03 février 2014

Avis aux amateurs

Attention... texte fleuve!

Je m'interroge encore et encore sur la critique qui est faite sur les idées concernant aussi bien le travail, que la possibilité de financer le non-travail d'une manière ou d'une autre. Cette réflexion, qui, d'un point de vue moral, semble assez légitime, nous apparaît dorénavant plus que complexe à traiter tant la société dans laquelle nous vivons est bâtie sur des paradoxes: économie adossée au travail de l'argent, dévalorisation de la production au profit d'une délocalisation à bas coût, financements divers et variés de l'inactivité souvent associés au concept de "l'oisiveté aux frais de l'état"... De quoi se demander où est la "bonne" solution, si tant est qu'il puisse en exister une.

Déjà, observons un peu le raisonnement tenu aujourd'hui : il est devenu autrement plus rentable de faire travailler l'argent (par le truchement de la spéculation, des investissements à rendements, bref tout produit financier susceptible de générer du bénéfice sans avoir soi-même produit quoi que ce soit), que par la production "pure" de richesses. Qu'est-ce que cela sous-entend? Tout simplement que quiconque ayant des richesses peut se permettre d'investir, et donc potentiellement de s'enrichir, et que tous les autres, dépourvus de ce pouvoir, sont tenus à rester à la marge, à l'exception près de quelques entrepreneurs aventureux qui, finalement, arrivent à prendre une position rejoignant les "riches investisseurs". Doit-on blâmer ceux qui placent de l'argent? Dans l'absolu, en fantasmant une société équitable, on pourrait espérer que cet argent soit injecté dans l'économie globale, qu'il serve à développer des biens et des services... Or, force est de constater qu'il ne fait que pousser à la roue pour celles et ceux qui veulent voir des nombres grossir sur un compte, et pas voir des entreprises croître. Après tout, un trader voit un matricule pour une action, pas ce qu'elle fait ou si peu. Dans ces conditions, difficile de légitimer un tel fonctionnement, au titre qu'il ne peut pas inciter à travailler, puisque cela sera en pure perte en terme de rendement économique.
En allant au-delà, cela implique alors trois choses. En premier lieu, l'entreprenariat, étouffé face au coût qu'engendre un fonctionnement en indépendant, va pousser soit à s'effondrer, soit à travailler sans tout déclarer. En étranglant ceux qui veulent entreprendre, on ne peut qu'y perdre, notamment dans le domaine du service. Au surplus, comment le client final peut-il accepter de voir la note se saler, surtout quand il s'agit de surcoûts liés aux taxes ou au coût du travail? On fait alors appel à la délocalisation, ou carrément à la main-d'œuvre bon marché (cas des ouvriers Polonais en France par exemple). Dans un second temps, quand on s'offre une politique défavorable au travail, on ne peut que pousser certains à "profiter" du système, en récupérant tous les dispositifs supposés aider ceux mis à l'écart par le système, et non pas financer l'inactivité professionnelle. Quand on en arrive à prendre sa calculatrice pour savoir, si oui ou non, il est rentable de travailler, c'est qu'il y a un énorme problème dans les mécanismes de protection sociale. Enfin, le troisième point, et non des moindres, découle directement des deux précédents: pourquoi espérer trouver un emploi, puisque les entreprises vont chercher à réduire les coûts, tant afin de prendre des marchés, que par souci d'augmenter les marges? Clairement, le suicide économique est tout à fait flagrant, car l'équation de la banqueroute est sous notre nez. Taxez plus ceux qui travaillent (au sens large), c'est les inciter à ne plus embaucher (patronat), à ne plus travailler (salariés), et à dénigrer clairement le travail local au profit d'un travail moins cher... Avec pour effet pervers de perdre toute une compétence, avec toutes les conséquence que cela peut avoir.

Alors quoi faire? Déjà, s'interroger avec force sur quelques règles fondamentales: l'aspect social d'une société ne doit en rien venir contredire les aspects économique fondamentaux. On ne peut et surtout on ne doit pas rendre le travail, l'activité professionnelle inutile, ou insuffisamment rentable pour l'employé. De plus, il est notoirement dangereux d'inciter à jouer avec l'argent, au lieu de s'en servir avec bon sens. Je ne comprends toujours pas comment l'on omet de dire qu'il existe bien trop de portes de sorties juridiques pour les "riches", là où les classes moyennes et basses n'ont pour seule issue que de se taire et payer. De plus, je ne vois toujours pas de loi permettant de mettre un terme aux actions aussi irraisonnées qu'intolérables des spéculateurs purs. Comment peut-on considérer comme logique d'essorer des sociétés qui produisent, là où l'on tolère des marges délirantes, sous prétexte que les dites marges ne passent pas par l'économie réelle? Il y a un énorme problème à ce niveau.
Certains abordent cette catastrophe à travers des taxes, comme par exemple celle nommée "Tobin", dont le but fondamental est de taxer les transactions boursières. Admettons. L'idée est plaisante, mais elle reste, selon moi, complètement insuffisante car globalement incitatrice à exiler les capitaux, et non à les faire rester localement. Je crois qu'il y a, avant toute chose, un besoin de réfléchir à des mécanismes encore plus globaux, non pas en imposant des quotas/taxes et autres solutions "communisantes", mais à mon sens sur des stratégies d'incitation à injecter les capitaux dans de l'économie réelle. Certains croient, à tort, qu'il est aisé de créer de l'emploi en réduisant les taxes et les charges. C'est en soi une énorme bévue que d'y croire, car l'embauche se fait non à la vue de taxes réduites (voire effacées, comme cela existe pour certaines embauches spécifiques), mais en regard d'un gain de production nécessaire ou potentiel. Embaucher, c'est un investissement sur une personne, une forme de placement à risque où le rendement doit être trouvé... sous peine de devoir licencier le salarié, faute de gain. Dans ces conditions, j'ai la conviction que la solution première est de rendre l'investissement concret fiscalement plus intéressant que l'investissement boursier. Reste à voir comment articuler des lois de finance en ce sens.
Un autre point critique est à passer, à savoir le fantasme d'une société totalement sociale, équitable. Encore une fois, pour donner à quelqu'un, il faut avoir pris l'argent en question quelque-part, sauf à vouloir s'endetter. A ce jour, la question reste entière: où prendre l'argent, alors que nous sommes déjà dans une situation financière sensible? Peut-on encore croire à un financement massif de l'état? A mon sens, ce n'est pas en créant des niches d'inactivité "maîtrisée" qu'on obtient tant une paix sociale, qu'une vie potable pour celles et ceux rabaissés par les mécaniques actuelles. Le chômage devient une fatalité, voire un mode de vie, quand il n'y a pas l'espoir de "mieux vivre" en travaillant. La stimulation de l'emploi doit, selon moi, partir d'un constat élémentaire: il ne faut pas que l'emploi soit une source de perte de prestations, et encore moins que l'emploi devienne un esclavage. Quand on est confronté au choix du "travailler ou glander, même résultat financier", difficile de blâmer celui qui va choisir de ne pas se lever, puisqu'en fin de mois, les deux seront équivalents ou presque. Comment faire travailler les gens alors? Déjà, il est selon moi indispensable de revoir complètement la politique de taxation du travail, non pas en faisant des mesures radicales, mais en traitant le cas des bas salaires en priorité. Aujourd'hui, ce qui pousse nombre de sociétés à délocaliser, c'est l'idée (souvent ridicule), qu'il n'est plus possible de produire en France, parce que l'emploi des bas salaires reste non compétitif. Charge à la politique fiscale de trouver une façon de rendre à nouveau séduisant l'emploi localisé. Il peut tout à fait y avoir un mécanisme de vase communiquant, entre une réduction drastique des coûts sur les petits revenus (avantages fiscaux, détaxe...), et la taxation compensatoire sur les gains faits en bourse par exemple; Là, on aurait déjà un premier retour vers un équilibre entre travail et capitalisme boursier.

bien au-delà de ces petites idées, j'imagine également que certains rêvent encore de voir une société plus juste, équitable... Comment l'obtenir? Quels sont les moyens qu'on doit se donner pour permettre à chacun d'avoir une vie meilleure? Je considère le travail comme une vertu, comme un enrichissement personnel. Cependant, il est évident que cela ne vaut que parce que j'exerce un emploi qui m'enrichit intellectuellement, et qu'il est difficile de demander une telle appréciation pour celui qui n'a pas un emploi stimulant. C'est là qu'il y a un énorme progrès à faire, mais d'un point de vue moral et éthique. Qu'on cesse de dévaloriser les emplois non qualifiés, qu'on arrête de pousser les enfants vers des études à rallonge. A mon sens, il faudra absolument trouver une méthode de communication rappelant que chacun peut se trouver une place, et que l'ouvrier à la chaîne n'a pas moins de valeur que l'ingénieur qui a conçu la machine sur laquelle le premier travaille. Nous ne pouvons, ni ne devons pas considérer le diplôme comme une finalité, mais comme une référence. Il n'est pas acceptable qu'on aille constamment s'adosser à des discours tels que "trop diplômé", ou "insuffisamment diplômé" lors de l'embauche. Déjà, l'expérience, la détermination doivent entrer en ligne de compte. De plus, traiter chaque salarié à égale valeur ne peut qu'améliorer le climat social. Et pardessus tout, faire se sentir "valorisé" par son employeur ne peut qu'amener à une meilleure considération de sa tâche par l'ouvrier. Comme dirait l'autre "J'aime mon métier parce que je suis respecté pour ce que je fais".

Comment faire changer les choses? En créant des "revenus minimum d'aide" comme le RSA? L'étendre à ces classes d'âges actuellement non prises en compte (18-26 ans par exemple)? En traitant le problème par l'assistanat, ou en pratiquant des politiques incitatives? Les ajustement fiscaux ne sont que des manipulations de chiffres, alors qu'une bonne pratique est, avant tout, de pousser à consommer ce que nous produisons, et en consommant les produits des autres. Il ne s'agit pas seulement de protéger ce qui peut l'être, mais aussi et avant tout de faire revenir un savoir-faire dilapidé au gré des délocalisations, de la perte de rentabilité de certaines activités, ou encore plus cruellement par la destruction d'un patrimoine industriel, détruit par des choix stratégiques honteux (entreprises en faillite non par manque de compétitivité, mais à cause d'investissements hasardeux), ou pillé (vendu à l'étranger, puis démantelé, cela pour satisfaire l'actionnaire et pas la production). On m'a déjà argumenté que les entreprises meurent aussi faute de clients. Cela existe. Mais quand une entreprise meurt, alors que son portefeuille client est encore tout à fait crédible, c'est que les dits clients vont forcément se reporter sur un autre fournisseur. Dans ces conditions, soit nous laissons mourir les concurrents pour privilégier des ploutocraties (voir la situation monolithique vécue dans l'informatique avec Google/Microsoft, ou dans l'industrier avec Mittal), soit nous sauvons l'emploi, ceci à travers une vraie politique économique et industrielle. Il n'est plus temps de se gargariser avec le TGV et le Concorde, il est plus que temps d'espérer revoir de tels projets émerger au milieu du marasme actuel.

J'entends plein de gens me parler de surconsommation, d'orgie, de gâchis. Nous ne surconsommons pas selon moi. Nous consommons n'importe comment, sans raison ni besoin. Il est tout à fait envisageable de revoir nos modèles de consommation, ceci afin que l'argent dépensé le soit intelligemment. Il y a tant à faire: économies d'énergie, politique écologique dans les domiciles, renouvellement des véhicules pour tendre vers des villes plus propres, réflexions sur nos équipements électroniques et électriques afin de moins consommer, modernisation des réseaux de l'information et du maillage hors des grandes villes... Nous pouvons fort bien mettre un terme à la spirale du chômage, car nous avons des possibilités de progrès, de la main-d'oeuvre qui sera aisée à motiver à travers de vrais gains, et qui plus est de pouvoir recréer une situation de crédibilité industrielle à l'international. Admettons une chose fort simple, et pourtant prise en défaut voire même tournée en ridicule, à savoir la modernisation de nos équipements électriques. La majorité consomment énormément, sont peu recyclables en bout de chaîne, et entre les deux surconsommés car sans cesse rendus obsolètes par les industriels (plus de maintenance, voire impossible à maintenir= déchet quasi systématique). Cela me paraît parfaitement crédible d'imposer des systèmes modulaires de taxes comme "produit vert produit localement=TVA réduite" par exemple. Il y a énormément d'axes de réflexions, de solutions, alors ne laissons pas les choses sombres dicter notre attitude.

Enfin, pour moi, travailler n'a rien de honteux ni de dégradant. Ce qui l'est, c'est de résumer le travail à une corvée, et non à une fonction sociale majeure. Travailler, ce n'est pas s'avilir à une machine, c'est en prendre le contrôle. La juste répartition des gains ne peut se faire qu'en rendant à nouveau le travail attrayant, tant socialement que financièrement. Tant que les exemples de réussite seront ceux issus de gens manipulant l'argent, au lieu de manipuler des entreprises, force est de constater que notre modèle social sera bancal... Si bancal qu'il pourrait, à terme, inciter des mouvements anticapitalistes à se radicaliser, ou tout du moins obtenir une oreille de plus en plus attentive de la population. Et pourtant, ce n'est pas tant le capitalisme qui ne fonctionne pas, c'est l'idée même que le capitalisme se résume à manipuler des capitaux... Alors que les dits capitaux devraient être générés non pas par de l'artificiel, mais du concret. Quand on voit que la première source de revenus de certaines structures se révèlent être la publicité, ou les feintes fiscales, j'ai dans l'idée que nous faisons gravement fausse route. Quand on spécule, à terme, on ne peut qu'aller à la banqueroute, car augmenter artificiellement la valeur de quoi que ce soit pousse, tôt ou tard, à rendre le prix du produit complètement hors de proportion. Un exemple: admettons un bien immobilier d'un prix X. On voit son prix augmenter jour après jour au moment de la vente par le jeu de l'offre et de la demande.... jusqu'au jour où le dit prix ne correspond plus à sa valeur, et les ventes s'effondrent. En bourse? Même combat... et 1929 en ligne de mire. A quoi bon mener à sa propre perte alors? Faisons en sorte de rendre le marché logique, sain, car indexé sur la capacité de chacun à profiter du système, et non d'en être complètement tributaire. Croyons en nous, et non en les chiffres. Croyons en notre capacité à partager, produire, améliorer le quotidien, au lieu de se contenter de suivre des courbes absurdes, des statistiques aussi vaines que muettes sur les réalités.

Pour le progrès, pour l'avenir; pour chacun de nous un potentiel de vivre mieux, plus équitablement.

Une clope

Je crois que, lorsqu'on est fumeur, on peut parfois constater des choses qui peuvent sembler anodines, voire invisibles aux autres. En effet, quoi de plus ordinaire qu'un groupe de fumeurs au pied d'un immeuble de bureaux? C'est là, planté devant une porte, qu'on peut observer le monde avec un regard bien différent. Loin de moi l'idée de promouvoir la clope comme étant un moyen de socialisation, et encore moins de mettre en avant les "vertus" du tabagisme. Là, c'est plutôt un regard bien particulier qui me vient, car, suite à une de ces "pause clope" que j'ai pu assister à un phénomène particulièrement difficile à accepter dans notre société. Prenez donc place, lisez donc ce qui suit, et dites vous bien que, si je l'ai constaté, d'autres ont fait ce même constat assez terrible sur l'état de notre société.

Toute personne vivant dans une grande ville est plus ou moins rodée à la mendicité: entre l'instrumentiste pathétique errant dans le métropolitain, le jeune adulte assis, main tendue, avec son chien en guise de caution morale, et le défilement des gosses exploités pour apitoyer le quidam, il y a de quoi faire. Bien souvent, cette mendicité met soit mal à l'aise, soit désintéresse totalement le passant. L'un dans l'autre, les rares gestes de charité s'adossent plus à une bonne volonté anonyme, qu'à un geste grandiloquent pour se dire "je l'ai fait, je suis quelqu'un de bien". Cependant, il existe un acte bien plus dramatique, tout aussi ordinaire, qui se révèle bien moins visible, du moins pour le piéton pressé: le fait de "faire les poubelles". Ca vous semble cliché? Ca vous apparaît comme "extrême"? Loin s'en faut! Cela existe bel et bien, et nos déchets peuvent devenir une source de survie pour d'autres... malheureusement.

Alors pourquoi parler de la cigarette en ce cas? Parce qu'il y a une chose qui ne marche quasiment plus, que les fumeurs surnomment "la taxe", à savoir un quidam venant demander une cigarette à une autre. Cela semble incongru, et bien souvent un refus poli suffit à neutraliser le demandeur qui, pas démonté pour un sou, tentera sa chance plus loin. Mais là, vu le prix d'un paquet, cette méthode ne fonctionne plus ou presque... Car l'âme humaine est ainsi, elle nous incite plus à dire "démerde toi", que "tiens prends, ça n'est pas cher payé finalement". Et là, stupeur... Les cendriers, totems du tabagisme, plantés devant les immeubles de bureaux, dégorgent de mégots, démontrant par l'absurde que l'addiction au tabac a encore de beaux jours devant elle, se voient fouillés par des passants. Dans quel but? Pour récupérer ce reste de tabac imbrûlé, pour accumuler les mégots et former ainsi la "clope" dont on a nécessairement envie, mais pas forcément les moyens. Faire les poubelles ou les cendriers, quelle société décemment conçue peut tolérer ça?

Quand on en est réduit à tenter sa chance de la sorte, c'est que notre monde est bel et bien malade. Sa maladie c'est l'indifférence. On va me rétorquer que le tabac est un luxe nocif, qu'on peut s'en passer... Je vous réponds, à vous autres donneurs de leçons, de la fermer et de surtout de vous regarder en face. En quoi cela vous concerne? En quoi cela vous nuit? Après tout, c'est le choix de chacun, et je trouve particulièrement inadmissible qu'il n'existe plus grand-chose pour venir en aide aux autres. Est-ce normal qu'une société qui se vante d'avoir des mécanismes sociaux mène quand même des gens à fouiller nos déchets, que ce soit pour se nourrir, ou pour simplement avoir cette foutue cigarette? Non. Je ne dis certainement pas qu'il s'agirait alors de distribuer du tabac, d'aider les indigents à s'intoxiquer, mais je crois que ce tabac récupéré ainsi est une marque de déchéance de notre monde. Je parle bien de la déchéance du monde, pas la leur, car le monde, lui, pourrait faire en sorte que chaque citoyen ne soit pas réduit à de telles méthodes pour survivre. C'est en ça que j'affirme froidement que notre modèle est pourri, qu'il sent l'égoïsme, et qu'au fond, je trouve plus digne que le fumeur fasse le cendrier, plutôt que de pratiquer la "taxe" aussi humiliante que vaine.

Dans ce genre de situation, et bien qu'on pourrait me dire "ne pas donner de tabac peut être salvateur", je me déleste toujours de quelques cigarettes. Pour le don? Non. Pour la morale? Encore moins. Pour la solidarité? Toujours pas. Alors pourquoi? Pour le principe: j'ai l'intime conviction que donner ainsi, n'importe quoi, que ce soit une pièce, une clope, un bout de pain, c'est un geste intelligent, innocent, qui ne nécessite ni justification ni un gros effort financier ou moral. Je lui souhaite du plaisir dans la consumation des deux ou trois clopes que je lui donne; j'espère aussi qu'il les savourera avec un vrai café bien chaud; et puis, surtout, je lui souhaite de pouvoir, un jour, pouvoir à nouveau fumer ses propres cigarettes, et non celles reconstituées avec les restes des autres.

31 janvier 2014

Abstrait

C'est en regardant tard dans la nuit des documentaires, que je me suis rendu compte d'une chose que je soupçonnais déjà, à savoir que la télévision, et plus largement les médias "animés" rendent les choses concrètes particulièrement abstraites. En effet, faute de vivre des évènements, ou pire encore de pouvoir simplement les comprendre, il se révèle souvent difficile d'être ému, ou juste concerné par les images qu'on nous sert. Dans l'absolu, on pourrait croire qu'il s'agit là du détachement naturel de l'individu, et que chacun de nous ne s'inquiète pas outre mesure de ce qu'il voit. Si j'avais à caricaturer la situation, cela serait de présenter un Monsieur Tout le monde, affalé dans son canapé, qui assiste aux horreurs d'une guerre civile tout en dégustant une pizza fraîchement sortie de son four. Et pourtant, quoi de plus concret que l'atroce froideur d'un objectif de caméra? Quoi de plus chirurgical que cet oeil intransigeant qui, faute de sentiment, se régale de nos travers et de notre barbarie ordinaire?

On pourrait, bien entendu, rétorquer avec aisance qu'il y a un besoin d'explication, et que chacun pourrait être tout à fait ému par le regard d'une fillette qui sanglote, par la douleur d'un homme usé par les combats, ou attendri par deux animaux qui jouent dans la forêt. Il n'en est rien: nous pouvons nous laisser entraîner dans l'émotion que quand celle-ci s'applique à détailler une forme, une personne, bref quelque-chose qui nous est réellement proche, ou tout du moins abordable. Peu de gens ont le sang qui se glace à la vue du champignon atomique d'Hiroshima, mais beaucoup sont épouvantés en voyant les larmes d'un gosse atrocement brûlé suite à cette explosion. Est-on donc froids avec le nombre, et sensibles avec l'unité? J'ai dans l'idée que l'Homme n'appréhende pas les "grandes choses", et préfère bien souvent se réduire à ce qui est à sa portée, à savoir une personne, ou tout au plus quelques personnes... En tout cas, tant que c'est dans l'écran.

Depuis plusieurs années, je m'échine à râler contre la récupération des malheurs d'autrui, notamment concernant celles et ceux qui instrumentalisent les actes barbares des gouvernements du passé. On peut en citer des quantités: le régime nazi, les horreurs sous Pinochet, l'attitude ignoble de Pol Pot, ou encore le cynisme Chinois sur la place Tian An Men... mais tous ont un point en commun, du moins pour le spectateur ordinaire: il sait de quoi l'on parle (et encore...), il arrive à conceptualiser l'horreur qu'il a sous les yeux, mais de là à être touché, il y a un énorme pas qui n'est que très rarement fait. C'est trop "abstrait", trop "lointain" du spectateur, car, dans le fond, quoi de plus abstrait que des images ayant plus de cinquante ans, quoi de plus intouchable que le visage de criminels de guerre morts depuis des décennies? Difficile de reprocher à ce quidam de ne pas se sentir concerné à chaque fois qu'il se prend un énième exemplaire d'un documentaire lambda sur la barbarie des camps de la mort par exemple. Il ne s'agit ni de cynisme, ni d'inconséquence morale, juste que le temps fait son oeuvre, et que bien que n'acceptant pas ces images comme étant "ordinaires", notre spectateur se contentera de dire un "plus jamais ça" mou et relativement peu déterminé. Normal, l'abstraction de l'image est liée à celle du temps qui passe. Faute de témoins proches pour transmettre un sentiment, celles et ceux ne s'inquiétant plus de l'image vont donc laisser filer l'occasion de comprendre le passé, pour que l'avenir soit meilleur.

L'oeil humain a cette capacité de distinguer le "vrai", le "faux", et ce que j'appelle 'l'abstrait", et donc de segmenter son niveau de perception. Le "vrai" sera sous ses yeux, en direct, sans intermédiaire technique. Il vivra l'évènement, et sera donc nécessairement touché d'une manière ou d'une autre. Le "faux" sera tout aussi distinctif, avec par exemple les fictions de cinéma, ou encore les jeux vidéos. Par contre, "l'abstrait" paraît bien plus complexe à traiter, car le recul créé par le tournage, ou encore l'âge avancé des images nous poussent à hésiter (intérieurement s'entend) entre "vrai" et "faux". Comment ne pas être sidéré quand on annonce des millions de morts dans des camps, et ne pas être tout simplement incrédule face aux charniers, tout simplement parce que cela semble si démesuré qu'on se dit "c'est impossible de faire tout ça! C'est inhumain!". Là, il y a un vrai problème de fond, car, finalement, se détacher ainsi involontairement de faits, et non de propagande et/ou trucages, c'est nécessairement être amené à en diminuer tant l'impact, que notre capacité à lutter contre un éventuel retour de telles choses.

Il y a quelques années de cela, nous avons vus la rue soi-disant se révolter contre le FN, ceci durant les présidentielles de 2002. Parlez en à la génération qui vient d'obtenir le droit de vote, et vous constaterez une froideur bizarre de leur part, tant parce que cela n'appartient pas à leur temps, que parce qu'ils estiment, à tort, que c'était un incident isolé, une sorte de dérapage politique unique en son genre. La situation actuelle nous prouve strictement le contraire: d'une part, "la rue" précitée n'était pas la foule réelle, mais bel et bien une part congrue de l'électorat. D'autre part, il est fondamentalement possible de voir un vote extrême reprendre du poids dans les urnes. Et en fin, ce n'est certainement pas "la rue" de l'époque qui ira demain voter à nouveau contre le FN.
Relevez bien ce que je dis: en refusant de voir les défilés de 1933 comme étant un avertissement sévère contre la démocratie, en prenant ces marches aux flambeaux comme étant "du passé, on s'en fout", c'est autoriser que, demain, d'autres reprennent le chemin du pouvoir, et ce via les mêmes méthodes, la même idéologie de fond. Je parlais du FN, non pour dire qu'ils sont de cette veine, mais pour mettre en lumière les comportements liés à leur parti. Je songe bien plus à tous ces mouvements naguère discrets (bien qu'influents) qui, aujourd'hui, reprennent le devant de la scène: catholiques radicalisés, extrêmes de gauche et de droite, bref tout ceux qui renient les politiciens en place peuvent nous amener à revoir de tels mouvements.

Je déteste qu'on amalgame les partis à des idéologies antérieures. L'actuel NPA est un héritier direct de la gauche communiste révolutionnaire, tout comme le FN pourrait, pour ses membres les plus durs (ex MNR) être classés parmi les groupes fascisants comme il en existe tant en France. Ce n'est pas cet héritage qui fait que, pour autant, ils iraient refaire les mêmes erreurs, tenir les mêmes discours. Prenez chaque parti pour ce qu'il dit aujourd'hui, pour ce qu'il envisage pour demain, à la lumière de ce qui s'est fait dans le passé. Le monde a eu ses horreurs de gauche, de droite, bref de tous les mouvements possibles en politique. Ces ignominies sont aujourd'hui visibles grâce aux progrès de la technologie, et non absolument rien d'abstraites. Songez donc à ne jamais oublier, en vous bâtissant une vision de l'instant présent. Vous aussi, un jour, vous serez "l'histoire", et l'on vous regardera sans doute avec la même réaction froide à travers un écran quelconque... Alors laissez une trace, parce que c'est probablement la seule chose qui reste de nous une fois partis: le souvenir. Laissez le souvenir de quelqu'un qui a pensé, et non pas de celui qui s'est laissé mener. Et je crois que les regards des déportés à la libération d'un camp doivent absolument autant nous toucher aujourd'hui, qu'ils touchèrent leurs libérateurs.

26 janvier 2014

Les inconnus: tous les sketchs en ligne et gratuitement


Merci à Korbe.info pour cette information: les inconnus ont mis en ligne l'intégralité de leurs sketchs, et ceci gratuitement

Merci à eux...

Voici le lien:
Les inconnus, tous leurs sketchs

24 janvier 2014

Le monde peut être beau parfois...

Le site faithRestoring.com a vraiment de quoi tenter de restaurer la foi que nous pouvons avoir en l'être humain... je vous mets quelques liens, histoire que vous compreniez de quoi je parle (avec la traduction sous chaque image)

Restaurons la foi en l'humanité


Ma femme et moi n'avons ni ami ni famille dans le quartier. Quand nous sommes rentrés à la maison avec notre nouveau bébé, nous avons trouvé cela dans notre jardin, et, je ne vais pas mentir, j'ai pleuré


Deux enfants dans un aéroport


Repas gratuit pour tous les SDF tous les vendredis de 15h à 17h


Je donne chaque jour 55 cents à mon fils pour son déjeuner. On m'a fait remarquer que depuis l'ouragan Sandy, il buvait de l'eau de la fontaine, et donnait cet argent aux victimes. Quand je l'ai interrogé à ce propos, il m'a répondu "Je sais que ce n'est pas beaucoup papa, mais c'est tout ce que je peux donner. Je n'ai pas besoin de mon lait, ils peuvent l'utiliser". La compassion d'un enfant est quelque chose d'incroyable.


La fille de 13 ans de la femme à gauche est morte. Son coeur a été donné à la femme à droite. C'est une mère qui écoute les battements du coeur de sa fille pour la dernière fois.


Ce pompier Danois a sauvé ce chat d'une maison en flammes.
La façon dont ils s'étreignent et l'expression du chat disent tout



Cet homme a économisé 20.000 Livres pour le traitement qui lui aurait permis de remarcher. Il a alors choisi de donner tout cet argent pour que cet enfant puisse faire ses premiers pas.


Merci à la faillite du gouvernement qui ne peut plus payer les gens comme vous qui protègent ce pays. Moi je suis une Américaine, le repas est pour moi.
Merci de protéger les filles comme moi!
Bonne journée,
Sarah







Il a demandé au père Noël que son père revienne


Aujourd'nui j'ai trouvé un laveur de carreaux très spécial à l'hôpital des enfants De Philadelphie


L'acteur Ron Perlman a accepté de passer quatre heures à se maquiller dans son personnage de Hellboy pour visiter un enfant de six ans atteint d'une leucémie, juste pour que son rêve puisse devenir réalité


Aujourd'hui, après une garde de 72 heures à la caserne de pompiers, une femme m'a enlacée tandis que je faisais mes courses. Je me suis tendu, et elle a saisi que je ne l'avais pas reconnue. Elle est partie avec des larmes de joies, puis a fait le plus beau et le plus sincère des sourires en me disant "Le 11 septembre, vous m'avez sortie du World Trade Center"


Un joueur de rugby connu avec sa plus grande fan à l'hôpital.


Le père de cet enfant a construit ce costume autour de son fauteuil roulant pour que, lui aussi, puisse aller chasser les bonbons à Halloween


Un peloton de marines se sont rasés à la tête pour supporter la nièce d'un des soldats dans sa lutte contre le cancer

Et ma préférée...

Nous étions faits l'un pour l'autre, et je voulais vieillir avec toi.
Nous l'avons fait, et, dans mes yeux, tu es aussi belle que le jour où je t'ai rencontrée. Je t'ai souvent dit que le premier jour où je t'ai vue, j'ai vu la plus belle fille du monde. Aujourd'hui, tu l'es encore.
Merci de me laisser partager ta vie avec moi.
Pour toi j'escaladerai la plus haute des montagnes

20 janvier 2014

Y paraît

Il paraît qu'on a encore des artistes vraiment engagés, qui se bougent pour de grandes causes, et qui parviennent à fédérer un peu les foules autour de grandes idées. Ouép, y paraît... Même si je reste totalement perplexe sur cette affirmation tant le PAF (Paysage Audiovisuel Français) me retourne plus un spectacle de dépotoir que de stars réellement méritantes. Prenons par exemple les choses dévoyées comme les restos du coeur. Quoi de plus nauséabond que cette foule de profiteurs qui viennent se refaire une santé médiatique, ceci en jouant les sangsues sur la très belle idée de feu Coluche? Admettons qu'il y en ait des sincères, admettons même qu'ils soient majoritaires (après tout, la charité, ça n'est pas réservé qu'aux pauvres!), pourtant, aujourd'hui, nombre d'artistes vont jusqu'à refuser de participer à la chose. Par gentillesse, les voilà prétextant qu'ils n'ont pas la notoriété suffisante, ou tout simplement le temps de le faire. Allez, je suis sympa, ceux qui répondent "je n'ai pas le temps" sont à mes yeux les plus sincères, puisqu'ils disent franchement qu'ils bossent. Les autres, n'est-ce pas une manière de lancer un "J'ai autre chose à foutre que me mettre à la colle avec des faux-culs sur le retour". Ah, y paraît donc qu'on a des artistes engagés... Mouais, perplexité, quand tu nous tiens.

Y paraît que c'est intéressant de se préoccuper des miches des autres. Typiquement, j'ai gueulé comme un sconse contre ces abrutis qui viennent renifler le présidentiel séant, uniquement pour se donner l'air d'en savoir plus sur lui. Y paraîtrait même qu'il est vachement utile de savoir qui s'envoie en l'air avec qui, et qui ça emmerde profondément. Encore une fois... ouép, y paraît. Y paraîtrait aussi qu'en lançant suffisamment fort un con, il finirait peut-être par rester en orbite haute dans l'atmosphère, sans risque qu'il revienne polluer mon air et ma presse. Hélas, avec des "y paraît", on peut mettre Paris en bouteille, faire renaître une énième fois le King, ou encore envisager d'assister un jour à un concert live de John Lennon. Personnellement, j'émets de gros doutes sur les probabilités de trouver quoi que ce soit d'utile à mon quotidien concernant une haute connaissance des moeurs de nos élus et stars...

Y paraît qu'on est dans un monde qui tend vers la démocratie, qu'on aide les nations à se révolter contre les despotes, et on va même se targuer d'y être parvenus sans trop de dégâts. Là, je dis que même sous le "y paraît", il y a de quoi répondre que c'est purement et simplement un mensonge. Tenez, entre les révolutions arabes tournant court avec l'armée ou les religieux prenant le pouvoir, les différentes républiques ex Soviétiques qui sont encore sous le joug de la Russie, ceci à travers l'économie, ou encore toutes les nations "démocratiques" qui font de plus en plus de lois pour non plus le peuple, mais bel et bien les trusts et les plus puissants, je doute qu'on puisse me parler sereinement de progrès. A ce compte là, je présume qu'une surveillance systématique, l'apparition de milices privées, ou encore l'autorisation d'écoutes sans action d'un magistrat peuvent apparaître comme "légitimes", non? Y paraîtrait donc qu'il faut être en prison pour être libre. "Vaste programme", comme l'ai dit un jour le général De Gaulle...

Y paraît que je suis un con acariâtre, insuffisamment sociable et probablement misanthrope à mes heures. Je confirme! Je suis un GROS con, du genre encombrant, pénible, râleur, et indubitablement convaincu que la connerie est une vertu quand elle se fait le reflet de celle des autres. J'aime l'idée pourtant saugrenue d'être un miroir, une chose susceptible de renvoyer à la tronche des abrutis qu'il y aujourd'hui encore des gens qui réfléchissent... Y paraît que ça fait transpirer les bien-pensants. Profitez en donc, vous pouvez encore "penser"... Jusqu'au jour où vous serez face à une société majoritairement lobotomisée par le pouvoir d'achat et les médias, et une minorité d'énervés qui, comme moi, ne se reconnaîtront plus dans un modèle soumis à des codes et des règles inacceptables.

Donc, pour celles et ceux qui ne m'aiment pas: ôtez le "y paraît". Je suis un con, et bordel j'aime ça!

15 janvier 2014

Elle est pourtant si belle cette France

L'actualité aime à me rappeler que je suis un éternel imbécile, un candide, un crétin qui pense qu'on peut avoir à l'écran et dans les journaux non pas des obscénités, mais des informations essentielles pour connaître le monde qui m'entoure. J'ai cette bêtise, aussi désespérante que tenace, de supposer qu'un scribouillard a pour fonction première d'informer, et pas de colporter des ragots ou des insanités. Malheureusement pour moi, ce seul côté "attendri" pour l'usage de la plume est en passe de devenir un souvenir, et de convertir mon dernier bastion d'espoir pour l'Homme en citadelle de cynisme.

Et pourtant, j'y ai cru, à cette propreté de l'écrit, à cette saveur du papier qui restitue des choses utiles et intéressantes! Je me revois encore dévorant ces pages pliées, fleurant l'encre fraîchement déposée, souillant sournoisement mes phalanges de son noir si caractéristique! Hélas, trois fois hélas, l'aperçu des unes de ces derniers jours me laissent franchement estomaqué. Prenons le premier "fait" qui semble tenailler tous les organes de presse, ainsi que la part voyeuse de la population, à savoir la vie privée du président. Dites, les barbouilleurs de papier toilette, ça vous dérangerait d'arrêter de faire les poubelles des gens, ou à la limite de vous cantonner à celles qui concernent les affaires d'état? Sérieusement, je m'en contrefous de savoir qui couche avec qui, si la "première dame" est cocue ou non, ou encore si elle savait pour cette relation supposée! La sexualité d'un politique n'a aucune importance selon moi, et plus encore relève de la sphère privée. Certains journaleux ont eu le malheur, par la voie des ondes, de déclarer sans frémir qu'il n'est plus possible d'avoir une vie privée quand on est un personnage public. Petit rappel à ces abrutis: vous êtes des personnages publics, puisque connus de la foule... Ce qui sous-entend, selon votre raisonnement puant, que vous devriez, vous aussi, exposer le fait que vous avez divorcé, que votre maîtresse vous a fait les poches, ou encore que vos gamins s'envoient de la cocaïne dans les naseaux. Tiens, vous n'êtes plus si sûrs? Alors quoi, deux poids deux mesures? Belle France, celle qui estime qu'un président peut être exposé en place publique pour sa vie privée, et qui a contrario trouve scandaleux qu'un journaliste puisse potentiellement subir le même sort...

Et allez, dans la valse (avec le jeu de mots qui va bien) des conneries monumentales, voici le Dieudonné qui débarque en pleine page, la mine troublée, feignant l'outrage suite à ses démêlés avec la justice. Alors, raisonnons non pas comme les groupes récupérant l'affaire (aussi bien religieux que politiques), mais de manière complètement administrative et légale.
  • 1° on traite des faits après qu'ils se soient déroulés, pas dans l'hypothèse "au cas où".
  • 2° Si ses propos sont inacceptables, qu'ils soient constatés pour donner du blé à moudre aux juristes et à l'appareil juridique en place.
  • 3° Il n'y a pas de traitement d'exception: ce n'est pas parce que Dieudonné s'attaque aux juifs qu'on doit immédiatement lever les boucliers et partir du principe que c'est intolérable. Il y a bien d'autres propos tout aussi lamentables qui sont tenus dans des chansons, dans la presse, ou à la télévision, et là étrangement silence radio.
  • 4° La liberté d'expression est à appliquer à tous les niveaux, et entendre des gens proférer des menaces contre Dieudonné n'est pas plus tolérable que d'en entendre d'autres tenir des propos racistes ou xénophobes.
  • 5° Je ne saurais cautionner une telle cabale, car elle démontre, et ce de la manière la plus pitoyable qui soit, que nos politiques sont plus empressés à cirer les godasses de quelques "intellectuels", au lieu de se tenir à une ligne de conduite claire.
Si je soutiens Dieudonné? Si je cautionne ses propos? Comment soutenir quelque-chose sans savoir eu même l'occasion d'entendre ce qui s'est réellement dit? Vous jugez quelque-chose sans avoir eu connaissance des faits, vous? Pas moi en tout cas. Bizarrement, on ne se révolte pas quand un humoriste prend l'accent africain, quand quelqu'un insulte ouvertement les Chinois, quand on tourne en dérision les jeunes des banlieues... C'est quoi cette France sans morale qui se permet de telles différences de traitement? C'est quoi cette nation où l'on prétend défendre les libertés, tout en faisant intervenir les plus hautes instances?
Je hais profondément celles et ceux qui se torchent ouvertement avec les lois de la république. Ras le bol de cet épouvantail "Antisémite!" agité constamment sous nos yeux. Marre qu'on essaye de me faire culpabiliser pour le moindre propos tenu. J'en ai assez qu'on tente de m'enfourner dans la tête l'idée saugrenue que je devrais être la tête baissée face à une tranche de la population. Combien de fois va-t-il falloir que je hurle "MERDE, je n'ai pas voté Hitler! Je n'étais même pas né!" pour que ces débiles saisissent enfin la portée du propos?!

Belle France, aux territoires superbes, aux populations bigarrées qui tentent de vivre ensemble... que fait-on subir pour noyer l'opinion publique sous des océans d'immondice! Je maudis ces personnes qui se font fortes de nous faire la leçon, qui se veulent "moralement irréprochables", et qui pourtant, par derrière, pratiquent des méthodes qui doivent être dénoncées, voire même sanctionnées. Quand on salit l'image publique de quelqu'un, comme c'est actuellement en cours avec le président, j'appelle cela de la diffamation, ou, si cela est vrai, de l'espionnage de la vie privée. Vous, les chantres de la liberté, de l'anonymat, les amoureux de la vie privée, vous ne hurlez pas pour faire cesser de telles pratiques? Non? Pourquoi? Seriez-vous donc prêts à faire une dichotomie malsaine entre ceux dont on veut connaître la vie privée, et les autres (dont vous-même, je suppose)? Pas moi! Pas de distinction, une loi pour tous, et tous égaux devant la loi. Pour Dieudonné? Si l'arsenal juridique est en place, bien utilisé, et qu'il met en relief une attitude inacceptable, et bien qu'on sanctionne, qu'on punisse, mais qu'on arrête de mettre le personnage en avant comme s'il était le diable en personne. Celui qui est le diable, c'est celui qui désigne du doigt le "méchant", non parce qu'il peut le prouver, mais parce qu'il considère qu'il est le méchant face à ses propres convictions.

Je crois qu'il est plus que temps de sortir le fusil pour passer au poteau ces gens là. Finie la tolérance du n'importe quoi, finie la sagesse face à la bêtise! Une carte de presse se mérite; la position de magistrat également; tout comme un élu a sa place grâce à nous. Beaucoup de gens s'interrogent sur la montée du FN en France... Mais vous l'avez, là, sous les yeux, la raison! Elle est si flagrante, évidente, pathétiquement claire que je ne saisis même pas que personne ne semble s'en inquiéter. En laissant faire n'importe quoi avec l'image publique, les personnes inquiète de cette dérive "people" vont se rabattre sur les partis prônant l'ordre et la discipline; En mettant en exergue une personne comme Dieudonné, et ceci sur une thématique aussi sensible que les propos tenus sur les juifs, le racisme et la xénophobie à leur encontre va s'intensifier. En se supposant "différent", "élus", on dénigre directement tous les autres, on les met face à un mur où aucun dialogue n'est possible. Ca vous choque? Vous trouvez qu'il s'agit d'un discours xénophobe? La vérité est autrement plus simple que ça: quand on se dit différent avant de se dire Français, on ne peut qu'attirer la foudre sur soi. Aussi déplorable que cela puisse paraître, tant que l'on acceptera de nos dirigeants une politique du pantalon sur les chevilles, nous n'obtiendrons qu'une grogne de plus en plus forte des gens qui veulent simplement un traitement uniforme, juste et légitime, et ce pour tout le monde, sans distinction d'ethnie, de couleur, ou de confession.

Pour finir cette diatribe, je vais vous remettre un bout de texte assez essentiel à mes yeux. C'est un propos de Pierre Desproges (oui, bon, encore lui, mais merde: il a dit précisément ce à quoi on se heurte si l'on aborde le sujet juif en France aujourd'hui). A la lumière de ce texte, posez vous une seule et unique question: aurait-il pu dire cela aujourd'hui? Selon moi, non, il aurait eu le droit à ce même battage, à cette crucifixion stupide, et je m'interroge même s'il n'aurait pas tout simplement récolté de la prison ferme...


Je relisais Juifs et Français d’Harris et Sédouy.
Les auteurs demandaient à une grande journaliste très belle et pleine de talent (que ma discrétion m’interdit de nommer ici) si elle aurait épousé Ivan Levaï dans le cas où ce dernier n’eût pas appartenu comme elle à la communauté israélite.

Cette dame a répondu que non, qu’elle n’aurait probablement pas pu tomber amoureuse d’un non-Juif.

Je comprends aisément cette attitude qu’on pourrait un peu hâtivement taxer de racisme. Moi-même, qui suis Limousin, j’ai complètement raté mon couple parce que j’ai épousé une non-Limousine. Une Vendéenne. Les Vendéens ne sont pas des gens comme nous. Il y a le barrage des patois, fort lointains. Et puis nos coutumes divergent et divergent c’est énorme. Voilà une femme qui mange du poisson le vendredi en tailleur Chanel. Moi je mange de la viande le mardi en pantalon de coton. Il n’y a pas de compréhension possible. Nous avons notre sensibilité limousine. Nous avons bien sûr notre humour limousin qui n’appartient qu’à nous. Nous partageons entre nous une certaine angoisse de la porcelaine peu perméable aux Chouans.

Il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre.

Grasset, 1979

PS: en complément de mes propos... veuillez noter une chose particulièrement lamentable que j'ai omise dans le feu de l'écriture: comment nos dirigeants peuvent-ils parler de justice, quand eux-mêmes ne se sont pas modérés et ont même ri en poussant des cris de singe dans l'assemblée? N'Est-ce pas là du racisme? Ah? Non? Quand on veut nettoyer les fesses d'autrui, encore faut-il avoir soi-même les fesses propres!

06 janvier 2014

Je dois avoir un problème

Comme n'importe quelle personne douée d'un minimum de raison, je me dis parfois que j'ai un problème intellectuel, ou en tout cas un souci m'amenant à me poser bien trop de questions. Ainsi, il m'arrive régulièrement d'apposer la question fondamentale qui est "Pourquoi?!" concernant plein de choses de la vie courante. Que ce soit l'actualité, la publicité, le cinéma, ou encore les relations humaines, le "pourquoi" me pose bien des difficultés! Et pourtant, ce n'est pas peine d'avoir tenté d'occulter la dite question, pour ne pas tout simplement dire l'éluder afin de passer outre la sombre bêtise dont je semble cerné. Cependant, il s'avère que la dite suppression ne fonctionne guère, tant mon esprit s'entête, s'accroche à ses doutes, à tel point qu'un "N'y pense pas, c'est con, voilà tout!" finit en "Mais pourquoi?!"

Prenons un peu l'actualité et posons nous la question. Pourquoi la téléréalité? Pourquoi les débiles enfermés dans un loft accumulent-ils plus d'intérêt que la situation du monde? Pourquoi se préoccupe-t-on plus de la grossesse d'une "tête couronnée", que des attentats survenus quelque-part dans le monde? Et puis, pourquoi faut-il qu'on ait un rapport quasi quotidien sur les moeurs supposés dissolus de nombre de nos stars? Personnellement, savoir qui couche avec qui, la dernière sortie de la coconne issue d'une sélection du bestiaire des émissions à grande audience, ou encore le poids la taille ou quoi que ce soit issu de l'utérus d'une embagousée et fière de l'être, cela a autant d'influence sur moi qu'en a l'étude (sûrement passionnante) de la forme des cristaux de neige! Je m'en contrefous, je m'en tamponne... et pourquoi diable le monde s'inquiète de toutes ces conneries? A croire que le fait de s'intéresser au vide intellectuel permettrait de soulager la cervelle... Ce serait à creuser comme thèse ça tiens.

Ah, la publicité, le petit écran, le cinéma, quoi de plus délectable que de se cogner un truc popcorn où le bon sens, la normalité, ou encore le crédible sont mis à la poubelle? Franchement, nos maîtres du cinéma adorent faire certaines choses qui, somme toute, n'apportent strictement rien, pas même une once de crédibilité. Songez-y: pourquoi fait-on sauter des quantités délirantes de voitures dans les films d'action? Pour le plaisir de voir d'énormes gerbes de flammes, alors qu'une voiture n'explose jamais ou presque de la sorte? Pourquoi nous faire du "tournage à l'épaule", si ce n'est pour nous filer la nausée au visionnage? Et pourquoi coller du "3D" de partout, alors que très majoritairement, cela n'apporte strictement rien au film? Merde quoi, autant la véracité, voire même la plausibilité des scénarios sont douteuses, mais on passe outre, autant tenter de me faire avaler qu'un type peut se tenir debout, sur l'aile d'un chasseur, le faire sauter, et s'en sortir vivant.. là, merci, mais "Pourquoi me prend-on pour un con?!"

Et que dire des relations humaines? Elles sont au coeur de notre existence, et pourtant le non-sens semble être une quasi obligation. Entre ces couples qui se déchirent en privé, et qui continuent à afficher un visage radieux, ces gens qui font tout pour avoir une image (au choix le salopard qui cherche la merde partout pour se donner de la prestance, la gourde qui s'entête à vouloir apparaître comme moins idiote qu'elle ne l'est, ou un cumul des deux...), il y a sincèrement de quoi se dire "mais Pourquoi?!". Soyez vous-mêmes, et pas ce que vous auriez voulu être! C'est d'ailleurs particulièrement symptomatique d'une époque où le paraître pèse bien plus que le reste, où les apparences déterminent clairement la conduite à tenir en société. Bordel, que c'est con comme raisonnement, comme si qui que ce soit était dupe de l'imbécile qui s'est endetté à mort pour s'offrir "son roadster", comme si l'on ne voyait pas la distance qui se met entre les gens quand ça ne va plus, ou comme si l'on était assez stupides pour avaler les rocambolesques aventures de X et Y au pays des mythomanes.

Ahh làaaa laa... Pourquoi?! hein oui, pourquoi?

02 janvier 2014

A toi qui retournes à la terre

Certains ont fêtés noël. Certains ont profités de ce moment pour retrouver la famille, de voir les proches, de sourire, de partager un repas, de s'offrir des présents, et de savourer ceux qui sont encore là.

D'autres, comme moi, ont versés des larmes au moment de noël. D'autres, comme moi, ont eu le choc de voir quelqu'un partir à tout jamais. Et pourtant, c'est la veille de noël, le 24 au matin, c'est le moment où l'on songe plus aux cadeaux et à la dinde, qu'à la maladie et aux gens qui souffrent. Mais c'est ce matin du 24 Décembre 2013, toi, mon oncle, toi Joseph, frère de ma mère, né le 19 Février 1966, que tu es parti à tout jamais rejoindre ceux qui nous ont déjà quittés.

Te décrire, ce serait tenter de mettre par les mots ce que sont les sentiments eux-mêmes. Que dire de toi? Que tu as été un homme droit, honnête, sincère, simple? Que tu as toujours été fier de ce que tu as été, de ce que tu as fait? Que tu es parti comme tu as vécu, difficilement, mais fièrement sans jamais baisser les bras? Ce ne sont que des mots, des illusions, des idées, rien qui soit suffisamment fort pour tout dire. J'ai à présent l'éternité pour songer à chaque anecdote, à chaque petit rien qui aujourd'hui devient si important. Parti trop jeune, épuisé par le cancer, par le petit crabe qui a dévoré ta vie pendant presque deux ans, tu es resté fidèle à l'idée que je me suis toujours fait de toi: tu as toujours été un Homme.

C'est en le regardant, en l'écoutant, que j'ai appris énormément de choses sur ce qu'est le courage et la dignité. Il faut avoir côtoyé des anciens combattants pour saisir la profondeur des silences de ces gens, il faut les avoir écoutés pour pouvoir dire "je crois comprendre". Volontaire de la première heure pendant la guerre d'indépendance de Croatie, il a, comme on dit, "crapahuté dans les pires merdiers". Ce que je sais? Si peu, car lui ne fut jamais vraiment prolixe à ce propos, si ce n'est que lorsqu'il y avait un verre de trop au fond du gosier, et que l'anecdote se révélait drôle et posée au bon moment. S'est-il plaint d'avoir vu les horreurs de la guerre? Jamais. Jamais il n'a dit un mot sur l'atrocité de devoir tuer, de voir des civils massacrés pour une différence d'ethnie ou de religion. Jamais il n'a fait le moindre commentaire sur l'ennemi, si ce n'est qu'ils tenaient, eux aussi, un fusil entre leurs mains. Qu'a-t-il fait sur le champ de bataille? Je n'en sais rien, et je crois que cela n'a pas tant d'importance que cela. Il a été volontaire, "dobrovoljac" comme on dit chez nous. Ce mot a un sens tout particulier, parce qu'il cumule la volonté de s'engager, mais également la fierté d'avoir cette détermination. "Ponos", fierté, courage... au point de ne pas quémander une aide quelconque de l'armée au moment où, justement, cela aurait peut-être pu lui être utile pour vivre. C'est ainsi: on aime sa patrie, on ne se bat pas pour en profiter. Ainsi fut-il, ainsi il est parti, sans rien réclamer à qui que ce soit.

Le 27 à 14 heures, les gens se sont réunis autour de son cercueil. Il y a eu foule ce jour là, dans ce petit cimetière de village, en haut d'une petite colline, là où sont déjà mes grands-parents. Dans toute la vallée, on a pu entendre les cloches sonner le glas. Partout dans la vallée, on a pu savoir qu'il rejoignait sa dernière demeure. Partout dans la vallée, on a eu le respect de se décoiffer pour saluer un homme à qui l'on rend les derniers hommages. Des soldats se sont alignés dans une allée, fusil à l'épaule. Ils avaient tous le visage fermé, triste, comme s'ils portaient le deuil pour la nation reconnaissante. Un ancien camarade de combat a dit quelques mots, et ses phrases vibrèrent d'un trémolo profond, digne mais plein de larmes étouffées. Chacun versa ses larmes, chacun put pleurer mon oncle, et moi aussi, j'ai versé les miennes. J'ai entendu le clairon résonner, d'abord avec l'hymne, puis enfin avec la sonnerie aux morts. On a descendu la boite au fond de la fosse, on y a jeté une fleur pour chaque personne pensant à lui. Ma mère y a jeté une fleur pour chacun de nous, pour mes neveux, pour mon frère, pour notre famille ayant perdu un être cher. Lentement, la procession a défilé pour nous serrer la main. Lentement, les gens se sont éparpillés, l'oeil humide et le coeur lourd.

Ce jour là, j'ai vu ce que c'était que d'enterre un homme considéré par beaucoup comme un héros. Il était plus que cela, il était mon oncle, un Homme, dans toute la force et la faiblesse que cela peut être. Il a vécu, il est parti, mais il n'est plus là que par le physique. Pour nous tous, il sera toujours présent, et jamais je n'oublierai ce grand bonhomme robuste, un rien ermite, gentil, généreux et fier.

A ta mémoire Joseph.

On t'aimera toujours
Ton neveu