser que je ne présente plus (ou que les moins assidus reconnaîtront en me lisant en amont de ce texte), mais hélas, trois fois hélas je dois constater que la seule et unique raison de l’usage de la plume est simplement le péché. Oui, le péché, enfin les sept capitaux, ceux qui vous garantissent sans aucun doute le voyage sans retour en classe affaire vers l’enfer. N’étant pas spécialement prêt à me faire rôtir le séant dans les forges fumantes d’un démon amusé par ma grande gueule, je vous liste donc ce qui fait de moi un pécheur parmi les pécheur, un hérétique doublé d’un voyou linguistique pas peu fier d’être dans la ligne de mire divine… si ça ce n’est pas de l’orgueil ça…


Commençons par l’avarice, puisqu’il faut bien commencer quelque part. Les plus gentils avec ma trogne de scribouillard diront que je ne suis pas avare en terme de volume ni en terme de réflexions, mais se rendent-ils compte que j’use et abuse de ce procédé uniquement parce que ça ne coûte rien de critiquer et qu’en cas de bonne analyse cela rapporte l’admiration d’une foule facilement impressionnable ? Et oui, c’est bien avec l’esprit de corruption que je viens donc coucher chaque jour ou presque mes élucubrations plus proches de la masturbation intellectuelle que de l’analyse finement menée. Je n’ai rien d’un documentaliste travaillant au courrier international et probablement suis-je trop monolithique voire dogmatique dans mes propos pour pouvoir envisager un jour une place dans un vrai journal. Enfin bon, du moment que je ne sois pas tenu de signer un chèque pour vous permettre de me lire… Bref, radin je suis radin je serai !

Ah le péché de la colère, ce bon vieux compagnon de mes infortunes morales, cet ami de toujours qui vous conseille si mal que finalement vous lui trouvez des excuses. Je ne me cache pas de pécher sans arrêt de la sorte, braillant à qui veut l’entendre ma haine de la bêtise, ma frustration quand un crétin se croit malin en prétendant avoir un savoir dont il n’a pas la moindre compréhension et surtout une haine farouche pour l’Humanité et son inusable débilité. Colérique, moi ? A peine ! Rageant pour à peu près n’importe quoi, je pense que c’est là une de mes pires déviances au point qu’elle en deviendrait presque une des bases principales. Après tout, rien que mon nom de plume est fait pour y exprimer l’agoraphobie que je subis quand je suis au milieu de ces moutons bêlant en attendant l’abattoir militaire, social ou juste biologique. Mourir oui, mais pas comme un con ni même pour rien. Alors la Mort, voilà je suis en colère contre toi, tu m’emmerdes à venir me faire digresser en pleine exposition exhibitionniste de mes pensées les plus intimes !

L’envie ? Facile et peu à dire dessus : j’envie les génies, les vraies plumes, ces pointures capables de vous emmener rêver en trois mots, chose qu’un autre ne sera pas foutu de faire en cent pages. Les énumérer serait si long qu’une journée de travail n’y suffirait pas, et malheureusement je n’ai pas ma place dans le classement des génies littéraires. C’est un cercle vicieux : j’envie London, je ne peux pas lui arriver à la cheville donc je suis en colère, et pardessus le marché je constate alors que je suis trop paresseux pour être aussi besogneux que lui. Oh rage, oh désespoir, oh faiblesse ennemie…

Que vient faire la gourmandise dans l’écriture ? Pour une fois (et sûrement la seule fois) je trouve que la gourmandise n’a rien à faire dans la liste des péchés tant il m’est agréable d’être gourmand de livres, dévoreur de magazines passionnés, véritable épicurien du verbe qui se nourrit littéralement de la littérature comme d’autres se bâfrent de sport. A ma décharge j’avoue avoir un faible pour le livre pur et dur tant il sait nous emmener au-delà de toute limite physique… Pourtant on dit qu’il faut être mesuré, patient et peu gourmand pour pouvoir savourer chaque part à laquelle l’on peut aspirer. Moi je pompe la moelle des livres, m’en goinfre et ma vie sera trop courte pour me donner le temps d’arriver à satiété. Pardonnez-moi parce que j’ai péché, je me suis envoyé l’intégral d’Emile Zola et pas d’Emile et images…

La luxure est de l’ordre du domaine privé mais sachez tout de même que je n’hésite pas à user de ce que la plume peut offrir de plus sensuel avec la personne qu’il faut. Ca… pas question d’en parler ici, à moins qu’on m’en fasse explicitement la demande (avec le chèque qui va bien).

Que je suis bienheureux de vous savoir encore là à me lire, à me sentir utile à quelque … ah merde ils sont tous partis, là je cause tout seul. Et oui j’ai l’orgueil en bandoulière et l’égo démesuré. Fier de ma plume, ça oui je le suis, et qui plus est je le revendique sans état d’âme. J’aime écrire, j’aime partager et j’aime encore plus quand on me dit que je fais le bien. Ca flatte le cœur de se savoir apprécié, et pourtant je n’ai pas une si haute estime de mes compétences. C’est juste qu’il est bon de se savoir lu et commenté malgré toute la charge que cela représente chaque jour … Comment ça je ne suis pas crédible ? Mais si c’est du boulot que d’écrire, enfin taper sur un clavier ! C’est une vraie charge que de fouiner et trouver des informations utiles pour vous faire plaisir … Bon d’accord, c’est moins long que d’enquêter et surtout moins difficile quand on ne fait que dire des banalités, mais bon… Voilà je suis fier de moi et merde à ceux qui ne sont pas contents.

Enfin, douce paresse, tu arrives en dernier parce que c’est elle qui motive ma passion de la lecture car trop flemmard pour faire du sport et trop malin pour m’épuiser à courir vainement autour d’un stade j’ai choisi le fauteuil anglais accompagné du feu de cheminée pour y déguster paisiblement les pages agréables d’un auteur compétent. Ecrire ici est juste une façon de faire plaisir à bon compte et surtout sans trop se fouler. C’est plus facile d’écrire tout cela que de faire les boutiques pour faire un cadeau aussi vite ouvert qu’oublié, c’est bien moins contraignant que de connaître les goûts des autres pour leur donner ce qu’ils aiment. Ici, il me suffit de soulager mon esprit et voilà que tout le monde est content. Pratique non ?

Bon je vous abandonne, Satan m’attend, il leur manque un joueur pour la belotte. Tiens t’es là aussi Bouddha ? Salut Jésus, salut Pierre, comment va Marie ? Allah ! Toujours à bouder celui-là… mais non le jeu n’est pas prohibé ! On est en enfer là ! Reviens !

27 février 2008

Point d'écrit pour ce soir

N'appréciant pas les gens qui ne se présentent pas aux rendez-vous et en sachant que j'ai quelques lecteurs assidus (les pauvres...), je prends donc le temps de dire qu'il n'y aura pas de brève ce soir pour tout un tas de bonnes raisons.

Je vous souhaite à tous une bonne soirée et à demain.

Frédéric / JeFaisPeurALaFoule

26 février 2008

Pédant

Que je peux honnir les gens qui sous couvert d’expertise dans un domaine particulier ne se « prennent pas pour de la merde ». Ils ont le don de m’irriter tout particulièrement lorsqu’ils ajoutent sans arrêt « Tu ne peux pas comprendre ». Rien que cette phrase suffit à distinguer celui qui a des connaissances et qui les partage et celui qui n’a pour but que de se glorifier. Ils sont partout ces cuistres qui vous bourrent la tête de faits supposés et qui généralement voient des faits inévitables être étrangement éludés. Depuis le plus petit des sans compétence revendiquant un savoir aussi inutile qu’abscond (ah le doux plaisir d’écouter le « roi » du culinaire faisant preuve d’une morgue incroyable concernant les sandwichs Mc Donald’s) jusqu’au professoral autoproclamé œnologue déblatérant des lieux communs sur un verre de vin dont (je cite) « le grenat de la robe et le maintien en bouche sont excellents ». Ah bon ? Parce qu’en dehors de ressortir cette foutue phrase tu es capable de reconnaître un Bourgogne millésimé d’un Gewurztraminer vendange tardive ? N’ayant aucune compétence dans le domaine je me gausse pourtant de ces êtres bâtis par la prétention d’enseigner et détruits par l’inculture qui les as mis au jour.

Tout prête à ce comportement et nulle chose humaine ne saurait y échapper. Prenez la politique… non pas la fuite je viens juste de commencer ! Donc la politique : à lui seul ce domaine suffirait à remplir toutes les étagères de la bibliothèque, enfin bestiaire à opinions formatées et aux démonstrations sans aucun fondement. Certains nomment cela à juste titre la brève de comptoir, cette réflexion qui tient plus de la lapalissade que d’une analyse complète de la situation. Tenez, Poutine, ce brave président russe qui symbolise aujourd’hui le diable en occident. Demandez donc à vos experts ce qu’ils savent de lui, ce qu’ils connaissent de ses actes politiques et surtout, oui surtout soyez vicieux en leur demandant ce qu’ils auraient faits pour l’école de Beslan. Etrangement vous obtiendriez tout un tas d’idées allant de la négociation légitimant alors le terrorisme jusqu’à la plus farfelue des propositions comme une intervention limitée des forces spéciales. Comme si un chef d’état pouvait s’offrir le luxe de faire une partie de jeu vidéo quand il y a la vie d’écoliers en jeu… Bref, notre spécialiste pédant vous battant les oreilles d’un « Si c’était moi, je … » mérite autant de coups de pieds au fondement qu’il y a de bêtises dans sa culture. Cela relancerait, je crois, l’industrie hexagonale de la chaussure et même de la bottine tant cela représenterait de coups à porter !

Paradoxe de l’Homme : plus la chose est complexe à expliquer plus il aime la résumer en quelques phrases toutes faites. Telle chose aurait pu être faite parce que … telle autre n’aurait jamais du arriver parce que… C’est quand même dingue de se dire que certains vont jusqu’à s’imposer spécialistes des batailles antiques et de suggérer des stratégies différentes aux illustres généraux et/ou empereurs. Comme si Alexandre, Napoléon ou Rommel avaient eu besoin d’un guignol pour mener des batailles difficiles… C’est toujours un véritable morceau de bravoure que de les voir s’enfoncer dans l’inepte et l’incongru quand ils vous démontrent que « Si machin avait ouvert le flanc gauche de bidule, m’est avis qu’ils auraient gagnés ». Etrange qu’un conquérant ayant vaincu sans arrêt n’ait pas pensé à ça… Laissons le délirer en paix, probablement a-t-il appliqué sa stratégie dans un jeu quelconque.

Dans le quotidien vous en avez des plus proches de vous, de ces pédants qui vous suggèrent tout et n’importe quoi. Il a le bon rôle, l’expert : celui qui conseille n’est que rarement celui qui agit, et si cela mène à l’erreur il n’en subira pas les conséquences. J’ai un souvenir ému de ces tordus qui conseillaient, pince sans rire, d’acheter de l’eurotunnel en pleine euphorie. Merci à eux d’avoir ruinés des milliers de petits porteurs, tout cela au nom d’un progrès qui me semble aujourd’hui encore plus que douteux. Bon là sur ce thème je reconnais sans ambiguïté une certaine inimitié pour l’Albion, probablement eut égard à son tempérament insulaire et insolant envers l’Europe. Mais ça c’est une autre histoire. Pour tout dire (et revenir au thème qui nous intéresse) je crois que la majorité des dits pédants se trouvent hélas entre les murs isolés des banques, les fesses bien fichées dans des fauteuils de cuir et qui vous dévisagent d’un regard condescendant quand vous avez le culot de quémander un crédit.

Le pire des pédants est finalement le con (là par contre j’y vais franchement) qui vient expliquer à des parents comment éduquer leur progéniture, tout en sachant qu’il n’est pas parent lui-même. Ce serait comme un professeur de natation ne sachant pas nager, non ? Ils sont là, à dire « Il mériterait une dérouillée ce mioche » comme si la sanction avait systématiquement des vertus éducatives. C’est encore lui qui se sentira agacé de voir remuer un enfant et d’aller dire à ses parents avec un sans-gêne évident « Faudrait le tenir en laisse ». Prétentieux, évite de te reproduire, d’une part cela évitera un gosse traumatisé et d’autre part ça nous évitera surtout d’avoir à gérer ton rejeton au moment où tu auras perdu toute patience.

Par pitié faites les taire ! (Les pédants je veux dire…)