03 décembre 2007

Architecture atmosphérique

La grande plaisanterie des mégapoles modernes est de prétendre intégrer l’humain (sous-entendu le bétail que nous sommes) en son sein de béton et de verre, le tout dans une atmosphère capable de nous fournir une ambiance heureuse et même chaleureuse. D’après certains il existerait même un emploi nommé « urbaniste » qui a pour vocation de réussir l’union entre la chair et la matière inorganique des tours et de l’asphalte. Ayant pris mes fonctions ce matin dans des locaux aussi accueillants qu’une porte d’acier estampillée « Arbeit macht frei », en toute franchise j’aimerais clouer au pilori l’ahuri d’architecte responsable de cette incurie : tour de verre sombre aux flancs lisses, intérieur hésitant entre les enfilades de couloirs uniformes et aux entrelacements de voies de circulation sans sémaphores, ma première impression fut de me croire dans un roman de Kafka, mélange incohérent entre réalité professionnelle, déshumanisation par l’habitat et absurdité des situations. Quoi d’intelligent dans un contrôle systématique… mais parfaitement en panne ? Ubuesque jusqu’au point de non retour vu qu’on pousse le vice jusqu’à donner des mots de passes temporaires pour toute chose, identifications qu’on s’empresse de supprimer à la première occasion. Allez comprendre…

Ah, mais là je sens qu’on va me reprocher d’avoir accepté le changement, qu’on va dire que je critique gratuitement et que ma fatuité n’est que la conséquence d’une mauvaise volonté ! Hélas, si c’était si simple ! J’estime que construire est une maladie chez l’homme, notamment quand il s’agit de rechercher la hauteur tout en favorisant l’entassement des personnes dans des pièces exiguës. Non que je ne sois pas satisfait de mon équipement ou de mon fauteuil, pour tout dire c’est même le meilleur fauteuil de ma carrière, mais au bout du compte pour tout point de vue depuis la dite tour de verre je n’ai en vis-à-vis… qu’une autre tour de verre tout aussi sinistre. Il y a maldonne là ! On ne perche pas les gens pour leur faire croire qu’ils travaillent dans des caves, ou alors grimper dans l’immeuble sous-entendrait une chute hiérarchique. Il y a de quoi s’y perdre.

Un peu de pragmatisme, allons voir ce que les « locaux » appellent avec complaisance l’esplanade : Dalle de béton informe ornée de sculptures hésitant entre l’accumulation de ruines et le dépotoir régional, le dit point de vue mène implacablement sur d’autres immeubles, d’autres locaux tout aussi glacés et improbables que celui qui devient mien aujourd’hui. Grognement de frustration excepté, j’avoue m’être esclaffé avec cynisme en constatant que nos fenêtres peuvent s’ouvrir, pas celles des locaux un peu plus loin. Maigre consolation n’est-il pas ? Après tout on ne me demande pas de vivre dans cette chose mais juste d’y travailler… Bon, faisons donc ce que l’on peut me demander, mais apparemment travailler serait tout aussi tabou que l’embellissement de la rue à l’aide de pots emplis… de terre.

Quand je songe à ce que des visionnaires de la truelle ont réussi ici je comprends mieux le désastre de l’architecture Soviétique qui a su ajouter au mauvais goût le côté « utilitaire » du bunker aux locaux administratifs : vastes pavés de béton armé orné de meurtrières, ambiance gris sale pour toute perspective, la volière élevée au rang de chef-d’œuvre aussi imposant qu’immonde. On a souvent taxé les bariolages pastel des artistes d’inepties, à tout choisir je crois qu’il aurait été plus drôle d’entrer dans une de ces peintures quitte à y perdre en fonctionnalité. C’est probablement une pure question de goût personnel : un lieu infect aussi propre soit-il ne fera jamais un bon endroit pour y passer du temps !

Finalement remercions la divine providence qui a donné des idées intelligentes à certains comme interdire de raser les vieilles bâtisses et préserver un patrimoine comme les bâtiments du temps d’Haussmann, en sachant que lui-même avait rasé Paris pour le reconstruire de toute pièce. Qui est le sauvage finalement ? Pour ma part je préconise de raser ces immeubles pour replanter des arbres, puis d’interdire scrupuleusement l’emploi de dalles gigantesques de béton en lieu et place d’aires en pelouse. Et dire qu’on peut faire de belles choses quand on veut...

Bon ! D’accord je n’ai pas d’exemple concret là, vous me faites… !!!

29 novembre 2007

Vraie beauté intérieure qui se voit à l'extérieur

Souvent, les gens trouvent le moyen de se plaindre de peu de choses, de dramatiser le quotidien comme s'il n'y avait rien de plus à faire que de se morfondre. La Vie sait être une chose dure, intolérable même, et parmi les décombres des existences ruinées et sous les larmes de douleur se cachent des trésors d'humanité et de beauté. Observez bien cette vidéo avant de lire ce qui suit en dessous...


Vous avez bien vus: le danceur est unijambiste et la danseuse n'a qu'un bras. La petite histoire veut que lui a perdu sa jambe dans un accident de la route à 19 ans, et elle son bras à l'âge de 4 ans. J'ai également appris que l'un comme l'autre n'avaient aucune expérience de la danse avant de se lancer le défi de gagner le concours d'une chaîne de télévision Chinoise.

Moralité? Et bien... si cette danse vous a tiré des larmes d'émotion, inutile que j'en fasse des tonnes pour vous expliquer quoi retenir. Pour les autres, vous pouvez passer votre chemin.

Moment de violence gratuite

Parfois, je dis bien parfois (heureusement d’ailleurs), il arrive qu’on évoque avec une certaine envie le plaisir malsain d’utiliser la violence, la rage sanglante qui couve en nous comme seuls arguments de communication. Bien sûr que toute personne dite civilisée ne devrait pas se laisser aller à ses instincts primaires et négocier toute échéance ou évènement avec la « pensée » posée et intellectualisée qui est supposée être nôtre depuis que nous ne vivons plus dans le arbres, mais franchement, toujours réfléchir, toujours tergiverser et négocier, personnellement il m’arrive que cela m’horripile au point d’envisager l’utilisation de termes somme toute communs tels que génocide, exécution sommaire, et parfois même pendaison par les tripes en haut de l’obélisque. Rien que d’y penser j’ai l’écume aux lèvres, la folie rageuse s’apprêtant à surgir de je ne sais quel reste d’animalité incontrôlée…

Je me remets, on respire bien fort, on inspire, expire, on se détend… et puis non finalement ! Aborder les problématiques avec une hache affutée au lieu de jouer les diplomates, il y a de quoi se soulager des frustrations quotidiennes : l’emmerdeur de voisin qui découvre la puissance de sa télévision… et un membre en moins ! L’abruti qui au petit matin, vexé de devoir attendre quelques secondes au feu rouge et qui use et abuse de son klaxon… Et vlan le capot dans les dents ! Et puis cette vieille qui tente de vous prendre la place dans la queue au supermarché sans la moindre excuse ni regard… et un coup de pied dans les rotules à la vioque ! Rhaaa ! Ca me rend dingue ! La vengeance n’est pas une solution parait-il, mais là, en toute honnêteté, j’ai des envies d’homicide et de brutalité sanguinaire…

Je vous vois vous demander et vous gratter la tête en signe d’interrogation concernant cette poussée imprévue de haine gratuite, certains hochant négativement la tête en signe de désaccord ou pire encore de désespoir… pourquoi donc, alors que d’habitude je fais preuve d’une saine virulence lexicale qui parfois, quand la chance est avec moi, vire au lyrique suis-je donc devenu « bourrin » ? Parce que ! Une envie, ça ne s’explique pas, ça s’exprime, tout comme le bébé communique par le râle aigu qui tente la communication qui n’est finalement rien de plus que la satisfaction d’une exigence biologique quelconque. Primaire il est dans ses babillements, primaire je suis dans mes attitudes là. Faites place, le tank se lance à l’assaut de l’humanité et tel Attila j’empêcherai à l’herbe de repousser sur mon passage !
Assis sur un chariot de bois je fonce à travers les troupes inconnues mais forcément ennemies, juché sur un cheval je pourfends la masse haletante… Et les époques se succèdent au rythme de mes névroses. Romains, Soviétiques, Polonais, Américains, Allemands, Teutons, Chevaliers croisés, je suis tout le monde, je suis une brute vouée au combat et à la victoire ou la mort. Sans s’arrêter pour respirer je démolis, rase les villes, conquiert des univers entiers et des steppes nues, je grimpe des montagnes pour aller débusquer mes adversaires par delà les neiges éternelles… je suis …

…Une main se pose alors sur mon épaule. Du parfum de la poudre et des cendres d’un monde honni s’élève la senteur suave de violette de son parfum. Reniflant cette étrange présence je reprends peu à peu mes esprits, mon corps se décontracte lentement tandis que mes doigts gourds d’avoir serrés trop de cous haïs libèrent des armes souillées. Je la sens, elle est là, toute proche, se collant à moi et soupirant mon prénom comme je pourrais soupirer le sien. Elle m’enlace alors que la crasse de ma colère me colle encore à la peau. Sa bouche m’offre alors la délicate sensation d’être à nouveau quelqu’un, non plus un monstre mais un être désiré, aimé et chéri tant en gestes qu’en pensées. Je la vois alors, fragile et pourtant indestructible dans ses convictions, soutenant mon regard fou injecté de sang. Elle me sourit, je fonds insensiblement vers ma nature profonde, l’enfant adulte qui aime être aimé…
On s’embrasse, on repousse les corps décharnés du massacre, on éteint la lumière et nos vêtements disparaissent dans les ruines d’une journée que j’aurais aimée normale. Suis-je donc un assassin ? Rien que par la pensée, rien que par l’imagination sûrement, mais jamais encore je n’ai laissé la violence prendre le pas. Dieu merci tu es là, patiente et charitable avec ton fou d’amant…

Et dire que j’aurais aimé en finir avec ces Hommes qui sentent la pourriture de l’âme et qui exhalent la vacuité des cœurs ! La prochaine fois peut-être…

Et je ferme les yeux en souriant.

28 novembre 2007

Glacier

C’est au sein de la froideur nocturne des glaces des pôles que je prends mon envol ce soir. Cerné par la blancheur de la glace polie par les vents, j’observe et écoute la bise déferler entre les montagnes givrées. A croire que c’est le seul endroit encore réellement sauvage qui existe en ce bas monde…

Et non ! Je n’ai pas consommé de stupéfiant ni quelque substance psychotrope que ce soit, c’est juste que je suis fasciné par la propreté immaculé (en un seul mot) de l’Arctique et de l’Antarctique. Continents de froid extrême, d’hostilité naturelle envers l’humain, il s’avère pourtant possible d’y vivre et même d’y croitre. La preuve, les Inuits y sont bien parvenus dans une certaine mesure. Pourtant, le ridicule de l’homme, sa soif infecte de pouvoir et son avidité de possession poussent l’animal que nous sommes tous à vouloir à tout prix planter un drapeau et revendiquer un territoire vierge de notre bêtise au nom d’une science scélérate ou d’une démagogie politique inepte. Certes, l’exploit peut être admiré, la Science peut se targuer d’étudier notre monde et d’en tirer des leçons parfois utiles comme par exemple savoir qu’un homme plongé dans une eau à quelques degrés meurt en quelques minutes, même équipé d’une combinaison de survie. Rien qu’en songeant à ces trouées, ces ports construits pour « durer », puis abandonnés aux frasques de la débâcle et de l’embâcle, puis finalement à l’érosion de l’oxydation, je suis vraiment peiné de me dire qu’on sue sang et eau en pure perte.

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui mangent et ceux qui regardent les premiers se nourrir. Pour ma part j’ai l’immense chance de faire partie de la première classe, de celle qui a le luxe de prétendre à avoir un jour du cholestérol et de pouvoir gâcher à l’envi sa pitance. Le grand nord lui, est un lieu réellement pur dans son fonctionnement car contrairement à la littérature de bazar le classant comme cruel et inhumain, il est juste naturel, parfaitement pur et donc absolument intraitable avec la faiblesse. Qu’on aille m’expliquer le pourquoi du comment des grandes ruées humaines de la fin du XIXème siècle autrement que par la soif de l’or jaune puis de l’or noir et je rendrai cette folie plus honorable dans mes propos. Certes des plumes ont su y trouver une humanité et une beauté à couper le souffle comme J.London, mais pour autant doit-on alors taire que cette frénésie a détruit cet environnement pour de maigres profits ? Des villes de l’époque il ne reste que quelques bourgs indigents qui servent tout au plus d’étapes à touristes en quête de clichés, et les rares orpailleurs qui y subsistent y sont pour le folklore plus que pour le gain en poudre dorée. Déforestation et destruction, le tout pour une addiction au métal précieux, triste ironie non ?

Plus près de nous, nous sommes devenus des sauvages plus primitifs que les premières peuplades humaines, car dans l’absolu nous avons perdu le respect indispensable à la Vie au profit de l’exploitation égoïste. Ruiner la nature pour en faire notre esclave docile, quel vieux rêve qui a toujours tourné au cauchemar ! A croire que nous ne savons pas retenir les leçons du passé. En y songeant bien, nous sommes incapables d’apprendre et ne faisons que singer ce qui a déjà été tenté. L’espace ? Un défi pour les rêveurs mettant la moralité en veille pour servir les intérêts des ambitieux. L’océan ? Un vaste marché autoroutier de marchandises, et au surplus une aire d’exploitation de la pêche à l’échelle de notre bêtise. Donc il ne reste alors que le grand nord (ou sud) à explorer, massacrer, dévorer, puis finalement abandonner à son sort.

La fonte des glaces polaires est semble-t-il un problème évoqué de manière récurrente par les écologistes, ces pourfendeurs de la nature dont ils ne sont pas foutus de comprendre qu’ils sont, eux aussi le bourreau de celle-ci. Après tout, toute personne vivant sur Terre est un parasite de la planète bleue non ? Pour ma part je rêve d’aller visiter ces espaces vierges, prendre le temps d’y déposer un regard apaisé et de sentir en moi non pas le désarroi du vide qu’on pourrait envisager mais au contraire la plénitude tranquille d’un homme ayant enfin trouvé le lieu qui lui convient. C’est bien évidemment purement égoïste d’y croire, et encore plus de m’imaginer meilleur qu’un autre, plus respectueux de la nature que mon voisin… mais à chacun ses rêves.

Qui sait, des ancolies y poussent peut-être à la fonte des neiges…

27 novembre 2007

Nettoyage d’hiver

A l’instar de l’écureuil l’homo debilus a une fâcheuse tendance à accumuler tout et surtout n’importe quoi dans ses pénates, comme si les lendemains qui déchantent étaient pour ainsi dire la règle. Etrange chose qu’est notre intérieur : patiemment nous engrangeons une quantité invraisemblable de petites choses, de petits riens qui mis bouts à bouts forment un capharnaüm indescriptible. Grenier ou cave, étagère croulante sous les bibelots infâmes et souvent grotesques, placards jamais ouverts de peur d’y trouver le croque mitaine, tous nous additionnons nos reliquats de souvenirs sous la forme d’objets hétéroclites.

D’un point de vue purement sentimental on pourrait aisément pardonner ce conservatisme de prêteur sur gages : le briquet du grand papa, la pelote de laine du chat parti trop tôt (ou trop tard en regard de l’état du canapé favori du félin), et ces cartes postales qui racontent des tranches de vies banales mais ayant prises la patine jaunâtre du temps. Encore que parfois on pourrait s’abstenir, ou tout du moins faire un petit tri sélectif de sorte à ne conserver que l’essentiel pour ne pas s’encombrer du superflu. Je puis saisir l’intérêt de garder le nounours favori du petit dernier, mais de là à garder son coffre à jouet complet avec son contenu, il y a une marge de manœuvre fort large non ? Et puis, faire don de ces choses là saurait rendre d’autres au moins aussi heureux que ce petit … qui a trouvé le moyen de dénigrer le jouet déniché à prix d’or mais jamais utilisé dans les faits. Enfin bon, l’aigreur est inutile, on pardonne à ceux qu’on aime, paraît-il…

Bref, oser mettre le nez dans la poussière et les toiles d’araignées dans la glauque demi obscurité du grenier en faisant grincer le plancher instable, c’est une aventure en soi, un moment de grande solitude quand d’un coup, ou plutôt d’un pied mal assuré l’on s’enfonce dans un de ces cartons non étiquetés qui se révèle être la porcelaine hideuse d’un cadeau cruel d’amis déjà oubliés. Le craquement distinctif de la vaisselle broyée est en soi une douleur, mais encore plus en se demandant avec angoisse si la soupière de la grand-tante Gertrude n’y est pas planqué. Vous avez tous ce machin là, ou du moins son proche parent… mais si ! Cet objet laid, inutile, encombrant mais qu’on vous lègue avec emphase en déclarant que c’est un héritage inaliénable de la famille ! Alors, prudemment, le viking des soupentes tire ses orteils du carnage vaisselier, se penche et souffle avec calme en voyant la fameuse boîte en céramique couleur arc en ciel trôner sur une poutre, hors de portée des mains maladroites et potelées des enfants qui grandissent trop vite.
Après la destruction, le rangement ! Lancerait notre héros des temps grisonnants. Hélas, trois fois hélas, le rangement ne se résume jamais à déplacer d’un point A, le grenier en l’espèce, à un point B, la poubelle la plus proche, non, il faut trier au préalable, faire un « best-of » du merdier privé pour n’en garder que l’essence, la profondeur, que dis-je le miracle des souvenirs désordonnés ! Pour peu que les maîtres de maison soient comme moi, c'est-à-dire atteint d’un désordre intellectuel nommé pudiquement « bordélite aigüe », il devient au moins aussi délicat d’ouvrir un contenant que d’en tirer le contenu. Ah ces cartonnages estampillés des marques disparues, ce gros emballage marqué « Radiola » qui contient les vêtements trop petits de trois générations et qui pèse alors plus lourd que la télévision originelle… Et ce melting-pot de couleurs criardes, ces coupes devenues ringardes, on en vient vite à douter de l’existence d’un paradis tant l’enfer textile se fait oppressant.
Pris de convulsions et d’une soudaine fatigue, la chose finit alors par descendre au salon de manière à laisser un tiers se charger de la vile besogne en prétendant que « je n’ai pas de goût, à toi de t’en occuper ma chérie », le tout payé d’un baiser furtif et pourtant chargé d’une fielleuse émotion. « Rends moi service et je ferai en sorte de débarrasser ce merdier ! » se cache en substance derrière cet acte de tendresse quotidienne. Après négociation sur la tonte de la pelouse / débarras des ordures pendant deux semaines / courses du samedi après midi (rayez les mentions inutiles), notre homme reprend alors son expédition des hautes sphères de la maisonnée. Caisse après caisse, valise de cuir élimée après empilement de journaux périmés, le Saint Graal apparaît : la boite à chaussures. Foutue idée que de recycler ces choses là, vicieuse et perverse invention que le rangement standardisé ! Qui prend le temps de marquer sur le flanc le contenu de la bête de carton ? Personne, je dis bien personne ne se charge de ce travail de longue haleine, mieux vaut le laisser aux générations futures, ou plus bêtement se retaper le tri quelques années plus tard ! Et que ça défile : les pin’s que plus personne n’arbore au revers (en dehors des décorés de la légion d’honneur qui n’a plus d’honneur que le nom), accumulation de stylos hors service et pastels dures comme de la pierre, craies grandes comme des gommes de critérium, sans oublier l’inusable collection de cassettes audio ou vidéo dont la plupart sont aujourd’hui inutilisables puisque l’appareil les lisant n’existe plus ou est en carafe. Des heures passent, pas à pas la pile de « on vire » grossit à peine tandis que le « on garde » se refait une santé sous les yeux exaspérés de notre professionnel du non rangement.

Et là, le cri de désespoir de l’homme des greniers : « Fais chier ce merdier, vais tout foutre à la benne ! Plein les … de devoir me retaper ce tas de m… pour tout garder ! », puis d’enchainer sur un lyrique interrogatoire : « Chérie ? Les cassettes de Lara Fabian, des Beatles qu’on a en CD, les vidéos enregistrées sur TF1, on en fait quoi ? » et elle de répondre « bah ce que tu veux, moi je n’ai jamais écouté ou regardé tout ça ! » … « Garce, lâcheuse, pourriture communiste… » marmonne le pauvre bougre qui soudain reçoit un rouleau de sac poubelle sur la tête. « Tiens mon ange, tu pourras les remplir, mais pas trop lourd j’ai mal au dos. » … Mais c’est qu’il va finir dans la rubrique des faits divers ce couple « Morte pour avoir demandé à son époux de ranger le grenier pour un nettoyage d’hiver ».
Du calme, de la retenue… Allez les vieux magazines pourris et mités, hop, dans la grande gueule noire ! Oh ! Ma collec’ de jeux vidéos de quand j’étais un mouflet ! Ca marche encore ce truc ? La vache ! y a encore des piles dans le jouet ! Et puis tiens mes biblio verte ! Tiens et puis ça là, la tuture qui fait pouet quand on la fait rouler…

« Chéri, CHERI ! … Il s’est encore fait attendrir par ces saletés de jouets » lance enfin la tendre et chère moitié de notre gaga d’adulte….

26 novembre 2007

Dinosaures

Une fois de plus ce n’est pas l’aspect animalier qui est en cause, mais bien encore et toujours l’aspect humain que je mets en avant dans cette chronique. Dommage que je ne sois pas plus attiré par les fosses emplies d’ossements que par les méthodes débouchage d’un évier récalcitrant, cela aurait pu faire l’objet d’un sujet tout aussi passionnant. Là, non, j’aborde la question de l’âge de certaines de nos « élites » qui se meuvent et nous abreuvent de conseils avisés à longueur de journées et même de nuits.

Amusant comme l’avancement scientifique fait évoluer les mentalités : fut une époque un cinquantenaire était un vieillard et un préadolescent un petit homme, alors qu’aujourd’hui le sexagénaire retraité est dans la fleur de l’âge, et le jeune adulte un gosse… enfin amusant, tout dépend pour qui : rien ne m’est plus horripilant que de voir des personnages réputés compétents se trémousser à la télévision ou grogner à la radio des idées en vrac sur tous les sujets possibles et imaginables. Pourtant, le renouvellement des générations aidant, et l’absence de conflit global étant encore pour le moment une évidence, on pourrait supposer que des « jeunes » seraient en position de pousser à la fosse les ancêtres et parfois fossiles qui nous encombrent. Hélas non : serions-nous donc passéistes ?

Fidèles à nous-mêmes nous nous acharnons à revendiquer des passions pour ces icônes populaires, ces restes d’un passé « c’était mieux avant », le tout enrobé d’une mielleuse charité pour nos grabataires. Je ne puis me résoudre à comprendre qu’on estime comme normal que les choses soient réduites à une population datant du précambrien sous prétexte de l’expérience. M’est avis qu’un imbécile reste un imbécile, d’ailleurs le langage n’épargnant pas le « vieux con » qui est tout aussi pathétique et pénible que le « jeune con ». Heureusement que le service public de la Mort se charge d’écrémer le banc de nos prédécesseurs sinon il y aurait foule au guichet des ANPE ! Sabotons donc l’idée reçue que le vieux a l’ascendant sur le jeune sous le seul prétexte de ses compétences acquises avec l’âge. Confucius a bien dit que l’expérience ce n’est qu’une lanterne accrochée dans le dos éclairant le chemin parcouru, ce en quoi je suis tout à fait d’accord.

Rendons à César ce qui est à César : certains sont des experts et malheureusement les flambeaux sont difficiles à reprendre. Je songe à certaines véritables pointures comme typiquement M. Bouvard. Certes c’est une relique de l’ORTF et de RTL, certes il a plus d’amis au cimetière qu’un chien n’a de puces, mais tout de même un tel esprit se fait fort rare aujourd’hui. Défendant la belle lettre et le jeu de mots, le personnage me plait d’autant plus qu’il a le sens de la dérision. Ce qui est pathologique dans ce revers à mon envie de rajeunissement c’est que, lorsqu’il fut « gentiment » remercié pour être remplacé par un Dechavanne remuant, son émission phare fut au bord du naufrage. A la vindicte populaire contre le populiste spasmophile RTL reprit alors l’ancêtre pour virer le « gamin ». Ironique non ? Rien que cela me fait frémir d’effroi en me demandant alors légitimement s’il existe bien une relève à une certaine élite intellectuelle et culturelle.
Observez les librairies et demandons nous si l’on dispose réellement de nouveaux profils ou bien si c’est systématiquement sur le tard que le talent se révèle. L’art d’écrire dépendrait-il donc d’un vécu si long qu’il mérite l’éloge de l’édition ? A priori non, certains grands génies de la plume (et aujourd’hui du clavier) se sont révélés très jeunes, si jeunes même qu’on eut du mal à leur reconnaître la parenté de leurs ouvrages. Paradoxe quand tu nous tiens : le talent n’attend pas le nombre des années mais le nombre des années est apparemment une garantie de talent. Agaçant non ?

En réaction à cela je pourrais tout aussi bien prétendre avoir le double de mon âge, me grimer grassement pour apparaître vieux, flétri mais pas trop, un peu comme un acteur dont les cheveux virent au poivre et sel sans qu’aucune coquetterie malvenue soit intervenue pour teindre le tout en brun sombre et ténébreux. N’étant pas fanatique de la cosmétologie moderne, et ne cédant guère qu’à la tondeuse électrique ma tignasse, je suppose que je vais au surplus devoir me plier à la nuque en bataille de sorte à avoir l’air plus qu’à l’être. Illusion pour la couverture ? Pourquoi pas après tout, l’essentiel serait alors d’être lu… si seulement…
De toute manière la vérité est toujours ailleurs : l’expertise est question d’expérience et la jeunesse offre à contrario la fraîcheur d’un regard neuf. On maintient des élites dans les administrations et (moins heureusement) dans les ministères, car au fond un « vieux » c’est rassurant, ça a déjà un pied dans le caveau et au pire on peut le déboulonner en le déclarant « hors limite d’âge ».

Pour mémoire, certains réussissent très bien à s’accrocher aux branches de l’image ou du pouvoir : un Castro malade (qui a dit mort et enterré ?), un Zitrone maintenu jusqu’au bout de ses 81 années d’existence terrestre, il y a de quoi se demander si nous ne sommes pas un rien gérontophile sur les bords…

25 novembre 2007

Poésie gaélique

Voici une poésie traduite par mon ami Thoraval Mc Benah. Bonne lecture !

Version gaéliqueVersion traduite
Heb rann ar Red heb-ken:
Ankou, tad ann Anken;
Netra kent, netra ken,

Daou ejen dioc'h eur gibi;
O sachat, o souheti;
Edrec'hit ann estoni!

Tri rann er bed-man a vez;
Tri derou ha tri divez,
D'ann denn ha d'ann derv ivez.
Teir rouantelez Varzin:
Frouez melen ha bleun lirzin;
Bugaligou o c'hoarzin.

Pevar mean higolin,
Mean higolin da Varzin
Higolin klezeier vlin.

Pemp gouriz ann douar;
Pemp darn enn hoar;
Pemp mean war hor c'hoar.

C'houec'h mabik great e koar,
Poellet gand gallod loar;
Ma n'ouzez-te, me oar.
C'houec'h louzaouen er perik
Meska'r goter ra'r c'horrik;
En e c'henou e vezik.

Seiz heol ar seiz loar,
Seiz planeden gand ar Iar?
Seiz elfen gand bleud ann ear.

Eiz aval o c'houibannat;
Eiz tan gand ann Tantad,
E miz mae e menez kad.
Eiz onner wenn-kann-eon,
O puri enn enez don;
Eiz onner wenn d'ann Itron.

Nao dornik gwenn war dol leur,
E kichen tour Learmeur;
Ha nao mamm o keina meur.
E koroll, nao c'horrigan,
Bleunvek ho bleo, gwisket gloan,
Kelc'h ar feunteun, d'al loar-gann.
Gouiz hag he nao forc'hell all,
E toullik dor ann houc'hzal,
O soroc'hal, o turc'hial,
O turc'hial, o soroc'hall:
Torc'h! Torc'h! Torc'h! d'ar wezen aval!
Ann houc'h koz d'ho tiorreal.

Dek lestr tud gin a welet
O tonet euz a Naomed:
Goa! c'hui; goa! c'hui, tud Gwenned!

Unnek belek houarneset,
O tonet euz a wened,
Gand o c'hlezeier torret;
Hag ho rochedou goadek;
Prenn kolvez da vaz-loaek;
Euz a dri c'hant ho unnek.

O vlejal hi, sonn he fenn.
Korn o sonn boud: tan ah taran;
Glao hag avel, taran ha tan!
Tra ken mui-ken; tra na rann!
Pas de série pour le nombre Un: La Nécessité unique,
Le Trépas, père de la Douleur;
Rien avant, rien de plus.

Deux boeufs attelés à une coque;
Ils tirent, ils vont expirer;
Voyez la merveille!

Il y a trois parties dans le monde:
Trois commencements et trois fins,
Pour l'Homme comme pour le Chêne.
Trois Royaumes de Merlin,
Pleins de fruits d'or, de fleurs brillantes,
De petits enfants qui rient.

Quatre pierres à aiguiser,
Pierre à aiguiser de Merlin,
Qui aiguisent les épées des braves.

Cinq zones terrestres:
Cinq âges dans la durée du temps;
Cinq rochers sur notre soeur.

Six petits enfants de cire,
Vivifiés par l'énergie de la Lune;
Si tu l'ignores, je le sais.
Six plantes médicinales dans le petit chaudron;
Le petit nain mêle le breuvage,
Son petit doigt dans la bouche.

Sept soleils et sept lunes,
Sept planètes, y compris la Poule.
Sept éléments avec la farine de l'air.

Huit vents qui soufflent;
Huit feux avec le Grand Feu,
Allumés au mois de mai sur la montagne de la guerre.
Huit génisses blanches comme l'écume,
Qui paissent l'herbe de l'île profonde;
Les huit génisses blanches de la Dame.

Neuf petites mains blanches sur la table de l'aire,
Près de la tour de Lézarmeur,
Et neuf mères qui gémissent beaucoup,
Neuf korrigans qui dansent
Avec des fleurs dans les cheveux et des robes de laines blanches,
Autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune.
La laie et ses neuf marcassins,
A la porte de leur bauge,
Grognant et fouissant,
Fouissant et grognant;
Petits! Petits! Petits! Accourez au pommier!
Le vieux sanglier va vous faire la leçon.

Dix vaisseaux ennemis
Qu'on a vu venant de Nantes:
Malheur à vous! Malheur à vous! Hommes de Vannes!

Onze prêtres armés,
Venant de Vannes,
Avec leurs épées brisées;
Et leurs robes ensanglantées;
Et des béquilles de coudriers,
De trois cents plus qu'eux onze.

Elle beugle, tête levée:
La trompe sonne: feu et tonnerre;
Pluie et vent; tonnerre et feu;
Rien; plus rien; ni aucune série!

23 novembre 2007

On ne se moque pas !

Il y a des règles comme ça, de celles qu’on établit pour la bienséance ou pour s’éviter la vindicte populaire, et pourtant il existe bien des sujets qui tombent sous le coup de la décence de bon aloi alors qu’on aimerait tous autant que nous sommes les dédramatiser. Rarement civilisation ne fut aussi puritaine et effrayée par la possibilité d’exprimer la moquerie sur les sujets sensibles, comme si jouer la comédie de la personne affectée et triste pouvait changer en quoi que ce soit la donne. A mon sens il est plus probable de mourir d’un cancer que d’une crise de rire, tout comme il est plus certain que la mort est un service obligatoire alors que la naissance elle est optionnelle.

On ne se moque pas de la maladie, quelque soit celle-ci. On ne doit surtout pas traiter des maladies graves comme on pourrait traiter d’imbécillité coutumière de nos voisins, de la bêtise d’un chef d’état éloigné ou encore des bafouillages inélégants d’un politique local. Cancer, Sida, sclérose ainsi que Parkinson se doivent d’être traités avec une compréhension et une prudence digne d’un démineur dans le désert libyen. Pourquoi. ? Tous nous sommes condamnés par la grande faucheuse à aller renouveler la quantité de manière organique dans le sol et tous, êtres de chair, d’os et de cholestérol nous nous préparons à rejoindre la boîte en sapin (ou en isorel en cas de crise majeure). Bref, en quoi est-il si choquant d’oser proférer des imbécilités contre le sida ou le cancer ? La mortalité mondiale est au moins aussi grande par ces deux monstres biologiques que par l’utilisation intensive d’armes à feu ou de machettes, et paradoxalement se moquer ouvertement des tribulations de bourreaux au milieu de la forêt rwandaise ne semble pas choquer outre mesure. Compréhension à deux vitesses ou refus poli mais ferme d’être concerné ? A chacun de savoir où il met les pieds. Pour ma part, n’ayant pas spécialement eu d’entretien avec le passeur du Styx, je crois qu’il me faudrait quelques décennies pour me faire pardonner de lui toutes les profanations verbales et verbeuses proférées par mes soins lors de babillages vains et prétentieux. Toujours est-il que dans l’absolu, cancer, sida, hémophilie, la Mort guette, et s’en moquer comme de ma première paire de chaussettes me semble être un acte de salubrité publique. Moquons nous de la Mort, elle nous fait payer le passage bien assez cher comme ça !

Etrangement, on ose plus facilement se moquer du handicap, l’humour noir et limite sadique semble être entré dans les mœurs alors que chacun est susceptible de découvrir l’existence d’une manière différente à travers la possibilité d’un accident automobile, l’échec d’un suicide ou mieux encore l’impact d’une balle ennemie entre deux vertèbres. L’infamie est donc à deux vitesses, puisque la majorité rigolarde ne se sent pas spécifiquement concernée par les clous perçant les roues d’un fauteuil ou par l’obligation d’essuyer la bave à la lèvre d’un « légume ». D’ailleurs, le terme est plus que péjoratif alors que dire un « cancéreux » n’a rien de malsain. Pour ma part, je ne mésestime ni l’un ni l’autre, les deux ayant la même part de responsabilité dans la future extinction de l’espèce humaine. Tiens, rien qu’en disant ça je risque déjà les foudres de nos chers rêveurs croyant que l’Homme a un avenir radieux et que Lui (pointez le ciel ou le plafond du doigt en proférant de telles assertions) a de grands projets pour nous. Pures conjectures pourrait alors arguer l’agnostique ou l’athée, et à la limite l’infidèle et même l’hérétique, tout dépendant d’une question de dialectique. Bref, se moquer d’une minorité qu’on voudrait invisible pose moins de problèmes moraux.

Faire preuve d’un langage péjoratif est aisé, mais pas sur n’importe quel sujet. Je suis tout particulièrement gavé qu’on m’interdise de me moquer en vrac du nazisme, du traitement des juifs dans les camps, de la politique d’immigration pratiquée après le conflit en Algérie, l’utilisation de la bombe atomique… bref de tout ce qui force à faire jouer la « mémoire collective » et la « moralité personnelle ». Moralité ? Mon c.. pardon mon œil ! Dois-je porter le brassard noir de la honte pour l’exploitation et la torture d’esclaves par l’état royal avant la révolution Française ? Suis-je le digne héritier de la culpabilité des fascistes dans tous les pays du monde ? Vais-je donc alors faire mes excuses publiques aux peuples Polonais, Roumains, Français, Italiens, Espagnols et j’en passe ? Hors de question que je porte sur mes épaules ce qu’autrui a fait. On se pose en tortionnaires sans avoir même levé la cravache et en face on nous incite à courber l’échine sous prétexte que ce sont des ancêtres, nos ancêtres qui s’en sont rendus coupables. Mes ancêtres ? N’étant pas français de souche je suis bien incapable d’affirmer qu’un quelconque « ancêtre » ait été à quelque époque que ce soit un négrier, de même que je doute qu’aucun de mes aïeux ait appartenu à une force de colonisation. Je suis donc péjoratif, provocateur sur ces sujets et je le resterai. Comme l’avait dit mon « maître » avec beaucoup de justesse « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ».

Bien des médias se sont lancés avec plus ou moins de bonheur dans une certaine forme de dédramatisation afin de vulgariser l’information et la rendre accessible. Bien leur en prenne, sauf que systématiquement le discours rigolard est un discours militant et même partisan. On se paie bien la tête du président iranien en oubliant poliment qu’au fond rien ne devrait lui interdire de bâtir des centrales nucléaires, tout comme l’on se paie la tête de G.Bush qui a été élu démocratiquement… Ca y est, je sors encore du cadre puisqu’on ira me dire que le premier n’est pas un démocrate et le second n’est pas un président. Et ? Est-ce à nous de juger à la place des peuples en question ? Le plus comique c’est qu’on trouve ensuite le moyen de râler quand ces derniers se paient notre tête en faisant des français des clichés à la baguette sous le coude. C’est un échange de bons procédés, non ?

Enfin, après tout se moquer c’est avant tout savoir se moquer de soi-même, chose la plus difficile entre toutes. Osez donc vous flageller pour de rire, vous rirez du reste avec bien plus d’aisance…

22 novembre 2007

Vous me pardonnerez

J'ai favorisé la rédaction d'un courrier à une personne importante pour moi plutôt que de rédiger un article ici...
De fait, je vous souhaite une excellente soirée.
JeFaisPeurALaFoule

21 novembre 2007

Crédibilité

La crédibilité ça n'est finalement que la croyance qu’a celui qui écoute que celui qui parle dit la vérité, ou bien qu’il est compétent dans son domaine. Etre crédible c’est avant toute chose avoir un semblant de stature, notamment quand il s’agit d’énoncer des dogmes que les autres devront mettre en application. De fait, il est évident qu’un politicien, un chef d’entreprise ou un commercial doit faire preuve de cette compétence élémentaire pour parvenir au quidam que le ciel est vert, que la hausse du pétrole est une bénédiction et que la mère Bétancourt est encore en vie. Quelque part, C.Pasqua avait raison en lançant la phrase qu’on a mis dans toutes les bouches des politiciens de France : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». A méditer non ?

Tout commence par l’aspect. Il faut indubitablement faire preuve d’une compétence consommée dans l’art de se vêtir avant de prendre une fonction quelconque. On n’imagine pas un ministre en plein conseil vêtu d’un jogging et de baskets, et encore moins le président se plaçant face à ses électeurs en maillot de bain. D’un point de vue proximité ça serait efficace, mais en terme d’image on aurait alors le droit à un sabordage dans les règles… quoi que je trouve dommage qu’aucun ne ce soit osé à de telles frasques, rien que pour rappeler au monde que l’Homme fait la fonction et non l’habit. Dans un autre domaine, on demande bien aux religieux d’affubler de combinaisons pour être sûrs de les reconnaître, et même comme ça il peut arriver que des confusions malencontreuses soient faites. Prenez donc un sikh hindou : le pauvre a le malheur de porter barbe et turban, et devient ainsi le cliché du terroriste qu’on nous agite sous le nez depuis plus d’une décennie (pour ne pas dire deux en France). Par respect pour les autres pourrait-on alors se préoccuper du fond et non de la forme ?

Une fois l’étape vestimentaire, passons à l’oral. L’orateur est nécessairement compétent et se doit forcément de maitriser non pas son sujet mais la terminologie qui s’y rattache. Qu’une personne se déclare experte dans quelque domaine que ce soit et nous attendrons de lui un vocabulaire totalement orienté vers le dit domaine. On n’imagine bien entendu pas un ingénieur atomiste faire des incongruités sur la masse moléculaire ou sur les faisceaux de particules. L’essentiel est d’être donc crédible et non exact, car parmi les auditeurs, combien vont prendre la peine de vérifier, et encore moins combien comprendront le fond des propos ? J’observe souvent la façon dont communiquent nos dirigeants, et tous emploient la force des arguments pour taxer l’adversaire d’incompétence ou pire encore. Ma foi, c’est une façon de faire, être virulent offre des perspectives fortes, bien des personnages historiques peuvent nous en donner la preuve de par leurs bilans respectifs. Ne nous éloignons pas du sujet : la crédibilité passe donc forcément par l’oral à un moment ou à un autre. Ce n’est pas pour rien qu’on exige de bien des écrivains de répondre à des interviews ou de faire des colloques, c’est juste pour impressionner le consommateur et lui prouver que le dit auteur est très bon et pas qu’avec une plume. Peu importe si le tout pue les questions entendues et la phraséologie formatée…

Après, il existe une catégorie d’auto proclamés qui malgré tout ont toute latitude de l’être. Le handicap physique permettant à celui qui en est victime d’avoir une oreille attentive sur les problèmes de cette catégorie de personnes, le navigateur qui n’a plus rien à prouver sur mer et qui en parle à terre, ceux là il est autrement plus difficile de leur faire perdre de leur crédibilité, si toutefois on aurait l’incongruité de tenter ce forfait. Parfois, l’idée peut être séduisante notamment quand il s’agit d’expertises historiques ou politiques, car là c’est l’orientation idéologique qui joue énormément sur la présentation et non les faits par eux-mêmes (car ils sont alors souvent fort bien documentés). On ne va pas prendre en défaut un historien passionné de Napoléon 1er pas plus qu’on ira critiquer un économiste quand il lynche la politique monétaire américaine. Et dire que souvent il y a à redire justement. C’est toute la force du débat non sur les faits mais sur les idées : on peut toujours cracher dans la soupe du voisin et dire qu’on a de bonnes raisons de le faire.

De ces propos je suis le seul propriétaire puisque je suis assez d’accord avec moi-même, en revanche je me pose la question de savoir si vous, vous me trouvez crédible. Rares sont ceux qui font la démarche de laisser un commentaire et quoi qu’on en dise, je ne censure que la publicité qui est apparue par deux fois ici et jamais mes détracteurs… puisque j’en ai jamais eu !

A bon entendeur…