05 avril 2011

Bonjour fantôme

Les carrés lumineux qui t’entourent
Ne laissent pas perler quelque espoir.
On t’a expliqué qu’il ne fait pas noir,
Que tes yeux te jouent des tours.

On te dit que tu ne vas pas si mal,
Alors que tu ne sens plus tes jambes.
Tu as encore tes mains, il te semble,
Quelqu’un la serre, ce n’est pas plus mal.

Tu t’interroges sur le sens des choses,
Et l’on évite de parler près de toi.
Un type est même venu parler de foi,
Alors que tu n’es pourtant pas morose.

Tu sens l’éther et la javel des couloirs,
Tu ressens la compassion qu’on te voue,
Mais tu vis la solitude qui rend fou,
Prisonnière dans une cage peinte en noir.

Chaque éveil se révèle être une douleur,
Il y a encore tant de choses à faire.
Et les souffrances, on lest fait taire,
A coup de piqûres qui ne te font plus peur.

Où es tu, fantôme perdu près de la vie ?
Tu ne sors pas totalement de ton corps.
N’as tu n’as pas encore accepté la mort ?
Alors que le temps, lui, sans toi, s’enfuit.

Tu es devenue bien silencieuse ce matin,
Etrangement sereine quand on te touche.
On ôte enfin le tuyau qui était dans ta bouche,
Et près de toi on parle calmement de fin.

Tes mains sont là, inertes et froides,
Elles ne réagissent à rien d’autre que toi.
Malheureusement elles ont tout le poids,
Des corps qui sont définitivement roides.

Tu respires encore, tu n’es pas partie.
On t’observe avec soin et minutie.
On se demande si tu luttes pour la vie,
Ou si ton corps a libéré ton âme pour l’infini.

Puis quelques mots, un balbutiement.
Tu murmures, personne ne t’entend.
Tes membres te répondent lentement,
Et enfin, tu lèves le drap doucement.

Tu es vivante, tu es encore parmi nous.
Tu n’es pas fantôme, tu es encore là.
Tu n’es pas morte, tu es encore là.
Tu n’es pas partie, tu es avec nous.

Bonjour, fantôme, comment vas-tu ?

04 avril 2011

Magicien

Les belles histoires sont celles qu’on aime parce qu’elles nous donnent des émotions. Tristes, joyeuses, étranges même, les belles histoires font frémir et invitent à l’évasion. On pourrait croire que l’amour serait le sujet le plus efficace, mais je crois sincèrement que l’amour est une des composantes, mais la seule. Une belle histoire, c’est aussi savoir raconter des choses inconnues, de la poésie, de la magie, de la force, de la faiblesse, et finalement des émotions variées. Toute la magie du monde, qu’il soit inventé ou réel, s’exprime alors, et le conteur offre à ses lecteurs la possibilité de devenir des voyageurs immobiles. J’aime cette idée, le principe que l’auteur offre des places dans un train magique, et qu’il emmène dans son monde intérieur des inconnus qui pourront, l’espace d’un instant, partir dans un ailleurs fait de rêves et d’espoirs.

De sa plume, le magicien pourrait décrire n’importe quoi, si le cœur lui en disait. Il serait là, à tracer les courbes des collines lointaines, à les peindre ensuite d’un blanc moucheté de vert, et faire voler à proximité des oiseaux de proie. Il pourrait, si l’envie lui prenait, se saisir d’un rouleau et placer la ligne droite d’un chemin, puis un second venant rencontrer le premier par hasard. Et là, de quoi serait fait ce paysage ? Peut-être de quelques chaumières dont les cheminées fumeraient, signe que la vie s’y déroule au rythme de l’hiver. Le magicien, va-t-il s’amuser à mettre un arc-en-ciel ? Va-t-il laisser des moutons sur le bleu givré du ciel ? Ou encore laissera-t-il des pâturages vierges de toute trace ? Libre à lui de songer à ce décor, à le laisser exempt d’humanité, ou au contraire à montrer une foule qui fête une naissance dans une grange, une procession menant au cimetière du village, ou un repas familial sous le plafond bas de la pièce unique d’une masure de métayers. Il est libre, il offre ce qu’il a envie, il décrit. C’est son art.

Est-ce qu’il va troubler ce monde qu’il vient de fabriquer ? Il pourrait tout aussi bien placer ce tableau intérieur dans une époque troublée, ou au contraire se préoccuper que des habitants, en laissant l’histoire, la grande, à d’autres rêveurs. Rien n’est contrariant, rien n’est obligatoire, ni la joie, ni les peines. Il y a autant de vies qu’il y a de tours de magie, et les siens, il les met au service d’une romance, d’une volée de personnages parfois hauts en couleurs. Pourquoi se contenter de caricatures, quand il peut construire des personnalités complexes, voire torturés ? Le magicien joue, il ajoute par ici, enlève par là, il monte la comédie humaine comme d’autres montent des puzzles. Son puzzle à lui, ce sont les mots, les expressions, les relations entre ses personnages. Parfois amusants, parfois tristes, les assemblages mènent immanquablement quelque part, et il est libre de choisir le lieu et l’heure de l’arrivée de son train d’imaginaire. Les passagers se laissent emmener, ils naviguent, le train est aussi bateau, vaisseau, statique, mouvant, étonnant, connu et inconnu à la fois. Qu’importe, les passagers sortiront du train en ayant dans le cœur la sensation d’avoir voyagé.

Il a créé un monde connu, avec des références, des impressions de connaissance. Mais il est en droit de créer tout autre chose, un futur pour l’homme, ou même un monde où le mot « homme » n’a pas de sens. Futur, passé, magie, voyages initiatiques, espèces fantasmées, lieux rêvés, tour de cristal ou château sombre, le magicien n’a pas de frontière ou de code à respecter, si ce n’est celui qu’il a imaginé pour lui-même. D’un bond à l’autre, d’un mot à un autre, ce sont des images qui flottent, comme les drapeaux qu’on accroche aux fenêtres lors des commémorations. Le voyageur peut observer, voir de nouveaux mondes, s’extasier sur la complexe architecture improbable d’une planète lointaine, ou halluciner sur des plaines si grandes que l’horizon semble petit. Le voyageur peut alors entendre des sons, ceux d’un chant de femme, ceux d’un orchestre d’êtres inhumains et pourtant profondément humanistes, ou encore ceux d’une machinerie à la technologie aujourd’hui perdue à jamais. Le magicien n’a de frontière interne que celles de ses envies, et rien ne saurait lui interdire d’ouvrir de nouvelles voies.

Puis le magicien met un point final sur son texte. Il clôture le voyage, il fait descendre ses voyageurs. Son train, il aura parcouru des milliers de lieux, longé des milliers de villages, traversé l’espace, le temps, tout en restant immobile en gare. Les gens montent et descendent à volonté, ils ouvrent et ferment les portes des compartiments, comme on ouvre les pages d’un livre à l’aide de son marque-page. Et puis, enfin, il les regarde reprendre pied dans la réalité, quand le lecteur pose son pied sur le quai. Ils sourient, ils pleurent, ils vivent l’émotion, comme lui-même les a ressenties en créant ce monde, ces personnages, ces lieux inconnus ou au contraire que trop bien connus. Il a relaté, il a décrit, il a mis de sa magie dans les descriptions. L’art, son art, c’est de faire pénétrer la lumière dans l’obscurité d’une page en papier, de faire sortir l’obscurité du blanc des feuillets, le vert des forêts dans le noir de l’encre, d’extraire le bleu du ciel de la couverture brune de son ouvrage. Est-il content ? Si ses passagers, ses lecteurs, sortent avec quelque chose dans le cœur, alors le magicien sera parvenu à quelque chose de sincère et d’unique. C’est en cela, qu’écrire est magique : on offre quelque chose, et le retour, ce sont des émotions, des mots qu’on cherche, des sourires, des peines, des larmes même, mais toujours pour une bonne raison, la plus importante à mon sens… Celle qui fait que nous sommes humains, que nous vivons, à savoir ressentir, tout simplement.

03 avril 2011

Magique

01 avril 2011

Ils hantent les salles obscures

Je ne sais pas si c’est générationnel, mais les personnages de cinéma ne semblent plus autant marquer les nouvelles générations. Il y a beau avoir de « grosses » sorties (entendre par là des budgets colossaux), je n’ai pas vu des héros émerger nettement de la masse de nouveaux films. Pourtant, j’aurais crû que la profusion permettrait tôt ou tard d’offrir une tribune à des personnages marquants, mais il n’en est rien. Peut-être est-ce tout simplement que nous considérons plus le cinéma comme une occasion de s’empiffrer de pop-corn et d’en prendre plein les yeux, au lieu de savourer des histoires, ou mieux encore, de devoir réfléchir au sens profond de l’existence. Ces « héros », quels qu’ils soient, devraient pourtant nous pousser à l’interrogation, à l’introspection, et donc à faire nous des gens meilleurs.

Je distingue nettement le rôle de l’acteur. Nous avons certains personnages auxquels il est impossible de faire référence sans songer à ces acteurs à gueules, parce qu’ils campent sans doute possible le rôle, à tel point que les deux finissent par être indissociables. Ce sont souvent ce qu’on appelle le rôle de toute une vie, la présence définitive, l’image dont personne ne saurait faire abstraction, à tel point que cela peut nuire à l’acteur. Cependant, je considère qu’il vaut mieux avoir un vrai bon rôle, que dix mauvais... tout en admettant aussi que l’acteur doit savoir faire beaucoup de films tant pour s’améliorer, que pour vivre de son art. En conséquence, je ne blâme pas les errances, les mauvais films, je ne blâme que ceux qui se lancent dans le cinéma sans véritable talent, ainsi que ceux qui ne comprennent pas que le cinéma n’est pas qu’une manière de faire de l’argent. Le budget ne fait pas un bon film, pas plus qu’un mauvais acteur s’améliorera dans un rôle qui aurait pu être de qualité.

Quoi qu’il en soit, ce qui est plus pénible, c’est qu’il y a peu de femmes qui soient marquantes. L’immense majorité des rôles clés du cinéma sont tenus par des hommes, et c’est bien là une preuve non d’incompétence des femmes, mais d’un machisme désolant. Ceci dit, madame Lise Taylor a démontré qu’une femme, si belle soit-elle, se doit aussi d’avoir du talent. Elle a beaucoup dérivée par la suite, mais qu’importe, elle est partie avec l’image d’une star, une vraie, indéboulonnable, comme le fut Marilyn Monroe par exemple. Qu’on donne plus de place aux femmes bon sang ! Elles aussi peuvent jouer des rôles difficiles, elles aussi sont en droit d’avoir les faveurs des salles obscures. Enfin bon, ce n’est que mon avis.

Là, je songe à présent à toutes ces vieilles salles, celles d’antan, sans le son assourdissant, sans l’envahissante 3D, sans les effets spéciaux, celles qu’on aimait occuper parce que le cinéma, c’était un vrai loisir, pas de la consommation de masse. Quand j’étais gosse, j’ai eu l’occasion d’aller dans un cinéma de ce genre. C’était l’archétype du cinéma à l’ancienne : monté dans le village de mon père, en Croatie, il n’avait rien des grandes usines à films que sont les complexes actuels. Les fauteuils étaient en bois, tous pliants, comme des volées de strapontins. Il y avait l’ouvreuse, la vendeuse de cacahuètes, l’entracte, les gamins qui resquillent pour voir un film, les dessins animés avant la séance... Bref, une époque aujourd’hui révolue. C’est sur cet écran étriqué, à la mise au point aléatoire, dans cette salle au confort incertain que j’ai découvert la guerre des étoiles. C’est là-bas aussi que j’ai connu le retour de nuit, en pleine campagne, après avoir vu un thriller qui aujourd’hui me fait sourire. C’est dans ce cinéma que nous avons, mes cousins, mon frère, et moi-même, ris des comédies débiles des années 80. C’est dans ce cinéma, enfin, que j’ai pris la place de mon père qui, avant moi, avait usé ces mêmes fauteuils. Quand je passe à côté de la salle unique, et que je vois l’empilement des affiches, surmonté d’une nouvelle sortie, je ne peux pas m’empêcher de sourire. J’ai la sensation qu’en creusant les épaisseurs de papier, en décapant le vernis d’Hollywood, que je vais retrouver un peu de mon enfance.

C’est dans ces salles hantées de bons souvenirs que flottent encore les âmes du passé. Il y a celles de nos proches, de ceux qu’on aime sincèrement, qui sont venus avec nous voir un bon film, qui nous ont offert un cornet vanille, ou des chocolats à la cerise. Il y a aussi les âmes des acteurs aujourd’hui souvent oubliés, les seconds rôles dont on ne souvient que de la prestation, des jolis minois des jeunes premiers jamais arrivés à la notoriété, et les cœurs des monstres sacrés, ceux qui représentaient la force, la faiblesse, l’âme humaine en général. Mon père m’a souvent dit qu’il a vu quantité de westerns, avec les John Wayne et compagnie, nombre de films avec Dean Martin, énormément de films d’information qui étaient diffusés avant les Tom et Jerry. Il avait été gosse lui aussi, il avait ri des mêmes Droopy, des mêmes Bugs Bunny... Moi, j’ai connu ces personnages en BD, en serbo-croate, lui, il a vu ces animaux de foire sur un grand écran. J’ai appris ma langue sur le papier, lui, c’est sur la toile d’une salle obscure qu’il a découvert ce qui nous fait encore rire tous les deux.

On oublie vite nos héros de l’enfance, ou plutôt on se demande si jamais on en a eu. Les méchants indiens, les gentils cow-boys, Fort Alamo, le train sifflera trois fois... Y a-t-il encore une chance de voir un Pat Garrett dégainer avec nonchalance et assurance ? Je revois certains films, et je me rends compte que les monstres sacrés ne sont pas toujours là où on le croit. Oui, nombre d’acteurs sont exceptionnels, même maintenant il y a des personnages qui nous font vibrer. Pourtant, on n’honore plus le cinéma d’auteur, encore moins le vrai jeu d’acteur. La palme d’or, l’oscar, sont-ils à la hauteur de ceux des générations passées ? Dans le fond, je m’en moque un peu. J’ai grandi avec des images plein la tête et le cœur, je vieillis avec ces mêmes images qui se disputent leurs places avec de nouvelles histoires. Qu’importe, mon vieux cinéma, celui dont je garde mes premiers souvenirs, il reste ancré en moi, il est là, bien présent. La plupart des idoles sont déjà passées de l’autre côté. On se souvient temporairement des meilleurs quand ils décèdent. On s’est souvenu d’Annie Girardot quand elle a quitté notre monde... Mais, bientôt, seuls ses vrais amis, ceux qui aimaient vraiment tant la femme que l’actrice, auront une pensée pour elle. Le cinéma, pourtant, c’est l’art de rendre éternel l’instant fugace, le moment surprenant, l’étincelle de vie !

Ne perdez jamais le souvenir des belles histoires. N’oubliez jamais les baisers enflammés des couples de cinéma. Retenez ces scènes qui ont su vous faire rire, vous faire pleurer, vous faire réfléchir. J’ai ri aux éclats en voyant, encore et encore, ce peintre en bâtiment que fut Bourvil dans le corniaud ; J’ai pleuré en voyant Bohringer dans le grand chemin ; j’ai réfléchi en regardant Chaplin dans le dictateur. J’ai aimé et j’aime encore le cinéma, le vrai, celui qui se moque des conventions, qui espère toucher, qui compte interpeller les gens que nous sommes. J’aime l’idée que nos souvenirs constituent une chose qui ne flétrit pas, même si parfois elle va jusqu’à embellir des films datés, voire mal réalisés. L’essentiel n’est pas là, on ne demande pas à ces films d’être des œuvres immortelles. Nous demandons juste au cinéma de prendre une place dans nos cœurs, parce que le rêve, c’est pour un enfant d’être dans un autre monde le temps d’une séance. Le rêve, c’est pour l’adulte que je suis devenu, de pouvoir me laisser emmener dans une histoire, d’avoir des idées plein la tête en sortant de la salle. Le rêve, il existe parce qu’il y a eu tout un tas de gens pour travailler sur un film, et que tous ont voulu donner un regard particulier. Que le rêve soit de l’action brute, de la romance délicate, ou encore de la science-fiction, cela demeurera toujours du songe, de l’imaginaire car, après nous, nous aimons rêver, quoi qu’on en dise. Et j’aime rêver...

31 mars 2011

Le parrain

Sous ce terme assez ordinaire se cache une des plus fameuses trilogies du cinéma mondial. Qui n’a pas entendu parler du parrain, de cette saga sur la famille mafieuse des Corleone ? Qui n’a pas vu le cliché de la mafia à l’italienne, dans les traits bouffis et sérieux à la fois de Marlon Brando ? L’œuvre de Mario Puzo a été convertie au cinéma avec virtuosité par Francis Ford Coppola présente donc quelque chose de totalement à part dans le cinéma, à tel point que tous les films parlant de la mafia seront par la suite comparés à cette trilogie. Pourtant, un film qui a pour sujet le « milieu », ça ne peut pas plaire, ça ne peut pas être magistral, dixit les critiques de l’époque. Coppola a démontré le contraire, et a mis en scène une œuvre exceptionnelle. Je m’en vais donc parler de la force de la trilogie, ainsi que son impact culturel.

Commençons par l’histoire. La trilogie décrit environ cinquante ans de l’existence d’une famille italienne ayant migrée aux USA. Le père, personnage central, est parti suite à un règlement de comptes en Sicile. Sa mère assassinée, le gamin se voit donc envoyé à New-York afin qu’il ait une chance d’échapper à la vendetta. Grandissant quasi seul, et apprenant les ficelles de l’économie locale des quartiers italiens de la ville, il découvre qu’il est capable d’exercer un certain pouvoir grâce à des amis fidèles, et grâce aussi à une forme étrange de culture du respect de la mafia. Après plusieurs décennies de contrôle, d’augmentation de son influence, l’homme sera donc face à sa propre famille, à ses fils, et à d’autres familles mafieuses qui se disputent le pouvoir et les territoires. Le premier film installe donc l’histoire au moment où le père Vito Corleone (Marlon Brando) doit prendre des décisions cruciales pour l’avenir de ses trois fils : Frédo (John Cazale), Sonny (James Caan) et Michael (Al Pacino). Frédo, un peu simplet face à ses frères, est souvent relégué à des tâches subalternes. Il est donc incapable, en principe, de prendre la suite des affaires. Sonny, lui, est l’héritier tout désigné, car son tempérament et ses pratiques sans scrupule en font un homme capable. Michael, lui, est parti au front pour faire son devoir. Tenu à l’écart par son père, il se révèlera être le seul apte à reprendre le flambeau des affaires familiales, après le meurtre de Sonny.
Le second film se concentre plus sur l’arrivée de Vito en Amérique, ainsi que sur sa montée en puissance. Vito Corleone jeune est campé par Robert de Niro. Le film met donc en perspective cette jeunesse, et l’ascension de Michael dans les années 50. Le dernier film est l’épreuve finale, avec la dislocation de la famille, et la mort finale de Michael.
La saga se développe donc depuis l’avant guerre avec l’enfance de Vito, jusque dans les années 70, avec le décès de Michael Corleone. Là où elle est très marquante, c’est que visuellement les reconstitutions sont impressionnantes, et souvent teintées d’une sorte de nostalgie latente. On ne peut qu’être pris dans le mouvement, tant l’esthétique est léchée et soignée ; chaque plan, chaque angle est mis au service de l’émotion, et le jeu des acteurs est particulièrement à la hauteur. Difficile de ne pas reconnaître les qualités de réalisateur de Coppola sur cet aspect.

Maintenant, concentrons nous sur les aspects qui font de cette série une œuvre qui reste, trente ans après le premier opus, quelque chose de sulfureux et délicat. Déjà, le sujet initial dérange. On ne met pas des « méchants » en avant, on ne revendique pas les qualités de fidélité et d’efficacité des crapules. Bien sûr, dans l’absolu, on pourrait prendre la série de films pour une publicité masquée pour la mafia, et au surplus lui reprocher de potentiellement être complaisante avec le sujet. Or, la vérité est bien différente. La trilogie se révèle être désespérée, car elle détruit peu à peu ses principaux protagonistes. Le père, Vito, meurt d’un infarctus en voyant son fils qu’il voulait être épargné lui succéder. Sonny est assassiné du vivant de ses parents. Il paie le prix du sang pour avoir voulu partir en guerre contre les autres familles. Frédo meurt, sur l’ordre de son propre frère Michael, parce qu’il a trahi la famille. Le seul répit qui lui est accordé est de mourir après le décès de sa mère. Michael meurt en ayant vu sa fille décéder dans ses bras. Tous les principaux protagonistes décèdent donc, après avoir souffert de voir les autres périr. Le destin de cette famille n’est donc ni glorieux, ni à l’avantage de la description de la mafia. Pire encore, elle définit nombre de codes sinistres comme le fait de tuer, de pratiquer le chantage, la menace ou la trahison. L’univers du parrain est donc sombre, malsain parfois même effrayant.

Il faut noter que les personnages sont très typés : Sonny est l’exemple de l’homme latin, emporté, bavard, parfois même prétentieux. Il semble tenir de l’archétype de l’Italien du sud au sang chaud. Michael est son opposé total : réfléchi, serein, calculateur, il se manifeste comme étant tout le contraire de ce qu’on pensait de lui. N’ayant au départ pas baigné dans les affaires, il est un temps vu comme un timide, presque effacé. Au final, c’est un parfait parrain, digne de son père. C’est en cela que la trilogie est sublime et triste aussi, car Michael devient donc un parrain, en sacrifiant à l’autel de la « famille » sa véritable famille. Ses enfants le fuient, il divorce avec sa femme, et se retrouve bien seul pour la fin de sa vie. Il meurt d’ailleurs dans un plan final marquant sa déchéance tant physique avec la maladie, que morale avec sa solitude d’être assis sur une chaise, au milieu d’un immense jardin, sans personne autour. Ce dernier morceau vient un peu en contrepoint de la scène finale du premier film, où Vito meurt d’un infarctus en jouant avec son petit-fils. Nul doute n’est permis : le pouvoir corrompt et détruit. Il a brisé les vies de tous les Corleone, et tous paient le prix tant du sang que de l’âme brisée.

Enfin, je trouve impressionnant l’impact qu’ont ces films sur la société. On ne peut plus songer à un mafieux sans voir un de ces hommes en costume typé années 50, le chapeau mou et la mitraillette à la main. On ne peut plus songer à la corruption sans prononcer le mot mafia. On n’arrive plus à suggérer un monde de corruption sans s’attendre à un type dans l’ombre, à l’accent Italien prononcé. On ne peut plus envisager de faire un film sur le sujet sans risquer la comparaison avec ces trois œuvres. Marlon Brando, après des années de traversée du désert, a trouvé là un rôle monumental, où il a montré tout son art et sa compétence. Malgré une carrure particulière, malgré une voix volontairement éraillée (après que Vito ait pris une balle dans la gorge), l’homme semble être un titan. Mi terrifiant, mi fascinant, Brando a su jouer la finesse et la brutalité dans le même personnage. Pacino, jeune, aborde le rôle avec une retenue tout à fait stupéfiante. Fin, inquiétant par un regard glacial, le jeune homme démontre un véritable tempérament tant de chef de clan, que d’assassin froid et sournois. Il y a une scène de meurtre où Michael tue celui qui a tenté de tuer son père. Il y est magistral de sang-froid et de violence libérée. De Niro, en Vito jeune, est l’exemple même du jeu intelligent, alternant un sourire amical et enchanteur, avec une capacité à tuer sans remord. C’est par un meurtre qu’il prend d’ailleurs sa place dans son quartier de New-York. Enfin, tous les autres acteurs ajoutent à ce drame des personnages dignes de figurer dans le théâtre grec. Depuis la mère qui contrôle sans en avoir l’air, jusqu’au frère traître, en passant par les amis qui n’en sont pas, et les ennemis qui savent être amicaux, tout est bâti pour que le spectateur ne perde pas de vue les faits : la mafia, c’est la perte de l’âme. Et nous autres, nous le constatons avec douleur.

30 mars 2011

Balade en stade

Je commence cette chronique avec un avertissement de taille pour les amateurs du football : je ne suis pas, et ne serai jamais un amateur averti du ballon rond. Pourquoi ? Parce que j’ai en horreur que des types outrageusement riches, mal éduqués, intolérants et profondément nombrilistes viennent agiter leurs gambettes sous mes narines sensibles. Dans ces conditions, hormis peut-être certaines compétitions internationales où ce sont les nations et non les sponsors qui s’affrontent, j’ai un mal de chien à supporter le football sous sa forme actuelle. Mercantile, médiatisé à outrance, les joueurs oscillent entre le ridicule des propos, et la profonde débilité de l’attitude inacceptable. Je ne referai pas un résumé de l’épisode « Equipe de France s’en va faire n’importe quoi en Afrique du Sud », mais rien que d’y songer devrait vous mettre sur la voie de mon dégoût pour ces types.

Maintenant, passons un peu au sujet qui me préoccupe. Hier soir, j’ai assisté à un match amical entre la France et la Croatie. Les deux nations étant mes pays de cœur et de sang, je n’ai pas pu refuser une telle opportunité de voir un match dans un grand stade (le stade de France en l’occurrence), ni me priver de la chance d’enfin goûter à l’ambiance si prisée des supporters du ballon rond. Dans ces conditions, va pour aller regarder 22 types cavaler sur le gazon fraîchement tondu ! Après tout, je pourrai dire « J’y suis allé, je sais de quoi il en retourne ». Je dois dire que je n’ai pas été déçu, et ce à plus d’un titre !

Déjà, première bonne surprise : le stade en lui-même et son organisation. Un seul mot me vient à l’esprit : irréprochable. Tant en propreté qu’en gestion de la foule, le grand stade est particulièrement agréable, à tel point que je n’ai rien à redire. Pour une fois que je vois un gros truc fonctionner sans écueil, difficile de faire la fine bouche. Mieux encore : au lieu de laisser mijoter les spectateurs, l’organisation s’échine à trouver des moyens d’occuper la foule, à tel point que je n’ai pas vu le temps passer. Je m’attendais à faire le « mort » sur un siège étriqué, cerné par une masse beuglante plus proche du fanatisme que de l’amour du beau jeu… Et ce fut un loisir familial, avec des gamins s’amusant du match, des personnes âgées respectées par tout le monde, bref, un spectacle tant sur la pelouse que dans les gradins. Rien que pour cela, je remercie humblement les équipes du stade de France. Ils font un boulot réellement formidable, avec un sourire avenant, et une gentillesse devenue trop rare.

Côté terrain, l’observation fut de mise. Tout d’abord intimidé par l’ampleur de la construction, j’ai rapidement été pris au jeu, tout en gardant un regard passablement chronique. Regarder un stade, c’est voir l’entrée sur le terrain, c’est observer les gradins, leur agencement, saisir la présence discrète mais efficace d’un service de sécurité rompu à la gestion de crise. Alors là, franchement, le football, c’est à mes yeux le système des gladiateurs : une entrée en fanfare, un pas athlétique sensée mettre en valeur les qualités des joueurs, c’est un positionnement strict qui fait plus penser à un légion qu’à des sportifs, et c’est enfin une foule qui hue et qui applaudit sans arrêt. Qu’est-ce donc ? Une arène avec des gladiateurs ! Mais c’est bien sûr ! Au lieu de se faire des politesses, les joueurs se font donc des vacheries, quelques coups tantôt discrets, tantôt brutaux, le tout avec l’accord d’une partie du public. Dans ces conditions, j’ai pu voir ce que Rome considérait comme un passe-temps vital : tuer ou être tué. Il ne leur a manqué que des armes pour que nous puissions revivre les bons vieux duels… Ou alors quelques fauves, histoire de corser un peu le jeu !

Côté spectateur, j’ai pu voir un autre phénomène assez étrange. Les supporters, contrairement à la majorité silencieuse, ont la mémoire très solide, et la rancune particulièrement tenace. Sans m’étaler, l’entrée de Ribéry a provoqué une montée franche de huées justifiées, juste un peu contrebalancée par des applaudissements épars mais bien présents. Comme quoi, le sujet divise encore, comme si la présence d’un personnage emblématique de la crise sud-africaine dérangeait. Personnellement, elle ne m’a pas dérangé : elle m’a littéralement horripilé. Mais bon, passons. De fait, les tribunes sont donc un macrocosme où se mélangent des gens d’horizons divers, avec des opinions parfois totalement opposées, et chaque siège peut devenir, l’espace d’un instant, le site de la naissance d’un « expert » aussi temporaire qu’incompétent. Amusant, surprenant, mais parfois inquiétant. Et si le match se passe mal, sont-ils toujours sereins, ou bien casseront-ils le mobilier, et accessoirement la gueule des supporters d’en face ?

Pour finir, je dois admettre avoir apprécié le match en lui-même, bien qu’il semble ne pas avoir été d’un bon niveau. Qu’importe : j’ai goûté au stade, j’ai pu découvrir ce qui arrive à attirer des dizaines de milliers de personnes dans les stades chaque week-end. Mon seul véritable reproche ? C’est que l’individu est un fanatique potentiel, et qui parfois a du mal à se contenir. Les gens sont vraiment cons parfois : admirer un type qui fait vingt fois votre salaire, et qui vous toise en vous prenant pour des larbins… Cela me dépasse. Mais moi aussi, je dois être con, puisque qu’une majorité semble savoir de quoi il en retourne…

Vive le foot ? heuuu… Pour les autres, oui, pour moi…

28 mars 2011

Surprise ?

Je suis particulièrement amusé par les réactions qui peuvent émerger suite à des votes nationaux. Généralement, les analystes se vautrent lamentablement, et leur lecture de la carte politique se révèle au mieux erronée, au pire en total décalage avec la réalité. A croire que l’incompétence soit un critère de sélection pour cette profession. Je suis intimement convaincu que la plupart se concentrent sur les résultats bruts des sondages, puis se posent quelques interrogations sur la popularité des différents candidats. Or, c’est oublier une particularité bien de chez nous, à savoir que les urnes sont généralement utilisées non pas pour prendre une décision, mais bel et bien pour sanctionner un parti. Dans ces conditions, croire que les Français aient compris les enjeux des cantonales, c’est croire qu’ils se soient inquiétés de quoi que ce d’autre que d’eux-mêmes.

Force est de constater qu’il y a pas mal de choses à conclure (temporairement) de ce vote. Dans un premier temps, l’abstention est si signifiante qu’elle a probablement faussée la carte dans certaines régions. En effet, à partir d’un certain pourcentage, le vote ne peut plus être crédible. Pourquoi ? Parce que l’abstention est majoritairement le résultat des indécis, ou bien de ceux qui se désintéressent totalement de la politique. En revanche, ces désistements de responsabilité font fortement le jeu des partis plus radicaux qui, eux, arrivent systématiquement à mobiliser leurs troupes. Quoi qu’il en soit, c’est la gauche qui sort gagnante du scrutin, à un bémol près tout de même. Est-ce réellement une victoire de la gauche, ou bien, dans les triangulaires avec le FN notamment, une victoire par assistance de la droite ? L’analyse de chaque résultat serait nécessaire pour en tirer des conclusions, mais, à mon sens, on ne peut pas parler d’une véritable réussite électorale. Une vraie réussite, cela aurait été de mobiliser les troupes, et non pas gagner le cœur que de la moitié des votants. Au surplus, l’abstention provoque maintenant des débats sur l’éventuel décompte des votes blancs, chose qui dérange depuis des décennies. Dans ces conditions, on ne peut décemment pas croire que la gauche soit si fière de son résultat.

Le second aspect intéressant à conclure des résultats, c’est que le vote s’est révélé être de sanction. On ne peut pas franchement analyser la globalité du scrutin sans y percevoir une forme de vengeance par les urnes contre le gouvernement. De là, les conséquences sont inquiétantes : est ce que les Français vont procéder de même lors d’une élection aux enjeux plus importants ? On peut se souvenir des votes sanctions lors de la présidentielle de 2002, ou pour la constitution Européenne. C’est une manière assez dangereuse et excentrique d’agir, car en bout de chemin, il n’y a que le chaos. Voter contre une personne, au lieu de voter pour une idée, cela ne peut que brouiller le résultat. C’est aussi pour ça que la gauche mentionne, mais que du bout des lèvres, qu’ils doivent cette victoire à un vote contestataire. En déduire que les votes de gauche sont une concentration de personnes qui râlent… Je ne ferai pas ce pas.

Le dernier aspect est la relative poussée du FN, mais avec un résultat plutôt faible. Les gens craignent un nouveau 2002, et ceux mêmes qui sont allés voter se sont bien gardés d’offrir des postes à des élus FN. Pourquoi ? Parce qu’il y a une contradiction : nombre de Français votent FN non par conviction, mais, encore une fois, par contestation. Or, la contestation passe en ce moment par un vote à gauche. Je suis intimement convaincu que le vote de gauche n’est pas un choix politique, mais pour beaucoup une façon de marquer sa différence. Voter à droite, c’est voter sécurité, bourgeoisie, finances. Voter à gauche, c’est voter écolo, voter morale, voter social. Est-ce vraiment une façon de concevoir la politique ? Je crains qu’il s’agisse donc d’une forme de militantisme identitaire, plus que d’une véritable adhésion à un programme ou à des thèses. C’est donc, encore une fois, une manière détournée de brouiller la carte politique nationale.

A terme, on devrait se méfier des résultats. Je crois que le FN a pâti de la « fraîcheur » de Marine le Pen. Je crois également que l’aspect politique de cette élection reflète surtout une volonté de mettre en garde les élus, plus que d’en choisir un avec soin. Je crois enfin que l’abstention ne saurait être réduite par des mesures comme le vote obligatoire, ou le décompte des votes blancs. Que va-t-on faire si le blanc l’emporte ? Rejouer les élections ? Ne rêvons pas : c’est à nos élus de se montrer convaincants, pas aux électeurs de se sentir obligés d’agir, même si le devoir électoral a un sens. Il faut toutefois raison garder : la poussée FN n’est, pour l’heure, pas encore signifiante. Je me mettrai à la craindre quand les élus de ce parti se mettront à revendiquer plus ouvertement leur appartenance. Par « miracle », il y a un front commun contre le FN… Mais n’est-ce pas là la logique d’un parti unique… donc d’une dictature en puissance ? A nous d’en définir les frontières, et de ne surtout pas se pencher au-delà du raisonnable. Autant certaines thèses des votants FN m’inquiètent, autant je suis plus inquiet encore quand j’entends les thèses à gauche. Où se positionner ? Libre à chacun de faire son choix, mais faites le pour l’élu, pas contre l’élu en place.

25 mars 2011

Quantification

Tue un homme, tu es un assassin.
Tue dix hommes, tu es un tueur en série.
Tue dix milles hommes, tu es un conquérant.
Tue tous les hommes, tu es un dieu.

De cette réflexion légitime ressort un élément intéressant : l’homme aime quantifier, il aime à positionner des valeurs sur tout et n’importe quoi, de sorte à pouvoir identifier des échelles. Ainsi, que ce soit un tremblement de terre, le nombre de victimes, la longueur, la largeur, nous cherchons systématiquement une quantification afin que nous puissions tous nous comprendre. Et ce n’est pas anodin, car, quelque part, cela sous-entend que certaines choses sont mises en échelle, alors qu’elles sont des valeurs morales. Ainsi, nous définissons des seuils pour la vie humaine, comme « A partir de combien de morts peut-on parler de génocide ? ».

J’admets humblement être très moqueur vis-à-vis de ces notions. C’est, en tout cas pour moi, la meilleure représentation de notre bêtise tant individuelle que collective. Je ne crois pas que l’on puisse établir une hiérarchie quand il s’agit de la vie, qu’elle soit humaine ou pas. L’horreur de la mort est identique à toutes les échelles, et s’amuser à établir ce qui est le pire, c’est nier que tout décès est un décès de trop. Alors, bien entendu, comme nous sommes tous des barbares en puissance, il nous faut avoir des points de repère, quelque chose de suffisamment ferme, sous peine de dériver vers la folie meurtrière. Notre humanité est hélas à pas variable, et notre capacité à nier tous nos principes impose donc des règles, des échelles, des gradations. Ceci dit, je ne crois qu’il puisse être légitime de dire qu’un type est plus barbare qu’un autre, sous prétexte que le nombre de morts de ses mains est moins grand que celui de son adversaire.

En l’espèce, nous flattons l’ego de chacun en résumant tout à des chiffres et des statistiques. Fort bien ! On se croit suffisamment malins pour que ces résultats soient, pour nous en tout cas, signifiants et capables de définir nos orientations, or c’est complètement hors de propos. Avec ou sans chiffres, nous devrions raisonner à partir de notre expérience et de nos constatations. Tenez, par exemple, est-ce qu’une statistique de mortalité à l’hôpital est nécessairement le reflet d’une mauvaise qualité des services ? D’emblée, certains s’engouffreront dans la question en revendiquant que, oui, en effet, plus il y a de morts, plus le service est mauvais. Tiens donc… parce qu’on peut dire que la mortalité en service de fin de vie peut être comparée à celle dans une maternité ? J’en doute fort, puisque le premier est justement là pour accompagner les derniers jours de patients incurables. Concrètement, même si cet exemple est exagéré, il faut raison garder et se pencher avant tout sur le concret, avant d’aller parler de chiffres ou de quantités. A mes yeux, tout ceci se résumerait presque à du « 100% des gagnants ont tenté leur chance »…

On s’amuse bien trop à mettre en perspective des chiffres qui, bien souvent, n’ont que peu de rapports. J’ai en horreur les échelles de valeur, parce que celles-ci participent à des raccourcis souvent malsains. Un exemple ? Si l’on prend des nations pauvres, le chômage, les salaires très bas sont utilisés pour exploiter la population et créer de la richesse à peu de frais. On appelle cela la mondialisation. Maintenant, si l’on parle des conditions de vie de ces populations, nombre de personnes vont les taxer de « sales », « sans hygiène » et j’en passe. En effet : les bidonvilles sont bien moins propres que les grandes avenues de nos villes riches. Si l’on part sur la mortalité infantile, on va aussi définir que ces gens sont plus susceptibles de perdre leurs enfants. Mais tout ceci amène alors à omettre simplement que sans argent point de confort et de commodités. Là, tout à coup, les chiffres disent tout autre chose. Et cela fait le jeu des uns ou des autres, selon le regard qu’on porte sur les tableaux.

Je n’éprouve que peu de confiance en ces résultats. Nous sommes tous trop inquiets des chiffres que peuvent fournir des formules aussi complexes qu’incompréhensibles. La vérité est bien plus simple : à force de croire que l’homme n’est qu’une quantité, nous en venons à l’inclure dans des statistiques qui sont supposées dire qui nous sommes. Là, je râle, car bien souvent les résultats sont calculés de sorte à ce qu’ils conviennent, ou pas, aux lecteurs cible. Tenez, je suis amusé quand j’entends les gens qui s’étonnent des résultats du FN. Ah bon ? J’ignorais que le FN était une nouvelle force politique, tout comme j’étais convaincu que la France contenait une part de contestataires, de nationalistes, ou encore de fascistes potentiels. Le FN n’est pas un nouveau parti, pas plus qu’il n’est fasciste dans son essence. Il peut le devenir, tout comme nombre de partis actuellement représentés en France. L’UMP est de droite, et peut souvent dériver vers des thèses plutôt inquiétantes (d’ailleurs, je vous invite à rechercher mes différentes chroniques analysant la dégradation de nos libertés individuelles, qu’elles soient numériques avec LOPPSI, HADOPI et autres, ou concrètes avec la détention de protection). Le PS se dit plus serein et ouvert, mais je ne suis pas convaincu qu’ils peuvent prétendre à ne pas contenir une part de nationalistes. Le NPA est l’extrême gauche, celle qui s’appelait le PCR (Parti communiste révolutionnaire). Sont-ils moins radicaux que le FN ? Ne représentent-ils pas une potentielle dérive vers des terminologies plus inquiétantes comme le national socialisme ? Le PCF moribond, n’est-il pas, enfin, l’archétype du parti qui s’appuie sur des théories ayant menées à bien des désastres dans le monde ?

Prenons acte d’une chose élémentaire : une vie, ça ne se quantifie pas. Une personne, c’est, en principe, l’unité élémentaire de la Vie. Toute personne se doit d’être un élément du peuple, tout comme le peuple doit bien comprendre que chaque élément qui le constitue est indispensable. Le drame de la société actuelle, sa véritable dérive, c’est d’arriver à des démarches telles que la minorité visible, à la mise en exergue de l’individualisme, et surtout à l’opposition entre les gens basée sur la différence. Je déteste ces concepts. Je les hais même. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas une nationalité, une religion, ou une couleur de peau qui définit une personne. Ce sont sa détermination, sa capacité à être un membre actif du groupe, son respect pour les autres. Plus on s’appuiera sur la différence, moins l’on accordera de valeur à l’ensemble. Le débat sur l’identité nationale a fait des étincelles. Des gens se plaignent de ne plus se reconnaître dans leur patrie. Et cela étonne ? J’ai comme des doutes là. Quand on vous annonce sans frémir qu’une culture nationale et séculaire n’a pas d’importance (comme quand l’UE « oublie » d’inclure les fêtes religieuses catholiques dans un agenda à destination des élèves, tandis que toutes les autres religions y sont mentionnées). Quand on vous impose des débats qui n’ont pas lieu d’être (comme par exemple l’interdiction formelle des signes religieux dans les administrations, les services publics et les écoles, alors que la laïcité est inscrite dans le marbre depuis 1905), je n’ai aucun doute sur le fait qu’il devient légitime de douter tant des chiffres, que de sa propre position dans la société.

Oubliez les chiffres. Oubliez les échelles. Revenons à des fondamentaux, à des constats, à des analyses de la réalité, et pas des projections absconses qui satisfont l’ego de certains. C’est en regardant la rue, au dehors, chez soi qu’on sait ce qui est concret. Pas en établissant des grilles stupides et confortables. Notez enfin un point « amusant » (selon mes critères s’entend) : on se plaint de l’abstention record lors des cantonales. Vous savez pourquoi ? Parce que les gens se fient à des chiffres, au lieu d’en prendre toute la mesure. Deux choses ressortent : un, peu de gens comprennent les enjeux de ces élections. Deux, les gens veulent avant tout se préoccuper de ce qui les concerne dans l’immédiat, donc non pas à savoir quel fantoche sera élu, mais plus de savoir qui leur donnera un salaire décent, dans quelles conditions ils pourront avoir un avenir, ou encore dans quelle école iront leurs enfants.

22 mars 2011

Rien ce soir...

Pas le temps! A bientôt.

Jefaispeuralafoule/Frédéric

21 mars 2011

Boudiou !

Ah, les joies du terroir, de l’authentique rusticité de la vie hors de nos villes aseptisées ! Comment exprimer toute la joie que l’on peut ressentir quand, enfin, on quitte la noirceur d’un quotidien organisé par le métronome de nos besoins économiques ? La vérité est assez simple je trouve, et elle tient en un seul mot : nature. Hé oui, j’aime la nature, la vraie, celle qui a des odeurs, des parfums, des saveurs, celle qui sait mettre les sens en émoi à peu près aussi efficacement que les courbes fines et raffinées d’une jolie femme. Nous nous extasions sans arrêt face à la miniaturisation de nos équipements, à tel point que certains appareils deviennent suffisamment petits pour tenir non plus dans la main, mais carrément dans l’oreille. Impressionnant, mais bien futile face au chêne centenaire qui, du haut de ses années passées à vivre notre passage sous ses branches, s’amuse à nous voir naître, grandir, puis un jour, mourir. J’aime la nature, tout comme j’aime ceux qui travaillent la terre.

C’est beau, cette abnégation pour le terroir, l’authentique. Rien n’est meilleur que le fruit frais cueilli sur l’arbre, pas celui passé entre mille mains, dans mille traitements divers, et ayant fait des kilomètres à en faire rougir le compteur des camions encombrant nos routes. Certains s’offusquent concernant leur pauvre odorat quand on ouvre une boite d’un fromage un brin robuste… Mais celui qui vit à la campagne, quand il met les pieds chez nous, c’est l’odeur même de la ville qui le révulse, et bon sang, qu’est-ce qu’il a raison ! Ce qui pue, ce n’est pas le frometon affiné avec amour, c’est le pot d’échappement, c’est la climatisation utilisée à outrance, c’est le bitume qui libère ses senteurs pendant les grandes chaleurs ! Dites ce que vous voulez, nos villes schlinguent, et les fuir est salvateur.

Après avoir eu le plaisir et l’honneur de déguster une vraie entrecôte, de celles qui vous marquent à tout jamais, après avoir poussé le déjeuner avec une vraie poire maison, n’essayez surtout pas de me vendre les bienfaits du bio en magasin. Le bio, l’authentique, c’est dans nos fermes qu’il se fait, là où la terre sent quand elle est trempée, là où la bête existe, pas le bout de bidoche sous cellophane vendu au prix du platine. D’ailleurs, allez dans la campagne la plus proche, et arrêtez vous. Prenez une bonne bouffée d’air, et admirez le travail des champs. Là, vous pourrez ressentir une vraie relation au travail bien fait, à la chaleur des hommes et des femmes du terroir, celles et ceux qui donnent honnêtement, parfois de manière un peu rustre, mais qui savent se montrer droits comme personne dans nos immeubles glauques et sans identité.

Je suis un héritier indigne d’une lignée d’agriculteurs. J’ignore tout des choses de la terre, et l’idée même de me confier une exploitation reviendrait à la retrouver au mieux ruinée, au pire en flammes suite à une faute impardonnable de ma part. Etre agriculteur, ce n’est pas seulement faire tourner une entreprise, c’est aussi un savoir faire, des gestes, des idées, des procédés qui ne doivent rien au hasard, mais totalement à l’expérience et au bon sens. L’homme de la ville gâche, l’homme de la campagne consomme avec raison. Il faut être bien idiot pour se croire capable de prendre en main une exploitation, tant celle-ci requiert un nombre invraisemblable de compétences ! Déjà qu’on n’est pas foutus de gérer un budget domestique, alors la vie d’animaux aussi robustes en apparence qu’ils sont fragiles dans les faits, n’y pensez surtout pas !

Par contre, il y a une chose surprenante… C’est là qu’il y a un seul problème. Ils sont accueillants, généreux, fiers, tout ce que j’aime, mais bordel, qu’est-ce qu’il m’arrive de souffrir en leur compagnie. Non qu’ils soient trop rustres pour mon attitude un peu « cul fin » malheureusement héritée d’une vie en ville, mais plus de l’ordre de l’auditif. Hélas oui, je le confesse, je l’avoue avec une honte sans borne… Bordel, articulez quand vous causez ! Ces accents, c’est de l’authentique, du robuste, mais pour moi, c’est de la destruction de mes tympans ! Je ne suis pas rodé aux accents toniques d’un patois local, et qui plus est infoutu de saisir tout le vocabulaire lié à la terre. Malheur à moi, je concède mon inculture profonde sur les définitions, terminaisons et autres déclinaisons du langage de l’agriculteur. A quand le dico patois/français ? Non que je leur reproche cette langue, mais bon sang, qu’est-ce que je peux avoir l’air con quand j’acquiesce à des phrases que je n’ai pas comprises !